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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 08:22
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par Christiane Flicker, Mathias Reymond, le 26 décembre 2005

 

Consultante pour les questions sociales sur France Inter, Brigitte Jeanperrin pilote aussi une rubrique dans le 7-9 intitulée « Entreprises et Stratégies » .

 

Il s’agit d’un entretien avec un acteur de la vie économique qu’elle présente chaque matin, du lundi au jeudi, à 7h50. Cet enregistrement, découpé et monté pour tenir dans un mini format de 3 minutes, est diffusé après un lancement en direct par Stéphane Paoli qui s’efforce de le relier à l’actualité du jour. Entrepreneurs et managers ont le beau rôle grâce à la complaisance de l’intervieweuse.


Le concept de ce pur produit marketing, c’est une illusion de réel, de concret, de l’économie in vivo. On est ici proche de la logique du micro trottoir. Aucun contradicteur n’apparaît face aux acteurs de l’entreprise. Pis : aucune rubrique dans la tranche matinale ne donne la parole à un opposant qui ne partagerait pas les partis pris idéologiques de ces acteurs soigneusement sélectionnés.


Des invités triés sur le volet


 Le décompte des invités sur la période du 5 septembre au 19 décembre 2005 fait ressortir que sur 57 invités, 41 sont des PDG, des DG ou des « chefs d’entreprises », 4 sont des vice-présidents d’entreprises ou des cadres supérieurs, 2 sont des présidents d’association, 1 est économiste et 3 sont pour nous d’origine indéterminée. En contrepartie, et pour servir de caution, il y a eu un médecin du travail, le maire adjoint communiste de La Courneuve (invité 2 fois), un syndicaliste CGT, un membre d’une association caritative, et un cadre, Max, devenu très critique à l’égard du monde de l’entreprise. Au final, on compte 5 femmes parmi les invités...


A l’évidence, pour Brigitte Jeanperrin, ce sont les PDG qui font l’entreprise. Et le déséquilibre est encore plus flagrant quand on s’arrête sur les modalités des entretiens avec ses hôtes.

Si, pour une observation plus précise, on resserre le comptage sur 10 jours successifs, du mardi 20/09/2005 au mercredi 5/10/2005, on trouve 7 dirigeants d’entreprise, un syndicaliste, le président d’une association de lutte contre le chômage et un cadre salarié (Max). Casting déséquilibré s’il en est.


Des cautions morales

Qu’en est-il des trois intrus, représentants les « ressources humaines » de l’entreprise ?

L’association de lutte contre le chômage (22/09/2005), Solidarités Face au Chômage, était représentée par son président et fondateur, Jean-Baptiste De Foucault, ancien commissaire au plan, compagnon de Jacques Delors. On est là dans le sérieux et l’efficacité. « Une véritable petite entreprise » insiste Brigitte Jeanperrin, dans un jargon très business school. Et elle interroge tout de go : « Alors sincèrement, comment peut-on avoir une stratégie entreprenariale (sic) lorsqu’on est une association à but non lucratif ? »

 

Un peu plus tard, enfonçant le clou, elle ajoute, « vous êtes un peu le business angel de la solidarité ? », pour finir par asséner « vous êtes en train d’occuper, si je puis dire, un segment de marché ? ». Monsieur De Foucault, bien embarrassé, proteste poliment « Heu... Je n’aimerais pas beaucoup le mot « segment de marché » parce que notre fonctionnement, quand même, est à but non lucratif. Le mot marché me parait réducteur. Un espace humain, disons, je préférerais. De l’humanité en jachère, plutôt, oui. Mais c’est une vraie... activité. Au fond quel est le but de l’économie ? C’est que chacun arrive à employer ses capacités là où elles seront le plus utiles pour la collectivité et de faire en sorte qu’aucune capacité humaine ne reste en jachère. [...] C’est la véritable notion d’entreprise ». Ce dérapage dans l’éthique lui clouant le bec, Brigitte Jeanperrin arrête là l’interview.


Le 26/09/2005, un syndicaliste de la CGT, Jean-Christophe Leduigou, est présenté par Stéphane Paoli : « Est-il nécessaire de rappeler que les syndicats font partie de l’entreprise, qu’ils sont porteurs et garants de la question sociale, mais est-ce uniquement pour préserver les avantages acquis  ?

 

La CGT par exemple, et entre autres, est souvent associée au refus du changement .

 

Mais dans les faits, l’action syndicale, Brigitte, est en pleine évolution ? ». Car si le représentant de la CGT est interrogé, c’est qu’il vient de publier un livre, se réjouit Jeanperrin, « au titre prometteur : Demain le changement. Pour lui les syndicats doivent même intégrer les conseils d’administration  ».


Au cours de l’entretien saucissonné, elle remarque avec justesse « quand Gaz de France ouvre son capital, on voit presque 80% de salariés prendre des actions, dont des syndiqués CGT. Ca veut dire que vous pouvez dire non en principe, mais vous y participez à ce changement  ». Leduigou essaiera bien de redresser la barre, d’expliquer, de préciser, mais trop tard. Ce qui permettra à Stéphane Paoli de triompher en conclusion : « Et jusqu’au réformisme au sein de la CGT ! »


Le 03/10/2005, le cadre salarié, c’est Max, pas n’importe qui : c’est un « cadre dirigeant d’une grande entreprise », comme le souligne Stéphane Paoli. Il publie un livre après le succès remporté par son blog où il est exprimait son mal être social. Car Max est remonté comme une pendule contre la culture d’entreprise, ce qui scandalise Jeanperrin : « Mais vous exagérez pas un peu ? » Max parle vécu, plaisir, bonheur, loisir : « Je pense que l’entreprise c’est une bonne chose en tant qu’objet économique, mais simplement qu’elle ne nous fasse pas croire qu’elle est humaine. [...] Certains de mes collègues pensent qu’ils participent au progrès social. Ca devient presque une éthique, une morale, l’entreprise. [...] Est-ce que vous voyez une seconde l‘entreprise mettre en gros « la tendresse » ? Ou « Nos valeurs c’est la compassion » ? Non. Vous voyez, il y a une incompatibilité entre l’entreprise qui a pour but de faire du profit, et puis mes valeurs en tant qu’humain ».

 

L’incongruité d’un tel discours provoque un grand désarroi chez Brigitte qui s’angoisse

 

« Mais cela dit, des process, des procédures, c’est aussi nécessaire lorsqu’il faut gérer des budgets. La guerre des coûts est quand même importante . » Toute retournée, elle n’en revient pas de voir ces cadres qui ont manifesté leur désenchantement sur le blog de Max, et elle s’effare « ...ce sont vraiment des cadres supérieurs qui sont jugés sur des objectifs et qui sortent souvent des grandes écoles ...  ».


Les vrais acteurs de l’entreprise

Oublions les invités destinés à décorer l’émission et passons aux « véritables » acteurs de la vie économique.
Ceux-ci parlent crûment des choses telles qu’elles sont et peu à peu, au fil des 7 intervenants observés, transparaît une image pas très séduisante de nos capitaines d’industrie : on constate que leur soucis premier est la défense égoïste de leur petite boutique.

 

Répétons-le : il n’existe pas de débat contradictoire, ni de rubrique équivalente, intitulée par exemple « syndicat et social ». France Inter offre donc un espace de liberté exclusif à des entrepreneurs sous le regard complice de Brigitte Jeanperrin.


Florilège.

Le 20 septembre 2005, le directeur d’Europe Assistance, Martin Vial, se réjouit du fait que « 25% de la population Européenne à la fin de la décennie aura plus de 60 ans et l’équivalent de la moitié de la population Française nécessitera des soins de longue durée à domicile » . Riche perspective , si comme il l’espère, ce marché s’ouvre aux sociétés privées, en effet, ajoute-t-il « à titre d’exemple, l’activité des soins de longue durée représente à peu près 50 fois le chiffre d’affaire de toutes les sociétés d’assistance de France. Donc c’est un marché phénoménal...  » .

 

Le grignotage de ce juteux pactole a déjà commencé. Mais attention ! Sur le marché de l’aide à la personne, il y a des secteurs plus ou moins rentables, les dépendants riches et puis les pauvres. Il nous explique : « si je prends l’exemple de la dépendance, il est évident que dans le financement de la dépendance, y a un élément de solidarité qui doit prédominer, mais il y aura aussi une part de financement privé, personnel. Dans le domaine des services à la personne, de la même façon, il y a ce qui relève de la solidarité et y a ce qui relève du choix personnel d’avoir des services supplémentaires . » Et avec franchise, il avoue : « Nous, nous sommes à la fois assureurs, si je puis dire, en contribuant partiellement à ce financement personnel et d’autre part prestataires de services, y compris pour les collectivités publiques, dans un système de financement public.

 

Il n’y a aucune honte à avoir, nous sommes l’incarnation même du partenariat entre le public et le privé  ». C’est beau une parole libérée... sur France Inter.


Lors de la venue de Jean-François Théodore (21 septembre), président d’Euronext né de la fusion des bourses de Bruxelles/Paris/Amsterdam/Lisbonne, Brigitte Jeanperrin s’inquiète : « Mais est-ce que vous pensez qu’il y a une vraie faiblesse structurelle, en France, financière qui crée la panne de croissance et la panne de l’Europe ? » Réponse, sans complexe : « Je ne crois pas mais je pense qu’on pourrait faire plus. Nous avons beaucoup de belles entreprises, de jeunes entreprises. Nous avons créé des marchés pour qu’elles puissent se financer plus facilement - Alternext - et on pourrait faire plus pour les aider sur le plan financier notamment. »


Le 28 septembre, que suggère le dirigeant de laboratoires pharmaceutiques Mc Neil, Eric Maillard ? « Nous avons mené un certain nombre d’études qui démontrent que nous pourrions économiser de l’ordre de 2 millions et demi d’Euros si l’on mettait en place une politique dynamique d’automédication  ».

 

Comment ? « Il faudrait une convention les [les acteurs du système de santé] incitant à développer le conseil, l’usage de produits d’automédication . On voit bien que vous économisez puisque vous allez directement dans la pharmacie donc vous n’avez pas de frais de la consultation  ». Donc on élimine le médecin et son ordonnance. Ce qui est extraordinaire, c’est la façon dont Brigitte Jeanperrin présente l’interview qu’elle a réalisée, sans la moindre réserve  : « Il faut savoir, Stéphane, que si l’on transférait en automédication 5% du volume de médicaments que l’on a par ordonnance, la sécu ferait 2 milliards et demi d’économies. Alors ça, à une seule condition, c’est que ces fameux médicaments déremboursés, on arrête de dire qu’ils sont inefficaces ». Sans commentaire.


Autre invité, autre sujet, même réflexion. Le 29 septembre, Louis-Christophe Laurent, PDG de GL Trade, société de transactions boursières, nous explique qu’il n’est « pas choqué par le fait que les pêcheurs de l’île de Ré doivent payer l’ISF, parce que finalement on va chercher [...] des gens qui ne réinvestissent pas leur capital dans l’économie ». De même il estime « important de garder sur le territoire [...] des sociétés, des capitaux actifs et productifs plutôt qu’un Picasso et un Matisse ». Et il préconise qu’on baisse le taux de l’ISF, mais en l’étendant « à l’ensemble du patrimoine d’une personne [...] sans exception aucune, et en particulier pas sur les tableaux  ». Commentaire de Brigitte Jeanperrin : « Et vous pensez qu’il y a une sorte de manque de courage politique ? »


Chacun voit midi à sa porte. Le 4 octobre, pour coller à la journée de revendication sur le pouvoir d’achat, Brigitte Jeanperrin reçoit le représentant du groupe bancaire ING Direct, André Coisne, et lui demande « En définitive, le comportement des gens est différent des revendications ?  ».

 

Le financier répond par cette fine analyse psychologique : « Je crois que les Français [...] se sentent heureux individuellement, mais sentent la France malheureuse. Et je crois que leur niveau d’épargne y est pour quelque chose. » Il approfondit le constat : « Les Français finalement [...] continuent à épargner massivement. »

 

Les Français ? Tous ? Jeanperrin s’interroge : « Des mouvements que l’on voit chez les cadres et ceux qui ont de l’argent, ou c’est toutes les catégories sociales ? ». Réponse « Aujourd’hui on considère que la masse des épargnants c’est la moitié des ménages Français. Ce qui veut dire qu’il y a l’autre moitié des ménages qui n’a pas les moyens d’épargner. Et bien ceux-là sont particulièrement vulnérables et ne se sentent pas très à l’aise.  » On vient donc de voir surgir une France à deux vitesses. Mais pour Brigitte Jeanperrin ce vaste ensemble s’appelle « les gens ». Ignorant délibérément que la catégorie n’est pas opératoire, elle feint de s’étonner et récidive : « Comment peut-on expliquer que les gens consomment et épargnent en même temps ? Ca veut dire qu’il y a du pouvoir d’achat  ? ». Chez « les gens » ou chez « certains » ?


Par un hasard du calendrier, le lendemain 5 octobre, c’est un chantre du crédit que l’on reçoit.

 

Le dirigeant de Meilleur Taux.Com, Christophe Kremer, voudrait voir les banques ne plus refuser de prêts aux pauvres et aux précaires. Car les pauvres et les précaires, c’est tout un secteur de marché mal exploité et pourtant en pleine expansion. Or, pour relancer la croissance du pays, il faudrait, ne serait-ce que par civisme, que tous ces consommateurs qui n’ont aucune certitude du lendemain, puissent s’endetter. Comme le fait remarquer Brigitte Jeanperrin, « le problème de la France, c’est justement, alors qu’on est en panne, le crédit n’est pas considéré comme un moteur de croissance ou de rebond ? » Alors prenons exemple sur l’étranger nous dit le dirigeant de Meilleur Taux.Com : « A l’étranger, les banques sont beaucoup plus souples. [...] Aux Etats-Unis, le crédit est un moteur de l’économie. C’est que les banques se spécialisent, notamment en fonction du crédit de la personne, en fonction de la cible qu’elles visent. On va dire que dans les crédits plus risqués, et bien elles facturent plus cher . Et ben finalement, c’est très pratique et tout le monde y trouve son compte  ». Aucune objection de la part de Brigitte Jeanperrin...


Ces vignettes de l’entreprise triomphante qui se voudraient exemplaires sont en réalité accablantes pour qui a un minimum d’esprit critique et se pose les questions que Brigitte Jeanperrin ne pose pas. Au bout du compte ce qui apparaît au travers de tous ces témoignages unilatéraux, c’est que la première stratégie de l’entreprise libérale, c’est le lobbying... et Brigitte Jeanperrin passe les plats.

Christiane Flicker et Mathias Reymond

 

 

http://www.acrimed.org/article2231.html


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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 13:29

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Employée, infirmière, enseignant, agent EDF, secrétaire, bûcheron, cheminot, ouvrier… Les candidatEs du NPA sont à l’image de la société : des travailleurEs qui n’ont que leur force de travail à vendre.

 

La moyenne d’âge des candidatEs est légèrement supérieure à 40 ans, ce qui révèle que notre organisation reste l’une des meilleures représentantes de la jeunesse.


Le NPA sera sans doute la seule organisation à devoir payer l’amende sur la parité hommes-femmes pour avoir présenté… plus de femmes que d’hommes. Un déséquilibre dont nous sommes fiers, à l’heure où les autres partis présentent seulement 40 % de femmes, dont une bonne partie sur des circonscriptions où ils sont certains qu’elles ne seront pas élues. Nous avons enfin essayé de mettre en avant des militantEs animant des luttes ces dernières années.


Obtenir une telle composition sociologique n’est pas une tâche facile : il faut en effet convaincre de présenter des salariéEs, des jeunes, des femmes, et de ne pas tomber dans la facilité en proposant des hommes qui se sont déjà présentés trois ou quatre fois. Ce n’est pas évident car, dans cette société, tout nous pousse à considérer que nous ne sommes pas légitimes à nous exprimer, que les élites, les experts sont mieux placés que nous. Sans oublier que de nombreux camarades n’ont pas pu se présenter parce qu’ils travaillent dans le privé ou parce qu’ils cherchent un emploi. Pour ces camarades, se présenter, être connu comme militant politique, équivaudrait à un licenciement à moyenne échéance ou à ne pas trouver de travail.


Présenter des candidats à l’image du monde du travail est un vrai effort militant pour les membres du NPA et les sympathisantEs qui ont accepté de se présenter.

Des candidatures anticapitalistes ouvertes


Sur le plan politique, le NPA présente 340 candidatures, dont 40 se réclamant de son courant public « Gauche anticapitaliste » et soutient 30 candidatures d’autres organisations. Dans la plupart des cas, ces dernières sont mises en place dans le cadre d’accords unitaires départementaux. La majorité de ces accords sont noués avec les Alternatifs et le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC), qui n’ont pas souhaité dans certains départements se présenter avec le Front de Gauche et ont voulu au contraire maintenir une indépendance politique anticapitaliste vis-à-vis de ce courant. Dans cette situation, le NPA a souhaité œuvrer à un rassemblement des courants anticapitalistes. C’est le cas en particulier avec les candidatures NPA-Alternatifs-­MOC en Drôme, en Ardèche et en Isère.


Parfois, des candidatures unitaires ont été nouées avec des organisations du Front de Gauche, lorsque les sections locales ont assumé une certaine forme de rupture programmatique avec leurs directions nationales, comme par exemple l’indépendance complète vis-à-vis du PS et la sortie du nucléaire. D’autres candidatures unitaires sont issues des droits de la Gauche anticapitaliste, en tant que courant public du NPA, à défendre son orientation dans plusieurs circonscriptions même si cela ne rencontrait pas l’assentiment de la majorité du NPA.

Et maintenant, la campagne !


Malgré les difficultés actuelles des anticapitalistes et des révolutionnaires, nous avons fait le choix de nous présenter partout où c’était possible, partout où nous estimions pouvoir organiser une campagne militante.


Et c’est l’étape suivante : il nous reste deux semaines et demie pour réaliser une campagne de masse : aller à la rencontre des salariés, faire connaître nos idées, proposer à tous ceux qui ont été intéressés par la campagne de Philippe Poutou de militer avec nous. Deux semaines et demie, c’est le temps qu’il a fallu à ce dernier pour gagner en notoriété et doubler son score dans les sondages. Alors pourquoi pas, cette fois, pour les législatives ?


L’enjeu n’est rien moins que de renforcer le courant à gauche le plus indépendant du PS. À l’heure où celui-ci, après quelques mesurettes choisies pour faire plaisir à gauche, va se glisser petit à petit dans le sillage de ses camarades sociaux-libéraux d’Espagne et de Grèce, il est nécessaire de renforcer le courant qui se bat à la fois pour une rupture anticapitaliste face à la crise et pour un front unitaire de lutte contre l’austérité de gauche.


Chaque voix qui se portera sur les candidats du NPA sera un encouragement à lutter pour une autre société !


Antoine Larrache

La liste de la totalité des candidatEs se trouve sur www.npa-legislatives.org

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 12:23

Photo du film "Debtocratie"

25 mai par Przemysław Wielgosz, Eric Toussaint

 

Interview d’Eric Toussaint par Przemysław Wielgosz  |1|

La présente version en français a été revue par l’interviewé.

De nombreux experts et politiciens européens considèrent que la crise des dettes publiques dans la zone euro a été maîtrisée avec la récente réduction négociée de la dette grecque de 50 %, et la nouvelle tranche d’aide de 130 milliards d’euros. Pouvons-nous effectivement pousser un soupir de soulagement ?


Tout d’abord, cette aide à la Grèce est un cadeau empoisonné. Il s’agit avant tout de sauver les grandes banques privées européennes qui investissaient auparavant dans les obligations grecques. Les gouvernements des pays européens pensent que si la Grèce avait suspendu le remboursement de la dette, on aurait eu un effet de domino, et l’Union européenne serait tombée dans une crise systémique qui toucherait également ces banques-là.

 

Deuxièmement, ce prétendu cadeau, c’est en réalité un prêt, c’est-à-dire de nouvelles dettes.

 

L’aide européenne pour Athènes, soi-disant si généreuse, c’est tout simplement 130 milliards de nouveaux crédits. Pas besoin d’être docteur en mathématiques pour comprendre que si d’un côté on réduit la dette de 107 milliards, et de l’autre on prête 130 milliards, alors nous aurons au bout du compte une augmentation du montant de la dette.

 

Troisièmement, ce nouveau plan d’aide à la Grèce ne signifie pas la fin de la crise.

 

Car, de toute manière, le niveau de l’endettement de la Grèce est insoutenable. La Troïka (la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international) prévoit qu’en 2013 la dette de la Grèce représentera 164 % du PIB. Or la politique que la Troïka impose à la Grèce a déjà abouti à une réduction des recettes fiscales du gouvernement.

 

L’activité économique va continuer à se contracter avec les réductions des dépenses publiques et privées, des salaires et de l’emploi. Dans une telle situation, il n’y a pas de moyens financiers suffisants pour le remboursement de la dette. C’est pourquoi, de nombreux économistes pensent dès maintenant qu’à l’avenir il faudra un nouveau plan de crédits pour le gouvernement de la Grèce.


De nombreux journalistes et experts polonais répètent que la crise de la dette est le résultat de la fainéantise des travailleurs grecs, des salaires trop hauts, des prestations sociales trop élevées et du secteur public trop développé. Tout simplement, les Grecs vivaient au-dessus de leurs moyens, se sont endettés, et maintenant toute l’Europe doit payer pour eux. La même rhétorique accompagne d’ailleurs les débats sur le danger d’une crise en Pologne. Chez nous aussi, la responsabilité de l’augmentation de la dette publique est imputée aux travailleurs, à leurs prétendus hauts salaires et leurs prétendus privilèges sociaux.


C’est une campagne mensongère. Les statistiques de l’Organisation internationale du travail et de l’OCDE montrent qu’en moyenne annuelle le travailleur grec travaille plus que le travailleur allemand. Le problème n’est pas du tout que les Grecs vivent au-dessus de leurs moyens. Bien sûr, il y a des problèmes en Grèce : il y a certains catégories de la société qui ne paient pas d’impôts, mais ce ne sont pas les travailleurs. Par exemple, l’Eglise orthodoxe ne paie pas d’impôts, ainsi que tous les armateurs de navires qui constituent un secteur extrêmement puissant dans l’économie grecque. Ce sont leurs privilèges qui alimentent les déficits, lesquels débouchent sur une augmentation de la dette publique.


En Pologne, la dette publique n’est pas trop élevée en comparaison avec la Grèce, l’Italie ou l’Espagne. N’avons-nous donc rien à craindre ?


En effet, la dette publique n’est pas un danger immédiat pour la Pologne. Le danger par contre, c’est le niveau très élevé de la dette privée, parmi les plus hauts en Europe. Le deuxième danger pour la Pologne, ce sont les politiques néolibérales menées par le gouvernement polonais, conformément aux recommandations de la Commission européenne. Ces politiques font baisser la demande publique, c’est-à-dire par exemple les dépenses pour l’éducation ou la santé.

 

En même temps, il n’y a pas de politique de création d’emplois dans le secteur public. Au lieu de cela, nous voyons en Pologne une politique consistant à réduire les salaires et toutes les prestations sociales. Le bas niveau des salaires fait que même les groupes sociaux dont la consommation augmente y arrivent moyennant l’augmentation de l’endettement privé, ce qui constitue un danger pour l’économie. La poursuite du cours politique actuel pourrait aboutir à une explosion de la dette privée, laquelle - en cas d’intervention de l’Etat (qui couvrirait des créances privées par de l’argent public) - peut rapidement se transformer en dette publique. Bien sûr, la politique néolibérale permet à une partie de la société polonaise de s’enrichir, mais il s’agit d’une petite minorité qui s’enrichit aux frais de la majorité.


Depuis l’automne de l’année dernière, il y a de plus en plus de débats sur la sortie de la zone euro comme un moyen de sortir de la crise pour des pays comme la Grèce. Parallèlement, l’éventualité de l’adoption de l’euro par des pays comme la Pologne suscite de grandes interrogations.


Je pense que dans les années à venir la Pologne ne devrait pas entrer dans la zone euro. Toutefois, en ce qui concerne la question d’une éventuelle sortie de certains pays de la zone euro, c’est une proposition importante, mais personnellement je ne recommande pas la réalisation de ce scénario à des pays comme la Grèce ou le Portugal. Je comprends néanmoins que certains économistes et certains groupes sociaux considèrent cette solution comme indispensable.

 

Si nous voulons des solutions qui puissent être avantageuses pour la population dans son ensemble, alors nous devons reconnaître qu’une sortie de la zone euro exige la mise en œuvre d’une série de mesures radicales : l’introduction d’un contrôle total sur les mouvements de capitaux pour empêcher leur fuite, la nationalisation des banques, etc. Afin de compenser les effets d’une dévaluation de la monnaie, il faudrait augmenter les salaires et les prestations sociales. Tout ceci serait possible uniquement si l’on procédait à une redistribution radicale des richesses et du patrimoine national. Ce n’est pas impossible.


Quelle est l’alternative aux politiques imposées aux populations européennes par des instances non-démocratiques de pouvoir supranational comme la Troïka ? Autrement dit, qui devrait décider quelle partie de la dette est illégale ou injuste, illégitime ?


Je ne vois qu’une seule alternative : celle qui s’appuie sur la mobilisation des citoyens, sur leurs initiatives menées par en bas. En 2011, nous avons vu de nombreuses mobilisations sociales en Espagne et en Grèce, que l’on a appelé Mouvement des Indignés. Puis, à Londres, nous avons vu le mouvement Occupy the City, et aux Etats-Unis le mouvement Occupy Wall Street. Je pense qu’avec le printemps, les citoyens de nombreux pays d’Europe, en particulier les jeunes, sortiront sur les places publiques et recommenceront les occupations dans le but d’élaborer en commun des alternatives, et afin de faire pression sur les gouvernements pour les obliger à opérer un tournant dans la politique de l’Union européenne.

 

En même temps, on ne peut pas attendre passivement que les gouvernements des pays de l’UE se mettent d’accord et prennent des mesures, ou que les membres de la Commission européenne se décident à changer de cap. C’est pourquoi, si un gouvernement de gauche se mettait en place dans un pays comme la Grèce, il devrait mener une politique d’indiscipline, de désobéissance envers les recommandations de la Commission européenne, de la BCE et du FMI.

 

Il s’agit par exemple :

 

1. de rejeter la ’règle d’or’ qui limite le déficit public ;

2. de suspendre le remboursement de la dette et, de proclamer à la suite un audit à participation citoyenne, la répudiation de la partie illégitime de la dette publique ;

3. d’abroger tous les plans d’austérité imposés par la Troïka ;

4. d’exproprier les banques et les assurances en les transférant dans le secteur public, sous contrôle citoyen ;

5. d’instaurer des mesures fiscales pour faire payer les riches et l’église orthodoxe. Etc.

 

De cette manière, les pouvoirs publics pourront récupérer des ressources financières pour réamorcer la croissance et relancer l’économie.


En l’absence d’un véritable gouvernement de gauche, en ce qui concerne la décision d’annuler la partie illégitime de la dette, ce qui sera décisif, c’est l’audit citoyen. Dans des pays comme la Grèce, l’Espagne ou la France, des initiatives citoyennes par en bas se développent déjà, visant à réaliser un tel audit aussi bien au niveau national que local ou municipal.

 

Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes sont engagées dans ce mouvement. L’audit ou simplement le refus de rembourser la dette illégitime a déjà réussi dans des pays comme l’Argentine (en 2001), l’Equateur (en 2008) ou l’Islande (en 2010-2011). Ces pays se sont débarrassés d’une partie du fardeau de la dette, laquelle ne faisait qu’apporter des bénéfices aux milieux financiers, tout en bloquant le développement social. Et ils s’en sont bien sortis.


Quelles sont les similitudes entre la crise de l’endettement du Tiers Monde et l’actuelle crise de la dette dans l’UE ?


Les peuples des pays de l’UE sont soumis actuellement à la même politique que celle à laquelle on soumettait les peuples d’Amérique Latine dans les années 80 et 90.

 

Dans les pays du Tiers Monde, tout comme aujourd’hui en Europe, la crise de la dette publique était instrumentalisée par les gouvernants et les institutions financières internationales pour mettre en œuvre toute une panoplie de moyens et décisions économiques qui ressemblent énormément, presque comme deux gouttes d’eau, à la politique menée actuellement dans l’UE. Je pense avant tout à la réduction des salaires, aux licenciements massifs dans l’administration et dans le secteur public, à l’augmentation de la TVA, à la politique de zéro déficit budgétaire.

 

Les peuples d’Amérique Latine ont payé un prix exorbitant pour la réalisation de ces recommandations, et il leur a fallu pas moins de vingt années pour s’en débarrasser. Une question se pose : de combien de temps les peuples européens auront-ils besoin pour se libérer des chaînes du néolibéralisme ?


Traduit du polonais par Stefan Bekier

 

http://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-La-Grece-et-l

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 12:17
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Par Clément Baudet (25 mai 2012)


Après cent jours de grève, la contestation étudiante ne faiblit pas au Québec, malgré le vote d’une « loi spéciale » restreignant la liberté de manifester. Le 22 mai, ils étaient même 250 000 dans les rues de Montréal ! Au-delà de l’opposition à la hausse des frais de scolarité, le « printemps québécois » dénonce la politique néolibérale du gouvernement, sur fond de scandales de corruption et de destruction de l’environnement. Reportage.

 

Partout à Montréal, les carrés rouges fleurissent. Sur les manteaux, les portes des maisons, les balcons et sur les réseaux sociaux où ce symbole de l’endettement des étudiants québécois remplace de nombreuses photos de profils. « Le mouvement étudiant nous incite à réfléchir sur le modèle de société qu’on souhaite. Leurs voix nous font du bien, c’est un appel d’air. » Louise a 62 ans. La dernière fois qu’elle est descendue dans la rue, c’était en 1982. Trente ans plus tard, le mouvement étudiant entame son centième jour de grève.

 

Tout commence par l’annonce du gouvernement libéral de Jean Charest. Pour rivaliser avec le niveau des universités en Amérique du Nord, les étudiants sont invités à faire leur « juste part », alors que plus d’un quart des étudiants sont déjà très endettés [1]. Après des négociations avortées, la hausse des frais de scolarité est passée de 75 % sur cinq ans à 82 % sur sept ans. 30 000 étudiants risquent d’être privés d’accès à l’université, faute de moyens [2].

 

Face à cette impasse, les manifestations se multiplient. Cent jours après le début du conflit, le mouvement perdure. Les principales organisations étudiantes, la Fecq (La Fédération étudiante collégiale du Québec), la Feuq (Fédération étudiante universitaire du Québec) et la Classe (Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante) dénoncent la marchandisation de l’éducation et l’endettement croissant des étudiants. Toutes réclament un gel des frais de scolarité et la tenue d’état généraux sur l’éducation.

 

Corruption et crimes environnementaux


Au Québec, les droits de scolarité sont restés très bas depuis les années 1970 lorsque la Révolution tranquille met en place un système d’éducation publique et accessible à tous, « un des socles de l’identité québécoise », explique Éric Martin, politologue et chercheur à l’Iris. Voilà pourquoi la volonté explicite du gouvernement de s’aligner sur le modèle du Canada anglophone ou du Royaume-Uni est vécue comme une remise en cause profonde des valeurs partagées par la population. L’opposition des étudiants sur cette question délicate ne date pas d’hier, comme l’analyse Benoît Lacoursière. Depuis les années 1990, les volontés d’augmenter les frais de scolarité se sont heurtées à la colère étudiante. En 2001 et en 2005, les étudiants avaient fait reculer le gouvernement sur ses propositions.

 

Au fil des semaines, ce n’est plus seulement la hausse des frais de scolarité qui est pointée du doigt mais toute la politique néolibérale du gouvernement en place depuis 2003. Des scandales de corruption dans le secteur de la construction sont étudiés en ce moment par la Commission Charbonneau. La politique environnementale de Jean Charest est aussi dénoncée par une grande partie de la société civile. Le 22 avril dernier, pour la journée mondiale de la Terre, ils étaient 300 000 dans les rues de Montréal pour protester contre le Plan Nord, un programme de développement minier et pétrolier dans le nord du Québec critiqué par de nombreuses associations environnementales.

 

Un contexte qui explique l’ampleur de la contestation. Le mouvement étudiant cristallise les mécontentements et pourrait à long terme revitaliser la question de l’indépendance. « On sent cet esprit, même si ce n’est pas tout à fait explicite. Il y a un retour du désir d’autonomie, de défense de la culture et du Bien commun avec en filigrane l’idée d’indépendance. Au Québec, toute lutte sociale d’envergure est liée à la question de la souveraineté nationale », rappelle le politologue Éric Martin.

 

Rigidité néolibérale


Le 18 mai, le Parlement vote à la hâte une loi spéciale visant à restreindre le droit de manifester. Une décision qui va mettre le feu aux poudres. Le barreau du Québec, Amnistie Internationale Canada et d’autres acteurs de la société civile dénoncent la loi 78 perçue comme une atteinte aux droits fondamentaux. « Je me sens profondément en deuil, c’est une loi matraque qui bafoue notre liberté d’expression, un droit élémentaire », réagit Michelle Saint-Denis, enseignante au cégep du Vieux-Montréal. Les jours qui suivent, les manifestations nocturnes dégénèrent et plus de 360 personnes sont arrêtées à Montréal.


« On est toujours dans la rue et on va continuer à marcher tous les soirs, ce n’est pas une loi d’exception qui va nous faire plier », assure Nicolas, 23 ans étudiant en histoire, en grève depuis cent jours. « Le mépris du gouvernement envers la population incite les gens à se constituer comme sujets politiques », analyse Éric Martin. La ligne dure ne fait donc qu’accentuer la contestation. C’est désormais contre la hausse des frais de scolarité et contre cette loi d’exception que les Québécois descendent dans la rue. La stratégie électoraliste du Parti libéral qui pariait sur des sondages favorables ne s’est pas annoncée payante.

Éducation populaire et pédagogie créative


Si le mouvement s’inscrit dans la durée, c’est aussi grâce à la solidarité des associations étudiantes et à leur travail d’éducation populaire. Avec habileté, les étudiants répondent à l’argument du gouvernement concernant le sous-financement des universités québécoises. Ils mettent en exergue leur mauvaise gestion et proposent des solutions alternatives à la hausse des frais de scolarité.

 

Exemple significatif, l’organisation la plus influente dans le mouvement, la Classe, fonctionne selon un modèle décentralisé de démocratie directe. Depuis le début du conflit, les 65 associations membres votent des propositions qu’elles portent ensuite au congrès hebdomadaire. Aucune décision n’est prise d’« en haut » et lorsque les deux portes-parole de la Classe ont été accusés par les médias de manipuler les étudiants, ils n’ont pas hésité à expliquer à la télévision leur fonctionnement. « C’est la première fois qu’on entend parler de démocratie directe au Québec, c’est une avancée considérable qu’apporte ce mouvement », observe notre politologue.

 

Éducation et savoirs : bien plus qu’une marchandise


Depuis plusieurs mois, les étudiants regorgent d’inventivité pour expliquer les enjeux de la hausse des frais au reste de la population. En témoignent l’École de la montagne rouge, un laboratoire artistique militant, l’opération Ligne rouge, et la Boîte rouge, un média créé spécialement par les étudiants pour couvrir le mouvement. Mario, électricien de 35 ans, porte le carré rouge depuis deux semaines après avoir longuement discuté avec des étudiants : « J’ai pas d’enfant, mais je ne veux pas que les jeunes s’endettent encore plus pour pouvoir étudier ! »


Pour Claude Vaillancourt, président d’Attac Québec, cette grève « a développé une importante réflexion sur l’éducation et sur la façon de collecter et dépenser l’argent public ». Il observe la convergence des revendications étudiantes avec celles des Indignés et du mouvement altermondialiste. Parmi ces dernières, la défense du service public, la nécessité d’un impôt progressif et la protection d’une certaine vision de l’université qui ne réduit pas le savoir à une simple marchandise.

 

Vers un renouveau de la gauche québécoise ?


La crise étudiante est en train de devenir une crise sociale et politique qui remet profondément en cause la légitimité du gouvernement en place. Depuis plusieurs semaines, de nombreux partis (Coalition avenir Québec, Parti québécois, Québec solidaire) demandent la tenue d’élections générales prévues par le gouvernement en fin de mandat, à l’automne prochain. Difficile cependant de s’avancer sur les répercussions du mouvement étudiant dans les urnes : « De nombreux manifestants sont très critiques envers le système de représentation politique, ils peuvent être nombreux à ne pas aller voter », prévient le politologue Éric Martin.

 

Dans une lettre ouverte aux étudiants, Christian Nadeau, professeur de philosophie à l’université de Montréal a déclaré que « cette lutte étudiante illustrait la renaissance de la gauche au Québec ». Si les membres de l’opposition officielle (Parti québécois, centre gauche) arborent depuis le début le carré rouge, le parti a mis du temps à se positionner clairement en faveur d’un gel des frais de scolarité. « Le Parti québécois ne peut pas capitaliser sur le mouvement car il a depuis longtemps privilégié la rigueur budgétaire », explique Éric Martin. Selon lui, ce « printemps québécois » recompose dès à présent les forces politiques de gauche et peut ouvrir une brèche au sein du bipartisme.

 

Bien plus à gauche du Parti québécois, Québec solidaire (avec seulement 3 % des voix en 2007), parti politique altermondialiste et souverainiste, est aujourd’hui un des seuls à se positionner en faveur de la gratuité scolaire revendiquée par la Classe. Habitué des manifestations, son unique député, Amir Khadir, a appelé à la désobéissance civile face à la loi 78. La Classe a, elle aussi, déclaré qu’elle ne se plierait pas à cette loi d’exception, quitte à en assumer les conséquences juridiques.

 

Le 22 mai, au 100e jour de grève, une marée rouge de 250 000 personnes a envahi les rues de Montréal. Parmi les étudiants, ils sont nombreux à vouloir continuer la lutte durant l’été. Les cours suspendus jusqu’à fin août pourraient bien être perturbés à l’automne, après ce printemps érable.

Notes

[1] En 2005, 57 % des diplômés avaient fait appel à un prêt pour financer leurs études. 27 % des étudiants étaient endettés à plus de 25 000 $ (19 000 €). Source : Statistiques Canada.

[2] D’après les estimations de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (Iris).

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 12:12
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22 mars 2012
  

Attac France soutient la lutte exemplaire des étudiants et des mouvements sociaux québécois


Les étudiants québécois ont engagé, il y a trois mois, une lutte déterminée contre la hausse des frais d’inscription à l’université décidée par le gouvernement Charest.


A raison de plusieurs marches par jour et nuit plusieurs fois par semaine, ils ont été jusqu’à 300 000 dans les rues de Montréal et des principales villes de la province, et ont reçu le soutien de nombreux citoyens, enseignants, syndicats, associations et mouvements sociaux au Québec.


En réponse à ces mobilisations, le gouvernement provincial n’a montré que du mépris à l’égard des demandes des trois fédérations étudiantes, et il a déployé une répression brutale : des centaines d’étudiants et de citoyens ont été blessés, chaque marche voit l’arrestation de dizaines de manifestants.

 

Vendredi dernier le Parlement québécois a voté une loi d’exception, dite « loi 78 », qui pénalise l’appel public à la grève et à la mobilisation à proximité des établissements universitaires, ainsi que les démonstrations de soutien au mouvement étudiant. Cette loi donne également à la police des droits accrus d’intervention. Improvisée, mal conçue et liberticide, elle a été dénoncée la journée même de son adoption, entre autres, par les centrales syndicales, par le barreau du Québec et par plus de 100 000 signataires d’une pétition demandant son annulation.


La lutte des étudiants québécois porte en pleine lumière la question de la marchandisation de l’éducation et illustre précisément ce que le Processus de Bologne, qu’ont soutenu tous les gouvernements européens depuis la fin des années 90, entend ériger en modèle de financement de l’enseignement supérieur : l’endettement insoutenable des jeunes dont les familles ne peuvent financer les études universitaires, la mise en concurrence des établissements, la subordination de l’enseignement et de la recherche aux intérêts des multinationales et le mouvement de soumission croissante des universités au capitalisme financier.


Dans la continuité des révolutions arabes, des indignés européens, des mouvements Occupy nord-américains, de la résistance du peuple grec, leur mobilisation courageuse est un exemple face au choix des gouvernements de faire peser, sans considération de justice, le coût de la crise économique mondiale aux citoyens et à la jeunesse, et non aux plus riches.

 

Alors que l’austérité sert de prétexte, partout dans le monde, au démantèlement de tous les dispositifs de redistribution et de solidarité entre les citoyens, les étudiants québécois rejoignent la vague des soulèvements populaires entamée depuis 2011 contre l’ordre néo-libéral dans son ensemble et apportent à leur tour l’espoir que d’autres politiques, et un autre monde, sont possibles.


Attac France, aux côtés d’Attac Québec, leur apporte tout son soutien, et leur exprime sa profonde solidarité.

L’éducation et l’enseignement supérieur sont des biens publics. Ils doivent être financés par une fiscalité juste, progressive, et réellement redistributive. Ils doivent être complétés par des systèmes de bourses, de logement et de sécurité sociale étudiante pour permettre l’accès de tous à l’enseignement supérieur.


Attac France appelle à participer à toutes les manifestations organisées en soutien au mouvement québécois en France, notamment au rassemblement organisé ce mardi 22 mai, Place de la Fontaine Saint Michel, à 18h à Paris.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 12:04

Nouveau procès par appel de Guinot contre Gérard Filoche

RV le 5 juin à 12h30 face au Palais de justice de Paris, M° Cité
Procès à 13h30 devant la 31e chambre TGI de Paris
Chaque présence comptera et fera chaud au coeur
 

Ça fait huit ans que ça dure. Hélas.


Il faut une dernière mobilisation pour en finir avec le patron de chez Guinot, membre de l’UIC proche de l’UIMM, un patron de combat, déjà condamné pour « abus de droits sociaux », qui ne paie pas les heures supplémentaires, qui manipule un CE, qui multiplie les prud’hommes, qui a l’habitude de traquer ses salariés pour « abus du droit d’ester en justice » et qui mène une invraisemblable campagne depuis huit ans pour essayer selon les dires de son avocat bien choisi, Me Varaut, de faire qu’un inspecteur du travail « fasse moins le fier »…

 


Pour en savoir plus...

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 11:52

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25 mai 2012 - 


Dans une lettre ouverte adressée au préfet de Région, aux présidents de la Région et du conseil général du Finistère ainsi qu'au directeur de l'Agence de l'Eau, quatre associations expriment leur désaccord avec le plan d'action contre les marées vertes dans la baie de Douarnenez, présenté le 5 mai dernier à la commission locale de l'eau.

 

Eau et Rivières, Bretagne Vivante, la CLCV et Baie de Douarnenez Environnement estiment, en effet, que ce projet ne répond aucunement aux préconisations du conseil scientifique pour éradiquer les algues vertes: à savoir «Une réduction drastique des flux de nitrates rejetés à la mer et donc, des changements profonds des systèmes de production et des pratiques agricoles».

 

Les associations affirment que, «contrairement à la demande de rééquilibrage des actions prévues au volet agricole, ce projet maintient et favorise la concentration du cheptel hors-sol. De fait, l'axe 1, qui repose pour l'essentiel sur le développement de la méthanisation et du traitement des lisiers de porcs, mobilise l'essentiel des crédits alors qu'il ne concerne qu'une minorité d'élevages industriels de porcs».

 

En second lieu, les associations soulignent que «l'évolution des systèmes de production est réduite à la portion congrue: seulement 5% de surfaces en agriculture biologique, soit un objectif inférieur à celui fixé par la loi du 12 juillet 2010.

 

Par ailleurs, le développement des surfaces en herbe, solution performante au plan économique et environnemental, est limité à plus 7%, ce qui maintiendra l'assolement actuel dominé par le maïs et les céréales, cultures à fortes fuites d'azote».

 

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/douarnenez-le-plan-algues-vertes-conteste-25-05-2012-1714327.php

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:23
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Par Nolwenn Weiler (24 mai 2012)


Voilà quinze ans qu’un petit territoire breton a entamé sa mue écologique. Le Mené est devenu le symbole d’une transition écologique en voie d’achèvement. Sa recette ? Puiser dans ses quelques ressources locales – biomasse, soleil et vent – pour produire une grande partie de l’énergie consommée. Et s’appuyer sur la force des liens sociaux, la créativité de ses habitants et la concertation horizontale. Quitte à déranger certains intérêts.

 

« Ici, nous ne sommes pas assez riches pour faire les choses chacun dans notre coin », entend-on dans le Mené. Ce petit territoire de moins de 200 km2 et de 7 000 habitants, perdu dans les landes qui séparent Rennes de Saint-Brieuc, n’est accessible ni en train ni par voie rapide. La seule industrie où l’on peut trouver du boulot, c’est Kermené, une industrie d’abattage, filiale de la chaîne de grande distribution E. Leclerc, où travaillent 2 500 personnes, soit un tiers des habitants de la communauté de communes. Le symbole même des zones rurales enclavées dont on parle tant depuis les élections.

« Bref, à première vue, nous avons peu d’atouts », sourit Jacky Aignel, maire de Saint-Gouéno, l’un des sept bourgs de ce petit pays. « Mais nous avons des richesses : le vent, la biomasse, le soleil et, surtout, une très forte envie de faire des choses ensemble. Pour que notre territoire vive, et que nous puissions y rester. » Et c’est ce qui a fait la différence. Progressivement, le Mené construit son autonomie énergétique et crée même des emplois.

 

Une transition qui part de la population


Il y a d’abord Géotexia, l’usine de méthanisation, qui produit du biogaz à partir des déchets organiques. Elle fête son premier anniversaire. « Le projet est né d’un constat : nous avions trop de lisier, et comme nous sommes en tête de bassin versant, cela posait des gros soucis environnementaux, explique Josette Vivier, de l’association Mené initiative rurale (MIR), à l’origine du projet. Le lisier, ce déchet agricole rejeté en masse par les élevages, est l’une des cause de la pollution des eaux douces et de la prolifération des algues vertes. Il sert désormais à fabriquer du biogaz, qui alimente une turbine produisant de l’électricité. L’idée a germé à la fin des années 1990 au sein d’une assemblée hétéroclite rassemblant agriculteurs, chasseurs, élus, pêcheurs et simples citoyens : l’association Mené initiative rurale. « L’objectif, c’était aussi de maintenir le plus d’exploitations agricoles possible. Donc de freiner l’agrandissement », ajoute Josette Vivier.

 

Parmi les engagements de la trentaine d’agriculteurs qui se sont lancés dans Géotexia : celui de ne pas augmenter leur cheptel. La coopérative d’utilisation du matériel agricole (Cuma) Mené Énergie, co-initiatrice du projet et actionnaire de l’usine, veille au grain. « Au début du projet, un agriculteur n’ayant pas respecté ce contrat a été exclu. Cela a braillé dans les campagnes, mais cela a assis l’autorité, et la cohérence de la Cuma », rappelle un habitant du territoire.

 

3 000 habitations éclairées grâce aux agriculteurs


Implantée sur un terrain acheté par la communauté de communes, l’usine de méthanisation produira chaque année 12 à 15 gigawattheures. De quoi couvrir les besoins d’environ 3 000 habitations, hors chauffage. « La chaleur produite par ailleurs sera directement valorisée sur place, notamment pour le séchage de la matière organique qui sera exportée vers des plaines céréalières, déficitaires en matière azotée », détaille Laurent Gaudicheau, directeur de la communauté de communes.

« La filière de chauffage au bois a aussi fait sont entrée dans le Mené », ajoute Josette Vivier. Cinq agriculteurs, membres de l’association, choisissent alors ce mode d’énergie. Depuis, l’idée a cheminé. Deux réseaux de chaleur alimentés par du bois déchiqueté local sont d’ores et déjà opérationnels. « L’un d’eux dessert 55 locaux – bâtiments communaux, logements sociaux et particuliers – et chauffe plus de 4 000 m2 », explique Marc Théry, chargé de mission énergie à la communauté de communes. À terme, six des sept communes du territoire seront équipées et près de 20 000 m2 seront ainsi chauffés. « Il y a un défrichage par le milieu associatif, repris ensuite par les politiques, commente Josette Vivier. La demande part de la base, pour aller vers les élus. »


« Les gens cherchent à créer du positif »


Cet fonctionnement horizontal force chacun à développer l’art du compromis. Ce n’est pas toujours simple. Et peut prendre beaucoup de temps. « La première fois que j’ai entendu parler de méthanisation, c’était en 1981 », se remémore ainsi Paul Houé, sociologue au CNRS, et fils du pays. C’est lui qui, dans les années 1960, met en évidence la volonté des habitants du Mené de prendre en main leur territoire, de réfléchir aux modalités de sa survie.

À l’époque, il réalise des enquêtes de terrain pour sa thèse de doctorat sur le développement rural. « Les gens avaient l’impression d’avoir été oubliés par le développement qui agitait le reste de la France, se souvient Paul Houé. Ils ne voulaient pas voir leur territoire mourir. Mais ils ne se contentaient pas de se lamenter. Ils réfléchissaient à ce qu’ils allaient devenir. Ils cherchaient à créer du positif. »


Retour sur investissements publics


Dans la foulée de ce vaste questionnement est créé le comité d’expansion du Mené. Plus tard, viendra le « plan d’aménagement rural », puis les premiers « contrats de pays ». Autant de modalités de développement rural qui seront reprises, ensuite, ailleurs en France. « En quarante ans, les élans collectifs ont évidemment connu des hauts et des bas, poursuit le sociologue. Et ce qui se passe depuis la fin des années 1990 autour de l’énergie est, pour moi, inattendu mais passionnant et tout à fait logique, au fond. »


Financés jusqu’à 60 % par des investissements publics [1], les divers projets lancés dans le Mené ont un temps de retour sur investissements moyen de huit ans. « Le cabinet Solagro, qui a fait un état de lieux en 2004 pour mieux cerner les leviers d’action à notre disposition, a mis en évidence que les dépenses énergétiques entraînaient, chaque année, le départ de 9 millions d’euros du territoire, précise Laurent Gaudicheau. Le gisement de richesses est flagrant. » Grâce à la méthanisation puis à la création d’une filière bois locale, l’argent peut servir à d’autres investissements. Tout cela n’aurait pas été possible si le Mené avait sombré dans l’austérité budgétaire...

 

Une autonomie qui dérange


Tout le monde ne voit pas forcément ces projets d’un bon œil. Depuis 2007, l’huilerie Ménergol, une coopérative locale [2] au sein de laquelle on transforme le colza en huile de moteur pour les tracteurs, ne fonctionne qu’au tiers de ses capacités. C’est que la FNSEA est très implantée dans les campagnes. Or Xavier Beulin, patron du syndicat majoritaire, est aussi à la tête de Sofiprotéol, l’établissement financier de la filière des oléoprotéagineux (colza, tournesol, soja). « Ces grosses entreprises n’ont aucun intérêt à ce que les agriculteurs organisent leur autonomie », estime Marc Théry.

 

Les motivés du Mené sont aussi soumis aux aléas nationaux des politiques énergétiques décidées en haut lieu. Le construction d’un parc éolien participatif, qui devait être posé sur la crête du Mené, vient ainsi d’être suspendu. En cause : l’annulation probable par le Conseil d’État, à la demande d’un collectif anti-éoliennes, de l’arrêté fixant le tarif de rachat de l’électricité éolienne.

 

Sobriété volontaire


Ils ont par ailleurs quelques difficultés à obtenir le soutien des opérateurs d’électricité dans la mise en place de ce que l’on appelle « l’effacement des consommations électriques ». Très pratiquées aux États-Unis, ces coupures alternatives du chauffage dans les foyers – pour de courtes durées – permettent de limiter la consommation pendant les périodes de pointe. Quand le froid se fait piquant, en plein hiver, et que tournent en même temps dans tous les logements de France (généralement en fin de journée) chauffage mais aussi machines à laver, fours et résistances des ballons d’eau chaude.

 

« Ces coupures sont volontaires et maîtrisées par les habitants eux-mêmes », précise Marc Théry. Grâce à un système de télétransmission, ils peuvent consulter, en temps réel, leur consommation et ainsi apprendre à la gérer. Les volontaires du Mené (dont un tiers des habitants se chauffent à l’électricité) devraient s’y mettre après l’été. « Beaucoup sont motivés par les gains économiques que promet ce dispositif, ajoute Marc Théry. Et avec des coupures d’une demi-heure, la température des maisons ne baisse pas beaucoup. Il faut juste être vigilant. » Une politique énergétique qui tranche avec la France du nucléaire, où tout est agencé et décidé, pour tout le monde, par EDF. Créativité, autonomie, démocratie horizontale, sobriété… De quoi inspirer de nombreux autres territoires.


Nolwenn Weiler

Notes

[1] Ademe, Fonds européen de développement régional (Feder), conseil régional, conseil général, communauté de communes.

[2] Coopérative d’utilisation du matériel agricole (Cuma).

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:17
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Par Sophie Chapelle (24 mai 2012)


Le nouveau compteur « intelligent » Linky n’en finit pas d’attirer les foudres.

 

L’UFC-Que Choisir vient de saisir le Conseil d’État afin qu’il annule la généralisation du compteur chez les particuliers. L’association considère qu’en l’état, Linky « ne répond pas aux exigences normatives européennes et nationales, et, en conséquence, n’est pas au service des consommateurs pour une meilleure maîtrise de leur consommation énergétique et de leur budget ».

 

Principal grief, l’absence d’affichage en temps réel de la consommation dans l’espace de vie. Or, c’est justement parce que Linky a été présenté comme un outil au service des économies d’énergie, que l’ancien gouvernement a annoncé son installation dans 35 millions de foyers à partir de 2013 (lire nos précédentes enquêtes).


L’UFC-Que Choisir remet aussi en cause les phases de test effectuées à Lyon et en Touraine, et dénonce une « privatisation de l’accès aux données de la consommation ». L’association de défense des consommateurs signale également que le coût du compteur pourrait grimper jusqu’à 300 euros par compteur, alors même que le gouvernement Fillon s’était engagé sur sa gratuité.

 

Pour elle, ce compteur Linky a été conçu «  dans l’intérêt exclusif du gestionnaire de réseau et des fournisseurs d’énergie, et bien peu dans celui des consommateurs ». Attendue sur ce dossier, Nicole Bricq, la nouvelle ministre en charge de l’Énergie, est invitée à séparer ce qui relève du mensonge marketing et de la réalité.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 10:18
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MARTIN Alexis 22 avril 2012
  

S’il est un domaine où Jean-Luc Mélenchon a été abondamment critiqué par les écologistes, l’extrême gauche et les milieux alternatifs, sans pour autant, étonnamment, susciter de rupture à l’intérieur du Front de Gauche, c’est celui de sa défense assumée du patriotisme et de son ambiguïté vis à vis de l’impérialisme français.


En pleine campagne présidentielle, il se distinguait par exemple d’Eva Joly et de Phillipe Poutou en défendant le principe du défilé militaire du 14 Juillet. Pas banal dans la gauche dite « radicale ». La campagne fut également le théâtre de la promotion d’un certain nationalisme associant les symboles cocardiers à la défense des intérêts « français ».

 

Pas banal non plus pour une gauche revendiquée comme étant « des travailleurs » et issue du socialisme internationaliste.

 

Quelques années auparavant, quand il dirigeait le courant PRS qui allait devenir le PG à sa sortie du Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon créait la polémique en refusant de condamner la répression du Tibet par le régime chinois, alors responsable de plus de 400 morts à Lhassa.

 

Il niait alors l’existence d’un problème d’oppression nationale, en niant tout simplement la réalité nationale du Tibet, renvoyant les revendications tibétaines à la défense du féodalisme et réduisant l’opposition au gouvernement chinois des mouvements démocratiques internationaux à un soutien au Dalaï Lama [1].


Parmi les questions qui touchent de près ou de loin celle de la nation, il existe un autre aspect de la politique de Jean-Luc Mélenchon qui pose de sérieux problèmes : c’est celui des langues.

 

Dans son travail de réactivation symbolique des références historiques de la République Française, comme justification « par l’Histoire » de la légitimité de son programme politique, Jean-Luc Mélenchon a repris cette position dite « républicaine » de la défense exclusive du français, qui, si elle a en partie permis d’unifier le pays, a également conduit à l’éradication de sa diversité linguistique.


En refusant des droits à des groupes de locuteurs en tant que tels, s’opposant par exemple à la reconnaissance constitutionnelle de l’enseignement des langues régionales, Jean-Luc Mélenchon participe d’une entreprise de construction politique qui a nié la réalité anthropologique des populations durant deux siècles d’histoire républicaine.

 

La conclusion en France, résultant bien d’une politique éducative organisée par l’Etat et non d’une évolution naturelle des usages, aura été la disparition, par exemple, du breton, du basque ou encore du corse, sans parler des dialectes locaux de la langue française pratiqués partout dans notre territoire.


Jean-Luc Mélenchon réduit le rôle des langues à un simple système véhiculaire et pose la nécessité de l’exclusive du français comme la garantie d’un langage partagé permettant l’unification des revendications du peuple.

 

C’est en fait la vision classique de la gauche française, qui en a fait son credo tout au long du vingtième siècle : en parlant la même langue, les classes populaires pourront s’unir dans la défense de leurs droits et élaborer un destin commun.


C’est en partie vrai. Mais l’erreur historique de la gauche française aura été de réduire la langue à sa fonction véhiculaire et de confondre universalisme et exclusive.


La langue ne permet pas seulement d’échanger des informations à la façon de la circulation des marchandises.

 

Elle est également le lieu de l’organisation de l’abstraction mentale et donc le creuset même de toute construction de la pensée. La diversité linguistique est donc la garantie de la robustesse et de la diversité de la pensée humaine. On peut faire le parallèle avec la biodiversité, dont le maintien est la garantie de la robustesse des écosystèmes dont nous sommes issus. A ce titre, l’actuelle course pour faire de l’anglais la langue exclusive de la recherche scientifique, y compris jouée au sein du système universitaire français, est une bien mauvaise nouvelle.


En liquidant des langues appartenant à nos territoires, des langues parfois non indo-européennes comme le basque, nous avons liquidé des sources possibles d’enrichissement de la construction critique en réduisant la disponibilité des architectures de pensée susceptibles de l’accueillir.


Opposer l’universalisme à l’exclusivité aurait dû conduire l’Etat, au début du vingtième siècle, à garantir la diffusion et l’enseignement du français de façon à établir un socle linguistique autorisant la recherche d’un destin commun, tout en respectant la réalité des pratiques et en intégrant l’enseignement des langues régionales au sein du corpus éducatif.

L’Histoire est l’histoire, et il serait vain de regretter ce qui a été. Il est par contre regrettable que nous ne sachions pas en tirer un enseignement pour élaborer une politique d’aujourd’hui.


En 2012, la diversité linguistique perdure notamment grâce à l’immigration.

 

Si les français sont connus pour être globalement peu doués dans la pratique des langues étrangères, il existe une partie de la population qui inclue une part massive de polyglottes en son sein : celle des français issus de familles immigrées, et notamment, d’un point de vue numérique, originaires du Maghreb. Dans quelques décennies, quand le Front national aura disparu et avec lui sa pression idéologique insupportable sur notre société, nous constaterons à nouveau une occasion manquée.

 

La France aurait pu faire le choix de valoriser la richesse linguistique existant dans les quartiers populaires, permettant en outre à de nombreux élèves de trouver au sein de leur patrimoine familial des supports de réussite scolaire quand celui-ci reste en général plutôt source de discrimination, en permettant à l’école et au collège l’enseignement de l’arabe au même rang que l’anglais ou l’espagnol.


Durant la campagne présidentielle, c’est vers les français de l’étranger que Jean-Luc Mélenchon s’est tourné, pour défendre la diffusion et le rayonnement du français.

 

En s’adressant aux expatriés, il vantait le mérite du rayonnement international de notre langue, prenant comme engagement électoral le soutien massif des Alliances françaises, ces établissements, privés, diffusant la francophonie [2]. On ne pouvait pas mieux faire pour caresser dans le sens du poil les milliers de cadres de nos grandes entreprises partis s’expatrier pour défendre et faire prospérer à l’étranger notre capitalisme national, en concurrence avec les impérialismes anglophones.


En outre, la diffusion du français par les établissements privés implique l’approfondissement de graves clivages sociaux dans les pays anciennement soumis à notre domination coloniale.


En voyage au Maroc, je me suis procuré le magazine indépendant d’actualité « Tel quel », qui dans son numéro de début mai proposait un article éclairant intitulé « Ma langue, mon drame », signé de Mohammed Boudarham, et dont je reprends ici le propos.

 

L’article est disponible en ligne sur le site du magazine [3]. L’auteur y brosse le portrait de la diversité linguistique du Maroc et des problèmes spécifiques auxquels doit faire face la société marocaine. Du fait de l’existence de nombreuses langues berbères et de l’arabe marocain, sans oublier celle des langues coloniales, le français et l’espagnol, le Maroc est un pays qui bénéficie d’un très riche patrimoine linguistique. Les disparités sociales se superposent parfois aux différenciations linguistiques, au détriment par exemple de certaines populations berbérophones du nord du pays. L’enseignement scolaire des langues, la définition d’un socle linguistique commun pour une unification politique du pays, sont autant d’enjeux à relever pour le Maroc d’aujourd’hui.


Dans ce concert, le français trône à la tête de la pyramide, au détriment des classes populaires et des perspectives individuelles des jeunes issus de ces milieux.

 

Dans les établissements publics fréquentés par les couches populaires, le français est enseigné au titre des langues étrangères à partir du collège. Il est par contre enseigné dès l’école primaire en tant que première langue scolaire dans les établissements privés fréquentés par les milieux les plus favorisés, ceux que Jean-Luc Mélenchon se propose de soutenir massivement.


Pour Mohammed Boudarham « sur le marché du travail, en particulier dans le secteur privé, ne pas maîtriser le français est un sérieux handicap quand on cherche un emploi ». Citant le sociologue et linguiste marocain Ahmed Boujous « le français est comme la langue de la modernité (…) il est le moyen de communication de prédilection dans les secteurs des services et dans les médias ». Plus loin, pour Mohammed Boudarham « si cette langue [le français] n’est pas nécessaire pour certains jobs, elle est souvent exigée car elle sert de tamis social. Parler couramment français laisse entendre à l’autre qu’on est issu d’une classe sociale plutôt aisée, voire dominante, cas sa maîtrise suppose généralement d’avoir été scolarisé dans les écoles privées ou à la mission française ».


En défendant le « rayonnement du français », Jean-Luc Mélenchon pense défendre le rayonnement des idéaux des lumières. Comme s’il était impossible de les exprimer en arabe ou en amazigh.


En réalité, Monsieur Mélenchon défend une politique qui favorise la pérennité de clivages sociaux consolidant le pouvoir des bourgeoisies nationales nées des ruines du néo-colonialisme, au détriment des classes populaires vers lesquelles la gauche française devrait en premier lieu manifester sa solidarité internationaliste.

 

Au Maroc, par exemple, cette politique de soutien des établissements privés d’enseignement français se traduit par une consolidation du pouvoir des classes les plus aisées, piliers de la très peu républicaine et très peu démocratique monarchie alaouite.

Pour finir, un roman de science fiction américain des années 50 en guise de conseil de lecture : « Les langages de Pao », de Jack Vance.


Alexis Martin


PS : On me dit deux choses, par mail. Qu’à l’heure où Jean-Luc Mélenchon affronte Marine Lepen il ne faudrait pas le critiquer.

Et que la proposition d’enseigner l’arabe à l’école française est en contradiction avec la critique du fait d’enseigner le français au Maroc.

Pour la première : Jean-Luc Mélenchon n’a pas l’exclusivité du combat contre le Front bational. Il ne l’a pas non plus localement, et encore moins l’antériorité, dans la circonscription où il s’est imposé et qu’il entend utiliser pour médiatiser sa politique.


Par ailleurs, les gauches ont trop souffert de la propension de leurs partis dominants à refuser la critique, en agitant le chiffon de l’ennemi qu’on favoriserait en remettant « la ligne » en question. Quand l’extrême gauche dénonçait le stalinisme et ses crimes, le PCF la taxait de « faire le jeu du fascisme » et la désignait comme le parti de « l’hitléro-trotskisme ». Quand elle critiquait la bureaucratie et la dictature à l’est, on l’accusait de « faire le jeu de l’impérialisme ». Aujourd’hui, remettre la gauche institutionnelle en question serait faire le jeu de la droite et du FN. La ficelle est un peu grosse, surtout en 2012.


Pour la seconde : il n’est pas contradictoire de défendre en France l’enseignement obligatoire du français comme première langue scolaire assorti de la possibilité d’étudier l’arabe comme langue étrangère et du droit d’étudier une langue régionale comme telle, et de critiquer par ailleurs l’enseignement à deux vitesses du français au Maroc. Une vitesse dans les établissements privés pour la jeunesse dorée, créant de vrais bilingues qui accaparent toutes les perspectives professionnelles dignes, et une vitesse pour les autres dans les établissements publics, créant de mauvais francophones discriminés ensuite à l’embauche, quelles que soient leurs compétences pour les emplois visés.

 

Notes

[1] sur le blog de Jean-Luc Mélenchon : http://www.jean-luc-melenchon.fr/20...

[2] sur le site d’Europe Solidaire Sans Frontières (article 24896), « C’est à l’étranger que j’ai le mieux ressenti l’amour de la France » : http://www.europe-solidaire.org/spi...

[3] sur le site du magazine « Tel Quel » : http://www.telquel-online.com/node/2642 Disponible sur ESSF (article 25303), Maroc : Ma langue, mon drame.

 

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