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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 11:58

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:02

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L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié un rapport qui met en évidence l'impact majeur de la spéculation sur la hausse des prix des denrées alimentaires et sur la faim qui touche actuellement un milliard d'êtres humains dans le monde.

Ainsi, la FAO constate qu'entre juillet et septembre les prix du blé ont augmenté de 60 à 80 %, ceux du maïs de 40 % et ceux du riz de 7 %. Et cette tendance n'est pas nouvelle, puisque entre 2005 et 2008 les prix des aliments ont augmenté en moyenne de 83 %, et de 170 % pour le riz.

Les auteurs de cette étude contredisent les propos habituellement tenus pour expliquer la hausse des prix des denrées alimentaires de base, mettant en avant la baisse de la production sous l'effet des dérèglements climatiques ou la hausse de la demande, liée à l'élévation du niveau de vie dans certains pays comme la Chine. Ils affirment en effet qu'« une part significative de la hausse des prix s'explique uniquement par l'émergence d'une bulle spéculative » résultant de « l'entrée sur les marchés de puissants investisseurs institutionnels comme les fonds spéculatifs, fonds de pension et les banques d'investissement ».

Effectivement, les spéculateurs misent sur le gel des exportations de blé décrété par la Russie (troisième producteur mondial) et les mauvaises conditions climatiques ayant touché le Canada et le Pakistan pour faire monter les prix, alors que les récoltes de cette année s'annoncent globalement supérieures à celles des années précédentes et que les stocks de céréales, avec 527 millions de tonnes, atteignent leur plus haut niveau depuis huit ans.

Un autre facteur contribue à l'aggravation de la crise alimentaire mondiale : la mainmise sur les terres arables par les spéculateurs. Ainsi, selon l'un des responsables d'Oxam France, « depuis 2006, 15 à 20 millions d'hectares ont été acquis par des investisseurs étrangers dans les pays du Sud », au détriment des petits cultivateurs locaux et des cultures vivrières qui doivent céder la place à d'immenses propriétés et aux cultures d'exportation.

Résultat : alors que les denrées alimentaires abondent, de l'Asie à l'Afrique un milliard d'hommes, de femmes et d'enfants sont acculés à la famine. Il en faudrait moins pour condamner définitivement l'organisation capitaliste de l'économie mondiale.

Roger MEYNIER

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2208&id=34

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 12:36

 

G20, encore de la poudre aux yeux

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Le 11 novembre devait s’ouvrir le sommet du G20 à Séoul. Ce nouveau club rassemblant pays riches du G8 et émergents, sera présidé pour une année par Sarkozy.

 

Alors que sa cote de popularité est au plus bas en France après le coup de force de la contre-réforme des retraites, le président compte sur ce G20 pour redorer son blason dans la perspective de l’élection présidentielle.


Au programme de cette année : la crise monétaire, la volatilité des matières premières et la réforme du FMI. Rien que ça. Avant même que ce programme soit officiellement exposé, les membres du G20 le réfutent.

 

Comme le vice-ministre des Finances russe qui déclarait : « Il vaut mieux se concentrer sur un agenda plus modeste mais avoir des résultats concrets plutôt que d’annoncer 100 projets différents et n’aller au bout d’aucun » ou la vice-ministre des Affaires étrangères chinoise qui préfère appliquer « ce dont nous sommes déjà convenus ».


D’autant que parler de réformer le système monétaire national au moment où la Fed (Banque centrale américaine) décide d’injecter 600 milliards de dollars dans l’économie et où la Chine ne veut pas entendre parler de réévaluation du yuan, est une fois de plus de la poudre aux yeux.


Mais Sarkozy ne vit que par les effets d’annonce et croit qu’il va ainsi gagner ses galons d’homme d’État.


En attendant, en Corée du Sud, sept militants philippins pourvus de visas ont été refoulés à la frontière et plusieurs autres venant d’Asie et d’Afrique n’ont pas obtenu de visas, alors qu’ils désiraient participer au contre-sommet organisé par des associations altermondialistes.

 

Comme le déclarait le philippin expulsé Josua Mata : « Rien ne démontre mieux la vraie nature du G20 qui en même temps qu’il retient et expulse des activistes du Sud, se prépare à avoir un dialogue privilégié avec les plus grands PDG du monde. [...] le G20 est antidémocratique et ne s’intéresse pas à améliorer la vie quotidienne des gens ».


Au cours de la présidence française, se dérouleront un sommet du G8 à Nice, en juin, et un du G20 en novembre prochain.


À cette occasion des mobilisations d’ampleur seront organisées par un collectif auquel le NPA participe, à l’image des manifestations qui ont rassemblé près de 40 000 manifestants à Séoul, dimanche 7 novembre.


Dominique Angelini

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 13:09

Expérimentation sociale


Par Sophie Chapelle (5 novembre 2010)


Le Bauen, à Buenos Aires, est un grand hôtel atypique. Fermé en 2001 pour cause de mauvaise gestion et de crise financière, il a rouvert sous l’impulsion d’une poignée d’anciens employés licenciés. Décidés à se réapproprier leur ancien outil de travail, ils se lancent dans l’aventure de l’autogestion et se regroupent en coopérative. Pari réussi pour un lieu d’hébergement qui accueille touristes et militants solidaires.


© Béatrice Murch (source)

 

 

Le café-restaurant ne désemplit pas. Des habitants du quartier s’y mélangent aux touristes et militants de passage. Un brouhaha gagne progressivement le hall d’entrée, qui jouxte le bar. Une centaine de campesinos venus des quatre coins d’Argentine débarquent. Ils se rendent à la première fête nationale des semences, non loin de Buenos Aires. Les deux ascenseurs sont pris d’assaut entraînant un difficile chassé-croisé dans les escaliers. Derrière la réception de l’hôtel, c’est Diego, l’attaché de presse, qui remplace au pied-levé un collègue malade. Bienvenue à Bauen [1], un hôtel de luxe récupéré et autogéré par les travailleurs depuis 2003.

Comme de nombreux autres associés de Bauen, Armando a commencé à travailler comme serveur dans l’hôtel bien avant sa récupération par les salariés. Ce lieu emblématique de la capitale argentine n’est pas tout jeune. Construit sous la dictature militaire à l’occasion de la coupe du monde de football de 1978, l’hôtel Bauen accueille alors l’élite argentine. « C’était un défilé d’artistes, de politiques, d’hommes d’affaires, de touristes du monde entier », se souvient le serveur. Les dettes contractées par le propriétaire le conduisent en 1997 à vendre le prestigieux édifice. Racheté par un homme d’affaires chilien, l’hôtel est géré de façon calamiteuse jusqu’en décembre 2001, quand l’Argentine est frappée de plein fouet par une crise financière qui ruine le pays. Le propriétaire met la clé sous la porte.

 


« J’avais du mal à passer devant l’hôtel et à le voir partir en morceaux », se rappelle Maria del Valle, ancienne employée désormais responsable des relations presse de l’hôtel. « Je ne savais pas à l’époque qu’il existait un mouvement de récupération des entreprises ». La fermeture est d’autant plus dure à avaler que l’ancien propriétaire rouvre un autre hôtel plus moderne, à proximité [2]. « Le pays était entré dans une instabilité totale, nous n’avions pas d’argent pour envoyer notre fils à l’école. Les employés étaient victimes d’une politique obsolète, néolibérale, aggravant la précarité. Ce n’est pas un hasard si nous avons décidé d’emprunter un chemin alternatif », explique Marcelo Ruarte, 59 ans dont 23 passés à la réception, et premier président de la coopérative.


« Occuper, résister, produire !  »


Trente travailleurs licenciés de Bauen décident de suivre ce chemin alternatif le 21 mars 2003. Ils occupent l’hôtel, fermé depuis quinze mois, en passant par un tunnel qu’a fait creuser leur ancien patron entre les deux hôtels. « Revenir dans ce lieu nous a d’abord permis de nous retrouver, de savoir que nous disposions de capacités et d’un énorme potentiel d’idées, se souvient Marcelo. Nous savions que nous allions en faire un lieu autogéré. » Ils déposent les statuts d’une coopérative. Leur objectif : « Occuper, résister, produire !  ». Les associés sont davantage guidés par une nécessité pratique plutôt que par une idéologie autogestionnaire.

Sous la menace constante de l’expulsion, les travailleurs s’organisent pour réhabiliter progressivement l’hôtel. Les journées se révèlent éprouvantes. Les associés sont contraints de beaucoup bosser sans rien gagner au départ. « Nous n’avions que du pain et du maté (thé à base de plante héritée des cultures indiennes), se souvient Maria, qui prend alors le risque de lâcher son nouvel emploi pour rejoindre l’aventure. Nous avons commencé par acheter quelques produits de nettoyage pour les salons, l’entrée et toute la palissade ». Une fois les salles de conférence réaménagées, ils décident d’ouvrir un premier lot de chambres. Les premiers clients débarquent. « L’entreprise récupérée n’a pas de capital et par conséquent pas de facilités pour obtenir des crédits. Il nous fallait tranquilliser la situation, économiser et acheter des lits, des télévisions... Tout s’est fait petit à petit », raconte le premier président de la coopérative.


Prix modérés pour touristes solidaires


Aujourd’hui, les vingt étages d’acier et de verre de l’hôtel gardent leur allure seventies. La déco plutôt kitsch a le mérite d’être le fruit de la solidarité. Sept ans après la récupération, la maintenance des 200 chambres de l’hôtel n’est pas une mince affaire. Les problèmes d’ascenseurs, de chauffage ou de climatisation sont courants. «  Dès que l’argent rentre, nous l’utilisons pour des réparations », explique, derrière son comptoir, Armando, le serveur. On nous conduit au 3e étage où trois ouvriers s’activent au vernissage d’une terrasse. « À l’étage d’en dessous, la piscine a été remise à neuf mais les autorisations manquent pour pouvoir la mettre réellement en fonctionnement.  »


L’ancienne clientèle a quasiment disparu. Forcément : « Quand les joueurs de grosse caisse arrivent dans le hall, ça fait fuir une partie des clients. Mais de nouvelles personnes viennent, habitantes du quartier ou en accord avec notre projet », décrit Armando. Intéressés par des prix modérés, les touristes sont parfois surpris par la diversité des personnes croisées. Un jour, ce sont des centaines de jeunes venus pour les rencontres de la jeunesse du Mercosur (la communauté économique des pays de l’Amérique du Sud) qui envahissent les couloirs de l’hôtel. Le lendemain, ce sont des représentants de mouvements sociaux ou syndicaux de passage dans la capitale logés à prix militant. Résultat : « Quand le Bauen est dans la rue, tout le monde l’accompagne. Ce lieu est né dans la lutte et continue de l’être. »


 

Le Bauen héberge aussi régulièrement des participants à des initiatives gouvernementales. Une proximité avec le pouvoir qui n’est pas sans créer des difficultés politiques au sein du mouvement des entreprises autogérées. Les associés de Bauen misent également sur un gros programme d’activités culturelles. Presque chaque soir, l’auditorium propose une pièce de théâtre ou un concert. « Toutes les entreprises récupérées ont un espace culturel, rappelle Marcelo. Il est important de consacrer une place importante à la culture parce qu’elle est la seule à pouvoir changer la pensée. Tout ne se réduit pas à l’argent. »


Exproprier les rentiers propriétaires


Aux côtés d’autres travailleurs, les associés de Bauen et le mouvement des entreprises « récupérées » demandent une loi d’expropriation (des propriétaires) qui légaliserait le transfert aux travailleurs des usines et entreprises occupées. « Cette expropriation signifierait que nous pourrions enfin travailler en paix », précise Marcelo. Une intervention gouvernementale est désormais nécessaire pour assurer la pérennité de ces expériences alternatives. Et prouver que le travail en autogestion, ouvert sur le monde, n’est pas qu’une utopie mais un bien commun à promouvoir et protéger. « Nous consolidons des postes de travail, nous sommes en capacité de gagner notre vie et de générer davantage d’emplois », insiste Marcelo. Les entreprises récupérées, ou autogérées, en Argentine représentent aujourd’hui 50.000 emplois directs et 20.000 indirects avec les fournisseurs, détaille-t-il.

« Même si nos revenus demeurent humbles, notre coopérative va désormais de l’avant  », poursuit Maria. Elle compte aujourd’hui 152 membres, payés au minimum 1.740 pesos (315 euros), le seuil du « salaire vital » fixé par le ministère du Travail. « Nous travaillons beaucoup pour que la différence salariale entre les responsables et les autres camarades soit mince, précise Diego. Si dans l’hôtellerie traditionnelle, le fossé entre la réceptionniste et le gérant est abyssal, de notre côté, nous croyons au travail d’équipe ». L’important pour une bonne partie des associés de Bauen tient aussi à l’ambiance de travail, « plus confortable et sans autant de pression que dans une entreprise privée », selon Armando.

 


Culture du travail contre politiques néolibérales


Évidemment, tout n’est pas rose à Bauen. Des tensions surgissent en particulier entre les anciens et les plus jeunes. « Ils ont un sens très faible de l’appartenance, critique Armando, pour eux, Bauen, c’est juste un travail ». La culture du résultat immédiat se heurte ainsi à celle de l’investissement dans la réhabilitation et l’amélioration des locaux. « Il nous faut récupérer la culture du travail, poursuit Marcelo. Sans elle, le Bauen n’a plus d’identité. » Pour eux, cette « culture du travail », s’est perdue dans les années 1990, sous les mandats de Carlos Ménem et ses politiques néolibérales.


Pour régler les différents et avancer ensemble, les associés de Bauen participent à une assemblée hebdomadaire. Chaque travailleur y dispose d’une voix. « Si l’un de nous fait mal son boulot, nous pouvons en parler en assemblée. Travailler sans chef et sans pression est vraiment agréable mais cela suppose d’être responsable et d’avoir des objectifs clairs. Sans cela, c’est un désastre », prévient Armando. Lutter contre l’individualisme au profit du travail collectif est un défi quotidien à Bauen, d’autant plus difficile à vaincre quand l’enjeu est de ne jamais se transformer en patron.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Bauen correspond aux initiales de Buenos Aires Una Empresa Nacional (Une entreprise nationale de Buenos Aires)

[2] Le « Bauen Suite Hotel », à ne pas confondre avec l’hôtel Bauen en coopérative, si vous vous rendez à Buenos Aires.

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 12:27

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 13:24
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30 septembre 2010

 

Le 24 septembre s’est tenue, à Paris, une conférence en défense des droits des peuples originaires des Amériques. Hugo Blanco, dirigeant historique de la gauche et du mouvement paysan péruvien et latino-américain, nous explique l’enjeu de leurs luttes.




 

 

 

Comment s’explique la résistance résolue des peuples indigènes  ?


Hugo Blanco – En Amérique, la résistance indigène existe depuis cinq siècles. Mais actuellement sa force se manifeste davantage parce que le niveau d’agression augmente. Les indigènes luttent contre le saccage des ressources naturelles et contre toutes les formes d’oppression  : par rapport à leurs langues, leur médecine, leurs arts, leur vision du cosmos… et contre le travail forcé. L’agression du capitalisme n’a jamais été aussi forte. L’eau est volée pour approvisionner les mines qui – avec les entreprises d’extraction du pétrole, du gaz, etc. – empoisonnent la population et le sol.


L’agression consiste aussi à détruire les forêts pour en exploiter le bois et pour créer des kilomètres de surfaces destinées à l’élevage.

La construction de digues pour l’installation de centrales hydroélectriques engendre par ailleurs l’expulsion des populations, car en les privant d’eau, cela les empêche de vivre de leurs plantations.


L’agro-industrie est une autre agression. La monoculture appauvrit le sol et utilise, en outre, des engrais, herbicides et insecticides chimiques, alors que les paysans de ces territoires pratiquent la rotation des cultures et les cultures associées – en plantant différentes espèces sur un même lieu – et utilisent des engrais organiques.

Ces agressions de plus en plus fortes, provoquent ainsi une résistance indigène croissante.


Quels sont leurs outils pour résister  ?


La lutte des peuples indigènes concerne aussi leur organisation communautaire  : les problèmes de l’ensemble sont résolus par l’ensemble de la population. Et c’est aussi leur force.

Les multinationales ont compris que les organisations communautaires menacent leurs productions. Au niveau institutionnel, elles réussissent à obtenir des gouvernements, une législation contre ces communautés. Elles n’hésitent donc pas à recourir aux actions violentes comme les assassinats d’indigènes, les dénonciations, la prison...


Certaines organisations rassemblent l’ensemble de communautés d’indigènes, comme dans des parties de la forêt péruvienne, en Cali en Colombie, les Cunas des îles de Panama. Le meilleur exemple est celui des zapatistes du Chiapas, au Mexique, où il existe un gouvernement collectif dont les membres tournent et ne sont pas rémunérés pour exercer leur rôle dans l’exécutif ou d’élu. C’est un gouvernement exclusivement civil et les membres de l’armée zapatiste ne peuvent y participer.


Quels sont les fondements de la pensée des indigènes  ?


Tout d’abord, certains principes sont communs aux peuples indigènes de la planète comme les aborigènes, par exemple, mais également ceux d’Amérique, d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie.


L’axe principal est la grande interaction avec la nature, car la nature est leur vie. Ensuite, les décisions qui affectent la collectivité doivent être prises par la collectivité, et non par l’individu. Ce que les intellectuels appellent «  el buen vivir  » (le bien vivre), c’est-à-dire le bonheur, ne se résume pas à l’argent, à la consommation de ce qui est à la mode et qui provoque l’admiration et la jalousie des uns envers les autres.


Une autre caractéristique de leur pensée est le respect des ancêtres et des descendants, alors que l’idéologie néolibérale pousse de plus en plus à vivre en fonction du présent et des présents, en expulsant les personnes âgées des activités sociales.


Enfin, le respect de la diversité  : chaque peuple indigène a ses propres habitudes vestimentaires, parle sa propre langue. Malgré cette diversité, ils s’organisent de façon unitaire pour la défense de leur territoire, de la nature, comme c’est le cas pour la défense de la forêt amazonienne.

Leurs luttes favorisent la pression sur la société pour obtenir des gouvernements progressistes.


Quels sont les points communs entre nos luttes et les leurs  ?


Leurs rébellions sont profondément politiques parce qu’il s’agit de décider qui va gouverner sur leurs territoires  : les entreprises multinationales ou la population qui refuse leurs mines ou leurs activités. Les gouvernements qui imposent les activités des multinationales dans ces territoires le font au nom du développement, mais il faudra demander aux indigènes quel développement ils veulent.


En mots occidentaux, les indigènes sont engagés dans une lutte écosocialiste pour la défense de la nature et le respect de leur organisation collective démocratique.



* Paru dans Hebdo TEAN 71 (30/09/10).

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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 12:56

Par Agnès Rousseaux (13 septembre 2010)


Crise après crise, le système capitaliste semble perdurer. Spéculation financière, dégâts environnementaux et inégalités mondiales repartent de plus belle. Et pourtant… Pour Geneviève Azam, économiste et co-présidente du conseil scientifique d’Attac, les illusions d’un monde aux ressources infinies et à la croissance illimitée sont tombées. Le modèle capitaliste n’est plus porteur de rêves. Un nouveau rapport au monde émerge, aux contours encore incertains. Réussira-t-il à opérer la transition vers un « post capitalisme civilisé » ?

 

Entretien avec l’auteur du livre « Le temps du monde fini ».


Photo : Agnès Rousseaux / Basta !


Basta ! : La succession des crises - financière, sociale, écologique... - n’entraînent toujours pas de changements radicaux au sein du système capitaliste. Faut-il attendre son effondrement total pour que ce modèle soit remis en question ?


L’effondrement est déjà là. Nous vivons plus qu’une crise, plus qu’une convergence des crises, mais l’imbrication de toutes les crises. Des émeutes de la faim viennent de nouveau d’éclater au Mozambique. Un tel évènement est quasiment impensable dans nos sociétés ! Ces émeutes sont le résultat d’un modèle agricole productiviste et de la spéculation sur les produits agricoles, sur les terres, donc du système financier. C’est également une conséquence de la crise écologique, avec le réchauffement climatique, et de la crise énergétique, avec le développement des agrocarburants pour remplacer le pétrole. Chaque manifestation de l’effondrement que nous vivons combine toutes ces crises.


Nous nous acharnons à repousser toute limite. C’est, selon vous, ce qui caractérise deux siècles d’histoire économique. Sentez-vous une prise de conscience de la rareté, voire de la finitude, de nos ressources et des limites intrinsèques à notre planète ?


Si on fait l’hypothèse que le capital technique peut se substituer indéfiniment au capital naturel, il n’existe effectivement aucune limite. La pensée économique reste prisonnière de cette hypothèse, et de celle de la réversibilité du temps, du possible retour en arrière. La crise écologique montre au contraire que des phénomènes irréversibles, que des destructions définitives sont à l’oeuvre. Depuis une vingtaine d’années, les mouvements sociaux ont pris conscience de ces limites. Une expertise citoyenne s’est peu à peu construite sur l’énergie, les semences ou le climat, démontant l’illusion que la technique pourrait remplacer ce qui est détruit.


Les théories économiques oublient la nature. Quand elle est prise en compte, on parle « d’externalités ». On lui attribue un prix comme s’il existait une mesure commune entre nature et marchandises. Cela me gêne. Fixer un prix laisse penser qu’une compensation est possible, qu’il suffit de payer. Certaines dégradations sont irréversibles, et payer ne remplacera jamais les pertes. Parler d’externalités est aussi très révélateur, comme si c’était juste quelque chose de regrettable. C’est le processus lui-même qui doit être modifié et pas simplement ses effets « regrettables ».


Ne risque-t-on pas de s’enfermer dans une gestion économique de la crise écologique, avec, par exemple, le « marché des droits à polluer » ou le principe pollueur-payeur ?


Donner un prix à des pollutions traduit une prise de conscience. Il est logique que ceux qui abiment l’espace public pour des motifs de rentabilité privée soient redevables. Mais comment fixer ce prix ? Aujourd’hui, on nous répond : « par le marché ». Après le marché des droits à polluer pour le climat, la mise en place d’un marché de la biodiversité, avec des droits de compensation et des « mécanismes de développement vert », est à l’ordre du jour. Ce sera sur la table de la prochaine conférence sur la biodiversité au Japon, en octobre.

 

Un tel « marché » induit la possibilité de détruire la biodiversité quelque part à condition de la remplacer ailleurs. Il se met déjà en place. La Caisse des dépôts a créé une filiale pour gérer ce genre de titres. On commercialise la nature dans ce qu’elle a de plus essentiel, le vivant et la biodiversité. Difficile d’aller plus loin.


Quant au principe pollueur-payeur, je souhaite que BP paye pour tous les dégâts occasionnés aux Etats-Unis. Mais s’il existe des dégâts écologiques, il y a aussi des crimes écologiques. Quand, au nom de la rentabilité, on ne prend pas toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des installations, des personnes et de la biodiversité, c’est un crime contre l’humanité. Ce problème ne relève pas du champ économique, de compensations financières, mais du droit.


Le temps du « monde fini » est aussi, selon vous, celui de la « perte d’un monde commun »... Qu’entendez-vous par là ?


La gestion de la rareté se fait par l’augmentation de la concurrence, qui est de plus en plus féroce. Cela menace la possibilité de définir collectivement des règles, fondées sur la liberté et la justice, la possibilité d’un monde commun. La philosophe Hannah Arendt parle du triomphe de l’animal laborans. Le productivisme réduit les hommes « à des travailleurs dans une société sans travail ». On ne produit plus d’objets durables. Pour une grande majorité de personnes, le sens du travail consiste désormais à entretenir le rythme biologique, la consommation, la machine humaine. Le travail consume les êtres. Dès lors que les individus sont centrés sur la production de leur propre espace vital, de leur propre survie, le monde commun à l’autre tend à disparaître. La conception néo-libérale d’un être totalement tourné sur lui-même, auto-suffisant, narcissique, « libre », accélère ce processus.


Vous critiquez aussi le changement du rapport à la terre, au « sol », une sorte de processus de désolation...


Nous vivons dans une modernité hors-sol, qui s’accomplit en réalisant cette désolation. La désolation, c’est la destruction des racines, magnifiée au nom de la mobilité. Le capitalisme est en cause mais aussi certains mouvements d’émancipation, qui voient l’émancipation comme un arrachement à la terre. Comme si l’humanité pouvait vivre hors-sol, à l’image de la finance globale « off-shore », fluide et mobile, sans attaches. Déracinés, les hommes sont comme étrangers au monde. Les migrants, réfugiés climatiques, contraints à l’exil, sont l’aboutissement de cette logique de désolation : ils n’ont même plus de sol où poser les pieds.

 

Quant aux précaires, ils vivent le déracinement sur place. Le sol est transformé en marchandise.


Nous assistons aussi à la multiplication de « non lieux ». Des lieux qui n’ont aucune histoire, pas de culture, où les gens se croisent sans rien faire en commun, où ils ne font que consommer, tels les supermarchés ou les multitudes d’ « espaces » : « espace loisirs », « espace culture », « espace interactif »… Ces non-lieux » façonnent notre rapport au monde. Nous sommes face au monde au lieu d’être au monde, privés de racines, de lieux symboliques qui construisent nos identités. Dans toute société traditionnelle, les gens voyageaient beaucoup, c’est une manière de connaître le monde, de se confronter à soi. C’est un désir humain irremplaçable. Nous confondons ce désir de connaître l’ailleurs avec une espèce de mobilité incessante, qui fait que nous passons partout sans jamais s‘arrêter. Le capitalisme, c’est un mouvement de déracinement permanent des populations dans une mobilité permanente. Tout ce qui évoque l’enracinement est considéré comme archaïque.


Comment quitter ce cauchemar d’un monde désincarné ?


C’est maintenant le sol qu’il s’agit de retrouver et les liens qui attachent à la nature et au monde. Mais nous avons plusieurs racines, des racines en rhizome, selon les termes de l’écrivain Edouard Glissant. Les mouvements fondamentalistes exaltent ces racines. Les gens qui n’ont plus de racines fantasment sur une racine unique, religieuse ou idéologique. Le fantasme de la racine unique, c’est la maladie du déracinement, de la non-appartenance. Seul l’enracinement, le sentiment d’appartenir à un monde peut susciter le désir de transformer ce monde. Alors que déracinement généralisé prive de cette conscience d’appartenance, et même de croire en ce monde. On tombe alors dans le cynisme. « Il se peut que croire en ce monde, en cette vie, soit devenu la tâche la plus difficile, ou la tâche d’un mode d’existence à découvrir sur notre plan d’immanence aujourd’hui », disait le philosophe Gilles Deleuze. Croire en ce monde, c’est assumer un passé et être capable de se projeter dans un avenir.


Une forme insidieuse d’« émancipation » par la science se développe qui consiste à modifier l’humain, à « améliorer » le vivant grâce à la génétique ou aux nanotechnologies. Transformer la condition humaine, est-ce la nouvelle façon de chercher à dépasser les limites ?


Nous avons essayé de conquérir l’infiniment grand. Nous essayons aujourd’hui de conquérir l’infiniment petit. L’expansionnisme s’est déplacé. Nous ne rêvons plus d’annexer les planètes. Les nanotechnologies, les biotechnologies se sont développées pour remédier à « l’incompétence commerciale du cosmos », explique Günther Anders.

 

Ce n’est bien évidemment pas la connaissance qui pose problème, mais la volonté d’appropriation de l’infiniment petit, jusqu’à la molécule, l’ADN. La tradition occidentale tend à poser la vie et les sociétés comme une pure fabrication. Donc, pourquoi ne pas « fabriquer de l’humain » ? A vouloir tout maîtriser, l’homme signe sa fin.


L’idéologie libérale fait croire que la liberté, c’est l’absence de limites. Les limites, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de liberté. La non-reconnaissance des limites nous soumet au mouvement permanent, nous oblige à suivre le sens du courant. Accepter les limites, c’est se donner la possibilité de bifurquer. Il faut déployer des trésors d’inventivité et de créativité individuelle, sociale, politique, pour arriver à tracer un chemin dans ce monde effondré. C’est plutôt enthousiasmant. Nous devons reconstruire une maison et non pas seulement repeindre les murs en vert. La conquête spatiale, je peux la regarder de ma télévision, cela ne me concerne pas. Mais pour reconstruire ce monde-là, je peux exercer mon autonomie, ma créativité, ma liberté de choix.


La conscience d’un monde fini libère des capacités subversives , écrivez-vous. Cette prise de conscience est-elle une chance à saisir pour tout recommencer ?


Cette conscience de la finitude fait sauter tous les verrous qui empêchent de penser et d’agir : toutes les illusions techniques, les fausses solutions, les faux-semblants. L’effondrement et les crises nous ramènent sur Terre. En un sens, la situation est moins catastrophique qu’il y a 30 ans. Les mêmes problèmes subsistent, mais les illusions sont tombées. Cela ne veut pas dire que nous saurons en faire quelque chose. Nous pouvons vivre une période de régression terrible, c’est même une probabilité forte. Le capitalisme peut perdurer, en augmentant les inégalités par les guerres et l’accaparement des ressources. Je ne dis pas que c’est la fin du système, mais il ne peut plus se parer des vertus civilisatrices. C’est un énorme changement.

 

Idem pour le productivisme, qui ne peut plus se parer des vertus de l’amélioration du bien-être. La crise de la gauche, longtemps productiviste, se situe là.


De toutes les résistances qui foisonnent dans le monde, aucune n’est insignifiante à partir du moment où elle invite à un premier pas de côté. Un pas de côté à la fois simple et difficile, mais infiniment libérateur. Beaucoup de mouvements progressistes avaient tendance à hiérarchiser les luttes. Il n’y a pas de résistances mineures. Nous assistons à l’effondrement d’un monde, d’une civilisation. Aucune résistance n’est insignifiante dès lors qu’elle permet de reconstruire du commun entre les humains, et du commun avec la Terre.

 

Se dire qu’il faut faire quelque chose, c’est déjà une démarche de libération. Je suis frappée de voir que beaucoup de luttes s’attaquent aux racines du système. Dans les manifestations, à Copenhague, les militants scandaient « changeons le système, pas le climat ». Nous pouvons trouver des répits à l’intérieur du système - croissance verte, développement durable... – mais il n’y a pas de solution sans un changement d’imaginaire. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement affirmé par quelques théoriciens mais aussi porté par les mouvements de base.


Face aux limites du monde fini, la solution est-elle dans la décroissance ?


Dans un monde fini, l’injonction à l’expansion infinie exprime une passion mortifère. Ceux qui portent la notion de décroissance ont accompli une œuvre salutaire. Cela permet de lancer le débat public et de réactiver les critiques de la croissance. Personnellement, je suis davantage séduite par la notion de « bien vivre », de sobriété.

 

Cette critique de la croissance existe désormais aussi dans les pays du Sud, alors que l’idée de décroissance est née au Nord. Cela répond aux critiques qui dénoncent l’écologie comme un truc de riches et disent que la décroissance ne peut s’appliquer qu’au Nord. La notion de « bien vivre » est reprise par de nombreux mouvements latino-américains.

 

Et ce n’est pas une notion importée des pays du Nord : il existe une critique de la modernité occidentale, qui se fait non pas au nom de la tradition, mais d’une conscience de la destruction des écosystèmes et des dégâts du productivisme. C’est le cas par exemple de l’opposition à la construction des grands barrages au Brésil, portée notamment par les mouvements indigènes. Le projet de l’Équateur de ne pas extraire le pétrole de la région Yasuni, en Amazonie, est soutenue par de nombreux mouvements. Notre modèle de développement - ses téléphones, ses voitures et ses télévisions - continue d’être attractif mais ne possède plus la même force de mobilisation.


Pour vous, le droit est-il un levier majeur pour les changements à venir ?


Le côté juridique peut aussi faire avancer le politique. Un Tribunal international de justice climatique et environnementale permettrait la reconnaissance des « crimes écologiques contre l’humanité ». Cette idée est proposée dans la déclaration finale de la première « Conférence des peuples sur le changement climatique » qui s’est réunie à l’invitation du président bolivien Evo Morales à Cochabamba, en avril 2010. Problème : les droits de l’humanité ne sont définis qu’en négatif, comme lorsqu’on évoque un « crime contre l’humanité ». Et l’humanité, ce n’est pas simplement un principe.


Que pensez-vous du concept de Terre-mère, inspiré des revendications autochtones et indiennes en Amérique latine, et qui commence à faire débat au sein du mouvement altermondialiste en Occident ?


Après les droits civiques, sociaux et économiques, il faut une autre génération de droits qui garantissent de manière positive les droits de l’humanité et de la Terre. Ce n’est pas la même chose que les droits de la Terre tels qu’ils apparaissent dans les constitutions équatorienne ou bolivienne, avec la « Terre-Mère » (Pachamama). Dès lors que nous définissons un droit, nous sortons d’une conception transcendante et sacrée de la Terre. Ce sont les humains qui définissent ce qui permet un monde commun sur la planète. La revendication de la Terre-mère est radicalement différente de la nôtre, mais elle nous dit quelque chose de fondamental sur l’humain : on ne peut pas couper radicalement les liens entre l’humanité et la Terre. C’est cela que nous devons chercher à universaliser.


Recueilli par Agnès Rousseaux


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Geneviève Azam, Le temps du monde fini, vers l’après capitalisme, Éditions Les Liens qui Libèrent, 2010. 18 €

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 11:52
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24 août 2010

 

Dans les pays du Sud, les femmes sont les principales productrices de nourriture, elles sont chargées de travailler la terre, de maintenir les semences, de récolter les fruits, d’obtenir de l’eau, etc.

 

Entre 60 et 80% de la production vivrière de ces pays est assurée par les femmes, pour 50% au niveau mondial. Celles-ci sont les principales productrices de cultures de base comme le riz, le blé et le maïs, qui alimentent les populations les plus pauvres du Sud mondialisé. Mais en dépit de leur rôle clé dans l’agriculture et dans l’alimentation, elles sont, de même que les enfants, les plus fréquents victimes de la faim.


Les femmes paysannes ont assumé depuis des siècles la responsabilité des tâches domestiques, des soins aux personnes, de l’alimentation de leurs familles, de la culture pour l’auto-consommation et la commercialisation de quelques excédents de leurs vergers. Elles ont eu la charge du travail reproductif, productif et communautaire, occupant ainsi une sphère privée et invisible. En revanche, les principales transactions économiques agricoles ont été, traditionnellement, réalisées par les hommes dans les foires, avec la vente et l’achat d’animaux, la commercialisation de grandes quantités de céréales... occupant la sphère publique paysanne.


Cette division des rôles assigne aux femmes l’entretien de la maison, la santé et l’éducation de leurs familles, et confère aux hommes la gestion de la terre et de l’outillage, donc en définitive de la technique, et maintient intacts les rôles respectivement assignés aux femmes et aux hommes qui depuis des siècles, et jusqu’à aujourd’hui, perdurent dans nos sociétés.


Cependant, dans de nombreuses régions du Sud mondialisé en Amérique latine, en Afrique subsaharienne et dans le Sud de l’Asie, il existe une notable féminisation du travail agricole salarié. Entre 1994 et 2000, les femmes ont occupé 83% des nouveaux emplois dans le secteur de l’exportation agricole non traditionnelle. Mais cette dynamique s’est accompagnée d’une division marquée de genre : dans les plantations les femmes réalisent les tâches non qualifiées, comme la récolte et l’emballage, pendant que les hommes dirigent la récolte et la plantation.


Cette incorporation de la femme dans le milieu du travail rémunéré implique une double charge de travail pour les femmes, qui continuent les soins à leurs familles en même temps qu’elles travaillent pour obtenir des revenus, majoritairement en emploi précaire. Celles-ci doivent compter avec des conditions de travail pires encore que celles de leurs compagnons et une rémunération économique inférieure pour les mêmes tâches, ce qui les oblige à travailler plus longtemps pour percevoir les mêmes revenus.

Une autre difficulté est l’accès à la terre.

 

Dans différents pays du Sud, les lois leur interdisent ce droit. Et dans ceux où légalement elles l’ont, les traditions et les pratiques les empêchent d’en disposer. Mais ce problème ne se pose pas seulement dans le Sud mondialisé. En Europe, les droits de nombreuses paysannes ne sont pas reconnus, puisque la propriété de l’exploitation, le paiement de la Sécurité Sociale, etc. sont habituellement réservés aux hommes, bien que les femmes travaillent dans les exploitations, à l’égal de leurs compagnons.

 

En conséquence, les femmes, venue l’heure de la retraite, ne peuvent compter sur aucune pension, n’ont pas droit aux aides, versements, etc.

L’effondrement économique de la campagne dans les pays du Sud et l’intensification de la migration vers les villes a provoqué un processus de désertification des campagnes. Les femmes sont une composante essentielle de ces flux migratoires, nationaux et internationaux, qui provoquent la désarticulation et l’abandon des familles, de la terre et des processus de production, en même temps qu’augmente la charge familiale et communautaire des femmes qui restent.

 

En Europe, aux États Unis, au Canada... les migrantes en viennent à assumer des travaux autrefois accomplis par les femmes autochtones, reproduisant une spirale d’oppression, de charge et d’invisibilité des soins et externalisant leur coût social et économique vers les communautés d’origine des femmes migrantes.


L’incapacité des pays occidentaux à résoudre l’actuelle crise des soins , fruit de l’incorporation massive des femmes au marché du travail, du vieillissement de la population et l’absence de a réponse à ces besoins de la part de l’Etat implique l’importation massive de main d’œuvre féminine des pays du Sud mondialisé, destinée au travail domestique et de soins rémunéré.


Face à ce modèle agricole néolibéral, intensif et insoutenable, qui a démontré sa totale incapacité à satisfaire les besoins alimentaires des personnes et le respect de la nature, et qui est spécialement virulent pour les femmes, se pose le paradigme alternatif de la souveraineté alimentaire. Il s’agit de récupérer notre droit à décider ce que nous voulons produire pour notre nourriture et comment ; de remettre la terre, l’eau et les semences entre les mains des paysannes et paysans ; de combattre le monopole tout au long de la chaîne agro-alimentaire.


Et il est nécessaire que cette souveraineté alimentaire soit profondément féministe et internationaliste, puisque sa réussite sera seulement possible à partir de la pleine égalité entre hommes et femmes et du libre accès aux moyens de production, distribution et consommation d’aliments, ainsi qu’à partir de la solidarité entre les peuples, loin des proclamations chauvines de “priorité à nous”.


Il faut revendiquer le rôle des paysannes dans la production agricole et alimentaire et reconnaître le rôle des « femmes de maïs », elles qui travaillent la terre. Rendre visible l’invisible. Et promouvoir des alliances entre femmes rurales et urbaines, du Nord et du Sud. Globaliser les résistances... au féminin.

Esther Vivas





* Article publié dans Público, 24/08/2010. Traduït par Gérard Jugant et édité par Michèle Mialane de Tlaxcala.


* Esther Vivas a publié en français « En campagne contre la dette » (Syllepse, 2008). Elle est coordinatrice des livres en espagnol

 

« Supermarchés, non merci » et « Où va le commerce équitable ? ». Elle est membre de la rédaction de la revue Viento Sur.. Info :


http://esthervivas.wordpress.com/fr...

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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 11:14

Mohamed BELAALI

« Avineda de la libertad », « calle Ernesto che Guevara », « Plaza Salvador Allende », « Paz, Pan y Trabajo », « Apaga la TV, enciende tu mente », « Una Utopia hacia la Paz » etc. ce sont là les noms de rues, de places et des slogans d’un village andalou non loin de Cordoba et de Sévilla que le visiteur étranger découvre au bout d’une route sinueuse au milieu des champs d’oliviers, de blé coupé et grillé par le soleil.


L’artère principale de la petite ville de près de 3 000 habitants mène tout droit à la mairie (Ayuntamiento) dirigée par Juan Manuel Sánchez Gordillo qui a gagné toutes les élections à une large majorité et ce depuis plus de trente ans.

Juan Manuel est un homme simple qui reçoit les visiteurs dans son bureau, où trône un grand portrait d’Ernesto Che Guevara, spontanément et naturellement sans rendez-vous ni protocole aucun. Il n’hésite pas à quitter son bureau pour montrer les maisons blanches situées juste en face de la mairie et construites collectivement par les habitants eux-mêmes sur des terres offertes quasi gratuitement (15,52 euros par mois) par la commune. Celle-ci met également à leur disposition l’aide d’un architecte et d’un chef de chantier. La région, elle, apporte le gros matériel de construction. Promoteurs immobiliers, spéculateurs et autres parasites n’ont pas leur place ici. Le logement cesse ainsi d’être une marchandise et devient un droit.


Juan Manuel parle avec enthousiasme et fierté des nombreuses réalisations des habitants de sa commune, chiffres et graphiques à l’appui.

Le barman du café « La Oficina », qui se trouve un peu plus loin de la mairie, nuance quelque peu les propos du maire mais confirme, pour l’essentiel, les avancées sociales de la ville notamment l’octroi des terres pour celles et ceux qui ont besoin d’un logement, préoccupation première des espagnols.

 

Il confirme également l’absence totale de la police, symbole de la répression étatique. En effet, les habitants n’éprouvent aucun besoin de recourir à ses « services ». Ici les problèmes de criminalité, de délinquance, de vandalisme etc. sont absents. Ils pensent gérer et régler eux-mêmes les problèmes qui peuvent éventuellement surgir entre eux. En tout cas depuis le départ à la retraite du dernier policier, ils n’ont pas jugé utile de le remplacer.


En face de « La Oficina » se dresse un bâtiment sur lequel on peut lire « Sindicato de obreros del campo » et « Casa de cultura ». Mais cette grande salle fait également office de café, bar et restaurant. C’est un lieu d’échanges, de débats, de fête et de convivialité. C’est là aussi que se retrouvent, dès l’aube, les travailleurs agricoles pour un petit déjeuner collectif avant de partir ensemble pour une journée de travail de 6h30 dans les champs d’« El Humoso » à 11 kilomètres du village.


Cette terre andalouse, travaillée collectivement aujourd’hui, est témoin d’un passé chargé de tant d’actions, d’occupations, de manifestations, de grèves, de marches et de procès devant les tribunaux. Et c’est grâce à cette lutte très dure et réellement populaire que cette terre (1 200 hectares) fut arrachée à un aristocrate de la région, le Duc de l’Infantado. Dans cette Andalousie profonde les femmes, malgré les pesanteurs sociales et les préjugés, ont joué un rôle déterminant dans ce combat pour que la terre appartienne à celles et ceux qui la travaillent.


Aujourd’hui « ces terres ne sont la propriété de personne sinon de toute la communauté de travailleurs » comme le disent les habitants du village.

Mais pour ces ouvriers, il ne s’agit pas seulement de récupérer les terres, mais aussi de construire « un projet collectif dont l’un des objectifs est la création d’emplois et la réalisation de la justice sociale ».


C’est ainsi qu’est né l’ensemble des coopératives qui produisent et distribuent une série de produits agricoles de grande qualité exigeant en même temps une main-d’œuvre abondante : huile d’olive, conserves d’artichauts, de poivrons rouges, de fèves etc. Les producteurs directs de ces richesses travaillent du lundi au samedi pour une rémunération journalière de 47 euros et ce quelque soit leur poste et leur statut. Ici il n’ y a ni patron, ni actionnaires, ni dividendes à distribuer. Le surplus dégagé est réinjecté dans l’entreprise commune dans l’espoir de créer davantage d’emplois et permettre ainsi à tout le monde de travailler conformément à leur projet collectif. Ils tentent de mettre l’économie au service de l’homme et non au service du profit. Le chômage, ici, est quasi inexistant alors qu’il dépasse les 25 % de la population active en Andalousie et 20 % dans toute l’Espagne !


A « El Humoso », les ouvrières et les ouvriers parlent avec une certaine émotion de leur coopérative, de leur travail, de leurs produits, de la solidarité et de la convivialité qui règnent entre eux. Mais, ils évoquent également leur crainte de voir leur unité se fissurer à cause de leurs ennemis qu’ils pensent nombreux dans la région voire dans toute l’Espagne. Il se dégage de leurs récits beaucoup de conviction et beaucoup d’humanité.


Manolo, un ouvrier de la coopérative, parle avec affection, comme s’il s’agissait d’une personne, de la machine à extraire de l’huile d’olive dont il s’occupe. Il n’hésite pas à expliquer son fonctionnement, l’entretien qu’elle nécessite etc. à tous les visiteurs. Il parle également avec respect de son compagnon de lutte, le maire Juan Manuel qu’il considère comme « el ultimo », le dernier, à ses yeux, de cette catégorie d’hommes capables de relever un tel défi et de confondre dans un même mouvement pensée et pratique. Manolo évoque aussi la vie d’ascète que mène l’édile du village, les arrestations et les tracasseries judiciaires qu’il a subies et l’attentat auquel il a échappé. Manolo invite avec insistance le visiteur à revenir à la coopérative au mois de décembre ou janvier pour admirer le travail d’extraction de l’huile d’olives.


Mais au village il n’ y a ni hôtel, ni hostal pour un éventuel séjour. Toutefois la municipalité met gracieusement des pavillons à la disposition des visiteurs qui peuvent également, s’ils le désirent, partager le logement de quelques habitants pour une somme symbolique comme chez Antonio dans l’avenue principale de la petite ville. Antonio accueille chaleureusement ses hôtes avec qui il aime parler de l’originalité de son village et semble heureux d’y vivre : « pour l’instant, disait-il, nous vivons en harmonie ici ».


Vivent également en « harmonie » avec les habitants du village, les travailleurs immigrés eux aussi embauchés à la coopérative d’ « El Humoso ». Selon les dires du barman du local syndical ces hommes et ces femmes font partie intégrante de la communauté des travailleurs et participent comme les autres aux décisions prises dans les assemblées générales. En effet ces fameuses assemblées se tiennent dans une grande salle attelée au local syndical où traînent à côté des chaises blanches en plastique tout sorte de vaisselle et de couverts stockés là probablement en attente d’une prochaine fête populaire.

 

La salle est également ornée d’un immense et splendide tableau sur lequel on peut voir des hommes et des femmes en lignes serrées précédés de deux hommes et d’une femme portant un enfant dans ses bras, tous marchent vers la même direction. « Aujourd’hui à 20h30, assemblée générale au local syndical », c’est par ce message, diffusé inlassablement par une camionnette qui sillonne toutes les rues de la petite ville, que les habitants sont conviés au rassemblement pour décider de leurs affaires.


Ils organisent également ce qu’ils appellent les « dimanches rouges » où des volontaires se chargent gratuitement, entre autres, de nettoyer et d’embellir leur commune : entretien des allées et jardin publics, plantation d’arbres etc. La petite ville est non seulement l’une des plus sûre mais aussi la plus propre de la région !


Le village est relativement riche en équipements collectifs comparativement aux communes avoisinantes. Les habitants peuvent se baigner durant toute la saison estivale dans la piscine municipale pour la modique somme de trois euros. La garderie pour enfants ne leur coûte que 12 euros par mois repas compris. Le complexe sportif « Ernesto Che Guevara », bien entretenu, leur permet de pratiquer plusieurs sports comme par exemple le football, le tennis ou encore l’athlétisme.


Durant l’été, les habitants assistent régulièrement à la projection de films en plein air dans le parc naturel. Débats, conférences, films et soutien aux peuples opprimés notamment ceux qui sont injustement privés de leur territoire font partie de la vie culturelle et politique du village. Juan Manuel porte souvent d’ailleurs, ostensiblement, l’écharpe palestinienne !


Le sport, la culture, les fêtes etc. sont des droits ouverts à tous comme le travail et le logement. Le développement tant matériel qu’intellectuel de chaque individu reste, ici, la condition du développement de tous.

Allez donc à Marinaleda voir et vérifier la réalité de cette « utopie ». Allez à la rencontre de ces hommes et de ces femmes admirables qui ont réussi grâce à leur travail au jour le jour et à leurs convictions à construire , dans un océan d’injustices, de malheurs et d’asservissement, une société différente. Le capitalisme par ses crises à répétition et le danger qu’il représente pour l’homme et la nature n’a pas d’avenir. L’exemple concret et réussi de Marinaleda montre qu’une autre société est possible.


Mohamed Belaali


VOIR AUSSI
Marinaleda : un modèle d’auto-gestion unique en Europe
http://www.legrandsoir.info/Marinal...

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 10:51
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3 juin 2010

 

(Paris, le 3 juin 2010) Une marche de protestation initiée par le Mouvement Paysan Papaye (MPP) se déroule à Haiti ce 4 juin 2010. Il s’agit de protester contre les dons de semences de Monsanto, de Pionners Hybrid et la politique dévastatrice du projet Winner lancé par l’Agence américaine d’aide au développement international (USAID).


Sous prétexte d’action humanitaire, Monsanto et Pionner tentent de saisir l’opportunité d’implanter ses semences et le modèle agricole industriel qui l’accompagne.


Ces multinationales se présentent comme salvatrices, alors qu’elles font partie des principales actrices du désastre environnemental, économique et social subi mondialement par le secteur agricole.


Jusqu’à présent les paysans haïtiens ont peu recours aux hybrides F1 de Monsanto et Pioneer, dont ils ne peuvent pas utiliser la récolte comme semence. Ils utilisent essentiellement les semences paysannes locales et s’inscrivent dans une démarche de promotion de la Souveraineté alimentaire, de la priorité à la production et la consommation locales et traditionnelles ; seul projet capable de répondre aux besoins des populations.

 

L’arrivée massive de semences hybrides et du paquet technologique qui les accompagnent ne seront pas un facteur de reconstruction mais de déstabilisation supplémentaire, d’autant qu’il est très prévisible qu’une vague OGM s’en suivra.


Haïti, l’un des pays les plus pauvres, subit une forte dépendance alimentaire, mais l’origine de ce problème n’est pas du aux techniques agricoles mais aux politiques agricoles et au libéralisme économique auxquels elles sont soumises.


Chaque fois qu’une catastrophe climatique frappe une région, elle est suivie par une seconde secousse tout aussi violente qui tente d’expulser les paysans et d’anéantir les savoir-faire locaux au profit de quelques transnationales nécrophages.


La Confédération Paysanne s’associe au MPP pour condamner ardemment les politiques et les pratiques de destructions des agricultures paysannes partout dans le monde.


Confédération paysanne


Contacts :

Michel David, secrétaire national : 06 30 87 21 13

Josie Riffaud, 06 13 10 52 91

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