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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 13:38
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Jeudi 21 Juin 2012 à 12:00

 

Jean-Pierre Alliot - journaliste

 

Bernard Thibault a déraillé ; sa sortie lui a échappé. La centrale qu’il dirige encore ira au sommet social de l’Élysée, à la mi-juillet, minée par ses conflits internes. Pour Jean-Pierre Alliot, ex-rédacteur en chef de FO-hebdo, les affrontements qui ont marqué cette fin de règne ont une origine trop méconnue : l’hypercentralisation de la confédération, à l’œuvre notamment dans la gestion des cotisations.
La CGT attendra encore que lui soit désigné son prochain secrétaire général. À la veille de la «grande conférence sociale» convoquée à la mi-juillet par le nouveau président de la République, le «parlement» de la centrale, son comité confédéral national, a décidé, le 19 juin, de repousser l’heure du choix du successeur de Bernard Thibault.

Les courses par équipes qui animent les partis politiques pour l’intronisation du nouveau chef ont gagné une centrale ouvrière peu habituée à ces déchirements spectaculaires entre amis. La crise couvait depuis des mois ; elle a éclaté quand Bernard Thibault a été mis en minorité à la CGT, quand, le 25 mai la direction a rejeté la candidate qu’il voulait lui imposer pour lui succéder.

Un tel séisme dans l’organisation qui, depuis des décennies, assure la stabilité sociale du pays a de quoi inquiéter. Et de quoi susciter bien des interprétations plus ou moins sagaces qui, pour la plupart, s’écartent de l’essentiel, par méconnaissance de ce que sont les confédérations syndicales, de leur histoire et des règles qu’elles se sont données pour agir et pour durer.

Les forces centrifuges à l’œuvre dans la CGT expliquent mieux l’échec de Bernard Thibault que des rivalités de personnes, qu’une guerre des sexes ou qu’une querelle des anciens et des modernes, des conservateurs et des réformistes. Certaines de ces considérations ont joué, mais l’essentiel est ailleurs et ne peut apparaître que si l’on regarde de près le ressort intime de toute organisation, le nerf de la guerre, les cotisations.

Or la direction de la centrale tente d’imposer depuis des années une réforme de la collecte des cotisations. Et les fédérations ne l’appliquent, quand elles l’appliquent, qu’en freinant des quatre fers.

Les erreurs d’appréciation qui faussent l’analyse de la crise de la CGT viennent souvent d’une comparaison erronée avec les partis, qui s’arrêtent à la surface visible de la centrale. Dans leur fonctionnement actuel, les partis se résument le plus souvent à la somme des adhésions individuelles de citoyens à un organisme, qui prend le nom de parti pour se présenter aux élections et exercer le pouvoir. Encaissant au passage un financement public qui ôte à la cotisation volontaire de ses membres le poids spécifique qui n’était pas la moindre des garanties démocratiques de son fonctionnement. Le sommet de ce fonctionnement atomisé des partis est atteint avec l’organisation systématique de primaires pour l’élection présidentielle.

L'aboutissement d'un long affrontement

Les confédérations syndicales ont traditionnellement une nature différente. Leur assise est professionnelle. La CGT, comme la CGT-FO, sont composées non pas d’individus, mais d’unions et de fédérations de syndicats. Ces syndicats, eux, regroupent des individus, sur la seule base du travail salarié et de leur volonté de défendre en commun leurs intérêts particuliers de travailleurs. Sans tenir compte, d’ailleurs, de leurs opinions politiques ou religieuses. Les syndicats se groupent en fédérations nationales professionnelles, comme celles de la métallurgie, de la chimie, des postes, etc. Au plan local, ils forment des unions départementales interprofessionnelles. Ce sont ces unions et ces fédérations qui constituent la confédération et qui, entre autres responsabilités, élisent son secrétaire général. Ce sont elles qui financent la confédération par les cotisations qu’elles ont recueillies via leurs syndicats de base.

Ce qui s’est passé à la CGT le 25 mai, le jour où Thibault a été mis en minorité, est l’aboutissement d’un long affrontement entre deux forces opposées. La première vise à centraliser la vie de la CGT autour de sa direction confédérale. La seconde vise à préserver le cadre fédéraliste traditionnel de l’action syndicale. Depuis plusieurs congrès de la centrale, cette lutte se cristallise sur la collecte et la répartition des cotisations des syndiqués. Au moins deux congrès ont été nécessaires pour définir, officiellement, les règles actuelles : le 47e, en mai 2003 et le 48e, en avril 2006. Et c’est sans compter une longue maturation, qui a commencé bien avant, en fait depuis que l’hypothèse de l’effondrement électoral du Parti Communiste a hypertrophié les craintes que la chute du Mur de Berlin avait suscitées dans les cercles dirigeants de la CGT. Dès le milieu des années 1990, Lydia Brovelli, administratrice de la CGT, c’est-à-dire trésorière, tempêtait contre «la volonté d’autonomie, d’indépendance des organisations» qui provoquait des «blocages». «Par exemple, expliquait-elle, nous réfléchissons à un nouveau système de péréquation des cotisations».

Le résultat de ces réflexions stratégiques des sommets de la CGT, tendu vers sa survie, a été qu’il fallait trouver un remplacement au PCF pour assurer la cohésion de l’ensemble. Et ce remplaçant a été trouvé bien simplement : la bureaucratie confédérale, en centralisant les cotisations et en les répartissant elle-même entre les unions et les fédérations, a conquis sur le plan administratif le terrain que perdait le PC sur le plan politique. Tout le processus qui fait vivre financièrement la nouvelle forme d’organisation, d’une rare complexité, est exposé en une annexe aux statuts de la CGT. En quatre pages, sont développés les articles 34 à 36 des statuts et exposée le système qui dépossède les fédérations, principales victimes de la réforme, de l’essentiel de leur autonomie financière.

Pour résumer, les unions et les fédérations ont perdu leurs prérogatives de gestion des masses financières formées par la collecte des cotisations. Chacun des syndicats, au lieu de verser ses cotisations à son union départementale et à sa fédération nationale, les verse directement à la confédération, qui ensuite finance les unions, les fédérations et les autres structures qu’elle a mises en place.

Une tendance à l'éclatement

L’échec de Bernard Thibault s’est manifesté au mois de mai lorsque sa candidate, Nadine Prigent, a été refusée par la direction de la CGT, où l’influence de son concurrent direct, Éric Aubin, a reçu l’appui déterminant des fédérations les plus influentes. La première trop confiante dans le poids moral que le secrétaire général mettait dans la balance, a eu tendance à se reposer sur l’inertie de l’appareil. Le second, plus mordant, a fait campagne pour montrer qu’il connaissait mieux tous les dossiers et qu’il était plus apte à assumer les responsabilités. Et surtout, il a fait comprendre aux fédérations qu’il voulait mettre fin à une centralisation excessive de la CGT. Le résultat de l’affrontement ne sera connu qu’à l’automne, ainsi qu’en a décidé le « parlement » de la centrale le 19 juin. Ce ne sera que quelques mois avant le prochain congrès, qui est convoqué à Toulouse en mars 2013.

Qui que soit l’élu, ou l’élue, les forces qui ont provoqué la crise interne resteront à l’œuvre, rendues plus puissantes encore par les dernières initiatives prises par la CGT. Ces forces ont leur origine dans la composition même d’une organisation dont les racines sont professionnelles. Dès la fondation en 1895, la tâche première de la confédération a été de concilier les intérêts de catégories professionnelles qui, sur le long terme étaient communs, mais qui, dans l’immédiat pouvaient se manifester par des contradictions. Ainsi, pour prendre un exemple d’aujourd’hui, les intérêts des cheminots et ceux des routiers peuvent s’opposer, comme le chemin de fer s’oppose à la route, si leurs fédérations s’en tiennent à une conception corporatiste de leur action. Dans les autres confédérations, ces forces centrifuges sont équilibrées par l’attachement à une histoire commune et, à la CGT-FO, par un attachement partagé à la République dans sa dimension sociale. À la CFDT, ce sont les conceptions issues de la doctrine sociale de l’Église qui assurent la cohésion, qui a de la sorte une certaine dimension idéologique.

La tendance à l’éclatement de la CGT s’est trouvée récemment renforcée, lorsqu’a été négociée avec le patronat la réforme de la négociation collective que le gouvernement s’est empressé de transposer dans la loi, celle du 20 août 2008. Outre le volet relatif à la représentativité des syndicats, qui a été le plus popularisé, cette réforme a mis l’accent sur la négociation entreprise par entreprise, au détriment de la traditionnelle négociation par branche professionnelle. En même temps, a été porté un coup fatal au principe de faveur. Ce principe, constitutif de la dimension sociale de la République, permet au salarié de bénéficier des conditions que lui sont les plus favorables des conventions collectives ou des dispositions légales, au niveau de l’entreprise, de la branche professionnelle, de la nation. Avant que ce principe de faveur ne soit mis en cause, le niveau inférieur ne pouvait pas déroger au niveau supérieur, et les conditions les plus favorables étaient dues au travailleur.

La loi de 2008, en élargissant les dérogations, déjà possibles mais dans une moindre mesure depuis les lois Auroux du gouvernement socialiste des années 1980, a placé l’entreprise elle-même au centre de la négociation collective et a retiré la plus grande partie du grain à moudre pour les fédérations. Cette perte du poids spécifique des fédérations dans l’organisation confédérale de la CGT explique leur réticence accrue à la réforme de la collecte des cotisations voulue par la direction.

Privées d’une grande parties de leurs prérogatives dans la négociation, qui est le cœur de l’action syndicale, elles se voient privées de leurs ressources financières autonomes. De quoi nourrir la tendance de l’être à persévérer dans l’être et à alimenter bien des formes de résistance.

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