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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 09:04

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Depuis plus de trois semaines, une vague de révoltes populaires secoue la Tunisie. Malgré une répression sanglante qui a fait vingt morts, le gouvernement ne parvient pas à la briser.

 

Au départ, il y a le suicide par le feu d'un jeune chômeur vivant de vente ambulante pour protester contre la confiscation par la police de son étal, qui lui permettait de faire vivre toute sa famille. Depuis, les manifestations se sont répandues dans plusieurs villes du pays, violemment réprimées partout. Elles sont le fait de la jeunesse populaire, chômeurs, travailleurs, ménagères, protestant contre le chômage, contre la pauvreté, mais aussi contre la dictature de Ben Ali qui règne sur le pays depuis vingt-trois ans avec le soutien de toutes les grandes puissances. Sur ce terrain, les manifestants ont été rejoints par d'autres catégories, lycéens et avocats.

Bien sûr, parmi les causes de cette révolte, il y a des raisons politiques propres à la Tunisie : l'absence de libertés élémentaires, le flicage du pays au profit de la dictature, la corruption notoire des sphères dirigeantes et la mainmise de la famille du dictateur sur l'économie du pays.

Pendant que le régime se vante d'un taux de progression économique exceptionnel, seule la famille de Ben Ali, son entourage et son clan s'enrichissent, et la majorité de la population est maintenue dans la pauvreté.

Mais la colère dont ce mouvement de protestation témoigne en Tunisie n'est pas spécifique à ce pays. La semaine dernière, l'Algérie voisine a commencé à s'embraser. De véritables émeutes de la faim ont éclaté contre les hausses des prix des produits de première nécessité, alimentaires en premier lieu. Parties du quartier populaire d'Alger Bab-el-Oued, elles se sont étendues à d'autres grandes villes du pays. Dans un pays où le chômage est grave et où les salaires de ceux qui ont un emploi sont bas, ces hausses des prix de la nourriture, sont catastrophiques pour les classes pauvres.

Ceux qui se révoltent là-bas, en Tunisie, en Algérie, sont des travailleurs, des chômeurs, des classes pauvres, nos sœurs, nos frères, une partie de nous-mêmes. Et, pas seulement parce qu'une partie de la classe ouvrière ici, en France, est composée de travailleurs originaires de là-bas, de première ou deuxième génération, de ce Maghreb si longtemps colonisé par notre impérialisme, lequel continue toujours à tirer profit de l'exploitation des travailleurs de ces pays.

Mais les causes profondes de la révolte là-bas rejoignent ce qui nous amènera nous, les travailleurs d'ici, à réagir si nous voulons préserver nos conditions d'existence. La crise économique, la crise du capitalisme, qui pousse les classes laborieuses vers la pauvreté, enrichit en même temps une petite minorité. Que cette minorité accapare cette richesse par la malversation, la corruption, l'appropriation des caisses de l'État, comme cela se fait en Tunisie ou en Algérie et dans bien des pays pauvres, ou par l'exploitation légale ou la spéculation, le résultat va dans le même sens. Le capitalisme en crise aggrave encore les inégalités. Ben Ali en Tunisie ou ses homologues en Algérie s'enrichissent d'une autre manière que les Arnault, Pinault, Bettencourt, Servier ou les Peugeot et Dassault. Ces derniers n'ont même pas besoin d'occuper des fonctions dans l'État pour détenir la puissance sociale. Mais les uns comme les autres s'enrichissent de l'exploitation des travailleurs. Ils sont complices, ils s'appuient les uns sur les autres et s'entraident.

Alors, notre solidarité de travailleurs va vers les révoltés de Tunisie et d'Algérie. Et bien au-delà de la simple solidarité, la classe ouvrière a, de part et d'autre de la Méditerranée, le même intérêt à se débarrasser d'un système économique où l'argent est roi et ceux qui le possèdent sont maîtres de la société. Mais où, cependant, ceux qui créent les richesses permettant à tant de parasites de prospérer, ceux qui font marcher toute l'économie sont en permanence poussés vers la pauvreté. Et où la police comme l'armée sont là pour faire taire ceux qui protestent.

La classe ouvrière, qui est massivement présente des deux côtés de la Méditerranée, représente une force internationale et ses intérêts fondamentaux sont partout les mêmes. Et lorsqu'elle en aura pris conscience, c'est unie qu'elle aura la force de mettre fin à l'organisation sociale actuelle basée sur l'exploitation et de créer une société fraternelle où il n'y aura plus de place pour les parasites du travail humain.

Arlette LAGUILLER

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