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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 10:15

 

 

note: On peut en effet se révolter devant l'indifférence des israeliens face à Gaza alors qu'ils aident Haiti, mais l' accusation annexe de vols d'organes n'a eu aucun écho. Ne voulant pas diffuser de fausses nouvelles nous supprimons l'article entier...

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 11:12


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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 11:11


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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 11:08
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Dimanche 31 janvier, Martine Aubry réunissait les secrétaires de section socialistes afin de lancer la campagne pour les élections régionales. Cette initiative a illustré difficultés et contradictions. Certes, le terrain est a priori plutôt favorable à l’opposition.


Vengeance judiciaire et coups tordus : l’affrontement entre Villepin et Sarkozy perturbe la majorité. Fillon et les dirigeants UMP peinent à faire ratifier leurs listes de candidats.


Le mécontentement populaire vis-à-vis du président et du gouvernement s’accroît. D’ailleurs, les sondages sont extrêmement favorables au PS et Martine Aubry s’est crue autorisée à fixer très haut la barre : non seulement conserver les vingt régions gérées par le PS, mais aussi conquérir l’Alsace et la Corse. Même le résultat de la compétition avec Europe Écologie ne semble plus vraiment inquiéter. Pourtant, des obstacles demeurent, fragilisant la volonté des dirigeants socialistes de faire des régionales « la première étape de la reconquête ».


D’abord, il y a eu les déclarations de Martine Aubry sur la retraite. Croyant peaufiner son image de femme d’État responsable – et présidentiable… – elle a froidement proposé l’union nationale entre le PS et la droite pour porter l’âge de la retraite à 61 ou 62 ans ! Devant le tollé soulevé, elle a dû faire marche arrière, dans la confusion la plus totale. Les semaines qui viennent permettront d’éclaircir la position du PS, lorsqu’il faudra organiser la mobilisation face aux attaques contre les retraites. Après l’intermède Aubry, le moins que l’on puisse dire est que des doutes existent.


Mais, c’est surtout « l’affaire Frêche » qui est venue gâcher la fête. Ainsi, la direction du PS a – enfin ! – décidé de réagir au énième dérapage verbal et nauséabond du potentat languedocien. Certes, Georges Frêche avait bien été exclu du PS, il y a trois ans, pour des faits similaires. Mais cela n’avait pas empêché la direction d’avaliser le choix des militants languedociens de le désigner comme tête de liste PS aux régionales. Martine Aubry déclarait encore son soutien à Frêche, une semaine avant qu’il ne s’en prenne à Laurent Fabius.


L’actuelle et vertueuse indignation est donc pour le moins tardive : pendant des années, les dirigeants nationaux du PS ont couvert les propos et les agissements de Frêche, personne ne voulant se fâcher avec celui qui, grâce à son système clientéliste, détient un gros paquet de mandats, toujours utiles dans les votes internes au PS. Enfin, chacun voit bien que la campagne régionale du PS est polluée par les arrière-pensées présidentielles.


Ce qui éloigne de la question plus immédiate que chacun devrait se poser avant le vote : depuis six ans, la gestion des régions par le PS – et, dans la plupart des cas, par le PS, le PCF et les Verts – a-t-elle au moins constitué un véritable bouclier social contre la politique de la droite sarkoziste, à défaut d’être une alternative réelle ? Une question à laquelle la campagne du NPA apportera des réponses.

François Coustal

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:59
Maroc photos169au4 ouvrières "voilées" en grève

 tempête dans un verre d'eau ou révélateur de certains stéréotypes?
  le Vendredi, 05 Février 2010      


La décision – courageuse dans le contexte actuel de «chasse aux sorcières» sur ce thème – du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) français de présenter la camarade Ilham Moussaïd, une jeune femme portant le foulard, aux élections régionales dans le Vaucluse, a suscité de très vives réactions. Militante anticapitaliste, féministe et trésorière du NPA local, Ilham a semble-t-il le tort d'être croyante et se retrouve victime de critiques et de stéréotypes qui la jugent sur son apparence plutôt que sur ses actes.


Cette candidature suscite d'une part des débats internes, qui se veulent serain, au sein du NPA. Il y a peu également, nos camarades danois du SAP ont été confrontés aux mêmes discussions suite à la présentation d'une candidate portant le foulard sur une liste de l'Alliance Rouge et Verte. Nous publions ci-dessous un article qui revient sur ces débats.


Sur un autre plan, venant de la gauche social-libérale, de la droite et de l'extrême droite racistes et réactionnaires, les attaques les plus virulantes contre la décision du NPA n'ont bien entendu rien d'étonnant, c'est une nouvelle fois l'occasion de ressortir l'étiquette fabriquée de toute pièce «d'islamo-gauchisme», comme d'autres parlaient «d'hitléro-trotskysme» à une autre époque.


Certaines déclarations venant de la gauche sont par contre honteuses et inquiétantes, car elles traduisent un glissement dangereux et une perte de repères. Pour Marie-George Buffet, du PCF (Parti communiste français), la candidate du NPA est la preuve d'un «recul des droits des femmes» (...) «Des femmes qui redeviennent un objet d'instrumentalisation». On peut se demander en quoi la candidature d'une jeune femme d'origine immigrée qui s'engage en politique au sein d'un parti anticapitaliste constituerait un tel «recul»? En outre, Buffet dénie aux femmes portant le foulard toute forme d'autonomie ou de conscience politique puisqu'elles sont considérées comme forcément «instrumantalisées», et bien entendu soumises et incapables d'agir de leur propre chef.


Buffet ajoute en outre qu'«Il faut arrêter de jouer avec les femmes, de faire peur avec les femmes». Rappelons que cette polémique sur la candidature d'Ilham surgit sur fond de débats passionnés sur la question de l'interdiction du port de la burqa dans l'espace public et que la commission parlementaire qui se penche sur cette interdiction a été initiée par un député... du PCF! Ce dernier a été immédiatement soutenu avec fracas par Sarkozy dans le cadre de son « débat sur l'identité nationale », lancé dans le seul but de stigmatiser les citoyens/nes français/es de confession musulmane et l'immigration en général.


Jean-Luc Mélanchon, leader du Parti de Gauche (PG), a déclaré quant à lui que le NPA faisait une «erreur» et que son choix était «régressif», ajoutant que «Lorsqu’on veut être élu, il faut pouvoir représenter tout le monde, c’est donc une erreur de se présenter à une élection en affichant une appartenance religieuse qui rend impossible cette représentation du souverain dans son ensemble ».


Dans une lettre ouverte que nous publions dans ce dossier, Philippe Marlière répond à ces propos démesurés. Nous pourrions également ajouter que l'indignation de Mélanchon est bien sélective. Fervent partisan du président vénézuélien Hugo Chavez qui, dans tous ses discours, parle de Dieu, de Jésus  Christ et brandit régulièrement la Bible ou un crucifix, le leader du PG ne s'est pourtant jamais fendu de la moindre critique sur un tel «affichage d'appartenance religieuse qui rend impossible cette représentation du souverain dans son ensemble ». Il faut croire que lorsque l'on est une femme arabo-musulmane, cela n'est pas permis.


Malgré tout, les choses ont un peu évolué à gauche et parmi les féministes françaises depuis la loi sur l'interdiction du port du foulard à l'école en 2004. Comme le souligne le sociologue Jean Baubérot dans le dernier numéro de la revue «Politique» (qui consacre un dossier très intéressant sur le thème du féminisme et de la multiculturalité); «En 2004, le féminisme prohibitionniste était dominant. Mais c'était plutôt un féminisme de classes moyennes aisées, assez conformiste. Le féminisme hostile à l'interdiction était bien réel, mais outre qu'il était minoritaire, son discours n'a absolument pas été pris en compte dans les médias. Aujourd'hui, avec l'affaire de l'interdiction de la burqa, les lignes bougent. Une partie du féminisme et une partie de la laïcité ont pris conscience qu'il y avait derrière l'idée d'interdiction généralisée une question de libertés publiques.» Nous publions, pour clôre ce dossier, une prise de position de Josette Trat, militante féministe de longue date, sur ce sujet. (LCR-Web)




Profession de foi de Ilhem Moussaïd aux élections régionales 2010:

Face à un système capitaliste mondial qui enrichit 20% de personnes au détriment des 80% autres, qui maintient un tiers de la population sous le seuil de pauvreté et qui ne permet pas à un quart de la planète d’accéder à l’eau potable. Face à un système capitaliste mondial qui met en péril l’équilibre de la planète ; l’augmentation de la température, la fonte des glaces, la disparition de nos espèces animales, végétales, minérales et qui épuise nos ressources minières, forestières, énergétiques, nous devons réagir et inventer tous et toutes un autre système où les enfants étudieraient au lieu de travailler, où les employées ne se suicideraient pas à cause de la pression des patrons, où des personnes ne dormirait pas dehors alors qu’il y a des milliers d’appartements, d’immeubles vides, où l’argent ne serait pas roi.

C’est dans cette optique que je me suis engagée au NPA et que je présente ma candidature sur la liste des régionales. La gratuité des transports publics, la formation des jeunes, la récupération des subventions publiques accordées aux entreprises qui licencient alors qu’elles font des bénéfices, le développement du tissu associatif et non du clientélisme, la création d’emplois, de logements, autant de sujets qui me tienne à coeur et qui fonde mon engagement.

Née à Avignon, âgée de 21 ans, militante féministe, internationaliste et anticapitaliste, je lutte contre les discriminations, le racisme dans les quartiers populaires, contre l’apartheid et l’injustice en Palestine, j’espère apporter à Avignon, au Vaucluse et à la région ma pierre pour un nouvel ordre dominant, la liberté, la paix, la justice, le respect, la tolérance et la fraternité.

Ilhem Moussaïd

Interview d'Ilhem Moussaïd sur Dailymotion

 

 

Lever le voile sur les ambiguïtés
 par Frédéric Bourgade
(point de vue paru dans lemonde.fr)

Une camarade qui porte le voile – signe d'appartenance religieuse – peut-elle être considérée comme une féministe ?


Les copains vauclusiens ont manifestement répondu oui, puisqu'ils l'ont choisie pour être à la fois leur trésorière départementale et l'une des candidates de notre parti aux élections régionales. Certes, la question a fait – comme le dit Olivier Besancenot – l'objet d'une réflexion complexe et sérieuse mais le fait est que, pour la première fois, dans un parti politique laïque, plus que de simplement respecter le droit de croire ou de ne pas croire, on considére qu'un signe ne signifie rien. Ce qui par définition est paradoxal.


Le voile dit à l'évidence, au moins deux choses dont personne ne peut douter, sauf à se mentir à soi-même. Il dit qu'elle (notre camarade) met Dieu en tête – au premier rang si l'on préfère – de sa vision du monde et qu'elle a Dieu en tête pour référence en matière de normes de vie. Autrement dit, il n'y a pas place, dans sa vision des choses, pour une perspective laïque et la libération humaine ne dépend pas de notre capacité à inventer l'avenir mais du dessein que Dieu nous a fixé.Ainsi, en acceptant cette camarade, et en la présentant aux élections, nous donnons à croire que la religion aurait partie liée avec la libération sociale du genre humain.


Certes, on m'objectera que la Théologie de la libération, en Amérique du Sud, a participé à l'émancipation des populations, mais c'est précisément parce qu'elle était en rupture avec les dogmes que les prêtres engagés dans ces combats ont pu y trouver leur place, c'est parce qu'ils ont laïcisé leur pratique qu'ils ont pu revendiquer le partage des richesses. Là, nous nageons, au contraire en pleine confusion.


En effet, même si le féminisme peut prendre des chemins détournés selon le pays où il se développe pour s'imposer dans l'espace public, comment pourra-t-on faire croire que le voile est un outil de libération.

Il libére de quoi ? Du regard intrusif des hommes.


Les relations hommes-femmes ne seraient donc que sexuée et la femme devrait se couvrir parce qu'elle serait responsable du démon qui s'empare des hommes. Il me semble plutôt qu'il dit l'obligation de disparaître dans le regard des hommes – la disparition la plus extrême étant le niqab et la réclusion à la maison – dont aucun n'est, en retour du démon qui le tarauderait, contraint de porter une cagoule pour s'interdire de voir l'objet de la tentation permanente. La femme incarnerait par nature le mal absolu. Quand j'étais jeune – dans les années 1960 –, les hommes disaient d'une femme en cheveux – c'est-à-dire qui sortait sans foulard pour couvrir ses cheveux – que c'était une garce. Le voile est donc bien le signe d'une inégalité de traitement homme-femme, donc d'une domination qui soumet la femme. Il s'agit donc bien d'une régression.


Le voile libére-t-il du risque communautariste ? Précisement, il dit l'inverse. Une croyante qui porte le voile ne voudra pas – selon les normes religieuses qui sont sa référence – d'un ami, d'un compagnon ou d'un mari qui ne serait pas musulman. Il dit donc clairement son rejet de la mixité, du mélange, sauf en cas de convertion. Il fait donc clairement primer la dimension religieuse sur le libre choix amoureux. Dimension qui exclut le droit à l'avortement puisque les enfants, c'est Dieu qui les donne. Je ne vois pas où est le féminisme revendiqué par notre camarade.


Qu'elle soit anticapitaliste, je n'en doute pas. Le capitalisme est pour nous, comme pour elle, le modèle d'expansion de l'impéralisme culturel américain à travers le monde. Cela dit, là, s'arrête la comparaison. En effet, son modèle religieux ne peut pas accepter le capitalisme, non seulement parce qu'il exploite, mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'il dénature la religion. En effet, il remplace Dieu par le Dieu argent, il remplace la famille et la communauté, par l'individualisme, il remplace la loi divine par la loi issue des rapports de forces politiques, il remplace les us et coutumes, les traditions, par la réglementation. Dans son cas, je crains que son anticapitalisme ne soit que le rejet d'une identité occidentale.


Si, ce qui vient d'être dit, est exact, comment concevoir que nous acceptions cette situation ? Là aussi, il nous faut ouvrir les yeux. Notre radicalité nous joue, en effet, parfois des tours. Ainsi, nous considérons que la religion est l'opium du peuple, mais comme nous aimons le peuple dont nous voulons la libération, nous le prenons tel qu'il est, avec ses qualités et ses défauts. Quand il s'agit de religion, nous disons que les femmes soumises, par exemple, au port du foulard, en sont les victimes.


Quand elles affirment le porter volontairement, nous ajoutons que ce sont des victimes consentantes, parce qu'inconscientes des rapports sociaux qui les maintiennent dans cette domination. C'est pour cela, généralement, que nous ne voulons pas les rejeter et que nous préférons, par un travail de conviction, les éclairer. Elles seraient dans l'ombre, nous leur apporterions la lumière. Notre certitude est, de plus, confirmée quand elles ne sont pas suffisamment éduquées, puisque l'éducation libère. Et si en plus, elles font partie de la classe ouvrière, la messe est dite.


Pourtant, une croyante qui revendique son voile, est à mes yeux, une militante. Elle ne fait pas que défendre son droit à croire, elle l'utilise comme un drapeau différencialiste, qui, au nom du respect des différences, doit nous conduire logiquement à lui reconnaître les droits que l'on doit reconnaître aux minorités. Et par définition, la liste des droits est illimitée. De gauche – démocratiques, et révolutionnaires – nous ne pouvons, ni ne voulons envisager l'idée d'être aux côtés des minorités. C'est pourquoi, nous finissons par tout confondre. Les revendications des minorités ne sont pas – par essence – universelles et libératrices.

De même que la suprématie des majorités n'est pas – par essence – une domination insupportable.
Dans cette affaire, je crains que nous ne réagissions par réflexe pavlovien plus que par réflexion politique. Non seulement, nous n'aidons pas les féministes du monde entier dans leur combat, mais nous créons de la confusion et nous nous déconsidérons aux yeux de ceux pour qui le NPA est un outil pour changer le monde.


Frédéric Bourgade est sympathisant et électeur du NPA.

 

Les musulmans, la gauche et les féministes auto-proclamés

Toutes sortes de spectres sont apparus dans la gauche danoise l’année où une femme musulmane a été élue comme candidate au parlement pour l’Alliance Rouge-Verte. [1] En prenant son inspiration chez des penseuses féministes actuelles comme dans les critiques de la religion par Marx et Lénine, cet article est une interprétation des conflits qui ont émergé sur la question du socialisme et de la religion en général, et sur celle de la gauche et de l’islam en particulier, ainsi que sur la question des stratégies féministes dans le débat sur le foulard au Danemark en 2007-2008.

Par Nina Trige Andersen [2]


Un vif débat a été suscité à la fois au sein de l’Alliance Rouge-Verte (ARV) comme dans la sphère publique par la candidature au parlement pour un parti de la gauche radicale d’une femme s’identifiant comme musulmane. Un débat sur la religion, le féminisme, et les stratégies pour le socialisme – pour dire les choses gentiment. Quand la candidate, Asmaa Abdol-Hamid, née palestinienne apatride, a été élue par l’assemblée nationale de l’ARV, tout le monde s’attendait à des réactions clairement islamophobes, sexistes et racistes de la part des médias bourgeois et des partis de droite. Mais nous n’avions pas tous prévu à quel point la même dynamique allait frapper la candidate depuis l’intérieur du parti et de la gauche en général.


Les multiculturalistes et les « paniqueurs moraux »


Le débat dans la sphère publique est d’un intérêt moindre, car la plupart des gens de gauche peuvent probablement imaginer les attaques classiques de la bourgeoisie, de la gauche réformiste et des néo-fascistes – par conséquent seuls les débats internes de l’ARV seront esquissés dans cet article. Les différentes positions dans le débat sur la question de savoir si oui ou non il était approprié qu’un parti socialiste ait pour candidate une personne «visiblement» religieuse peuvent être divisées en deux catégories principales :

- Les multiculturalistes: C’est un projet progressiste en soi que La Femme Musulmane (traduction une personne identifiée comme femme, immigrée, portant un foulard) soit représentée.

- Les paniqueurs moraux: Le foulard est oppressif en soi, donc le fait qu’une femme portant un foulard représente l’ARV envoie le signal que nous sommes pour le patriarcat (dans sa version spécifique islamo-arabe).

La deuxième catégorie était divisée en deux :

-Les athées, qui utilisaient la version marxiste vulgaire de la citation «la religion est l’opium du peuple»

-Les socialistes chrétiens qui croient que comme l’islam n’a pas connu une Réforme et les Lumières comme le christianisme, l’islam est toujours une religion fondamentaliste et répressive, à la différence du christianisme qui a une base ainsi qu’un potentiel progressiste.

Ces deux subdivisions semblent croire que le patriarcat, sous sa forme «islamo-arabe», est un phénomène distinct d’autres formes patriarcales: plus fort, plus pathologique et plus maléfique que le patriarcat en général. Dans ce courant du «féminisme» occidental, l’oppression des femmes – quand il s’agit de femmes «musulmanes» – est vue comme quelque chose qui provient d’abord de l’islam. La religion devient l’explication principale de l’oppression des femmes, quand on parle de l’islam et des femmes en relation avec l’islam. L’islam comme «religion» – ou plus souvent l’islam comme «culture» – est conceptualisé comme ayant une essence spécifique, immuable et profondément réactionnaire de manière plus radicale que d’autres religions ou «cultures».

Dans cette rhétorique, la «culture démocratique occidentale» est souvent mise en valeur comme l’antipode de la «culture islamique». Autrement dit, les droits des «femmes musulmanes», et ce que font les «femmes musulmanes» de leur corps sont des marqueurs centraux des nouvelles formes d’identité et de géopolitique qui sont apparues dans la rhétorique néoconservatrice du «choc des civilisations». Certains courants du «féminisme occidental» sont influencés par cette rhétorique. Ce type de «féminisme occidental» participe ainsi à la production du langage et des structures du nouvel impérialisme. [3]

 


Dévoilement


En conséquence, le phénomène «religion» – ou « une religion spécifiquement maléfique» - est vu comme une entité en soi avec un pouvoir en soi. Il s’ensuit que la religion engendre la pratique (sociale) – le contraire d’une compréhension marxiste, comme elle apparaît par exemple dans l’introduction à la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel. Ici la «religion» et la critique de la religion sont comprises en sens inverse: «Le fondement de la critique irréligieuse est celui-ci: L’homme fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. La religion est en réalité la l’homme qui, ou bien ne s’est pas encore trouvé, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme n’est pas un être abstrait, extérieur au monde réel. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion (…)»


Nous reviendrons à ce que Marx et plus tard Lénine avaient à dire sur le socialisme et la religion vers la dernière partie de cet article.

Un autre point intéressant dans les dynamiques de l’ARV est que – depuis les subdivisions des paniqueurs moraux, des athées comme des chrétiens – les nouveaux convertis au « féminisme » semblaient sortir de terre comme des champignons ; tout à coup très inquiets de savoir si la candidate était elle-même opprimée par le patriarcat islamique, ou si l’avoir comme représentante du parti signalait à la population que l’ARV approuvait le patriarcat islamique. Les paniqueurs moraux étaient aussi fortement engagés dans le dévoilement de ce que Asma Abdol-Hamid pensait réellement des droits des LGBT, alors qu’elle avait déclaré qu’elle soutenait le programme politique de l’ARV – y compris la partie sur la libération de genre et la libération sexuelle. Ces soupçons étaient souvent exprimés par des gens qui n’avaient jamais auparavant pris la peine de combattre le patriarcat ou l’homophobie.


Seulement son genre et son foulard


Les multiculturalistes tout comme l’armée qui s’est dressée contre l’islamo-patriarcat ont empêché dans une large mesure un débat sur la manière dont le profil politique de cette candidate spécifique pouvait être utilisé stratégiquement dans une perspective socialiste. Asmaa Abdol-Hamid est jeune, c’est une femme, et elle est née au Liban, fille de réfugiés palestiniens – il y a dans ces catégories sociales un potentiel représentationnel évident. Elle travaille depuis des années comme conseillère sociale dans un des quartiers les plus pauvres du Danemark, a fait du travail de terrain avec de jeunes femmes migrantes dans son quartier, et du travail parlementaire pour l’ARV dans sa municipalité.


Toute cette expérience politique et personnelle aurait pu être mise en forme dans une campagne électorale pour contrer l’islamophobie, le sexisme et le racisme et rendre visibles les formes de la société de classes au Danemark. Cette troisième position dans l’ARV qui n’a pas été mentionnée jusqu’ici est ce que nous pouvons appeler la position marxiste-féministe, qui met en avant une analyse historiquement spécifique. Une des raisons pour lesquelles cette position n’a pu ni réussir, ni se rendre clairement visible, c’est la force avec positions mentionnées ci-dessus – et surtout: elles avaient le consensus public avec elles. Asmaa Abdol-Hamid n’a jamais été acceptée ou traitée comme une figure politique. Elle était son foulard et son genre, pour ses opposants – l’armée contre le patriarcat islamo-arabe – comme pour ses soutiens multiculturalistes. Les deux tendances se sont unies paradoxalement dans leur obsession envers la «religion» et la «culture» ainsi que les marqueurs et champs de bataille favoris: le corps et les signes corporels de la « femme musulmane».


Le foulard est le foulard ?


Cette courte présentation d’un cas spécifique dans un contexte danois servira dans le cadre de cet article d’introduction à la discussion de ce que l’on peut dire sur les rapports entre socialisme, religion et féminisme à un niveau analytique plus général.


D’un point de vue féministe et marxiste, il y a tout d’abord deux points importants à avoir à l’esprit : Notre analyse doit toujours prendre son point de départ dans le contexte social/sociétal et historiquement spécifique qu’il essaie de comprendre et dans lequel il se donne comme but d’agir politiquement. Les discours et les pratiques ne peuvent pas être isolés du contexte dans lequel ils ont lieu. Cela veut dire par exemple, que porter un voile en Iran aujourd’hui ne veut pas nécessairement dire la même chose que de porter un voile ou un foulard au Danemark aujourd’hui. Brièvement, en Iran ceux qui détiennent le pouvoir punissent les femmes si elles ne portent pas le voile, au Danemark les femmes sont punies si elles le portent.


Que l’on soit d’accord ou non avec l’utilisation du foulard comme forme de protestation politique contre la marginalisation et la persécution des individus identifiés comme « arabes/musulmans », nous devons au moins analyser le port du foulard comme (aussi) une réaction contre le racisme et la marginalisation, et non seulement comme un marqueur religieux ou culturel de l’oppression des femmes et de la ségrégation des genres.


Les femmes ont toujours été jugées et traitées selon leur apparence. En tant que féministe on doit prêter une attention particulière quand les corps des femmes et ce que les femmes font avec leur corps devient un champ de bataille – comme c’est le cas du foulard pour les islamistes réactionnaires et les impérialistes occidentaux.


Neelam Hussein, de Simorgh, une organisation féministe (et laïque) basée au Pakistan, formule ainsi les choses : «Le voile est devenu un marqueur identitaire, même au Pakistan. Mais surtout en Europe, où il y a l’expérience du racisme, de la violence, et des préjugés anti-musulmans, le voile n’est pas tellement une affirmation religieuse. Il est devenu un acte politique, et doit être compris en tant que tel. Personnellement, je ne suis pas en faveur du voile, mais je défendrai tout de même le droit d’une femme de porter une mini-jupe ou des talons hauts si elle le veut, et de porter le voile, si elle le veut. Il faut considérer les choses de manière plus adulte qu’une réaction immédiate. Mais en tant que féministe, je ne peux pas forcer une femme à sortir de chez elle ou à enlever le voile, simplement parce que je ne suis pas d’accord. Il faut qu’elle soit convaincue de sa propre libération. [4]»


La prostituée et la femme voilée


En observant les réactions venues à la fois de la droite et de l’intérieur de la gauche envers Asmaa Abdol-Hamid pendant les élections, il était frappant de voir les similitudes entre la façon dont on parle des femmes qui portent un foulard et des femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe, souvent appelées prostituées : «Elles» sont opprimées à cause de ce qu’elles font ou de ce qu’elles laissent les autres faire avec leurs corps, elles ne savent pas ce qu’elles disent, ou elles essaient peut-être de se protéger, elles ne savent pas ce qui est bon pour elles, mais «nous» savons ce qui est bon pour elles, et nous allons donc décider de comment elles peuvent être libérées.


En même temps, avec cette approche, les femmes qui portent un foulard, comme pour les femmes dans l’industrie du sexe, sont encore plus marginalisées – non seulement parce qu’on leur dénie leur propre droit à la parole, mais de par la façon dont s’organise la société (la régulation des espaces publics, l’accès à l’éducation, l’accès à certains secteurs du marché du travail, l’accès aux droits civiques et à la sécurité sociale, etc.).


Citons encore Neelam Hussein: «Si vous voulez vraiment défier le patriarcat, vous devez reconnaître le fondamentalisme et l’oppression sous toutes ces formes, pas seulement au sein de l’islam. En tant que féministe, il est important de toujours se souvenir d’un point central: soyez critiques envers toutes les idées, même les vôtres. Mais c’est difficile si vous vous êtes convaincus que d’autres personnes ne peuvent pas penser pour elles-mêmes. [5]»


Spectres coloniaux


Paradoxalement, la notion selon laquelle les droits des femmes et la libération sexuelle sont des phénomènes «occidentaux» est brandie à la fois par les fondamentalistes islamiques et par les néoconservateurs et les néolibéraux occidentaux – ainsi que par beaucoup de féministes auto-proclamées à gauche.


Vivienne Wee, professeure au département d’Etudes Asiatiques et Internationales à l’Université de la ville de Hong Kong, a exprimé cette idée ainsi, dans sa critique du livre Great Ancestors – Women Asserting Rights in Muslim Contexts: «Il existe une croyance très répandue dans les sociétés post-coloniales selon laquelle toutes les valeurs progressistes, comme les droits humains, les droits des femmes, la justice sociale ou le développement durable, nous ont été transmises comme une partie du «fardeau de l’homme blanc» qui était de nous civiliser.


Du coup, ces valeurs tendent à être connues comme des «valeurs occidentales», comme si avant la colonisation européenne, il n’y avait pas eu de notion indigène de la justice ou des droits dans les sociétés qui ont été colonisées. En fait, nous devrions nous rendre compte que ce mythe a été construit précisément pour légitimer la présence coloniale comme un «processus civilisateur». (…) Ce type de discours provient d’un processus d’«altérisation» qui dépeint l’Autre non-occidental en termes de «despotisme oriental » ou d’une autre forme de barbarie duquel les femmes non-occidentales doivent être « sauvées». Il y a une grande ironie à ce que des nationalistes post-coloniaux souscrivent à présent à ce mythe colonial et s’identifient à des personnes qui ne donnent aucune valeur aux droits des femmes. [6] »


Sherene Razack, une professeure de sociologie basée à Toronto, née à Trinidad dans une famille d’origine indienne musulmane, pointe aussi le danger du spectre du colonialisme et de l’impérialisme dans le débat sur la libération des femmes musulmanes: «Le genre est devenu le marqueur décisif, qui sépare les civilisés des non-civilisés, ceux qui méritent, et ceux qui ne méritent pas. C’est pourquoi le féminisme et l’égalité des genres deviennent tout à coup de telles priorités. La logique est que le manque d’égalité des genres dans les communautés musulmanes légitime la violence occidentale et la rend nécessaire. La femme musulmane opprimée doit être libérée de l’homme musulman, dangereux et violent. [7]»


La religion est l’opium du peuple


Nous allons maintenant nous tourner vers ce que Marx et Lénine avaient à dire sur la critique socialiste de la religion – en-dehors de la citation usée «la religion est l’opium du peuple» que, parmi d’autres, la «plate-forme athée» de l’ARV a brandi avec rigueur durant le débat sur la légitimité de la candidature d’Asmaa Abdol-Hamid.


Comme il a été mentionné plus haut, il est toujours utile de voir les choses dans le contexte où elles ont lieu, et la même chose peut être dite sur la citation à propos de l’opium (tirée de l’introduction à la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel) qui dans sa totalité est: «La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple.


Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé a une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole.»

En bref : le problème n’est pas la religion en elle-même, le problème est l’état du monde qui fait que les gens désirent que la religion apaise leur souffrance – d’où la métaphore de l’opium.


Lénine a décrit la relation entre la religion et l’organisation de la société ainsi dans son texte Socialisme et Religion: «L’oppression économique qui pèse sur les ouvriers, provoque et engendre inévitablement sous diverses formes l’oppression politique, l’abaissement social, l’abrutissement et la dégradation de la vie intellectuelle et morale des masses. [8]» Quand Lénine écrit: «La foi en une vie meilleure dans l’au-delà naît tout aussi inévitablement de l’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs que la croyance aux dieux, aux diables, aux miracles naît de l’impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature», ceci peut nous donner une indication sur la raison pour laquelle par exemple le fondamentalisme religieux est fort dans des ex-colonies, ou pourquoi certains migrants, qui n’étaient pas très religieux dans leur pays natal, deviennent fondamentalistes en vivant dans une Europe raciste.


Sur le terrain


Ce que Marx a écrit dans ses Thèses sur Feuerbach est un outil très utile pour développer des stratégies pour combattre l’oppression masquée derrière la religion: «Le fait, notamment, que la base temporelle se détache d’elle-même, et se fixe dans les nuages, constituant ainsi un royaume autonome, ne peut s’expliquer précisément que par le déchirement et la contradiction internes de cette base temporelle. Il faut donc d’abord comprendre celle-ci dans sa contradiction pour la révolutionner ensuite pratiquement en supprimant la contradiction. Donc, une fois qu’on a découvert, par exemple, que la famille terrestre est le secret de la famille céleste, c’est la première qu’il faut anéantir sur le plan de la théorie et de la pratique. [9]»


Pour conclure, le combat pour la libération sexuelle et de genre, tout comme le combat pour le contrôle populaire des moyens de production, ne se fait pas « dans les nuages », sur le champ de bataille abstrait du brouillard religieux. Le combat est sur terre. Et la notion quasi- religieuse – masquée en critique de la religion – que la religion et les symboles religieux ont un pouvoir en eux-mêmes – n’a pas plus les pieds sur terre que les fondamentalistes qu’elle prétend combattre.


En tant que socialistes nous ne combattons pas pour qui que ce soit, nous organisons des gens pour qu’ils se battent pour eux-mêmes. C’est aussi valable pour les femmes qui s’identifient comme musulmanes. En gardant cela à l’esprit le risque de s’aligner sur des forces de droite, laïques ou religieuses, est au moins diminué.


[1] L’Alliance Rouge-Verte (Enhedslisten) est une formation large de la gauche radicale danoise, qui s’est formée au début des années 90.

[2] Nina Trige Andersen fait partie de la direction du SAP – la section danoise de la Quatrième Internationale, et milite au sein de l’Alliance Rouge-Verte, en premier lieu dans la commission Queer.

[3] Cette analyse s’appuie sur les analyses féministes critiques faites par des féministes telles que Nighat Said Khan (Pakistan), Sherene Razack (Canada), Gunilla Edemo (Suède) et Mette Buchardt (Danemark, ex : http://www.modkraft.dk/spip.php?art… ).

[4] Pakistansk feminist : stop med at belære os, Dagbladet Information, 25 janvier 2008.

[5] Idem.

[6] Extrait d’une critique sur le site Internet de l’AWID - Association pour le droit des femmes et le développement. Le réseau international de solidarité Femmes Sous Lois Musulmanes (FSLM) et le collectif de femmes basé à Lahore Shirkat Gah (qui agit aussi comme bureau régional de coordination de FSLM pour l’Asie) ont entrepris un travail pionnier de recherche historique. Leur but est de mettre en lumière l’activisme pour les droits des femmes dans les sociétés musulmanes. Critique du livre par Anissa Helie.

[7] Atvarer mot rasisme i feminismens navn, interview sur le site Internet du centre norvégien de recherche sur le genre, Informasjonssenter for kjønnsforskning.

[8] http://www.trotsky.org/francais/len…

[9] http://www.marxists.org/francais/ma…


 

REGIONALES PACA :


SOLIDARITE AVEC LE NPA ET ILHAM MOUSSAÏD

par la coordination régionale PACA des Alternatifs


samedi 6 février 2010


"Partenaires du NPA en PACA pour les élections régionales de mars 2010, sur la base d’un accord politique et programmatique, les Alternatifs PACA sont solidaires de la composition de la liste commune du Vaucluse. La présence sur cette liste d’une jeune militante portant un foulard ne doit pas occulter les objectifs sociaux, démocratiques, écologistes et féministes sur lesquels elle est clairement et depuis longtemps engagée.

Ce sont ces engagements qui expliquent le choix courageux et émancipateur d’Ilham Moussaïd de figurer sur cette liste.


Pour les Alternatifs, la participation à la citoyenneté active de toutes et de tous, et en particulier des jeunes des quartiers populaires de toutes origines, est un objectif central. Elle est inséparable du combat intransigeant pour l’égalité des droits.


Cette candidature a suscité des interrogations. La question est en effet complexe et le débat doit se poursuivre en particulier sur les discriminations et l’héritage post-colonial, comme sur le sens des signes religieux dans l’espace public et sur ce qu’ils signifient par rapport aux droits des femmes.

Les Alternatifs sont prêts à poursuivre ce débat, en restant vigilants sur le contexte dans lequel il s’ouvre. Ils refusent la confusion délibérément entretenue par ceux qui invoquent la laïcité et les droits des femmes uniquement quand il s’agit de l’islam. Ils refusent également l’assimilation entre islam et islamisme, foulard, voile et burqua, sur fond de débat nauséabond relatif à l’identité nationale, dans une logique xénophobe et raciste."


pour la coordination régionale PACA des Alternatifs Magali Braconnot - Bruno Della Sud

 

"L'insoluble contradiction du voile anticapitaliste" (mediapart.fr)
  • Voile médiatique ou vrai débat? En annonçant, mercredi 3 février, la candidature d'Ilham Moussaïd, une militante voilée, en quatrième position de sa liste dans le Vaucluse aux régionales de Provence-Alpes-Côte d'Azur, le NPA est en proie aux critiques de tous bords, interrogeant la société française sur son rapport à la laïcité et à la politique. Martine Aubry (lire ici), Jean-Luc Mélenchon (voir la vidéo) ou Pierre Laurent (lire ici) réprouvent le choix du parti d'Olivier Besancenot.

    Pourtant, depuis l'Abbé Pierre élu député entre 1946 et 1951 jusqu'à Christine Boutin brandissant la Bible dans l'hémicycle (et l'assumant encore aujourd'hui), en passant par les campagnes électorales de Dominique Strauss-Kahn kippa sur la tête dans les rues de Sarcelles (certes dans une ville où le poids des diverses communautés est grand), les exemples de mélange des genres entre religion et politique sont nombreux. Même le port du voile par une élue de la République n'est pas une nouveauté; on retrouve ainsi, par exemple, sur le site de la mairie d'Echirolles (Isère) le portrait de Besma Mechta, conseillère municipale communiste élue depuis 2008, posant avec un foulard couvrant ses cheveux.

    Avec l'immixtion sur le devant de la scène politique d'Ilham Moussaïd, c'est un débat interne fort complexe traversant le NPA depuis sa création qui est désormais livré à la place publique. Un débat où les contradictions sont nombreuses et les convictions profondes de toutes parts. Au-delà de certaines caricatures cherchant à embringuer dans le contexte «burqa/identité nationale» une réflexion pourtant ancienne, Mediapart revient au fond du débat, tel qu'il est actuellement discuté par les militants du NPA.

  • Le NPA a-t-il fait un coup médiatique?

    «Franchement, on se serait bien passé de ce débat en pleine campagne électorale, confie Pierre-François Grond, n°2 et porte-parole du NPA. En l'espace d'une heure, j'ai eu plus de vingt sollicitations médiatiques, dont le 20h de TF1 et de France 2, qu'on a refusé.» Tout part d'un article paru dans Le Figaro mardi 2 février (lire ici). A la va-vite, deux communiqués de presse sont publiés en milieu de matinée, dont le premier ne cite même pas le nom d'Ilham Moussaïd, n'évoquant que «le choix du NPA du Vaucluse qui, après un débat sérieux et complexe, a été d'inclure sur ses listes une de ses membres, militante féministe, anticapitaliste, internationaliste qui estime devoir porter le voile en raison de ses convictions religieuses».

    Un second communiqué, trois heures après, apporte un rectificatif à une citation attribuée à Besancenot dans l'article du Figaro: «J'ai simplement dit: “Ilham est la preuve qu'on peut être au NPA et porter le voile”», exprime la tête de liste anticapitaliste en Île-de-France. «On fait dire à Olivier qu'Ilham est une “militante féministe, voilée et laïque”. Or, ça, c'est ce que dit Ilham, pas Olivier», justifie Grond. Sur le site Arrêts sur image, la journaliste du Figaro maintient toutefois avoir entendu les propos de Besancenot.

    En réalité, le NPA est saisi de ce débat interne depuis sa création, et l'entrée dans la défunte LCR de plusieurs militants issus des «quartiers populaires» (appellation officielle donnée aux banlieues). Dès le lancement du nouveau parti qu'il a impulsé, Olivier Besancenot souhaite qu'il se développe dans les cités, de la même façon qu'il s'implante dans les entreprises. Lors de l'université d'été d'août 2009 à Port-Leucate (Aude), le sujet fait même l'objet de cinq tables rondes (lire notre reportage). Puis, fin septembre 2009, Olivier Besancenot sera la seule tête d'affiche à faire le déplacement au Forum social des quartiers populaires, dans le quartier délabré du Petit-Bard à Montpellier (lire notre reportage).

    A chaque fois, les tensions s'expriment, sur les relations aux associations de quartier, sur l'instrumentalisation politique, sur la pratique du ramadan. Et sur le port du voile, déjà. La candidature d'Ilham Moussaïd doit donc d'abord être interprétée comme la continuité de ce questionnement.

  • Qui est Ilham Moussaïd?

  • Militant à Avignon, et historique de la Ligue, Jacques Fortin voit dans cette étudiante de 25 ans «une fille bien, posée, qui n'essaie pas d'instrumentaliser le NPA au profit de questions communautaires. Lors de son adhésion, son voile n'avait pas posé de problème, plutôt de la sympathie». Comme le raconte Hendrik Davi, un autre militant avignonnais, sur son blog dans Mediapart, «Ilham Moussaïd a milité au sein d'un collectif contre l'occupation de Gaza, il y a un peu plus d'un an». Etudiante, elle participe aussi aux grèves dans sa faculté et devient trésorière locale puis départementale du NPA dans le Vaucluse.

     

    En octobre 2009, elle a participé à une formation près de Rouen, sur la question du féminisme. Elle en garde le souvenir d'un «moment d'échanges qui s'est très bien passé. Je comprends le discours, et c'est vrai qu'il y a des femmes soumises chez les femmes voilées. Mais l'inverse est aussi vrai, je ne me sens pas du tout soumise et je me retrouve dans les principes d'égalité, de justice et de répartition des richesses qui sont portés par le NPA».

    Désignée candidate à l'issue d'un vote des militants du Vaucluse, par 60% des voix, elle entend «défendre la parole des classes populaires et du quartier d'où je viens (La Rocade, à Avignon) mais pas sur le voile. Plutôt sur les questions de discriminations, de logement ou de chômage. Je ne suis pas là pour représenter les femmes voilées, mais j'espère que ça parlera à des gens, que ça fera réfléchir». Aujourd'hui, si elle se dit en accord avec le programme anticapitaliste, elle ne songe pas à retirer son voile: «Il y a des croyants au NPA, de différentes religions. Si j'attire l'attention, c'est seulement parce que l'expression de ma foi est visible.»

    Pour l'un de ses proches, Abdel Zahiri, «Ilham a une vraie légitimité militante. Et il se trouve qu'elle porte le voile. Mais ce n'est pas son combat. Cela dit, c'est aussi un message d'ouverture. C'est un moyen de dire que tout le monde a toute sa place au NPA. Et puis jusqu'ici, les filles voilées étaient obligatoirement soumises. Elle montre que ce n'est pas totalement vrai».

    Pour autant, la désignation d'Ilham Moussaïd fait débat en interne et passe mal. Sa proximité avec Abdel Zahiri n'y est pas pour rien. Provocateur, il ne cesse depuis son adhésion de bousculer les certitudes des militants traditionnels, bien plus structurés politiquement, au sens classique de l'extrême gauche. D'abord taxé de communautarisme, il est désormais critiqué pour son «caractère incontrôlable et individualiste» par certains militants locaux.

    En août 2009, il confiait à Mediapart, à l'issue d'une longue discussion avec le philosophe Daniel Bensaïd: «Moi, quand je viens aux universités d'été, je me déguise en Arabe, avec une djellaba. Mais en vrai, je ne m'habille jamais comme ça chez moi. Seulement, ça permet d'habituer les gauchos, en confrontant les pratiques et en laissant de côté les passions. Ça permet de gagner du temps. Dans l'autre sens, moi j'ai besoin de formations sur le marxisme et tout le bordel, car ça m'intéresse et je n'y connais rien.»

    Intrigué par le personnage, Daniel Bensaïd (décédé il y a deux semaines) disait alors, en évoquant les menus ramadan spécialement servis à une dizaine de militants musulmans: «Cela pose la question de ce qu'on veut. Si l'on veut ouvrir la politique à ceux qui en sont privés, il faut être attentif. Par exemple, on ne peut pas fixer un Conseil national qui aurait lieu pendant l'Aïd-el-Kébir. C'est vrai que ça ne nous viendrait jamais à l'esprit de l'organiser le jour de Noël.»

    Mais le débat actuel au NPA, local et national, se porte lui sur la question de la laïcité et du féminisme. Et il est loin d'être simple…

Quel est l'état du débat au NPA?

Au cœur de la controverse, qui dépasse tous les courants de pensée jusqu'ici constitués au sein du NPA, c'est bien l'illustration de l'abandon des fondamentaux trotskystes qui est en jeu. «On est pris dans nos contradictions et entre deux tensions, reconnaît Pierre-François Grond. Entre l'envie de casser les barrières de la politique traditionnelle et l'attachement à nos valeurs féministes et laïques. Aujourd'hui, l'important est de pouvoir entrer dans le parti avec ses croyances, tout en adhérant à une visée émancipatrice. Mais il ne s'agit pas d'imposer des pré-requis, comme il y a trente ans.»

Pour Anne Leclerc, responsable de la «commission féminisme», «il est évident que le NPA, ce n'est plus la Ligue. Mais je pense que la croyance doit rester une question individuelle. Le problème, c'est de ne pas entrer dans la logique de stigmatisation anti-musulmane et de garder le cap de l'émancipation».

De son côté, Omar Slaouti, responsable de la «commission quartiers populaires», met en garde contre «l'idée malsaine que le NPA rechercherait des militantes voilées. On effectue un travail dans les quartiers, et il se trouve juste que dans ces endroits, où on ne voit plus la gauche, il y a plus de musulmans qu'ailleurs. La question est alors: “Quelle place on leur accorde?” Mais rien que de poser cette question, j'ai un peu honte…».

C'est bien la représentation politique qui pose problème, dans la pratique. Un parti se disant laïque peut-il présenter une candidate présentant un signe extérieur religieux? Selon Slaouti, «il ne peut y avoir de militantisme à deux vitesses. Ce n'est finalement pas si éloigné du débat qu'on pouvait avoir à la Ligue dans les années 1980, quand on se battait pour que les travailleurs immigrés puissent être syndicalistes, et pas seulement syndiqués. Et puis Ilham a un discours très clair sur les valeurs féministes, sur l'avortement ou sur l'homosexualité. Et elle combat là où les féministes ne sont pas toujours implantées».

Pierre-François Grond tente lui de démontrer la difficulté du cas présent: «Si une femme voilée vient nous voir et porte un discours inégalitaire, il n'y a pas de problème, elle n'a pas sa place chez nous. La difficulté politique, c'est quand une femme voilée nous rejoint et porte un discours en adhésion avec nos principes. Ici, il ne s'agit pas de la laïcité à l'école, mais d'un choix religieux d'adulte consentant.»

Anne Leclerc, qui a mené des formations au féminisme «très enrichissantes et pas du tout passionnées» avec Ilham Moussaïd, rajoute un autre élément dans l'embrouillamini théorique: «Il y a aussi chez nous des musulmanes non voilées, qui sont croyantes mais opposées au foulard. Et elles vivent très mal, peut-être même plus mal que nous, le fait de voir une candidate du NPA voilée. Pour une fille comme Fahima Laidoudi, qui est membre du comité politique national, les vraies questions sont la précarité et le chômage, et le voile une diversion.» Et d'expliquer le fond du problème: «Rien n'a été codifié sur cette question au lancement du NPA. On a bien sûr comme principes fondateurs la laïcité et le féminisme, mais on ne s'est pas posé la question de la religion.»

Alors, le NPA a décidé de trancher la question religieuse lors de son prochain congrès, du 11 au 14 novembre 2010. En attendant, la direction anticapitaliste laisse tout le monde s'exprimer, tant la diversité des points de vue semble grande en son sein. Et sur son site, à côté du communiqué du NPA Vaucluse, on retrouve celui de la minorité locale«Ce débat n'est pas choquant, il est même salutaire et sera transparent, promet Pierre-François Grond. On l'entamera après les régionales, et on le fera sérieusement, en produisant des textes et sans brutaliser quiconque.» ayant rejeté la candidature d'Ihlam Moussaïd.

Stéphane Alliès.

 

"Le NPA mal fichu sur le foulard" (Libération du 5 février)

Drôle de débat au NPA. Après la présentation d’Ilham Moussaïd, jeune fille musulmane portant un voile, en quatrième position sur leur liste aux régionales dans le Vaucluse, les anticapitalistes se sont pris une volée de la part du reste de la classe politique.

Coup de pub ou simple expression de la transformation de ce nouveau parti issu de la Ligue communiste révolutionnaire, trotskiste donc ultra-laïc, en une formation ouverte à d’autres champs de la société, dont les quartiers populaires? «On savait que ça allait lancer le débat, avoue Abdel Zahiri, figure NPA avignonnaise et proche d’Ilham. On ne l’a pas proposée à la candidature seulement parce qu’elle a un voile sur la tête. Mais c’était un élément on va dire complémentaire.»


«Féministe».


Etudiante en BTS-gestion, cette Avignonnaise de 22ans a rejoint le NPA il y un an. Engagée dans un comité de soutien aux Palestiniens pendant l’offensive sur Gaza, elle rencontre des militants déjà engagés dans la transformation de la LCR en NPA. Aujourd’hui, elle est trésorière de son comité dans le Vaucluse. «C’est surtout quelqu’un d’engagé localement, défend Abdel Zahiri. Quelqu’un qui fait de l’accompagnement scolaire auprès des jeunes des quartiers.»

«Si on a décidé de la présenter c’est parce que c’est quelqu’un de sincère, d’engagée, en accord avec les principes fondateurs du NPA. Elle n’est pas là pour dire comment les gens doivent croire ou ne pas croire. Elle ne représente pas la communauté musulmane ni le Coran! Elle se dit féministe, laïque et anticapitaliste.» Et explique que son foulard blanc est mû par une «conviction religieuse» personnelle. «Elle se définit d’abord sur nos fondamentaux: elle est pour le droit à l’avortement, défend l’homosexualité», ajoute un des responsables locaux, Jacques Fortin.


Démissions.


Mais chez ses camarades du Vaucluse - et plus largement chez des anticapitalistes marqués par l’idéologie marxiste - sa candidature crée débats et contestations. Lors de l’assemblée générale d’investiture des candidats locaux, «on s’est écharpé!» confie Fortin. Une fois le vote favorable à la présence d’Ilham Moussaïd sur la liste, trois colistières ont démissionné, ne voulant pas figurer sur la même liste que la jeune fille. «C’était intenable, pour moi, il y avait une incompatibilité à être dans un parti laïc et féministe avec un signe religieux ostensible, symbole d’une forme d’oppression de la femme.» «Dans cette histoire, deux conceptions de la laïcité s’affrontent, analyse Vincent Tiberj, chercheur à Sciences Po. Une laïcité multiculturelle, au sens anglo-saxon du terme, que l’on retrouve davantage dans les jeunes générations. Et une laïcité que l’on peut qualifier de neutralité où toutes les références religieuses doivent être gommées.» explique l’une d’elle,

 

«Si Ilham faisait de son foulard un signe ostentatoire, bien sûr ça poserait problème. Mais ce n’est pas du tout le cas!»affirme Omar Slaouti, membre de la commission «quartiers populaires» du NPA. «Sidéré»par l’emballement médiatique autour de cette candidature, il dénonce un «climat d’islamophobie rampante. Dès qu’il y a un signe religieux, on y voit un signe ostentatoire.» Outre ce problème de laïcité, «à travers le voile, beaucoup d’entre nous voient aussi un signe d’oppression de la femme», commente Anne Leclerc de la commission «intervention féministe» du NPA. «Le problème est que cette jeune fille est l’exemple type de la personne qui n’a rien d’une personne dominée», pointe Vincent Tiberj. Le NPA paie dans cette affaire les questions laissées en suspens lors de son congrès fondateur d’il y a un an. «La question a été laissée de côté volontairement lors la fondation du parti, explique Pierre-François Grond à la direction du NPA. On ne voulait pas faire d’oukase vis-à-vis des nouveaux militants qui nous rejoignaient.»


Du coup, la question doit être réglée en novembre lors du prochain congrès. «Est-ce qu’une porte-parole voilée ou un porte-parole avec une kippa peut représenter le NPA?» interroge Slaouti. «On demande aux gens de juger une personne sur ce qu’elle est, dit, fait, plus que sur ce qu’elle paraît», revendique Abdel Zahiri tout en dénonçant «l’hypocrisie des politiques» sur le sujet. «Y a-t-il islamisation? Non. Est-on contre les statuts du NPA? Non plus.»

«Cette situation est la conséquence de l’ouverture de l’organisation, observe Florence Johsua, chercheuse au Cevipof. Elle pose la question de la représentativité des profils sociaux des nouveaux militants.»«Le NPA est un syncrétisme de différentes idéologies, définit Vincent Tiberj, la rencontre de différentes gauches, en phase avec des combats postmatérialistes (OGM, sans-papiers…) et culturels différents, très individualisés.»

Lilian Alemagna

 

 

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:56

Par Ivan du Roy, 4 février 2010, in Basta !

Le cas Henri Proglio est l’arbre d’indécence qui cache une forêt de cupidité. En toute discrétion, vingt patrons et dirigeants de société du CAC 40 viennent d’encaisser une partie de leurs gains en stock-options : près de 20 millions d’euros. Ces énormes plus-values ne doivent rien à l’utilité sociale de ces « élites » mais reposent plutôt sur l’accaparement de richesses produites par d’autres.


La crise, quelle crise ? Vingt PDG et hauts dirigeants de grandes entreprises ont perçu près de 20 millions d’euros de plus-values grâce à la vente de leurs stock-options fin 2009. Sur le podium de ces heureux gagnants : le PDG d’Alstom, Patrick Kron, avec 2,5 millions de gains, arrive largement en tête, devant le PDG de Vinci, Xavier Huillard, avec 2 millions, talonné par le directeur financier de GDF-Suez, Gérard Lamarche, avec plus de 1,9 million d’euros (la plus-value de son supérieur, Gérard Metrallet, PDG de GDF-Suez, s’élève plus modestement à 1,3 millions). Ces impressionnants revenus – qui s’ajoutent à leurs salaires, primes et retraites complémentaires [1] – viennent-ils récompenser leur capacité à avoir créé et construit ces grands groupes industriels ?


Les trois PDG ont grandi dans le cocon de la haute fonction publique : Xavier Huillard au sein de la Direction départementale de l’équipement, Patrick Kron dans les méandres du ministère de l’Industrie puis de Pechiney, alors nationalisée, Gérard Mestrallet à la direction du Trésor puis au sein de Suez, elle aussi nationalisée. Bref, ils savent administrer mais n’ont rien créé. Leurs revenus reflètent-ils alors leurs incomparables compétences de gestionnaires qui savent allier performances économiques, bonnes pratiques sociales et politiques environnementales ? Que nenni. Ces bonus illustrent plutôt leur étonnante capacité à gérer une organisation qui s’accapare les bénéfices que génèrent l’entreprise, en partie grâce à l’argent des contribuables, sans pour autant en faire profiter leurs salariés. Une pratique qui dépasse largement le cas très médiatisé d’Henri Proglio, premier double PDG de l’Histoire de France.


Contribuables embobinés


Au printemps 2007, avant la crise, la plus-value potentielle accumulée par les patrons du CAC 40 dépassait le milliard d’euros ! [2] Patrick Kron avait accumulé 14 millions de plus-values en 2008. Après avoir encaissé son pactole de 2009, il lui resterait toujours 10,5 millions d’euros potentiels à empocher avec les actions qu’il n’a pas encore vendues. Ces revenus s’ajoutent bien évidemment à son salaire de dirigeant et à ses primes. Le PDG s’était augmenté de 33% en 2006, portant son salaire annuel à plus de 2,2 millions d’euros. Une augmentation moins médiatisée que les 4 millions d’euros de parachute doré que son prédécesseur Pierre Bilger s’était accordé en laissant, en 2003, une entreprise exsangue. Sous la pression, l’ancien PDG y avait finalement renoncé.


Si le PDG d’Alstom gagne autant, c’est que ce polytechnicien a accompli des « miracles ». En 2006, Alstom vient tout juste d’éviter la faillite grâce à un plan de sauvetage de l’Etat et à des milliers de suppressions d’emplois. L’Etat signe au groupe industriel un chèque d’un demi milliard d’euros en rachat d’actions et en prêts. Quatre ans plus tard, grâce aux contribuables, Alstom est sauvé et ses performances boursières sont au top. A l’automne 2009, l’entreprise emploie moins de 15 000 personnes en France contre 27 000 cinq ans plus tôt ! Elle va continuer de réduire ses « coûts », en supprimant notamment 2 000 emplois. Le « miracle » de Patrick Kron, c’est d’avoir su multiplier chômeurs et subventions.


Salariés précarisés


La stratégie des dirigeants de Vinci, géant du BTP, est plus roublarde. Son ancien PDG, Antoine Zacharias, en a d’ailleurs fait les frais. Au printemps 2007, celui-ci avait accumulé près de 255 millions de plus-values potentielles sur ses stock-options ! Poursuivi pour « abus de bien sociaux » par le tribunal de Nanterre, il sera jugé les 25 et 26 mars prochains. Les émoluments de son successeur paraissent aujourd’hui bien modestes. Les profits de Vinci, et donc la fortune de ses dirigeants, s’appuient en partie sur les « délégations de service public » et les « partenariats public privé » conclus avec l’Etat ou les collectivités territoriales.


Rien que pour l’année 2009, Vinci a obtenu la construction du Pont du Levant à Bordeaux (125 millions d’euros), l’édification des campus Paris rive gauche (273 millions) et de celui de l’école polytechnique (100 millions), la mise en place d’une station d’épuration sur l’île de La Réunion (21 millions), la gestion des aéroports de Rennes et Dinard (45 millions de chiffre d’affaires annuel) tout en augmentant sa participation dans ses filiales administrant déjà les aéroports de Grenoble, Chambéry, Clermont-Ferrand et Quimper. Vinci, ancienne Société générale d’entreprises, ne fait que reproduire les pratiques de son ancien propriétaire, Vivendi (ex Compagnie générale des eaux), qui a bâti sa fortune sur la rente de l’eau.


Côté politique sociale, le groupe s’enorgueillit d’avoir recruté 10.000 « emplois durables » en France. Précisons que les contrats de 18 mois – qui peuvent être des CDD - sont considérés comme « durables ». La situation sociale de l’entreprise semble très loin d’être paradisiaque. La précarité y est largement développée. Le turn-over des salariés est de 32% selon le bilan social de l’entreprise. La grande majorité des départs sont des fins de CDD ou de contrats en alternance, sans compter un recours important à l’intérim (équivalent à 10% des effectifs). Autant de salariés qui ne participent pas aux bénéfices. Le taux d’absentéisme y est important. Dans l’activité « route », qui comprend une partie des autoroutes anciennement publiques aujourd’hui privatisées, il atteint plus de 17 jours d’absence (plus de trois semaines de congé maladie) par an et par salarié. Soit le double du taux d’absentéisme moyen dans le privé. « En 2007, chacun d’entre nous a rapporté en moyenne 9 000 euros de plus-value annuelle au groupe qui s’endette par sa boulimie de croissance externe par le rachat d’entreprises », s’indignait la CGT, demandant, au vu des millions d’euros de primes et parachutes dorées que se sont accordés les membres du conseil d’administration fin 2008, à ce qu’il n’y ait aucun salaire en dessous de 1600 euros.


Consommateurs floués


Quant à GDF-Suez, l’entreprise est en situation de quasi-monopole. Depuis 2004, alors que la privatisation progressive de Gaz de France commence, la multinationale ne cesse de critiquer le tarif réglementé du gaz, fixé par l’Etat. Le tarif réglementé lui aurait fait perdre 1,6 milliards d’euros entre 2004 et 2008. Cela n’a pas empêché l’entreprise de réaliser en 2008 le plus gros bénéfice de son histoire : 6,5 milliards d’euros, dont les trois quarts ont été reversés aux actionnaires (dont l’Etat). Ces « pertes » n’ont pas gêné outre mesure le PDG Gérard Mestrallet qui, en plus de la vente de ses stock-options fin 2009, s’était accordé en 2008 une augmentation de 15% avec un salaire supérieur à 264 000 euros mensuels [3]. Étrange coïncidence : l’année 2008 s’est soldée pour le consommateur d’une hausse de 15% de sa facture de gaz, sans que le service rendu se soit amélioré.

La fédération de consommateurs UFC Que Choisir pointe la dégradation des réseaux de distribution, de GDF comme d’EDF : « Ces réseaux se dégradent insensiblement depuis des années. Les transformateurs sont moins bien entretenus, les canalisations tardent à être remplacées (…). Le niveau de sécurité reste largement acceptable, mais l’ensemble devient plus fragile et les pannes plus fréquentes. » En parallèle, un mouvement social mené au printemps 2009 dans les filiales de distribution de GDF et d’EDF, dénonçait les inégalités de salaire, la dégradation des conditions de travail ou le recours de plus en plus massif à une sous-traitance aux dépens de la qualité. Ces grèves ont été brutalement réprimées en interne. La prédation des richesses publiques par la nouvelle oligarchie au pouvoir se poursuit en toute impunité, sous la protection du bouclier fiscal.


Ivan du Roy


Notes


[1] Xavier Huillard, PDG de Vinci perçevait en 2008 un salaire mensuel supérieur à 124 000 euros.

[2] L’Expansion, juin 2007.

[3] Selon le magazine Challenges (2 avril 2009)

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:55

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Après une édition 2009 du forum économique sous le signe de la crise, celle-ci semble être oubliée en ce mois de janvier.

Après avoir fait pleurer dans les chaumières sur TF1, en prenant fait et cause pour les caissières qui « devraient pouvoir travailler plus », les enseignants précaires qui devraient « être titularisés » et autres hypocrisies, super Sarko est retourné au bercail.


Car lorsqu’ils sont entre eux, les riches sont partout chez eux. Et c’était bien le cas à Davos, petite station de ski de la Confédération helvétique qui regroupait pour la quarantième fois les puissants de la planète. Sarkozy a donc fait l’ouverture du forum économique de Davos en jouant la partition de la moralisation du capitalisme devant un auditoire pour le moins sceptique et à la limite de l’ennui.


Comme le relate la presse, dans un sens de l’euphémisme consommé : « Pas de standing ovation pour Sarkozy ». Mais le super président ne s’est pas arrêté là. Il a déclaré que : « C’est bien de prendre des décisions au G20, encore faut-il qu’elles soient mises en œuvre ! » On y croirait presque. Alors ne reculant devant aucune rodomontade, il a expliqué que lorsque la France organiserait G20 et G11, alors là, ils verraient bien ce qu’ils allaient voir! Même pas peur, pour tout dire.


Car, à supposer qu’il y ait autre chose dans les paroles de Sarkozy qu’un discours de circonstances quel­ques semaines avant les élections régionales, la réalité est que l’Union européenne en général et la France en particulier ne pèsent pas grand chose quand il s’agit de convaincre les puissants. Et une des conclusions de cette dernière édition de Davos est que la stabilité et l’avenir du capitalisme ne se joueront pas, à terme, dans les pays du Nord, mais en Asie et en Amérique latine.


Et de ce côté-là, la morale, même lorsqu’il ne s’agit que de discours n’est pas de mise. La Chine affiche pour 2009 une croissance de près de 9 % et l’Inde est à peine plus bas. Pour autant, les banquiers ont fait profil bas et sont venus moins nombreux qu’à l’accoutumée. Et ceux qui étaient là se sont insurgés : comment, on nous demande des comptes ? Ce n’est pas comme si les banques étaient à l’origine de la crise financière ! Une fois de plus, les États sont les bienvenus lorsqu’il faut injecter des milliards pour sauver les entreprises de la faillite, mais à condition qu’ils sachent se retirer sur la pointe des pieds.


Comme le disait un banquier français1 « À vouloir trop encadrer le risque, on risque de le tuer. Or l’entreprise et avec elle l’emploi, c’est au départ une prise de risques. » Il oublie juste de préciser que les risques sont toujours payés par les travailleurs qui font les frais des crises économiques.

Alors, le bilan de ces quatre jours de Forum économique dont le mot d’ordre était « repenser, reconstruire, redessiner le monde » ?


Business as usual...
Alors que les 2 500 chefs d’entreprise, gouvernants, universitaires... faisaient en sorte que rien ne change, 30 000 altermondialistes retrouvaient le chemin de Porto Alegre, au Brésil, pour le 10e Forum social mondial. Ils ne pouvaient que se féliciter d’avoir su prédire que le système libéral courait à sa perte et que leurs préoccupations en termes de régulation ou de taxation seraient reprises au à Davos. Pour autant, ils étaient nombreux à dire que de nouvelles propositions devaient être formulées.
Dominique Angelini

1. cité par La Tribune du 1er février

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:53



Environnement: les rivières toujours mal en point

L'affaire des algues vertes sur les plages bretonnes est loin d'être terminée. La veille de Noël encore, les habitants d'Hillion (Côtes-d'Armor) apprenaient la suspension par le tribunal administratif de Rennes d'un arrêté municipal ordonnant la fermeture d'un site de compostage de ces algues au motif qu'il était saturé. La spectaculaire prolifération de ces végétaux - dont la décomposition produit des émanations toxiques - n'est pas, loin s'en faut, la seule conséquence de l'excès des nitrates présents dans les rivières, qui résulte lui-même de l'emploi massif d'engrais azotés par les agriculteurs. S'y ajoute notamment le développement de microalgues dans les cours d'eau (eutrophisation), qui y perturbe, voire détruit toute vie. Sans oublier les surcoûts liés aux traitements pour rendre l'eau potable.


Antoine de Ravignan

Alternatives Economiques - n°288 - Février 2010
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:52

Le gouvernement insiste sur la nécessité d'adapter le parc social aux demandes les plus pressantes des mal-logés, en ciblant les zones tendues, les jeunes et les précaires. Sur le terrain, la mise en œuvre n'est toutefois pas aussi simple que sur le papier.

Par exemple, la précédente ministre du Logement, Christine Boutin, avait lancé une offensive similaire, en reprochant aux organismes HLM de ne pas loger les plus nécessiteux. Dans les faits, la rotation du parc, qui consisterait à faire partir les ménages qui se sont enrichis depuis leur entrée dans les lieux, ou à faire déménager les personnes âgées qui vivent seules dans des appartements familiaux, n'est pas simple à mettre en œuvre, tant ces situations humaines sont délicates à gérer.

Mais si le gouvernement souhaite atteindre son objectif de faire correspondre l'offre à la demande sociale, il peut avancer sur trois pistes, qui sont concrètement plus simples à emprunter mais qui nécessitent soit des budgets plus importants soit un bras de fer politique délicat. La première est la plus connue : construire des HLM dans les communes qui en comptent peu, et donc faire appliquer l'article 55 de la loi SRU, qui impose 20 % de logements sociaux dans les communes des agglomérations. Cela passe par des objectifs plus ambitieux, plus sociaux et appliqués à davantage de communes, une augmentation des pénalités à payer en cas de refus par les maires d'atteindre leurs objectifs et par la substitution de l'Etat en cas de mauvaise volonté manifeste des élus locaux.

La seconde consisterait à lutter vraiment contre les discriminations. En effet, on constate que les ménages immigrés attendent en moyenne deux fois plus longtemps un HLM que les autres, alors même qu'il leur est plus difficile de se loger dans le privé pour les mêmes raisons (préjugés des bailleurs, difficulté à trouver des cautions solidaires sur le territoire...). D'après une étude du Groupe d'études et de lutte contre les discriminations (GELD) de 2002, anonymiser les demandes de logement social permettrait de mettre les demandeurs à égalité, quels que soient leur patronyme ou leur lieu de naissance.













Mais la marge de manœuvre la plus importante pour répondre aux besoins réels des demandeurs de HLM reste la construction de logements « vraiment » sociaux (c'est-à-dire des PLA-I ou des PLUS, plutôt que des PLS). Or, on n'en prend pas le chemin. Ces cinq dernières années, l'augmentation de constructions de HLM repose essentiellement sur celle des prêts locatifs sociaux (PLS), des logements dits « sociaux » qui en réalité s'adressent aux catégories intermédiaires, et ont l'avantage de ne rien coûter à l'Etat en termes d'aides à la pierre. Décidément, résoudre la crise du logement sans débourser un centime est une mission difficile pour Benoist Apparu.

MD - Alternatives Economiques (4 Février 2010)


Le collectif de mal-logés Jeudi Noir,

qui occupe un hôtel particulier place des Vosges à Paris, vide depuis 47 ans, a été condamné à l'expulsion et à 25 000 euros d'indemnités par mois d'occupation supplémentaire. Une décision encore trop clémente pour Jean Perrin, le président de l'Union nationale de la propriété immobilière: il estime que cette occupation, "c'est exactement pareil que le pirate qui va prendre une classe de petits gamins en otage". Mais que fait le GIGN?
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:40



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