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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 12:03

La crise nucléaire au Japon renvoie inévitablement à Tchernobyl. Pourtant, les scénarios diffèrent pour le moment. Explicateur.

Le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Fukushima-Dai-Ichi 1, au Japon, en octobre 2008 (Kyodo/Reuters).

Certes le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a estimé qu'on était désormais dans une catastrophe de niveau 6 (« accident grave ») sur une échelle internationale qui n'en compte que 7, le dernier étant celui atteint une seule fois dans l'Histoire, en 1986 en Ukraine, à Tchernobyl. Mais l'échelle de gravité ne dit pas tout.

Sur l'origine de la catastrophe

A Tchernobyl, le 26 avril 1986, l'incident est venu de l'intérieur, d'un emballement du réacteur alors que la centrale était en marche et effectuait un exercice. Une série d'erreurs humaines lors de cet exercice de sûreté a déclenché une suite d'événements incontrôlables. Le réacteur de Tchernobyl était déjà assez instable à bas régime, l'expérimentation a fragilisé encore plus le système.

Mycle Schneider, consultant indépendant, explique :

« C'est une combinaison de facteurs humains et de conception. Manuellement, les systèmes de sûreté ont été stoppés. En 4 secondes, le réacteur a atteint environ cent fois sa puissance habituelle, une libération d'énergie, donc une explosion, qui a ensuite entraîné la destruction du réacteur. »

A Fukushima, le 11 mars 2011, l'incident est venu de l'extérieur : c'est le tsunami qui a provoqué l'avarie, et alors que la centrale avait été stoppée au moment du séisme juste avant. L'arrêt des réacteurs aurait fonctionné comme prévu, selon les autorités. En revanche, c'est le système de refroidissement qui n'a pu se mettre en marche à cause du défaut d'électricité.

Sur le type de centrale

Michèle Rivasi a déjà expliqué pourquoi, selon elle, une « réaction de type Tchernobyl est envisageable » :

« Si le cœur entre en fusion, il risque de faire fondre la cuve du réacteur. […] Si l'enceinte a été détruite par l'explosion, il n'y a plus de barrière au relâchement de particules radioactives. »

Néanmoins, la députée européenne (EELV) précise qu'il y a deux différences importantes dans la conception des centrales :

  • Tchernobyl est une centrale « RBMK » qui comprend du graphite, et non une centrale à eau bouillante comme au Japon. Le graphite a alimenté un incendie durable ;
  • il n'y avait pas d'enceinte de confinement en Ukraine, c'est-à-dire une double couche de béton.

Sur le déroulé de la catastrophe

« Fukushima se situe entre Tchernobyl et Three Mile Island en termes de mécanisme de déroulement », selon Mycle Schneider : il y a explosion d'hydrogène comme à Tchernobyl (mais pas d'emballement) et fusion du cœur comme à Three Mile Island (où il n'y a pas eu d'explosion).

Ce qui reste inquiétant : deux bâtiments réacteurs (1 et 3) sont abîmés et, pire encore, l'enceinte de confinement l'est aussi dans le cas du réacteur 2.

Jean-Marc Jancovici, auteur de « C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde » et concepteur de la taxe carbone, affirme qu'il n'y a rien de comparable entre les deux scénarios :

« A Tchernobyl, ce qui a causé la dissémination de matières radioactives est essentiellement l'incendie des 600 tonnes de graphite que contenait le cœur (ce graphite servait de modérateur aux neutrons), incendie qui a entraîné dans l'atmosphère l'essentiel des produits de fission contenus dans le cœur.

Cet incendie a pu avoir lieu parce que l'explosion d'hydrogène a eu lieu à l'intérieur de l'enceinte de confinement et a rompu cette dernière, et exposé le graphite à l'oxygène de l'air.

A Fukushima, l'explosion d'hydrogène a eu lieu en dehors de l'enceinte de confinement du cœur. A l'instant où je tape ce message, les matières radioactives sont donc toujours confinées dans la cuve, exception faite des lâchers de vapeur. »

La fonte du cœur de Fukushima peut transformer le combustible en corium, sorte de lave à plus de 2 000°C qui peut alors soit transpercer la cuve, soir rester sur place. S'il s'échappe hors de la centrale, il se répand dans l'atmosphère. « Alors, personne ne sait comment arrêter le corium ni les réactions chimiques qu'il entraînerait, c'est l'inconnue totale », estime Mycle Schneider.

Sur les conséquences sur la santé

Si le bilan sanitaire de Tchernobyl est impossible, celui de Fukushima est prématuré. La Cité des sciences écrivait en 2006 :

« Combien de morts, de cancers, de maladies cardiovasculaires ou de malformations dus aux irradiations comptabilise-t-on vingt ans après l'explosion du réacteur n° 4 de Tchernobyl ?

4 000, comme l'affirme un rapport très critiqué publié sous l'égide de l'ONU en septembre 2005 ? Entre 30 000 et 60 000, comme l'annonce une nouvelle étude de scientifiques britanniques publiée en avril 2006 ?

Ou plusieurs centaines de milliers comme l'affirment certaines organisations, telles l'Organisation internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), ou Greenpeace ? Il est probable qu'on ne le sache jamais précisément. »

Il est certain que les personnes travaillant sur le site de Fukushima reçoivent des contaminations radioactives. A 20 km autour de la centrale, tout le monde a été évacué ; entre 20 et 30 km, c'est l'ordre de confinement. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français explique ce mardi matin :

« Compte tenu des débits de dose, il est à craindre que les conditions d'intervention deviennent très difficiles. […] Compte tenu de l'altération de l'enceinte de confinement du réacteur n°2, l'IRSN estime que les rejets sur ce réacteur sont désormais non filtrés et pourraient être permanents. »

Pour Jean-Marc Jancovici, « si le confinement du cœur est rompu, c'est l'iode radioactif qui est la préoccupation principale ». Il précise encore :

« L'administration d'iode normale va aller saturer la thyroïde, qui du coup n'aura plus envie de fixer de l'iode radioactif (car le danger est d'avoir cette iode fixée pour longtemps dans la thyroïde, si l'iode rentre et ressort du corps ca ne provoque pas de conséquences sanitaires particulières). »

Et de conclure :

« Oui, c'est un accident industriel majeur, mais non ce n'est pas susceptible de changer significativement le bilan du tsunami. »

Le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, le 22 février 2011 (Gleb Garanich/Reuters).

Photos : le réacteur numéro quatre de la centrale nucléaire de Fukushima-Dai-Ichi 1, au Japon, en octobre 2008 (Kyodo/Reuters) ; le sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, le 22 février 2011 (Gleb Garanich/Reuters).

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