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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 18:02

 

 

Par Nolwenn Weiler (15 juillet 2010)


Cet été, les licenciements continuent, et les grèves aussi. Menacés par un plan social qui prévoit la suppression de près de 400 emplois, les salariés de Technicolor (ex-Thomson) se mobilisent. A Rennes, ils entament leur quatrième semaine de grève. Les non-syndiqués mènent le bal contestataire.

 


 

 

Drôle de lundi matin au siège rennais de Thomson Grass Valley France, une filiale du groupe Technicolor, fournisseur mondial de services et d’équipements destinés à l’industrie des médias et du divertissement. Une partie des grévistes se retrouvent après la pause du week-end. Ingénieurs, techniciens ou salariés, ils entament leur quatrième semaine chômée. Ils ont rallumé le feu qui bloque l’une des entrées du site, fait chauffer du café et installent les tentes dans lesquelles certains d’entre eux dormiront ce soir.

Sur la table, un « panier de solidarité » recueille les dons des visiteurs, grévistes ou non. Gérés par une association créée pour l’occasion (« 182 mains pour demain »), les fonds soutiennent ceux et celles qui ne touchent plus de salaire depuis trois semaines maintenant. « On redistribue à ceux qui en ont le plus besoin, en fonction du quotient familial et des parts fiscales au comité d’entreprise », explique Christian, qui pointe depuis 40 ans sur le site de Rennes.


La sous-traitance privilégiée


Le plan social que ces salariés contestent est annoncé à la fin du mois de mars par la direction. Celle-ci le justifie alors par le « contexte économique difficile », rappelant que « le secteur du marché de l’équipement audiovisuel professionnel a chuté de 30 % dans le monde depuis la fin de l’année 2008 ». Le groupe Technicolor a quand même réalisé un résultat opérationnel positif de 136 millions d’euros en 2009, après de lourdes pertes en 2008 qui continuent de gréver son bénéfice. L’apparent redressement n’est probablement pas assez rapide pour les trois grandes banques qui possèdent la majorité du capital : la Société générale, Goldman Sachs et la Royal Banque of Scotland group. Après avoir fait trembler l’économie mondiale, ces trois responsables majeurs de la crise financière n’en sont pas à quelques centaines de licenciements près.


Grass Valley, la filiale qui gère ce secteur de production, va devoir se séparer de 25 % de son effectif, soit 625 personnes dans le monde, dont 327 en France et 182 à Rennes, frappé par un « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE). « Nous contestons la brutalité de ce PSE, qui est à l’image de ce qui se fait aujourd’hui, souligne François, ingénieur à Rennes. Nous réclamons le reclassement des salariés qui peuvent l’être, et de meilleures conditions de départ pour les salariés que l’on ne peut pas reclasser. Le reclassement des ingénieurs paraît d’autant plus logique qu’ici, à Rennes, Thomson Grass Valley fait appel à près de 200 prestataires de service en ingénierie !  »


Une grève menée par des non syndiqués


La plupart des grévistes ne sont pas syndiqués. Ceux qui le sont ne le revendiquent pas particulièrement. C’est le collectif des grévistes, et son porte-parole Yvon (non syndiqué), qui portent la lutte. « Les syndicats nous ont apporté un savoir faire, des contacts et des infos juridiques. Ce sont les délégués syndicaux qui négocient en ce moment avec la direction. Mais ils ne dirigent pas le mouvement », insiste Pierre. « Finalement, dit Nadine, salariée à la production, qui vit là sa première grève, ce n’est pas si compliqué que ça à organiser. Il faut dire qu’on était prêts ! Nous, à la production, on va tous se faire virer, alors, on n’a rien à perdre. Mais on s’est préparés. Ça faisait des semaines qu’on se disait qu’il allait falloir passer à quelque chose de très offensif. »


Déterminés, les grévistes ont opté pour une grève dure mais sans actions violentes. « Le feu, continu, qui brûle à l’entrée du piquet de grève, les œufs que l’on balance de temps à autre et les quelques pétards qui résonnent, cela aide à passer la colère, confie d’un ton très calme l’un des ingénieurs menacés par le plan social. Nous avons choisi de ne pas aller à la confrontation violente. Nous savons que nous n’avons rien à gagner. C’est pour cela d’ailleurs que nous ne bloquons qu’une entrée, avec le feu. C’est symbolique. On ne bloque ni les biens, ni les services. Ceux qui veulent travailler travaillent. » Le seul problème, selon Nadine, c’est que, du coup, « personne ou presque ne parle de nous ! Pour ça, il faudrait menacer de faire sauter la boîte. » Les grévistes ont préféré pour l’instant créer leur blog.


Une grève à la rentrée ?


A Brest, d’autres salariés de Thomson Grass Valley continuent de bloquer l’accès à l’entreprise du technopôle de Plouzané, spécialisée dans le transport et le décodage de l’information numérique. Si les négociations avec la direction ont permis de sortir par le haut sur la question des départs en pré-retraite (comme quoi, les entreprises jouent le jeu de l’allongement prochain de cotisations...), restent la question de la suppression de 22 postes sur les 73 du site brestois. La seconde pomme de discorde, c’est le montant des primes de départ, loin de satisfaire les grévistes. A Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), troisième lieu de production de Grass Valley France, 119 emplois pourraient être supprimés. Les salariés y expriment les même exigences.


Mais sur les trois sites, on attend peu des négociations en cours avec la direction parisienne du groupe. Si les salariés ne sont pas satisfaits des résultats, ils promettent de reprendre de plus belle en septembre leur travail de grévistes non violents, mais déterminés.


Sollicitée par Basta ! sur les diverses exigences des salariés grévistes, la direction n’a pas répondu. Nous aurions notamment aimé savoir si la décision de se séparer de 625 salariés a été suggérée par les trois actionnaires majoritaires de Technicolor que sont la Société générale, Goldman Sachs et la Royal Banque of Scotland group. Au même moment, à Wall Street, de l’autre côté de l’Atlantique, les embauches de traders et les primes à la spéculation reprennent de plus belle.

Nolwenn Weiler

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