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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:20

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Un lifting du colonialisme pour maintenir la domination de l'impérialisme français

Au cours de l'année 1960, quatorze colonies africaines de l'ex-empire français, rebaptisé Union française en 1946, se virent accorder leur indépendance par l'État français. Cela commença par le Cameroun le 1er janvier. En avril, ce fut le tour du Sénégal et du Togo. En juin, Madagascar. La plus grosse vague eut lieu entre le 1er et le 17 août et concerna le Bénin, le Niger, le Burkina Faso, la Côte-d'Ivoire, le Tchad, la République centrafricaine, le Congo et le Gabon. En septembre s'ajoutèrent le Mali et en novembre, la Mauritanie.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la bourgeoisie française, comme d'autres bourgeoisies d'Europe affaiblies par la guerre, avait fait le choix de conserver ses colonies. Cette guerre est toujours présentée comme la victoire de la démocratie contre le fascisme, mais dans les colonies françaises d'Afrique il n'était même pas question alors d'établir un suffrage universel. Les milieux colonialistes, arriérés et réactionnaires, étaient surreprésentés. Ainsi, l'unique sénateur européen de Centrafrique était élu par... quinze électeurs et les fonctionnaires coloniaux se déplaçaient encore dans des hamacs portés par des Africains.

Mais le maintien des empires coloniaux coûtait cher. La Grande-Bretagne, les Pays-Bas avaient dû reconnaître l'indépendance de leurs possessions d'Asie dans l'immédiat après-guerre. La France avait dû évacuer le Nord-Vietnam après Dien Bien Phu. Les industriels de la métropole dont l'activité ne dépendait pas du marché colonial auraient préféré bénéficier directement de la manne étatique. Les patrons de l'aéronautique ou de l'automobile étaient plus attirés par le marché européen que par les colonies. En outre, les États-Unis exerçaient une pression politique « anticoloniale » avec pour objectif de leur permettre d'accéder à des marchés protégés par les chasses gardées coloniales.

Tous ces facteurs finirent par contraindre les États européens à décoloniser, même là où ils n'avaient pas été chassés par des révoltes. Mais renoncer à la forme coloniale, c'est-à-dire la domination directe, ne signifiait pas renoncer à la domination !

De la décolonisation...

La guerre d'Algérie fut l'accoucheuse des indépendances en Afrique noire. La crise politique dans laquelle sombra la IVe République fut dénouée par le retour au pouvoir de de Gaulle, qui acheva ce que la gauche avait préparé avec la « loi cadre » de Defferre en Afrique. Entre 1958 et 1960, de Gaulle mit en route le processus des indépendances, devenues indispensables au maintien des intérêts capitalistes français.

Nombre d'Africains ont éprouvé de la joie à ne plus subir les humiliations quotidiennes de l'administration coloniale raciste. Mais derrière la façade des drapeaux, des hymnes et des sièges à l'ONU de ses alliés africains, la France défendait ses intérêts. La bourgeoisie française plaça à la tête des nouveaux États des hommes qui lui étaient liés moralement et socialement, et surtout décidés à en défendre les intérêts au-delà des indépendances.

Certains d'entre eux avaient participé aux institutions de la bourgeoisie française comme l'Ivoirien Houphouët-Boigny, plusieurs fois ministre sous la IVe République et un des rédacteurs de la Constitution de la Ve ou encore le Sénégalais Senghor, lui aussi ancien ministre. Ailleurs, ce fut d'ex-sous-officiers de l'armée française comme Bokassa en Centrafrique ou Eyadéma au Togo. Une seule exception : la Guinée de Sékou Touré qui, en 1958, avait opté avant tout le monde pour l'indépendance mais contre de Gaulle, et qui subit les représailles de la France qui lui retira fonctionnaires et crédits.

Cette décolonisation entraîna le découpage de l'Afrique en États rivaux. Il n'était pas question pour la France de favoriser leur union, ne serait-ce que dans le cadre administratif créé par la colonisation, avec l'AOF et l'AEF, qui furent découpées en plusieurs États suivant des frontières tracées par les colonisateurs, qui tranchaient dans le vif, éclatant une même ethnie en plusieurs États. En 1964, les dirigeants africains déclarèrent ces frontières intangibles.

... à l'art de conserver sa zone d'influence

L'Afrique restait un champ d'investissements pour certains groupes capitalistes, d'autant plus intéressant que ces investissements étaient garantis, voire financés en partie par l'État français, par le biais de la prétendue « aide au développement ». L'Afrique était une source importante de matières premières : pétrole, fer, bauxite, arachide ou coton. Elle représentait aussi des débouchés pour les marchandises de l'ex-métropole, protégés des concurrents par les circuits commerciaux, les liens issus de la période coloniale et une langue commune.

Parmi ces atouts, il y avait la zone CFA, une monnaie unique convertible à taux fixe en francs puis en euros, garantie par la Banque de France. Maintenue après les indépendances, elle a continué d'assurer aux capitalistes français la libre circulation de leurs capitaux et de leurs profits et maintenu un obstacle à la circulation des capitaux venus d'ailleurs.

Mais parce qu'elle est une puissance impérialiste de second ordre, la France n'a pu conserver sa mainmise qu'en maintenant un système reposant sur le contrôle des appareils d'État autochtones, sous la protection des troupes françaises présentes dans les endroits stratégiques. Ce protectorat politique, en échange de la défense des intérêts français, implique aussi le soutien aux dirigeants de ces pays, fussent-ils les pires dictateurs, contre leur peuple.

Toute cette politique a généré une activité de lobbying faite de secrets, de combines et de pots-de-vin destinés à arroser les politiciens français, de droite comme de gauche, et à créer des liens de complicité et de dépendance entre ceux-ci, les dirigeants des grands groupes capitalistes opérant là-bas et les dictateurs sur place. Agents secrets et mercenaires côtoient ainsi politiciens et hommes d'affaires dans ce qu'on appelle la « Françafrique », pour permettre à Total, Bouygues, Bolloré ou France Télécom de monopoliser ce qui rapporte dans la « Communauté africaine ».

À l'origine, la nationalisation, notamment des mines, a donné aux États africains des marges de négociation avec les trusts dominant le marché mondial, mais sans les libérer totalement de leur emprise. Pour négocier au mieux, il fallait de la part des dirigeants africains une volonté politique. Mais celle-ci avait un prix que les trusts ont su monnayer : le coût d'achat de ces dirigeants. Et, avec le temps, en fait de protection contre le pillage impérialiste, les nationalisations sont devenues un moyen d'enrichir une mince couche privilégiée.

Manœuvres des grandes puissances et des dictateurs locaux

L'Afrique est prise en tenaille : sur le long terme, elle pâtit de la baisse du cours des matières premières tandis qu'il y a un renchérissement du prix des biens manufacturés. Cela a conduit à l'endettement des États, entraînant à son tour les « ajustements structurels » chers au FMI, avec des conséquences désastreuses pour les populations : le peu de protection sociale et le secteur nationalisé ont été détruits pour permettre aux grands trusts de mettre la main sur tout ce qui rapportait du profit.

À cela s'est ajouté le pillage par des bandes armées issues de la décomposition des armées nationales. Les rivalités de politiciens ou des chefs de guerre locaux expliquent le déclenchement des conflits. Mais les manouvres des grandes puissances, leurs rivalités, les aides en argent et en armes à leurs protégés, en expliquent l'ampleur, la durée et le caractère sanglant. Pour garder leur position, bien des dirigeants africains usent aussi du poison ethniste qui débouche trop souvent sur des affrontements sanglants.

Au total, comme au temps des colonies, les richesses s'accumulent dans les métropoles impérialistes, tandis que la grande majorité de la population crève de misère. Les indépendances n'ont rien changé à ce mécanisme puissant. La seule nouveauté a été qu'il arrose désormais une couche minuscule de privilégiés locaux qui copient la bourgeoisie occidentale jusqu'à placer leurs avoirs dans des paradis fiscaux, et ne laissent aux populations, comme alternative à la misère, que de quitter pays et famille pour se retrouver, à travers bien des épreuves, sous-prolétaires en Occident.

Jacques FONTENOY

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