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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 09:01

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Le jour même qui vit la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le 8 mai 1945, fut aussi celui où se fit entendre le désir de liberté et d'indépendance du peuple algérien, au cours des manifestations de Sétif, Guelma et Kherrata.


À Guelma, les paysans encerclèrent la ville. À Sétif, l'intervention policière pour retirer le drapeau algérien de la manifestation et le meurtre d'un manifestant furent le point de départ d'une émeute qui fit une vingtaine de victimes européennes. Enfin, à Kherrata, le village fut investi par les manifestants, le juge de paix et sa femme furent tués, ainsi qu'une dizaine de personnes. Des fermes du Constantinois furent prises d'assaut, leurs habitants et des gardes forestiers furent tués.

Au total, les manifestations firent donc une centaine de victimes parmi les Français d'Algérie, témoignant de la haine qui s'était accumulée contre eux. Mais la réponse des autorités et des milices composées de pieds-noirs allait être terrible, la répression faisant près de 40 000 morts algériens.

La colonisation de l'Algérie avait débuté en 1830. Pour libérer les terres de leurs occupants il fallait, aux dires du général La Moricière, « détruire les moyens d'existence » des Arabes. Des tribus entières furent déportées dans des zones arides. Mais, les colons ayant aussi besoin de main-d'œuvre pour cultiver les terres volées, un certain nombre des anciens propriétaires furent transformés en ouvriers agricoles ou en métayers sur leurs propres terres.

LA MISERE DES CAMPAGNES


Cette misère des paysans arabes perdura. En 1939, le quotidien Alger Républicain, qui regroupait des socialistes et des radicaux et ne devint que plus tard un journal du Parti Communiste, publiait une série d'articles d'Albert Camus sur la misère des paysans où l'on voyait « des enfants en loques disputer à des chiens le contenu d'une poubelle... », « des douars entiers venir fouiller le sol pour en tirer une racine amère mais comestible appelée la « tarouda » et qui, transformée en bouillie, soutient du moins, si elle ne nourrit pas ».

C'est sur ce fond de misère que s'enracinèrent les idées nationalistes développées par le PPA (Parti du Peuple Algérien) de Messali Hadj, emprisonné puis déporté en avril 1945 au Gabon, et de manière plus modérée par Ferhat Abbas, avec les Amis du Manifeste et de la Liberté. Elles se développèrent d'autant plus vite que les grands propriétaires terriens ne voulaient pas entendre parler du moindre changement, de la moindre réforme. En 1937, même un projet qui aurait donné la citoyenneté française à seulement 25 000 musulmans déclencha parmi les Français d'Algérie une vague de protestations telle que le gouvernement, qui était alors celui du Front Populaire, recula piteusement.

La colonisation avait fait des Algériens des étrangers dans leur propre pays, astreints depuis des décennies au code de l'indigénat qui les soumettait aux caïds, exécutants de l'administration. Pour tenter de justifier une telle oppression, certains colons faisaient appel à de pseudo-études scientifiques.

 

Le professeur Porot, une sommité de la faculté d'Alger, osa ainsi déclarer dans une congrès international : « L'indigène nord-africain, dont les activités supérieures ou corticales sont peu évoluées, est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive est surtout réglée par son diencéphale .» Conclusion très appréciée du colonisateur, qui pouvait ainsi justifier le vol des terres et exploiter pour une bouchée de pain la population pauvre. Il ne se considérait pas pour autant raciste, puisqu'il s'appuyait... sur la science du professeur Porot.

L'espoir d'un changement apparut pendant la guerre, conforté par quelques déclarations promettant un autre statut pour les peuples des colonies, au moment où ils étaient embrigadés dans les armées des pays colonisateurs. C'est pourquoi tout se déchaîna à l'occasion des manifestations saluant l'armistice avec l'Allemagne, le 8 mai 1945.

 

 

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UNE REPRESSION FEROCE...

Quelques jours auparavant, lors des manifestations du 1er mai 1945, le PPA fit une démonstration en défilant avec ses slogans : « Libérez Messali Hadj », « Libérez les détenus politiques », « À bas le colonialisme », « Vive l'Algérie indépendante ». Pour la première fois le drapeau algérien fut brandi.

La répression de ces manifestations fit à Alger deux morts et 21 blessés, à Oran un mort et plusieurs blessés. La CGT et le Parti Communiste Algérien crièrent à la provocation. Dans un tract daté du 3 mai et intitulé « À bas les provocateurs hitlériens », le PC écrivait : « La provocation vient du PPA qui prend ses mots d'ordre à Berlin, chez Hitler, celui qui massacre et torture sans distinction les vaillants soldats de l'armée française : Européens et Musulmans. » Le Parti Communiste Français, qui participait au gouvernement présidé par de Gaulle, s'opposait fermement à l'indépendance des colonies, prônant plutôt l'unité de l'Empire français.

À Sétif, le mardi 8 mai, le rassemblement commença très tôt devant la mosquée du quartier de la gare. L'autorisation de manifester avait été donnée par les autorités, la police et la sous-préfecture. Des banderoles avec « Libérez Messali », « Vive l'Algérie libre et indépendante », « Nous voulons être vos égaux » et « À bas le colonialisme » étaient brandies dans le cortège. Un drapeau algérien apparut.

Le commissaire reçut l'ordre du sous-préfet de faire enlever les banderoles et le drapeau algérien. Saal Bouzid, un manifestant, fut tué par le tir d'un policier, ce qui déclencha les émeutes qui firent une vingtaine de morts parmi les Européens.

Les jours suivants, de très nombreux nationalistes algériens furent arrêtés. Les assassinats de militants ou de simples paysans venus en ville le jour du marché se multiplièrent. Les troupes chargées de la répression se mirent à l'œuvre, déployant leurs trophées afin de terroriser la population : certains des hommes de la Légion étrangère exhibaient leurs bras aux manches retroussées, couverts de bracelets de femmes qui avaient, disaient-ils, été arrachés à leurs victimes auxquelles ils avaient coupé soit le bras, soit la main. Quant aux tirailleurs d'Afrique noire, ils laissaient pendre autour de leur cou des colliers d'oreilles de leurs victimes. Les trophées d'oreilles humaines avaient été une pratique courante de l'armée française lors de la conquête de l'Algérie : elles étaient alors payées 10 francs la paire au soldat qui les ramenaient.

Pendant que l'aviation et la marine bombardaient des villages entiers, l'armée de terre ratissait et instaurait un couvre-feu total de plusieurs jours. La Légion étrangère grava plus tard son sigle et la date de 1945 sur un rocher en haut des gorges de Kherrata, là où les victimes étaient jetées du haut d'un pont.

Le même 8 mai 1945, à Guelma dans le Constantinois, les manifestations firent l'objet, elles aussi, d'une terrible répression.

...APPUYEE PAR LES PARTIS DE GAUCHE FRANÇAIS

Ces crimes de L'État français se firent sous les ordres d'un gouvernement qui comportait des ministres socialistes et communistes. En cautionnant cette politique criminelle, pour mieux se cramponner à leurs sièges de ministres, ils commettaient une monstruosité qui salissait de plus en plus l'idée que les masses pauvres pouvaient se faire du communisme.

Le Parti Communiste Algérien, qui était un appendice du Parti Communiste Français, osa lui aussi dénoncer les manifestants algériens comme manipulés par le fascisme et l'hitlérisme. Il y eut néanmoins des militants communistes pour prendre le parti des Algériens révoltés. Ainsi Albert Denier, militant du Parti Communiste, inspecteur des PTT à Sétif, bien qu'il ait eu les deux bras coupés par des manifestants algériens, ne cessa de soutenir les révoltés, déclarant : « Ils avaient raison .» Un geste d'autant plus courageux qu'à cette époque penser ou dire qu'un Musulman valait autant qu'un Français signifiait se mettre au ban d'une société d'Algérie façonnée par l'idée intangible de la supériorité de l'Européen ou assimilé.

L'État français, à peine sorti de la guerre, montra ainsi qu'il n'hésitait pas à utiliser les méthodes les plus odieuses pour écraser des populations qui se révoltaient, tandis que les ministres socialistes et communistes de de Gaulle, par solidarité gouvernementale, justifièrent cette répression aux yeux des travailleurs de métropole et d'Algérie.

Le gouvernement français voulait conserver à tout prix son Empire colonial et se montrait prêt à utiliser les pires moyens, les massacres systématiques et les exécutions sommaires. Tout cela allait cependant se révéler impuissant à empêcher le peuple algérien de conquérir finalement son indépendance. Quant à l'attitude de la gauche, et notamment au refus du PCF et du PCA d'exprimer l'aspiration à la justice sociale et à l'indépendance des Algériens, elle allait contribuer à ce que ce soit les nationalistes qui, neuf ans plus tard, prennent la direction exclusive de la lutte pour l'indépendance, dont les manifestations du 8 mai 1945 ne devaient donc être qu'un des premiers actes.

Jean-Jacques LABIER

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