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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 10:43

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Palestine


Par Olivier Vilain (10 avril 2010)


Les Conventions de Genève s’appliquent-elles à la Cisjordanie ? L’Association France Palestine Solidarité (AFPS) a demandé, après moult précautions, à la Justice française de trancher la question. L’association entend bien faire respecter ces textes internationaux, en particulier la IVe Convention. Adoptée par l’ONU en 1949, et donc par la France, celle-ci interdit toute colonisation. L’objet du litige ? La construction et l’exploitation d’un tramway israélien en Cisjordanie par des entreprises françaises (Alstom, Alstom transport et Veolia transport). Ce tramway reliera Jérusalem-Est à des colonies israéliennes, ce qui apporterait un soutien de fait à leur maintien. Après 3 ans de procédures, l’AFPS espère que le TGI de Nanterre va pouvoir juger l’affaire sur le fond cet été.


Parallèlement, l’association demande désormais des comptes à l’Etat français en formulant un recours à son encontre. L’argument avancé par les juristes de l’AFPS est très simple : en signant les Conventions de Genève, les Etats se sont engagés à les faire respecter. Sinon, ils se trouvent en faute. Or, le contrat pour la construction du tramway a bien été signé. Les magistrats du tribunal administratif de Paris devront trancher.

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 10:19
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10 avril 2010

 

Déclaration régionale commune du Socialist Party of Malaysia (PSM, Parti socialiste de Malaisie), Working People’s Association (PRP, Association des travailleurs) d’Indonésie, People’s Democratic Party (PRD, Parti démocratique du peuple) d’Indonésie, Turn Left Thailand (Tournez la Thaïlande à gauche), Partido Lakas ng Masa (PLM, Parti de la force des masses) des Philippines et de la Socialist Alliance (Alliance socialiste) d’Australie.



 

Nous sommes profondément préoccupés par la situation actuelle en Thaïlande où le premier ministre Ahbisit Vejjajiva soutenu par les militaires a décrété l’état d’urgence et a commencé une répression sanglante suite à l’escalade des protestations appelant à de nouvelles élections.


La situation est inquiétante car le gouvernement thaïlandais a fermé tous les médias d’opposition et a donné de nouveaux pouvoirs étendus aux forces de sécurité en vue de se préparer à une violente répression des manifestants chemises rouges. Les troupes thaïlandaises emploient une force excessive, y compris des chars et des balles réelles contre des manifestants pro-démocratie à Bangkok.


Le Front Uni pour la Démocratie contre la Dictature (UDD), plus connu sous le nom de mouvement des chemises rouges a relancé des protestations massives depuis le mois de mars contre le gouvernement non élu d’Ahbisit installé par les militaires. Ce mouvement pro-démocratie, composé de pauvres ruraux et urbains, a prit position contre ce régime oligarchique soutenu par l’armée.


La crise actuelle a commencé en septembre 2006, lorsque les militaires ont organisés un coup d’Etat contre le gouvernement de Thaksin Shinawatra, annulés la Constitution populaire de 1997 et l’ont remplacés par une constitution entérinée par eux meme. Les chemises jaunes royalistes et fascistes ont commencé à organiser des manifestations quand le parti pro-Thaksin a remporté les élections de 2007. Le gouvernement actuel d’Ahbisit a été installé par l’armée après les manifestations des chemises jaunes fascistes et un coup d’Etat judiciare.


Le gouvernement, l’armée et les chemises jaunes ont peur d’affronter de véritables élections démocratiques, car ils savent qu’ils perdraient, puisque la majorité des pauvres soutiennent les chemises rouges. Ahbisit et l’élite dirigeante refusent d’appeler à des élections et tentent de gagner du temps et préparent même une violente répression. Il devient clair qu’Ahbisit et la vieille élite conduisent le pays vers une dictature fasciste.


La Thaïlande a entamé une nouvelle phase de la guerre de classe. La vieille élite dirigeante, avec le soutien de l’armée essaye par tous les moyens de supprimer la démocratie en Thaïlande. Les chemises rouges pro-démocratie composé de la majorité de la classe ouvrière, de la paysannerie et des pauvres, ont montrés leur réelle popularité et leur force de mobilisation qui a définitivement ébranlé les royalistes et les militaires.

 

Avec l’élargissement de l’appui des masses populaires pour les Chemises rouges, ce pourrait être une nouvelle étape importante de la lutte du peuple de Thaïlande pour la restauration de la démocratie et de la justice sociale.


Nous demandons :


- La démission immédiate du gouvernement d’Ahbisit installé par les militaires et la tenue de nouvelles élections démocratiques.

- De mettre un terme à toutes les formes de répression violente contre les manifestants chemises rouges. Respecter le droit du peuple de s’organiser, de protestation et de grève.

- La fin de la répression des droits démocratiques et de la censure des médias.

Au gouvernement thaïlandais de ne pas recourir à un coup d’Etat militaire. La crise actuelle en Thaïlande ne peut être résolue que par une véritable démocratie et un pouvoir populaire. Nous étendons notre soutien et notre solidarité à tous les travailleurs, les paysans et les pauvres de Thaïlande, qui lutte contre le gouvernement anti-démocratique et pour la restauration de la démocratie réelle.



* Translation from the English : Links (Australia).

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 10:16



Les régionales se sont déroulées en pleine campagne sur « l’identité nationale » raciste et islamophobe. Le NPA est le parti politique le mieux à même de s’y opposer sans se soucier des effets électoraux de son positionnement. Issue d’un quartier populaire, la candidature d’Ilham portant le foulard était un atout pour rejeter (et non pas soutenir) l’ethnicisation des questions sociales, montrer la voie de l’engagement politique contre les replis communautaristes ; changer les perceptions en faisant partie de notre « tous ensemble ». On peut afficher sa foi et être féministe, laïque et anticapitaliste.


En France, et au sein-même des régimes islamiques les plus dictatoriaux, contre des courants intégristes et répressifs, le clivage essentiel n’est pas la religion ni un foulard porté avec des intentions et logiques contradictoires : c’est la défense concrète de droits sociaux et de libertés individuelles et collectives, contre l’ingérence de pouvoirs religieux dans les choix individuels, y compris religieux. Le NPA doit aider à l’émergence d’un parti de masse anticapitaliste qui combat en pratique, en son sein et dans la société pour que la religion ne soit pas un obstacle à l’engagement politique et militant commun écologiste, anticapitaliste et sur les axes suivants.


Féminisme. Nous nous revendiquons du combat contre le patriarcat et contre toutes les violences faites aux femmes, pour leur émancipation. C’est en tant que féministes qu’il s’agit de reconnaître la diversité des cheminements vers l’émancipation et soutenir toutes les femmes qui luttent concrètement (avec ou sans voile) pour leur pleine reconnaissance comme être humain et responsable.


Luttes combinées. Nous critiquons l’hypocrisie des discours émancipateurs accompagnant les guerres des puissances impérialistes. Mais nous combattons aussi les oppressions qui divisent les travailleurs et cherchons leur unité politique contre toutes les discriminations. La lutte contre l’impérialisme, le racisme blanc civilisateur ne signifie donc pas l’arrêt de la critique à l’égard des relations d’oppression au sein des nations (ex) colonisées ou non occidentales ; de même que la lutte contre l’islamophobie n’empêche pas la critique de l’islamisme et des intégrismes religieux.


Laïcité. Nous considérons comme un acquis la séparation de l’État de tout pouvoir d’ingérence politique de l’Église et de tout clergé. Et nous nous appuyons sur la jurisprudence et l’interprétation de la laïcité produite par la Ligue des droits de l’homme qui distingue deux sphères publiques. Celle des institutions d’État où devrait s’imposer la neutralité, d’une part ; et la sphère sociétale d’autre part, où la laïcité permet aux usagers et citoyen-ne-s (à leurs élu-e-s, qui ne sont pas des fonctionnaires !) d’exprimer leurs convictions ou croyances en toute liberté, dans le respect des libertés publiques. C’est pourquoi dans cet espace public et politique, la visibilité du foulard n’est pas anti-laïque.


Rendre visible notre égalité dans la diversité et l’unité de nos luttes. Venant de cheminements variés, tou-te-s nos membres doivent être égaux et égales sur la seule base de l’adhésion à notre programme. Les luttes de Franz Fanon et Malcolm X, Martin Luther King et bien des théologies de la libération s’intègrent à nos bilans... Et si la religion sert à justifier l’ordre inégalitaire et les oppressions, la foi peut aussi se retourner contre eux.

Alain Pojolat (comité exécutif, commission immigration), Catherine Samary (commission internationale), Fanny G. (comité exécutif, commission intervention féministe), Jean-Paul Mignon (conseil politique national, Aubagne La-Ciotat), Nora Benameur (conseil politique national, commission quartiers populaires, Avignon)

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 10:12





mercredi 7 avril 2010

1) L’âge moyen de départ à la retraite est de 61,5 ans, reculer l’âge légal de départ à la retraite ne changerait donc rien.

L’âge moyen de « départ à la retraite » est celui auquel on fait valoir son droit à pension. Ce qui est important, c’est l’âge de cessation d’activité. L’âge moyen de cessation d’activité est de 58,8 ans, et six salariés sur dix sont hors emploi (chômage, invalidité, inactivité ou dispense de recherche d’emploi) au moment de liquider leur retraite. Très souvent, les salariés ayant eu une carrière courte et/ou heurtée, en particulier les femmes, liquident leur retraite à 65 ans pour pouvoir bénéficier d’une retraite à taux plein sans décote, alors même qu’ils sont déjà hors du marché du travail.

 

Reporter l’âge légal de la retraite au-delà de 60 ans aurait une double conséquence : les systèmes de chômage ou de préretraites vont devoir financer en plus ce que les systèmes de retraite financeront en moins, et en parallèle, la période hors emploi avant l’âge de départ en retraite s’allongera pour beaucoup, avec des ressources dérisoires ou nulles. L’âge du taux plein (65 ans) sera repoussé d’autant, signifiant qu’une proportion croissante de salarié-es devra reculer son départ pour atteindre la nouvelle borne ou bien avoir une pension amputée par la décote.


2) L’espérance de vie augmente, c’est normal de travailler plus longtemps.


L’augmentation de l’espérance de vie n’est pas nouvelle, elle n’a pas empêché que le temps passé au travail dans une vie baisse en parallèle. De plus, l’espérance de vie « en bonne santé », c’est-à-dire sans incapacité, est beaucoup plus faible que l’espérance de vie. Tout départ en retraite tardif obère de façon non négligeable le temps dont les salariés disposent pour jouir réellement de leur retraite.

 

Enfin, les jeunes entrent de plus en plus tard dans la vie active et de nombreux salariés, dont une majorité de femmes, ont des carrières discontinues et n’arrivent déjà pas à réunir le nombre d’annuités demandé, alors même que les entreprises se débarrassent des salariés âgés. L’augmentation de la durée de cotisation ou le report de l’âge légal de départ à la retraite aurait donc des conséquences importantes lors de la liquidation de la retraite et se traduirait en pratique par une pension réduite pour le plus grand nombre.


3) Les jeunes ne pourront pas financer les pensions des futurs retraités, il faut donc que ces derniers travaillent plus longtemps.


Pour que les jeunes puissent payer les pensions des retraités, il faut qu’ils ne soient pas au chômage et donc que les salariés âgés laissent leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Décaler l’âge de départ à la retraite revient à préférer entretenir le chômage des jeunes plutôt que de payer des retraites.


La retraite par répartition repose sur un contrat implicite : la génération qui travaille prend en charge part à la retraite bénéficie à la génération suivante et cette dernière prend à sa charge la génération en formation, et celle partie à la retraite. Ainsi chaque génération monte sur les épaules de la précédente et la création de richesse est partagée entre actifs et retraités. C’est ce contrat intergénérationnel que le gouvernement et le patronat tentent de détruire en voulant faire travailler plus longtemps les générations les plus jeunes.


4) Le système par répartition ne sera plus capable de garantir des pensions décentes aux jeunes générations, celles-ci doivent donc d’ores et déjà se prémunir en se constituant un supplément de retraite par une épargne privée.


Si on estime possible de compléter les cotisations pour le système public par répartition par des versements dans une épargne privée, qu’est-ce qui empêche alors d’augmenter les cotisations et de garantir une meilleure retraite grâce au système par répartition ?


5) Les fonctionnaires sont des privilégiés


Le niveau des retraites est équivalent dans le secteur privé et dans la fonction publique : en moyenne 1625 euros par mois dans le privé, 1593 euros dans la fonction publique. Le mode de calcul de la retraite est différent dans le privé et dans le public, mais cela aboutit à un résultat similaire. Dans le secteur privé, elle est calculée sur les 25 meilleures années et les primes sont prises en compte. Dans le public, c’est le salaire des 6 derniers mois, mais les primes ne sont pas prises en compte et la retraite complémentaire n’est pas de même niveau que dans le secteur privé.


6) Il y aura trop de retraités et pas assez d’actifs


Les projections démographiques ne sont pas des vérités scientifiques et sont basées sur des hypothèses concernant plusieurs paramètres (fécondité, chômage, taux d’activité des hommes et des femmes, etc.). Déjà, depuis quelques années, les projections ont beaucoup varié. Ainsi, à la fin des années 1990, tous les rapports officiels prévoyaient un effondrement de la natalité. Il n’en a rien été. Jusqu’à récemment, les mêmes rapports prévoyaient un effondrement de la population active dans le futur.

 

Les dernières prévisions de l’Insee font maintenant apparaître une augmentation de la population active jusqu’en 2015 puis une stabilisation par la suite. En outre, les hypothèses retenues sur la population active sont très pessimistes, pour ne pas dire régressives : rien ne justifie en effet de projeter, dans la tranche de 25 à 45 ans, un taux d’emploi des femmes inférieur de 15 points à celui des hommes si ce n’est renoncer définitivement à toute politique visant l’égalité entre les femmes et les hommes. De fortes marges de manœuvre existent pourtant dans ce domaine, et un niveau d’emploi égal entre hommes et femmes signifie qu’on retrouverait le même ratio retraités/actifs qu’en 1970, donc sans aucune dégradation.


7) On ne pourra pas financer les retraites


À moins de décréter la paupérisation des retraité-es, il est normal de couvrir les besoins sociaux liés à l’augmentation de leur part dans la population par un accroissement des prélèvements sur la richesse produite. Les déficits des caisses de retraite sont essentiellement dus au refus obstiné de le faire. Pourtant, le besoin supplémentaire de financement nécessaire aux retraites est réalisable puisqu’il a été chiffré en 2007 par le COR entre 1 et 2 points de PIB jusqu’en 2050, à comparer avec la chute de la part de la masse salariale de 8 points au cours des dernières décennies et avec l’explosion correspondante des dividendes, qui sont passés de 3,2 % du PIB en 1982 à 8,5 % en 2007.

 

Il est donc juste d’augmenter la part des salaires et des pensions dans la richesse produite en s’attaquant aux profits. Le financement des retraites est possible à condition d’en finir avec l’actuel partage éhonté de la richesse au bénéfice des revenus financiers. C’est ce partage qui constitue le tabou à faire sauter, et non l’âge de départ. Il s’agit là d’un choix politique de justice et de solidarité.


8 ) La solution pour financer les retraites qui consiste à augmenter les cotisations patronales serait néfaste à la compétitivité des entreprises.


Différents scénarios ont été étudiés, avec l’hypothèse sur laquelle travaille le COR d’un gain de productivité de 1,5% par an. Un de ces scénarios établit qu’il est tout à fait possible de garantir à la fois le maintien du taux de remplacement (retraite moyenne/salaire moyen) et une progression identique du pouvoir d’achat des retraités et des salariés (de 1, 2%/an, soit une progression un peu moindre que celle de la productivité) par une augmentation de 6 points des cotisations patronales entre 2009 et 2050 : cette augmentation n’aurait aucun effet sur la sacro-sainte compétitivité des entreprises, puisque ce scénario est fait en prenant l’hypothèse du maintien à son niveau actuel de la part de la masse salariale (salaires et cotisations) dans la valeur ajoutée, donc sans impact sur les coûts.

 

Ce scénario, même s’il n’est pas le plus favorable aux salarié-es et retraité-es puisqu’il suppose que la part de la masse salariale reste à son niveau actuel qui est historiquement bas, rend totalement inopérant le seul argument du Medef contre l’augmentation des cotisations. Un scénario plus favorable aux salariés et retraités est celui qui permet que la part de la masse salariale augmente en rognant sur les dividendes, ce qui laisse inchangé le coût du travail.


9) Pour financer les retraites, il faut une croissance productiviste


Fonder le financement des retraites sur le partage des gains de productivité ne signifie pas que l’on mise sur une croissance économique forte. Quels que soient les gains de productivité futurs, ils devront être partagés entre le niveau de vie de tous, actifs comme retraités, la satisfaction de nouveaux besoins sociaux et la diminution du temps de travail.


10) Les dispositifs familiaux dont bénéficient les femmes sont contraires à l’égalité entre les hommes et les femmes.


Ce sont très majoritairement les femmes qui prennent en charge les enfants et la gestion du foyer. De ce fait, elles sont pénalisées dans leur carrière, elles s’interrompent ou travaillent à temps partiel. Même en intégrant ces dispositifs familiaux, leur retraite est en moyenne inférieure de 40 % à celles des hommes. Ils sont donc encore aujourd’hui essentiels pour réduire les inégalités de pension entre femmes et hommes.

 

Pourtant, le droit communautaire européen remet ponctuellement en cause l’existence de tels dispositifs. C’est une incohérence, puisqu’il reconnaît par ailleurs la notion de discrimination indirecte, c’est-à-dire la légitimité à donner un avantage particulier dès lors que celui-ci permet de réduire des inégalités sociales ou de sexe. Il est impossible de se réclamer du principe d’égalité pour augmenter les inégalités.


ATTAC- Fondation Copernic

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 09:56

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Chernobyl Day

Tous contre le nucléaire, avec l’institut Belrad

Tchernobyl : la catastrophe dure depuis 24 ans.


Le Réseau Sortir du nucléaire a révélé début mars 2010 le risque d’un accident de type Tchernobyl sur les réacteurs nucléaires EPR, actuellement en construction. Vous aussi, vous voulez éviter un nouveau Tchernobyl ? C’est le moment de nous mobiliser tous ensemble.

220 actions ont été organisées en 2009 !


Clip Raphaël Wilkens

Autour du 26 avril 2010, de très nombreuses actions seront organisées, en France et à l’étranger : chaque année, le Chernobyl Day met en lumière la catastrophe sanitaire qui dure depuis 24 ans en Biélorussie. Cette année, nous soutenons l’Institut Belrad, seul organisme scientifique indépendant de l’industrie nucléaire qui aide les enfants irradiés : dans cette région, environ 4 enfants sur 5 ont été contaminés par Tchernobyl.


Toute la région est durablement contaminée. La radioactivité est invisible, mais elle reste mortelle pendant plusieurs générations. Depuis 24 ans, les autorités internationales, et en particulier l’OMS, n’apportent aucune vraie réponse aux populations touchées. La catastrophe continue.


Belrad, sans aucune aide publique, mesure la radioactivité du corps humain et prescrit des cures qui permettent, en 3 semaines, une élimination de 30 à 70% des substances contaminantes. Cette action vitale ne solutionne pas tout, et ne remplace pas une véritable prise en charge internationale des conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement, aujourd’hui et demain.


Pour plus d’infos : http://enfantsdetchernobylbelarus.d...


Même si cela ne suffit pas,
aider les enfants irradiés par la catastrophe de Tchernobyl, c’est urgent.

Mettre en oeuvre des solutions pérennes pour les victimes, c’est indispensable.

Agir aujourd’hui pour sortir du nucléaire, c’est possible.

Chernobyl Day : rendez-vous tous ensemble dans l’action autour du 26 avril.


24 ans après le début de la catastrophe, nous serons très nombreux à participer, pour dénoncer l’absence de réponse , aider les victimes, refuser les projets de relance du nucléaire, et les risques énormes que cette industrie fait courir à l’humanité.


> Un kit action est à votre disposition (matériel, communiqué de presse, tract, etc.)

> Inscrivez vos actions locales dans l’agenda général


Merci de diffuser très largement cette information ; notez aussi qu’une action complémentaire au Chernobyl Day aura lieu à Paris, du 27 avril au 7 mai, contre le nucléaire militaire.


Contact : Jocelyn Peyret
jocelyn.peyret@sortirdunucleaire.fr

Tél : 03 89 41 80 95

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 11:04

manifestants-hopital-SUD

  Après un conseil d'administration et un conseil technique d'établissement fin mars, le syndicat Sud Santé voit l'avenir hospitalier en noir, pour les patients comme pour les personnels.

Les textes d'application de la loi Hôpital-Patient-Santé-Territoire (ou loi Bachelot) ne sont pas encore sortis au Journal officiel mais, selon Sud Santé, le «glissement» a commencé. «Le directeur parle de territorialité. Nous, nous y voyons des regroupements non confraternels. Pharmacie, stérilisation, laboratoire... la vie au quotidien est en train de se construire avec les autres établissements. Quant à la radiologie, c'est en cours. La mise en musique se fait au travers des groupements de coopération sanitaire de moyens. Cela peut aller jusqu'à mettre l'administration en commun».

«Concentrer pour diminuer les moyens»

L'étape suivante serait, selon Sud Santé, une réduction des effectifs. «Fin novembre, nous avions tiré la sonnette d'alarme pour l'Hôtel-Dieu, à Pont-l'Abbé. Aujourd'hui, l'on apprend que 30à 40 emplois vont faire l'objet de départs volontaires. L'ARH a donné 570.000 € pour ce plan». Pour Jean-Paul Sénéchal, c'est «la première pierre qu'on déchausse. Les hôpitaux publics sont derrière. Plusieurs centaines d'emplois sont menacés dans le Sud-Finistère. C'est le but de la loi: concentrer pour diminuer les moyens».

Un Smur en sursis ?

Les Smur (service mobile d'urgence et de réanimation) pourraient, toujours selon Sud Santé, faire les frais de la même logique. Dans le Sud-Finistère, il existe un Smur à Quimper, Concarneau, Douarnenez et Pont-l'Abbé. Dans le Nord-Finistère, il manque un service à Landerneau. «Depuis longtemps, l'ARH veut récupérer des moyens pour les verser au nord». Le syndicat présage que l'hypothèse retenue pourrait être la fermeture, durant la nuit, des urgences de Concarneau, Douarnenez et Pont-l'Abbé.


Une autre piste serait la création d'un Smur avancé, à Pluguffan, en remplacement de ceux de Douarnenez et Pont-l'Abbé. Un autre pronostic serait la fermeture nocturne, une semaine sur deux, du Smur de Pont-l'Abbé puis de celui de Douarnenez. Reste un problème juridique: un hôpital ne peut détenir un Smur que s'il a un service d'urgences qui fonctionne 24h/24. Pour contourner cet écueil, Sud Santé craint la création d'un groupement de coopération sanitaire médical, basé à Quimper, qui aurait les autorisations d'ouvrir un service d'urgences 24h/24 et qui regrouperait trois Smur. Si ce scénario voyait le jour, le service d'urgences de proximité deviendrait une douce utopie. «Ils travaillent dessus, nous le savons. Quand on voit ce qu'ils ont fait à Concarneau, il n'y a pas de raison pour que Douarnenez et Pont-l'Abbé y coupent», assurent les porte-parole du syndicat.


Quid, enfin, des urgences psychiatriques de Gourmelen? Fusionneraient-elles avec celles de Quimper? «Les urgences psychiatriques, c'est une spécialité. Ça appauvrirait encore les conditions d'accueil aux urgences du Chic et les conditions de travail des personnels». Entre 2008 et 2009, les urgences du Chic ont enregistré 38.932 passages, soit 3,1% de plus que l'exercice précédent.


Source : http://quimper.letelegramme.com/local/finistere-sud/quimper/ville/hopital-sud-craint-un-scenario-catastrophe-09-04-2010-863784.php

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 11:03


 

Le personnel de Galipette était en grève hier. Solidaire du mouvement, une soixantaine de parents ont organisé un pique-nique devant la Maison de l'enfance.


À l'appel du collectif baptisé «Pas de bébés à la consigne!», les professionnels de la petite enfance étaient en grève hier pour la troisième fois en un mois. C'est le cas des salariées de la crèche associative Galipette, qui emploie 14 personnes. «Des représentantes ont manifesté à Quimper; trois salariées ont tout de même assuré l'accueil de quelques enfants pour rendre service à des parents qui n'avaient pas d'autre solution», précise Marilyne Mercent, la directrice de Galipette. Les parents, solidaires du mouvement, ont tenu à afficher leur soutien aux salariées de Galipette. Ils ont organisé un pique-nique devant la Maison de l'enfance. Une soixantaine de personnes y a participé.

«Non aux crèches low cost»

L'objet du conflit: un décret du gouvernement visant à assouplir les normes d'encadrement afin de permettre aux structures existantes d'accueillir un plus grand nombre d'enfants. Parents et professionnels sont d'autant plus inquiets que le projet de décret abaisse également le niveau de formation des professionnels des crèches. «Nous comprenons le besoin de créer de nouvelles places en crèche. Nous n'y sommes pas opposés bien au contraire mais l'encadrement doit suivre. Il est indispensable d'embaucher des professionnels qualifiés», explique Stéphanie Le Noan, coprésidente de l'association Galipette.

Agrément pour 35 enfants

Ce soutien des parents réconforte le personnel de Galipette. «C'est important de se sentir soutenu», reconnaît Marilyne Mercent. «Les parents se rendent compte des difficultés de notre métier parce qu'ils sont partie prenante du fonctionnement de Galipette. Même si celle-ci n'est plus crèche parentale, ils continuent d'assurer des permanences», poursuit la directrice de Galipette. La crèche associative dispose d'un agrément pour accueillir 35enfants maximum en même temps. 80 familles y sont inscrites cette année.


Source : http://www.letelegramme.com/local/finistere-sud/chateaulin-carhaix/carhaix/galipette-en-greve-les-parents-solidaires-09-04-2010-863551.php

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:58

Par LCR-Belgique le Vendredi, 09 Avril 2010 PDF Imprimer Envoyer

 

 

Près de 800 personnes ont participé à Bruxelles, le 1er avril dernier à la manifestation en défense du droit à l'avortement, en Belgique comme en Europe, à l'appel des Centres de planings familiaux francophones.

 

On peut regretter que le jour et l'heure choisie (un jeudi matin) n'ait pas permis de mobiliser plus largement au-delà des milieux organisateurs. L'objectif de la manifestation était, d'une part, de faire pression en faveur de ce droit non encore généralisé dans l'Union européenne, puisque dans des pays tels que Malte, l'Irlande ou la Pologne, le droit des femmes à avorter est toujours criminalisé. Le cortège s'est ainsi symboliquement déplacé devant les ambassades de ces trois Etat-membres.


D'autre part, il s'agissait d'affirmer la défense de ce droit, arraché par la lutte des mouvements féministe il y a 20 ans à peine en Belgique. Un droit toujours insuffisant, vu le caractère ambigu de la loi belge (l'avortement figure toujours dans le code pénal!), qui ne donne toujours pas aux femmes le plein droit de disposer librement de leur corps dans de bonnes conditions. En outre, même imparfait, ce droit est à défendre face à sa remise en cause par les courants réactionnaires et intégristes de tout poils - comme on a pu le voir quelque jours plus tôt avec le rassemblement "Pour la vie" où à figuré le sinistre Monseigneur Léonard au côté de l'extrême droite.


Bref, il reste encore du pain sur la planche pour faire que le droit à l'avortement soit, partout, retiré des codes pénaux, libre et gratuit, donnant aux femmes toutes les conditions nécessaires à son accomplissement, notamment en termes de moyens publics, d'infrastructure et de personnel qualifié.

 

 


 

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:49


10 avril 2010


Réduire le texte

Les parents d'élèves de Kerjestin se disent prêts à aller jusqu'au blocage de l'école pour obtenir le maintien de la Clis. La classe intègre des enfants handicapés.


«À l'inspection académique, on m'a laissé entendre, hier (NDLR: jeudi), qu'il fallait que je conditionne mon fils à la fermeture de sa classe et à son transfert vers Paul-Langevin, à Penhars. Le conditionner?» Fabienne en reste bouche bée. Elle est la maman d'un garçon de 11 ans scolarisé dans la classe pour l'inclusion scolaire de Kerjestin, dont la fermeture est programmée à la rentrée. La classe accueille des enfants, de 9 à 12 ans, déficients cognitifs. La première réaction de son fils? «Il m'a dit qu'il ne voulait pas retourner avec les petits (*). Il a l'impression de revenir en arrière, de régresser», rapporte Fabienne. Il existerait une alternative: son inscription dans une classe ordinaire de l'école primaire de Kerjestin. «Je n'ai rien signé», s'indigne-elle.

«400 signatures»

À ses côtés, hier matin, devant l'école, des parents d'élèves. Ils distribuent des tracts sur lesquels on peut lire: «Tout un chacun comprend la détresse des parents des élèves handicapés, l'inspection vient de trouver la réponse, ils seront incognito dans nos classes»! «Soyons solidaires, refusons la fermeture des Clis», ajoute le tract signé par l'association des parents d'élèves du groupe scolaire de Kerjestin. «Nous irons jusqu'au blocage de l'école au retour des vacances de Pâques s'il le faut», précise calmement Patrick Chaud, le président de l'APE. «Nous allons continuer à sensibiliser la population. Notre pétition, lancée le 2avril pour le maintien de la Clis, a recueilli 400 signatures dans le quartier. Si la fermeture est confirmée, ces enfants vont se retrouver dans une Clis saturée à Paul-Langevin ou souffriront dans une classe ordinaire», regrette-t-il.

«Discussion constructive»

Hier matin, une délégation d'élus quimpérois, composée de Denise Cariou, Armelle Huruguen, Jean-Marc Tanguy et Jean-JacquesUrvoas, est allée à la rencontre de l'inspectrice d'académie Brigitte Kieffer. Ils se disent opposés à la fermeture de la Clis. «J'ai trouvé la discussion constructive. J'ai le sentiment que l'on peut progresser avec elle», a commenté le député socialiste. «Je peux entendre l'inspectrice d'académie lorsqu'elle nous dit qu'elle veut rendre aux Clis leur vocation première.

 

J'entends cela comme une source d'amélioration du service public d'éducation. Or il ne me semble pas opportun de commencer par fermer une Clis comme celle de Kerjestin pour parvenir à cet objectif», nuance le parlementaire. Quant aux 120 places jugées vacantes (Le Télégramme du 7avril) dans les Clis finistériennes? «Nous lui avons dit que nous attendions une évaluation précise à Quimper, où la Clis de Saint-Raphaël va aussi fermer», répond Jean-Jacques Urvoas. «En tout cas, tous les handicaps ne se valent pas. L'intégration des enfants concernés doit être systématiquement appropriée», insiste le député.

* Jusqu'alors la Clis de Paul-Langevin accompagnait les 6-9 ans puis passait le relais à celle de Kerjestin.

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 14:34

dieu n existe pas

1. L’attitude théorique («philosophique») du marxisme classique en matière de religion combine trois dimensions complémentaires, que l’on trouve déjà en germe dans l’Introduction à De la critique de la philosophie du droit de Hegel du jeune Marx (1843-1844):


- d’abord, une critique de la religion, en tant que facteur d’aliénation. L’être humain attribue à la divinité la responsabilité d’un sort qui ne lui doit rien («L’homme fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme.»); il s’astreint à respecter des obligations et interdits qui, souvent, entravent son épanouissement; il se soumet volontairement à des autorités religieuses dont la légitimité se fonde soit sur le fantasme de leur rapport privilégié au divin, soit sur leur spécialisation dans la connaissance du corpus religieux.


- ensuite, une critique des doctrines sociales et politiques des religions. Les religions sont des survivances idéologiques d’époques révolues depuis fort longtemps: la religion est «fausse conscience du monde»; elle l’est d’autant plus que le monde change. Nées dans des sociétés précapitalistes, les religions ont pu connaître - à l’instar de la Réforme protestante dans l’histoire du christianisme - des aggiornamentos, qui restent forcément partiels et limitées dès lors qu’une religion vénère des «écritures saintes».


- mais aussi, une «compréhension» (au sens wébérien) du rôle psychologique que peut jouer la croyance religieuse pour les damné/es de la terre. «La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple.»

Ces trois considérants débouchent, au regard du marxisme classique, sur une seule et même conclusion énoncée par le jeune Marx: «Le dépassement (Aufhebung) de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence de son véritable bonheur. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions sur sa condition, c’est exiger qu’il soit renoncé a une condition qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole.»


2. Pour autant, le marxisme classique n’a pas posé la suppression de la religion comme condition nécessaire et préalable de l’émancipation sociale (le propos du jeune Marx pourrait se lire: afin de pouvoir surmonter les illusions, il faut d’abord mettre fin à la «condition qui a besoin d’illusions»). En tout état de cause, tout comme pour l’État, pourrait-on dire, il ne s’agit pas d’abolir la religion, mais de créer les conditions de son extinction. Il n’est pas question de prohiber «l’opium du peuple», et encore moins d’en réprimer les consommateurs. Il s’agit seulement de mettre fin aux rapports privilégiés qu’entretiennent ceux qui en font commerce avec le pouvoir politique, afin de réduire son emprise sur les esprits.

 

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Trois niveaux d’attitude sont ici à considérer :


• Le marxisme classique, celui des fondateurs, n’a pas requis l’inscription de l’athéisme au programme des mouvements sociaux. Au contraire, dans sa critique du programme des émigrés blanquistes de la Commune (1874), Engels a raillé leur prétention d’abolir la religion par décret. Sa perspicacité a été entièrement confirmée par les expériences du XXe siècle, comme lorsqu’il soutenait que «les persécutions sont le meilleur moyen d’affermir des convictions indésirables» et que «le seul service que l’on puisse rendre encore, de nos jours, à Dieu est de proclamer l’athéisme un symbole de foi coercitif».


• La laïcité républicaine, c’est-à-dire la séparation de la religion et de l’État, est, en revanche, un objectif nécessaire et imprescriptible, qui faisait déjà partie du programme de la démocratie bourgeoise radicale. Mais là aussi, il importe de ne pas confondre séparation et prohibition, même en ce qui concerne l’enseignement. Dans ses commentaires critiques sur le programme d’Erfurt de la social-démocratie allemande (1891), Engels proposait la formulation suivante: «Séparation complète de l’Église et de l’État. Toutes les communautés religieuses sans exception seront traitées par l’État comme des sociétés privées. Elles perdent toute subvention provenant des deniers publics et toute influence sur les écoles publiques.» Puis il ajoutait entre parenthèses ce commentaire: «On ne peut tout de même pas leur défendre de fonder, par leurs propres moyens, des écoles, qui leur appartiennent en propre, et d’y enseigner leurs bêtises!»


• Le parti ouvrier doit en même temps combattre idéologiquement l’influence de la religion. Dans le texte de 1873, Engels se félicitait du fait que la majorité des militants ouvriers socialistes allemands était gagnée à l’athéisme, et suggérait de diffuser la littérature matérialiste française du XVIIIe siècle afin d’en convaincre le plus grand nombre.


Dans sa critique du programme de Gotha du parti ouvrier allemand (1875), Marx expliquait que la liberté privée en matière de croyance et de culte doit être définie uniquement comme rejet de l’ingérence étatique. Il en énonçait ainsi le principe: «chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez». Il regrettait, en même temps, que le parti n’ait pas saisi «l’occasion d’exprimer sa conviction que la bourgeoise “liberté de conscience” n’est rien de plus que la tolérance de toutes les sortes possibles de liberté de conscience religieuse, tandis que lui [le parti] s’efforce de libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse».


3. Le marxisme classique n’envisageait la religion que sous l’angle du rapport des sociétés européennes à leurs propres religions traditionnelles. Il ne prenait pas en considération la persécution des minorités religieuses, ni surtout la persécution des religions de peuples opprimés par des États oppresseurs appartenant à une autre religion. À notre époque marquée par la survivance de l’héritage colonial et par sa transposition à l’intérieur même des métropoles impériales - sous la forme d’un «colonialisme intérieur», dont l’originalité est que ce sont les colonisés eux-mêmes qui sont expatriés, c’est-à-dire «immigrés» - cet aspect acquiert une importance majeure.


Dans un contexte dominé par le racisme, corollaire naturel de l’héritage colonial, les persécutions de la religion des opprimé/es, ex-colonisé/es, ne doivent pas être rejetées seulement parce qu’elles sont «le meilleur moyen d’affermir des convictions indésirables». Elles doivent être rejetées, aussi et avant tout, parce qu’elles sont une dimension de l’oppression ethnique ou raciale, aussi intolérable que le sont les persécutions et discriminations politiques, juridiques et économiques.


Certes, les pratiques religieuses des populations colonisées peuvent apparaître comme éminemment rétrogrades aux yeux des populations métropolitaines, dont la supériorité matérielle et scientifique était inscrite dans le fait même de la colonisation. Mais ce n’est pas en imposant le mode de vie de ces dernières aux populations colonisées, contre leur gré, que sera servie la cause de leur émancipation. L’enfer de l’oppression raciste est pavé de bonnes intentions «civilisatrices», et l’on sait à quel point le mouvement ouvrier lui-même fut contaminé par la prétention bienfaitrice et l’illusion philanthropique à l’ère du colonialisme.


Engels avait pourtant bien mis en garde contre ce syndrome colonial. Dans une lettre à Kautsky, datée du 12 septembre 1882, il formula une politique émancipatrice du prolétariat au pouvoir, tout empreinte de la précaution indispensable afin de ne pas transformer la libération présumée en oppression déguisée.


«Les pays sous simple domination et peuplés d’indigènes, Inde, Algérie, les possessions hollandaises, portugaises et espagnoles, devront être pris en charge provisoirement par le prolétariat et conduits à l’indépendance, aussi rapidement que possible. Comment ce processus se développera, voilà qui est difficile à dire. L’Inde fera peut-être une révolution, c’est même très vraisemblable. Et comme le prolétariat se libérant ne peut mener aucune guerre coloniale, on serait obligé de laisser faire, ce qui, naturellement, n’irait pas sans des destructions de toutes sortes, mais de tels faits sont inséparables de toutes les révolutions.

 

Le même processus pourrait se dérouler aussi ailleurs: par exemple en Algérie et en Égypte, et ce serait, pour nous certainement, la meilleure solution. Nous aurons assez à faire chez nous. Une fois que l’Europe et l’Amérique du Nord seront réorganisées, elles constitueront une force si colossale et un exemple tel que les peuples à demi civilisés viendront d’eux-mêmes dans leur sillage: les besoins économiques y pourvoiront déjà à eux seuls. Mais par quelles phases de développement social et politique ces pays devront passer par la suite pour parvenir eux aussi à une structure socialiste, là-dessus, je crois, nous ne pouvons aujourd’hui qu’échafauder des hypothèses assez oiseuses. Une seule chose est sûre: le prolétariat victorieux ne peut faire de force le bonheur d’aucun peuple étranger, sans par là miner sa propre victoire.»


Vérité élémentaire, et pourtant si souvent ignorée: tout «bonheur» imposé par la force équivaut à une oppression, et ne saurait être perçu autrement par ceux et celles qui le subissent.


4. La question du foulard islamique (hijab) condense l’ensemble des problèmes posés ci-dessus. Elle permet de décliner l’attitude marxiste sous tous ses aspects.


Dans la plupart des pays oùl’islam est religion majoritaire, la religion est encore la forme principale de l’idéologie dominante. Des interprétations rétrogrades de l’islam, plus ou moins littéralistes, servent à maintenir des populations entières dans la soumission et l’arriération culturelle. Les femmes subissent le plus massivement et le plus intensivement une oppression séculaire, drapée de légitimation religieuse.


Dans un tel contexte, la lutte idéologique contre l’utilisation de la religion comme argument d’asservissement est une dimension prioritaire du combat émancipateur. La séparation de la religion et de l’État doit être une revendication prioritaire du mouvement pour le progrès social. Les démocrates et les progressistes doivent se battre pour la liberté de chacune et de chacun en matière d’incroyance, de croyance et de pratique religieuse. En même temps, le combat pour la libération des femmes reste le critère même de toute identité émancipatrice, la pierre de touche de toute prétention progressiste.


Un des aspects les plus élémentaires de la libertédes femmes est leur liberté individuelle de se vêtir comme elles l’entendent. Le foulard islamique et, à plus forte raison, les versions plus enveloppantes de ce type de revêtement, lorsqu’ils sont imposés aux femmes, sont une des nombreuses formes de l’oppression sexuelle au quotidien - une forme d’autant plus visible qu’elle sert à rendre les femmes invisibles. La lutte contre l’astreinte au port du foulard, ou autres voiles, est indissociable de la lutte contre les autres aspects de la servitude féminine.


Toutefois, la lutte émancipatrice serait gravement compromise si elle cherchait à«libérer» de force les femmes, en usant de la contrainte non à l’égard de leurs oppresseurs, mais à leur propre égard. Arracher par la force le revêtement religieux, porté volontairement -même si l’on juge que son port relève de la servitude volontaire - est un acte oppressif et non un acte d’émancipation réelle. C’est de surcroît une action vouée à l’échec, comme Engels l’avait prédit: de même que le sort de l’islam dans l’ex-Union soviétique, l’évolution de la Turquie illustre éloquemment l’inanité de toute tentative d’éradication de la religion ou des pratiques religieuses par la contrainte.


«Chacun - et chacune - doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels» - les femmes porter le hijab ou les hommes porter la barbe - «sans que la police y fourre le nez».


Défendre cette liberté individuelle élémentaire est la condition indispensable pour mener un combat efficace contre les diktats religieux. La prohibition du hijab rend paradoxalement légitime le fait de l’imposer, aux yeux de ceux et celles qui le considèrent comme un article de foi. Seul le principe de la liberté de conscience et de pratique religieuse strictement individuelle, qu’elle soit vestimentaire ou autre, et le respect de ce principe par des gouvernements laïcs, permettent de s’opposer légitimement et avec succès à la contrainte religieuse.

 

Le Coran lui-même proclame: «Pas de contrainte en religion»!

Par ailleurs, et pour peu que l’on ne remette pas en cause la liberté d’enseignement, prohiber le port du foulard islamique, ou autres signes religieux vestimentaires, à l’école publique, au nom de la laïcité, est une attitude éminemment antinomique, puisqu’elle aboutit à favoriser l’expansion des écoles religieuses.


5. Dans un pays comme la France, où l’islam fut pendant fort longtemps la religion majoritaire des «indigènes» des colonies et où il est depuis des décennies la religion de la grande majorité des immigrés, «colonisés» de l’intérieur, toute forme de persécution de la religion islamique - deuxième religion de France par le nombre et religion très inférieure aux autres par le statut - doit être combattue.


L’islam est, en France, une religion défavorisée par rapport aux religions présentes depuis des siècles sur le sol français. C’est une religion victime de discriminations criantes, tant en ce qui concerne ses lieux de culte que la tutelle pesante, empreinte de mentalité coloniale, que lui impose l’État français.

 

L’islam est une religion décriée au quotidien dans les médias français, d’une manière qu’il n’est heureusement plus possible de pratiquer contre la précédente cible prioritaire du racisme, le judaïsme, après le génocide nazi et la complicité vichyste. Un confusionnisme mâtiné d’ignorance et de racisme entretient, par médias interposés, l’image d’une religion islamique intrinsèquement inapte à la modernité, ainsi que l’amalgame entre islam et terrorisme que facilite l’utilisation inappropriée du terme «islamisme» comme synonyme d’intégrisme islamique.


Certes, le discours officiel et dominant n’est pas ouvertement hostile; il se fait même bienveillant, les yeux rivés sur les intérêts considérables du grand capital français - pétrole, armement, bâtiment, etc. - en terre d’Islam. Toutefois, la condescendance coloniale à l’égard des musulman/es et de leur religion est tout autant insupportable pour elles et eux que l’hostilité raciste ouvertement affichée. L’esprit colonial n’est pas l’apanage de la droite en France; il est d’implantation fort ancienne dans la gauche française, constamment déchirée dans son histoire entre un colonialisme mêlé de condescendance d’essence raciste et d’expression paternaliste, et une tradition anticolonialiste militante.


Même aux premiers temps de la scission du mouvement ouvrier français entre sociaux-démocrates et communistes, une aile droite émergea parmi les communistes de la métropole eux-mêmes (sans parler des communistes français en Algérie), se distinguant notamment par son attitude sur la question coloniale. La droite communiste trahit son devoir anticolonialiste face à l’insurrection du Rif marocain sous la direction du chef tribal et religieux Abd-el-Krim, lorsque celle-ci affronta les troupes françaises en 1925.


L’explication de Jules Humbert-Droz à ce propos, devant le comité exécutif de l’IC, garde une certaine pertinence:


«La droite a protesté contre le mot d’ordre de la fraternisation avec l’armée des Rifains, en invoquant le fait que les Rifains n’ont pas le même degré de civilisation que les armées françaises, et qu’on ne peut fraterniser avec des tribus à demi barbares.

 

Elle est allée plus loin encore écrivant qu’Abd-el-Krim a des préjugés religieux et sociaux qu’il faut combattre. Sans doute il faut combattre le panislamisme et le féodalisme des peuples coloniaux, mais quand l’impérialisme français saisit à la gorge les peuples coloniaux, le rôle du P.C. n’est pas de combattre les préjugés des chefs coloniaux, mais de combattre sans défaillance la rapacité de l’impérialisme français.»


6. Le devoir des marxistes en France est de combattre sans défaillance l’oppression raciste et religieuse menée par la bourgeoisie impériale française et son État, avant de combattre les préjugés religieux au sein des populations immigrées.


Lorsque l’État français s’occupe de réglementer la façon de s’habiller des jeunes musulmanes et d’interdire l’accès à l’école de celles qui s’obstinent à vouloir porter le foulard islamique; lorsque ces dernières sont prises comme cibles d’une campagne médiatique et politique dont la démesure par rapport à l’ampleur du phénomène concerné atteste de son caractère oppressif, perçu comme islamophobe ou raciste, quelles que soient les intentions affichées; lorsque le même État favorise l’expansion notoire de l’enseignement religieux communautaire par l’accroissement des subventions à l’enseignement privé, aggravant ainsi les divisions entre les couches exploitées de la population française - le devoir des marxistes, à la lumière de tout ce qui a été exposé ci-dessus, est de s’y opposer résolument.

Ce ne fut pas le cas pour une bonne partie de celles et ceux qui se réclament du marxisme en France.

 

Sur la question du foulard islamique, la position de la Ligue de l’Enseignement, dont l’engagement laïque est au-dessus de tout soupçon, est bien plus en affinité avec celle du marxisme authentique que celle de nombre d’instances qui disent s’en inspirer. Ainsi peut-on lire dans la déclaration adoptée par la Ligue, lors de son assemblée générale de Troyes en juin 2003, ce qui suit:


«La Ligue de l’Enseignement, dont toute l’histoire est marquée par une action constante en faveur de la laïcité, considère que légiférer sur le port de signes d’appartenance religieuse est inopportun. Toute loi serait soit inutile soit impossible.


Le risque est évident. Quelles que soient les précautions prises, il ne fait aucun doute que l’effet obtenu sera un interdit stigmatisant en fait les musulmans. [...]


Pour ceux ou celles qui voudraient faire du port d’un signe religieux l’argument d’un combat politique, l’exclusion de l’école publique n’empêchera pas de se scolariser ailleurs, dans des institutions au sein desquelles ils ont toutes chances de se trouver justifiés et renforcés dans leur attitude. [...]


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[L’] intégration de tous les citoyens, indépendamment de leurs origines et de leurs convictions, passe par la reconnaissance d’une diversité culturelle qui doit s’exprimer dans le cadre de l’égalité de traitement que la République doit assurer à chacun. À ce titre, les musulmans, comme les autres croyants, doivent bénéficier de la liberté du culte dans le respect des règles qu’impose une société laïque, pluraliste et profondément sécularisée. Le combat pour l’émancipation des jeunes filles, en particulier, passe prioritairement par leur scolarisation, le respect de leur liberté de conscience et de leur autonomie: n’en faisons pas les otages d’un débat idéologique, par ailleurs nécessaire. Pour lutter contre l’enfermement identitaire, une pédagogie de la laïcité, la lutte contre les discriminations, le combat pour la justice sociale et l’égalité sont plus efficaces que l’interdit.»


Dans son rapport du 4 novembre 2003, remis à la Commission sur l’application du principe de laïcité dans la République (dite Commission Stasi), la Ligue de l’Enseignement traite admirablement de l’islam et des représentations dont il fait l’objet en France, en des pages dont on ne citera ici que quelques extraits:


«Les résistances et les discriminations rencontrées par “les populations musulmanes” dans la société française ne tiennent pas essentiellement, comme on le dit trop souvent, au déficit d’intégration de ces populations mais bien à des représentations et à des attitudes majoritaires qui proviennent en grande partie d’un héritage historique ancien.


La première tient à la non-reconnaissance de l’apport de la civilisation arabo-musulmane à la culture mondiale et à notre propre culture occidentale. [...]

À cette occultation et à ce rejet s’est ajouté l’héritage colonial [...] porteur d’une tradition de violence, d’inégalité et de racisme, profonde et durable, que les difficultés de la décolonisation, puis les déchirements de la guerre d’Algérie ont amplifiée et renforcée.


L’infériorisation ethnique, sociale, culturelle et religieuse des populations indigènes, musulmanes des colonies françaises a été une pratique constante, au point de retentir dans les limitations du droit.

 

C’est ainsi qu’en ce qui concerne l’Islam, il a été considéré comme un élément du statut personnel et non comme une religion relevant de la loi de séparation de 1905. Durant tout le temps de la colonisation, le principe de laïcité ne s’est jamais appliqué aux populations indigènes et à leur culte à cause de l’opposition du lobby colonial et malgré la demande des oulémas qui avaient compris que le régime de laïcité leur rendrait la liberté du culte. Comment s’étonner dès lors que pendant très longtemps la laïcité, pour les musulmans, ait été synonyme d’une police coloniale des esprits!

 

Comment veut-on que cela ne laisse pas des traces profondes, tant du côté des anciens colonisés que du pays colonisateur? Si de nombreux musulmans aujourd’hui encore considèrent que l’Islam doit régler les comportements civils, tant publics que privés, et, sans revendiquer de statut personnel, ont parfois tendance à en adopter le profil, c’est que la France et la République laïque leur ont intimé de le faire pendant plusieurs générations. Si de nombreux Français, parfois même parmi les plus instruits et qui exercent des responsabilités en vue, se permettent des appréciations péjoratives sur l’Islam dont l’ignorance le dispute à la stupidité, c’est qu’ils s’inscrivent, le plus souvent inconsciemment et en s’en défendant, dans cette tradition du mépris colonial.


Un troisième aspect vient faire obstacle à la considération de l’Islam sur un pied d’égalité: c’est que religion transplantée, il est aussi une religion de pauvres. À la différence des religions judéo-chrétiennes dont les pratiquants en France se répartissent sur l’ensemble de l’échiquier social, et à la différence en particulier du catholicisme historiquement intégré à la classe dominante, les musulmans, citoyens français ou immigrés vivant en France, se situent pour l’instant, pour une grande majorité, en bas de l’échelle sociale.

 

Là encore, la tradition coloniale se poursuit, puisque à l’infériorisation culturelle des populations indigènes s’ajoutait l’exploitation économique, et que celle-ci a longtemps pesé aussi très fortement sur les premières générations immigrées, tandis qu’aujourd’hui leurs héritiers sont les premières victimes du chômage et de la relégation urbaine. Le mépris social et l’injustice qui frappent ces catégories sociales affectent tous les aspects de leur existence, y compris la dimension religieuse. On ne s’offusque pas des foulards sur la tête des femmes de ménage ou de service dans les bureaux: il ne devient objet de scandale que s’il est porté avec fierté par des filles engagées dans des études ou des femmes ayant le statut de cadres.»

 

L’incompréhension manifestée par les principales organisations de la gauche marxiste extraparlementaire en France à l’égard des problèmes identitaires et culturels des populations concernées est révélée par la composition de leurs listes électorales aux élections européennes: tant en 1999 qu’en 2004, les citoyen/nes originaires de populations naguère colonisées - du Maghreb ou d’Afrique noire, en particulier - ont brillé par leur absence dans le peloton de tête des listes LCR-LO, contrairement aux listes du PCF, parti tant de fois stigmatisé pour manquement à la lutte antiraciste par ces deux organisations. Ce faisant, elles se sont également privées d’un potentiel électoral parmi les couches les plus opprimées de France, un potentiel dont le score réalisé en 2004 par une liste improvisée comme Euro-Palestine a témoigné de façon éclatante.

 

7. En mentionnant «ceux ou celles qui voudraient faire du port d’un signe religieux l’argument d’un combat politique», la Ligue de l’Enseignement faisait allusion, bien entendu, à l’intégrisme islamique.

 

L’expansion de ce phénomène politique dans les milieux issus de l’immigration musulmane en Occident, après sa forte expansion depuis trente ans en terre d’Islam, a été, en France, l’argument préféré des pourfendeurs/ses de foulard islamique.


L’argument est réel: à l’instar des intégrismes chrétiens, juif, hindouiste et autres, visant à imposer une interprétation rigoriste de la religion comme code de vie, sinon comme mode de gouvernement, l’intégrisme islamique est un véritable danger pour le progrès social et les luttes émancipatrices. En prenant soin d’établir une distinction claire et nette entre la religion en tant que telle et son interprétation intégriste, la plus réactionnaire de toutes, il est indispensable de combattre l’intégrisme islamique idéologiquement et politiquement, tant dans les pays d’Islam qu’au sein des minorités musulmanes en Occident ou ailleurs.


Cela ne saurait, cependant, constituer un argument en faveur d’une prohibition publique du foulard islamique: la Ligue de l’Enseignement a expliqué le contraire de façon convaincante. Plus généralement, l’islamophobie est le meilleur allié objectif de l’intégrisme islamique: leur croissance va de pair. Plus la gauche donnera l’impression de se rallier à l’islamophobie dominante, plus elle s’aliènera les populations musulmanes et plus elle facilitera la tâche des intégristes musulmans, qui apparaîtront comme seuls à même d’exprimer la protestation des populations concernées contre «la misère réelle».


L’intégrisme islamique est, cependant, un phénomène très différencié et l’attitude tactique à son égard doit être modulée selon les situations concrètes. Lorsque ce type de programme social est manié par un pouvoir oppresseur et par ses alliés afin de légitimer l’oppression en vigueur, comme dans le cas des nombreux despotismes à visage islamique; ou lorsqu’il devient l’arme politique d’une réaction luttant contre un pouvoir progressiste, comme ce fut le cas dans le monde arabe, dans la période 1950-1970, quand l’intégrisme islamique était le fer de lance de l’opposition réactionnaire au nassérisme égyptien et à ses émules - la seule attitude convenable est celle d’une hostilité implacable aux intégristes.


Il en va autrement lorsque l’intégrisme islamique se déploie en tant que vecteur politico-idéologique d’une lutte animée par une cause objectivement progressiste, vecteur difforme, certes, mais remplissant le vide laissé par la défaite ou la carence des mouvements de gauche. C’est le cas des situations où les intégristes musulmans combattent une occupation étrangère (Afghanistan, Liban, Palestine, Irak, etc.) ou une oppression ethnique ou raciale, comme de celles où ils incarnent une aversion populaire à l’égard d’un régime d’oppression politique réactionnaire.

 

C’est aussi le cas de l’intégrisme islamique en Occident, où son essor est généralement l’expression d’une rébellion contre le sort réservé aux populations immigrées.

En effet, comme la religion en général, l’intégrisme islamique peut être «d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle», à la différence près qu’il s’agit dans son cas d’une protestation active: il n’est pas «l’opium» du peuple, mais plutôt «l’héroïne» d’une partie du peuple, dérivée de «l’opium» et qui substitue son effet extatique à l’effet narcotique de celui-ci.


Dans tous ces types de situations, il est nécessaire d’adapter une attitude tactique aux circonstances de la lutte contre l’oppresseur, ennemi commun. Tout en ne renonçant jamais au combat idéologique contre l’influence néfaste de l’intégrisme islamique, il peut être nécessaire, ou inévitable, de converger avec des intégristes musulmans dans des batailles communes - allant de simples manifestations de rue à la résistance armée, selon les cas.


8. Les intégristes islamiques peuvent être des alliés objectifs et circonstanciels dans un combat déterminé, menépar des marxistes. Il s’agit toutefois d’une alliance contre-nature, forcée par les circonstances. Les règles qui s’appliquent à des alliances beaucoup plus naturelles, comme celles qui furent pratiquées dans la lutte contre le tsarisme en Russie, sont ici à respecter à plus forte raison, et de façon plus stricte encore.

Ces règles ont été clairement définies par les marxistes russes au début du XXe siècle.

 

Dans sa Préface de janvier 1905 à la brochure Avant le 9 janvier de Trotsky, Parvus les résumait ainsi:


«Pour faire simple, en cas de lutte commune avec des alliés d’occasion, on peut suivre les points suivants:

1) Ne pas mélanger les organisations. Marcher séparément, mais frapper ensemble.

2) Ne pas renoncer à ses propres revendications politiques.

3) Ne pas cacher les divergences d’intérêt.

4) Suivre son allié comme on file un ennemi.

5) Se soucier plus d’utiliser la situation créée par la lutte que de préserver un allié.»


«Parvus a mille fois raison» écrivit Lénine dans un article d’avril 1905, publié dans le journal Vperiod, en soulignant «la condition absolue (rappelée fort à propos) de ne pas confondre les organisations, de marcher séparément et de frapper ensemble, de ne pas dissimuler la diversité des intérêts, de surveiller son allié comme un ennemi, etc.». Le dirigeant bolchevique énumérera maintes fois ces conditions au fil des ans.


Les mêmes principes furent défendus inlassablement par Trotsky. Dans L’Internationale communiste après Lénine (1928), polémiquant au sujet des alliances avec le Kuomintang chinois, il écrivit les phrases suivantes, particulièrement adaptées au sujet dont il est ici question:


«Depuis longtemps, on a dit que des ententes strictement pratiques, qui ne nous lient en aucune façon et ne nous créent aucune obligation politique, peuvent, si cela est avantageux au moment considéré, être conclues avec le diable même. Mais il serait absurde d’exiger en même temps qu’à cette occasion le diable se convertisse totalement au christianisme, et qu’il se serve de ses cornes [...] pour des oeuvres pieuses. En posant de telles conditions, nous agirions déjà, au fond, comme les avocats du diable, et lui demanderions de devenir ses parrains.»


Nombre de trotskystes font exactement l’inverse de ce que préconisait Trotsky, dans leur rapport avec des organisations intégristes islamiques. Non pas en France, où les trotskystes, dans leur majorité, tordent plutôt le bâton dans l’autre sens, comme il a été déjà expliqué, mais de l’autre côté de la Manche, en Grande-Bretagne.


L’extrême gauche britannique a le mérite d’avoir fait preuve d’une bien plus grande ouverture aux populations musulmanes que l’extrême gauche française. Elle a mené, contre les guerres d’Afghanistan et d’Irak, auxquelles a participé le gouvernement de son pays, de formidables mobilisations avec la participation massive de personnes issues de l’immigration musulmane.

 

Dans le mouvement antiguerre, elle est même allée jusqu’à s’allier à une organisation musulmane d’inspiration intégriste, la Muslim Association of Britain (MAB), émanation britannique du principal mouvement intégriste islamique «modéré» du Moyen-Orient, le Mouvement des Frères musulmans (représenté dans les parlements de certains pays).


Rien de répréhensible, en principe, àune telle alliance pour des objectifs bien délimités, àcondition de respecter strictement les règles énoncées ci-dessus. Le problème commence cependant avec le traitement en allié privilégié de cette organisation particulière, qui est loin d’être représentative de la grande masse des musulmans de Grande-Bretagne.

 

Plus généralement, les trotskystes britanniques ont eu tendance, à l’occasion de leur alliance avec la MAB dans le mouvement antiguerre, à faire l’opposé de ce qui est énoncé ci-dessus, c’est-à-dire:

1) mélanger les bannières et les pancartes, au propre comme au figuré;

2) minimiser l’importance des éléments de leur identité politique susceptibles de gêner les alliés intégristes du jour; et enfin

3) traiter ces alliés de circonstance comme s’il s’agissait d’alliés stratégiques, en rebaptisant «anti-impérialistes» ceux dont la vision du monde correspond beaucoup plus au choc des civilisations qu’à la lutte des classes.


9. Cette tendance s’est aggravée avec le passage d’une alliance dans le contexte d’une mobilisation antiguerre à une alliance électorale. La MAB n’a, certes, pas adhéré en tant que telle à la coalition électorale Respect, animée par les trotskystes britanniques, ses principes intégristes lui interdisant de souscrire à un programme de gauche. Mais l’alliance entre la MAB et Respect s’est traduite, par exemple, par la candidature sur les listes de Respect d’un dirigeant en vue de la MAB, l’ex-président et porte-parole de l’association.


Ce faisant, l’alliance passait à un niveau qualitativement supérieur, tout à fait répréhensible, lui, d’un point de vue marxiste: autant il peut être légitime, en effet, de nouer des «ententes strictement pratiques», sans «aucune obligation politique» autre que l’action pour les objectifs communs - en l’occurrence, exprimer l’opposition à la guerre menée par le gouvernement britannique conjointement avec les États-Unis et dénoncer le sort infligé au peuple palestinien - avec des groupes et/ou des individus qui adhérent, par ailleurs, à une conception foncièrement réactionnaire de la société, autant il est inacceptable pour des marxistes de conclure une alliance électorale - type d’alliance qui suppose une conception commune du changement politique et social - avec ce genre de partenaires.


Par la force des choses, prendre part àune même liste électorale avec un intégriste religieux, c’est donner l’impression trompeuse qu’il s’est converti au progressisme social et à la cause de l’émancipation des travailleurs... et des travailleuses! La logique même de cette espèce d’alliance pousse celles et ceux qui y sont engagés, face aux critiques inévitables de leurs concurrents politiques, à défendre leurs alliés du jour et à minimiser, sinon cacher, les divergences profondes qui les opposent à eux. Ils en deviennent les avocat/es, voire les parrains et marraines auprès du mouvement social progressiste.


C’est ainsi que Lindsay German, dirigeante centrale du Socialist Workers Party britannique et de la coalition Respect, a signé dans The Guardian du 13 juillet 2004, un article qualifié de «merveilleux» («wonderful») sur le site web de la MAB. Sous le titre «Un insigne d’honneur» («A badge of honour»), l’auteure défend énergiquement l’alliance électorale avec la MAB, en expliquant que c’est un honneur pour elle et ses camarades de voir les victimes de l’islamophobie se tourner vers eux, avec une justification surprenante de l’alliance avec la MAB.

 

Résumons-en l’argumentaire: les intégristes musulmans ne sont pas les seuls à être anti-femmes et homophobes, les intégristes chrétiens le sont également. D’ailleurs, de plus en plus de femmes parlent pour la MAB dans les réunions antiguerres (comme dans les meetings organisés par les mollahs en Iran, pourrait-on ajouter). Les fascistes du BNP (British National Party) sont bien pires que la MAB.


«Certes, poursuit Lindsay German, certains musulmans - et non musulmans - ont, sur certaines questions sociales, des vues qui sont plus conservatrices que celles de la gauche socialiste et libérale. Mais cela ne devrait pas empêcher de collaborer sur des questions d’intérêt commun. Insisterait-on dans une campagne pour les droits des gays, par exemple, pour que toutes les personnes qui y participent partagent le même point de vue sur la guerre en Irak?»


L’argument est tout à fait recevable s’il ne concerne que la campagne antiguerre. Mais s’il est utilisé pour justifier une alliance électorale comme Respect, au programme beaucoup plus global qu’une campagne pour les droits des gays et des lesbiennes, il devient tout à fait spécieux.


10. L’électoralisme est une politique à bien courte vue. En vue de réaliser une percée électorale, les trotskystes britanniques jouent, en l’occurrence, un jeu qui dessert les intérêts stratégiques de la construction d’une gauche radicale dans leur pays.


Ce qui les a déterminés, c’est d’abord et avant tout, un calcul électoral: tenter de capter les votes des masses considérables de personnes issues de l’immigration qui rejettent les guerres en cours menées par Londres et Washington (notons, en passant, que l’alliance avec la MAB s’est faite autour des guerres d’Afghanistan et d’Irak, et non autour de celle du Kosovo - et pour cause!).

 

L’objectif, en soi, est légitime, s’il se traduit par le souci de recruter parmi les travailleurs et travailleuses d’origine immigrée, par une attention particulière prêtée à l’oppression spécifique qu’ils/elles subissent, et par la mise en avant, à cette fin, de militant/es de gauche appartenant à ces communautés, notamment en les plaçant en bonne position sur les listes électorales. Tout ce que n’a pas fait l’extrême gauche française, en somme.


Par contre, en choisissant de s’allier électoralement - même si ce n’est que de façon limitée - avec une organisation intégriste islamique comme la MAB, l’extrême gauche britannique sert de marchepied à celle-ci pour sa propre expansion dans les communautés issues de l’immigration, alors qu’elle devrait la considérer comme une rivale à combattre idéologiquement et à circonscrire du point de vue organisationnel.

 

Tôt ou tard, cette alliance contre-nature se heurtera à une pierre d’achoppement, et volera en éclat. Les trotskystes devront alors affronter ceux-là mêmes dont ils auront facilité l’expansion pour le plat de lentilles d’un résultat électoral, dont il est loin d’être sûr, en outre, qu’il doit beaucoup aux partenaires intégristes.


Il n’est qu’à voir avec quels arguments les intégristes appellent à voter pour Respect (et pour d’autres, dont le maire de Londres, le labouriste de gauche Ken Livingstone, bien plus opportuniste encore que les trotskystes dans ses rapports avec l’association islamique). Lisons la fatwa du cheikh Haitham Al-Haddad, datée du 5 juin 2004 et publiée sur le site de la MAB.


Le vénérable cheikh explique qu’ «il est obligatoire pour les musulmans qui vivent à l’ombre de la loi des hommes d’agir par tous les moyens nécessaires pour que la loi d’Allah, le Créateur, soit suprême et manifeste dans tous les aspects de la vie. S’ils ne sont pas en mesure de le faire, il devient alors obligatoire pour eux de s’efforcer de minimiser le mal et de maximiser le bien.»

 

Le cheikh souligne ensuite la différence entre «voter pour un système parmi un nombre d’autres systèmes, et voter pour choisir le meilleur individu parmi un nombre de candidats dans un système déjà établi, imposé aux gens et qu’ils ne sont pas en mesure de changer dans l’avenir immédiat».

«Il ne fait pas de doute, poursuit-il, que le premier type [de vote] est un acte de Kufr [impie], car Allah dit “Il n’appartient qu’à Allah de légiférer”», tandis que «voter pour un candidat ou un parti qui gouverne selon la loi des hommes n’implique pas d’approuver ou d’accepter sa méthode». Il s’ensuit que «nous devons participer au vote, avec la conviction que nous tentons ainsi de minimiser le mal, tout en soutenant l’idée que le meilleur système est la Charia, qui est la loi d’Allah».


Le vote étant licite, se pose alors la question de savoir pour qui voter. «La réponse à une telle question requiert une compréhension profonde et précise de l’arène politique. Par conséquent, je crois que les individus doivent éviter de s’impliquer dans ce processus et confier plutôt cette responsabilité aux organisations musulmanes éminentes [...]. Il incombe donc aux autres musulmans d’accepter et de suivre les décisions de ces organisations.»

En conclusion de quoi, le vénérable cheikh appelle les musulmans de Grande-Bretagne à suivre les consignes électorales de la MAB et termine par cette prière: «Nous demandons à Allah de nous guider sur le droit chemin et d’accorder la victoire à la loi de notre Seigneur, Allah, dans le Royaume-Uni et dans d’autres parties du monde.»


Cette fatwa se passe de commentaire. L’opposition profonde entre les desseins du cheikh sollicité par la MAB et la tâche que les marxistes se fixent, ou devraient se fixer, dans leur action auprès des populations musulmanes est flagrante. Les marxistes ne sauraient chercher à récolter des votes à n’importe quel prix, tels des politiciens opportunistes prêts à tout pour être élus. Il est des soutiens, comme celui du cheikh Al-Haddad, qui sont des cadeaux empoisonnés. Il faut savoir désavouer ceux dont ils émanent: la bataille pour l’influence idéologique au sein des populations issues de l’immigration est d’une importance beaucoup plus fondamentale qu’un résultat électoral, aussi exaltant soit-il.


La gauche radicale, de part et d’autre de la Manche, doit revenir à une attitude conforme au marxisme dont elle se revendique. Faute de quoi, l’emprise des intégristes sur les populations musulmanes risque d’atteindre un niveau dont il sera fort difficile de la faire reculer. Le fossé entre ces populations et le reste des travailleuses et des travailleurs en Europe s’en trouverait élargi, alors que la tâche de le combler est l’une des conditions indispensables pour substituer le combat commun contre le capitalisme au choc des barbaries.


Le 15 octobre 2004.


G. Achcar, politologue, professeur à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres

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