La collaboration de classe dans tous ses méfaits
Patrick Brochard, professeur en médecine, ancien « expert scientifique » du Comité permanent amiante (CPA) vient d'être mis en examen dans l'instruction en cours depuis des années sur les responsabilités pénales liées à la catastrophe sanitaire de l'amiante. Il rejoint les sept autres responsables du CPA déjà mis en examen depuis décembre 2011 pour homicides, blessures involontaires et abstentions délictueuses. Tous sont poursuivis en conséquence de leur action au sein de ce comité.
Le Comité permanent amiante, de sa mise en place en 1982 jusqu'à sa dissolution en 1995, a été l'autorité de référence sur l'amiante, qui a fait obstacle à toute législation tendant à interdire ou même limiter, plus que ça ne l'était à cette époque, l'utilisation de l'amiante dans l'industrie et ailleurs.
Le CPA, juste après l'arrivée de Mitterrand et la gauche gouvernementale, fut créé à l'initiative des industriels de l'amiante, appuyés par l'ensemble du patronat.
Leur initiative avait pour but de contrecarrer le mouvement d'interdiction qui se développait en France et surtout dans le monde. En France, depuis1977, l'utilisation de l'amiante avait été interdite dans le flocage des bâtiments, et pour le reste seul le taux de fibres dans l'air était réglementé. Les dangers pour la santé étaient donc connus de tous.
Mais justement, ce qui est le plus remarquable dans cette sordide affaire, c'est la véritable union nationale qui se réalisa autour des empoisonneurs patronaux. Que les industriels organisent ce qu'on appelle du lobbying pour défendre leurs profits, y compris sur la peau de leurs salariés et du reste de la population, c'est habituel et dans l'ordre des choses. À ce titre le CPA regroupa tous les représentants des entreprises utilisatrices d'amiante : Eternit, Ferrodo, Valéo, chantiers navals, aviation, automobile, mais aussi EDF, la SNCF, etc.
Mais tous les services gouvernementaux et de l'État furent présents : ministère du Travail, de la Santé, de l'Environnement. Et pour diriger tout cela, le plus acharné à défendre l'utilisation « sans danger » de l'amiante, comme il le clamait sans cesse, le directeur de l'Institut national de recherche sur la sécurité, l'INRS, chargé en théorie de promouvoir la protection des salariés contre les risques professionnels.
Mais pour finir, et ce n'est pas le moins scandaleux, la plupart des grandes confédérations syndicales acceptèrent d'y siéger jusqu'au bout.
Le principal titre de gloire de ce comité, c'est d'avoir agi dans l'unité la plus large pour... empêcher l'interdiction de l'utilisation de l'amiante à l'échelle internationale en 1986 puis en 1991 quand les USA, puis l'Allemagne le proposèrent, et d'avoir pu ainsi empêcher que cette interdiction devienne la norme auprès du Bureau international du travail.
Des syndicalistes dans les sommets de la concertation sacrifiant la peau de ceux qu'ils étaient censés protéger, pour défendre leur petit siège, voilà à quoi on assista. Jusqu'à la fin le représentant de la CGT regretta que soit mis fin, par décision brutale de Juppé en 1995, aux travaux « si intéressants » de ce comité.
On verra si, malgré tous les obstacles, aura lieu le procès pénal pour les agissements criminels de tous ceux qui ont couvert l'utilisation criminelle de l'amiante, avec ses 100 000 décès attendus. Aujourd'hui, on nous rabâche les bienfaits de la concertation et du dialogue social, mais ce sont bien des armes contre les travailleurs.
Paul Sorel
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2293&id=10
Amiante - une juge en colère (LO)
Mercredi 4 juillet, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, du pôle santé du parquet de Paris, chargée d'une vingtaine de dossiers concernant l'amiante, a poussé un coup de gueule dans les colonnes du Parisien.
La juge dénonce notamment « l'isolement du juge et son manque total de moyens propres (...), sa dépendance vis-à-vis du ministère de l'Intérieur décidant du nombre des enquêteurs de police judiciaire, policiers ou gendarmes, affectés à tel ou tel dossier. (...) Il y a aussi l'indifférence, voire l'opposition du parquet français, à l'instruction de tels dossiers de santé publique, parquet qui, contrairement au parquet italien, est dépendant directement du ministère de la Justice ».
Elle met en cause le manque de moyens criant. Pour venir à bout en un an de ses dossiers actuels, il lui faudrait un second magistrat instructeur, deux enquêteurs judiciaires, deux assistants de justice et un médecin ou un inspecteur du travail. Sans cela, les procédures engagées ne peuvent que rester enlisées, comme l'est l'instruction contre Eternit qui, seize ans après le dépôt des premières plaintes, n'a toujours pas débouché sur un procès.
Elle interpelle donc le nouveau gouvernement : lui donnera-t-il les moyens qu'elle demande ? La question est posée. La réponse risque d'être décevante.
Jacques FONTENOY
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2293&id=11











