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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:11


Fethi GHARBI







Qui se souvient encore de la tenue ou de la coiffure de Ségolène Royal lors des débats télévisés ou des meetings des dernières présidentielles ?


Probablement peu de monde et certainement pas Jean-Paul Huchon, ni Xavier Bertrand, ni même Martine Aubry et encore moins M.G.Buffet, car ni la féminité de Ségolène Royal ni son rapport à son corps ne fixent notre attention outre mesure. Ce qui compte tout autant pour ses fans que pour ses adversaires c’est son programme politique. Cette femme, se demande-t-on alors, est-elle l’incarnation du socialisme ou une simple propagandiste du néo-conservatisme social démocrate ?


Si la pensée de Ségolène Royal occulte son corps, le foulard d’Ilham Moussaïd tend à occulter la pensée et même l’être de cette candidate du NPA. Ce petit bout de tissu couvrant les cheveux, tombé entre les mains de tous ces chantres haineux de la démesure, semble s’étirer au point de se transformer en linceul ensevelissant le droit à la différence, à l’expression et peut être même à l’existence. Si la symbolique de ce fichu s’apparente au religieux, elle couvre en réalité un champ beaucoup plus large. Le foulard d’Ilham est en réalité un jeu de miroirs polysémique renvoyant à obscurantisme, clan, oppression, bougnoule, banlieue, verlan, étranger, voleurs etc...


Lorsqu’on y regarde de plus près, ce qui est mis en cause n’est en fait que la présence des nord-africains en tant qu’ethnie et en tant que culture sur le sol de l’Hexagone ! Pourquoi alors, au lieu de tourner autour du pot et de se cacher derrière l’excuse de la laïcité et de la liberté de la femme, ne serait-il pas plus simple et plus honnête de dire que les français d’origine maghrébine sont personae non gratae... Il faut être bien candide pour croire que la droite française se soucie de l’émancipation de la femme arabo-musulmane ! La vraie question est la suivante : quel est le meilleur moyen de se débarrasser de tous ces beurs infestent le pays ?


On reproche au NPA d’enfourcher l’irrationnel !


La politique de l’émotionnel serait-elle en France un droit exclusif de la droite ?! En a-t-elle déposé la marque ?


Tant mieux alors pour Olivier Besancenot s’il parvient a stimuler et à récupérer les voix de la banlieue en encensant une candidate enfoulardée. Mr.Sarkozy n’a-t-il pas fustigé cette même banlieue et joué sur les cordes sensibles de l’islamophobie pour happer la majorité des voix de l’extrême droite ? La manœuvre a si bien réussi que l’UMP récidive avec cette campagne anti-foulard juste avant les régionales. Le parti prétendument socialiste lui emboîte le pas et nous joue la même sérénade. Tout ce beau monde (FN,UMP,PS,MODEM) se déchire, chacun faisant de son mieux pour susciter la peur et exacerber la haine.


Avec l’embrigadement de l’outil médiatique, le débat d’idées est mort de sa belle mort, du moins dans le cadre électoral. La subjectivité délirante serait-elle la chasse gardée de la droite ?


La gauche doit-elle se cantonner dans son discours classique et laisser à tous ces démagogues bien pensants l’exclusivité de se jouer des sentiments des électeurs ? Le NPA a, lui au moins, le mérite et la moralité de refuser de dresser les français les uns contre les autres. Il a aussi le courage de se mettre à contre courant de l’islamophobie ambiante.


La démarche du NPA se détache de plus en plus de la gauche classique. Elle nous fait un peu penser à ce qui se fait en Bolivie. Elle nous rappelle les revendications des mouvements indigènes, appelant à rééquilibrer un pouvoir depuis toujours aux mains des élites blanches. Si les indigènes boliviens ont toujours vécu sur leur sol, les maghrébins en France ne sont que les indigènes des anciennes colonies "importés" en masse dans l’après guerre.


Leurs descendants continuent, malgré les apparences, à être traités en tant que tels. Oui, le foulard d’Ilham Moussaïd est un symbole. Il est le symbole d’une fraction de la classe travailleuse mais aussi celui d’une ethnie et d’une culture. Les rapports de classes ne sont pas, comme semble le croire la gauche traditionnelle, simplement économiques, il sont aussi ethniques et épistémiques.


Dans son livre, La Stratégie du Choc, Naomi Klein souligne qu’une guerre, un coup d’état, une catastrophe naturelle, une attaque terroriste provoquent un traumatisme collectif aliénant. Cet état de choc plonge pour un moment la société dans un effroi tel qu’elle se laisse docilement manipuler par n’importe quel prétendu protecteur.


Un tel phénomène psychologique va inspirer l’économiste ultra-libéral Milton Friedman qui conseille aux hommes politiques d’imposer immédiatement après une crise les réformes économiques douloureuses avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir. Il qualifiait cette méthode de « traitement de choc ». Cette stratégie a fini par constituer la clef de voute de la politique des puissances occidentales. Le film de l’effondrement spectaculaire des tours jumelles, retransmis en boucle, associé au visage hirsute de Ben Laden n’a pour dessein que de susciter et entretenir l’épouvante.


Cette catastrophe grandiose parce que sur médiatisée, sera instrumentalisée par l’état étasunien qui profitera du traumatisme pour attaquer et coloniser illégalement l’Afghanistan et l’Irak et pour promulguer toute une panoplie de lois liberticides à l’intérieur de ses frontières.


Les exemples ne manquent pas. Tout dernièrement, profitant de l’état de choc provoqué par le tremblement de terre en Haïti, toute une armada de l’armée étasunienne a investi ce pays catastrophé en l’espace de quelques heures.

L’état français a lui aussi besoin de recourir à cette stratégie du choc pour faire passer des lois anti-sociales et liberticides. Mais il ne dispose malheureusement pas d’icônes monstres telles que celle du world-trade-center en feu ou celle diabolique d’un Ben Laden. Pour faire peur aux français, il lui faut se contenter... du foulard d’Ilham.


Fethi GHARBI

URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Le-foulard-d-Ilham.html
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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 09:40



Les arts et la culture sont soumis à des attaques en règle depuis quelques années. Les dernières en date ont installé la précarisation des intermittents, le désengagement de l'état près des musées, des théâtres, le retrait de l'éducation artistique à l'école, la fragilisation des arts vivants.. .

 

La réforme des collectivités territoriales en cours vise notamment à supprimer la clause de compétence générale qui bloquerait les collectivités en droit et en moyens dans leur soutien à la culture . La RGPP (Révision générale des politiques publiques) entraîne déjà la disparition effective de nombreux postes liés à la culture.


L'importance du culturel n'est pourtant plus à démontrer, tant en création qu'en diffusion, tant en amateur qu'en professionnel : cela crée du lien social, donne des racines à la jeunesse, donne à de nombreux adultes l'occasion de se retrouver en réseaux lors de leur temps libre, œuvre contre l'individualisme, renforce la solidarité et le pluralisme et participe ainsi fortement à l'émancipation citoyenne.


L'offre culturelle se montre vitale tant pour les territoires ruraux qu'urbains. De nombreuses collectivités ont mutualisé leurs moyens et adopté la compétence culturelle pour que le milieu rural accède à une offre proche de celle du milieu urbain. Sous couvert d'une modernisation administrative nationale, cette compétence culturelle est aujourd'hui remise en cause par des attaques budgétaires inacceptables.


D'autre part, le milieu culturel et associatif a prouvé depuis quelques décennies sa capacité à créer des emplois, de façon souvent remarquable, dans de petits territoires que l'on disait à faible potentiel économique. Le travail des acteurs locaux est d'autant plus vital s'il se réalise sur la durée, en dépassant les visées uniquement lucratives ou accessoires d'une promotion politicienne.


Face à l'ultra-libéralisme qui veut soumettre les arts et la culture à l'économie de marché, face à une certaine culture officielle élitiste, instrument de légitimation du pouvoir en place, nous voulons développer une culture populaire de qualité, n'excluant aucun public, une culture vivante qui encourage le droit à l'expression, à la transgression, qui pousse à la réflexion et qui devienne un des piliers de la démocratie.

 

Note personnelle du blogueur et de personne d'autre:

 

La gauche radicale botte courageusement en touche! Arriver à ne nommer ni la Bretagne et ni la culture bretonne (qui à mon sens ne se réduit ni à une langue (le breton) ni à "des langues" (quand on n'oublie pas le gallo) fallait le faire!

Cela montre une frilosité que ne partagent pas la majorité des bretons . Il y a un décalage entre ce que vivent les bretons et ce que la gauche radicale s'autorise à penser. Le peuple (y compris les "travailleurs" ) appelle sa région par son nom et se sent bien dans sa "forte identité". Une "identité bretonne" qui (hélas pour les gauchos) est tout sauf exclusive envers les étrangers. Ce qui décidemment "ne colle pas" avec l'étiquette "Ligue du Nord" que l'on colle aux "régionalistes" et "autonomistes" d'extrême gauche.

Ce texte de référence s'adresse bien (?) à la Bourgogne, la Franche-Comté ou l'Ile de France, qui correspondent à l'idéal assimilationiste républicain, mais pas à la Corse, les cantons basques et autres régions occitanes , catalanes et provençales, à l'Alsace. Pourquoi, à la gauche de la gauche, faire comme si l'éradication totale et tant espérée des différentes cultures, des patois, dialectes et langues régionales avait déjà eu lieu?

Bien sûr faire de la culture bretonne l'unique étendard comme Europe Ecologie ou "débaucher" des personnalité de la culture bretonne comme le PS n'est pas mon propos.

Juste ne pas oublier que le peuple breton existe bel et bien dans sa diversité.

 


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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 09:00



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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 10:15
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Collectif   
Lundi 15 février, la Belgique a connu l’une de ses catastrophes ferroviaires les plus meurtrières avec la collision de deux trains près de Hal. Le bilan est lourd : 18 décès et 162 blessés. L’accident aurait-il pu être évité ? Pourquoi les incidents se multiplient-ils sur le réseau belge ? La privatisation de la SNCB est-elle la solution ou le problème? Les réponses par quelques extraits d’articles choisis et réunis par

 Investig'Action - michelcollon.info


La catastrophe aurait pu être évitée

Depuis le drame de Pécrot en 2001 dans des circonstances analogues (un feu rouge probablement brûlé par un des deux trains impliqués dans la collision), nous soutenons, à l’instar des cheminots, l’installation d’un système TBL1+ qui rendrait impossible de brûler un feu rouge.

Un tel système existe aux Pays-Bas, en France et en Allemagne sur la plupart des lignes. Or, ce système indispensable n’a été introduit aujourd’hui que sur 1% des locomotives en Belgique. Et le comble est que l’Etat ne peut subsidier directement ces investissements pour la sécurité en raison des directives européennes de libéralisation interdisant les aides publiques pour la filiale exploitation de la SNCB. Les partis au pouvoir portent donc une grande responsabilité.


Source : Drame ferroviaire de Hal: pourquoi les moyens n'ont pas été mis en oeuvre pour éviter la catastrophe
 

Nos vies valent plus que leurs profits

Les cadences imposées aux conducteurs, accompagnateurs, aiguilleurs de la SNCB sont intolérables. Les conducteurs doivent prester 9 heures de travail sans pauses, à part 6 min par changement de train, doivent combiner plusieurs prestations prolongées au cours de la même semaine et assumer des déplacements domicile/travail parfois très long. Ces cadences imposées par la direction vont à l'encontre de la sécurité élémentaire nécessaire sur un réseau ferroviaire.

Depuis la scission de ses activités, la SNCB est mise sur les rails de sa privatisation complète, avec comme conséquence logique et directe une nouvelle priorité: la rentabilité à tout prix. Or, le critère de rentabilité entre frontalement en contradiction avec celui de la sécurité. La rentabilité ne peut absolument pas assurer aux travailleurs de bonnes conditions de travail et, par là, garantir un bon service, efficace et sécurisé, à la fois pour le personnel et pour les usagers.

La poursuite de la logique de rentabilité qui imprègne de plus en plus nos transports ferroviaires implique forcément de faire des économies drastiques sur l'entretien du matériel (ce qui multiplie les "incidents", causant retards et accidents), et sur la réduction des “couts salariaux” par la réduction du personnel (à titre d'exemple; il n'y a plus un annonceur par gare, dorénavant à peine une vingtaine de personnes assurent les annonces dans toutes les gares!), ce qui entraîne une dangereuse augmentation des cadences et de l'intensité du travail sur les travailleurs restants, à commencer par le personnel roulant.

La scission des activités de la SNCB, qui, rappelons-le, s'est construite pendant 100 ans avec les finances publiques, préfigure sa vente au privée et son entrée en Bourse. Cette réforme s'inscrit dans le cadre des directives européennes visant à la complète “libéralisation” du “marché ferroviaire” et son ouverture, y compris pour le transport des passagers, à la concurrence privée.


Source : Accident ferroviaire de Hal: nos vies valent plus que leurs profits


Réduire les coûts de production, donc le personnel

«La suppression de personnel dans les gares de formation, la multiplication des tâches à effectuer et le déplacement des agents dans des gares qu'ils connaissent peu va encore détériorer la sécurité, constate un responsable syndical. De plus, avec la libéralisation du trafic marchandises (déjà effective sur une partie du réseau), des sociétés ferroviaires privées font leur apparition et on a déjà pu constater qu'elle ne respectaient pas les normes de sécurité.»

Un cheminot signale aussi que, dans sa région, certains sous-chefs des cabines de signalisation accumulent 50 à 100 jours de congés de retard. Pendant ces grandes vacances, certains ne se sont vu accordé que 13 jours de vacances en continu... Ces agents, qui ont souvent plus de dix ans d'ancienneté, n'ont jamais vu une situation aussi désastreuse. Elle entraîne une situation de fatigue aussi néfaste pour les travailleurs que dangereuse sur le plan de la sécurité.

Le manque de personnel peut prendre des aspects surprenants. Ainsi, un conducteur remarque que, normalement, des équipes retirent chaque année les branchages, feuillages et broussailles qui peuvent cacher les panneaux de signalisation.

«Cette année, cela n'a presque pas été fait. Ces deux derniers mois, des dizaines de panneaux ne sont plus visibles. Il y a aussi des branches qui touchent les câbles électriques. Avant, on élaguait les arbres préventivement. Maintenant, c'est seulement lorsqu'on signale un problème. Et encore : sur une certaine ligne, j'ai constaté et signalé ces problèmes en mai et rien n'a été fait jusqu'ici.»

Le même conducteur pointe aussi l'état déplorable des locomotives, dû au manque de personnel dans les ateliers: «Depuis six mois, je n'ai pas eu une loco dont je peux dire qu'elle était parfaitement en ordre.»


Source : Catastrophe de Pécrot: la SNCB condamnée (Extrait d’un article de 2004 suite au procès où la SNCB avait été reconnu coupable dans la catastrophe de Pécrot. A l’époque, les cheminots redoutaient déjà de nouveaux incidents)

Faut-il prendre le modèle anglais comme exemple ?

Il n’existe aucun exemple réussi de privatisation des chemins de fer. Nulle part dans le monde entier. La Suisse a l’un des meilleurs réseaux ferroviaires. Le chemin de fer y appartient entièrement à l’Etat. Il n’empêche que l’Etat Suisse paie moins pour ses chemins de fer que les subventions injectées par l’Etat dans son réseau ferroviaire privatisé. L’idée que la privatisation diminue les dépenses publiques n’est qu’un leurre. Entre-temps, les opérateurs ferroviaires et les propriétaires du matériel roulant  réalisent de grands bénéfices. Et pourquoi les grands actionnaires seraient-ils plus intéressés par le confort de voyageurs ou par la sécurité que par les taux de leurs actions ? Les libéraux préfèrent ne pas répondre à une question aussi simple. Et en matière d’investissements et de sécurité, les chasseurs de rendement n’ont aucun scrupule. Pendant dix ans, les voyageurs et le personnel des chemins de fer britanniques  ont réclamé le système ATP, qui actionne les freins lorsque le train brûle un feu. Celui-ci coûtait « trop cher » aux yeux des actionnaires de Railtrack. Après la grande catastrophe ferroviaire de Paddington en 1999, qui n’était déjà pas la première... l’Etat qu’on avait tellement vilipendé a fini par intervenir.

Les navetteurs britanniques voyagent dans des wagons pleins à craquer, serrés comme des sardines. S’ils ont de la chance. Car souvent, le train est annulé. La Grande Bretagne détient le record européen du nombre d’annulations de trains. Les réclamations fusent concernant les retards, les trains supprimés à la dernière minute, la mauvaise information, la sur-occupation, le chauffage défectueux, la saleté des wagons, des toilettes et des gares. Et le prix des billets ? Il a grimpé au point de compter parmi les plus élevés d’Europe. Il n’est pas étonnant que trois quarts des Britanniques réclament la renationalisation du chemin de fer. Take back the track. (Littéralement, « rendez-nous le rail »)

L’Etat européen tire une toute autre conclusion de l’histoire de Railtrack. La phase suivante de la libéralisation du chemin de fer est annoncée pour 2010. Sans vergogne, l’Europe veut continuer à attribuer les avantages au privé et les désavantages à l’Etat. Désormais, les entreprises privées ne se chargeront que de l’exploitation des lignes ferroviaires, c’est-à-dire des parties rentables. Le développement coûteux et l’entretien du réseau seront à la charge de l’Etat.


Source : ptb-challe.over-blog.com (Extrait du livre Priorité de gauche de Peter Mertens et Raoul Hedebrouw)
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 10:02



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NPA QUIMPER - dans NPA
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 10:01



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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:57


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Avec un entassement de mesures allant des écoutes téléphoniques aux mouchards dans les ordinateurs en passant par la possibilité pour les préfets d’instaurer des couvre-feux pour les mineurs, Loppsi 2 organise le flicage à grande échelle de la société.

Fixant les grandes orientations stratégiques de la politique de sécurité intérieure pour les années 2009-2013, la Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, dite Loppsi 2, qui devait être votée le 16 février, est déjà controversée.


Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle concentre à elle seule toute une série de menaces pour nos libertés. Cette loi a été présentée au grand public comme un rempart pour lutter contre la pédophilie et le terrorisme en donnant davantage de pouvoirs aux forces de l’ordre, en permettant le blocage de certains sites internet sur décision de justice et en facilitant la surveillance des suspects grâce à un temps d’écoute téléphonique prolongé et l’installation de mouchards informatiques sur les ordinateurs des suspects (logiciels permettant de surveiller un ordinateur à distance et en temps réel).


Dangereux ? On imagine aisément comment le filtrage d’internet peut être détourné de ses fins... Mais ce n’est pas tout puisqu’il faut y ajouter toute une série de mesures liberticides ou destinées à contrôler et surveiller.
Loppsi 2 veut contrôler, avec la possibilité pour le préfet d’instaurer un couvre-feu pour les mineurs de treize ans entre 23 heures et 6 heures, en renforçant le dispositif de contrat de responsabilité parental, en autorisant la police municipale à participer aux contrôles d’identité sous l’autorité d’un officier de police judiciaire.


Ainsi, le fichage deviendra de plus en plus important. Il sera désormais impossible d’y échapper... Pire, une fois dans les fichiers, les informations concernant des personnes sans antécédents ou ayant bénéficié de non-lieu ou encore celles susceptibles d’être impliquées dans des affaires de plus petite délinquance pourront être conservées.


Loppsi 2 veut surveiller, d’une part en offrant la possibilité pour les entreprises privées de mettre en place des caméras de surveillance sur la voie publique aux abords de leur immeuble ou en testant l’utilisation des scanneurs corporels à titre expérimental. D’autre part en étendant la visio­conférence aux audiences dans les centres de rétention. Le projet de loi prévoit donc de mettre des caméras partout, et même au cœur du système judiciaire. Entorse aux libertés fondamentales, en systématisant le recours à la visioconférence pour réduire les coûts de transport des détenus, on s’autorise donc désormais à juger sur le lieu même de détention.


Inadmissible !


D’ailleurs, le Syndicat de la magistrature et le Syndicat des avocats de France ont publié un communiqué commun critiquant violemment ce super projet sarkozyste. Outre le fait que le projet de loi repose sur le rôle du juge d’instruction, poste amené à disparaître, et que le texte ouvre une brèche dans la surveillance du net, les juristes le qualifient comme conciliant « l’inutile et l’inacceptable, au nom d’un projet de société où l’absurde le dispute à la paranoïa » et qui « offre un condensé de l’idéologie primaire et dangereuse qui gouverne depuis plusieurs années le traitement des questions de sécurité ».


Et pour une fois, ce ne sont pas seulement les méchants et dangereux militants d’extrême gauche qui le disent ! Vous l’aurez compris, Loppsi 2 est une bonne occasion pour l’État de s’infiltrer et prendre un peu plus contrôle de nos vies en développant encore davantage un climat de peur et de paranoïa ambiante.


Coralie Wawrzyniak

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:48
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:39


Portrait

Ilham Moussaïd. Cette étudiante d’origine marocaine, 21 ans, est candidate NPA aux régionales. Et porte le foulard de la polémique.




Par LILIAN ALEMAGNA


Ilham Moussaid, candidate du NPA dans le Vaucluse, le 3 février à Marseille

Ilham Moussaid, candidate du NPA dans le Vaucluse, le 3 février à Marseille (Jean-Paul Pelissier / Reuters)


Fichu foulard. Il a suffi d’un article du Figaro et d’une conférence de presse improvisée sur le Vieux-Port à Marseille pour qu’Ilham Moussaïd, candidate «voilée» du NPA aux régionales en Paca, déclenche une belle emballée médiatique.


La jeune femme n’a pas encore 22 ans et à peine un an de militantisme au sein du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. En novembre, elle est investie par ses camarades du Vaucluse, en quatrième position sur la liste départementale. Dans l’indifférence générale. Trois mois plus tard, en plein débat sur l’identité nationale et quand montent les fantasmes autour du port de la burqa, les médias se jettent sur elle et son foulard islamique blanc, noué en chignon derrière la nuque. Dans la foulée, la classe politique hurle au non-respect de la laïcité, à l’atteinte aux valeurs féministes. Au milieu de tout ça, l’étudiante en BTS gestion se jure «laïque, féministe et anticapitaliste».


Essayons de comprendre. Le train s’arrête en gare d’Avignon. Foulard sur la tête, keffieh palestinien autour du cou, elle nous embarque dans sa 106 verte, en compagnie de son camarade Abdel Zahiri, figure associative locale et militant remarqué du NPA. «Vous vous doutiez bien que ça allait faire du bruit, cette candidature ?» leur lance-t-on. «Non ! Franchement ! On ne s’attendait pas à tout ça !» répond la jeune femme, grand sourire, un brin naïve, avec son mélange d’accent de Provence et d’Afrique du Nord.

Direction le siège du club de foot où Abdel officie comme bénévole. On s’installe dans une salle qui fait office de buvette.


«C’est là qu’on fait aussi nos réunions.» On se pose autour d’une table en Formica. Elle s’asseoit, affiches NPA dans le dos, punaisées sur un poster du FC Barcelone. Ils tiennent à filmer l’entretien : pour se couvrir et garder une trace pour leur site internet. Elle dispose son carnet de notes surlignées de stabilo devant elle. La situation fait un peu media-training pour débutants en politique. On nous laisse en tête-à-tête. Elle hésite, bute sur les mots, s’excuse de n’avoir «pas l’habitude» des interviews.


De tout le vacarme autour de sa candidature, Ilham Moussaïd se dit «surprise» d’avoir vu «tous ces journalistes qui cherchaient à me rencontrer juste parce que je porte un foulard et non pas parce que je me présente comme militante. Or ça fait quatre ans que je milite.» Depuis 2006, elle fait partie de l’association AJCREV (prononcez «Agissez ! Rêvez !»), dont Abdel est l’un des fondateurs. Elle s’occupe de soutien scolaire auprès des gamins du quartier de la Rocade à Avignon et organise des sorties culturelles. Viennent ensuite les manifestations contre la guerre en Irak, contre les «massacres de Gaza», où elle se rapproche des militants NPA.


Début 2009, celle qui avait voté Royal en 2007, rejoint la dizaine de militants du «comité populaire» NPA d’Avignon.La jeune première enchaîne les actions : contre la loi LRU, contre la «privatisation» de la Poste, pour le boycott des produits israéliens dans les supermarchés… Au cours d’une formation NPA en Haute-Normandie, elle apprend «ce qu’est vraiment le capitalisme, la lutte des classes, les ouvriers, etc». Marx ? Elle ne connaissait pas.


Elle a commencé à lire un de ses bouquins mais ne se souvient pas du titre. La croyante ne craint pas de dire que c’est sa «foi» qui l’a «amenée au NPA» : la lutte contre les injustices, contre «l’argent roi»…

Besancenot et le NPA qui «draguent les musulmans et les quartiers populaires» ? IlhamMoussaïdrétorque qu’elle ne représente pas la communauté musulmane. «On en a fait une femme objet. C’est méprisant»,déplore Nora, une de ses camarades au NPA. Reste qu’Ilham-la-candidate porte ce bout de tissu blanc qui rend visible sa croyance. Et dans une formation issue de la trotskiste LCR,aux dogmes laïques et féministes, ça dérange. «Mais je suis aussi féministe et laïque !»


Lorsqu’on parlait politique, les réponses étaient plaquées sur des formules à la Besancenot. Là, elle déroule, sincère, les yeux dans les yeux. «La laïcité, c’est la séparation de l’Etat avec l’institution religieuse. Je ne représente pas cette institution religieuse, assume Ilham. Je suis porteuse d’un projet politique qui est l’anticapitalisme.» Elle n’est pas en position éligible, mais si elle était élue, elle n’enlèverait pas son foulard. «L’abbé Pierre a bien siégé à l’Assemblée nationale en soutane.» Au diable le principe de neutralité républicaine.


Sur la question du féminisme, elle dit :«Je lutte contre les violences conjugales, pour l’égalité entre les hommes et les femmes, le droit à l’avortement, à la contraception… Maintenant, il n’y a pas une manière d’être féministe. On n’est pas obligée d’avoir une minijupe.» Et tout ça même si le voile islamique est vu par ses détracteurs comme signe de séparation hommes-femmes et de domination des premiers sur les secondes. «Je ne suis pas soumise. Je n’ai pas un homme derrière moi. La preuve - pour cette célibataire - mes sœurs ne le portent pas.»


Mais pourquoi ce voile-symbole ? On touche ici la limite de ses justifications. Un brin agacée : «C’est vraiment personnel. Je chemine encore. Je ne tiens pas à en parler et à me dévoiler sur ce point.»Une de ses amies d’enfance, Dicra, livre une explication : «On a tous notre crise identitaire. On est des déracinés. Ici on est étranger, là-bas aussi. Alors on se rattache à des valeurs humaines qui constituent un cheminement spirituel.»


Ilham Moussaïd est née à Ajdir, dans les montagnes marocaines, dernière de sept enfants d’une famille d’origine berbère. Un père maçon, une mère au foyer. A 3 ans, tous s’installent en France, à Avignon, dans le quartier de Saint-Chamond. Elle obtient la nationalité française à 18 ans. Ses proches la décrivent «discrète» mais «déterminée». Elle se dit «curieuse», férue de reportages sur l’Egypte antique. Amatrice de rap, de r’n’b et d’Aznavour, elle danse dès qu’il y a «un brin de musique».


Elle a ce côté naïf et idéaliste de la militante débutante. «Peu importe» son futur métier, son «but est de militer pour que les choses aillent mieux».«Elle nous apporte de la fraîcheur», souligne son camarade NPA, Hendrik Davi. Par cette candidature, Ilham Moussaïd et ses camarades veulent aussi «poser le débat en France» : montrer que dans les «quartiers populaires», il y a des femmes comme elles, avec un voile ou pas, qui peuvent s’engager en politique à l’extrême gauche. «La société française a changé de visage et Ilham est une des composantes de cette mixité sociale», pointe son amie Nora. La critique s’adresse aussi à ses propres camarades : «Marx c’est Marx mais les adhérents du NPA en 2010, c’est pas pareil ! lance la candidate. Il faut se rappeler pourquoi on est passé de la LCR au NPA : pour l’ouverture aux milieux populaires. On est un parti révolutionnaire, non ? Et bien commençons par cette révolution-là.»


Ilham Moussaïd en 7 dates



15 juin 1988: Naissance à Ajdir (Maroc).

2001: Arrivée à Avignon.

2006: Obtient la nationalité française.

2007: Rejoint l’association AJCREV à Avignon.

Février 2009: Entre au NPA.

Novembre 2009: Investie candidate aux régionales sur la liste du Vaucluse.

Février 2010: Polémique autour de son voile.

 Photo Olivier Monge. MYOP

 



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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:34

Par LCR le Jeudi, 18 Février 2010


Depuis plusieurs mois, les attaques contre le port du foulard dit islamique reprennent vigueur, au nom de «la laïcité», «du féminisme» ou carrément de «la défense des valeurs occidentales». Aujourd’hui, il est question de légiférer à plusieurs égards sur «le foulard», comme le propose ouvertement le MR et le CDH. Les autres partis gouvernementaux sont divisés par des débats internes sur le sujet et peinent à adopter une position claire pour des raisons électoralistes évidentes.


Les velléités d’interdiction du foulard à l’école ne viennent pas par hasard. Elles proviennent de partis politiques de droite comme le MR et le VLD dans l’objectif, entre autres, de séduire les (potentiel-le-s) électeurs/trices de l’extrême droite, de partis comme le Front National et le Vlaams Belang.

C’est aussi une manière de concentrer le débat médiatique sur la question du foulard comme un écran de fumée pour détourner l'attention de la crise capitaliste, de la montée du chômage, des plans d’austérité qui vont réduire les budgets des écoles, des autres services publics, des pensions.

En entretenant le racisme et le sexisme, les polémiques sur le port du foulard à l’école contribuent à diviser la population. Elles font perdre de vue les intérêts convergents des travailleurs et travailleuses, hommes et femmes, de toute culture, religion, philosophie et origine face au capitalisme et ses dégâts. Et cela d’autant plus qu’elles divisent aussi la gauche et les progressistes capables d’encourager l’organisation de résistances solidaires.

La nécessaire unité de la gauche, du mouvement ouvrier, antiraciste et féministe passe par leur capacité à contourner ces tentatives de division pour se concentrer sur les enjeux essentiels tout en défendant les droits et libertés fondamentales de chacun-e.


Dans un tel contexte, la LCR s’oppose tant à l’interdiction du port du foulard à l’école qu’à l’obligation faite à certaines musulmanes de porter ce foulard. C’est cette position, déjà exprimée par le passé[2], que la présente résolution vise à réaffirmer et à actualiser, en cohérence avec les valeurs et combats que la LCR continue à défendre comme le droit à l'école de son choix pour tous et toutes, la laïcité, l'autodétermination et l’émancipation des femmes, le pluralisme culturel et idéologique ou encore l'antiracisme et l'égalité des droits.


Préalables

Le foulard dit islamique ouvre des polémiques sous bien des angles. Il est donc nécessaire de baliser le propos de cette résolution.


1. Les amalgames entre le port du « voile », du « foulard », du « niqab » ou de la « burqua » sont courants. Mais ces pratiques sont pourtant issues de traditions et de motivations différentes. Et les velléités d'interdiction qui les concernent, dans l'espace public, au travail, à l'école ou dans le cadre d'une fonction publique ont aussi des implications distinctes, bien qu’elles se répercutent toutes concrètement en premier lieu sur les musulmanes qui les portent. Nous ne traiterons ici que de l’interdiction du port du foulard dans les écoles.


2. Bien que le retour en force de la spiritualité et de la religiosité dans les sociétés capitalistes occidentales soit un phénomène interpellant dont il convient d'appréhender les causes et les implications, il ne s'agit pas ici de traiter de la place et le rôle des religions dans les sociétés capitalistes et dans la lutte de classes. Nous reviendrons sur les principes de liberté d'opinion et d'expression -y compris religieuse- et de laïcité mais nous nous limiterons à leur incidence dans le cas concret de l'interdiction du port du foulard à l'école. Néanmoins, la LCR programme aussi une discussion sur le retour en force du religieux et sur les intégrismes.


3. Se positionner sur l'interdiction du port du foulard à l'école n'implique pas de s'affirmer pour ou contre le port du foulard en tant que pratique religieuse. D'abord parce que, au nom de l'autodétermination, cette réflexion revient avant tout aux femmes de la communauté concernée. Ensuite parce que, pour développer une position à ce propos en évitant de plonger dans les stéréotypes, il convient de partir d'une analyse plus approfondie et nuancée de l'Islam. Or, cette résolution concerne un parti qui n'a ni les compétences ni la prétention de prendre position sur des questions théologiques.


4. Cette résolution s'inscrit dans le contexte d'un Etat où l'Islam et les musulman-e-s sont minoritaires. Il est évident que la question se pose différemment dans les Etats islamiques ou avec une population majoritairement musulmane, où la réalité des femmes musulmane est toute autre. Dans tous les cas, la LCR lutte fermement contre toutes les formes de violences faites aux femmes et soutient toutes les femmes qui luttent pour leur émancipation de la façon qu'elles estiment la plus appropriée au contexte et aux rapports de force dans lesquels elles vivent.


5. Si les débats sur le foulard sont à ce point passionnés, c'est aussi parce qu'ils s'inscrivent dans un contexte d'injustices, de frustrations, de peurs et de réelles difficultés: les violences verbales, morales et physiques dans les quartiers, les écoles, les entreprises; les remises en question des droits concquis par et pour les femmes; la montée de l'obscurantisme et des intégrismes; la précarité des conditions de vie et de travail; ... Mais, contrairement à ce que pensent certain-e-s, l'interdiction du voile ou du foulard n'est pas une solution à ces problèmes. Si cette résolution ne s'y étendra pas, il est bien sûr nécessaire pour la LCR de développer des réponses politiques à ces sentiments et ces réalités.


6. Parmi les partisan-e-s de l'interdiction du foulard se retrouvent à la fois des hommes et des femmes de droite ou prétendument de gauche mais aussi d'autres sincèrement et effectivement de gauche. Leurs intentions sont évidement de nature toute différente. Venant de la droite, les arguments laïcs et féministes avancés pour obliger les femmes «à lever le voile» ne sont que de piètres feuilles de vignes accolées à une attaque ouvertement raciste et islamophobe. Venant de la gauche, ces mêmes arguments partent par contre d'une volonté sincère mais reposent néanmoins sur une interprétation erronée des principes laïcs ou féministes, se trompant ainsi dramatiquement de moyens et de cibles à viser, dans une démarche qui fait abstraction ou sous-estime la portée du contexte raciste et de l'offensive islamophobe de la droite réactionnaire. Cette résolution ne considère évidemment pas que l'ensemble des partisan-e-s de l'interdiction soit raciste et sexiste. Mais elle dénonce et condamne les résultats identiques qu'entrainent volontairement (pour la droite) ou involontairement (pour celles et ceux de la vraie gauche) leurs démarches distinctes.


Des paroles aux actes. Des actes aux lois?


Bien qu’elles ne sont généralement pas initiées par les professeurs, les parents ou encore les élèves, les polémiques sont largement amplifiées par les médias qui font preuve de peu d’impartialité en la matière et contribuent largement à faire du port du foulard à l’école un «problème de société» monté de toutes pièces. En Belgique, certain-e-s ont tenté d’importer le débat français de 2004, sans toutefois provoquer tant de remouds que de l’autre côté de la frontière. Mais, depuis lors, l’interdiction du port du foulard s’est généralisée dans la toute grande majorité des écoles.


En septembre et octobre 2009, la communauté flamande et ensuite la province de Hainaut ont décidé d’interdire le port du foulard dans toutes les écoles de leur réseau dès la rentrée 2010. Quant à la communauté française, depuis 2005, elle continue à laisser l’interdiction ou non du port du foulard à la libre appréciation des directions d’écoles en prétextant l’autonomie de ces dernières pour ne pas prendre de position tranchée. Aujourd’hui, il est question de généraliser cette interdiction en la coulant dans la loi. C’est dans ce sens que la ministre (CDH) de l'enseignement francophone envisage d'interdire le port du foulard dans les écoles de la communauté française, voire de tout le réseau officiel, jusqu'en 3e secondaire et de conserver le statut quo à partir de la 4e secondaire. Le MR, qui a déposé des projets au parlement en octobre dernier, n'est pas satisfait par ce projet qu'il juge insuffisant.


A ce jour, il est encore temps d'éviter une interdiction généralisée du port du foulard dans les écoles de Belgique francophone et du réseau libre néerlandophone. Pour les écoles de la communauté flamande et de la province du Hainaut, il s'agit de revenir sur les récentes décisions en la matière.


Une interdiction liberticide et discriminatoire


Généralement, les règlements d’ordre intérieur des écoles n’interdisent pas explicitement le foulard mais plutôt les « couvre-chef », les « signes ostentatoires » ou encore les « signes convictionnels ». Ces règlements essaient de contourner les lois réprimant le racisme et la discrimination par des formulations soi-disant neutres qui ont pour effet de dissimuler leur portée discriminatoire. Mais, tout en s'attaquant par la même occasion à d'autres symboles d'expression des jeunes comme la casquette ou le keffieh, cette terminologie hypocrite ne fait pas illusion. C’est bien le foulard qui est avant tout visé. Dans l’application concrète de telles mesures, même si des jeunes sikhs dans le Limbourg ont également été frappés par ces interdictions, ce sont majoritairement les jeunes filles musulmanes qui sont amenées à choisir entre s’inscrire dans l’école de leur choix ou pratiquer leur religion librement. Il s’agit donc bien d’une discrimination indirecte envers les jeunes filles musulmanes.


Beaucoup de jeunes musulmanes sont amenées à enlever leur foulard contre leur gré, quitte à le vivre difficilement, se sentir reniées dans leur identité et recourir aux anti-dépresseurs pour certaines. Celles qui s’y refusent doivent se tourner vers les rares écoles (quasiment aucune dans l’enseignement général en Communauté française) qui leur permettent de garder leur foulard en classe, ce qui implique parfois pour elles de se réorienter dans d’autres options ou d’autres filières que celles qu’elles auraient choisies.


Dans leur acceptation large comme dans leurs intentions réelles, de telles mesures constituent de véritables atteintes à la liberté d’expression, de pensée, de conscience et de religion des jeunes. Elles alimentent l'oppression de la jeunesse en réprimant leurs libertés et en limitant leurs espaces de débats qui devraient pourtant trouver toute leur place dans le cadre d'un enseignement démocratique. Une généralisation de cette interdiction à travers des textes législatifs s'inscrit bien dans la lignée des mesures liberticides des gouvernements bourgeois.


Une interdiction islamophobe et raciste


Après la disparition de l'URSS et de ses Etats satellites et dans un contexte de renforcement de l'impérialisme, notamment pour le contrôle des ressources énergétiques, les puissances occidentales devaient trouver un nouvel ennemi pour entretenir la peur au sein de leur population et étouffer ainsi les résistances à leurs politiques d'austérités et guerres impérialistes. Le 11 septembre 2001 a été le bon prétexte pour accentuer la stigmatisation des musulman-e-s qui les assimile à des intégristes, des obscurantistes ou des terroristes en puissance. La méconnaissance des musulman-e-s et de leur culture minoritaire dans les pays occidentaux par la majorité de la population a permis d’entretenir et de diffuser un tas de préjugés et stéréotypes pour que l’islamophobie –la peur de l’Islam et des musulman-e-s pris-es comme un tout homogène hors contextes et différenciations- gagne de plus en plus de terrain ces dernières années.


Davantage visibles dans l’espace public occidental et, comme toutes les femmes, en tête des perdant-e-s dans le système capitaliste et patriarcal, les musulmanes qui portent le foulard symbolisent le fantasme d’une soit-disant islamisation croissante de la société. Ainsi, leur corps représente le champ de bataille d’une prétendue guerre de civilisations.


Alors que, grâce aux luttes de ces dernières décennies, les discriminations racistes sont davantage dénoncées et poursuivies (sans trop de succès), les discriminations envers les musulman-e-s se multiplient dans les pays occidentaux où ils/elles sont minoritaires. La volonté d’interdire le port du foulard à l’école en est un exemple. Puisqu’elle se concrétise en discriminations réelles envers une communauté, l’islamophobie devient aussi une forme de racisme à part entière à combattre de toutes nos forces.


Pourtant, la division des progressistes en la matière les empêche de se mobiliser fermement contre ces agressions pour ouvrir des perspectives politiques solidaires et égalitaires, ce qui facilite l'adoption de mesures islamophobes et racistes comme par exemple l'interdiction des minarets en Suisse. En réaction, en Belgique comme dans les pays voisins, beaucoup de jeunes musulmans, de la deuxième et troisième génération de familles issues de l'immigration, cherchent alors dans le Coran une affirmation et une valorisation de leur identité de Belges musulman-e-s, que des jeunes filles expriment notamment à travers le port du foulard. Cette démarche s’accompagne parfois d’un repli identitaire que les musulmans conservateurs, voire réactionnaires, et intégristes s’empressent d’attiser. Mais, pour l'immense majorité des populations musulmanes d'Occident, c'est bel et bien l'application égalitaire des droits proclamés qui est recherchée, et non pas l'enfermement communautaire.


Interdire le port du foulard à l’école par crainte de prosélytisme religieux ou pour amener toutes les musulmanes à l’enlever définitivement est une mesure islamophobe parce qu'elle stigmatise les musulmans en les représentant dans une démarche constante d’endoctrinement religieux et fait planer la crainte pourtant infondée d'une déferlante islamiste dans les pays occidentaux. C'est une mesure néo-coloniale parce qu'elle présuppose une supériorité culturelle «occidentale» à laquelle tout le monde devrait se conformer. Elle est aussi contre-productive parce qu'elle attise un sentiment justifié de stigmatisation auprès des jeunes musulmanes qui doivent alors se replier complètement sur leur communauté alors qu'elles ont justement la volonté de s'ouvrir vers l'extérieur; c'est un cadeau en or pour les intégristes qui cherchent à les couper totalement de la société dans laquelle elles vivent.


Une interdiction violente et sexiste


Premières concernées, les jeunes musulmanes portant le foulard sont pourtant les premières à qui on dénie le droit à la parole, tant dans les médias, que dans les débats publics ou les cénacles politiques. Elles sont déshumanisées par une vision paternaliste et néo-coloniale qui les considère de manière générale comme dominées et soumises à leur père, à leurs frères et à un obscurantisme religieux. Ainsi, tout le monde s’arroge le droit de s’exprimer à leur place… Et cela souvent, paradoxalement, au nom du féminisme qui implique pourtant que toutes les femmes soient elles-mêmes maîtresses de leur propre vie.


Interdire le port du foulard à l’école pour permettre aux musulmanes de s’émanciper de l’oppression patriarcale est un non-sens. Concrètement, cette mesure place de nombreuses jeunes musulmanes en situation d'expulsion et de décrochage scolaire, limitant ainsi leurs relations sociales, leur avenir professionnel, leurs possibilités d’autonomie et donc leur potentiel d’émancipation. Les jeunes filles qui subissent des pressions de leur famille ou de leur entourage pour porter le foulard contre leur gré ne peuvent, au mieux, que trouver un court répit pendant les heures de cours dans une école qui interdit le port du foulard. Au pire, l’interdiction sert de prétexte pour les priver carrément de scolarité.

 


De plus, l’émancipation ne s’impose pas; elle passe nécessairement par l’autodétermination des premières concernées. Ainsi, l’interdiction du port du foulard à l’école équivaut à l’obligation du foulard imposée à certaines parce que, dans les deux cas, il s’agit de décider à la place des femmes de la façon dont elles doivent s’habiller. La seule position cohérente par rapport au foulard pour appuyer les musulmanes dans leur démarche d’émancipation est de lutter avec elles à la fois contre l’interdiction et contre l’obligation pour qu’elles soient libres de disposer de leur corps comme elles l’entendent.


Les musulmanes sont victimes de l’islamophobie ambiante, même dans les milieux féministes, en partie bourgeois et ethnocentrés. Ainsi, les choix des musulmanes librement consentis, comme celui de porter le foulard, sont souvent mis en doute par des soupçons de pressions ou d’intimidations de la part leur famille ou de leur entourage même si, bien sûr, ce phénomène existe et qu'il est à dénoncer et à combattre fermement. Pourtant, les musulmanes qui choisissent de porter le foulard ont des motivations personnelles diverses: affirmer leur droit à une pratique religieuse, affirmer leur identité reniée ou dévalorisée, protéger leur corps et leur intimité des regards et des violences sexistes, trouver davantage de confiance en elles-mêmes, ... Les choix de vie de toutes les femmes sont influencés par le patriarcat et bien plus rares sont ceux et celles qui s’interrogent de la même manière sur l’indépendance du choix d’autres femmes non musulmanes, par exemple, de fonder une famille nombreuse et de rester à la maison pour élever leurs enfants.


L’émancipation des musulmanes n’est pas conditionnée au bannissement du foulard, comme si celui-ci était apriori un facteur d’oppression: il n'est un symbole d'oppression qu'à partir du moment où il est imposé par la contrainte. D’autres marquages sexués des corps comme la mini-jupe, le maquillage ou les talons hauts peuvent tous symboliser l'oppression sans pour autant l'accentuer automatiquement.


Les voies d’émancipation expérimentées par les femmes "blanches" occidentales ne sont pas les seules possibles. Si elles peuvent être source d’inspiration, elles ne sont pas non plus transposable telles quelles à toutes les femmes de toutes les cultures. Les modes d’émancipation sont divers parce qu’ils naissent des femmes qui les portent et s'inscrivent dans des contextes et rapports de force particuliers. Le mouvement féministe ne peut que se renforcer en les intégrant dans une lutte solidaire, unitaire et pluraliste.

L’oppression patriarcale ne se limite ni à la communauté musulmane, ni aux pratiques religieuses, ni à la sphère scolaire.


Pourtant, c’est avant tout pour dénoncer –avec raison dans ce cas- les crimes d’honneur et mariages forcés ou pour interdire le port du foulard à l’école que des femmes et des hommes brandissent soudainement un étendard féministe. Belle instrumentalisation de la cause de la part de beaucoup d’entre eux/elles qui sont bien moins virulents, si pas carrément muets, lorsqu’il s’agit de s’attaquer à l’écart salarial qui reste encore important dans les pays occidentaux (25% en Belgique) ; aux discriminations quotidiennes en matière d’emploi, de santé, de logement ; aux violences sexistes qui tuent chaque jour ; à la marchandisation des corps des femmes; à la rareté des crèches; à la remise en cause permanente du droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits; …


La lutte contre le patriarcat passe par des mesures structurelles et volontaristes qui garantissent l’autonomie et la liberté de choix de toutes les femmes, et certainement pas par des interdictions contre les musulmanes qui contribuent, en plus, à renforcer les replis communautaires et la montée des intégrismes, avec toutes les conséquences que cela implique sur le respect et l’autonomie des femmes.


Une interdiction qui uniformise et qui ne garantit en rien la laïcité


Dans un pays comme la Belgique où la majorité des écoles font partie du «réseau libre» sous l’autorité du clergé catholique, l’interdiction du port du foulard à l’école au nom de la laïcité est une aberration. Le copié-collé du débat français apparaît ici dans toute son absurdité. Pour défendre efficacement la laïcité en Belgique, il serait évidemment bien plus efficace de se battre pour un réseau unique, public et pluraliste plutôt que de s’attaquer aux jeunes musulmanes en foulard, minoritaires dans les écoles, qui ne font qu’exercer leur liberté de religion et d’expression.


Interdire le port du foulard pour imposer l'athéisme comme unique modèle équivaut à imposer une religion, une vision du monde particulière. C'est aussi une négation de la pluralité culturelle de la société qui devrait pourtant se refléter à travers un enseignement démocratique.

Par contre, la laïcité que nous défendons s'applique aux Etats et aux pouvoirs publics et protège les sans religion et la pluralité des religions. C'est la séparation de l'Eglise et de l'Etat afin que les religions n'exercent aucun pouvoir politique et que l'Etat n'impose aucune forme de pensée philosophique. Ce n'est donc pas la séparation et l'apartheid entre les croyants et les non-croyants.


Dans l'enseignement, cela implique une neutralité philosophique des programmes, de l'orientation pédagogique ou des locaux mais cela n'a aucune implication sur les convictions et les pratiques religieuses des élèves, qui sont des usagers de l'école qui ont le droit de s'exprimer librement.

L'accès à un enseignement de qualité pour toutes et tous implique aussi que des moyens adéquats soient adoptés pour que chacun-e ait accès à l'entièreté du programme scolaire, sans que les convictions personnelles n'imposent de restrictions. Lorsque certain-e-s jeunes refusent de participer à des cours ou activités scolaires qu'ils/elles estiment contraires à leurs convictions, un dialogue ouvert entre l'équipe pédagogique et les élèves concerné-e-s est bien plus adapté pour les amener à changer d'avis qu'une interdiction péremptoire, agressive et incomprise.


Une interdiction qui renforce les inégalités sociales


En Belgique, l’enseignement est parmi les plus inégalitaires d’Europe. Le processus de sélection des élèves du primaire et secondaire entraîne une concentration des jeunes en difficultés (ou en décrochage scolaire), majoritairement issus de familles migrantes et des populations les plus défavorisées, dans les filières techniques et professionnelles des écoles dites de relégation. Là, les moyens matériels sont souvent insuffisants, les professeurs sous pression, les programmes non-vus et l’encadrement inadapté.


Or, les rares écoles qui n’interdisent pas le port du foulard et où s’inscrivent les jeunes musulmanes qui veulent continuer à le porter font justement partie de ces écoles de l’échec. Les récents décrets inscription pour les premières années du secondaire censés améliorer la « mixité sociale » ne changent pas sensiblement la situation pour ces jeunes à qui le droit fondamental à un enseignement de qualité et de la réussite est largement bafoué. Ainsi, l'interdiction de fait du port du foulard à l’école renforce encore pour les jeunes musulmanes les inégalités scolaires qui reflètent fortement les inégalités sociales desquelles elles sont pour la plupart déjà victimes.


Nos tâches


1. Les agressions envers les musulmans et particulièrement les musulmanes s’intensifient et se radicalisent de plus en plus. D’autant plus que peu de progressistes s’engagent ouvertement dans cette voie, il est urgent et nécessaire:

  • de dénoncer et de combattre l’islamophobie croissante en tant que forme à part entière de racisme ;
  • le patriarcat, le sexisme et l’instrumentalisation du féminisme qui consiste à légitimer des postures ou des mesures racistes ;
  • les replis communautaires et la montée des intégrismes religieux ou laïcs.

2. Les jeunes femmes musulmanes de milieux populaires sont parmi les premières victimes du capitalisme et du patriarcat. Parce que c’est sur base des réalités vécues par les plus opprimées et de leurs revendications que doivent se construire les mobilisations antiracistes et antisexistes sous peine de négliger les inégalités sociales les plus criantes, il est urgent et nécessaire :

  • d’encourager l’auto-organisation des jeunes musulmanes ;
  • de défendre avec elles et de faire reconnaître leurs expériences et leurs revendications dans le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux
  • de leur faire découvrir les idées communistes révolutionnaires pour une véritable émancipation à long terme
  • d'imposer des mesures structurelles et volontaristes pour lutter contre toutes les formes de violences envers les femmes (maisons d’accueil, collectifs non mixtes autogérés, centres d’auto-défense, hébergements d’urgence, formation des travailleurs/euses des secteurs sociaux, éducatifs et judiciaires aux violences sexistes,…)

3. Pour combattre la division entre les travailleurs/euses et parmi les progressistes, il est urgent et nécessaire de dépassionner et de politiser le débat sur l’interdiction du port du foulard à l’école:

  • en l’orientant sur ses implications concrètes mises en avant par les premières concernées plutôt que sur des querelles de principes abstraits et théoriques ;
  • en liant les revendications particulières des premières concernées aux revendications portées par la majorité des travailleurs et travailleuses ;
  • en combattant les préjugés racistes et sexistes au sein des mouvements sociaux.

4. Il est urgent et nécessaire de combattre l’interdiction du port du foulard à l’école en imposant les véritables solutions pour les véritables problèmes de l'enseignement:

  • le refinancement de l’enseignement à hauteur de minimum 7% du PIB pour un meilleur encadrement et des moyens matériels et logistiques adaptés ;
  • un seul réseau unique, public, pluraliste et démocratique qui garantisse la liberté d’expression, de pensée, de conscience et de religion et l’égalité des droits pour toutes et tous ;

5. Cette résolution n'a pas la prétention de répondre à tout et est donc loin de clôturer les discussions. Au contraire, c'est un jalon pour poursuivre le débat au sein de la LCR sur les questions à la fois liées et distinctes de l'interdiction du foulard à l'école et de ses implications: l'émancipation des femmes, le rapport à la religion et la juste définition de la laïcité dans un contexte de montée du religieux et des intégrismes, le racisme et l'islamophobie, l'enseignement inégalitaire, ...


Résolution adoptée par la Direction Nationale de la LCR-SAP le 14 février 2010 par 14 votes pour, 4 contre et 3 abstentions.


[1] En 2004, la LCR avait déjà marqué son opposition à l'interdiction du port du foulard à l'école, par exemple en ratifiant le manifeste du collectif COIFE par l’intermédiaire de la Fondation Léon Lesoil et de Socialisme Sans Frontières (http://www.liberte-foulard.be ).

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