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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 09:58

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Si l'oppression des femmes a été dénoncée depuis longtemps, c’est à partir de la fin du XIXe siècle que la question de la place des femmes a été pensée plus systématiquement par le mouvement ouvrier, mais aussi par des féministes bourgeoises comme les Suffragettes. La "prolétaire des prolétaires" entra plus directement dans le combat politique. La révolution soviétique donna le droit à l’avortement dès 1920 (supprimé par Staline en 1936), et améliora la condition des femmes.


Pendant la première moitié du XXe siècle, quelques initiatives autour de la contraception virent le jour, comme en Belgique où des militantes de gauche ouvrirent en 1934 une "consultation conjugale" et défendirent l’idée que les parents devaient pouvoir choisir le moment d’avoir des enfants. Cela restait dans le cadre étriqué de la famille traditionnelle, encadré par une loi interdisant contraception et avortement, défini en 1867 comme un crime "contre l'ordre des familles et de la moralité publique". La loi ne reconnaissait aucune exception, mais la jurisprudence admit dès la fin du XIXe siècle l'avortement en cas de danger. En 1923 une loi étendit l'interdit à l'information sur la contraception et à sa publicité.


Dans la plupart des "démocraties", les femmes accédèrent tardivement au droit de vote, mais cela permit d’ouvrir de nouvelles perspectives de mobilisation. Le combat pour le droit à disposer de leur corps et de sa sexualité, comme beaucoup de luttes contre le vieux monde, émergea dans l’immédiat après-guerre et se structura au cours des décennies 1960 et 1970. Un monde, obsolète et corseté, devait changer… dans toutes ses dimensions.


Les luttes des années 1960 et 1970 furent rendues possibles grâce aux mutations de l’après-guerre : destruction d’une partie des fascismes, travail généralisé des femmes, exode rural qui cassait les archaïsmes, offensive des intellectuels/les et des organisations de gauche, accès à l’éducation, recul du christianisme, gain de nouveaux droits, etc.


Indépendance économique et sociale des femmes


L’apparition de structures telles que le Planning familial (1962 en région wallonne) et d’outils nouveaux comme la pilule abortive en 1955 posait la question de l’utilisation de moyens sûrs pour contrôler les naissances et libérer la sexualité des risques de grossesse non désirée, et donc mettre fin aux "faiseuses d’anges" tout en interrogeant l’idéologie du patriarcat. Un des enjeux de la période fut donc l’émergence d’une femme économiquement et socialement indépendante, capable de faire des choix et de déterminer la direction que sa vie doit prendre.


Naturellement, cela ne se fit pas tout seul, y compris au sein des organisations ouvrières dont la grande majorité des militants étaient des hommes, dont beaucoup considéraient cette question au mieux comme secondaire. La société et les mentalités changeaient… à la vitesse d’un glacier.


Quant aux lois criminalisant l’avortement et la contraception, elles demeuraient en l’état même si leur application n’était pas toujours rigoureuse.

Pour illustrer cette situation, on peut prendre le cas de la Belgique où à partir de 1940 certains hôpitaux pratiquèrent des avortements thérapeutiques, et où certains centres non-confessionnels du Planning familial pratiquèrent des interruptions volontaire de grossesse (IVG) en région wallonne dans de bonnes conditions à partir du début des années 1960. Ces opérations étaient interdites mais la Justice fit preuve de mansuétude jusqu'en janvier 1973, quand le gynécologue Willy Peers fut placé en détention préventive pour aide à l’avortement.


Pour faire avancer la lutte, les femmes et leurs soutiens durent recourir à des méthodes médiatiques pour briser l’hypocrisie et faire émerger un débat public : Manifeste des "343 Salopes" en France ou utilisation de l’arrestation du docteur Peers par les organisations progressistes belges pour attaquer la loi, l’Ordre des médecins et l’Eglise. Cette initiative permit la libération du médecin et le vote d'une loi dépénalisant l'information et la publicité sur la contraception. Les poursuites judiciaires cessèrent et la pilule commença à être diffusée.

 

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La femme décide!


En 1967, la loi Neuwirth dépénalisant la contraception et la loi Veil de 1974 fixant pour cinq ans les conditions pour effectuer une IVG marquèrent deux tournants en France. En 1976, les Comités pour la dépénalisation de l'avortement furent créés en Belgique à la suite d'une mobilisation intitulée "Avortement, les femmes décident!". Ces Comités organisèrent à Bruxelles la première manifestation sur ce thème le 5 mars 1977 et réunirent 7000 personnes et en 1978, ils menèrent une nouvelle action nationale à Gand. Mais les arrestations reprirent sur dénonciation... cette année-là.


En Italie, une loi fut promulguée le 22 mai 1978 pour autoriser l’IVG en cas de grossesse à risque mais le consentement des parents demeurait indispensable pour les mineures sauf exceptions. Le 31 mars 1979, plus de 7000 personnes manifestèrent de nouveau à Bruxelles, à l’occasion de la Journée internationale pour la contraception et l’avortement et contre les stérilisations forcées.


Peu à peu, d’autres pays adoptèrent des textes législatifs plus souples concernant l’avortement, à l’image de l’Espagne en 1985 (IVG pour cause de viol ou en cas de risque) ou du Danemark en 1986.

La majorité parlementaire conservatrice en Belgique a bloqué, de 1978 à 1986, toute avancée pour les femmes. Une première attaque contre les droits des chômeurs non chefs de famille et l'extension du travail à temps partiel aux femmes montrent que, pendant cette période la crise, a d'abord touché principalement les travailleuses. Le Front pour la Dépénalisation de l'Avortement a pris l'initiative d'entamer des discussions avec les femmes de la CSC afin de collaborer à la mise sur pied d'une plate-forme contre la crise. Sous l'impulsion des groupes féministes socialistes (Femsoc) il a été convenu de ne pas inclure les revendications relatives à l'avortement dans la plate-forme anticrise afin de rendre possible l'unité de toutes les travailleuses et chômeuses.


Cette approche raisonnable a permis plus de compréhension au sein du mouvement ouvrier chrétien en ce qui concerne le droit à l'avortement. C'est sous l'impulsion de ce front des femmes que le CVP a fait des concessions en Flandre. Le CVP s'est abstenu lors du vote de la légalisation partielle de l'avortement. La loi a été votée en 1990. Afin de permettre au roi Baudouin Ier, catholique fondamentaliste, de ne pas signer la loi, celui-ci a été déclaré "incapable" pendant 24 heures et c'est Wilfried Martens, Premier ministre qui a signé.


Mais qu’est-ce que ces législations nationales? Des textes minimalistes qui reconnaissent la réalité d’une évolution des mœurs, tout en refusant de céder aux revendications féministes. Cherchant à désamorcer une lutte ascendante, ces textes n’autorisent pas l’avortement et n’en font pas un droit ; ils le tolèrent en cas de danger tout en le conditionnement à un ensemble de mesures contraignantes et limitent la période de l’intervention à 12 semaines maximum après la conception. Par ailleurs, ces lois instaurent une clause de conscience permettant de refuser de pratiquer une IVG. Pour compléter ce dispositif, une Commission d’évaluation nationale fut instituée en Belgique pour suivre l’évolution du nombre d’IVG et l’application de la loi de 1990.


Avancée sur le plan légal


Ces lois furent indiscutablement une avancée, puisque les risques judiciaires encourus par les femmes et les médecins furent restreints, mais une avancée limitée dans le combat pour le droit de disposer totalement de son corps. Depuis cette loi de 1990 en Belgique, d’autres pays européens ont adopté des réglementations semblables (Allemagne en 1995 ; Portugal en 2007 à la suite d’un référendum) ou ont modifié la leur (France en 1992 et 1993 ; Espagne en février 2010).


Dans la plupart des cas, les revendications se sont concentrées depuis l’adoption des textes de dépénalisation sur le terrain de l’accessibilité financière et géographique à la contraception et aux consultations médicales, et sur la mise en place de politiques d’information adaptées aux différents publics. En Belgique comme ailleurs, beaucoup reste à faire, même si les centres de Planning obtiennent des subventions des pouvoirs publics régionaux permettant de délivrer gratuitement pilule du lendemain et pilule contraceptive, et si depuis le 1er mai 2004, les jeunes femmes de moins de 21 ans obtiennent des réductions pour l’achat de contraceptifs.


Des attaques directes et pernicieuses


Là où les travailleurs/euses gagnent des droits nouveaux par la lutte et l’auto-organisation, la bourgeoisie et les forces réactionnaires veulent les briser si le rapport de forces change. Comme souvent, la bourgeoisie et ses alliés maintiennent des droits formels intouchables en en supprimant la substance qui les rendent réels et tangibles. Il en est de même pour les droits des femmes, et les difficultés économiques des travailleur-euse-s tendent à masquer ce combat et à le faire passer au second plan.


Aussi, les anti-IVG manient attaques directes minoritaires et agressions pernicieuses qui sapent les bases-mêmes des droits des femmes pour les vider de tout contenu. De plus en plus, partout en Europe, les droits des femmes reculent, et en France le mouvement pro-life a obtenu en 2008 une jurisprudence acceptant la possibilité d'inscrire le fœtus mort-né au livret de famille, lui reconnaissant ainsi une existence humaine. En Lituanie, le risque d’un retour en arrière est d’actualité, et de grandes mobilisations des anti-IVG ont eu lieu en 2009 et 2010 à Madrid et en France.


Lister les attaques détournées contre les femmes serait trop long pour cet article. Mais ce qui est certain, c’est que le 28 mars 2010, les anti-IVG organisent une "Marche pour la vie" à Bruxelles. Nous devons nous mobiliser largement pour les contrer, car leur place est dans les poubelles de l’Histoire d’où ces reliquats moyenâgeux n’auraient jamais dû ressortir.


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