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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:51

Il y a 80 ans : Hitler arrivait au pouvoir avec l'aide des magnats capitalistes

Ernest Mandel 16 janvier 2013

 

A l’heure où, avec la crise capitaliste, l’extrême droite (y compris ouvertement nazie comme en Grèce) relève la tête dans plusieurs pays d’Europe, il est bon de rappeler ce que fut le nazisme et comment il parvint au pouvoir en Allemagne il y a exactement 80 ans.

 

Nous reproduisons ci-dessous un texte inédit d’Ernest Mandel à ce sujet, publié initialement en 1953 sous le titre « Vingt ans après ». (Avanti4.be)


Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler était nommé Chancelier du Reich allemand. Dans la nuit du 27 au 28 février, le Reichstag brûle à Berlin [1] ; le Parti communiste est mis hors la loi. Le 5 mars, aux élections parlementaires organisées sous la terreur des nazis au pouvoir, le bloc des nationaux-socialistes et du parti national allemand obtient largement la majorité absolue des mandats. Le 24 mars, le Reichstag vote contre la seule opposition de la social-démocratie – les mandats communistes ayant été annulés – le « Ermächtigungs-gesetz », la loi sur les pleins pouvoirs qui met hors fonction la démocratie bourgeoise.

 

Successivement les partis politiques et, le 2 mai, les syndicats sont « mis au pas », c’est-à-dire soumis à la direction nazie. Le 16 mai, le droit de grève est officiellement aboli. Finalement, le 28 juin, le parti social-démocrate est interdit. La dictature nazie, ainsi consolidée, allait subsister pendant 12 ans, tuant des millions d’hommes en Allemagne et dans toute l’Europe, accumulant les souffrances et les ruines dans sa marche sanglante à travers notre continent, précipitant sa propre patrie dans un « crépuscule des dieux » sans précédent dans l’histoire moderne.

Signification historique du fascisme

Le fascisme représente le lieu de rencontre entre deux forces sociales : la petite-bourgeoisie paupérisée, désespérée par une crise économique prolongée qui ne lui ouvre plus aucun issue d’existence « digne », déçue par l’incapacité du mouvement ouvrier à résoudre radicalement à sa façon la crise de la société ; et le capital monopoliste, surtout l’industrie lourde, pour lequel, dans les mêmes conditions de crise économique et sociale prolongée, la démocratie bourgeoise (avant tout les libertés et les organisations ouvrières) devient un luxe insupportable menaçant directement le profit capitaliste.

 

Des organisations fascistes petites-bourgeoises, caractérisées par l’idéologie typique des classes moyennes désespérées – nationalisme exacerbé ; mystique du « chef » ; démagogie « sociale » ; attaques contre le mouvement ouvrier et le « parlementarisme pourri », etc. – existent depuis la Première guerre mondiale dans presque tous les pays d’Europe. Recevant des subsides périodiques du capital monopoleur, elles sont utilisées comme menaces, moyens de pression ou moyens d’action plus direct contre le mouvement ouvrier. Mais il faut le concours de nombreuses circonstances, avant tout la conviction de couches importantes du capital monopoleur que la démocratie bourgeoise est arrivée à bout de souffle et que le mouvement ouvrier est trop passif ou affaibli pour riposter avec des chances de succès, pour que se créent les conditions nécessaires à la marche au pouvoir des organisations fascistes.


Le fascisme représente également une tentative désespérée de la part du capital monopoleur pour donner à la crise économique et sociale de structure du capitalisme décadent une solution temporaire : en comprimant par la violence les contradictions de classe à l’intérieur du pays, il cherche à créer les conditions économiques (diminution de la part du prolétariat dans le revenu national), politiques (concentration des pouvoirs) et militaires (réarmement accéléré sans égard aux conséquences sociales, le prolétariat étant paralysé dans sa capacité de résistance) pour la conquête de nouveaux marchés et champs d’investissements de capitaux, pour la conquête d’un espace vital agrandi. Le fascisme est donc en quelque sorte la compression temporaire des contradictions « sociales », produites par la crise de déclin du capitalisme, et leur transformation en contradictions « internationales » exacerbées.

 

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