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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 10:19

   



Les élections du 12 juin 2009 pour l’élection du président de la République islamique ont donné lieu à une fraude massive afin d’assurer la réélection au premier tour de Mahmoud Ahmadinejad, président sortant.


Avant la clôture du scrutin, le chef des forces armées a annoncé à la télévision que ses forces se déployaient sur le terrain, chassant les témoins des bureaux de vote et de dépouillement. Dans la soirée, le ministère de l’Intérieur a annoncé des chiffres extravagants. Les chiffres ont ensuite été donnés par paquets de 2 millions sans aucune référence à la localisation des suffrages et sans que le pourcentage attribué à chaque candidat ne varie au cours du dépouillement. Des centaines de milliers de personnes sont alors descendues dans la rue pour dénoncer la fraude évidente. Un entretien avec Mina Parto, une militante du Comité de Solidarité avec la Lutte du Peuple en Iran.


La Gauche : Aux yeux de beaucoup d’observateurs, les mouvements de protestation qui viennent de se dérouler en Iran sont une surprise. Comment expliquer une telle explosion de colère ? Y avait-il, en Iran, des indices latents d’une telle contestation à grande échelle ?


Mina Parto : Personne ne s’attendait à un mouvement d’une telle ampleur. D’abord parce que la répression est terrible. On ne compte plus le nombre de prisonniers politiques assassinés. Les milices bassidjis - de véritables bandes de voyous armés de couteaux, de barres de fer et d’armes à feu – viennent de s’illustrer au cours de dernières semaines en assommant et en assassinant des manifestants. En temps normal, ces milices issues le plus souvent de milieux modestes (et bénéficiant de « privilèges » : bons d’achat, tickets de transport, aide aux familles) harcèlent les étudiants qui ont les cheveux gominés ou les jeunes femmes dont la tenue n’est pas jugée suffisamment « islamique ».


Mais en même temps, l’Iran est un pays où le nombre d’habitants est passé de 39 millions en 1980 à 61 millions en 2006. La jeunesse a un poids important: 60% de la population a en-dessous de 30 ans car, au cours des dix premières années de la République islamique, le régime a encouragé le mariage précoce, la natalité et a interdit les moyens de contraception. Les jeunes sont en général plus sensibles aux injustices de la société dans laquelle ils vivent car ils vont devoir continuer à y vivre plus longtemps que leurs aînés. En juillet 1999 déjà, les étudiants de Téhéran étaient descendus par milliers dans les rues, bravant la répression, pour protester contre la fermeture d’un journal réformateur.


LG : Le candidat battu, Mir Hossein Moussavi, est-il tellement populaire ?


MP : Là n’est pas la question. Il y avait au départ des centaines de candidatures pour cette élection présidentielle. Le Conseil des gardiens, une autorité religieuse composée de 12 religieux et théologiens, a effectué un tri très sévère des candidatures pour n’en retenir que quatre :


Mir Hossen Moussavi, présenté comme candidat « réformateur », il a été Premier ministre de 1981 à 1989 pendant la guerre contre l’Irak et est membre du Conseil de Discernement ;


Mehdi Karroubi, ancien candidat battu en 2005 et qui a été à deux reprises président du parlement ;


Mohsen Rezai, ancien commandant des gardiens de la révolution (pasdarans) de 1981 à 1987 et secrétaire du Conseil de Discernement ;


Mahmoud Ahmadinejad, président sortant et ancien gardien de la révolution.


Ces quatre candidats sont tous des dignitaires du régime. Cela, en Iran, tout le monde le sait. Mais en votant pour Moussavi, une partie importante de la population voulait utiliser l’élection présidentielle comme un référendum contre Ahmadinejad. La fraude massive a privé une partie importante des électeurs de la possibilité de sanctionner le président sortant. Il y a eu révolte car les gens se rendent compte que leur vote ne compte pour rien. Ils se sentent trahis.


LG : A-t-on déjà vu une situation semblable dans le passé ?


MP : Oui. Au cours de l’année 1996 des grèves importantes avaient eu lieu notamment chez les ouvriers des raffineries de pétrole. Il faut savoir que le pétrole est un secteur économique très sensible en Iran. A l’occasion de ces grèves qui ont été victorieuses, le pouvoir a pris conscience qu’il fallait lâcher du lest. C’est dans ce contexte de luttes sociales que la candidature de Khatami a été mise en avant, sous l’étiquette de « réformateur ». L’élection de Khatami (65% des voix) en 1997 a été vécue à l’époque comme un référendum contre le régime.


Pendant un certain temps, Khatami a joué la modération dans la façon de traiter les femmes, les étudiants, les artistes comme s’il était leur allié. Cela a créé une illusion d’ouverture, pour les gens. Malheureusement il n’y a jamais rien eu d’officiel : ni en matière de lois reconnaissant la liberté pour les femmes, pour la presse. Rien n’a été écrit dans des textes de loi.


Plus tard, en juillet 1999, les étudiants qui avaient pu avoir accès à l’université après avoir dû passer devant un jury religieux opérant une sélection sévère, ces mêmes étudiants se sont opposés au régime. Le mouvement de grèves et d’émeutes a duré une semaine. Khatami n’a rien fait pour les soutenir comme il n’a rien fait pour les autres catégories sociales. Il a lâché les bassidjis contre les étudiants. Des adultes sont venus défendre les étudiants. Après cela, tout ce monde a perdu ses illusions envers les réformateurs, et envers Khatami en particulier.


LG : Mais aujourd’hui Moussavi , catalogué comme «réformateur», jouit pourtant d’un soutien populaire !


MP : Aux élections de juin dernier, beaucoup de gens ne sont pas allés voter. Beaucoup d’autres ont voté pour Moussavi. Les jeunes qui ne l’ont pas connu à l’époque où il était ministre (1981-1989) ont oublié son passé. Il y a tout un pan de l’histoire du pays que les jeunes ne connaissent pas. Nous ne nous attendions donc pas à ce mouvement de révolte après la réélection d’Ahmadinejad au premier tour. Ce mouvement, qui a pris la couleur verte, celle de Moussavi pour la campagne électorale n’est pas du tout homogène. On y trouve un peu de tout : des déçus du régime, des électeurs déçus de Moussavi, des étudiants plus actifs qui sont contre le régime.


Les événements des dernières semaines ont aussi mis en évidence la faiblesse d’Ahmadinejad qui a été incapable d’organiser une manifestation d’ampleur pour le soutenir. Tout ce qu’il a été capable de faire c’est d’envoyer les milices et les pasdarans contre les manifestants qui criaient à la fraude.


C’est donc une surprise pour tout le monde car Ahmadinejad a fait croire pendant des années qu’il avait le soutien populaire, en disant qu’avec le nucléaire c’était une revendication nationale, que le peuple était avec lui, contre les Etats-Unis.


Le changement de politique américaine, après l’élection d’Obama, le fait que l’impérialisme apparaisse comme moins agressif a changé les données du problème et a indirectement affaibli Ahmadinejad. Face à la contestation populaire, Ahmadinejad n’arrive pas à mobiliser ses partisans. Il doit utiliser d’autres ruses : gagner du temps, recompter les votes, arrêter 9 travailleurs iraniens locaux de l’ambassade britannique. Il ne peut mobiliser que ses miliciens pour matraquer les manifestants. Il n’a pas le pouvoir de mobiliser le peuple.


LG : Y a-t-il eu des réactions dans la classe ouvrière ?


MP : Il y a toujours eu des luttes de travailleurs: les ouvriers des raffineries de pétrole en 1996, les enseignants, les travailleurs des raffineries de sucre, les chauffeurs de bus, les boulangers.


Deux dirigeants de ces secteurs en lutte, Mansour Ossanlou (dirigeant du syndicat de la régie des bus de Téhéran) et Mahmoud Salehi (militant kurde porte-parole du Comité organisationnel pour la création de syndicats et ancien dirigeant des boulangers de Saquez) ont été condamnés à des années de prison.


Mais ces luttes sont restées sur le terrain purement syndical sans déboucher sur le terrain politique. Le fait que dans le courant des dernières semaines, les ouvriers de l’usine d’assemblage de camions Iran Khodro (60.000 travailleurs) se soient mis en grève une heure par jour en solidarité avec les manifestations réprimés par les bassidjis est un pas important en avant.


LG : Quelle est la situation des femmes en Iran ?


MP : En rue, toutes les femmes sont obligées de porter le voile, même les touristes étrangères. Mais il y a une vie à l’extérieur et une autre à l’intérieur car le voile est imposé. Ce n’est pas un choix. Une femme n’a pas le droit de demander le divorce et n’a pas le droit de voyager sans l’autorisation de son mari, ou de son père ou encore de son frère. Bref d’un homme ! Lors d’un divorce elle ne peut garder la charge de ses enfants. En cas d’héritage, la part de la femme vaut la moitié de celle d’un homme.


LG : L’appareil d’état est-il affaibli ? Les forces armées ont-elles une attitude de neutralité ?


MP : L’armée régulière n’est pas entrée en jeu. La république islamique a créé ses propres instruments de répression : d’une part l’armée islamique, les gardiens de la révolution, et d’autre part une milice, les bassidjis, qui réprime les mouvements sociaux, les grèves. L’armée des gardiens de la révolution n’est pas homogène. La tête des gardiens tient plutôt pour Rafsandjani, président du parlement depuis 1980 et proche de la bourgeoisie commerçante du bazar, tandis que la base est plutôt pour Ahmadinejad.


Il ne faut pas confondre l’armée des gardiens de la révolution (les pasdarans) avec l’armée régulière, moins fiable et qui n’est pas entrée en jeu. L’armée régulière est contrôlée par le guide suprême Khamenei. L’armée des gardiens était au début composée de volontaires qui ont fait la guerre contre l’Irak aux côtés de l’armée régulière. Aujourd’hui, l’armée des gardiens de la révolution contrôle la tête de l’armée régulière.


LG : Y a-t-il des contestations dans l’appareil judicaire à propos de la répression ? Chez les magistrats, les avocats ?


MP : Il faut tenir compte qu’avec l’avènement de la République islamique, le droit et l’appareil judiciaire ont été bouleversés. Le droit islamique est désormais appliqué par des juges islamiques. Les avocats ont donc très peu de marge de manœuvre.


Bien sûr il y a des exceptions telles que l’avocate Shirin Ebadi : première femme juge en Iran en 1974, elle a dû abandonner son emploi en 1979 et a reçu en 2003 le prix Nobel pour la manière courageuse dont elle défend les victimes de la répression. On peut aussi citer l’avocat Nasser Zarafchan, condamné à cinq ans de prison après avoir défendu la famille de Mohammed Djafar Pouhandeh, un écrivain assassiné en 1998 par les services secrets iraniens à l’époque où Khatami dirigeait le pays. Aujourd’hui, Zarafchan est libéré mais il continue à prendre des risques de manière courageuse en assurant la défense d’étudiants arrêtés.


Dans l’ensemble, le corps judiciaire reste assez prudent face aux contradictions qui traversent la société iranienne. Cependant, le 6 juillet dernier les associations d’avocats de plusieurs provinces (8 provinces à ce jour) ont publié une déclaration commune s'opposant fermement au projet du régime d'imposer à ces associations, ses propres jeunes avocats de confiance, ceci afin d'obtenir une majorité qui lui soit fidèle et favorable.


Les associations d’avocats estiment que ce changement signifierait l'ingérence du pouvoir exécutif dans leurs affaires et irait à l'encontre de la déclaration internationale des droits de l'Homme. Voilà un signe encourageant.

Propos recueillis par Guy Van Sinoy, le 12 juillet 2009

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