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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 08:44

Un plant d'essai de vigne génétiquement modifiée à Colmar, en septembre 2005 (Vincent Kessler/Reuters)

 

 

Connaissant notre pays, il y a peu de chances que l'on accepte un jour d'associer l'image du vin à celle des OGM. Pourquoi dès lors, avoir engagé un million d'euros de recherche publique sur une vigne transgénique ? Et pourquoi le gouvernement s'expose-t-il tant après le saccage de plants d'essai près de Colmar ?


L'Institut national de la recherche agronomique (Inra) a investi plus d'un million d'euros pour des recherches sur un porte-greffe transgénique de vigne, susceptible de permettre aux vignobles de lutter contre la maladie du court-noué.


Après l'opération de fauchage volontaire du 15 août, Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture et Valérie Pécresse, sa collègue de la Recherche, viennent, ce mardi, se recueillir sur les 70 plants de vignes cultivés par l'Inra à Colmar .

Le motif de la visite ministérielle, dûment annoncée dans la presse, tient à la défense de la recherche scientifique, laquelle aurait été mise à mal par les anti-OGM. En réalité, les choses sont un peu plus compliquées et ce sont la légalité et l'intérêt de ces cultures qui sont à interroger.

De gros doutes sur la légalité de cette culture

Tout d'abord, la légalité de cet « essai en plein champ » de plants transgéniques de vigne n'est pas assurée. En effet, une première autorisation de mise en culture délivrée par le ministre de l'Agriculture pour la période 2005-2009 a été annulée par le tribunal administratif de Strasbourg, à la suite d'un recours de France Nature Environnement.

Coup dur pour les promoteurs de cet essai qui se prévalent sans cesse de son caractère démocratique et transparent : le juge avait en effet relevé un manque de transparence de l'opération dés l'instant où l'autorisation ne prévoyait pas la transmission périodique à l'administration d'un rapport sur les résultats de la dissémination après l'achèvement de celle-ci.

A la suite de ce jugement, plutôt que de remettre tout le dossier à plat, l'Inra a préféré faire appel et le ministère de l'Agriculture lui a délivré derechef une nouvelle autorisation.

Pourtant, le droit français n'est pas encore tout à fait compatible avec le droit de l'Union européenne, s'agissant notamment des conditions d'accès à l'information en matière d'OGM. Le Conseil d'Etat avait d'ailleurs enjoint le gouvernement de faire voter de nouvelles dispositions législatives sur ce point, avant le 30 juin 2010… sans effet jusqu'à présent.

Qu'en pensent les viticulteurs ?

Mais c'est surtout l'intérêt de cette « recherche » de l'Inra qui mérite attention. Marion Guillou, sa présidente, a-t-elle raison de déclarer :

« Les faucheurs d'OGM ont handicapé la capacité d'expertise de la recherche publique » ?

Rien n'est moins sûr. Si l'Inra a organisé une concertation préalable à son essai et si un comité local de suivi a été mis en place, c'est davantage l'intérêt même de cette recherche que ses modalités qui devrait être discuté.

Plusieurs questions auraient ainsi pu être débattues, à commencer par celle-ci : qu'en pensent les viticulteurs ? A l'heure actuelle, les représentants de la profession agricole n'ont pas publiquement exprimé le souhait de développer des OGM dans leurs parcelles.

L'Inra pense-t-elle vraiment qu'il se trouvera des producteurs pour prendre un tel risque commercial avec l'image même d'un produit phare ? Difficile à concevoir.

Quelles priorités pour la recherche publique ?

Au contraire, des recherches sur des solutions alternatives aux OGM pour mettre un mal à un symptôme de l'agriculture intensive n'auraient-elles pas été possibles ? Au sein du groupe OGM qui s'était réuni lors du Grenelle de l'environnement, il avait été décidé d'étudier, non pas seulement les risques des OGM, mais également leur intérêt.


La mise en place du Haut conseil des biotechnologies (HCB) est une réponse à cette préoccupation. Sa composition élargie devait permettre de discuter et des risques et de l'intérêt des OGM. Or, dans le cas présent, le Haut conseil des biotechnologies a certes volé au secours de l'Inra en condamnant le fauchage des plants, mais il n'est pas certain qu'il ne soit pas sorti ainsi de ses attributions, comme l'ont souligné les communiqués des ONG qui y siègent. Le HCB n'a en effet pas vocation à peser sur mais à éclairer la décision publique.


En clair, cette affaire de vignes OGM soulève le problème des choix de recherche publique et la question reste donc entière : est-il donc prioritaire de consacrer les maigres moyens de la recherche publique aux vignes transgéniques ?

Photo : un plant d'essai de vigne génétiquement modifiée à Colmar, en septembre 2005 (Vincent Kessler/Reuters)

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