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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 10:11


Au Gabon, au matin du mercredi 2 septembre, trois des vingt-trois candidats à l'élection présidentielle du dimanche 30 août se déclarent vainqueurs.


Mais Ali Bongo, le fils du dictateur décédé, semble tenir la corde. En fait car il tient l'appareil d'État. L'armée patrouille dans les rues, la télévision publique ne retransmet que les déclarations de Bongo, la chaîne de télévision privée n'a pas le droit d'émettre car elle appartient à un autre candidat, les frontières du pays sont fermées.

Cet état de siège a précédé des opérations électorales, dont l'honnêteté est mise en doute par les journalistes envoyés sur place, mais que le gouvernement français a qualifiées, lui, de satisfaisantes.

La France, ex-puissance coloniale et toujours puissance tutélaire, n'appuyait officiellement aucun candidat dans cette élection. Elle avait cependant de puissants intérêts à préserver. Il y a 120 filiales d'entreprises françaises dans ce pays, 10 000 ressortissants français y travaillent, le pétrole gabonais qui représente 50 % de la richesse produite par le pays est exploité principalement par Total, le port est contrôlé par Bolloré.

Pour surveiller ses intérêts, ou plus exactement les intérêts de ses capitalistes, la France dispose d'une caserne et de 900 soldats à Libreville.

Mais il est plus économique, plus efficace et moins voyant de faire maintenir l'ordre par des professionnels locaux. Ce fut le rôle de feu Omar Bongo durant 42 ans, pour le plus grand bénéfice des deux parties : les entreprises françaises, dans le sillage de Total, se taillaient des parts de roi et laissaient des miettes conséquentes à la famille Bongo, à ses alliés et à ses obligés en récompense de bons et loyaux services.

 Au début cela fut une dictature ouverte, soutenue par la France, puis à partir de 1990 le dictateur consentit à organiser quelques consultations électorales pour la galerie, sans que cela ne change rien.

La mort de Bongo a libéré les ambitions. Même si aucun des candidats à la succession ne parle de remettre en cause le pouvoir des groupes français, leur simple concurrence électorale est un facteur d'instabilité. Dans un pays si ouvertement pillé par Total, Bolloré et consorts, où la richesse et la corruption s'étalent au gouvernement alors qu'une grande partie de la population est dans la misère, toute agitation politique peut devenir explosive.

C'est ce que semble craindre le secrétaire d'État à la coopération et à la francophonie, Alain Joyandet, qui prévient que l'armée française est prête à intervenir à tout moment. Ce sous-ministre français est dans son rôle.

Alors malgré toutes ses déclarations « démocratiques » l'État français avait bel et bien un candidat dans cette élection gabonaise. Celui qui sera capable d'assurer la continuité de l'exploitation du pays par Total et Bolloré, sans vague si possible, avec des élections truquées s'il le faut, par la force si nécessaire, avec le concours de l'armée française en dernier recours.
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