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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 09:28

  le tiers-mondisme, un espoir évanoui

Bandung (Bandoeng en néerlandais, quand les Pays-Bas colonisaient l'Indonésie) est le nom d'une ville de l'île de Java, où s'est tenue du 18 au 24 avril 1955 une conférence convoquée par la Birmanie, Ceylan, l'Inde, l'Indonésie et le Pakistan. Y participèrent plus de mille représentants de vingt-neuf États d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient, mais aussi une trentaine de mouvements nationalistes anticolonialistes, comme le Front de libération nationale d'Algérie, le néo-Destour de Tunisie ou l'Istiqlal du Maroc. Se trouvèrent ainsi réunis, entre autres, Nehru (Inde), Sukarno (Indonésie), Chou Enlai (Chine) et Nasser (Egypte).

En Europe occidentale, cette conférence était regardée avec sympathie par tous ceux qui partageaient les idées naissantes du tiers-mondisme (c'est trois ans auparavant que l'économiste Alfred Sauvy avait lancé l'expression de « Tiers Monde » pour désigner un ensemble de peuples longtemps colonisés qui, comme le Tiers Etat pendant la Révolution française, souhaitaient devenir « quelque chose »).

En 1955, une trentaine de pays asiatiques et africains, qui avaient été des colonies ou des semi-colonies des puissances impérialistes, étaient devenus indépendants. Au lendemain de la conférence de Genève qui, en 1954, venait de mettre fin à la guerre coloniale menée par l'État français en Indochine, ces États déclaraient vouloir accélérer le processus d'indépendance des colonies restantes.

Parmi les vingt-neuf États présents à Bandung, quinze venaient d'Asie, neuf du Moyen-Orient et seulement cinq d'Afrique (le Ghana, l'Éthiopie, le Liberia, le Soudan et la Libye), car la plus grande partie de ce continent restait sous le joug colonial.

Les cinq États organisateurs avaient pris position contre les essais nucléaires, la politique des blocs et le colonialisme. La présence de Nehru, qui avait succédé à Gandhi, rassurait les grandes puissances, car elles connaissaient sa modération. Mais le véritable animateur de Bandung fut le Premier ministre chinois Chou Enlai, que les États-Unis présentaient alors comme un communiste fanatique, mais qui prôna une conférence pluraliste et multi-ethnique.

 

Quand le Premier ministre cinghalais expliqua qu'on ne pouvait se contenter de dénoncer le colonialisme franco-britannique mais qu'il fallait aussi se mobiliser contre l'Union soviétique en Europe orientale, il déclencha un tollé. Chou Enlai protesta publiquement, mais dans la coulisse, il réconforta l'orateur conspué en lui disant qu'« il y avait des choses intéressantes dans son intervention », posant des jalons qui se révéleraient utiles après la rupture sino-soviétique de 1964.

Chou Enlai amorça aussi en direction des États-Unis, à propos de Formose (Taïwan aujourd'hui), une manouvre qui devait se concrétiser au début des années 1970, laissant entendre que la question de Taïwan (l'existence de deux Chines) pourrait se régler pourvu que Washington ne s'obstine pas dans son soutien à Tchang Kaï-chek. En même temps, il n'afficha qu'un soutien discret au Nord-Vietnam, comme s'il n'était pas pressé que celui-ci récupère le Sud-Vietnam.

La conférence peina à trouver une position commune face aux deux blocs car les uns (Irak, Iran, Japon, Pakistan, Philippines et Turquie) étaient liés aux États-Unis, les autres (Chine, Vietnam du Nord) aux Soviétiques, tandis qu'un troisième groupe (Inde et Égypte) prétendait à une position de neutralité, toute relative puisque, juste avant de venir, Nasser avait fait emprisonner des militants communistes égyptiens. La conférence condamna en termes vagues la colonisation, l'impérialisme, l'apartheid et appela les pays colonisés à lutter pour leur indépendance, mais en leur proposant de privilégier la négociation à la lutte armée.

L'envoyé du quotidien Le Monde, Robert Guillain, ne s'y trompa pas : « On écrit déjà en Europe et en Amérique que c'est la conférence de la révolte, révolte asiatique et africaine, révolte anti-blanche. Je crois vraiment que ce n'est pas cela. Voilà une révolte qui, vue de près, n'apparaît pas si farouche, des révoltés plus radoucis qu'on ne pense. (...) Cette fête en brun, jaune et noir, où les visages blancs sont absents, est bien un événement de notre époque... Mais c'est précisément une fête bien davantage qu'un complot. (...) La conférence afro-asiatique assure, par la voix de ses organisateurs, qu'elle ne veut pas être un rassemblement racial, une machine de guerre contre l'Occident. »

L'année suivante Nasser, Nehru et le président yougoslave Tito évoquèrent le « non-alignement », souvent associé à Bandung. Il faudra attendre la conférence de Belgrade en 1961 pour officialiser une formule qui prétendait alors offrir une alternative aux deux blocs.

Cinq ou dix ans après Bandung, les succès de la révolution cubaine ou de l'indépendance algérienne pouvaient nourrir des illusions tiers-mondistes. Cinquante-cinq après, elles se sont évaporées. La grande majorité des États du Tiers Monde, y compris ceux qui se présentaient comme de farouches défenseurs de l'indépendance nationale, voire du socialisme, se sont alignés sur l'impérialisme qu'ils prétendaient combattre.

À de très rares exceptions, ils n'affichent même plus l'ambition d'apporter un peu de bien-être à leur peuple. Pour la plupart, ils ont démantelé ou achèvent de démanteler ce qui était étatisé dans leur économie, espérant ainsi s'intégrer au sein de l'économie mondiale comme fournisseurs de matières premières ou comme sous-traitants des multinationales, et tant pis si leurs populations payent au prix fort ce réalignement par un surcroît d'exploitation.

Jacques FONTENOY

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 11:21
Dossier: Autour de la Conférence des Peuples de Cochabamba sur le climat; Indianisme, Marxisme et Ecologie
Par H. Blanco, D. Marca, F. Gaudichaud, A.G. Linera le Mardi, 20 Avril 2010 PDF Imprimer Envoyer

 

 

À l’occasion du Sommet des peuples sur le changement climatique à Cochabamba et de la journée de soutien  à cet événément organisée par Climat et Justice Sociale à Bruxelles, nous publions un dossier sur la thématique de l’indianisme, de la lutte écologique et du marxisme. Depuis plusieurs années, les peuples originaires et leurs organisations sociales et paysannes d’Amérique latine sont en effet à la pointe de la lutte contre la mondialisation capitaliste et pour la préservation de leurs ressources naturelles convoitées par les oligarchies locales, les multinationales et les puissances impérialistes (LCR-Web).

Pour un référendum mondial contraignant sur le changement climatique

Par Demetrio Marca

Changeons le système capitaliste et pas le climat! Tel est le mot d'ordre avancé par la mobilisation d'hommes et de femmes, d'organisations et de mouvements sociaux à l'échelle planétaire.


Cette lutte contre le changement climatique permet de générer une conscience anticapitaliste, car c'est ce dernier qui est la cause de la destruction de la planète, de par sa logique d'accumulation du capital et des richesses dans les mains d'une minorité au travers de l'exploitaiton sans merci des ressources naturelles de la planète.


Après l'échec du Sommet de Copenhague, le président bolivien Evo Morales, soutenu par les pays membres de l'ALBA (Alliance bolivarienne des peuples) a lancé l'invitation à une Conférence mondiale des peuoles sur le changement climatique à Cochabamba, Bolivie.


L'événement représentera la légitimisation des exigences des peuples face aux conséquences du changement climatique qui les affectent tous les jours. Cette légitimité sera un point d'appui pour les initiatives prises par des gouvernements progressistes en faveur d'une résolution proposant des mesures radicales et anticapitalistes contre le changement climatique lors du Sommet des Nations Unies qui se tiendra en décembre 2010 à Mexico.


L'exploitation des ressources naturelles par les multinationales capitalistes provoque une dégradation constante de l'environnement. En conséquence, nous subissons le réchauffement global, l'altération de la couche d'ozone par les émissions de gaz à effet de serre, les mouvements sismiques, l'apparition de nouvelles maladies inconnues qui se transforment en pandémies, les manipulations génétiques... Ces dégradations font aujourd'hui sentir régulièrement leurs effets; hausses des températures, pluies excéssives et innondations, sècheresses provoquant la mort du bétail et des cultures...


La proposition de la Bolivie d'organiser un référendum contraignant dans tous les pays du monde, en faveur d'une réponse profondément anticapitaliste au changement climatique, doit être soutenue. Les différents mouvements sociaux qui participeront à la Conférence de Cochabamba doivent mobiliser pour qu'un tel référendum contraignant se déroule dans chacun de leur pays et pour en porter le résultat à l'Assemblée générale des Nations Unies.

En outre, pour rétablir l'équilibre entre l'humain et la nature, pour les dommages causés à la Terre-Mère soient punis et corrigés, on doit créer un Tribunal International de Défense de la Terre-Mère, une instance qui serait chargée de faire justice dans les délits commis par les pays et les entreprises qui provoquent des désastres naturels et l'altération de l'équilibre climatique mondial.


La culture de la relation réciproque (l'« Ayni ») de l'Humain avec la Nature, la culture de l'équilibre humain-environnement, propre aux sociétés primitives, millénaires et collectivistes du monde, et particulièrement dans l'espace andin amazonique, permet de générer une conscience de lutte pour la préservation de l'environnement et des équilibres naturels.


Le leadership du président Evo Morales dans ce domaine ne fait pas de doute, sa contribution à la lutte pour les droits de la Terre-Mère (Pachamama) est un tangible. Le Sommet des peuples contribuera au processus de maturation d'une conscience anticapitaliste à l'échelle mondiale. Cette proposition permet de mettre à l'agenda des mouvements sociaux et anticapitalistes du monde – prolétaires, paysans ou des nations originelles – leur contribution au renversement du capitalisme.


La rencontre de Cochabamba doit être le point de départ d'une lutte mondiale pour la survie de l'humanité, pour l'élimination des causes qui provoquent le déséquilibre climatique, en premier lieu la surexploitation indiscriminée des ressources naturelles par le système capitaliste. Elle doit être le début d'une unification et d'une centralisation des luttes, en créant une coordination mondiale des mouvements sociaux sur ce terrain.


Les organisations sociales, les syndicats ouvriers, les mouvements des nations originelles, les intellectuels progressistes, nous avons tous la mission de soutenir de manière militante cet objectif afin de rétablir, à partir des besoins des peuples, la relation de réciprocité et d'équilibre entre l'humin et la nature, pour instaurer le droit à la Terre-Mère et pour renverser le système capitaliste à l'échelle planétaire.


Demetrio Marca


Demetrio Marca est activiste et dirigeant des mouvements sociaux des personnes déficientes en Bolivie, membre du collectif « Souveraineté Sociale Insurrectionnelle » et militant de la IVe Internationale. Traduction de l'espagnol pour le site www.lcr-lagauche.be

 


 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 10:07
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1er  avril  2010

 

Le séisme du 12 janvier a très clairement amplifié les problèmes socio-économiques structurels d’Haïti, tout en y ajoutant de nouvelles difficultés liées à cette conjoncture exceptionnelle : pertes en vies humaines et handicaps, dégâts matériels, choc psychologique… A l’heure actuelle, différentes stratégies sont proposées pour la reconstruction d’Haïti. Pourtant, ces projets ne reflètent pas les préoccupations et les besoins réels de la population. Cela dit, de tous les plans qui surgissent du gouvernement, de la classe politique, du secteur privé des affaires ou encore de la communauté internationale, pas un seul ne donne la parole au peuple haïtien, et en particulier aux mouvements sociaux. Il en ressort un décalage énorme entre ce que souhaitent les Haïtiens et ce qui est mis sur pied notamment par la communauté internationale.


La classe paysanne, moteur de l’économie haïtienne, est tout simplement exclue bien qu’elle représente près de 70% de la population. Il y a une raison à son exclusion des processus de décision et des choix politico-économiques. Le modèle capitaliste et néolibérale imposé à Haïti par les grandes puissances impérialistes (Etats-Unis, France, Canada…) et par les institutions financières internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, Banque interaméricaine de développement…) repose sur la théorie des avantages comparatifs, chère à David Ricardo.

 

Dès l’indépendance, Haïti a été forcée de produire non pas pour sa consommation interne, c’est-à-dire pour la satisfaction des besoins de sa population, mais pour exporter vers le marché mondial, en particulier vers le marché de ces pays impérialistes. Aujourd’hui, rien n’a réellement changé. Les petits producteurs haïtiens subissent la concurrence déloyale des produits agricoles subventionnés des pays du Nord, Etats-Unis en tête. Ainsi, le riz en provenance des Etats-Unis a fini par détruire la production nationale à la suite de la vague de libéralisation des années 1980, ainsi que la production avicole (œufs et poulets). Aujourd’hui, le pays vit une dépendance alimentaire insupportable puisqu’il est obligé de mobiliser environ 70% des ressources de ses exportations pour l’importation de produits alimentaires.


Les nouvelles stratégies de reconstruction post-séisme se cachent derrière une certaine idée de modernisation de l’agriculture haïtienne, c’est-à-dire une agriculture capitaliste productiviste avec des capitaux étrangers et le remembrement des terres pour achever de bouter les paysans hors de leur terre. Il en résulte une dépossession des paysans qui n’auront d’autres choix que de venir renforcer les rangs des ouvriers des zones franches du secteur textile, dans la foulée des lois Hope I et II qui encouragent l’investissement privé états-unien dans ce secteur.

 

Bien que Bill Clinton ait reconnu il y a peu le rôle néfaste des politiques imposées par la communauté internationale (comme la réduction des droits de douane de 50% en 1980 à 3% aujourd’hui), les plans de reconstruction évitent soigneusement de mettre l’accent sur l’agriculture paysanne. Cette dernière est mise de côté au profit du développement des zones franches du secteur textile et du tourisme, considérés tout deux comme le meilleur moyen de développer le pays.

Ces zones franches sont clairement des zones de non-droit, où les patrons peuvent à leur guise exploiter les ouvriers.

 

La République Dominicaine était jusqu’à récemment le pays où les zones franches du secteur textile étaient les plus développées. Désormais, les autorités dominicaines se tournent plutôt vers le développement des nouvelles technologies et le rôle d’« atelier textile défiscalisé » est transmis à Haïti. Construite sur des terres arables, seule la zone franche de la Compagnie de développement industriel (CODEVI), à Ouanaminthe, est en activité dans le pays pour l’instant. Mais les projets d’en créer d’autres sont bien réels. Pour la communauté internationale et le gouvernement haïtien, les zones franches de sous-traitance représentent l’avenir d’Haïti, comme l’illustre bien le rapport Paul Collier, professeur d’économie à l’université d’Oxford. Cette logique opposée aux intérêts du peuple haïtien sert ceux des multinationales étrangères qui trouvent en Haïti une main d’œuvre «  très bon marché », proche du marché nord-américain.

 

Ces ouvrier(e)s travaillent par quotas. Ils sont payés à la tâche donc leur journée peut aller jusqu’à 12h de travail, et cela pour environ 580 gourdes par semaines (soit environ 5 dollars). De plus, la zone n’est pas du tout adaptée pour accueillir autant de nouveaux travailleurs et les habitations de fortune, sans eau ni électricité, se multiplient aux alentours. Enfin, ces ouvriers sont payés chaque semaine, si bien que dès qu’ils reçoivent leur paie, ils doivent déjà rembourser leur dette accumulée pendant la semaine, notamment pour se nourrir le midi. En général, après les dépenses vitales, il ne reste que 10 gourdes à chacun. Autant dire qu’il est impossible d’avoir une vie décente dans ces conditions.


Il n’y a pas que les ouvriers et les paysans qui souffrent du modèle économique imposé depuis des lustres. Les étudiants, et notamment ceux de la Faculté des sciences humaines, sont mobilisés pour faire prendre conscience des inégalités criantes engendrées par le capitalisme. Le secteur de l’éducation, notamment le secteur universitaire public, a été dévasté par le séisme du 12 janvier. Pourtant, ces étudiants sont toujours debout et se battent pour qu’émerge un nouveau modèle de société, où les besoins réels de la population haïtienne sont pris en compte. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils subissent une importante répression, notamment de la part de la Minustah, force d’occupation de l’ONU aussi illégitime qu’inefficace.

L’enjeu de ce que l’on appelle à tort « la reconstruction » n’est autre pour les Haïtiens que de déconstruire l’ancien système avant même de jeter les bases d’une logique radicalement différente.

 

Les luttes des mouvements sociaux haïtiens convergent vers un nouvel Haïti, débarrassé du modèle capitaliste néolibéral à l’origine de l’appauvrissement et de l’exclusion de la majeure partie des Haïtiens. Malheureusement aujourd’hui, on ne peut pas dire que les Haïtiens aient leur mot à dire. Aucune consultation populaire n’a été effectuée, contrairement à ce que réclament les mouvements sociaux et les Haïtiens. Au lieu de cela, le gouvernement haïtien et la communauté internationale préparent l’approfondissement de la logique néolibérale tout en légitimant une occupation militaire et humanitaire du pays. Mais le peuple haïtien, bien que meurtri, n’est pas prêt à se laisser faire. La souveraineté politique, économique et alimentaire, mais aussi l’égalité des chances et le droit à une vie décente, ne sont pas que des slogans : ils sont des revendications fortes, porteuses des combats à venir.






* Sophie Perchellet est vice-présidente du CADTM France (www.cadtm.org).
Elle a effectué une mission à Haïti centrée sur le thème de la reconstruction, du 17 mars au 1er avril 2010.

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 10:18

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Contre les nouvelles conquêtes coloniales des Européens !

Les 17 et 18 mai, se tiendra à Madrid la septième édition du sommet des chefs d’États de l’Union européenne (UE) et d’Amérique latine/Caraïbe (ALC), avec au menu une véritable politique de re-colonisation économique et militaire et la volonté d’entériner des traités de libre commerce avec l’Amérique centrale, la Colombie et le Pérou.


Fondement des politiques européennes centrées sur la concurrence et le démantèlement de l’État par les privatisations, la stratégie de Lisbonne vise à gonfler les carnets de commandes des transnationales et à approfondir les politiques capitalistes au détriment de la souveraineté des peuples.
Face à cette offensive, un réseau bi-régional euro-latino-américain s’est mis en place en 2004 pour mener des campagnes communes et organiser un contre-sommet appelé


« Sommet des peuples : Enlazando Alternativas ». Sa quatrième édition aura lieu du 14 au 18 mai à Madrid.


Ce Sommet des peuples est un moment fort de dénonciation et de mise en accusation des politiques de l’Union européenne qui favorise ses multinationales. Il permet de montrer à quel point les traités de libre commerce (TLC) signés par les pays d’ALC avec l’Europe n’ont rien à envier à ceux proposés par les États-Unis. Leurs conséquences sont tout aussi dramatiques : dépeçage des services publics, pillage des ressources naturelles, déplacement de communautés entières, dévastation de la biodiversité, épuisement des ressources hydriques, paupérisation de la main-d’œuvre, militarisation des territoires et criminalisation des luttes populaires et des migrants. Les multinationales européennes sont le fer de lance de cette politique.


Ce sommet alternatif vise également à mutualiser les luttes des peuples autochtones, latino-américains, caribéens et européens, et à travailler ensemble pour défendre les biens publics et renforcer la résistance et la mobilisation contre l’actuel système de domination.
Enfin, en Europe comme en ALC, des expériences de luttes et d’alternatives sont menées. Le Sommet est l’occasion de les faire connaître et notre participation active nous permettra d’articuler un contenu anti­capitaliste à la formule du « socialisme du xxie siècle » !

Des menaces sur les forces de gauche en Amérique latine

Malgré des années d’amélioration du rapport de forces en faveur de la gauche radicale en Amérique latine, les derniers mois en indiquent une possible inflexion : la droite latino-américaine, historiquement liée aux projets de domination impérialiste, progresse dans le sous-continent.
Ainsi, au Honduras, appuyés par les États-Unis et la droite latino-américaine, les conservateurs ont renversé Manuel Zelaya qui avait proposé un référendum en vue de convoquer une assemblée constituante et s’était rapproché de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques. Zelaya provenait pourtant d’un des deux grands partis de l’oligarchie hondurienne.
Au Chili, Pinera, le candidat de la droite, a été élu président en l’absence d’une vraie politique de gauche menée par l’alliance de la Concertation. Cela marque l’accentuation des politiques libérales dures imposées par la dictature de Pinochet.


En Bolivie, des pressions permanentes s’exercent sur le gouvernement d’Evo Morales, et les gouverneurs des provinces les plus riches mènent un combat sécessionniste et putschiste avec l’aide de la droite internationale.
La Colombie, bras armé des États-Unis, accueille de nouvelles bases militaires et, en plus d’exterminer son opposition politique, relaye au côté du Pérou les menaces impérialistes sur les gouvernements du Venezuela, d’Équateur, du Paraguay et de Bolivie.
En Haïti, profitant du séisme qui a ravagé le pays, l’armée américaine conforte sa présence dans la Caraïbe et la France fait de même.

Présence impérialiste de l’Union européenne en Amérique latine

L’Union européenne est le deuxième partenaire commercial (15 % du total) et investisseur dans cette région, derrière les États-Unis, et le premier bailleur d’aide au développement (60 % du total reçu par la région).
La vague de privatisations initiée dans les années 1980 par les gouvernements latino-américains à peine libérés des dictatures a donné l’occasion aux multinationales européennes de se ruer sur le continent. Elles ont multiplié par quatre « leurs investissements » et se sont emparé des biens publics, de l’eau, de l’électricité, du gaz, du pétrole, des télécommunications. La coopération européenne a favorisé leur implantation et les traités de libre commerce ont mis en place une législation favorable au-dessus des lois nationales. Ces multinationales étaient parfois encore des entreprises publiques en Europe, comme France Télécom et EDF.


Aujourd’hui, l’Europe cherche à fiabiliser son approvisionnement en ressources naturelles et accentue sa pression pour leur exploitation.
Dans le secteur des services, les demandes de libéralisation par l’UE organisent en particulier la précarité des étudiants des universités publiques. Elles bloquent l’accès à des services essentiels à la population comme les médicaments génériques, les semences paysannes, l’eau potable et l’assainissement.


Par leur mépris des droits des populations et de l’environnement, les multinationales européennes, à l’instar de Bayer, Repsol, Nestlé, Union Fenosa, Banco Bilbao, Telefonica, Suez ou Veolia, ont très rapidement réussi à fédérer contre elles des mouvements populaires de masse. Elles sont défendues avec constance par les gouvernements européens de droite et sociaux-démocrates.

Des liens à tisser, des propositions convergentes à construire

Les accords et traités de libre commerce sont aux antipodes des intérêts des peuples et de la survie de la planète, en Amérique latine comme en Europe. Dans ce cadre, il s’agit de forger un mouvement de défense d’intérêts communs, en démantelant les axes d’oppression impérialiste centrés sur l’imposition du système capitaliste et la répression des mouvements critiques.


Un des enjeux du contre-sommet, comme son nom l’indique, est d’entrelacer les alternatives, apprendre les uns des autres et organiser des solidarités concrètes et politiques dans les luttes sur les deux continents.
L’Amérique latine a fourni ces dernières années de nombreuses raisons de se réjouir des progrès de la gauche sociale et politique. Ces succès sont souvent le fruit de décennies d’implantation comme c’est le cas du Mouvement des sans-terre du Brésil, des mouvements indigènes d’Équateur (la CONAIE), de l’AIDESEP au Pérou, de la CAOI qui fédère des organisations des peuples originaires de six pays.


Ces mouvements précurseurs ont très tôt lié les questions écologiques, la préservation du milieu naturel avec une conscience anti-libérale puis anticapitaliste. Ainsi, les indigènes de Bolivie donnèrent naissance au MAS, actuellement au pouvoir dans le pays, qui accueillera bientôt le sommet de défense de la terre et contre le réchauffement climatique à Cochabamba. Ces luttes, comme celles des mouvements de Piqueteros (chômeurs) et des entreprises récupérées et contrôlées par leurs salariés ou les luttes contre la privatisation de l’eau, donnent du grain à moudre pour nos luttes en Europe.
En plus de Cuba, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur, malgré leurs limites et leur manque de définition stratégique, ont remis au goût du jour la possibilité concrète d’ôter le pouvoir des mains des castes dirigeantes, souvent racistes et toujours soucieuses d’amplifier leur taux d’enrichissement sur le dos des peuples de ces pays. Les progrès sociaux et l’alliance tissée avec les mouvements sociaux y ont aussi permis de populariser l’idée que le changement ne peut venir que d’une stratégie politique globale et internationaliste.


En Europe, la violence des attaques des classes dirigeantes domine le paysage politique. Malgré le slogan qui parcourt les pays européens, « Ce n’est pas à nous de payer leur crise », la situation est à l’évidence plus difficile pour la gauche anticapitaliste.


Même si la droite et la social-démocratie ont jusqu’à présent contenu les protestations populaires, à l’image de ce qu’il se passe en Grèce, elles n’en ont pas moins démontré leur incapacité à enrayer la crise. En tout cas, les gouvernements sont décidés à la faire payer par ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.


Face à cette situation, de nouvelles formes politiques ont vu le jour comme c’est le cas du NPA en France ou du Bloc de gauche au Portugal (pour ne citer que celles-là).
Comme en Amérique latine, il nous faudra élargir et amplifier les luttes syndicales, écologistes, anticapitalistes pour espérer faire fructifier les nouvelles formulations politiques.
À Madrid, il s’agira de s’alimenter des expériences latino-américaines et de tisser des liens avec l’ensemble des forces sociales et politiques qui partagent avec nous l’objectif du renversement du capitalisme.

À Paris comme à Marseille : en route pour Madrid !

À Paris


Pour préparer le Sommet des peuples, deux journées de débats sont organisées à Paris par un collectif unitaire sur les thèmes qui seront développés à Madrid, sur les alternatives à construire et le contenu à donner au socialisme du xxie siècle.
Le vendredi 9 avril de 18 heures à 21h30 et le samedi 20 avril de 10 à 18 heures, à la Bourse du travail de Paris (3, rue du Château-d’Eau, métro République).


À Marseille


Une réunion publique de préparation de Madrid aura lieu le jeudi 25 mars à 18 h 30, salle Ritimo, 8, rue Barbaroux. Le thème en sera : l’eau, bien commun de l’humanité. Une réunion publique est prévue au retour de Madrid, le 21 mai, avec des représentants péruviens.

Madrid du 14 au 18 mai
 


Un forum social, une assemblée des mouvements sociaux, une grande manifestation internationale le dimanche 16, un Tribunal populaire des peuples pour lutter contre l’impunité des multinationales, un meeting anticapitaliste le samedi soir sont au programme, consultable sur :
www.enlazandoalternativas.org

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 20:42


Pour réduire la dépendance alimentaire de l’île, 1,5 million d’hectares de friches ont été confiés avec succès à de petits producteurs.

18.03.2010 |  Fernando García | La Vanguardia


Le marabú, un arbuste de Cuba qui pousse comme de la mauvaise herbe et en particulier à la lisière de Camagüey


Le marabú, un arbuste de Cuba qui pousse comme de la mauvaise herbe et en particulier à la lisière de Camagüey

 


Raúl Hernández Gómez, 43 ans, faisait partie jusqu’au début de 2009 de la légion de “cadres moyens” de l’Etat cubain. Cet ingénieur agronome de Camagüey gagnait 450 pesos (soit environ 15 euros) par mois. L’année dernière, il a décidé d’être candidat au programme d’octroi de terres en usufruit lancé par le gouvernement pour alléger la facture d’un pays qui importe 80 % de ses produits alimentaires et dépense des milliards de dollars à cet effet. Un choix que Raúl Hernández ne regrette pas : aujourd’hui, il gagne 600 pesos et espère augmenter ses revenus avec le temps. L’Etat leur a cédé, à lui et à son frère Alberto, 6 hectares de terres en friche situés à la lisière de Camagüey.

“Il faut revenir à la terre ! Il faut la faire produire !”
lançait Raúl Castro en juillet 2008, un an après avoir annoncé des “changements structurels et dans les mentalités” pour y parvenir. Et pour en finir avec cette absurdité qui consiste à payer une fortune des produits agricoles en grande partie achetés à l’“ennemi impérialiste”, alors que la moitié des 3,6 millions d’hectares de terres cultivables sont abandonnés aux mauvaises herbes – en particulier à un arbuste appelé marabú, un adversaire de la Cuba des Castro aussi redoutable que Washington ou le moustique vecteur de la dengue.

Le programme de distribution de plus de 1,5 million d’hectares en friche à de petits agriculteurs se heurte toujours à des obstacles en tout genre, comme l’admettent même les médias officiels : favoritisme et retard dans les procédures de distribution, pénurie de matériel agricole et même de semences, manque de personnel qualifié sur le terrain, problèmes de bureaucratie…

Pourtant, tant bien que mal, le plan commence à donner çà et là quelques résultats. Surtout depuis que l’Etat a décidé d’augmenter les prix auxquels il achète les produits aux agriculteurs. Fin 2008, alors que 700 000 hectares avaient été distribués à 100 000 demandeurs, le secteur agricole avait déjà enregistré une croissance de 7 % par rapport à l’année précédente.

Le cas de Raúl Hernández est emblématique de ces timides avancées. Les terres qu’il partage avec son frère se trouvent en périphérie urbaine, un secteur que le gouvernement souhaite voir exploité en priorité afin d’économiser carburant et autres frais de transport. Les deux frères travaillent avec des bœufs, comme l’avait conseillé Castro dans ses discours. Les Hernández cultivent des patates douces, du maïs, des courges et des haricots ; ils élèvent des porcs et des moutons, qui les aident à se débarrasser de ce qui reste du marabú qu’il a fallu arracher. Leur contrat comprend des accords avec des coopératives et autres organismes d’Etat, qui leur fournissent une aide matérielle et technique.

“Les choses vont bien pour nous, vraiment. Nous bénéficions d’un système d’irrigation moderne et de conseils pour la fertilisation biologique”
, explique Raúl. Avec ces aides, ils ont pu introduire sur leur exploitation des méthodes novatrices d’ensemencement et d’élevage afin de tirer le meilleur parti de la terre et des bêtes. Là où ils produisaient auparavant 300 quintaux de patates douces, Raúl et Alberto en récoltent aujourd’hui 700. Sur les 6 tonnes de viande porcine qu’ils sont tenus de vendre à l’Etat en deux ans, ils en ont déjà livré 2, grâce à trois femelles reproductrices sélectionnées. Nous avons interviewé Raúl Hernández au hasard, sans l’entremise d’un quelconque organisme gouvernemental. Sa réussite ne permet pas de tirer de conclusions générales, mais elle est peut-être symptomatique. Loin de La Havane, où l’on brosse un tableau très noir de l’agriculture et où l’évolution du pays suscite pessimisme et déception, on décèle des lueurs ­d’espoir dans la campagne cubaine.

 

Note: Ils sont si méchants les cubains! Mais ils ont de bonnes idées à creuser: agriculture  proche des villes, réduction des émissions de carbone pour le transport, rémunératrice pour les paysans...

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 08:57

lundi 22 mars 2010

Entretien avec Éric Toussaint, président du CADTM, par Manuel Torres [1]


Comment évaluez-vous la situation des mouvements sociaux?


Problématique. Il est fondamental d’avoir un diagnostic correct de la situation qui, à mon avis, est la suivante. Nous avons la plus grande crise du système capitaliste depuis 80 ans et les réponses sociales ne sont pas à la hauteur. Lorsque la crise a éclaté, en 2007-2008, les intellectuels pro-capitalistes ont tremblé car il se sont rendu compte qu’il s’agissait d’un crise systémique. On a parlé de crise capitaliste, de refonder le capitalisme parce qu’ils craignaient réellement une réponse de grande ampleur -et cela ne s’est pas encore produit.


C’est vrai qu’il y a des signes positifs comme ceux donnés à Belén au Forum Social Mondial (FSM) en janvier 2009 : 14.000 participants, la grande majorité des jeunes qui cherchaient à participer dans les ateliers les plus radicaux. Les déclarations finales des mouvements indigènes, des femmes, de justice globale, etc... sont très radicales. Mais ce ne sera pas un forum social mondial qui pourra changer la corrélation de forces, mais plutôt les luttes réelles dans les pays où la crise est plus forte, dans ceux qui ont un poids dans l’économie mondiale. A ce niveau, les réponses sociales aux Etats-Unis et en Europe sont jusqu’à présent limitées, comme si les gens étaient paralysés par les coups qu’ils reçoivent, par le chômage, etc.


C’est un diagnostic préoccupant !


Oui, et cela pousse à l’action les mouvements sociaux qui constituent une force réelle (Via Campesina, des réseaux comme la marche mondiale des femmes, le Comité pour l’Annulation de la Dette dans le Tiers Monde (CADTM), les organisations indigènes, etc.). Ils ont le très grand défi d’organiser des stratégies d’actions. On n’y est pas encore arrivé, mais il y a eu, à la fin janvier, la réunion mondiale des mouvements sociaux à San Paulo, hors du contexte des forums sociaux, où a été organisé un séminaire [1] pour faire une balance de nos stratégies et pour impulser un mouvement.

Les gouvernements de gauche les plus avancés, comme ceux de Bolivie, Équateur ou Venezuela, n’ont pas pris non plus de fortes initiatives. Ils ont émis des déclarations intéressantes comme celle du Sommet de Copenhague, mais on est en train de perdre un temps précieux pour, par exemple, lancer la Banque du Sud sur des critères cohérents, ou avancer avec le SUCRE (système unique de compensation régionale qui éliminerait l’influence du dollar sur les pays de l’ALBA), ou donner plus de cohérence à l’ALBA. Il y a beau de discours et de rhétorique, mais les faits et les décisions ne suivent pas cette ligne.


Que manque-t-il pour qu’il y ait une mobilisation convaincante en cette époque de crise du système?


Si nous parlons de l’Europe ou des Etats-Unis, le mouvement syndical joue un rôle important pour mobiliser ou ne pas le faire. En Europe la Confédération des syndicats, en Espagne les CCOO et UGT, en France la CGT et la CFTD, les syndicats anglais : aucun ne veut de grandes mobilisations. Ils pensent que s’ils mettent en marche le train des luttes, celles-ci prendront un caractère plus radical qu’à d’autres époques. Les directions syndicales ne sont pas prêtes à assumer les risques d’une confrontation avec les gouvernements. Ils s’accrochent à l’espoir que les plans de sauvetage des banques vont réussir à sortir de la crise en une ou deux années, et cela c’est une erreur.


Nous avons vu un exemple au début 2009 dans les mobilisations en France qui ont eu une participation similaire à celles obtenues en mai 68. Les gens voulaient continuer avec les mobilisations et les directions syndicales ont décidé que non. Il y eut beaucoup de frustration, pourtant les gens n’ont pas été capables de se convoquer eux-mêmes au niveau de tout un pays en coordonnant les secteurs publics et privés.

Il existe une disposition à la mobilisation s’il y a un plan d’action de la part des directions syndicales. Sans une participation syndicale forte et sans grands mouvements spontanés comme il y a eu à la fin des années 60, début des années 70, qui étaient la fin de la grande ère de prospérité économique, les gens pouvaient aller en grève avec l’idée de vaincre. A présent, pour vaincre, il manque un plan d’action fort.


Il n’y a nulle part de capacité d’action?


Les endroits où il y a une grande mobilisation sont les pays périphériques comme en Amérique Latine qui, pour moi, constituent l’épicentre de la résistance, comme les organisations indigènes en Équateur ou au Pérou. La stratégie nous oblige à faire un travail de sensibilisaion, à ouvrir le débat sur la stratégie dans le contexte du FSM, même avec les confédérations syndicales qui en font partie. Les organisations paysannes doivent aussi proposer une solution à la crise alimentaire au niveau international en implémentant des politiques de souveraineté alimentaire.


Croyez-vous que la passivité des syndicats européens est due à la crainte de sortir d’un modèle de production lié à la consommation, ce qui impliquerait un changement radical dans la forme de travailler et de s’organiser?


Je ne crois pas que ce soit cela la raison principale. Je pense que celle-ci se trouve dans les directions bureaucratiques qui ne veulent prendre aucun risque et préfèrent chercher la voie de la négociation et, comme ils craignent la dynamique que preuvent prendre de grandes mobilisations, ils préfèrent essayer de négocier avec le patronat et les gouvernements. Ce n’est pas tellement leur vision du mode de production, parce qu’à présent tout le monde se rend compte que ce modèle de consommation, ce modèle extractiviste -qui produit même un changement climatique- n’est pas bon. Ce qui se passe, c’est que les gens ne sont pas très révolutionnaires au niveau des idées. Le problème principal est de se rendre compte que maintenant, pour arriver à quelque chose, cela implique un niveau d’affrontement. Je ne parle de prendre le pouvoir mais bien de mener de longues grèves d’opposition frontale au patronat ou, même, de renverser un gouvernement -ce qui ne se fait pas depuis 30 ou 40 ans.


Il y a aussi eu des déroutes importantes...


Dans le contexte du FSM, nous avons eu des problèmes depuis 2003 jusqu’à l’année passée (et nous n’en sommes pas encore sortis). Deux pays clés dans la construction du mouvement altermondialiste sont l’Italie et le Brésil. En Italie, le parti de la Refondation Communiste est entré dans le gouvernement de Romani Prodi, de caractère social-libéral. Cela a provoqué une démoralisation et une déroute politique de la Refondation Communiste qui a perdu la représentation parlementaire. Les mouvements sociaux italiens n’ont pas la même capacité que lorqu’on a lancé le premier forum social européen en novembre 2002 à Florence, avec une marche d’un demi-million [de participants] contre la guerre. Ou à Genève en 2001. Ou au Brésil où la ligne de Lula, appuyée par le principal syndicat, est de caractère social-libéral. Cela a eu des conséquences au FSM mais aussi au niveau de la fédération des mouvements sociaux, qui est plus radicale mais qui a été affectée par l’orientation politique des gouvernements et les déroutes politiques de ces mouvements sociaux.


L’introduction dans des gouvernements de gauche en Amérique Latine de personnes liées aux mouvements sociaux n’entraîne pas un abandon du modèle extractiviste. Cela vaut la peine, au vu de ces résultats, qu’ils entrent pour faire partie d’un gouvernement?


Il est fondamental, pour les mouvements sociaux dans des pays comme la Bolivie, le Venezuela ou l ’Équateur, de maintenir une capacité de mobilisation indépendante vis-à-vis du gouvernement pour être capable d’exercer une pression sur lui. Ce doit être possible sans s’affronter, mais plutôt en exerçant une pression sur lui, le stimuler en l’incitant à adopter des initiatives plus avancées. Mais si cela ne fonctionne pas, il faut alors affronter la politique du gouvernement. Les personnes des mouvements sociaux ne devraient pas accepter de charges ministérielles pour maintenir ainsi la capacité de mobilisation.


Il faudrait chercher une relation dialectique constructive d’appui et de pression pour aller dans la bonne direction. Si cela ne fonctionne pas, ils doivent se mobiliser comme l’a fait la CONAIE en Équateur lorsque le gouvernement n’a pas pris en compte la position des indigènes. Les mouvements sont obligés de consulter leurs bases et, si celles-ci le décident, de se mobiliser.


Même si on tente d’impliquer les mouvements sociaux dans des tentatives de renversements -ce qui est une stratégie de Correa. Si le gouvernement n’écoute pas lorsque les putschistes décident d’agir, les mouvements sociaux ne l’appuyeront pas. Il y a un secteur du gouvernement qui le comprend mais, pour l’instant, il est influencé par la secteur plus conservateur. On peut signer des accords et appuyer les bonnes résolutions d’un gouvernement, mais on doit exercer une pression et, si c’est nécessaire, l’affronter pour obtenir un changement d’orientation politique.


Quelles alternatives existe-t-il au-delà des mobilisations et de l’affrontement? Est-il nécessaire d’arrêter de reconnaître la structure de l’Etat et d’appliquer le modèle approprié de développement des peuples?


Non. Je crois qu’une stratégie comme par exemple celle des Zapatistes correspond à une organisation qui de fait -bien que ce ne fût pas leur souhait- est marginale dans la vie politique de Mexico et est dans une situation d’autodéfense plus que de défense. Une stratégie de mobilisation non seulement me paraît fondamentale, mais il faut aussi construire des instruments de pouvoir populaire venant de la base -dans le style, là oui, des Zapatistes, ou des indigènes organisés au sein de la CONAIE. Mais aussi d’autres secteurs comme par exemple les travailleurs de manufactures, qui doivent avoir une politique de contrôle ouvrier. Cela implique de tenter de créer une dualité de pouvoir dans l’entreprise capitaliste. Questionner de manière structurelle et permanente le pouvoir de décision des chefs d’entreprises -qu’elle soient privées ou de l’Etat. Dans le cas de gouvernements qui nationalisent les entreprises, la production doit être organisée par les travailleurs -et non une bureaucratie ou les technocrates.


Eric Toussaint


[1]. Dans Els Quaderns d’Illacrua a la Directa n° 171
[2]. Séminaire sur l’Assemblée des Mouvements Sociaux, São Paulo, Brésil, 21-23 Jan 10

Traduction : Armando García


Source : Amérique Latine des peuples


Quelques-uns des ouvrages d’Eric Toussaint :
La Bourse ou la vie. La finance contre les peuples

Banque mondiale : le coup d’Etat permanent

Banque du Sud et nouvelle crise internationale
 


L’Équateur à la croisée des chemins. Abolir la dette pour libérer le développement humain (en espagnol)
60 questions, 60 réponses sur la dette, le FMI et la Banque Mondiale

[NdT. Pour plus de renseignements, consulter le site du CADTM > Publications > Livres et brochures]

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 09:20
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8 mars 2010

Les Islandais ont décidé à plus de 90 % de rejeter la loi qui prévoyait que l’Islande devait rembourser 3,8 milliards d’euros au Royaume-Uni et aux Pays-bas pour indemniser les clients fortunés britanniques et néerlandais de la banque islandaise Icesave qui avaient perdu leurs avoirs lors de la crise financière.


Ainsi ces clients qui avaient joué sur les marchés financiers pour avoir des rémunérations mirobolantes de leurs investissements, et qui sont donc coresponsables de la débâcle financière, auraient dû être remboursés par le peuple islandais !


Ce vote du peuple islandais prend une signification particulière alors que le peuple grec essaie de résister à la violente purge que le gouvernement grec et l’Union européenne veulent lui imposer pour, là aussi, lui faire payer le prix d’une crise dont il n’est nullement responsable.


Une même politique d’austérité drastique touche, ou va toucher, tous les pays européens. Partout l’objectif des gouvernements et des institutions de l’Union européenne est de faire payer la crise aux populations, alors même que ce sont les marchés financiers qui sont les responsables de la crise actuelle. Ce sont eux qui, par leur cupidité et leur aveuglement, ont plongé le monde dans la récession.


Pour y remédier et pour les sauver de la faillite, les Etats ont dû emprunter auprès… de ces mêmes investisseurs internationaux qui maintenant leur reprochent un endettement dont ils sont les premiers responsables et dont ils profitent. Mieux encore, les banques et autres institutions financières empruntent de l’argent à la Banque centrale européenne (BCE) à un taux extrêmement faible (de l’ordre de 1 %) pour ensuite prêter de l’argent aux Etats à un taux beaucoup plus élevé.


Mais le scandale ne s’arrête pas là. Prenant prétexte d’attaques spéculatives, les instances européennes et les gouvernements veulent prendre des mesures visant à réduire drastiquement les dépenses publiques, notamment celles relatives à la protection sociale et aux services publics. Injustes socialement, ces mesures sont stupides économiquement. Réduire la dépense publique n’aura pour conséquence que de casser nette une activité économique qui peine à redémarrer. Conséquences inévitables : hausse du chômage, baisse des recettes fiscales et donc … aggravation des déficits publics.


Il faut rompre avec cette logique absurde en commençant à briser les reins à la finance spéculative et arrêter de laisser le financement des Etats dans les mains des marchés financiers. La BCE doit, soit directement, soit indirectement, pouvoir financer les Etats. Ensuite, plutôt que de réduire les dépenses publiques, il faut accroître les recettes de l’Etat.


En France, deux moyens simples existent pour cela : supprimer les niches fiscales qui profitent aux plus riches et dont le coût pour le budget de l’Etat est de 70 milliards d’euros ; supprimer les exonérations de cotisations sociales dont bénéficient le patronat et qui représentent un manque à gagner de 30 milliards d’euros pour l’Etat. Au-delà, il faut imposer une réforme fiscale d’ampleur qui restaure la fonction de l’impôt en taxant fortement les hauts revenus et le capital financier.


Des solutions existent pour sortir du piège de la dette. Mais elles supposent un affrontement avec le patronat et les marchés financiers. Tous les gouvernements européens sont aujourd’hui en train de préparer une politique d’austérité drastique pour faire payer la crise aux salariés et plus largement aux populations, le tout sous le contrôle étroit de la Commission européenne et de la BCE. Il est aujourd’hui grand temps que les salariés européens se mobilisent pour imposer d’autres orientations. Cela devrait être un objectif partagé par toutes les organisations syndicales à l’échelle européenne.


Le 8 mars 2010

Union syndicale Solidaires
144 Bd de la Villette
75019 Paris
Téléphone : 01 58 39 30 20
Télécopie : 01 43 67 62 14
contact@solidaires.org


www.solidaires.org


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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 09:39
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5 mars 2010

Le gouvernement grec vient d’annoncer la mise en place d’un plan d’austérité qui a été très bien accueilli par l’Union européenne et par le Fonds monétaire international (FMI).


Mais pour le CADTM, les mesures inscrites dans ce plan sont purement inadmissibles. Ce que le gouvernement d’Athènes présente comme une solution face à la crise n’est rien d’autre que la prise en otage de la population grecque, sommée de prendre en charge l’irresponsabilité des acteurs financiers qui ont provoqué ou aggravé la crise.


Ce plan d’austérité vise à économiser 4,8 milliards d’euros sur le dos de la population grecque pour rembourser les créanciers. Ils serviront également à payer les honoraires de la banque Goldman Sachs dont on sait maintenant qu’elle a aidé le gouvernement à dissimuler une partie de sa dette. Au menu notamment :


• gel du recrutement et réduction des salaires des fonctionnaires (forte baisse du montant des 13e et 14e mois, diminution des primes, après une réduction des salaires de 10% décidée en janvier) ;


• gel des retraites ;


• hausse de la TVA de 19% à 21%, alors qu’il s’agit d’un impôt injuste qui frappe davantage les plus démunis ;


• réduction drastique des budgets sociaux, comme celui de la Sécurité sociale.


Pour le CADTM, ces mesures font partie du problème, et non de la solution. La crise actuelle est utilisée pour venir à bout des résistances face aux acquis sociaux obtenus de haute lutte.


Loin d’en tirer les enseignements, les dirigeants des grandes puissances et du FMI exercent une pression intense pour imposer de nouvelles mesures néolibérales, pour accroître les inégalités, pour précariser davantage les populations.


Dans le même temps, aucune mesure efficace n’est prise pour faire supporter le poids de la crise par tous ceux qui en sont responsables et pour empêcher de nouvelles crises de se reproduire à l’avenir.


Le CADTM demande aux pays touchés par la crise financière de cesser de choisir l’option néolibérale qui a conduit le monde dans l’impasse actuelle, alors que des choix radicalement différents existent.


Le CADTM soutient la population grecque qui se mobilise massivement en faveur d’une rupture avec le modèle néolibéral. La socialisation des pertes et la privatisation des bénéfices sont des principes à rejeter d’urgence.


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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 09:07
Par Eric Toussaint et Olivier Bonfond le Lundi, 22 Février 2010 PDF Imprimer Envoyer



Du 21 janvier au 2 février 2010, Eric Toussaint et Olivier Bonfond, militants altermondialistes, membres du Conseil International du FSM, de la coordination mondiale des mouvements sociaux et du réseau international CADTM[1] (Comité pour l’Annulation de la dette du Tiers Monde), ont participé à différentes réunions et activités internationales au Brésil : séminaire international des mouvement sociaux (réalisé à Sao Paulo du 21 au 23 janvier), camp international de la jeunesse à Novo Hamburgo, séminaire international intitulé « 10 années après : défis et propositions pour un autre monde possible » organisé à Porto Alegre du 25 au 29 janvier 2010 par le « Groupe de réflexion et d’appui au processus du FSM » composé de plusieurs organisations brésiliennes, notamment IBASE, Ethos et l’Instituto Paulo Freire, ainsi que l’assemblée des mouvements sociaux (Porto Alegre, le 29 janvier). Malgré une analyse très critique, Eric Toussaint et Olivier Bonfond pensent que le Forum Social Mondial peut encore jouer un rôle positif, mais sous certaines conditions.


Entretien.


Marga Tojo Gonzales : 10 ans après la naissance du slogan « un autre monde est possible », la majorité de l’humanité vit toujours dans des conditions infra-humaines, et, avec la crise financière internationale, la situation s’est encore dégradée. Les altermondialistes auraient-ils échoué ?


Olivier Bonfond : Lorsque la question est posée de cette façon, on doit reconnaître que le Forum Social Mondial et le mouvement altermondialiste en général n’ont pas réussi à changer véritablement le cours des choses. A la base de ces grands évènements que sont les forums mondiaux, il y avait l’objectif de transformer la société en quelque chose de mieux, où il y a plus de justice sociale, moins d’inégalités, où tous les citoyens ont leurs droits humains fondamentaux satisfaits.


Mais en réalité la question doit être posée autrement. Il s’agit de déterminer si le FSM et le mouvement altermondialiste ont joué un rôle positif dans la construction d’un rapport de force en faveur des exploités et des opprimés de la planète. La réponse est alors plutôt positive. Mais le FSM n’a rien de miraculeux et reste un processus en mouvement, avec ses faiblesses et contradictions. Il est aussi très « jeune » : le FSM n’a que 10 ans et le mouvement altermondialiste à peine plus, ce qui est très peu comparativement aux forces auxquelles ils s’attaquent, à savoir celles d’une oligarchie capitaliste internationale et de sociétés transnationales au service desquelles agissent de puissants instruments comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OTAN…


M.T.G. : A vos yeux, après 10 années de Forums, quel est l’acquis principal de ce mouvement ?


Eric Toussaint : Le FSM a joué un rôle très important à deux niveaux. Premièrement, dans la déligitimation du néolibéralisme comme seul modèle possible pour l’humanité. Bien sûr, la « bataille des idées » n’est pas finie et la logique de fatalité est encore très présente dans beaucoup d’esprits, mais le mouvement altermondialiste a pu démontrer et rendre visible la nécessité et la possibilité d’une alternative globale. Il a démontré la vanité de certaines affirmations en vogue comme par exemple l’expression « la fin de l’histoire » de Fukoyama ou encore « TINA » (There Is No Alternative) de Margaret Thatcher.


L’autre acquis très important du FSM est qu’il a permis, d’une part, la construction et le renforcement de réseaux internationaux, et d’autre part, la mise en connexion entre ces différents réseaux. Dans le cadre de la lutte contre le capitalisme mondialisé, cet aspect est fondamental. En effet, face à des stratégies et rapports de force qui ont pour conséquence d’isoler et/ou de mettre en concurrence les pays et les peuples, il est fondamental de dépasser le cadre national en proposant des alternatives globales, en construisant des liens de solidarité, mais aussi et surtout en coordonnant des stratégies d’action et des mobilisations internationales. Dans les premières années du forum, il est indéniable qu’il y avait une dynamique intéressante entre les forums, les mouvements sociaux, les différentes campagnes internationales sur des thèmes comme la dette, l’OMC, le militarisme, l’écologie, le féminisme,… et l’organisation de grandes mobilisations à l’occasion de réunions de la BM, du FMI, de l’OMC, du G8, de l’OTAN ou comme la puissante mobilisation mondiale de février 2003 contre les préparatifs de l’invasion de l’Irak.


M.T.G. : C’est donc moins le cas maintenant ? Êtes-vous de ceux qui pensent que le Forum Social Mondial s’essouffle ?


O.B. : C’est indéniable que le Forum a perdu de sa vitalité, de son utilité et en partie de sa légitimité (surtout à partir du FSM organisé à Nairobi en janvier 2007[2]). Les causes sont multiples : l’institutionnalisation du FSM, le renforcement de l’influence de grandes ONG disposant de grands moyens financiers, le goût d’une partie des délégations et des dirigeants du FSM pour les hôtels 4 ou 5 étoiles, l’incapacité à réellement « fusionner » les activités pendant les forums mondiaux (plus de 1500 activités en 5 jours lors du dernier FSM de Belém), la recherche de fonds auprès de grandes entreprises privées ou mixtes (Petrobras, la grande société pétrolière brésilienne dont 61% du capital est privé, la Fondation Ford, la multinationale CELTEL en Afrique,…).


L’évolution politique des dernières années a aussi pesé fortement. Il faut se rappeler que les deux principaux pays dans lequel le Forum s’est le plus ancré au début, le Brésil[3] et l’Italie, ont connu à partir de 2003 deux expériences gouvernementales qui ont fortement influé sur le cours du Forum social mondial : l’expérience de la présidence de Lula au Brésil et celle du gouvernement Prodi[4] en Italie. D’importantes forces qui étaient à la base de la création du Forum social mondial ont soutenu ou soutiennent encore ces gouvernements qui ont mené (ou mènent encore) des politiques social-libérales ou carrément néolibérales.


Il faut aussi dire que le FSM et le mouvement alter manquent de « victoires » sur le plan mondial. Heureusement, sur le continent latino-américain, la lutte contre l’ALCA (Accord de Libre Commerce des Amériques voulu par Washington) qui a vaincu en 2005 est à mettre en partie à son crédit. Mais si on aborde la scène mondiale, alors que le capitalisme traverse une crise de très grande ampleur, il n’y a même pas l’adoption d’une taxe sur les transactions financières afin de combattre la spéculation. Les aventures guerrières impérialistes continuent. Les putschistes honduriens sont toujours au pouvoir. Copenhague est un échec flagrant. Le fait que, sur le plan international, on n’ait pas remporté de victoire du mouvement produit un découragement parmi ceux et celles qui espéraient des résultats tangibles rapidement. A ce niveau, on peut dire que le FSM s’essouffle, dans le sens qu’il manque d’air ou de carburant pour faire passer à la vitesse supérieure.


E.T. : Il faut ajouter que la majorité de la direction du FSM a refusé d’évoluer vers un mouvement ayant la volonté de convoquer des mobilisations sur une plate-forme commune. Or sans volonté concertée de mobiliser sur le plan international, sans volonté de déterminer des objectifs communs à atteindre, il est difficile de progresser. Immanquablement, le FSM ressemble de plus en plus à un énorme marché à idées (et à propositions) qui ne débouche pas sur un combat commun pour réaliser certains objectifs.


Or nous avons besoin d’un instrument international pour déterminer des priorités en termes de revendications et d’objectifs à atteindre, un calendrier commun d’actions, une stratégie commune. Si le Forum ne le permet pas, il faut construire un autre instrument, sans pour autant éliminer ou quitter le Forum. Je pense qu’il a sa raison d’être. Mais puisqu’un secteur du FSM ne veut pas que celui-ci se transforme en instrument de mobilisation, il vaut mieux construire un autre instrument avec les organisations et les individus qui sont convaincus que c’est ce dont nous avons besoin. Cela n’empêcherait pas de continuer à intervenir activement dans le Forum. Je dis cela pour éviter une scission, un débat sans fin qui paralyse plus qu’il n’aide.


MTG : A quel nouvel instrument faites-vous allusion?


E.T. Il existe une proposition qui, à la vérité, a eu relativement peu de répercussion. Il s’agit de l’appel que Hugo Chávez a lancé fin novembre 2009 pour la création d’une Cinquième Internationale qui réunirait des mouvements sociaux et des partis de gauche[5].


Je pense que c’est, en principe, très intéressant. Ce pourrait être une perspective s’il y a une réflexion, un dialogue entre partis et mouvements sociaux : une Cinquième Internationale comme instrument de convergence pour l’action et pour l’élaboration d’un modèle alternatif[6]. Mais, selon moi, elle ne constituerait pas une organisation comme les Internationales antérieures qui étaient – ou sont encore puisque la Quatrième Internationale existe toujours - des organisations de partis avec un niveau de centralisation assez élevé. Je pense que la Cinquième Internationale ne devrait pas avoir un haut niveau de centralisation et ne devrait pas impliquer une auto-dissolution des réseaux internationaux ou d’une organisation comme la Quatrième Internationale.


Ceux-ci pourraient adhérer à la Cinquième Internationale en gardant leurs caractéristiques mais une telle adhésion démontrerait que tous les réseaux ou grands mouvements ont la volonté d’aller plus loin que des fronts ponctuels comme les coalitions sur le climat et la justice sociale, la souveraineté alimentaire, la dette... Nous avons des bannières communes entre beaucoup de réseaux et c’est positif. Mais s’il était possible d’arriver à un front permanent, ce serait mieux.


En employant cette expression, je suis déjà en train de donner un élément de définition. Pour moi, la Cinquième Internationale serait, dans la situation actuelle, un front permanent de partis, de mouvements sociaux et de réseaux internationaux. Le terme “front” implique clairement que chacun garderait son identité mais donnerait la priorité à ce qui unit pour atteindre des objectifs communs et faire avancer la lutte. Les derniers mois de 2009 et le début de 2010 ont démontré à nouveau la nécessité d’augmenter la capacité d’action collective car la mobilisation contre le coup d’Etat du Honduras a été totalement insuffisante.


C’est préoccupant parce que, comme les Etats-Unis appuient le coup d’Etat en légitimant les élections qui ont suivi[7], les forces putschistes du monde entier considèrent que c’est à nouveau une option raisonnable. Au Paraguay, par exemple, la discussion entre les putschistes tourne aurour de “Quand ?” et “Comment ?”. Ils sont convaincus qu’il faut un coup d’Etat à partir du Congrès National contre le président Fernando Lugo. Cela montre bien que la mobilisation à propos du Honduras a été insuffisante. Cela a aussi été le cas pour Copenhague et, maintenant, pour Haïti. La riposte à l’intervention des Etats-Unis en Haïti est également totalement insuffisante.


MTG : Que pensez-vous de l’évolution récente du FSM et plus particulièrement comment analysez-vous les forums de Porto Alegre et de Salvador de Bahia?


O.B. : L’élément le plus positif des activités réalisées à Porto Alegre en janvier 2010 a sans doute été le lancement d’une campagne internationale contre la présence de bases militaires sur le continent latino-américain. Cette campagne, « Amérique latine et Caraïbes : une région de paix. Non aux bases militaires étrangères ! », portée par une plateforme d’organisations très importantes[8], montre bien que le FSM, en tant qu’espace ouvert, peut encore permettre la concrétisation de campagnes mobilisatrices. Autre point positif : l’activité visant à préparer la mobilisation pour la « Conférence mondiale des peuples sur le changement climat et la défense de la Terre Mère »[9], qui aura lieu à Cochabamba du 19 au 22 avril 2010, a rassemblé beaucoup d’organisations.


Malheureusement, les éléments négatifs n’ont pas manqué, ni à Porto Alegre, ni à Salvador de Bahia. Il faut souligner premièrement la faible présence de mouvements sociaux (notamment des organisations indigènes qui avaient influencé positivement le FSM tenu à Belém en janvier 2009), et donc des débats largement dominés par des grandes ONG qui ne veulent absolument pas s’attaquer à la logique profonde du système capitaliste.


Ensuite, même si ce n’est pas nouveau, l’organisation de ces deux forums a été financée par des transnationales comme Petrobras. Petrobras est une entreprise mixte qui exploite le pétrole et le gaz notamment en Bolivie, en Equateur et au Brésil en provoquant des dégâts écologiques très graves. Lorsqu’on rappelle l’article 4 de la Charte des principes de Porto Alegre : « Les alternatives proposées au Forum Social Mondial s’opposent à un processus de mondialisation capitaliste commandé par les grandes entreprises multinationales et les gouvernements et institutions internationales au service de leurs intérêts. »[10], on comprend tout de suite où se situe le problème. D’autant plus que ces forums se sont caractérisés par une impressionnante présence du gouvernement Lula, tant au niveau du soutien financier, ce qui n’est pas nouveau non plus, qu’au niveau de la programmation dans les différentes activités. Dans toutes les activités auxquelles j’ai assisté, il y a avait à la table un représentant du gouvernement brésilien avec - vous vous en doutez-, un discours tirant un bilan positif du gouvernement Lula. Il y a là un vrai danger, à savoir qu’un forum social se transforme en un outil de légitimation d’un gouvernement qui mène une politique sociale libérale.


MTG : Justement, par rapport à cette question de la nature du gouvernement brésilien, certains médias ont fait écho à une forte polémique entre vous, Eric Toussaint, et Socorro Gomez représentante de Cebrapaz et membre du PCdoB. Vous avez déclaré que le Brésil était un impérialisme périphérique lors d’un débat sur le nouvel ordre mondial. Quelqu’un dans la salle, membre aussi du PCdoB vous a accusé notamment de jouer le jeu de l’impérialisme américain. Qu’avez-vous à dire là-dessus ?


E.T. : Le Brésil occupe une place singulière: avec une économie nationale qui représente à elle seule la moitié du produit intérieur brut de l’Amérique du Sud, il peut être considéré comme une puissance impérialiste périphérique, capable de déterminer une ligne politique indépendamment de Washington.


On peut appliquer le terme impérialisme à un pays comme le Brésil pour plusieurs raisons : ses entreprises transnationales (Petrobras, Vale Rio Doce, Odebrecht[11]) réalisent d’importants investissements à l’étranger au point d’y avoir un poids économique considérable et de pouvoir influencer les décisions politiques de gouvernements étrangers (c’est le cas au Paraguay, en Bolivie, en Equateur même si les autorités de ces pays tentent de récupérer la souveraineté sur leur économie ce qui entraîne des tensions avec Brasilia); ses entreprises exploitent au maximum les ressources et les travailleurs des pays où elles investissent ; le gouvernement de Brasilia met sa politique extérieure largement au service des intérêts des transnationales brésiliennes ; le Brésil essaye progressivement de se doter de forces militaires capables d’intervenir hors des frontières de manière permanente (le Brésil dirige la Minustah à Haïti[12]). Il convient d’ajouter le qualificatif périphérique au substantif impérialisme dans la mesure où le Brésil ne constitue pas un impérialisme dominant comparable aux Etats-Unis, aux principaux pays de l’Union européenne (ou à l’Union européenne comme telle) ou le Japon.


Le Brésil est à ranger dans la même catégorie que la Chine, la Russie et l’Inde avec lesquels il forme les BRIC’s (Brésil, Russie, Inde, Chine), cette catégorie inventée depuis une quinzaine d’années pour désigner les principales puissances périphériques capables d’exercer un poids politique et une influence économique que les puissances économiques dominantes doivent prendre en compte. Il faut préciser que le Brésil occupe dans ce quatuor la dernière place par sa taille économique et par le fait qu’il ne dispose pas d’armes nucléaires. A ce titre, on peut le rapprocher de l’Afrique du Sud.


Le Brésil et les Etats-Unis ont des intérêts divergents à plusieurs égards: les intérêts économiques de la bourgeoisie brésilienne en matière agricole et industrielle ne peuvent se satisfaire du protectionnisme des Etats-Unis ; la réactivation de la IVe flotte[13] et l’utilisation de bases militaires colombiennes et péruviennes par l’armée des Etats-Unis dérangent Brasilia qui ressent cela comme une volonté renouvelée de contrôle de Washington sur l’Amérique du Sud et en particulier sur la zone stratégique de l’Amazonie. Le récent déploiement de plus de 15.000 soldats étasuniens à Haïti où le Brésil dirige la force onusienne de la Minustah irrite également le gouvernement brésilien. Par ailleurs, autre source d’irritation de Washington à l’égard de Brasilia, Lula maintient de bonnes relations avec Cuba et le Venezuela, les deux principales bêtes noires des Etats-Unis dans l’hémisphère occidentale.


Il convient aussi de préciser que la caractérisation d’impérialisme périphérique ne dépend pas du parti politique qui est au gouvernement : que la droite ou la gauche soit au pouvoir importe peu. Le terme impérialisme semble à d’aucuns exagéré car il est associé à une politique d’agressions militaires. Il s’agit d’une vision étroite du terme impérialisme. Le désarmement de l’Allemagne ou du Japon (et la perte de ses colonies pour ce dernier) après la seconde guerre mondiale a-t-elle fait disparaître leur caractère impérialiste ?


Le principal précurseur dans l’utilisation du terme sous-impérialisme à propos du Brésil est l’économiste brésilien Ruy Mauro Marini[14], un des pères de l’école de la dépendance. Il s’exprimait de la manière suivante: “On peut considérer le Brésil comme la plus pure expression du sous-impérialisme, de nos jours.” Face à ceux qui s’opposaient à cette caractérisation, il a formulé des arguments qui, aujourd’hui, ont pris plus de force : « La politique expansionniste brésilienne en Amérique latine et en Afrique, en plus de la recherche de marchés, ne correspond-t-elle pas à l’intention de s’assurer le contrôle de sources de matières premières – comme les minerais et le gaz de Bolivie, le pétrole de l’Equateur et des colonies portugaises en Afrique, le potentiel hydroélectrique du Paraguay – et, plus encore, à fermer les possibilités d’accès aux mêmes ressources à de possibles concurrents comme l’Argentine? (...)


L’exportation de capitaux brésiliens, principalement via l’Etat (ce que nous montre Petrobras, convertie en Brazilian Petroleum, luttant pour entrer dans le cartel international du pétrole, ainsi que le développement constant des prêts publics à l’extérieur), mais aussi des capitaux associés à des groupes financiers pour exploiter les richesses du Paraguay, de la Bolivie et des colonies portugaises d’Afrique, pour donner quelques exemples, cela ne se présente-t-il pas comme un cas particulier d’exportation de capital dans le cadre de ce peut faire un pays dépendant comme le Brésil?” Il ajoutait un argument qui a été renforcé depuis qu’il l’a avancé: “il serait bon d’avoir présent à l’esprit le processus accéléré de monopolisation (via la concentration et la centralisation du capital) qui a eu lieu au Brésil ces dernières années, ainsi que l’extraordinaire développement du capital financier, principalement à partir de 1968.” Enfin, il concluait en affirmant que pour la gauche révolutionnaire, il est fondamental de prendre la mesure du sous-impérialisme : “Pour conclure cette préface, il faudrait réitérer l’importance de l’étude du sous-impérialisme pour le développement du mouvement révolutionnaire latino-américain”.


Lors du débat qui a eu lieu à Porto Alegre sur le nouvel ordre mondial, j’ai expliqué que les Etats-Unis étaient bien sûr la puissance impérialiste dominante et la plus agressive. Il n’y a pas de comparaison à faire avec le Brésil à ce niveau. J’ai aussi critiqué durement l’impérialisme de l’Union européenne. Cela n’empêche pas que le Brésil soit lui-même une puissance impérialiste avec les caractéristiques d’une puissance périphérique. Je préfère le terme « impérialisme périphérique » à « sous-impérialisme » car, depuis que Ruy Mauro Marini a pris la mesure du phénomène, il y a plus de trente ans, le Brésil a gagné en autonomie par rapport aux Etats-Unis. Au cours de la conférence, j’ai effectivement été critiqué par des membres du PCdoB[15] dont le parti appuie la politique de Lula.


En fait, au cours de notre séjour au Brésil, on a ressenti clairement de la part des partisans de Lula une attitude intolérante : ils ne veulent pas accepter de critiques à l’égard du gouvernement. Je précise que parmi les autres panélistes qui ont pris la parole au cours de ce débat sur le nouvel ordre mondial, Patrick Bond d’Afrique du Sud m’a très clairement appuyé sur la caractérisation du Brésil en tant qu’impérialisme périphérique. Il a expliqué que l’Afrique du Sud était dans la même situation que le Brésil et que les BRIC’s ne constituaient pas du tout une alternative.


M.T.G : Financé par des transnationales désireuses de se donner une image plus « verte » ou plus humaine, courtisé par les autorités politiques qui l’utilisent comme un outil de campagne électorale, certains pensent que le FSM est déjà totalement récupéré par le système et qu’on ne peut donc plus rien en attendre de bon. Quelle est votre position là-dessus ?


OB : Il est tout à fait possible que le FSM soit progressivement « absorbé » par le système capitaliste. Il n’y aurait rien d’étonnant à cela. Le capitalisme n’a plus rien à prouver quant à sa capacité à s’adapter et à récupérer à son compte les dynamiques créées au départ pour lutter contre lui. Le FSM, tout comme les ONG, mouvements sociaux et individus qui le composent, ne sont pas à l’abri du danger. Cependant, en tant que réseau radical, le CADTM pense que le FSM peut encore jouer un rôle positif comme lieu de débat sur des pistes alternatives pour assurer un authentique développement humain, basé sur la justice sociale et le respect de la nature. Le FSM doit en plus renforcer les convergences entre tous les mouvements qui veulent passer à l’action ensemble. Ces mouvements se mettront d’accord entre eux à l’occasion des activités du Forum. Par ailleurs, le CADTM poursuivra sa participation active à l’assemblée mondiale des mouvements sociaux (AMS) qui est née en janvier 2001 à Porto Alegre à l’occasion du premier FSM.


M.T.G. : Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots en quoi consiste cette Assemblée des mouvements sociaux ? Par ailleurs, juste avant le Forum de Porto Alegre, vous avez participé à Sao Paulo à un séminaire mondial des mouvements sociaux. Qu’en ressort-il ?


OB : L’assemblée des mouvements sociaux (AMS) s’est développée dans le cadre du Forum social mondial. Elle a comme caractéristique principale d’être un espace ouvert qui vise la construction d’un agenda commun de mobilisations. Elle est composée d’un groupe varié de mouvements sociaux et de réseaux (Via Campesina, Marche mondiale des femmes, CADTM, Jubilé Sud, No Vox, des organisations syndicales, Alliance social continentale des Amériques, COMPA, ATTAC,…) qui ont des objectifs régionaux et nationaux spécifiques mais qui veulent lutter conjointement contre le capitalisme dans sa phase néolibérale, impérialiste et militaire, contre le racisme et le patriarcat.


Du 21 au 23 janvier 2010, à Sao Paulo, différents mouvements sociaux qui participent depuis plus ou moins longtemps à l’AMS, se sont réunis en séminaire afin de faire le point sur la nouvelle conjoncture internationale, mais aussi et surtout de voir comment organiser les différentes forces en présence et mieux les articuler afin de renforcer les luttes au niveau mondial. Les débats sur la conjoncture ont mis en exergue la gravité et le caractère multidimensionnel de la crise systémique qui s’impose en ce moment principalement par la militarisation et par la criminalisation des mouvements sociaux.


Au niveau de la stratégie d’action, la décision la plus importante a sans doute été de travailler à la réalisation d’un prochain séminaire de l’assemblée mondiale des mouvements sociaux en Afrique, plusieurs mois avant le FSM 2011 qui aura lieu à Dakar en janvier 2011. L’objectif est double. Premièrement, il s’agit de renforcer la communication et la coordination au niveau du continent africain, tout en gardant une perspective mondiale, puisqu’il s’agira bien d’une réunion internationale avec la présence de mouvements sociaux africains, américains, asiatiques et européens. Ensuite, il s’agit de dynamiser la mobilisation pour le prochain forum Social Mondial, et de faire en sorte que ce Forum ait un impact concret positif pour les mouvements sociaux et les luttes africaines.


[1] Pour plus d’infos sur le CADTM : www.cadtm.org

[2] Pour plus d’infos sur le bilan du FSM de Nairobi, voir http://www.cadtm.org/Forum-Social-Mondial-de-Nairobi et http://www.cadtm.org/Contribution-collective-aux-debats

[3] Le FSM est né en janvier 2010 au Brésil. Cinq Forums sociaux mondiaux y ont été organisés (2001, 2002, 2003, 2005 et 2009). Le secrétariat international du FSM est localisé au Brésil. Quant à l’Italie, c’est le pays où entre 2001 et 2003 le mouvement altermondialiste a organisé les plus grandes manifestations (en commençant par Gênes en juillet 2001 avec 500 000 manifestants contre le G8, le premier Forum social européen en novembre 2002 avec 60 000 délégué et une manifestation de 150 000 personnes, et les mobilisations contre l’Otan, contre la guerre en Afghanistan et en Irak entre 2001 et 2003).

[4] Prodi, ex président de la Commission européenne, a dirigé un gouvernement (avec notamment la participation des Démocrates socialistes et du Parti de la Refondation Communiste auxquels une grande partie des leaders du Forum social italien était liée) qui a mené une politique sociale libérale et a maintenu la présence de l’armée italienne en Afghanistan. Cela été suivi d’une déroute électorale de la gauche où les deux partis cités plus hauts ont été « laminés ».

[5] « La Rencontre internationale de partis de gauche, tenue à Caracas les 19, 20 et 21 novembre 2009, après avoir reçu la proposition du Commandant Hugo Chávez Frías de convoquer la Ve Internationale socialiste en tant qu’instance des partis, courants de socialistes et mouvements sociaux du monde entier, où nous pourrons harmoniser une stratégie commune de lutte anti-impérialiste, dépasser le capitalisme par le socialisme et l’intégration économique solidaire d’un nouveau genre, décide de valoriser ladite proposition au vu de sa dimension historique qui propose un nouvel esprit internationaliste » http://www.psuv.org.ve/files/tcdocumentos/engagement.caracas.pdf

[6] Zetnet a lancé un appel international pour une cinquième internationale qui recueille un certain succès. Voir en anglais et espagnol seulement : http://www.zcommunications.org/newinternational.htm

[7] Voir Eric Toussaint « Du coup d’Etat au Honduras aux sept bases US en Colombie : la montée de l’agressivité de Washington » www.cadtm.org/Du-coup-d-Etat-au-Honduras-aux

[8] Pour lire la déclaration et voir les organisations signataires : http://www.cadtm.org/America-Latina-y-el-Caribe-una

[9] web: http://cmpcc.org/

[10] Pour lire la Charte des principes du FSM : http://www.forumsocialmundial.org.br/main.php?id_menu=4&cd_language=3

[11] Selon une étude réalisée par la Columbia Law School en 2007, les 5 principales sociétés transnationales brésiliennes en termes d'actifs à l’étranger en 2006 sont Companhia Vale do Rio Doce, Petrobras SA, Gerdau SA, EMBRAER et Votorantim Participacoes SA. L'étude met en évidence le fait que le Brésil, grâces à ses transnationales, est le deuxième investisseur parmi les pays en développement en termes de flux d'investissements directs étrangers en 2006. En outre, les 20 principales transnationales brésiliennes ont des actifs à l’étranger d’une valeur de 56 milliards US $, ce qui équivaut à plus de la moitié du stock d'IDE du pays à l'extérieur. Ce top 20 produit et vend des biens et des services d'une valeur d'environ 30 milliards US $ à l'étranger et emploie 77.000 personnes. Environ la moitié se concentre sur leur région, l'Amérique latine. http://www.law.columbia.edu/media_inquiries/news_events...

[12] Depuis 2004, la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) sous commandement militaire brésilien occupe Haïti. La plupart des mouvements sociaux de gauche haïtiens exige le retrait de cette force militaire qui avant le tremblement de terre était composée d’un peu plus de 7000 soldats dont 1282 brésiliens. http://www.un.org/en/peacekeeping/contributors/2009/feb09_5.pdf

[13] Créée en 1943 afin de protéger les navires dans l’Atlantique sud, cette structure avait été abolie en 1950. Elle a repris officiellement du service le 1er juillet 2008.

[14] Ruy Mauro Marini, Subdesarrollo y revolución, Siglo XXI Editores, México, (quinta edición) 1974, capítulo 1, p. 1-25. La plupart de ses écrits sont disponibles en ligne: http://www.marini-escritos.unam.mx/

[15] PCdoB : Parti Communiste du Brésil

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:25

Raffinerie de Dunkerque


Par Julien Brygo (25 janvier 2010)


Le groupe Total envisage de fermer la raffinerie des Flandres, près de Dunkerque, pour délocaliser son activité en Arabie Saoudite. Laissés sur le carreau, les salariés bloquent l’usine depuis le 12 janvier et attendent dans l’inquiétude d’être fixés sur leur sort. Les élus locaux, impuissants, jurent qu’ils ne laisseront pas faire. Et Total fait miroiter aux salariés des reconversions dans les énergies renouvelables, tout en délocalisant ses émissions de CO2 pour augmenter ses profits et pouvoir polluer plus tranquillement.


Reportage.




C’est une petite brève parue dans Le Figaro qui a provoqué la colère des ouvriers. À Mardyck, dans le Nord, les 385 salariés de la raffinerie Total, les 450 entreprises de sous-traitance (soit plus de 600 travailleurs, dont beaucoup en intérim), ainsi que les ouvriers des usines situées autour de la raffinerie se sont pris un coup sur la tête. « Pour le moment rien n’est encore officiel, mais Total s’apprête à trancher pour sa raffinerie des Flandres, située à la périphérie de Dunkerque », écrit Le Figaro.


« Rien d’officiel » ? « Tout est prêt, l’usine est prête à être démontée. On nous a dit de finir nos dossiers et de cesser les projets », témoigne un ingénieur, loin de la raffinerie. Il confirme ainsi que des quatre hypothèses avancées par la direction (maintien du site, fermeture, mise en cocon ou transformation en dépôt), celle de l’arrêt définitif est plausible. « Ils veulent fermer la raffinerie des Flandres car elle n’est pas assez rentable. Il y a deux ou trois ans, les bénéfices étaient encore conséquents, mais avec la chute de la consommation d’essence, qui est bien réelle, le groupe perd de l’argent avec cette unité. » Produisant 7 millions de pétrole brut par an, celle-ci est la dernière construite en France, dans la foulée du premier choc pétrolier de 1973. La décision de Total sera prise le 1er février.


Le groupe Total, dont la raffinerie des Flandres était en « arrêt conjoncturel » depuis le 15 septembre dernier, a donc choisi le quotidien de Serge Dassault pour « tester » la réaction syndicale à une éventuelle fermeture de cette unité. Le lendemain de cet « indiscret », repris instantanément par l’AFP puis par les radios, les salariés de la raffinerie des Flandres entrent en grève. Ils sont suivis par les salariés de la quasi-totalité des six raffineries françaises de Total. Habituellement dociles, les salariés de Mardyck, syndiqués à moins de 20%, sont indignés par le « flou » dans lequel les patrons les laissent. 300 d’entre eux ont décidé le 13 janvier d’envahir des locaux de la direction. Ils n’auront droit qu’à de belles phrases : « la situation n’est pas simple et l’analyser prend du temps (…). Je me sens désemparé face à votre cri du cœur, mais non, je n’ai aucune réponse », leur a répondu Éric Guillotin, le directeur du site [1].


« Faire plus de fric, un point c’est tout. »


Les salariés savent que les réserves de pétrole diminuent, mais que l’« or noir » sera exploité pendant encore plusieurs décennies. Ils savent que l’avenir du raffinage en France est plus que jamais compromis. Ils savent aussi que le groupe Total a réalisé en 2008 des bénéfices records : 12,2 milliards d’euros. Le prétexte du « manque de marges » est assez difficile à digérer.


« En trente-cinq ans de travail ici, je n’ai jamais vu une direction aussi autiste », confie Didier Demuyter, l’ancien secrétaire de la CGT, aujourd’hui retraité. « Christophe de Margerie, directeur général de Total, est le financier de Desmaret : son objectif est de faire plus de fric, un point c’est tout. » Pour l’ancien syndicaliste, la décision de Total est directement liée aux futures taxes dont devront s’affranchir les groupes les plus polluants. « Total ne veut pas payer les taxes écologiques européennes qui lui tomberont bientôt dessus, comme la taxe carbone. L’entreprise préfère aller là où on extraie le pétrole brut et où les charges sont les moins élevées, pour conserver et augmenter ses marges. » Didier Demuyter déplore les effets indirects de cette fermeture pour le tissu économique local. « Ça aura un coût terrible pour la région. Total est extrêmement lié aux entreprises du coin et, mine de rien, l’entreprise finançait beaucoup de projets. Ça va faire mal au tissu économique mais aussi social [2]. » À Dunkerque, 20 000 emplois sont liés à cette industrie.


Lutte des classes et développement durable


« Il y a dix ans, on disait que Total faisait 7 à 8 milliards de bénéfices. Mais c’étaient des francs. Aujourd’hui le groupe fait 12 milliards de bénéfices, mais ce sont des euros ! Jusqu’où ira cette logique du profit à tout prix ? », s’indigne Marcel Croquefer, délégué CGT Chimie. Il a réussi à faire entrer quelques 60 salariés de Total et d’autres entreprises dans les locaux de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) pour exiger un moratoire sur l’avenir de la raffinerie. Face à eux, en ce 19 janvier, dans la salle de conférence aux couleurs blafardes, quatre pros de la politique locale. Tous au service de Michel Delebarre, maire de Dunkerque depuis 21 ans, président de la CUD, député (PS), sept fois ministre (entre 1984 et 1993)…


Le « prince » de Dunkerque a son dada : les énergies renouvelables et le développement durable. Alors que Dunkerque détient le record de la plus grande densité de sites Seveso en France (15 !) et du nombre de cancers professionnels, mais aussi un nombre impressionnant de victimes de l’amiante [3]. En 1996, la ville signait la Charte d’Aalborg (Charte adoptée par les participants à la Conférence européenne sur les villes durables d’Aalborg, Danemark). En 1997, Dunkerque a accueilli la première centrale éolienne française de production d’électricité, à Mardyck. Un champ de 45 hectares, capable d’alimenter une ville de 15 000 habitants et géré par… le groupe Total.


Ce soir-là, à la CUD, tous les amis de Michel Delebarre ont juré « partager les analyses des syndicats de Total ». L’un promet de « manifester avec les syndicats le 1er février à La Défense  », un autre de « distribuer des tracts avec les syndicats ». Et de railler ces « patrons-terroristes », selon l’expression de Marcel Croquefer (CGT). Au micro de Delta FM, la radio locale, Claude Nicolet, assistant parlementaire du député Christian Hutin (groupe Socialiste, Radical, Citoyen), parle de son côté de raffermir les liens « des partis politiques de gauche avec le mouvement ouvrier » et se demande si la « lutte des classes n’est pas en train de refleurir à nouveau dans un merveilleux bouquet, mais qui ne profite qu’à quelques-uns ». On est à deux doigts de chanter l’Internationale. Les élus se savent impuissants face à un groupe comme Total, mais dans leurs mots et leurs regards, font semblant d’être du côté des ouvriers. Total fera ce qu’il a décidé de faire. Dunkerque est ainsi : colonisée par l’industrie qui fait la pluie et le beau temps, quoi qu’en disent les « élus du peuple ».


Réactions en chaîne


« On est tous des pères de famille, on a tous des crédits sur le dos et Total n’ose même pas nous avouer à quelle sauce on va être mangés, alors qu’ils le savent déjà », dénonce un salarié. En face de la raffinerie, sur un des quinze sites Seveso que compte le port, des palettes et des pneus brûlent. La fumée lèche les vitres des bureaux de la direction, qui redoute une séquestration. Les portraits des dirigeants de la société sont détournés sur des affiches du film Asterix & Obélix (« ça va être votre fête ! ») et le visage moustachu de Christophe de Margerie est incrusté dans le corps d’un nabab aux tétons percés de boucles d’or et au torse couvert de médailles clinquantes. « Non, pas d’argent pour les victimes de la raffinerie des Flandres », indique la légende. La petite phrase fait référence à l’attitude du groupe Total qui a fait appel de sa condamnation pour délit de pollution dans l’affaire de l’Erika [4]. Les cargaisons de brut, en 1999, avaient été chargées dans cette raffinerie, avant de se répandre sur les côtes bretonnes.



Pour beaucoup, le « choix » se fera entre chômage et mutation au sein du groupe, chez Total ou ses gros sous-traitants comme GDF Suez ou Vinci. Si la raffinerie devient un dépôt, ce seront quelques dizaines d’emplois tout au plus qui seront conservés. Dunkerque a déjà connu une longue période de chômage partiel avec ArcelorMittal, Ascométal, Valdunes, Tim... Et une vague impressionnante de suppressions d’emplois industriels en 2009 (Betafence, Aluminium Dunkerque - groupe Rio Tinto, Rexam, Isocab - groupe ThyssenKrupp...). La crise a fortement impacté cette ville industrielle : le chômage y a augmenté de 17 % entre mars 2008 et mars 2009. La fermeture de la raffinerie aura un impact réel sur les entreprises du tissu industriel dunkerquois, déjà fragilisé par une année de crise financière. Polimeri Europa (polyéthylène et plastiques), ArcelorMittal (acier), Lesieur (huiles)… Beaucoup d’usines avaient bâti des synergies avec la raffinerie. Il va désormais leur falloir trouver du « jus » ailleurs. Ce qui aura forcément un impact sur leurs comptes.


Solaire, éolien, hydrolien, biomasse... combien d’emplois au final ?


D’autres évoquent un avenir avec les énergies renouvelables. Le groupe Total, via la filiale Total Energie (possédée à 35% par Total et 45% par EDF), participe au capital de deux sociétés spécialisées dans le photovoltaïque : Photovoltech produit des cellules photovoltaïques à partir de silicium cristallin et Tenesol des systèmes photovoltaïques. Du coup, comme les dirigeants ont évoqué une « activité parallèle » pour les victimes de son plan social, les salariés sentent le vent du « durable » souffler dans leurs oreilles. « On a quand même une belle façade maritime ici, les énergies renouvelables, parlons-en ! Il y a l’éolien, mais il parait que c’est pas beau dans le paysage. Il y a l’hydrolien (éoliennes de mer qui fonctionnent avec les courants marins), mais les fonds marins sont déjà encombrés avec les câbles. En fait, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. On ne sait pas ce qui va se passer mais on a l’impression qu’on ne va pas finir notre carrière dans le raffinage », souffle un agent instrumentiste qui a barré au feutre rouge le mot « Total » sur son manteau d’hiver.



Christophe, 37 ans, calaisien d’origine, travaille à l’inspection de la raffinerie depuis dix ans. Son métier consiste à superviser la distillation du pétrole brut dans les grandes cheminées de production. En haut, c’est le GPL, au milieu, le gazole et en bas, restent les résidus retraités qui sont revendus à des dizaines d’entreprises avoisinantes, comme Polimeri, Lesieur. « Le pétrole, il y en a encore, dit-il. On ne conteste pas le fait que les stocks diminuent et que l’or noir est de plus en plus rare. Mais que l’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y en a plus et que c’est à cause de ça qu’on se retrouve sur le carreau. Dans ce cas-là, pourquoi est-ce que Total construit une méga-raffinerie à Jubail ? » Le groupe pétrolier a lancé en 2006 la construction de la « méga-raffinerie » du XXIe siècle, dans la ville de Jubail, en Arabie Saoudite. Un investissement de 9,6 milliards de dollars, en partenariat avec Saudi Arabian Oil Company (Saudi Aramco). Avec une capacité de 400 000 tonnes par jour, cette unité, qui doit entrer en fonctionnement fin 2011, permettra à Total de continuer à raffiner du pétrole, plus près des lieux d’extraction... Tout en tenant des discours « écologiques » en France.


Délocaliser la pollution et les émissions de CO²


Pour Total, qui reste un des plus gros pollueurs français de la planète, avec ArcelorMittal et EDF (tous trois sont présents dans le port de Dunkerque), l’opération pourrait bien ressembler à du green-washing. Ou du moins à un contournement des règlementations internationales : fermer des raffineries en France, où le groupe est soumis depuis le protocole de Kyoto à des « droits à polluer » concernant les émissions de CO², pour les délocaliser en Arabie Saoudite, pays qui n’est pour l’instant pas concerné par les quotas d’émissions de gaz à effet de serre. Cela permet en tout cas au groupe de continuer à marteler un discours éco-responsable aussi inique que mensonger : « Tout en poursuivant la croissance de ses activités, Total a la volonté de contribuer à l’effort international de lutte contre le changement climatique. Le Groupe s’inscrit dans l’esprit du protocole de Kyoto sur le long terme et poursuivra les efforts réalisés pour atteindre ses objectifs volontaires de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre », peut-on lire dans un document mis en ligne par le groupe. « L’esprit  » du protocole de Kyoto (s’échanger des droits à polluer) convient donc assez bien à Total, qui polluera moins en France, mais davantage en Arabie Saoudite, en toute légalité.


« On n’a qu’une terre, non ? C’est pas comme un ordinateur qu’on peut débarrasser d’un virus ! », s’insurge Christophe. Accepter une mutation à Jubail ? « Pour rien au monde  », répond-il, la face rougie par les lancers de pneus dans le brasier. « Imaginez-vous : on est des centaines à avoir notre vie ici, nos femmes ont des emplois ici, on a des crédits sur le dos, pour la voiture, la maison... et on nous demande d’aller travailler sur un site complètement parqué, en vase clos, comme les vieilles cités industrielles, le tout sous barrage militaire ? Non merci ! » Pour lui comme pour ses collègues, une seule solution : forcer Total à revenir sur sa décision, en continuant de bloquer les entrées et les sorties de produits pétroliers.

Julien Brygo

Notes

[1] La Voix du Nord, 13.01.10

[2] Le sponsoring du Basket Club Maritime (BCM), l’aide à l’association Les papillons blancs, association philanthropique de Dunkerque… le pétrolier a toujours aimé se poser en faiseur de bien, à l’image des grandes entreprises paternalistes, Péchiney et consorts, qui ont émaillé l’histoire de la cité nordiste. Dernière opération de lavage d’image : la rénovation de la façade des Bains dunkerquois, un bâtiment centenaire à l’entrée de la ville.

[3] La ville compte au moins 700 victimes de l’amiante, rien que chez les dockers. La Communauté urbaine est aussi celle qui touche, en France, le plus d’argent issu de la taxe professionnelle. Malgré ce sombre tableau, Dunkerque accueillera en mai prochain la 6e Conférence européenne des villes durables.

[4] Le jugement sera rendu fin mars 2010

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