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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 11:32

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« Plus rien ne sera comme avant »

 

Entretien avec Miguel Romero, militant de la Gauche anticapitaliste (« Izquierda Anticapitalista », section de la IVe Internationale dans l’Etat espagnol) et rédacteur de la revue Viento Sur. Propos recueillis par Daniel Tanuro, le 21 mai 

 

C’est arrivé : nous nous révoltons

 

Raúl Camargo 

 

Un événement fondateur

 

Jaime Pastor

 

La révolte des indigné-e-s. Notes depuis la " Plaza Tahrir " de Barcelone.

 

Josep Maria Antentas et Esther Vivas 

 

Il n’y a plus de doutes. Le vent qui a électrisé le monde arabe ces derniers mois, l’esprit des protestations répétées en Grèce, des luttes étudiantes en Grande-Bretagne et en Italie, des mobilisation anti-Sarkozy en France… est arrivé dans l'État espagnol.


Sans travail, sans maison… mais sans peur !

 

Entretien avec Víctor Valdés  

 

Des milliers de manifestants ses ont rassemblés dimanche 15 mai dans le centre de Madrid, répondant à des appels refuser de payer les frais de la crise. Depuis, ils occupent toujours la place de Puerta del Sol. Le chômage touche 44,6% des moins de 25 ans en Espagne.

Manifeste de « Democracia real ya »

 

 

Inprecor

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 11:25

 

 

Gwagenn TV est allé faire un reportage vidéo à Graces (Guingamp) et a demandé à Gael qui souhaitait se lancer sur le terrain de Ti Laosket, pourquoi 500 personnes étaient venues la soutenir après le refus de la SAFER de lui attribuer ce terrain.
Un terrain attribué a d’autres qui en ont nettement moins besoin.
C’est en breton et sous titré.

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 13:12

Photo : Sandra Moulin   Par Nolwenn Weiler (23 mai 2011)


Shinpei Murakami est paysan. Ses terres, situées près de la centrale de Fukushima, ont été contaminées par la radioactivité. Il a été contraint de tout abandonner, y compris son projet d’écovillage. Militant contre le nucléaire, il est venu en France, avec Toshihide Kameda, lui aussi agriculteur, pour développer des échanges entre paysans d’ici et de là-bas. Mais aussi pour dénoncer les mensonges de Tepco et l’abandon par le gouvernement.

 

Shinpei Marakami et sa famille habitaient depuis 9 ans dans un coin de campagne japonais vert et légèrement vallonné. Ancien coopérant, notamment en Thaïlande, convaincu par l’opportunité de l’agriculture biologique, il a mis en place une ferme quasi-autosuffisante. « Le lieu comptait un restaurant entièrement approvisionné par les produits de la ferme où nous cultivions du riz, du blé et des légumes. On fabriquait du pain et livrait une trentaine de paniers de produits de la ferme par semaine. » Après 7 ans d’installation et de dur labeur, le projet venait de boucler sa première année avec un bilan économique positif. Une seconde famille devait venir s’installer, pour lancer le projet d’éco-village auquel Shinpei Marakami songeait depuis toujours.

 

Mais la catastrophe nucléaire du 11 mars a transformé ce petit paradis auto-géré en enfer. Iitaté, la commune sur laquelle est installée la ferme, fait partie de la zone interdite. Celle où l’on ne peut plus vivre pour cause de radioactivité trop élevée. Shinpei Marakami et sa famille sont partis à peine 24 heures après le tremblement de terre, anticipant les ordres d’évacuation du gouvernement japonais. « Quand la terre a tremblé, j’étais occupé à monter une charpente avec mon stagiaire, décrit Shinpei Marakami. J’ai tout de suite senti que c’était très sérieux, à cause de la longueur des secousses. Quand ça s’est arrêté, j’ai fait le tour des bâtiments. Maison, dépendances, restaurant... Tout a tenu bon ! » Le tsunami ne les a pas touchés non plus.

 

Mensonge organisé


Finalement, ce 11 mars, il s’est couché plutôt soulagé. Songeant à l’organisation du lendemain. Il faudrait qu’il aille vers la côte, amener de quoi manger aux personnes sinistrées. « Ce genre de catastrophe naturelle valorise une ferme autonome comme la nôtre. Finalement, nous ne manquions de rien. » Il a été réveillé en pleine nuit par sa femme, accompagnée de leurs trois enfants, lui disant qu’il fallait fuir immédiatement. « Elle revenait de chez des amis très impliqués dans le mouvement anti-nucléaire local. Les infos qu’ils avaient étaient beaucoup moins rassurantes que celles que Tepco et le gouvernement japonais voulaient bien donner. »

 

À la radio, Shinpei Marakami avait entendu qu’en cas de tremblement de terre, la centrale s’arrête immédiatement. Il a donc été obligé d’admettre qu’on leur mentait. Même s’il le soupçonnait fortement, et depuis longtemps. « Depuis 1986, date de la catastrophe de Tchernobyl, je suis impliqué dans le mouvement anti-nucléaire. Je sais qu’un cœur de centrale peut fondre. Et exploser. J’ai toujours été terrorisé par cette éventualité, explique-t-il. Mais au fond, je voulais croire les propos rassurants de Tepco et du gouvernement. Notamment sur le fait que la technologie japonaise valait mieux que celle de la Russie. »

 

Tout quitter, terres et maison


« On nous a toujours dit que c’était 100% sous contrôle », reprend Toshihide Kameda, paysan lui aussi. Militant dans les réseaux anti-nucléaire depuis longtemps, et président de Nôminren, la confédération des paysans de Fukushima affiliée à Via campesina, qu’il a cofondé il y a 20 ans. « Je suis aujourd’hui très en colère, d’avoir été victime de négligences, alors que nous avions prévenu que cela arriverait, dit-il. Nous avions exigé une surveillance renforcée de la centrale en raison des annonces de séismes et de tsunami. Tout cela est inadmissible. » Maraîcher, il cultivait en bio des terres qui appartenaient à sa famille depuis plus de 100 ans. Il s’est finalement résolu à tout quitter, le cœur déchiré. Ne sachant pas quand il pourrait revenir... pour simplement passer, équipé d’une combinaison, récupérer quelques effets personnels. Parce qu’il n’est, quoi qu’il arrive, plus question d’y vivre, encore moins d’y cultiver quoi que ce soit.

 

Résister au désespoir semble difficile. Admettre qu’une terre dont on prend soin depuis des années est totalement perdue, à cause d’un accident prévisible, est infiniment douloureux. L’un de ces paysans déracinés depuis le 11 mars n’a pas supporté le deuil de sa terre, et de son métier. Il s’est suicidé. Mais ni Tepco, ni le gouvernement ne semblent s’en préoccuper. Des dizaines de milliers de personnes évacuées de la zone interdite continuent à dormir dans des grands gymnases. Sans savoir ce qu’il adviendra dans l’avenir. Et quand les paysans sont allés les voir pour savoir ce qu’il fallait faire avec les bêtes abandonnées dans cette zone contaminée, chacun a renvoyé la responsabilité à l’autre.

Les paysans ont donc pris eux-mêmes la décision de retourner tous les deux ou trois jours nourrir les animaux. Pour éviter qu’ils ne crèvent et créent des épidémies. Il fallait traire le lait inconsommable et le jeter ensuite. À même la terre, puisque son évacuation n’était évidemment pas prévue. « Aujourd’hui, tout est anéanti », reprend Shinpei Marakami. « On essaie d’inventer d’autres projets agricoles ailleurs. On est venu en France rencontrer d’autres citoyens, pour réfléchir à des fermes d’échange. Mais nous ne savons pas vraiment ce qu’il faut faire. À part abandonner le nucléaire. De ça, nous sommes absolument certains. » Les décideurs japonais ne semblent pas sur la même longueur d’onde. L’abandon du nucléaire n’est pas pour demain. Même si à Fukushima, la situation va de mal en pis. On vient en effet d’apprendre que les cuves en inox, dernier rempart entre les barres d’uranium en pleine fusion et l’extérieur sont

devenues de véritables passoires.

 

Nolwenn Weiler

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 13:00

 


 

Par M. Romero, J-M Antentas, E. Vivas, S-A. Rico, R. Camarguo le Lundi, 23 Mai 2011

 

 

Dans l’Etat espagnol, comme ailleurs, les révolutions ne se font pas dans les urnes. Les élections municipales de ce 22 mai ont donné la victoire au Partido Popular (droite radicale conservatrice) dans la plupart des grandes villes contre le PSOE (social-démocratie). Le PP progresse de deux points de pourcentage tandis que le PSOE recule de 7 points par rapport aux derniers scrutins. Izquierda Unida passe de 6,6% à 7,5% tandis qu'au Pays Basque, la coalition nationaliste de gauche "Bildu" devient la deuxième force politique. Pendant ce temps, les assemblées populaires massives qui occupent en permanence les places publiques - dans plusieurs centaines de localités à présent  - ont décidé de les prolonger au-delà des élections du 22 mai, pendant au moins une semaine supplémentaire. Décision a également été prise d’organiser des manifestations de masse dans tout le pays le 15 juin prochain, un mois après le début de ce « Mouvement du 15 Mai ». Nous reproduisons ci desssous une série d’articles et d’interviews, ainsi qu’une des plateforme de revendications adoptées à la Puerta del Sol, qui permettent de mieux comprendre ce mouvement extraordinaire, son origine, ses caracréristiques et ses probables perspectives. (LCR-Web)

« Plus rien ne sera comme avant »

Entretien avec Miguel Romero, militant de la Gauche anticapitaliste (« Izquierda Anticapitalista », section de la IVe Internationale dans l’Etat espagnol) et rédacteur de la revue « Viento Sur ».

 

D’où vient cette extraordinaire mobilisation qui secoue l’Etat espagnol ?


Pour comprendre, il faut remonter à la grève générale du 29 septembre 2010, contre le projet de réforme des retraites. Par rapport à ce qu’on avait connu les années précédentes, la  grève avait été un succès. Un quart de la population environ y avait participé. Il faut savoir que le nombre de grèves a chuté ces dernières années dans l’Etat espagnol; il y a un dialogue permanent entre les syndicats et le patronat sur les salaires et toutes les autres questions. La grève marquait donc une remobilisation sociale.

 

Mais une offensive médiatique a immédiatement été déclenchée, présentant le mouvement comme un échec. Les directions syndicales ont été fortement impactées par cette campagne et la mobilisation est restée sans précédent. Il n’est pas sûr qu’un nouvelle appel  à la grève aurait été couronné de succès, mais il aurait lancé un message de détermination et de courage: « nous restons opposés au projet du gouvernement ». Au lieu de cela, les syndicats ont négocié  avec le gouvernement et accepté la réforme des retraites, moyennant quelques modifications mineures.

 

Le bilan est très lourd pour le monde du travail : les actifs de 40 -45 ans, lorsqu’ils seront à la retraite, toucheront une pension inférieure de 20% à la pension actuelle. Cet accord a semé la frustration mais aussi la passivité dans le mouvement ouvrier. Par contre, il a suscité la colère des jeunes qui s’étaient investis dans la grève, avaient été solidaires des piquets, etc. L’idée s’est répandue qu’il n’y a rien à attendre des syndicats majoritaires. Quant aux syndicats minoritaires, comme la CGT, ils ont peu de poids. Ils auraient la force pour devenir une référence, mais leur ligne sectaire les en empêche. Dans ce cas-ci, ils se sont contentés d’une déclaration. Les conditions étaient ainsi réunies pour qu’une initiative émerge de la jeunesse elle-même.

 

Quels secteurs de la jeunesse sont à la base du mouvement ?


Début 2011, on sentait une certaine tension dans les universités. Mais, au niveau de la gauche anticapitaliste, nous étions assez pessimistes. Nous notions surtout l’absence de perspectives : l’impasse sociale se prolongeait.  En mars, au Portugal, un appel « Jeunes précaires » était lancé sur internet et débouchait sur une extraordinaire manifestation de 250.000 personnes, à Lisbonne. La manifestation avait très peu de contenu politique : « Nous sommes humiliés » ; « Nous sommes la génération la plus formée et nous sommes au chômage  ou dans des boulots précaires ». Mais le nombre de manifestants était impressionnant.

 

Cet exemple a eu un effet immédiat dans les universités espagnoles, notamment à Madrid. Il faut savoir que le chômage frappe presque 20% de la population, soit 4,9 millions de personnes. Le chômage des moins de 25 ans est de 40,5%. La plupart des jeunes entre 20 et 30 ans survivent grâce à des petits boulots, avec 600 Euros par mois. Ils ne sont donc pas en situation d’avoir une vie indépendante de la famille.

 

C’est ainsi qu’une centaine d’étudiants ont formé le groupe « Jovenes sin futuro » (« Jeunes sans avenir »). La plateforme se décrivait comme une initiative de jeunes « Sin curro, sin casa, sin pension, sin miedo » (« Sans boulot, sans maison, sans pension, sans peur »). Le plus important  dans cette énumération est « sin miedo » (sans peur). J’ai interviewé ces jeunes à l’époque, pour "Viento Sur".  Ce sont des personnes intelligentes et modestes. Leur plateforme a appelé à une manifestation pour le 7 avril. On y attendait quelques centaines de personnes. Ils étaient 4.000 à 5.000.

 

Le succès de la manifestation du 7/4 a incité les organisateurs à convoquer une autre manifestation, pour le 15 mai. Entre-temps était apparu un autre groupe : « Democracia real ya » (« Une vraie démocratie, maintenant ! »). Sa plateforme était très faible politiquement. Sur le plan social, elle se prononçait contre le chômage, contre la dictature du marché, etc. Mais, sur le plan politique, elle se disait «  « ni de droite, ni de gauche ». Dans la gauche radicale, cette initiative est apparue comme très suspecte, car nous devons faire face aujourd’hui dans l’Etat espagnol à une droite très agressive. Par ailleurs, personne ne connaissait les initiateurs de ce groupe.

 

A l’origine, « Democracia real ya »  était exclusivement madrilène. Des appels étaient lancés aussi dans d’autres villes. Les rassemblements y étaient très modestes mais, à Madrid, la manifestation a rassemblé de 20.000 à 25.000 personnes. C’était un cortège très combattif et joyeux, très différent des manifestations traditionnelles, qui sont ennuyeuses. La manifestation se terminait à la Puerta del Sol, avec des discours très à gauche, très critiques du syndicat majoritaire, prononcés non par des jeunes mais par des personnalités, notamment Carlos Taibo – un professeur d’université, libertaire.

 

Il y a avait un petit groupe de black blocks dans la manifestation, comme c’est souvent le cas. Ils ont provoqué des incidents. Mais la répression a été très forte. Quatorze d’entre eux ont été arrêtés. Cela a entraîné une solidarité immédiate contre la police. C’est là qu’une série de gens, totalement inconnus, inorganisés, ont eu une idée géniale : organiser un campement sur place, jusqu’au lendemain, à la Puerta del Sol. L’initiative était très sympathique, même si elle pouvait sembler bizarre. Vingt ou trente personnes à peine sont restées sur place. Pourtant, l’initiative a fait boule de neige. Une première fois délogés de la place par la police, le 16 mai au matin, une centaine de personnes étaient présentes au tribunal. L’après-midi, quelques centaines, voire quelques milliers de gens se rassemblaient à la Puerta del Sol.

 

La sympathie dans la population était énorme. Les rassemblements tous les soirs à 20H grossissaient : 15.000, puis 20.000 personnes. Du coup, la campagne électorale était complètement escamotée. Des rassemblements étaient organisés dans plus de cent villes. Une ville comme Valence, qui est très à droite, a vu un rassemblement de 10.000 hier. On n’avait pas vu ça depuis très, très longtemps. Il y a eu récemment 15.000 manifestants à Barcelone, 30.000 à Madrid – tellement de monde que l’accès à la place n’est plus possible.

 

Le rassemblement de vendredi était interdit par la Junta electoral. Le Ministre de l’Intérieur devait donc donner l’ordre de disperser les gens. Mais ce n’était pas possible. Ce Ministre, Rubalcaba, est un politicien sans principe, mais intelligent. Il était proche de Felipe Gonzales et aurait été à la base des GAL (des groupes paramilitaires clandestins, coupables de nombreux assassinats de militants et sympathisants de l’organisation indépendantiste basque ETA, NDLR). Il a déclaré: « En réalité, la police a pour fonction de résoudre les problèmes, pas de les créer. Dissoudre une manifestation de 30.000 personnes, c’est créer un problème encore plus grand. La police doit intervenir seulement en cas de conflit. Or, il n’y a pas de conflit ». Rubalcaba a agi intelligemment tout en jouant sa carte personnelle, car il est candidat aux élections. Les gens craignaient une expulsion des manifestants après 24H. A 2H du matin, la police s’est retirée : ce fut une explosion de joie. Un autre fait à noter est qu’il y a eu des rassemblements de solidarité dans 538 villes au monde !

 

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Qui sont les animateurs de ce mouvement ? Le contenu ce celui-ci est-il plus clair aujourd’hui ? Quel est le rôle des femmes ? Et celui des immigrés ?


La coordination compte environ 60 personnes. Leur âge varie entre 25 et 28 ans. Ce sont de jeunes diplômés avec une bonne qualification professionnelle, en chômage, précaires, subissant de mauvaises conditions de travail, sans expérience ni affiliation politiques. Il n’y a pas d’étudiants parmi eux. Dans les rassemblements, il y a fort peu de jeunes des quartiers populaires. Pour éviter de donner l’image d’un mouvement du centre ville, la coordination madrilène a décidé d’aller dorénavant dans ces quartiers. Quant au Manifeste, il est assez bon. Il se prononce pour la nationalisation des banques, la protection des chômeurs, etc. Il conteste aussi la loi électorale. C’est un programme de réformes démocratiques et sociales. L’écologie est présente, mais de façon marginale. Il n’y a pas de grande conscience anticapitaliste. Le slogan « a-a-a-anticapitalista » est souvent repris dans les manifestations, mais sans qu’il ait un grand contenu idéologique.

 

Le mouvement compte beaucoup de femmes, mais le mouvement féministe est absent et les revendications féministes absentes : il y a beaucoup d’affichettes qui font penser à mai 68, mais pas une seule sur une question féministe. C’est inquiétant. C’est peut-être un résultat du fait que le mouvement féministe en Espagne, depuis 30 ans, s’est replié sur des questions spécifiquement femmes.  Le mot « femme » est même absent du  Manifeste. La même chose vaut pour les jeunes immigrés : ils sont nombreux dans le mouvement, mais pas dans la coordination. Tous les porte-parole sont des autochtones. (D’après les dernières informations reçues via Miguel Romero, à partir de ce samedi, il y a une présence très significative de personnes d’origine immigrée, Marocains, Saharaouis et latino-américains à la Puerta del Sol, NDLR).

 

Comment vois-tu les perspectives du mouvement ?


Sauf surprise, les élections donneront une large victoire à la droite, qui va gagner de nombreuses régions et municipalités, et donc un échec du PSOE.  Il sera intéressant de voir les résultats d’Izquierda Unida. IU a tenté d’apparaître comme l’expression politique du mouvement. C’est très opportuniste, car IU est une gauche institutionnelle, et n’est pas anticapitaliste. Les sondages donnaient à IU de 6 à 8% des voix. S’ils ont plus que 8%, ce sera un effet du mouvement.  (Ils ont eu 7,5) IU a prévu une rencontre avec la direction du mouvement. Il y a là un certain danger. IU n’a aucune possibilité d’hégémoniser le mouvement, car ce n’est pas une organisation militante, elle est sectaire et institutionnaliste. Mais le poids institutionnel peut apparaître comme intéressant à la direction du mouvement, qui peut croire ainsi disposer d’un  relais dans le parlement. Cela représenterait un risque pour l’indépendance et la radicalité de la mobilisation. Les syndicats aussi ont demandé une rencontre. En fait, le mouvement est devenu une référence politique pour tout le monde.

 

Une question qui va se poser sera : « Que faire du campement ? » Il faudra le lever, mais cela fera l’objet d’un débat, et d’autres initiatives doivent prendre le relais, notamment les initiatives en direction des quartiers populaires. Les médias diront « c’est fini » ; des sociologues le disent déjà. Il ne faudra pas les croire. Je suis peut-être trop optimiste, mais il me semble peu probable que le mouvement disparaisse. Il implique trop de monde, trop de jeunes, trop de gens qui pensent que c’est « mon mouvement », et qui veulent que « la lutte continue ».

 

Au Portugal, la grande manifestation des 250.000 est restée sans lendemain. Ici, l’originalité est celle d’un mouvement en période électorale, dont le slogan le plus populaire est « PSOE, PP, la misma mierda es » (PSOE, PP, c’est la même merde »), et qui devient une référence pour la majorité de la population.  L’enthousiasme est énorme. L’idée (juste) est que « plus rien ne sera comme avant », que tout sera mieux qu’avant. Pour notre courant (jeune, non sectaire, non doctrinaire, très lié aux mouvements sociaux), c’est une opportunité. Mais continuer sera difficile.

 

Une condition clé pour que le mouvement continue est qu’il s’élargisse en nouant des liens avec d’autres mouvements sociaux : mouvement des femmes, mouvement écologiste et, bien sûr, mouvement ouvrier. Cela demande une perspective à moyen terme, une accumulation de forces, et des impulsions venant de l’extérieur du mouvement. Nous avons eu une expérience négative en 2009, avec un mouvement très fort sur la question du logement : il n’a pas pu continuer par suite de dissensions internes provoquées par des sectaires. Des mouvements de ce type ne peuvent durer que s’ils sont unitaires.

 

Des impulsions sont-elles venues de secteurs syndicaux ?


Il n’y a pas de courant de gauche dans les grands syndicats et la CGT (petit syndicat aux positions radicales, d’inspiration libertaire, NDLR) est marginale. Il n’y a donc rien eu d’autre malheureusement que des déclarations des responsables en faveur du mouvement (ils ne pouvaient pas faire autrement). Il n’y a pas eu de communiqués de solidarité de la part de comités d’entreprises, d’entreprises en grève. Donc : mouvement tout à fait nouveau, sans lien avec les mobilisations existantes. (La CGT a émis plusieurs communiqué de soutien, ainsi que le syndicat CCOO de Catalogne. Dans les Asturies, les occupations se sont élargies des deux principales villes de la région, Oviedo et Gijon, aux petites villes du bassin minier, aux fortes traditions de luttes ouvrières, NDLR).

 

Quel est l’impact des révolutions arabes ? On note une certaine ressemblance dans les formes d’action…


Il y a certainement un écho des révolutions arabes du point de vue de l’occupation de l’espace public et des moyens de communication. Le courage des manifestants est aussi quelque chose qui a impressionné.  Mais attention : un camarade m’a parlé de « place Tahrir à Barcelone ». Il ne faut pas exagérer : il n’y a aucune comparaison du point de vue de la dureté de la lutte!

 

Comment agissez-vous en tant que militants anticapitalistes ?


Nous sommes présents dans les rassemblements, depuis le début. Auparavant, nous étions déjà présents dans « Jovenes sin futuro ». Par contre, nous étions totalement extérieurs à « Democracia real ya », comme tous les courants politiques d’ailleurs. Nous avons participé ensuite à la rédaction du Manifeste. Nous avons de très bons rapports avec le courant autonome non-sectaire, qui est très présent dans le mouvement. D’une façon générale, il faut être très prudent et réservé, notamment par rapport à l’auto-affirmation : drapeaux, autocollants, etc.

 

Propos recueillis par Daniel Tanuro, le 21 mai 2011

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 12:54

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Notes depuis la « Plaza Tahrir » de Barcelone

Josep Maria Antentas, Esther Vivas


Il n’y a plus de doutes. Le vent qui a électrisé le monde arabe ces derniers mois, l’esprit des protestations répétées en Grèce, des luttes étudiantes en Grande-Bretagne et en Italie, des mobilisations anti-Sarkozy en France… est arrivé dans l’Etat espagnol.

 

Il n’y a plus de place pour le « business as usual ». Les confortables routines mercantiles de notre « démocratie de marché » et ses rituels électoraux et médiatiques se sont vus soudainement perturbés par l’irruption imprévue dans la rue et dans l’espace public d’une mobilisation citoyenne. Cette révolte des indigné-e-s inquiète les élites politiques, toujours mal à l’aise quand la population prend au sérieux la démocratie… et décide de la pratiquer pour son propre compte.

 

Il y a deux ans demi, quand la crise historique a éclaté en septembre 2008, les « maîtres du monde » ont connu un bref moment de panique, alarmé par l’ampleur d’une crise qu’ils n’avaient pas prévus, par l’absence d’instruments théoriques pour la comprendre et par la crainte d’une forte réaction sociale. Sont arrivées alors les proclamations creuses sur la « refondation du capitalisme » et les faux mea culpa qui se sont peu à peu évaporés, dès que le système financier a été sauvé, face à l’absence de toute explosion sociale.

 

La réaction sociale s’est faite attendre. Depuis l’éclatement de la crise, les résistances sociales ont relativement faibles. Il y a eu un énorme gouffre entre le discrédit du modèle économique actuel et sa traduction sous forme d’action collective. Plusieurs facteurs l’explique, en particulier la peur, la résignation face à la situation actuelle, le scépticisme par rapport aux syndicats, l’absence de référents politiques et sociaux et l’influence, parmi les salariés, des valeurs individualistes et consuméristes inculquées en permanence depuis des années par le système.

 

La révolte actuelle, cependant, ne part pas de zéro. Des années de travail à petite échelle des réseaux et mouvements alternatifs, d’initiatives de résistances à l’impact bien plus limité ont maintenu la flamme de la contestation pendant cette période difficile. La grève générale du 29 septembre avait ouvert une première brèche, mais la démobilisation ultérieure des directions des syndicats CCOO et UGT et la honteuse signature du Pacte social l’ont refermée en stoppant toute mobilisation syndicale. Avec comme conséquence le discrédit et la perte de tout prestige des syndicats majoritaires aux yeux de la jeunesse combative qui protagonise aujourd’hui les occupations.

 

Indignés et indignées !


« L’indignation », rendue populaire à travers le pamphlet de Stéphane Hessel, est une des idées-force qui définissent les protestations en cours. C’est la réapparition, sous une autre forme, du « Ya Basta ! » (« Assez ! ») lancé par les Zapatistes à l’occasion de leur soulèvement le 1er janvier 1994 dans la première révolte contre le « nouvel ordre mondial » proclamé à l’époque par George Bush père après la Première guerre du Golfe, la disparition de l’URSS et la chute du Mur de Berlin.

 

« L’indignation est un commencement. On s’indigne, on se soulève et puis on voit » soulignait Daniel Bensaïd. Peu à peu, on est passé du malaise à l’indignation et de l’indignation à la mobilisation. Nous sommes face à une véritable « indignation mobilisée ». Du tremblement de terre de la crie commence à surgir le tsunami de la mobilisation sociale.

Pour lutter, il ne faut seulement du malaise et de l’indignation, il faut également croire dans l’utilité de l’action collective, dans le fait qu’il soit possible de vaincre et que tout n’est pes perdu avant même de commencer. Pendant des années, les mouvements sociaux dans l’Etat espagnol n’ont connu que des défaites. L’absence de victoires qui démontre l’utilité de la mobilisation sociale et qui augmentent les expéctatives du possible ont pesé lourdement dans la lente réaction initiative face à la crise.

 

C’est présicément ici qu’entre l’immense contribution des révolutions dans le monde arabe aux protestations en cours. Elles nous montrent que l’action collective est utile, que, oui, « on peut le faire ». Il n’est donc pas étonnant que des ces révolutions, tout comme les victoires moins médiatisées du peuple islandais contre les banquiers et la caste politique, constituent, depuis le début, des références pour les manifestant-e-s et les activistes du mouvement actuel.

 

Ensemble avec la conviction que « c’est possible », que l’ont peut changer les choses, la perte de la peur, dans un contexte de crise et de difficultés personnelles, est un autre facteur clé. « Sans Peur », c’est exactement l’un des slogans les plus exprimés ces derniers jours. La peur paralyse encore une grande majorité des travailleurs et des secteurs populaires, ce qui amplifie la passivité ou favorise les réactions xénophobes et peu solidaires. Mais la mobilisation du 15 Mai et les occupations qui se répandent comme une traînée de poudre constituent un puissant antidote contre la peur.

 

Le Mouvement du 15 Mai et les occupations ont une importante composante générationnelle. Comme à chaque fois qu’éclate un nouveau cycle de luttes, c’est une nouvelle génération militante qui émerge avec force, et la « jeunesse » en tant que telle acquiert visibilité et protagonisme. Mais si cette composante générationnelle est fondamentale, et s’exprime par exemple dans certains mouvements organisés tels que « Juventud Sin Futuro », il faut souligner que la protestation en cours n’est pas un mouvement générationnel. C’est un mouvement de critique du modèle économique actuel et des tentatives de faire payer la crise aux travailleurs dans lequel les jeunes ont un poids important. Le défit est précisément que, comme dans tant d’autres occasions, la protestation de la jeunesse agisse comme un facteur déclenchant et un catalysateur d’un cycle de luttes sociales plus vaste.

 

L’esprit alterglobaliste est de retour


La dynamisme, la spontanéité et l’impulsion des protestations actuelles sont les plus fortes depuis l’émergence du mouvement alterglobaliste il y a plus d’une décennie. Né au niveau international en novembre 1999 dans les protestations de Seattle pendant le sommet de l’OMC (bien que ses racines remontent au soulèvement zapatiste au Chiapas en 1994), la vague altermondialiste avait rapidement atteint l’Etat espagnol. Le référendum pour l’annulation de la dette en mars 2000 (organisé le jour même des élections législatives et qui fut interdit dans plusieurs villes par la Junte Electorale) et la forte participation au contre-sommet de Prague en septembre 2000 contre la Banque mondiale et le FMI furent ses premières batailles, en particulier en Catalogne. Mais son caractère massif et large fut atteint avec les mobilisations contre le sommet de la Banque mondiale à Barcelone les 22 et 24 juin 2001, dont on fêtera sous peu le dixième anniversaire. Dix ans plus tard, nous assistons donc à la naissance d’un mouvement dont l’énergie, l’enthousiasme et la force collective n’a plus été observé depuis lors. Il ne s’agira donc pas d’un anniversaire nostalgique, bien au contraire. Nous allons le fêter avec la naissance d’un nouveau mouvement d’ampleur.

 

Les assemblées qui se sont tenues ces derniers jours sur la Place de la Catalogne (et, sans aucun doute, dans toutes les occupations qui ont lieu dans le reste de l’Etat espagnol, à commencer par celle de la Puerta del Sol à Madrid), nous ont offerts des moments inoubliables, de cette sorte d’événements qui n’arrivent que peu de fois et qui marquent un avant et un après dans les trajectoires militantes de ceux qui y participent et dans la dynamique des luttes sociales. Le mouvement du 15 mai et les occupations sont d’authentiques « luttes fondatrices » et des symptômes clairs que nous assistons à un changement de cycle et que le vent de la révolte souffle à nouveau. C’est une véritable « génération Tahrir » qui émerge, comme l’a fait avant elle la « génération Seattle » ou la « génération Genova ».

 

A mesure que l’impulsion du mouvement « alterglobaliste » a parcouru la planète, pourchassant les sommets officiels à Washington, Prague, Québec, Göteborg, Gênes ou Barcelone, des milliers de personnes se sont identifiées à ces protestations et une grande quantité de collectifs de par la monde ont eu la sensation de faire partie d’un même mouvement commun, d’un même « peuple », le « peuple de Seattle » ou de « Gênes », de partager des objectifs communs et se sentir participant à une même lutte.

 

Le mouvement actuel s’inspire également de références internationales plus récentes et importantes de luttes et de victoires. Il cherche à se situer dans la constellation de mouvements aussi divers que les révolutions en Egypte et en Tunisie, des victoires en Islande, dans le contexte d’un combat général contre le capitalisme global et les élites politiques à sa solde. A l’intérieur de l’Etat espagnol, les manifestations du 15 mai, et aujourd’hui les occupations, exemplaires du point de vue de la simultanéitié, de la décentralisation et de la coordination, tracent les contours d’une identité partagée et d’une communauté d’appartenance symbolique.

 

Le mouvement alterglobaliste a eu en ligne de mire, dans sa phase la plus élevée, les institutions internationales ; OMC, BM, FMI et les multinationales. Ensuite, avec le déclenchement de la « guerre globale contre le terrorisme » lancée par Bush junior, la critique de la guerre et de la domination impérialiste ont acquis une forte centralité. Le mouvement actuel par contre axe sa critique contre la caste politique nationale, dont la complicité et la servilité face aux pouvoirs économiques ont été plus que jamais mises à nu avec la crise. « Nous ne sommes pas une marchandise aux mains des politiciens et des banquiers » proclamait l’un des principaux slogans du 15 Mai. On relie ainsi la critique frontale de la caste politique, de la politique professionnelle, avec la critique, pas toujours bien articulée ou cohérente, du modèle économique actuel et des pouvoirs financiers. « Capitalism ? Game over ».

 

Vers l’avenir


L’avenir du mouvement initié le 15 Mai est imprévisible. A court terme, le premier défi est de continuer à élargir les occupations en cours, à mettre en marches les villes qui ne sont pas encore touchées et à les maintenir, au moins, jusqu’au dimanche 22 mai. Il n’échappe à personne le fait que les journées du 21, « jour de réflexion » pré-électoral, et du 22, jour des élections, vont être décisifs. Le caractère massif des occupations sera alors fondamental.

 

Il est également nécessaire de mettre en avant de nouvelles dates de mobilisation, dans la suite directe de celle du 15 Mai, afin de maintenir le rythme. Le défi principal est de préserver la dynamique simultannée d’expansion et de radicalisation de la protestation que nous avons connus ces derniers jours. Et, dans le cas spécifique de la Catalogne, de chercher des synérgies entre la radicalisté et la soif de changement du système exprimés le 15 Mai et dans les occupation, avec les luttes contre l’austérité, en particulier dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. L’occupation de la Plaza Catalunya (rebaptisée « Plaza Tahrir » par les occupant-e-s, NdT) est devenue un point de rencontre, un puissant aimant, attirant de nombreux secteurs animant les luttes les plus dynamiques. Il s’agit d’amplifier son caractère de point de rencontre des résistances et des luttes qui permette de jeter des ponts, de faciliter le dialogye et de propulser avec force les mobilisations à venir. Etablir des alliances entre les protestations en cours, entre les activistes non organisés, le syndicalisme alternatif et de combat, le mouvement des voisins, les collectifs de quartiers, tel est le grand défi des prochains jours.

 

« La révolution commence ici » chantions nous hier sur la Plaza Catalunya. Au moins, ce qui commence, c’est un nouveau cycle de luttes de masses. Ce qui ne fait pas de doute par contre, c’est que plus de dix ans après l’émergence du mouvement alterglobaliste et deux ans après l’éclatement de la crise, la révolte sociale est de nouveau à l’ordre du jour.

 

Josep Maria Antentas est professeur de sociologie à l’Universitat Autónoma de Barcelona (UAB).

 

Esther Vivas participe au Centre d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF). Tous deux sont membres de la Gauche Anticapitaliste (Izquierda Anticapitalista – Revolta Global, en Catalogne) et auteurs de « Resistencias Globales. De Seattle a la Crisis de Wall Street » (Editorial Popular, 2009) et participent à l’occupation de la Plaza Catalunya de Barcelone.

 

Traduction de l’espagnol par Ataulfo Riera pour le site

 

www.lcr-lagauche.be

http://www.anticapitalistas.org/node/6882

http://esthervivas.wordpress.com/

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 12:50

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Santiago Alba Rico


Pour ceux qui ont suivis de près les deux occupations de la Kasbah à Tunis, il est très difficile de ne pas succomber au vertige de l’émotion d’un « déjà vu » devant les images des jeunes qui, depuis lundi dernier, donnent une dignité à la Puerta del Sol avec leur présencel : les matelas et les cartons, les petits papiers avec des slogans collés aux murs, les assemblées permanentes, les commissions de ravitaillement, de nettoyage et de communication, l’obstination devant la pluie torrentielle…


Ne nous nous y trompons pas : les protestations en Espagne s’inscrivent sans doute aucun dans la même faille tectonique globale et prolongée et réadaptent le même modèle organisationnel inventé à Tunis et en Egypte (et à Bahreïn, en Jordanie, aux Yémen, etc). Le capitalisme a échoué en tout mais il est parvenu à globaliser les ripostes.

« Des milliers de jeunes espagnols protestent contre les difficultés économiques » titrait le journal « Le Monde ». C’est vrai. En Tunisie également le chômage, la pauvreté et l’inflation ont joué un rôle dans l’éclatement des révoltes. Mais ce n’est pas cela qui est impressionnant.

 

Ce qui est impressionnant, c’est que dans les deux cas, les manifestants ont réclamé et réclament la « démocratie ». Dans le cas de la Tunisie et du monde arabe, tout le monde pensait que les gens allaient évoquer la « sharia » - l’application religieuse de la loi – face à l’arbitraire et à la corruption. Dans l’Etat espagnol, tous les analystes soulignaient la pénétration rampante du discours néo-fasciste comme réponse à l’insécurité économique et sociale et à la perte de prestige de la politique. La droite conservatrice semblait, de chaque côté de la Méditerranée, la seule force capable de canaliser, en le déformant, le malaise général.

 

Mais voici que ce que les jeunes demandent, que ce soit là bas et ici, à Tunis et à Madrid, au Caire et à Barcelone, c’est la « démocratie ». Une véritable démocratie ! Que les Arabes la demandent, cela semble raisonnable, puisqu’ils vivaient et vivent encore sous des dictatures féroces. Mais que les Espagnols l’exigent semble plus étrange. L’Espagne n’est-elle pas une démocratie ?

 

Non, elle ne l’est pas. En Tunisie, il y a peu de temps, on pensait encore qu’il serait suffisant d’avoir une constitution, des élections, un parlement et la liberté de la presse pour qu’il y ait une démocratie. En Espagne, où l’on vient de chausser les bottes de sept lieux, on a compris en un éclair que les institutions ne suffisent pas si ceux qui gouvernent les vies des citoyens sont les « marchés » et non le parlement. Ces jeunes sans maison, sans travail, sans parti, ont associé avec une juste intuition les « difficultés économiques » au gouvernement dictatorial, non pas d’une personne en particulier, mais bien d’une structure économique qui désactive de manière permanente les mécanismes politiques – de la justice aux médias – sensés garantir le caractère démocratique du régime.

 

Ces jeunes sans avenir ont su mettre à nu d’un seul coup la fausseté qui affleurait et qui pendant des décennies à soutenue la légitimité du système ; l’identité faite entre démocratie et capitalisme. En Tunisie et en Egypte, le capitalisme frappait brutalement ; en Espagne il anesthésiait. Aucun régime économique n’a autant exalté la jeunesse en tant que valeur marchande et aucun ne l’a autant méprisé en tant que force réelle de changement. Tandis que la publicité offre sans cesse l’image immuable du désir de ne jamais veillir, de rester éternellement jeune, les jeunes espagnols souffrent du chômage, du travail précaire, de la déqualification professionnelle, de l’exclusion matérielle de la vie adulte et, pour ceux qui osent se soustraire aux normes socialement acceptées de la consommation petite-bourgeoise, la persécution policière.

 

Dans le monde arabe, afin de les empêcher de réclamer une existence digne, on frappait les jeunes et on les mettait en prison. En Europe, pour qu’on ne réclame pas une existence digne, on offre de la malbouffe, de la télévision poubelle…

 

En Tunisie, les jeunes qui ne pouvaient accéder à une vie adultes étaient retenus dans leurs corps à coups de matraque. En Espagne, les jeunes qui ne peuvent trouver leur propre logement ni travailler selon leurs compétences, peuvent encore acquérir des objets technologiques bon marché, des vêtements bon marché, des pizza bon marché. Maintenue bien loin des centres de décision, méprisée et sur-exploitée sur le marché du travail, modelée par l’homogénéisation de la consommation, la jeunesse est devenue en Europe et dans le monde arabe une sorte de « classe » sociale qui, du fait de ses propres caractéristiques matérielles, ne connaît plus de limite d’âge.

 

Mais nous nous étions trompés ; si la répression ne fonctionne pas, ce n’est pas le cas non plus de ce que Pasolini appellait dans les années 70 « l’hédonisme de masses ».  Que ce soit des coups ou des somnifères, les jeunes n’acceptent plus qu’on les traitent comme des enfants : ils ne se laissent plus terroriser (ils se disent « sans peur », là bas et ici), ni acheter (« nous ne sommes pas des marchandises »).

 

La Puerta del Sol à Madrid démontre également le grand échec « culturel » du capitalisme, qui a voulu maintenir les populations européennes dans un état permanent d’infantilisme alimenté par un spectacle permanent d’images et de sansations « fortes ». Effrayés ou corrompus, ont pouvait laisser les enfants voter sans danger que leur vote ait un quelconque lien réel avec la démocratie. C’est pour cela que, à Tunis et à Madrid, les jeunes demandent précisément la démocratie ; et c’est pour cela, qu’à Tunis et à Madrid, ils ont compris avec certitude que la démocratie est organiquement liée à cette chose mystérieuse que Kant situait de manière sans appel en dehors des « marchés » ; la dignité.

 

Il est impressionnant – impressionnant, c’est le mot – d’entendre crier ces jeunes sans parti, sans beaucoup de formation idéologique ou même allergiques aux « idéologies », le mot « révolution », comme à la Kasbah de Tunis. Ils sont pacifiques, disciplinés, ordonnés, solidaires, mais ils veulent tout changer. Tout. Ils veulent changer le régime, comme en Tunisie : le monopole bipartidiste des institutions, la corruption, la dégradation des services publics, la manipulation médiatique, l’impunité des responsables de la crise. Comme à la Kasbah de Tunis, tous les partis institutionnels, mais ceux de « gauche », ont été pris à contre-pied ou bousculé en dehors du jeu.

 

Les jeunes de Sol (et des autres villes espagnoles), ne représentent aucune force politique et ils ne se sentent représentés par aucune d’elles. Mais l’erreur – clairement instrumentalisée par ceux qui se sentent menacés par le soulèvement – c’est de penser que nous sommes confrontés à un rejet – et non devant une revendication – de la politique. A la lumière des expériences historiques précédentes, nous pourrions conclure que la perte de légitimité des institutions et de caste politique prête le flanc à des solutions populistes ou démagogiques, à l’émergence d’un « leader fort » dont la volonté résoudre miraculeusement tous les problèmes. Le fascisme classique en quelque sorte. Mais le fascisme classique, dont l’ombre apparaîssait pourtant déjà à l’horizon, c’est justement ce que ces jeunes veulent empêcher et dénoncer. Le populisme et la démagogie nous gouvernent d’ailleurs déjà, les « leader fort » sont ceux qui dominent les partis au pouvoir et tentent de susciter leur adhésion sur des bases purement émotionnelles aux éternels enfants en lesquels ils voulaient nous transformer.

 

La Kasbah de Tunis, comme la Puerta del Sol, se révoltent justement, au nom de la démocracie, contre toute sorte de leadership de caudillos. Il y a là bas, comme ici, une affirmation de démocratie pure, classique, quasi grecque. L’historien Claudio Eliano racontre l’annectode d’un candidat athénien qui a découvert un paysan écrivant son nom sur la liste de ceux qui devaient être condamnés à l’ostracisme ; « Mais, tu ne me connais même pas », s’est plaint l’oligarque. « Justement, c’est pour ça », a répondu le paysan, « pour que tu ne sois pas connu ». A la Kasbah de Tunis existait une puissante susceptibilité face à tout ce qui était connu : toutes les personnes célèbres, connues par la télévision, toutes les personnes reconnues par les manifestants n’étaient pas les bienvenues sur la place. C’étaient les inconnus qui étaient autorisés à parler et à faire des propositions ; c’étaient les inconnus qui avaient l’autorité et non les « célébrités », ceux que le marché et son frère jumeau l’électoralisme accumulent.

 

Mais il se fait que les inconnus, c’est nous tous ; les inconnus c’est les monsieurs et madames tout le monde auxquels les candidats aux élections sourient en demandant leurs vote pour ensuite les exclure de toute prise de décision. A la Kasbah de Tunis, comme à la Puerta del Sol à Madrid, il y a une tentative de démocratiser la vie publique en rendant la souveraineté aux inconnus. Personne ne peut nier les risques ni les limites de ce pari, mais personne ne peut non plus nier sans malhonnêteté que « cette révolution contre les célébrités » constitue précisément une dénonciation du populisme mercantile et de la démagogie électoraliste, deux traits centraux des institutions politique du capitalisme.

 

Les jeunes de la Kasbah de Madrid, des Kasbahs de toute l’Espagne, veulent une réelle démocratie, car ils savent que c’est d’elle dont dépendra leur avenir et celui de toute l’humanité. Ils ne savent pas encore cette démocratie, comme nous le rappelle Carlos Fernández Liria, c’est ce que nous avons toujours appelé le communisme. Ils devront le découvrir par leurs propres voies, à leur manière. Nous, les plus vieux, ce que nous découvrons depuis cinq mois, dans le monde arabe et aujourd’hui en Europe, c’est que les « nôtres » - comme les appellent Julio Anguita - ne sont pas comme nous.

 

Dans « Le désir d’être punk », l’extraordinnaire roman de Belén Gopegui, l’adolescente Martina, exemple vivant de cette génération sociale qui s’est constuite dans les marges des marchés, reproche à son père : « Tu n’a pas été un bon exemple ». Nous n’avons, en effet, donné un bon exemple aux jeunes et, malgré cela, quand, à partir de la gauche, nous les méprisions seulement un peu moins que le mépris des Botin (grand patron espagnol du groupe Santander, NdT) ou de la Warner, quand nous pensions que toutes les subjectivités étaient définitivement formatées par un horizon blindé, ce sont eux qui se sont levés contre la « gavage de somnifères » pour réclamer une « révolution » démocratique. Martina est à la Puerta del Sol et il se peut qu’elle échoue également, comme a échoué son père. Mais qu’aucun cinquantenaire de droite (ni de gauche) vienne lui dire qu’elle a eu la vie facile ; qu’aucun cinquantenaire de droite (ni de gauche) vienne lui apprendre qu’on n’obtient rien dans ce monde sans lutter.

 

La seconde décennie du XXIe siècle annoncé un futur terrible, peut être apocalyptique, mais il est déjà produit quelques surprises qui doivent nous rajeunir. L’une d’elle est que, même si tout va mal comme nous le disions, il est certain qu’il y aura résistance. Une autre, c’est que ce qui uni véritablement, c’est le pouvoir et que la Puerta del Sol, quoiqu’il se passe, a le pouvoir. Et enfin, c’est que toutes les analyses, aussi pointues et méticuleuses soient-elles, laissent toujours une inconnue qui finit par les démentir.

 

Il n’y aura pas de révolution en Espagne, du moins pas dans l’immédiat. Mais une surprise, un miracle, une tempête, une conscience dans les ténèbres, un geste de dignité contre l’apathie, un acte de courage contre le consentement, une affirmation anti-pub de la jeunesse, un cri collectif pour la démocratie en Europe, n’est-ce pas déjà une petite révolution ? Tout à recommencé plusieurs fois au cours de ces derniers 2.000 ans. Et quand certains pensaient que tout était terminé, voilà que nous avons, à plusieurs endroits, le plus inespéré, des gens nouveaux disposés et engagés à commencer à nouveau.

 

Santiago Alba Rico est philosophe, marxiste et écrivain. Il réside depuis de nombreuses année en Tunisie.

 

Publié sur www.rebelion.org.

 

Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 12:48

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La nuit dernière (du 20 au 21 mai) à la Puerta del Sol a été, jusqu’à présent, l’un des événements les plus émouvants que j’ai pu vivre dans ma vie.

 

Non seulement parce qu’on a pu, nouveau, constater le fonctionnement parfait de ce qu’on appelle « La République de Sol », avec ses commissions répondant aux attentes de tout les gens qui y passent, avec ses groupes de travail en assemblée permanente qui débattent dans la rue sur des questions que les « hautes sphères » veulent occulter dans leur bureaux (économie, logement, services publics, monarchie, privatisations…), avec ses groupes « d’attention » (loisirs, crèches, repos) pour permettre la participation conviviale de tous et toutes…

 

Non seulement pour l’imagination débordante qu’on y trouve à chaque recoin grâce aux centaines de pancartes et calicots rédigés par les gens, et non par des « experts » qui nous appellent à voter à ce qui « s’occupent de toi » ou au « président des simples gens » (slogans utilisés pendant la campagne électorale, NdT). Non seulement pour la quantité de jeunes entre 25 et 35 ans qui participent à ce Mouvement du 15 Mai et qui connaissent ici leur première expérience militante, dans cet événement fondateur pour toute une génération. Je dis non seulement car le plus important, hier, ce fut que les gens ont défié les interdictions des autorités et ont décidé que ces lois ne les représentent pas.

 

Et ils l’ont fait sans cesser de crier pendant plus de 5 heures contre les banques, contre Botin, contre le PSOE et le PP, contre cette démocratie, contre les spéculateurs et contre ce « monde de merde » que nous avons.

A Sol, comme dit Walter Benjamin, l’histoire se condense. Cette fois ci, il ne s’agit pas seulement de revendiquer un logement digne ou de demander le retrait de la LOU (loi sur les université, NdT) ou le Plan Bologne. Cette fois, toute une génération est en train d’exiger de manière organisée un changement du système politique et économique, de bas en haut. Et comme la révolte est contagieuse, chaque s’ajoute une nouvelle place occupée ici et à l’étranger à cette « spanish revolution ».

 

Bientôt arriveront des moments décisif pour le Mouvement du 15 Mai, avec les tentatives de calmer la protestations avec quelques mesurettes ou avec la pression médiatique pour qu’elle reste une « gentille révolution » qui ne remette pas en question les piliers sur lesquels repose le système.

 

C’est pour cela que, au-delà des légitimes revendications liées à la réforme des lois injustes et anti-démocratiques, il sera très important de réclamer d’ouvrir un nouveau processus constituant. La Constitution de 1978, personne, parmi les jeunes générations présentes dans les places, ne l’a votée. Les politiciens professionnels, le système électoral, les attaques contre les droits fondamentaux, la primauté donnée aux marchés ont un sens parce qu’ils s’appuient sur cette Constitution. Rompre avec elle et préparer, au travers de commissions populaires comme celle de Sol, une nouvelle Constitution pourrait changer les bases de l’Espagne actuelle. L’horizon du possible s’élargit chaque jour à Sol et, cette fois-ci, nous pouvons demander la lune, parce que nous avons déjà le Soleil (Puerta de Sol sinifie « Porte du Soleil »)…

 

Raúl Camargo (militant d’Izquierda Anticapitalista). Traduction française pour le site www.lcr-lagauche.be


http://www.anticapitalistas.org/node/6899

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 12:47

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A la suite du consensus atteint par l’Assemblée réunie le 20 mai à ACAMPADA SOL (le camp place Puerta del Sol), une première liste de propositions, résultant de la compilation et de la synthèse des milles propositions reçues tout au long de ces jours, a été élaborée.


Nous rappelons que l’Assemblée est un processus ouvert et collaboratif.

 

Cette liste ne se conçoit pas comme étant fermée.

 

1. Le changement de la loi électorale pour que les listes soient ouvertes et avec circonscription unique. L’obtention de sièges doit être proportionnelle au nombre de voix.

2. Une attention aux droits basiques et fondamentaux reconnus dans la Constitution tels que :

  • Le droit à un logement digne, par la rédaction d’une réforme de la loi hypothécaire afin que la remise du logement annule la dette en cas d’impayé.
  • La santé publique, gratuite et universelle.
  • La libre circulation des personnes et le renforcement d’une éducation publique et laïque.

3. L’abolition des lois et des mesures discriminatoires et injustes telles que le plan de Bologne et l’Espace européen de l’enseignement supérieur, la loi relative au statut des étrangers et celle connue sous le nom de loi Sinde.

4. Une réforme fiscale favorable aux plus bas revenus, une réforme des impôts sur le patrimoine et les droits de succession. L’application de la taxe Tobin, laquelle impose les transferts financiers internationaux. La suppression des paradis fiscaux.

5. Une réforme des conditions de travail de la classe politique afin que soient abolies leurs indemnités de fonction. Que les programmes et les propositions politiques acquièrent un caractère inaliénable.

6. Le rejet et la condamnation de la corruption. Qu’il soit rendu obligatoire par la loi électorale de présenter des listes nettes et libres de toute personne accusée ou condamnée de corruption.

7. Des mesures plurielles à l’égard des banques et des marchés financiers dans l’esprit de l’article 128 de la Constitution, qu stipule que « toute la richesse du pays, sous ses différentes formes et quelle que soit son appartenance est subordonnée à l’intérêt général. » La réduction des pouvoirs du FMI et de la BCE. La nationalisation immédiate de toutes ces entités bancaires ayant requis le sauvetage de l’Etat. Le durcissement des contrôles sur ces entités et sur les opérations financières afin d’éviter de possibles abus quelle que soient leur forme.

8. Une vraie séparation de l’Eglise et de l’État, comme le stipule l’article 16 de la Constitution.

9. Une démocratie participative et directe dans laquelle la citoyenneté prend part activement. Un accès populaire aux médias, qui devront être éthiques et vrais.

10. Une vraie régulation des conditions de travail. Que son application soit surveillée par l’Etat.

11. La fermeture de toutes les centrales nucléaires et la promotion d’énergies renouvelables et gratuites.

12. La récupération des entreprises publiques privatisées.

13. Une séparation effective des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

14. Une réduction de la dépense militaire, la fermeture immédiate des usines d’armement et un plus grand contrôle de la sécurité par l’Etat. En tant que mouvement pacifiste nous croyons au « Non à la guerre. »

15. La récupération de la mémoire historique et des principes fondateurs de la lutte par la Démocratie dans notre pays.

16. La totale transparence des comptes et du financement des partis politiques comme moyen de contention de la corruption politique.

 

@acampadasol – Movimiento #15M, Madrid, le 20 mai 2011

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 16:53

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