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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 13:43
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Crédit Photo: 

Photothèque Rouge/JMB

Le 15 décembre, les enseignantEs seront en grève, comme c’était déjà le cas le 27 septembre.

 

Cette fois-ci, ils protestent contre la remise en cause de leur système d’évaluation. Selon les projets du ministre de l’Éducation, les chefs d’établissement jugeraient leur activité dans toutes ses dimensions, y compris la pédagogie et le contenu scientifique de leur travail (un proviseur ancien prof de maths va devoir, par exemple, juger le travail d’un prof d’espagnol alors qu’il ne connaît pas cette langue) ! Cela en dit long sur le peu d’intérêt du ministère pour la qualification des enseignantEs, comme on l’a vu lorsqu’il a bradé leur formation.

 

Cette appréciation déterminerait l’avancement plus ou moins rapide dans la carrière des personnels, donc avec des conséquences financières importantes. Les personnels non promus par leur chef (la grande majorité sans doute) avançeront au rythme le plus lent (alors qu’aujourd’hui la moitié des enseignantEs avance à un rythme plus rapide).

 

En quelques mois, les salariéEs de l’Éducation nationale ont vu leur salaire réel diminuer : augmentation des cotisations retraites, des mutuelles, introduction d’une journée de carence en cas d’arrêt maladie. Pour ce secteur, la seule politique salariale du gouvernement, ces dernières années, se résume à la multiplication des heures supplémentaires avec toutes les ambiguïtés inhérentes à la défiscalisation.

 

Dans une profession où les conditions de travail se sont considérablement dégradées à cause des suppressions de postes, de l’augmentation des effectifs par classe et de la multiplication des missions pour les enseignantEs, le « travailler plus pour gagner plus » ne fait pas recette. La perte salariale annoncée, via la réforme de l’évaluation, sera peut-être la goutte d’eau qui fera déborder le vase. La crise et les mesures d’austérité prises par Sarkozy laissent présager de nouvelles attaques contre la fonction publique. En Espagne, en Grèce, en Angleterre, en Italie, la crise de la dette permet aux libéraux de démanteler les services publics et de s’attaquer de front aux fonctionnaires. Sarkozy et son gouvernement ont, depuis plusieurs années déjà, amorcé cette casse. Il ne fait aucun doute que la crise va accélérer ce mouvement. Le remboursement de la dette lui servira de prétexte.

Non à la privatisation de l’école


Au-delà des aspects financiers évidents, le sens de cette réforme est clair : faire évoluer l’école vers les méthodes du privé. Derrière ce projet de Chatel, se profile le recrutement des professeurEs par les proviseurs et principaux. Avec une extension prévisible pour les instits, le directeur d’école recevant alors un pouvoir hiérarchique qu’il n’a pas actuellement.

 

Tous les trois ans, les enseignantEs seraient soumis à entretien basé sur un contrat d’objectifs, sous-entendu sur leur capacité à mettre en œuvre les contre-réformes. Déjà, dans des dizaines de collèges (baptisés « Clair »), cette méthode est expérimentée. Si elle s’imposait, comme c’est déjà le cas ailleurs en Europe, ce serait la fin de l’école publique et l’institutionnalisation de l’inégalité entre les élèves. Cela affaiblirait aussi, en le divisant, un secteur qui a marqué ces dernières années par ses luttes et son syndicalisme encore puissant.


C’est bien pourquoi la riposte à ces projets est essentielle. Même si, par ailleurs, nous ne défendons pas la méthode d’évaluation actuelle, avec l’inspection, institution réactionnaire, inefficace et détestée par les personnels.
Alors que le gouvernement a supprimé plus de 70 000 postes en cinq ans, menant ainsi le plus grand plan social jamais vu en France, les enseignantEs seront massivement en grève le 15 décembre pour montrer leur ras-le-bol. Le choix de cette date n’est pas le plus pertinent. Il est regrettable que les syndicats de l’Éducation nationale n’aient pas mis tout leur poids dans la balance pour faire de la journée du 13 décembre contre les mesures d’austérité, une grande mobilisation interprofessionnelle.

 

Néanmoins, cette journée, qui sera sans aucun doute un succès, peut permettre de rebondir à la rentrée. Cette lutte, les personnels de l’éducation ne peuvent se permettre de ne pas la gagner. Il en va de leur statut, mais aussi du maintien du service public d’éducation.


Camille Jouve et Robert Noirel

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