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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 11:40

Par Ivan du Roy, Nolwenn Weiler (12 juin 2012)


La famille Doux, 146ème fortune française, refuse pour l’instant de puiser dans son magot pour sauver son groupe, au bord de la faillite.

 

En tant qu’actionnaire majoritaire, elle est pourtant la principale responsable des déconvenues financières du « leader de la volaille », en choisissant de délocaliser une partie de sa production au Brésil, aux dépens de ses salariés en France. Et grâce aux généreuses subventions de la Politique agricole commune.

 

Des voix s’élèvent pour demander une expertise des comptes et du patrimoine de la famille.

 

Doux, géant européen de volailles actuellement en redressement judiciaire, va devoir en priorité rémunérer les 800 agriculteurs qui travaillent pour lui, ainsi que ses 3400 salariés. « Les paiements de tous les fournisseurs seront assurés par l’administrateur judiciaire », a déclaré Michel Morin, vice-président de la région Bretagne en charge de l’agriculture. Un plan d’aide aux éleveurs de 5 à 10 millions d’euros est envisagé. Restent les arriérés de salaires de plusieurs semaines, dont il n’est pas question pour le moment et qui représentent pas moins de 10 millions d’euros, dont les deux tiers pour les employés bretons.

 

Et les actionnaires ? Tout va bien, merci.

 

Le groupe est possédé à 20% par BNP-Paribas et à 80% par la famille Doux. La fortune familiale a progressé de 18% entre 2010 et 2011, passant de 280 à 330 millions d’euros. Et se place au 146ème rang des grandes fortunes françaises. Elle est toujours sortie indemne de ses déconvenues financières. « Charles doux a refusé de faire la moindre concession sur son sort personnel, qu’il a privilégié par rapport au projet de restructuration de Bercy », a critiqué, le 6 juin, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif [1].

 

En 2007, alors que l’entreprise enregistre un déficit de 45 millions d’euros, qui vient s’ajouter à une dette de 310 millions d’euros, la fortune personnelle de Charles Doux s’accroît. En 2008, l’entreprise renoue avec les profits. Le bénéfice net de l’entreprise est alors de 52,3 millions d’euros. Chaque employé a perçu, au titre de la participation sur le bénéfice en 2008, 83 centimes...

 

Le tout dans des conditions de travail déplorables (voir notre enquête), où accidents du travail, maladies professionnelles, répression syndicale et remise en cause des acquis salariaux, sont légion. Sur le site « Père Dodu » à Quimper, « le taux de fréquence des accidents de travail est de 98,88 % ! Cela signifie que l’ensemble des salariés du site ont été victimes d’un accident de travail dans l’année, ou que certains ont été plusieurs fois en arrêt de travail suite à un accident (chutes, heurts, coupures,…) », détaillait pour Basta ! Raymond Gouiffès, délégué syndical de la CGT, lors de notre précédente enquête (Les forçats de la volaille).


Un groupe sous perfusion publique


A chaque prétexte de crise, de la grippe aviaire à la spéculation sur les céréales, ce sont les salariés qui paient le prix fort avec des restructurations successives. La famille Doux sera-t-elle cette fois mise à contribution ? C’est sa décision d’avoir délocalisé une partie de la production au Brésil qui a encore davantage fragilisé l’entreprise.

 

Sa filiale brésilienne, Frangosul, ultra déficitaire, plombe les finances du groupe.

 

Cette délocalisation avait coûté 650 emplois en France... « Mon père Charles Doux a toujours privilégié les salariés », se défend Jean-Charles Doux [2]. La famille sera-t-elle tentée de recourir au chantage à l’emploi ? L’argent de l’État ou la reprise par la banque britannique Barclays, qui détient près de la moitié des créances du groupe (144 millions d’euros), et qui pourrait le démanteler.

 

Car le leader de la volaille est aussi le champion de l’appel aux fonds publics pour financer ses déficits. Le groupe est arrosé depuis des années par les contribuables français et européens. Selon la Confédération paysanne, Doux a ainsi touché plus d’un milliard d’euros en 15 ans via la Politique agricole commune (PAC). Pour la seule année 2008, 62,8 millions d’euros ont été versés à Doux au titre du « soutien à l’exportation », pour que l’entreprise puisse s’aligner sur les prix mondiaux. Le groupe aurait en plus contourné le règlement pour toucher certaines de ces aides.

 

L’eurodéputé membre d’Europe Écologie les Verts, José Bové, exige une expertise financière du groupe et du patrimoine de la famille Doux. La Confédération paysanne ajoute de son côté que « l’expérience du marché exportateur et de la recherche de la compétitivité est un échec dont il faut faire le bilan ».

 

Le syndicat propose de « revenir à une politique de relocalisation de la production et de la consommation, dans une perspective de souveraineté alimentaire européenne ». Rien à voir avec l’avis d’André Quénet, président de la section avicole de la FNSEA en Bretagne, qui affirmait mardi 5 juin au soir, devant 170 éleveurs réunis à Loudéac (Côtes-d’Armor) : « Il faut sauver le système, avant de le changer, peut-être ! » Donc sauver la famille Doux ?

Nolwenn Weiler et Ivan du Roy

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