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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:36



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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:33
manif_des_chomeurs_5-12-09_022.jpg

Contrairement aux déclarations de Sarkozy, sa politique augmente la précarité dans la fonction publique, alors qu’elle atteint déjà des niveaux records.


Lors de son show télévisé, Sarkozy s’est dit prêt à « envisager la titularisation progressive des contractuels » de la fonction publique. Cette déclaration est en totale contradiction avec la politique menée par le gouvernement.
Près d’un million de personnes sont non titulaires dans les trois fonctions publiques d’État, territoriale et hospitalière.


15 % des personnels ont un contrat précaire de droit public, sans compter les dizaines de milliers d’emplois aidés de droit privé. L’État est de loin le plus gros employeur de précaires. C’est un système généralisé qui permet de moins payer les personnels, les mettre sous pression, casser les conditions de travail, affaiblir les syndicats…


Si l’annonce de Sarkozy était réellement mise en œuvre, elle concernerait 24 % des agents de la fonction publique territoriale (les collectivités territoriales, dont les régions), où la précarité est la plus développée. Certains secteurs ne reposent que sur des précaires : 99,6 % de non-titulaires dans les métiers d’assistante familiale, 88 % des animateurs de relais assistantes maternelles, 64 % des animateurs de centres de loisirs et 50 % des enseignants artistiques.


Contrairement à ce que dit Sarkozy, sa politique est à l’origine de l’augmentation de la précarité. Il multiplie les suppressions de postes : 80 000 postes d’enseignants titulaires en moins entre 2007 et 2012 (un emploi sur dix). Dans l’enseignement, la réforme des concours et la masterisation vont avoir pour résultat un volant de précaires supplémentaire, pour des salaires misérables (1 250 euros par mois pour un délégué auxiliaire à bac+5, s’il a un temps complet !).


Dans l’enseignement privé sous contrat, qui représente 20 % de l’Éducation, la précarité explose. Dans le secondaire sous contrat, un prof sur cinq est précaire (un sur vingt dans le public, mais en forte augmentation). Sur les 142 000 enseignants, 15,6 % sont non-­titulaires, dont 71 % de femmes et 45 % de temps partiel… Or on sait que bien souvent les profs du privé sous contrat sont un laboratoire des mesures qui sont ensuite généralisées à tous les autres.


Le gouvernement n’a entamé aucune négociation réelle sur cette question avec les syndicats. Il y a fort à parier que Sarkozy faisait référence à une mesure qui existe déjà : le CDI après six années consécutives de précarité ce qui revient en définitive, à imposer six années de période d’essai. Cette loi, mise en application en 2005 dans l’enseignement public et en 2007 dans l’enseignement privé sous contrat, ne sert qu’à généraliser et casser les statuts existants.


Elle s’est substituée à des garanties de réemploi des non-titulaires qui existaient précédemment. Ce CDI, attribué de manière totalement arbitraire est dérogatoire à toutes les lois qui s’appliquent dans le privé. Le Medef en rêve, c’est l’État qui l’applique pour son propre compte.


Pour mettre fin réellement à la précarité dans la fonction publique, les seules mesures crédibles sont d’arrêter les suppressions de postes et de procéder à la titularisation de tous, avec les mêmes statuts que les titulaires. Loin de faire confiance aux fausses promesses de Sarkozy, les syndicats devraient profiter de ces déclarations pour informer et mobiliser sur la précarité, organiser et syndiquer les précaires, mener réellement la bataille contre les suppressions de postes.


L’aggravation de la précarité concerne tous les salariés. La généralisation d’un double statut va accentuer la pression sur les statuts de titulaires et aggraver les conditions de travail de tous. À nous de convaincre dans les syndicats, qu’il est plus que temps de se mobiliser sur cette question, tous ensemble, titulaires et précaires.


Correspondant

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 09:24

jeudi 4 février 2010 (19h21)

de Philippe Marlière Maître de conférences à Londres


Dans une interview accordée à Marianne, Jean-Luc Mélenchon a commenté la candidature aux régionales d’Ilham Moussaïd. Cette jeune femme voilée est candidate sur la liste NPA du Vaucluse. Pour le sénateur, cette candidature, ce « n’est franchement pas une bonne idée » et « tout ça est régressif ». Bloggeur sur Rue89 et militant au NPA, Philippe Marlière, lui répond.


Cher Jean-Luc,


Nous avons eu droit à la grand messe sur l’identité nationale des sécuritaires Besson-Hortefeux (un « débat » pour attrape-nigauds ou pour fachos de tout poil). Puis, ce fut au tour du couple Gérin-Raoult, les pieds-nickelés de l’ordre républicain (et « éradicateurs » de burqas). Aujourd’hui, nous enchaînons avec la chasse à la candidate « islamiste » du NPA. Manque de pot, cette fois-ci, c’est toi qui lance la meute contre Ilham Moussaïd. Que tu le fasses à partir d’une feuille réactionnaire (la mal-nommée Marianne) ajoute encore au trouble.


Tu dis que cette candidature est « régressive ». Qu’en sais-tu ? Connais-tu la candidate ? As-tu discuté avec elle de ses opinions politiques ? Qu’est-ce qui te permet de douter de son engagement féministe, laïque et de gauche ?

Tu affirmes que cette candidature est « immature ». Pourquoi ? En quoi le choix d’une femme dont les parents sont issus de l’immigration serait « immature » ? Cette initiative que tu qualifies subtilement de « racoleuse » vise en réalité à présenter une jeune femme d’origine populaire et qui est politiquement active dans sa région. Où est le mal ?

En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ?

On peut opposer cet acte pleinement politique à la pitoyable drague des « minorités visibles » par les partis de gauche (un terme hypocrite et impropre, car on sait bien que l’on s’intéresse ici au caractère ethnique des personnes). Dans ce cas, contre la mise en scène de la couleur sur une liste, des partis de la gauche laïque cèdent quelques strapontins à des minorités normalement invisibles. Qu’as-tu à dire de cette tartufferie électorale ?

Plus fort encore : tu affirmes que le NPA « entraîne le débat sur le terrain religieux ». En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ? Rien dans son discours public de militante ne te permet d’étayer cette accusation gratuite.


Allons, cessons de tourner autour du pot : ce qui te pose problème, ce n’est ni la candidate, ni ses origines ethniques ou sociales, mais le fait qu’elle porte un foulard. Un foulard ! Quelle horreur ! Et te voilà déclinant le prêt-à-penser soi-disant laïque : le foulard, c’est mal, ce n’est pas républicain, ce n’est pas progressiste, etc.


Tu es l’un des rares hommes politiques français qui lit, réfléchit, débat, tente de comprendre et d’interpréter le monde tel qu’il est. Quelle déception de te retrouver attablé au café du communautarisme laïcard. Le foulard est un « signe de soumission patriarcale » assènes-tu. Qu’en sais-tu ?


Le foulard n’a intrinsèquement rien à voir avec cela. Dans certaines situations, une femme voilée peut en effet être soumise à la domination masculine, mais c’est loin d’être une règle générale. Inversement, nombre de femmes en apparence « libérées » et « modernes » vivent sous le joug tyrannique de conjoints.


La domination patriarcale s’inscrit avant tout dans les rapports hommes-femmes au quotidien. Une femme qui a librement décidé de porter le voile et qui mène une existence autonome sera toujours plus libre que celle sans voile qui, du foyer au bureau, sera cantonnée à des rôles mineurs, parce que femme.

Cette laïcité est celle de l’intolérance et du refus de la différence

Nous avons toi et moi longtemps appartenu au Parti socialiste, où il est de bon ton de stigmatiser les « voilées ». C’est dans ce parti que j’ai pu observer les manifestations les plus machistes et misogynes, sans que cela ne suscite aucun tollé chez les éléments masculins : blagues sexistes, intimidations physiques et, last but not least, infractions délibérées à la loi sur la parité. C’est drôle, dans ces cas-là, personne ne s’élève contre la « domination patriarcale ».


Tu affirmes enfin qu’Ilham Moussaïd « divise » et qu’il lui faut « tirer les leçons de l’Histoire de France (…) parce que nous avons connu trois siècles de guerre de religion ». Si ce n’est pas un dérapage de ta part, cela y ressemble de près.


En quoi le foulard d’Ilham serait-il comparable à nos guerre de religions, à la déportation des juifs par la police française ou encore à la « mission émancipatrice » laïco-chrétienne en Algérie ? Il faut garder le sens de la mesure, Jean-Luc !


La laïcité qui décide comment il faut s’habiller sur la voie publique, qui prétend interpréter le sens que l’on donne à son apparence physique et qui exclut les têtes (et les voiles ! ) qui dépassent, ce n’est pas la laïcité : c’est l’intolérance et le refus de la différence. Jean-Luc, laisse cela aux Besson, Hortefeux, Gérin et Raoult.

Avec mes salutations amicales et navrées.



De : Philippe Marlière
jeudi 4 février 2010

Foulard et laïcité

par Raoul Marc Jennar - jeudi 4 février 2010


Je suis pro­fon­dé­ment convaincu que la laï­cité est le plus accep­table des cadres légaux pour qu’ensemble des femmes et des hommes qui croient ou qui ne croient pas en quelque dieu que ce soit puissent avoir en com­mun une même volonté de trans­for­ma­tion de la société en vue de l’émancipation.

Je suis aux côtés des femmes qui ont lutté et luttent encore âpre­ment pour la libre dis­po­si­tion de leur corps et de leur vie. Mais cela ne me paraît pas incom­pa­tible avec les réponses qu’elles se donnent per­son­nel­le­ment aux grandes ques­tions fondamentales.


Une femme qu’elle soit de confes­sion musul­mane, de confes­sion chré­tienne ou de confes­sion hébraïque, peut très bien défendre le droit des femmes à l’IVG et, éventuellement, le refu­ser pour elle-même.


On se bat pour des liber­tés — même celles dont on n’entend pas user - pas pour des inter­dits. On se bat pour refu­ser que les inter­dits des reli­gions deviennent (ou demeurent) des inter­dits de toute la société.


Les moti­va­tions à l’origine du port d’un signe dési­gnant une opi­nion (la croix des chré­tiens, le fou­lard des musul­manes, la kippa des hébreux) ou une adhé­sion ( la branche d’acacias des francs-maçons) sont mul­tiples. J’observe que cette moti­va­tion va du simple signe de recon­nais­sance à la mani­fes­ta­tion déli­bé­rée d’une soli­da­rité entre oppri­més. A l’image du kef­fieh, signe de soli­da­rité avec le peuple palestinien.


Des femmes du NPA s’insurgent parce qu’une mili­tante de ce parti, Ilham, porte le fou­lard alors qu’elle est can­di­date dans le Vau­cluse pour les élec­tions régio­nales. Pour­tant, à ce qu’il me revient, Ilham défend avec beau­coup de déter­mi­na­tion les objec­tifs de son parti tels qu’ils sont for­mu­lés dans les prin­cipes fon­da­teurs du NPA. Sans la moindre restriction.


Il me semble qu’il y a, chez ces mili­tantes hos­tiles à la can­di­da­ture d’Ilham, une confu­sion. Un amal­game entre croyance et église. Nul ne peut nier que ceux qui ne sont pas croyants ont été vic­times pen­dant des siècles de la tyran­nie de l’Eglise catho­lique. Mais des chré­tiens l’ont été égale­ment : les Cathares, les Pro­tes­tants et tous ceux qui, croyants, ne croyaient pas selon les dogmes et les rites conve­nus par l’église domi­nante du moment.


C’est le clé­ri­ca­lisme, c’est-à-dire le pou­voir de l’institution qui pré­tend déte­nir la juste inter­pré­ta­tion de la croyance et — logique mono­théiste — l’imposer à toutes et tous, qui a infligé des souf­frances immenses à telle enseigne qu’on peut qua­li­fier de crimes contre l’humanité les maux infli­gés par l’Eglise catho­lique et son clergé. Comme d’autres églises d’ailleurs, puisque le mono­théisme porte en lui l’intolérance, l’arbitraire et le totalitarisme.


Le com­bat contre le pou­voir des églises n’est d’ailleurs pas ter­miné loin s’en faut. Les exemples abondent dans la Répu­blique française pro­cla­mée laïque des avan­tages concé­dés par les pou­voirs publics à des ins­ti­tu­tions rele­vant d’une église. Autre exemple, lors de la confé­rence de l’ONU sur les droits de la femme, on a vu l’alliance des cler­gés des grandes reli­gions mono­théistes s’opposer au droit fon­da­men­tal de la femme à dis­po­ser d’elle-même. Une alliance qui se reforme chaque fois que les droits des femmes sont en débat dans les enceintes internationales.


Croire ou ne pas croire est une liberté indi­vi­duelle fon­da­men­tale. Sauf à bri­mer la liberté de pen­sée, ce n’est pas la reli­gion qu’il faut com­battre, ce sont les ins­ti­tu­tions qui veulent l’imposer. Ce n’est pas l’opium qu’il faut com­battre, c’est celui qui le vend.


C’est le rôle des églises et non les croyances indi­vi­duelles qu’il faut com­battre. Ce qui peut, ce qui doit unir toutes les femmes et tous les hommes qui se réclament de la laï­cité, c’est le com­bat contre le pou­voir des églises sur la société. Pas la néga­tion des opi­nions personnelles.


Etre laïque, c’est être anti­clé­ri­cal ; ce n’est pas impo­ser l’athéisme. La laï­cité ce n’est pas la néga­tion des reli­gions, ni davan­tage la pro­mo­tion de l’athéisme. La laï­cité, c’est le refus de don­ner à quelque clergé que ce soit une emprise sur les choix de la société. Léon Gam­betta le rap­pe­lait : “le clé­ri­ca­lisme, voilà l’ennemi !”


Que la pré­sence d’Ilham, cou­ra­geuse révé­la­trice d’un débat essen­tiel, sur une liste pour les élec­tions régio­nales pose pro­blème à des membres de son parti témoigne des limites de ceux-ci quand ils pré­tendent lut­ter pour l’émancipation. L’émancipation ne signi­fie pas l’alignement des opi­nions per­son­nelles sur un mode de pen­sée unique. “La liberté, c’est d’abord la liberté de celui qui pense autre­ment” (Rosa Luxemburg).

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 08:49

« Cher Jean-Luc Mélenchon, tu dérapes ! »

de Philippe Marlière Maître de conférences à Londres





Dans une interview accordée à Marianne, Jean-Luc Mélenchon a commenté la candidature aux régionales d’Ilham Moussaïd. Cette jeune femme voilée est candidate sur la liste NPA du Vaucluse. Pour le sénateur, cette candidature, ce « n’est franchement pas une bonne idée » et « tout ça est régressif ». Bloggeur sur Rue89 et militant au NPA, Philippe Marlière, lui répond.

Cher Jean-Luc,

Nous avons eu droit à la grand messe sur l’identité nationale des sécuritaires Besson-Hortefeux (un « débat » pour attrape-nigauds ou pour fachos de tout poil). Puis, ce fut au tour du couple Gérin-Raoult, les pieds-nickelés de l’ordre républicain (et « éradicateurs » de burqas). Aujourd’hui, nous enchaînons avec la chasse à la candidate « islamiste » du NPA. Manque de pot, cette fois-ci, c’est toi qui lance la meute contre Ilham Moussaïd. Que tu le fasses à partir d’une feuille réactionnaire (la mal-nommée Marianne) ajoute encore au trouble.

Tu dis que cette candidature est « régressive ». Qu’en sais-tu ? Connais-tu la candidate ? As-tu discuté avec elle de ses opinions politiques ? Qu’est-ce qui te permet de douter de son engagement féministe, laïque et de gauche ?

Tu affirmes que cette candidature est « immature ». Pourquoi ? En quoi le choix d’une femme dont les parents sont issus de l’immigration serait « immature » ? Cette initiative que tu qualifies subtilement de « racoleuse » vise en réalité à présenter une jeune femme d’origine populaire et qui est politiquement active dans sa région. Où est le mal ?

En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ?

On peut opposer cet acte pleinement politique à la pitoyable drague des « minorités visibles » par les partis de gauche (un terme hypocrite et impropre, car on sait bien que l’on s’intéresse ici au caractère ethnique des personnes). Dans ce cas, contre la mise en scène de la couleur sur une liste, des partis de la gauche laïque cèdent quelques strapontins à des minorités normalement invisibles. Qu’as-tu à dire de cette tartufferie électorale ?

Plus fort encore : tu affirmes que le NPA « entraîne le débat sur le terrain religieux ». En quoi Ilham Moussaïd est-elle une candidate religieuse ? Rien dans son discours public de militante ne te permet d’étayer cette accusation gratuite.

Allons, cessons de tourner autour du pot : ce qui te pose problème, ce n’est ni la candidate, ni ses origines ethniques ou sociales, mais le fait qu’elle porte un foulard. Un foulard ! Quelle horreur ! Et te voilà déclinant le prêt-à-penser soi-disant laïque : le foulard, c’est mal, ce n’est pas républicain, ce n’est pas progressiste, etc.

Tu es l’un des rares hommes politiques français qui lit, réfléchit, débat, tente de comprendre et d’interpréter le monde tel qu’il est. Quelle déception de te retrouver attablé au café du communautarisme laïcard. Le foulard est un « signe de soumission patriarcale » assènes-tu. Qu’en sais-tu ?

Le foulard n’a intrinsèquement rien à voir avec cela. Dans certaines situations, une femme voilée peut en effet être soumise à la domination masculine, mais c’est loin d’être une règle générale. Inversement, nombre de femmes en apparence « libérées » et « modernes » vivent sous le joug tyrannique de conjoints.

La domination patriarcale s’inscrit avant tout dans les rapports hommes-femmes au quotidien. Une femme qui a librement décidé de porter le voile et qui mène une existence autonome sera toujours plus libre que celle sans voile qui, du foyer au bureau, sera cantonnée à des rôles mineurs, parce que femme.

Cette laïcité est celle de l’intolérance et du refus de la différence

Nous avons toi et moi longtemps appartenu au Parti socialiste, où il est de bon ton de stigmatiser les « voilées ». C’est dans ce parti que j’ai pu observer les manifestations les plus machistes et misogynes, sans que cela ne suscite aucun tollé chez les éléments masculins : blagues sexistes, intimidations physiques et, last but not least, infractions délibérées à la loi sur la parité. C’est drôle, dans ces cas-là, personne ne s’élève contre la « domination patriarcale ».

Tu affirmes enfin qu’Ilham Moussaïd « divise » et qu’il lui faut « tirer les leçons de l’Histoire de France (…) parce que nous avons connu trois siècles de guerre de religion ». Si ce n’est pas un dérapage de ta part, cela y ressemble de près.

En quoi le foulard d’Ilham serait-il comparable à nos guerre de religions, à la déportation des juifs par la police française ou encore à la « mission émancipatrice » laïco-chrétienne en Algérie ? Il faut garder le sens de la mesure, Jean-Luc !

La laïcité qui décide comment il faut s’habiller sur la voie publique, qui prétend interpréter le sens que l’on donne à son apparence physique et qui exclut les têtes (et les voiles ! ) qui dépassent, ce n’est pas la laïcité : c’est l’intolérance et le refus de la différence. Jean-Luc, laisse cela aux Besson, Hortefeux, Gérin et Raoult.

Avec mes salutations amicales et navrées.

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Foulard et laïcité

par Raoul Marc Jennar - jeudi 4 février 2010

Je suis pro­fon­dé­ment convaincu que la laï­cité est le plus accep­table des cadres légaux pour qu’ensemble des femmes et des hommes qui croient ou qui ne croient pas en quelque dieu que ce soit puissent avoir en com­mun une même volonté de trans­for­ma­tion de la société en vue de l’émancipation.

Je suis aux côtés des femmes qui ont lutté et luttent encore âpre­ment pour la libre dis­po­si­tion de leur corps et de leur vie. Mais cela ne me paraît pas incom­pa­tible avec les réponses qu’elles se donnent per­son­nel­le­ment aux grandes ques­tions fondamentales.

Une femme qu’elle soit de confes­sion musul­mane, de confes­sion chré­tienne ou de confes­sion hébraïque, peut très bien défendre le droit des femmes à l’IVG et, éventuellement, le refu­ser pour elle-même.

On se bat pour des liber­tés — même celles dont on n’entend pas user - pas pour des inter­dits. On se bat pour refu­ser que les inter­dits des reli­gions deviennent (ou demeurent) des inter­dits de toute la société.

Les moti­va­tions à l’origine du port d’un signe dési­gnant une opi­nion (la croix des chré­tiens, le fou­lard des musul­manes, la kippa des hébreux) ou une adhé­sion ( la branche d’acacias des francs-maçons) sont mul­tiples. J’observe que cette moti­va­tion va du simple signe de recon­nais­sance à la mani­fes­ta­tion déli­bé­rée d’une soli­da­rité entre oppri­més. A l’image du kef­fieh, signe de soli­da­rité avec le peuple palestinien.

Des femmes du NPA s’insurgent parce qu’une mili­tante de ce parti, Ilham, porte le fou­lard alors qu’elle est can­di­date dans le Vau­cluse pour les élec­tions régio­nales. Pour­tant, à ce qu’il me revient, Ilham défend avec beau­coup de déter­mi­na­tion les objec­tifs de son parti tels qu’ils sont for­mu­lés dans les prin­cipes fon­da­teurs du NPA. Sans la moindre restriction.

Il me semble qu’il y a, chez ces mili­tantes hos­tiles à la can­di­da­ture d’Ilham, une confu­sion. Un amal­game entre croyance et église. Nul ne peut nier que ceux qui ne sont pas croyants ont été vic­times pen­dant des siècles de la tyran­nie de l’Eglise catho­lique. Mais des chré­tiens l’ont été égale­ment : les Cathares, les Pro­tes­tants et tous ceux qui, croyants, ne croyaient pas selon les dogmes et les rites conve­nus par l’église domi­nante du moment.

C’est le clé­ri­ca­lisme, c’est-à-dire le pou­voir de l’institution qui pré­tend déte­nir la juste inter­pré­ta­tion de la croyance et — logique mono­théiste — l’imposer à toutes et tous, qui a infligé des souf­frances immenses à telle enseigne qu’on peut qua­li­fier de crimes contre l’humanité les maux infli­gés par l’Eglise catho­lique et son clergé. Comme d’autres églises d’ailleurs, puisque le mono­théisme porte en lui l’intolérance, l’arbitraire et le totalitarisme.

Le com­bat contre le pou­voir des églises n’est d’ailleurs pas ter­miné loin s’en faut. Les exemples abondent dans la Répu­blique française pro­cla­mée laïque des avan­tages concé­dés par les pou­voirs publics à des ins­ti­tu­tions rele­vant d’une église. Autre exemple, lors de la confé­rence de l’ONU sur les droits de la femme, on a vu l’alliance des cler­gés des grandes reli­gions mono­théistes s’opposer au droit fon­da­men­tal de la femme à dis­po­ser d’elle-même. Une alliance qui se reforme chaque fois que les droits des femmes sont en débat dans les enceintes internationales.

Croire ou ne pas croire est une liberté indi­vi­duelle fon­da­men­tale. Sauf à bri­mer la liberté de pen­sée, ce n’est pas la reli­gion qu’il faut com­battre, ce sont les ins­ti­tu­tions qui veulent l’imposer. Ce n’est pas l’opium qu’il faut com­battre, c’est celui qui le vend.

C’est le rôle des églises et non les croyances indi­vi­duelles qu’il faut com­battre. Ce qui peut, ce qui doit unir toutes les femmes et tous les hommes qui se réclament de la laï­cité, c’est le com­bat contre le pou­voir des églises sur la société. Pas la néga­tion des opi­nions personnelles.

Etre laïque, c’est être anti­clé­ri­cal ; ce n’est pas impo­ser l’athéisme. La laï­cité ce n’est pas la néga­tion des reli­gions, ni davan­tage la pro­mo­tion de l’athéisme. La laï­cité, c’est le refus de don­ner à quelque clergé que ce soit une emprise sur les choix de la société. Léon Gam­betta le rap­pe­lait : “le clé­ri­ca­lisme, voilà l’ennemi !”

Que la pré­sence d’Ilham, cou­ra­geuse révé­la­trice d’un débat essen­tiel, sur une liste pour les élec­tions régio­nales pose pro­blème à des membres de son parti témoigne des limites de ceux-ci quand ils pré­tendent lut­ter pour l’émancipation. L’émancipation ne signi­fie pas l’alignement des opi­nions per­son­nelles sur un mode de pen­sée unique. “La liberté, c’est d’abord la liberté de celui qui pense autre­ment” (Rosa Luxemburg).

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 08:38
22enero-10blog

Sarkozy ayant annoncé qu'après les élections régionales il s'attaquerait aux retraites, les membres du gouvernement multiplient les déclarations pour essayer d'y préparer l'opinion.

Xavier Darcos, ministre du Travail et surtout du chômage, a ainsi claironné : « Il faudra travailler plus longtemps, reculer le curseur du départ à la retraite au-delà de 60 ans ». Aucun sujet ne sera « tabou » dit-il : ni le montant des cotisations à augmenter, ni un rapprochement du régime des retraites du public (calculées sur les six derniers mois d'activité) avec celui du privé (où elles sont calculées sur les 25 meilleures années).

Fillon, en tant que premier ministre est monté aussi au créneau, affirmant que la question de « l'allongement de la durée de cotisation sera posée, tout comme celle des cotisations, et que la question du calcul de la pension sur les six derniers mois de salaire dans la fonction publique se pose évidemment ».

Tout comme au cours des années passées les gouvernements ont aligné la durée de cotisation du public sur le privé, celui-ci veut maintenant aligner le calcul du montant des pensions de retraite du public sur le privé, et à nouveau augmenter la durée et le montant des cotisations de tous les salariés.

Il n'y a que deux mesures qui sont « tabou » pour le gouvernement, comme pour Parisot la présidente du Medef qui préconise de reculer à 63 ans l'âge légal de départ à la retraite, c'est de faire cotiser davantage les entreprises, car « Il ne faut pas augmenter le coût du travail en France pour maintenir la compétitivité de nos entreprises ». Et il n'est pas question non plus de prendre sur les profits des actionnaires des grands groupes industriels et financiers.

Pour le patronat et le gouvernement, les progrès techniques qui permettent l'enrichissement de la société, les progrès médicaux et de conditions de vie ne doivent pas bénéficier aux travailleurs. S'ils vivent plus longtemps, cela ne doit pas alourdir le budget des retraites.

 Alors le gouvernement cherche par tous les moyens à diminuer le montant des pensions, en allongeant le nombre d'années servant de base de calcul et la durée de cotisation pour avoir droit à une retraite complète. Alors que les périodes de chômage rendent déjà difficile de remplir les conditions actuelles, ces mesures ne peuvent qu'entraîner une paupérisation des retraités.

Mais ces choix ne sont pas inéluctables. Les travailleurs ont les forces pour imposer des retraites correctes et un niveau de vie plus élevé pour tous, pour imposer une répartition des richesses profitant à toute la population et pas seulement à la minorité qui dirige notre société.
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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 08:35
ere-expediente-regulacion-empleo.jpg 

Des centaines de milliers de travailleurs privés de toute ressource


Officiellement, en 2010, un million de chômeurs arrivent en fin de droits, c'est-à-dire au moment où ils n'ont plus droit à rien - zéro centime - de la part des caisses de chômage auxquelles ils ont cotisé pendant leur activité.

Parmi ces chômeurs, certains peuvent prétendre à l'Allocation de solidarité spécifique, l'ASS, qui atteint royalement 15,14 euro par jour, soit 454 euros pour un mois de trente jours. Mais il leur faut alors justifier de cinq ans d'activité salariée dans les dix années ayant précédé leur mise au chômage. D'autres peuvent espérer le Revenu de solidarité active, le RSA qui remplace le RMI, et essayer alors de survivre avec 460 euros par mois pour une personne seule.

Mais parmi le million de chômeurs qui arrivent en fin de droits en 2010, la majorité d'entre eux, 600 000 personnes selon les chiffres officiels, n'auront même pas droit à ces aumônes que sont le RSA et l'ASS. Parce qu'elles sont soumises à toute une série de restrictions et que, par exemple, pour un couple, ce sont les revenus du foyer qui sont pris en compte et pas ceux du chômeur. Et il suffit ainsi que l'autre membre du couple touche le smic pour que ces aides soient considérablement diminuées, voire s'envolent.

Lors de son grand cinéma télévisuel sur TF1 le 25 mars, Sarkozy a déclaré : « Je verrai cette affaire de fin de droits. [...] on ne laissera personne abandonné. » Pour le moment, 600 000 chômeurs voient surtout venir la fin de leurs droits.
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 10:12
US.jpg


Sous prétexte d’aide humanitaire, les pays impérialistes envoient leurs troupes dans le pays.

À l’heure où les journaux télévisés répandent des images de chaos, de dévastation, sans aucun autre commentaire qu’un appel vibrant à la charité, des chroniqueurs, des polémistes lancent un faux débat : Haïti doit-elle être mise sous tutelle ?


Derrière cette question, c’est la colonisation ou plutôt la re-colonisation d’Haïti que l’on cherche à nous imposer. « Abandon de souveraineté », « la tutelle étrangère s’accentuera, inévitablement », « on y va parce que la France ne veut pas abandonner un pays francophone », voilà ce que l’on dicte sur fond d’images apocalyptiques.


Bien sûr, il ne s’agit que d’aider, d’humanitaire. Bien sûr, l’énorme potentiel en ressources pétrolifères, aurifères et en iridium ne sont nullement convoitées. Il ne fait aucun doute que les Haïtiens ont toujours connu une certaine tutelle, celle de la dette étouffante, celle des multiples interventions militaires, celle d’un peuple à qui les pays du Nord ont sans cesse imposé une classe dirigeante sous l’apparence de la démocratie.


Le gouvernement haïtien est dépassé par les événements mais quel gouvernement ne le serait pas quand toutes les structures sont touchées par la catastrophe ? Lors du tsunami qui a frappé l’Asie en 2004, la capacité des États à gérer l’après-catastrophe ne fut pas remise en cause, pas plus que ne fut évoqué l’envoi de troupes.


Lorsque la France et les États-Unis se livrent une guerre larvée pour le contrôle de l’aéroport ou de l’intervention humanitaire, ce n’est donc pas tant l’aide à la population que le futur contrôle de la reconstruction qui est la raison de ce conflit. Nous savons d’ailleurs que les États-Unis envoient 15 000 soldats, qu’Obama fait appel aux réservistes, mais sait-on combien de médecins, d’ingénieurs, de nourriture les Américains envoient en aide aux Haïtiens ?


Pourtant la population s’organise. Comités de quartier, médecins improvisant des centres de soin, volontaires, poussés par le désastre, les Haïtiens trouvent les réflexes indispensables à leur survie, indispensables à l’avenir. Bien sûr, ce ne sont pas ces images que nos médias veulent nous vendre, mais celles représentant des Haïtiens spectateurs de l’aide internationale.
Ce ne sont pas des militaires dont les Haïtiens ont besoin mais de médecins, d’aide matérielle, de matériaux pour reconstruire le pays en tenant compte du caractère sismique de la région.


Les troupes étrangères, notamment américaines, doivent quitter le pays immédiatement pour laisser place à une véritable aide internationale et sans arrière-pensée impérialiste. La réunion des donateurs de Montréal et celles qui vont suivre ne devrait avoir qu’un seul objectif : l’aide matérielle sans intervention militaire et l’annulation de la dette d’Haïti.


Ces conditions sont l’unique voie vers une véritable auto-organisation des Haïtiens. À nous, militants et travailleurs du monde entier, de nous mobiliser pour faire pression sur les velléités impérialistes de nos pays.


Thibault Blondin

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:40

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Le secret le mieux gardé de France est enfin dévoilé. Jean Sarkozy n'est effectivement qu'en deuxième année de droit à Paris I et a passé ce mardi 2 février un partiel de droit pénal. Acturevue a recueilli les témoignages d'étudiants stupéfaits...

 

 

 

 Jean Sarkozy, pour ceux qui doutaient encore de son cursus étudiant véritable, a passé ce mardi 2 février un partiel de droit pénal, en seconde année de Droit.

 

 

En effet, les élèves du CAVEJ, Centre Audiovisuel d’Etudes Juridiques, rattaché à Paris 1 ont aperçu le tout nouveau père de famille et conseiller régional plancher pour une heure.


« Je suis en deuxième année de droit, et au moins je ne l’ai pas triplé » clamait un étudiant devant l’université à la fin des partiels, avant qu’un autre ajoute : « C’est tout de même hallucinant qu’un élève triplant sa 2ème année de droit, puisse être conseiller à l’EPAD et élu d’un conseil régional ».

La polémique sur le népotisme présidentiel et notamment sur l’accession de son fils à des organes en principe réservés à des gens expérimentés, ne faiblit pas.

 

Cette brève, sans intérêt évident, souligne l’absurdité de la présence de Jean Sarkozy au conseil de l’EPAD.

Les quelques élèves de droit interrogés l’ont bien compris :« Moi, même si on me paie cher pour faire ce qu’il fait je refuserais. Je ne pourrais pas avoir la conscience tranquille de faire croire à des citoyens que j’ai les compétences pour gérer le premier quartier d’affaires des Hauts-de-Seine ou une des plus riches régions de France, alors que je découvre à peine le droit des affaires ».

 

Ces propos disent tout et d’ailleurs beaucoup plus que les mille et une excuses de tout le gouvernement à ce sujet.

 

Acturevue espère tout de même que le petit Sarkozy excellera dans ses différentes matières puisqu’il lui reste d’ici à samedi : finance publique, droit des obligations et droit Administratif.

 

D.Perrotin

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:32
Bernard GENSANE






Il est enfantin de détruire la fonction publique et les fonctionnaires.


D’autres pays l’ont fait avant nous. Si cela passe, Sarko et sa bande s’en prendront aux retraités de la Fonction publique, dont les pensions sont, jusqu’à présent, garanties par l’État. Sur les antennes d’Europe 1, Fillon a parlé de “ polémique grotesque ” et de “ mauvais procès ”. Mon œil !!!


Cette attaque va de pair avec les attaques contre l’école, l’hôpital, la DDE – j’en passe – et aussi contre les retraites de cette même fonction publique, jusqu’à présent calculées en fonction des six derniers mois de carrière (ce qui va changer au nom de l’équité public/privé chère à Chérèque qui s’était couché en 2003 en trahissant les autres centrales syndicales en rase campagne).


Cette décision procède de la volonté ultralibérale de précariser l’ensemble du monde du travail pour aboutir un jour à l’abolition du salariat. Chaque individu serait censé être une "EURL" (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée), astreint périodiquement à passer des contrats – si possible à durée la plus limitée – avec leurs employeurs.


C’est-à-dire qu’on en reviendrait aux manouvriers du début du XXe siècle qui, chaque jour, se “ louaient ” aux gros paysans pour les travaux, et dont la durée d’emploi était la journée.

 Si les fonctionnaires – salariés au meilleur statut – sont ainsi abaissés, il n’est pas besoin de dessin pour s’imaginer ce que deviendront les autres !


Ce qui est lamentable, c’est le silence assourdissant des socialistes. Car, qu’est-ce que le Parti socialiste, si ce n’est un parti de fonctionnaires ? Plus de fonctionnaires, plus de PS.


Cette « réforme » « moderne » est pilotée par Éric Woerth. Woerth fut, quatre ans durant, directeur associé chez Andersen, le cabinet qui, ayant fermé les yeux sur la comptabilité frauduleuse (on dit « créative » chez les capitalistes, de l’anglais creative accounting), détruisit des documents comptables lors d’une enquête fédérale.


Une des conséquences fut la ruine de milliers de salariés d’Enron qui, ayant confiance dans leur entreprise et dans Andersen, avaient mis tous leurs œufs dans le même panier, à commencer par leurs cotisations à la caisse de retraite de la multinationale. La femme de Woerth, Florence, copropriétaire d’une écurie de course, gère la fortune de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France.


On comprend que ce couple de lycaons ne déborde pas d’un amour immodéré pour la Fonction publique, le service de l’État, les fonctionnaires, le bien commun. Il est en revanche un violent adepte de la lutte des classes.


URL de cet article

http://www.legrandsoir.info/Attaque-sanglante-contre-les-fonctionnaires.html
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:15

Par Eric Toussaint le Mardi, 02 Février 2010

la Cinquième Internationale!


Lors d’une conversation avec Brasil de Fato, Toussaint, président du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) en Belgique, défend l’idée d’un dialogue entre mouvements et partis sur la base de l’appel pour la création d’une cinquième internationale lancé par le président Hugo Chávez du Venezuela.


Dans l’entrevue qui suit, il parle de la crise économique mondiale, des initiatives d’intégration du continent latino-américain et de la montée des Bric’s (Brésil, Russie, Inde et Chine) sur la scène internationale, puissances qui, selon son évaluation, ne représentent pas une alternative progressiste à l’ordre ancien. “Ce qu’ils veulent, c’est négocier avec les vieux impérialismes une place dans la division internationale des pouvoirs, du travail, de l’économie mondiale et de l’accès aux ressources naturelles”.


Brasil de Fato – Comment évaluez-vous les deux visions différentes exposées dans le débat d’ouverture du Forum Social Mondial, c’est-à-dire, celle qui, d’un côté, propose l’“utilisation” du Forum comme plate-forme politique avec plus de pouvoir d’action et d’influence politique et celle qui, d’un autre côté, défend que l’événement garde sa forme originelle d’espace d’échange d’idées ?


Eric Toussaint – Nous avons besoin d’un instrument international pour déterminer des priorités en termes de revendications et d’objectifs à atteindre, un calendrier commun d’actions, un élément de stratégie commune. Si le Forum ne le permet pas, il faut construire un autre instrument, sans pour autant éliminer ou quitter le Forum. Je pense qu’il a sa raison d’être. Mais puisqu’un secteur du FSM ne veut pas que celui-ci se transforme en instrument de mobilisation, il vaut mieux construire un autre instrument entre les organisations et les individus qui sont convaincus que c’est ce dont nous avons besoin. Cela n’empêcherait pas de continuer à intervenir activement dans le Forum. Je dis cela pour éviter une scission, un débat sans fin qui paralyse plus qu’il n’aide. C’est clair qu’il y a un secteur qui préfère maintenir le Forum Social Mondial comme un lieu de discussion, de débat, et pas comme un instrument pour l’action.


C’est un secteur assez fort, non ?


ET: Oui. D’une certaine manière, c’est une partie du noyau historique qui a participé à la création du Forum. Mais ce n’est pas tout le noyau historique puisque le MST qui est favorable à la transformation du FSM a également participé à sa naissance. Le CADTM fait aussi partie du Conseil international du Forum depuis sa création en juin 2001. Mais c’est évident que des organisations comme IBASE et des personnalités comme Chico Whitaker et Oded Grajew s’opposent à l’évolution vers un instrument de lutte. Par ailleurs, ce qui me préoccupe, c’est d’arriver à Porto Alegre et de voir que le séminaire “10 ans après” est patronné par Petrobras, Caixa, Banco do Brasil, Itaipu Binacional, et avec une forte présence des gouvernements. Cela me préoccupe vraiment. J’aurais de loin préféré un Forum avec moins de moyens financiers mais plus militant. Nous pouvons nous appuyer sur des forces bénévoles militantes, loger chez des militants à la ville ou à la campagne, organiser des hébergements dans des complexes sportifs, des écoles...


A quel nouvel instrument faites-vous allusion ?


ET: Il existe une proposition qui, à la vérité, a eu relativement peu de répercussion. Il s’agit de l’appel que Hugo Chávez a lancé fin novembre 2009 pour la création d’une Cinquième Internationale qui réunirait des mouvements sociaux et des partis de gauche. Je pense que c’est, en principe, très intéressant. Ce pourrait être une perspective s’il y a une réflexion, un dialogue entre partis et mouvements sociaux : une Cinquième Internationale comme instrument de convergence pour l’action et pour l’élaboration d’un modèle alternatif. Mais, selon moi, elle ne constituerait pas une organisation comme les Internationales antérieures qui étaient – ou sont encore puisque la Quatrième Internationale existe toujours - des organisations de partis avec un niveau de centralisation assez élevé. Je pense que la Cinquième Internationale ne devrait pas avoir un haut niveau de centralisation et ne devrait pas impliquer une auto-dissolution des réseaux internationaux ou d’une organisation comme la Quatrième Internationale. Ceux-ci pourraient adhérer à la Cinquième Internationale en gardant leurs caractéristiques mais une telle adhésion démontrerait que tous les réseaux ou grands mouvements ont la volonté d’aller plus loin que des fronts ponctuels comme les coalitions sur le climat et la justice sociale, la souveraineté alimentaire, la dette... Nous avons des bannières communes entre beaucoup de réseaux et c’est positif. Mais s’il était possible d”arriver à un front permanent... En employant cette expression, je suis déjà en train de donner un élément de définition.


Pour moi, la Cinquième Internationale serait, dans la sitiuation actuelle, un front permanent de partis, de mouvements sociaux et de réseaux internationaux. Le terme “front” implique clairement que chacun garderait son identité mais donnerait la priorité à ce qui unit pour atteindre des objectifs communs et faire avancer la lutte. Les derniers mois ont démontré à nouveau la nécessité d’augmenter la capacité de mobilisation car la mobilisation contre le coup d’Etat du Honduras a été totalement insuffisante. C’est préoccupant parce que, comme les Etats-Unis appuient le coup d’Etat en légitimant les élections qui ont suivi, les forces putschistes du monde entier considèrent que c’est à nouveau une option raisonnable. Au Paraguay, par exemple, la discussion entre les putschistes tourne aurour de “Quand ?” et “Comment ?”. Ils sont convaincus qu’il faut un coup d’Etat à partir du Congrès National contre le président Fernando Lugo. Cela montre bien que la mobilisation à propos du Honduras a été insuffisante. Cela a aussi été le cas pour Copenhague et, maintenant, pour Haïti. La riposte à l’intervention des Etats-Unis en Haïti est totalement insuffisante.


Vous affirmez donc qu’il est possible, dans une Cinquième Internationale, de concilier autour d’actions politiques communes les différents courants de gauche qui formeraient cette nouvelle organisation ?


ET: Oui, je pense qu’il faut commencer par un dialogue consultatif pour tenter d’arriver à ce résultat. Nous ne pouvons pas nous précipiter. La Cinquième Internationale, pour être réellement effective, doit entendre et réunir une quantité très significative d’organisations. Construire une Cinquième Internationale avec une petite partie du mouvement n’en vaudrait pas la peine. Ce serait tuer le projet ou le limiter. Ouvrir la perspective sur ce débat me paraît absolument nécessaire.


Lors d’une interview, vous avez dit que le Forum Social de Belém, tenu en janvier de l’année passée, fut la première grande mobilisation contre le crise économique mondiale. Mais, maintenant, vous dites qu’il n’y a pas eu de riposte satisfaisante à ce qui s’est passé au Honduras et en Haïti. Qu’est-il arrivé ? Qu’est-ce qui a raté ?


ET: Oui, vous avez tout à fait raison de pointer le décalage entre le grand succès de Belém et ce qui s’est passé depuis. Le bilan de 2009 est préoccupant. Il n’y a pas eu dans les grandes économies industrialisées, l’épicentre de la crise, de grandes mobilisations sociales. Sauf en France et en Allemagne où il y a eu des mobilisations assez fortes, en particulier en France où plus d’un million et demi de manifestants sont descendus dans les rues au cours de deux manifestations au premier semestre 2009. Aux Etats-Unis, il y a eu quelques grèves mais limitées. Cependant, les secteurs de masse – ceux qui souffrent le plus de la crise - éprouvent une grande diffculté à se mobiliser. C’est comme si les gens étaient groggys. Le chômage a augmenté très fortement au Nord de la planète. En Espagne, il est passé de 10 à 20% de la population économiquement active : c’est quelque chose qu’on n’avait plus vécu depuis 30 ans. Par rapport au Sud de la planète, des gouvernements comme celui de Lula donnent l’impression qu’un pays comme le Brésil ou d’autres pays ne vont pas être affectés par la crise du Nord parce qu’ils ont pris des mesures financières et économiques qui leur permettent d’être blindés. Cependant, au Sud, il y a aussi un bas niveau de mobilisation par rapport à la crise internationale.


Mais je voudrais faire une comparaison historique. Après la crise de Wall Street en 1929, les grandes luttes sociales radicales n’ont commencé qu’en 1933, 1934 et 1935. Donc, historiquement, nous voyons que les réactions de masse ne sont pas immédiates. Si la crise persiste, et ses effets continuent d’être très forts, les gens commenceront en définitive à se mobiliser massivement.


Mais, au-delà de cette analyse plus historique, est-ce que vous croyez que la gauche n’a pas su se préparer à une riposte adéquate ?


ET: C’est un autre aspect. Nous avons vu par exemple que la jeunesse brésilienne de l’Etat de Pará était très intéressée, elle était en masse au Forum Social de Belém en janvier 2009. Et elle participait aux débats où on parlait d’alternatives radicales. Mais comme le Forum Social Mondial n’est pas un instrument de mobilisation, cela n’a pas été plus loin. En plus, les directions syndicales sont très bureaucratisées. La politique des directions syndicales consiste à espérer que la décision du gouvernement va éviter un grand choc.


Elles accompagnent et appuient les politiques gouvernementales qui limitent un peu le coût de la crise pour les plus opprimés. Il y a un manque de volonté de la part des directions syndicales, des partis de gauche ou des partis “socialistes”, qui fait que les gouvernements continuent d’appliquer, dans les pays du Nord, des solutions sociales-libérales ou néolibérales. Il n’y a même pas la volonté de mettre en place une politique néo-keynésienne. Le New Deal de Roosevelt (Franklin Delano Roosevelt, alors président des Etats-Unis) de 1933, en comparaison des politiques du démocrate Barack Obama, ou des gouvernements comme celui de Zapatero (José Luis Zapatero, premier ministre espagnol, du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) et de Gordon Brown (premier ministre britannique, du Parti Travailliste), paraît de gauche radicale. Il est donc évident qu’il y a une terrible responsabilité des directions des partis de la gauche traditionnelle, des syndicats, et une très grande faiblesse du Forum Social Mondial pour affrontrer la crise. Voilà pourquoi, je reviens à mon premier point de l’interview, il faut que nous ayions un nouvel instrument.


Croyez-vous qu’avec cette crise, une nouvelle ère de multipolarité a été inaugurée ou pourrait commencer dans un futur proche ?


ET: Il est évident que la domination économique des Etats-Unis n’est pas la même qu’il y a 20 ans. Les Etats-Unis ont perdu la domination économique mais c’est le seul pays qui combine domination industrielle - malgré que cet aspect soit en train de s’affaiblir –, une monnaie internationale – bien qu’affaiblie, elle reste la principale monnaie internationale – et une présence militaire permanente dans plus de cent pays. Elle dispose d’une capacité d’invasion. Il y a cinq mois, j’ai publié un article dans lequel j’interprétais le coup d’Etat au Honduras et les 7 bases en Colombie comme une démonstration évidente de l’agressivité des Etats-Unis envers l’Amérique latine [1]. Des journalistes ont réagi en disant que j’exagérais, que les Etats-Unis n’étaient pas capables de faire une intervention en Amérique latine, qu’ils n’en avaient plus la capacité militaire de par leur engagement en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. Mais maintenant, en quelques jours, ils envoient 15.000 soldats en Haïti. Par conséquent, oui, ils continuent d’être une puissance capable d’attaquer, d’envoyer des troupes, des équipements, du matériel militaire dans différents endroits de la planète. Le cas de Haïti est emblématique car il montre que les Etats-Unis ont une grande capacité de réaction, et très rapide. La puissance états-unienne continue à être la principale au monde en termes géostratégiques. D’accord, de nouvelles puissances sont en train de se renforcer comme la Chine, la Russie, l’Inde et le Brésil, qui sont des puissances régionales. Il y a également bien sûr l’Union europénne.


Le concept qui, pour moi, définit bien la situation internationale du Brésil est le concept d’“impérialisme périphérique”. Pourquoi “impérialisme” ? Parce que le Brésil considère les pays voisins comme une nation impérialiste traditionnelle considère les autres. Il considère ces pays comme la destination des investissements de ses entreprises transnationales et la politique extérieure du gouvernement brésilien tend à appuyer la stratégie d’extension de ses entreprises : Petrobras, Vale do Rio Doce, Odebrecht, etc., qui sont présentes en Bolivie, en Equateur, au Perou, au Vénézuela, au Chili, en Argentine, et même en Afrique où elles réalisent des investissements importants. Cependant, il existe un caractère multipolaire dans le sens où il n’y a pas de super-impérialisme. Par ailleurs, les dénommés Bric’s (acronyme pour Brésil, Russie, Inde et Chine) ne se constituent pas en alternative progressiste aux vieux impérialismes (les Etas-Unis, l’Union européenne, le Japon). Ce qu’ils veulent, c’est négocier avec ces vieux impérialismes leur place dans la division internationale des pouvoirs, du travail, de l’économie mondiale et de l’accès aux ressources naturelles. Donc je considère qu’aucune puissance ne joue un rôle progressiste que nous pourrions appuyer.


Ce qui existe au niveau alternatif, c’est une initiative comme l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques, proposée par le président vénézuélien Hugo Chávez) dont les composantes, heureusement, ne sont pas des pays impérialistes. Des alternatives régionales comme l’ALBA sont très importantes. Ma préoccupation à ce sujet est qu’il faudrait accélérer le processus et aller au-delà des discours, en augmentant beaucoup plus l’intégration entre ces pays. Mais il faut mettre en évidence les choses positives : à la réunion de l’ALBA du 25 janvier, on a décidé d’abolir la dette d’Haïti à l’égard des pays membres, donnant ainsi une leçon aux puissances qui se réunissaient à Montréal le même jour et qui discutaient de l’allégement de la dette conditionné à des mesures d’ajustement structurel.


Dans ce contexte, comment évaluez-vous l’avance d’initiatives comme celle de la Banque du Sud ? Croyez-vous que ce projet est arrivé à un stade satifaisant ?


ET: En 2007, j’ai participé, à la demande du gouvernement de Rafael Correa et de son ministre de l’Economie et des Finances, à la rédaction de la position de l’Equateur sur la Banque du Sud. Le projet que le pays a défendu est un modèle de Banque du Sud pour financer des projets publics, ou de communautés traditionnelles, natives, etc. Par exemple, financer, au niveau régional, une politique de souveraineté alimentaire, permettre les réformes agraires nécessaires, les réformes urbaines, priviliégier le réseau ferroviaire – et pas le réseau routier.


C’est une des options possibles pour la Banque du Sud. Le Brésil et l’Argentine ont un autre projet. Celui de financer des projets dans les pays plus pauvres qui font partie de l’initiative (Bolivie, Paraguay, Equateur), des projets de travaux publics dans le cadre de l’IIRSA (Initiative d’Intégration de l’Infrastruture Régionale Sud-Américaine), par le biais de contrats pour les entreprises brésiliennes ou argentines. C’est-à-dire encore une fois de l’argent public pour des contrats d’entreprises privées, de grands projets qui ne respectent pas l’environnement et ne donnent pas la priorité à l’amélioration de la situation des masses. C’est l’option du Brésil et de l’Argentine qui commence à dominer les négociations de la Banque du Sud. Il faut que les gouvernements de gauche réagissent et choisissent vraiment une intégration des peuples, et non une intégration qui soit favorable aux grandes entreprises transnationales, qu’elles soient du Nord ou du Sud. Une intégration qui ne prenne pas comme modèle l’intégration européenne. En Europe, nous avons une intégration mais totalement dominée par la logique de l’accumulation du capital privé, la logique libérale ou néo-libérale. Avec les gouvernements qui existent en Amérique latine, avec la force des mouvements sociaux et la tradition des luttes radicales, c’est l’endroit au monde où on peut mettre en œuvre un modèle alternatif.


Vous avez coutume de dire qu’il y a deux gauches : la gauche éco-socialiste et la gauche social-libérale. Comment expliquer que, malgré que le modèle néolibéral ait été mis en échec consécutivement à la crise, le président Lula – que vous positionnez comme social-libéral – ait été un de ceux qui en soient sorti renforcés ?


ET: Fondamentalement, ce qui définit le sort d’un pays, ce sont les mouvements sociaux, les expériences que les masses accumulent à travers leurs mobilisations. Et nous voyons que les pays où des gouvernements, en politique, sont les plus avancés sont ceux où il y a eu les mouvements sociaux les plus radicaux. Ce niveau de mobilisation sociale exerce une pression sur les gouvernements pour les pousser à prendre les mesures politiques et sociales les plus cohérentes avec une option de gauche. Au Brésil, malheureusement, il n’y a pas eu ces cinq ou six dernières années ce niveau de mobilisation. Et le gouvernement a également débuté dans une situation économique internationale favorable. Entre 2004 et 2008, il y a eu l’augmentation du prix international des matières premières, une croissance avec la bulle spéculative au Nord qui a généré plus d’exportations pour le pays. Et, jusqu’à présent, comme nous l’avons dit auparavant, la crise internationale n’a pas affecté immédiatement le Brésil. Ainsi, le gouvernement peut présenter comme le résultat de sa politique, une situation économique qui ne dépend pas exactement de celle-ci.


Mais pour quelles raisons, au-delà des taux d’intérêt élevés, n’a-t-il pas été si touché par la crise ?


ET: Parce que la réduction du prix des matières premières au second semestre 2008 a été suivie par une nouvelle hausse des prix en 2009. D’une part, les revenus d’exportation se sont maintenus. D’autre part, la couche sociale représentée par le programme “Bolsa Familia” fournit aux secteurs pauvres un certain niveau de consommation qui maintient le marché interne. La question est : qu’est-ce qui va arriver les prochaines années ? Que va-t-il se passer par rapport à la croissance de la Chine ? Elle peut ne pas continuer. Nous savons qu’en Chine se développent plusieurs bulles spéculatives, il y a une bulle immobilière, une bulle boursière et une explosion des dettes. La croissance de la Chine est due à une augmentation très forte des dépenses publiques de la part du gouvernement pour contrecarrer la perte de marchés extérieurs suite à la crise aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. On maintient un niveau de croissance, mais de manière partiellement artificielle, grâce à ces bulles. Dans la situation mondiale actuelle, la Chine est la locomotive de ce qui reste de la croissance économique.


Sans la Chine, nous serions à un niveau de pure récession mondiale. La situation du Brésil est liée à celle de la Chine par les exportations de minerais, etc. Mais aussi parce que la situation de la Chine maintient la situation de l’économie mondiale à un certain niveau de croissance. Si elle tombe, ce qui pour moi n’est pas une certitude mais une possibilité, cela affectera l’économie brésilienne. Le Brésil souffrira aussi des conséquences d’autres explosions financières internationales qui surviendront dans les années qui viennent. Les prix des matières premières sont plus élevés que ce que l’activité économique mondiale ne le justifie. Il y a un investissement spéculatif dans les matières premières de plusieurs produits alimentaires exportés par le Brésil comme le soja... Quand la bulle spéculative éclatera, nous aurons une réduction des prix des matières premières et cela touchera le Brésil. C’est pourquoi l’idée que le Brésil est une économie blindée est fausse. Elle dépend de l’évolution internationale sur laquelle le Brésil n’a aucun contrôle. Ce que le Brésil pourrait faire pour parer à cela, c’est augmenter beaucoup plus son marché intérieur, appliquer un protectionnisme, exercer plus de contrôle sur les mouvements de capitaux, mettre en œuvre un modèle économique redistributif, attaquer les monopoles, les lobbys, faire une réforme agraire et urbaine radicale. Ce pourrait être un modèle dans le cadre d’une intégration régionale avec une authentique orientation de gauche. Mais cela impliquerait une autre option de gouvernement.


Comment évaluez-vous les ripostes à la crise de la part des gouvernements plus progressistes comme ceux du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur ?


ET: Il y a eu un aspect positif, non seulement dans ces trois gouvernements mais aussi d’une certaine manière, dans la gestion de Lula, Cristina Fernandez (présidente d’Argentine) et Michelle Bachelet (présidente du Chili). C’est que, malgré les recommandations du FMI de réduire les dépenses publiques, les gouvernements ont appliqué des politiques hétérodoxes, y compris le gouvernement d’Alan García, du Pérou, qui est un gouvernement de droite. Cela a permis à ces gouvernements de maintenir un certain niveau de croissance économique. La réaction de la Bolivie, de l’Equateur et du Venezuela n’a pas été à ce niveau très différente des gouvernements mentionnés plus haut : ils ont maintenu des dépenses publiques importantes pour soutenir la consommation et l’activité économique.


Des trois, le gouvernement qui a radicalisé un peu sa politique économique a été celui de Hugo Chávez, avec plus de nationalisations. Mais, franchement, les polítiques de Correa, Chávez et Evo Morales (président de Bolívie) pour affronter la crise ne sont pas très différentes de celles des autres gouvernements de la région dont je viens de parler. Il n’y a pas une différence radicale dans la sphère économique. Je pense qu’il y a des différences en termes d’anti-impérialisme, de réformes constitutionnelles, de récupération du contrôle sur les ressources naturelles. Mais ce serait simplificateur de dire qu’il y a des différences astronomiques entre les expériences économiques de la région. Personnellemnt, j’aurais préféré pouvoir dire que les gouvernements d’Equateur, du Venezuela et de Bolívie sont en train de mettre en œuvre un modèle radicalement alternatif. Mais ce n’est pas encore le cas. Il y a des annonces et des perspectives qui peuvent être très intéressantes, mais il ne faut pas confondre discours et intentions avec les faits de la vie réelle.


Où en est aujourd’hui le débat sur la dette publique ?


ET: La question de la dette a ses hauts et ses bas. Le thème était brûlant dans les années 1980, il est revenu en force avec le default de l’Argentina fin 2001 [2] . Maintenant, nous revenons à une situation de tension dans ce domaine, mais c’est seulement le début. En 2007, l’Equateur a constitué une commission d’audit dont j’ai fait partie. Et, à partir de nos conclusions, le gouvernement de Correa a décidé de suspendre le paiement de 3,2 milliards de dettes en titres commerciaux, vendus à Wall Street et qui se clôturaient entre 2012 et 2030. Correa a suspendu le paiement à partir de novembre 2008 et a affronté les créanciers, les détenteurs des titres. Et il a obtenu le 10 juin 2009 que 91% des titres soient vendus au gouvernement de l’Equateur avec une décote de 65%. Ce qui signifie que l’Equateur récupéra 3,2 milliards de dollars de bons en les payant 1 milliard. Il a économisé 2,2 milliards de dollars, plus les intérêts qui restaient à payer. Cela montre que, même un petit pays peut affronter les détenteurs de titres et leur imposer un “sacrifice”. Eux, qui gagnent toujours, ont dû abandonner la perspective de continuer à gagner beaucoup d’argent avec ces titres.


La leçon est que si l’Equateur a réussi à le faire, des pays comme le Brésil, l’Argentine et d’autres pourraient le faire aussi. L’Argentine avait suspendu le paiement en 2001 mais, en 2005, elle a commis l’erreur fondamentale d’échanger des titres et non de les racheter ou de les annuler totalement. Elle les a échangés avec une décote mais elle a dû continuer à payer les intérêts à un taux élevé. La dette de l’Argentine aujourd’hui est du même volume que celui de 2001. La question du paiement de la dette reviendra sur la scène internationale en raison de deux facteurs fondamentaux. Premièrement, la crise financière et économique, qui a diminué les exportations du Sud et les revenus fiscaux qu’elles génèrent, rend plus difficile le remboursement de la dette publique interne et externe. Le second facteur est l’augmentation du coût de refinancement de la dette. Comme les banquiers du Nord sont entrés en crise, leur tendance est d’être plus exigeants vis-à-vis des pays du Sud qui désirent s’endettter au niveau international.


[1] Voir sur ESSF : Eric Toussaint, « Du coup d’Etat au Honduras aux sept bases US en Colombie : la montée de l’agressivité de Washington », 7 décembre 2009.

[2] Suite à une rébellion sociale massive combinée à un manque de liquidités, entre fin 2001 et mars 2005, le gouvernement argentin a suspendu le remboursement de 100 milliards de dollars sous forme de bons.


* Interview d’Eric Toussaint par Igor Ojeda (pour Brazil do Fato, hebdomadaire brésilien). Février 2010. Traduit du portugais par Denise Comanne avec l’aide de Laurent Atsou.

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diapo prisonnier palestine

Soirée prisonniers palestiniens

AFPS Brest

mardi 16 avril

20H30

Maison des syndicats

 

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Quimper Gourmelen

Rassemblement

vendredi 19 avril

8 h 45


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Fermez Cofrents

(pays Valencian)

 

 

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  Concert à Lannion

 

no nuk

 

Dimanche 28 avril

Brennilis

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Mardi 7 mai

 Yves-Marie Le Lay,

Président de

Sauvegarde du Trégor

  Douarnenez

Librairie l'Ivraie à 20h00

 

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st nnonon

 

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