Mercredi 13 octobre 2010
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13 octobre 2010 - Le Télégramme
Hier, ils étaient 5.000 selon la police, 8.000 selon les syndicats. La mobilisation contre la réforme des retraites est loin de s'essouffler
à Morlaix.
10h30, place des Otages, les grévistes s'attroupent progressivement. Retraités, ouvriers, étudiants, lycéens, fonctionnaires,
infirmières, salariés du privé, mères de famille. Tous sont venus exprimer leurs inquiétudes et leur colère face à la réforme des retraites. Sur une banderole posée au sol on peut lire: «La
retraite à 60 ans, une autre répartition des richesses». C'est ce que réclament les syndicats (CFDT, CGT, FSU, Solidaire et UNSA) et partis de gauche
mobilisés depuis le 7septembre, alors que le Sénat vient de voter l'allongement de la durée de travail.
Les aînés solidaires
La retraite, ça fait plus de 20 ans qu'ils en bénéficient. Mais aujourd'hui, ils sont plus que jamais mobilisés. «On n'a plus rien à gagner, explique Jean Biou, 80
ans, ancien agent EDF. C'est pour nos enfants et petits-enfants qu'on s'inquiète». Marcel Derrien, 84 ans, ancien salarié de la Forclum, acquiesce. «Nous, on n'a pas eu l'instruction. Mais du
travail et une retraite. Eux, ils ont les études, mais pas le travail, ni la retraite. C'est dramatique».
Sur les marches du kiosque, armé de son mégaphone, Loïc Guengant, secrétaire de l'union locale CFDT, fédère les troupes. «Le mouvement doit prendre de l'ampleur»,
exhorte-t-il. 11h30, le cortège démarre enfin. Il prend la direction du Pouliet, longe l'allée Poan-Ben jusqu'au rond-point Charles-de-Gaulle pour finir place de la Mairie. Tambours battants, les
syndicats mènent la danse, escortés par un long flux de manifestants qui avancent calmes, mais déterminés. Philippe Rivoalon, 39 ans, est ouvrier dans l'agroalimentaire. Il en a ras-le-bol. «J'ai
commencé à travailler à 15 ans. Je plume les volailles à la chaîne huit heures par jour. Je ne me vois pas travailler à ce rythme durant un demi-siècle. 67 ans, c'est trop loin». Si, son travail
est physiquement moins pénible, Claude Le Roux, salariée à la station biologique de Roscoff, se sent fatiguée. «J'ai 56 ans. J'étais prête à partir en retraite à 60 ans... Il faut bien laisser la
place aux jeunes!»
Des lycéens en renfort
Quelques dizaines de lycéens et étudiants ont pris sur leur temps de cours (ou de pause) pour renforcer les rangs des manifestants. «La retraite, c'est loin. Mais on s'inquiète
quand on voit le nombre de jeunes au chômage», explique Brice, élève de terminale au lycée Notre-Dame-du-Mur. Un argument repris par ses camarades de Tristan-Corbière venus en nombre, mais aussi
par quelques étudiants du lycée agricole de Suscinio.
Pas de relâche
12h30, les manifestants regagnent la place des Otages. Cette fois-ci, c'est Roger Héré, secrétaire de l'Union locale CGT qui prend la parole,
pleinement satisfait de la tournure de la mobilisation. «De mémoire de Morlaisien, c'est un record. C'est la quatrième manifestation depuis septembre. On est aussi nombreux que le 23»,
sourit-il.
Donner un coup d'accélérateur à la protestation, c'est le mot d'ordre des syndicats. «Les salariés vont maintenant s'organiser en assemblées générales dans les
entreprises pour décider de la suite à donner au mouvement», espère-t-il.
En attendant, le prochain rendez-vous est déjà fixé à samedi, 14h30, place
Edmond-Puyo.
Clémentine Maligorne