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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 10:54

Aude Merlin enseigne le russe à l'université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand. Elle a travaillé avec Daniel Mermet à la série d'émissions de "Là-bas si j'y suis" (France Inter) consacrée à la bataille de Stalingrad.

*

Deux février 1943 : la victoire des armées soviétiques sur les six armées fascistes à Stalingrad retentit dans toute l'Union soviétique, et dans toute l'Europe. C'est le plus gros revers subi par les armées fascistes (allemande, roumaine, italienne, hongroise) depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, la "grande guerre patriotique" pour les Soviétiques. Après 180 jours et 180 nuits de bombardements, de combats de rue acharnés, de prises et reprises successives de points stratégiques comme le "Mamaev Kourgane" (colline surplombant la Volga), après... près de trois millions de morts, Soviétiques et fascistes confondus, enterrés à la hâte dans des fosses communes, le cours de la guerre est inversé et l'Armée rouge délivre une à une les capitales d'Europe centrale, jusqu'à Berlin.


Bataille charnière


Dans cette "grande guerre patriotique", la bataille de Stalingrad, une des plus grandes boucheries de toute l'histoire de l'humanité, reste une charnière temporelle pour tous les témoins survivant et pour nombre d'historiens. Pour les vétérans, l'historiographie occidentale usurpe l'ampleur de cette bataille, insistant plus volontiers sur l'importance des débarquements alliés anglo-américano-canadiens de juin et août 1944. Le premier coup vraiment porté aux armées nazies l'a bien été par les Soviétiques, sur le front de l'Est. Et (mais) à quel prix !


C'est là qu'un autre pan de cette histoire se dévoile peu à peu, encore largement empreint cependant de tabous d'autant que tous les symboles activés par Vladimir Poutine Poutine pour rassembler la société russe s'articulent, précisément, sur un patriotisme héritier du soviétisme...

 

En témoignent, par exemple, la reprise de la mélodie de l'hymne soviétique pour forger le nouvel hymne russe ; la glorification de l'armée russe, après les humiliations subies en Afghanistan, puis en Tchéchénie en 1996 : le 23 février est actuellement jour férié, fête de l'armée russe, comme il était fête de l'Armée rouge à l'époque soviétique. A partir de 2003, le 2 février, jour de la victoire de Stalingrad, est également férié. Pour le plus grand bonheur des vétérans et des autorités de Volgograd, bastion d'un soviétisme trempé, où l'on voit régulièrement ressurgir la tentative de rebaptiser la ville "Stalingrad". Argument des uns et des autres : "Il y a bien, à Paris, une place Stalingrad" ; "Sans Staline, l'Europe vivrait à l'heure nazie ! C'est lui et son génie militaire qui ont permis la victoire sur le fascisme"...

 

Génie militaire qui, entre autres, coûta la vie de 40 000 officiers de l'Armée rouge, "purgés" quelques mois avant l'entrée des troupes hitlériennes sur le territoire soviétique. La victoire ayant supplanté le reste, le changement de nom, en 1961, lors de la déstalinisation enclenchée par Khrouchtchev, est pour eux un déni historique... A l'écoute, sur place, de récits réellement héroïques de vétérans (femmes pansant jour et nuit des soldats en sang prêts à repartir au front, combats au corps à corps dans un silo à grain en feu...), on s'interroge : cette résistance populaire fut-elle le fait d'un réel patriotisme, aux confins d'un mysticisme que certains historiens attribuent à la convergence entre les racines du collectivisme russe incarné par le Mir - structure agricole de production collective -, par les fondements religieux de l'orthodoxie, et par le patriotisme version soviétique ? Ou la dimension répressive joua-t-elle un rôle décisif dans l'"élan populaire" ?


La face cachée


Difficile, bien entendu, de grever les "leçons de courage" que donnent les vétérans aux jeunes dans les écoles, rappelant qu'il faut être "prêt à défendre sa patrie" : ainsi, peu d'allusions à l'oukaze 227 signé par Staline en août 1942, qui interdisait à tout soldat soviétique de faire un pas en arrière. Oukaze qui coûta la vie à 13 500 soldats soviétiques, uniquement à Stalingrad, et qui décréta la formation de "bataillons disciplinaires", envoyés en première ligne de front et surveillés à l'arrière par des sections du NKVD exécutant les ordres de fusillade avec zèle.

 

Difficile de rappeler la colère d'un père reniant son fils, Iakov Djougachvili, parce qu'"il n'y pas de prisonniers, il n'y a que des traîtres". Les centaines de milliers d'"ennemis du peuple" ne méritant alors plus que d'être exécutés, ou envoyés purger leur peine dans les camps du Goulag dès la (leur) libération... Difficile d'évoquer les 50 000 "Hiwis" (Hilfswillige), auxiliaires volontaires venus se battre côté allemand, de même que les "Vlassovtsy", du nom du général Vlassov, passé, dès 1941, avec armes et bagages du côté hitlérien, dans l'espoir de libérer la Russie du bolchevisme. Difficile encore d'évoquer les Cosaques, dont une partie, encore traumatisée par la "décosaquisation" des années 1930, n'hésita pas longtemps entre les deux camps en 1941-1942.

 

Difficile de rappeler que cette victoire n'appartient pas qu'aux Russes, mais que des bataillons entiers de Kirghizes, de Kazakhs, des Tadjiks, maîtrisant encore très mal le russe, étaient envoyés stopper l'ennemi nazi sur le front de Stalingrad ; tout comme des Caucasiens, (Ingouches, Karatchaïs, Tchétchènes, Balkars) qui furent à leur retour "récompensés" par la déportation. Difficile, enfin, de marteler une autre phrase du généralissime : "nos soldats ne défendent pas une ville vide", sans penser aux familles vivant sous des tapis de bombes, dans l'interdiction d'être évacuées.


Au hasard des rencontres et des mises en confiance, des bribes de mémoires émergent de la face cachée des mythes...

 

Cette femme douce et souriante, qui, égrenant ses mots, finit par réaliser que son envoi au STO en Allemagne nazie, pour fabriquer des bombes qui tomberaient sur ses frères, était, pour elle, l'occasion d'être évacuée de cette ville en feu. Deux de ses amies, expliquant qu'à leur retour en Union soviétique, les suspicions portées sur ces "ennemies du peuple" leur valaient des obstacles au travail... certaines d'entre elles allant jusqu'à ne jamais dévoiler à leur mari qu'elles avaient dans leur trajectoire ces trois années de stigmate... Tabous encore trop lourds, opacité des mémoires. Faces cachées des guerres, impropres à perpétuer les mythes car les ciselant trop vite, mais banalités du quotidien des guerres et de la survie individuelle...


2 février 2003 : Vladimir Poutine dépose une gerbe à la gloire des soldats tombés au champ d'honneur soixante ans avant ; puis il passe devant le moulin Gilgard, laissé en l'état après la bataille, carcasse bombardée. Survient alors l'image d'un autre chaudron, chaudron d'aujourd'hui, un peu plus au sud, où l'on tue et massacre. Une femme dit : "Stalingrad bombardée en 1942, c'est Grozny aujourd'hui."

Aude Merlin

- L'émission "Là-bas si j'y suis" de Daniel Mermet, consacrée à Stalingrad, diffusée début mars, peut être réécoutée sur le site de France Inter, http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/, pendant une semaine après sa diffusion.
- Nous vous conseillons l'ouvrage d'A. Beevor, "Stalingrad", Ed. de Fallois, Paris, 1998.

*

 

http://orta.dynalias.org/archivesrouge/article-rouge?id=4185

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