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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 11:50
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par Mathias Reymond, le 13 décembre 2012

*

Entonné par quelques chroniqueurs semblables et interchangeables, le sermon matinal à la gloire du marché ne connaît pas de frontières sur les ondes.

 

Au sortir du lit ou encore sous la couette, à l’écoute de France Inter ou d’Europe 1, de RTL ou de RMC, dès qu’il est question d’économie, l’auditeur a toujours droit à la même sonnerie de réveil.

*

En décembre 1999, Serge Halimi rédigeait un article paru dans Le Monde diplomatique et disponible ici même – « Lancinante petite musique des chroniques économiques » – dans lequel il était question du discours uniforme diffusé sur les ondes radiophoniques. Les éditorialistes économiques de l’époque – Jean-Marc Sylvestre pour France Inter, Nicolas Beytout pour RTL ( "muté" sur France Inter, le lundi 8h30 , note du Blog)  ou Jacques Barraux pour Radio Classique – partageaient à peu près les mêmes opinions et vantaient de concert ou à tour de rôle (selon l’heure de diffusion) les atouts du marché et de la mondialisation. Depuis, beaucoup de choses ont changé. Croit-on…

 

« La France est droguée à la dépense publique »


Les radios se ressemblent... Les 14 et 15 novembre, les chroniqueurs économiques des radios généralistes se sont donné le mot après le discours très libéral de François Hollande : pour eux, c’est un premier pas, mais ce n’est pas assez ! Ainsi, Christian Menanteau, sur RTL (le 15 novembre), revient sur l’annonce faite par le chef de l’État de réduire de 12 milliards d’euros par an les dépenses publiques pendant cinq années : « Ça peut vous paraître dérisoire, puisque ça ne fait qu’1 % de ces fameux 1 100 milliards de dépenses publiques annuelles. En réalité, c’est un Himalaya, tout simplement parce que la France est droguée à la dépense publique. Nous en sommes les champions d’Europe, et toute notre organisation économique et sociale est régie par le toujours plus. »


Plus aimable, Nicolas Doze, sur RMC (le 14 novembre), encourage le Président : « Moi, aujourd’hui, je lui mets 16/20, à François Hollande. » Alors qu’Axel de Tarlé, sur Europe 1, applaudit froidement : « On assiste au tournant social-libéral qu’on a connu en Europe du Nord. […] Côté mesures, on reste sur notre faim. On ne sait pas comment on va baisser la dépense publique. Maintenant que ce virage social-libéral est pris, il faut lui donner de la puissance. Accélérer. »

 

Mais Tarlé sait reconnaître la vraie valeur des choses, et il se rattrape dans Le Journal du dimanche (le 18 novembre) : « Plutôt que de soutenir le consommateur et la demande, il faut soutenir les producteurs, c’est le socialisme de “l’offre” [sic]. Le virage “social-libéral” est pris, reste maintenant à prendre de la vitesse. La tâche est historique : il faut sauver la France, l’euro, l’Europe. Bonne chance, monsieur le Président. » Même soutien sur France info, quelques semaines plus tôt, avec Emmanuel Cugny : « On a vraiment envie de dire ce matin au Premier ministre : allez-y, monsieur Ayrault, foncez, c’est maintenant ou jamais. » (le 6 novembre).

 

À entendre les petites allocutions matinales des chroniqueurs économiques, il est urgent de réduire massivement les dépenses publiques. Dominique Seux (le 22 novembre) explique que « si la croissance reste faible, et comme le bouton “Impôts” est enfoncé au maximum, c’est du côté des 1 200 milliards de dépenses qu’il faudra regarder. » On a compris.

 

« C’est la Grèce qui nous attend. »


Les radios se ressemblent... et les matinées aussi. Le 20 novembre, les mêmes chroniqueurs s’émeuvent collectivement de la dégradation de la note de la France par l’agence Moody’s. Les commentaires sont identiques, et les conclusions, interchangeables. Pour Tarlé, sur Europe 1, la perte du triple A est « une sanction de vingt ans de dérives. […] On comprend le message : la France doit maintenant agir, libérer son économie, c’est tout ce qu’on rabâche depuis des années sur la souplesse, le coût du travail. Maintenant, il faut y aller franchement, sinon c’est la Grèce qui nous attend. »


Sur France Inter, Seux ne dit pas autre chose :

 

« La décision de Moody’s va obliger la France à bouger, à s’adapter. Sont pointées la perte de compétitivité de notre économie, les rigidités du marché du travail et des biens et services, la situation budgétaire et, c’est le plus important, notre incapacité à tenir nos promesses dans la durée, à nous réformer.  » Et d’ajouter : « Le gouvernement commence à agir, Moody’s le dit, mais, on le sait, on le dit, on voit bien que le plan de compétitivité de la semaine dernière ne peut être qu’un début, pas une fin. »


Et dans un langage moins châtié, Menanteau, sur RTL, se laisse aller :  

 

« si nous ne voulons pas descendre d’un étage supplémentaire – puisque nous sommes encore sous revue négative – il va falloir entrer dans le dur, être plus sérieux, accélérer les réformes et les compléter avec plus de rigueur. L’addition, dites-vous, est à venir. » Le ton est péremptoire, et les chroniqueurs l’affirment avec aplomb : le salut de la France ne viendra qu’avec plus de « compétitivité ». C’est Menanteau qui le dit : « la compétitivité, c’est la clé. Et les rigidités, aussi, du marché du travail. » (RTL, le 20 novembre)

 

Mais la compétitivité n’est pas la seule clé pour ouvrir la porte du paradis libéral.

 

En effet, le chroniqueur de RTL suggère de s’attaquer au code du travail, car « il est devenu tellement complexe et éloigné des réalités économiques qu’il exclut de facto tous ceux qui veulent y entrer.  » (le 29 novembre). Pour lui, l’idéal est à chercher du côté des montagnes helvètes : « Le code du travail, c’est 3 400 pages en mouvement perpétuel. En Suisse, où 250 000 Français travaillent – et, je crois, dans de bonnes conditions –, le code du travail fait 75 pages. » De là à dire que le paradis se trouve sur les sommets des Alpes...

 

Enfin, si l’Allemagne est toujours un inaccessible modèle, ils vouent aussi une admiration sans limites à Mario Monti et à ses méthodes :  

 

« Sa façon d’agir, explique Seux, est un modèle du genre, réformer sans asphyxier. Disparue l’image rigide qu’il avait quand il était commissaire à la Concurrence à Bruxelles. Mario Monti a lancé deux réformes-clés : celle des retraites et celle du marché du travail. » (France Inter, le 27 novembre)

 

En bref et pour résumer la pensée matinale des journalistes économiques – il suffit de citer Menanteau, sur RTL –, « il y a des emplois non pourvus sur le marché du travail français. Il y a plusieurs verrous : la faible compétitivité globale de l’économie française, l’inefficacité de nos dépenses publiques, mais surtout, surtout, l’état de notre marché du travail, qui marche sur la tête. Nous avons le pire indice de flexibilité d’emploi des grands pays de l’OCDE. » (29 novembre).


Dominique Seux, Axel de Tarlé, Christian Menanteau, Nicolas Doze et consorts ont le droit de penser ce qu’ils pensent, et même de le dire.

 

Le problème – toujours le même –, c’est qu’ils pensent la même chose et qu’ils le disent un peu partout. Seux intervient dans Les Echos et sur France Inter, et les journalistes des Echos se retrouvent tous les matins sur Radio Classique. Tarlé, que l’on entend sur Europe 1, collabore aussi à d’autres médias de Lagardère (Paris Match et Le Journal du dimanche) et il anime également une émission sur France 5 (« C à dire ?! »). Chroniqueur sur RMC, Doze est présent sur BFMTV et BFM Business. Etc. Cette omniprésence de la pensée libérale laisse peu d’espace à des points de vue hétérodoxes, d’autant que les invités économiques des matinales demeurent toujours les mêmes (voir nos articles précédents à ce sujet, notamment le dernier en date, « Ces économistes qui monopolisent (toujours) les débats »).

 

Tous, éditorialistes appointés et experts cooptés, ont alors beau jeu de prôner la rigueur permanente et de vanter aux auditeurs les bienfaits de la saignée austéritaire qu’on leur inflige.

 

Ils bénéficient du même type de privilège que les marchés financiers dont ils redoutent tant les oukases, et dont ils se font les porte-parole dévoués face aux peuples rétifs et aux gouvernements trop peu diligents à leur goût : une irresponsabilité à peu près totale ! Quelles que soient leurs erreurs de jugement et d’analyse, sans cesse réitérées – et, surtout, quelles que soient les conséquences sociales et politiques de leurs préconisations : anémie démocratique ou paupérisation généralisée en Europe –, ils continuent de jouir de la même immunité médiatique.

*

http://www.acrimed.org/article3956.html

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 11:26

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Image de la "révolution culturelle": lecture des "dadzi bao", journaux muraux

Par Dan La Botz le Samedi, 01 Décembre 2012

 

L'élection à la tête du Parti Communiste Chinois de Xi Jinping ainsi que de six autres qui constituent avec lui Comité permanent du Bureau politique du parti, est venue appuyer ce que l’intellectuel marxiste chinois Au Loong Yu a appelé le « capitalisme bureaucratique ».[1]

 

Les capitalistes bureaucratiques, dont de nombreux petits princes, ou des fils des fondateurs du gouvernement  de la Chine communiste, sont parvenus, grâce à leur contrôle de l'Etat et à la connivence Etat-entreprise, à dominer le cœur de l’économie capitaliste du pays et à former le noyau de la nouvelle bourgeoisie qui dirige celui-ci. Ils forment un groupe de familles et de clans reliés par des relations de parti et d'affaires et qui constitue la classe dirigeante. C'est cette utilisation du parti et de l’Etat pour contrôler les entreprises capitalistes, pour exploiter les travailleurs, et pour faire des profits qui, comme l’explique Au, constitue la caractéristique du capitalisme chinois d'aujourd'hui.


Le leadership émergent des petits princes ne cherchera pas à changer quoi que ce soit de fondamental, mais  oeuvrera plutôt à préserver et à étendre le pouvoir et les privilèges de leur classe. Comme l’a écrit Edward Wong dans le New York Times:


« Les petits princes ne sont pas une faction politique cohérente, et leurs rangs sont en proie à des rivalités personnelles et idéologiques. Leurs liens familiaux peuvent signifier une plus grande familiarité avec l’exercice du pouvoir et encourager des changements audacieux. Dans le même temps, cette classe a connu une croissance de richesses de l'économie politique de la Chine; les responsables et les entreprises publiques travaillent ensemble pour tirer des profits, souvent au détriment de l'entreprenariat privé. Même les princes qui soutiennent la libéralisation de l'économie ou le système politique croient encore à la primauté du parti, et leur pression pour différentes réformes est perçue comme un effort visant à assurer la survie du parti. »[2]

 

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 13:23
mrmoneybags
2 juillet 2012

S’il n’y avait pas en jeu le sort de milliers de salariés, l’affaire PSA serait presque ironique, car elle illustre toutes les hypocrisies passées, et malheureusement à venir, concernant la défense des emplois industriels :


Du discours présidentiel des états généraux sur l’industrie de mars 2010 qui promettait (tenez-vous bien chers lecteurs !) une augmentation de 25% de l’activité industrielle d’ici 2015, la pérennisation de l’emploi, et un gain de plus de 2% de la part française dans la production industrielle européenne !


• De tous les tenants d’une Europe, pure zone de compétition et de libre-échange qui, pendant 25 ans, ont fait mine de croire à son innocuité en matière de développement économique et social.


• De tous les naïfs qui pensaient pousser leurs « champions nationaux » (dont PSA) à devenir de parfaits prédateurs de la mondialisation sans que ceux-ci ne remettent jamais en question leur attachement à la « défense du maillot ».


• De tous ceux qui ont fait semblant de ne pas entendre ce que leur annonçaient les salariés d’Aulnay et leurs organisations syndicales, ainsi que ceux de Sevelnord près de Valencienne, et bien d’autres tout au long des cascades de sous-traitance.


Voici donc les résistants de la onzième heure qui s’agitent, gesticulent, discourent et même menacent, un peu comme Don Quichotte menaçaient les moulins.

 

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 11:36

lagarde

8 juillet 2012 à 10h42 


Ce lundi, à l'occasion de la "Conférence sociale", Laurence Parisot, présidente du Medef, va demander à Français Hollande d'inscrire la "liberté d'entreprendre dans la Constitution", de mettre "la compétitivité" au centre des débats, estimant aussi qu'il faut "pacifier" la question des licenciements.


"Nous souhaitons que toutes les politiques à venir aient un fil rouge : celui de la compétitivité de la France et de ses entreprises", a affirmé Laurence Parisot dans une interview au "Journal du Dimanche".


La patronne du Medef entend "rappeler" au président de la République, qui va s'entretenir avec les partenaires sociaux avant l'ouverture de la conférence, "la dégradation alarmante de notre compétitivité continuelle depuis 12 ans". Selon elle, "toutes les réflexions de toutes les tables rondes doivent partir de ce constat".


"La question des licenciements doit être pacifiée"


"Je demanderai aussi au chef de l'Etat d'inscrire la liberté d'entreprendre dans la Constitution". Il faut "d'abord prévenir les plans sociaux et, pour cela, développer une politique de compétitivité, car rien n'est plus favorable à l'emploi que la compétitivité de l'entreprise".


"Quant à la question des licenciements, elle doit être pacifiée. Nous souhaitons continuer à étendre la philosophie du refus du conflit, celle de la rupture conventionnelle, dite à l'amiable", a-t-elle dit.

  • N. A., avec l'AFP

http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/parisot-il-faut-inscrire-la-liberte-d-entreprendre-dans-la-constitution-08-07-2012-1767277.php

 

Commentaire:

 

Pas de répit dans la lutte des classes, et même elle s'intensifie! ( Enfin , celle que nous mène la classe des possédants).

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 12:40
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Par Fanny Petit (2 juillet 2012)


La principale niche fiscale sur le logement, le dispositif « Scellier » sur l’immobilier locatif, a coûté 900 millions d’euros à l’État en 2011.

 

Pire : cette exonération favorise l’augmentation des loyers et ne répond pas aux demandes locales en matière de logement.


Un logement « Scellier » est 7,5 fois plus cher qu’un logement social ! Alors que la Cour des comptes vient de rendre son audit et que le débat sur les finances publiques commencent à l’Assemblée, le gouvernement osera-t-il s’attaquer à une niche fiscale à laquelle s’accrochent les promoteurs immobiliers ?


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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 14:18
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La semaine dernière, la Commission européenne puis l’OCDE, la Cour des comptes présidée par le socialiste Mingaud et l’Inspection générale des finances (IGF) se sont invitées dans la campagne pour faire la promotion des politiques d’austérité.

 

Il s’agit d’imposer comme une vérité établie la lutte contre les déficits par l’austérité. L’IGF chiffre les économies que l’État devra faire à 3, 9 milliards d’euros par an pour un retour des comptes publics à l’équilibre en 2017 comme Hollande en a pris l’engagement.


Partant du principe intangible que la charge de la dette est incontournable et qu’il n’est pas question de porter atteinte aux intérêts des rentiers de la finance, les propositions sont simples, de nouvelles attaques contre les travailleurs et les services publics.

 

Elles visent à réduire la masse salariale par le gel des salaires et des retraites, le nombre de fonctionnaires par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, voire de « deux sur trois ». Et la rigueur pour les services publics, les universités, les musées, Pôle emploi, le CNRS...


« Il y a d’énormes marges de manœuvre en faisant rentrer des impôts complémentaires » répond Martine Aubry.

 

Moscovici, le ministre des Finances, déclare que la France parviendra à ramener son déficit public à 3 % du PIB en 2013 « sans mesure d’austérité » !

 

Mais dans le même temps, il reconnaît une « large convergence de vues » avec la Commission européenne championne des politiques d’austérité et qui met en demeure la France d’être plus compétitive. Et il s’engage à travailler au « renforcement de la compétitivité, au redressement du pays, mais aussi à la justice fiscale et dans la politique des revenus ».


Les ambiguïtés du gouvernement ne dureront probablement pas beaucoup plus que le temps des législatives. La réduction des déficits comme la course à la compétitivité impliquent, avec la gauche comme avec la droite, la diminution du coût du travail, une dégradation des conditions de vie et de travail. La dette, la compétitivité, c’est-à-dire la course à la rentabilité financière, sont incompatibles avec la justice et la démocratie.


Il n’y a pas de marges de manœuvres sauf de remettre cause la dictature des banques, le parasitisme de la finance.


Yvan Lemaitre

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 12:31
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30 janvier par Eric Toussaint

 

 

Alors que le 30 janvier 2012, les syndicats mènent une grève générale afin de résister au plan d’austérité concocté par le gouvernement Di Rupo qui veut essentiellement faire payer la crise à ceux et celles qui en sont les victimes, on assiste à la multiplication de déclarations visant à convaincre de l’inutilité ou de l’illégitimité du mouvement.

 

Ce n’est pas neuf. Dans un « dossier » consacré aux syndicats fin décembre 2011, l’hebdomadaire « Moustique » posait la question : « À quoi servent les syndicats ? ». Moustique écrivait : « Ils aiment manifester et faire la grève. Ils n’aiment pas les patrons ni le changement. Quelles réalités se cachent derrière les clichés que charrient les syndicats ? » . L’hebdomadaire égraine une série d’affirmations et une fausse question : « Les syndicats sont des structures archaïques et dépassées », « Se syndiquer, c’est ringard et inutile » ; « S’ils ne servent plus à rien, pourquoi continuer à payer des cotisations ? ». Gageons que l’action de grève générale du 30 janvier 2012 aura droit à son lot de dénigrement de la part de nombreux médias.


Bien sûr, on aurait tort d’imaginer qu’Adam Smith prendrait aujourd’hui énergiquement parti pour les grévistes, mais il n’en reste pas moins que ses observations sur la société restent d’une grande pertinence.

 

Dans son œuvre majeure éditée en 1776 , il attire l’attention sur les deux poids deux mesures utilisés pour jauger l’action concertée des patrons, d’une part, et celle des travailleurs, d’autre part : « On n’entend guère parler, dit-on, de Coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux.

 

Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. A la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention.

 

Quelquefois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler.

 

Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive ; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Les prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maîtres sur leur travail. Mais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d’une grande rumeur. »

 

Déjà Adam Smith soulignait que les patrons protestaient à hauts cris contre les grévistes et utilisaient contre eux l’action des magistrats : « Dans ces occasions, les maîtres ne crient pas moins haut de leur côté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »


Ce qu’a écrit Adam Smith il y a plus de deux siècles est toujours d’utilité pour comprendre ce qui motive le patronat belge regroupé dans la Fédération des Entreprises de Belgique : « Ceux qui emploient l’ouvrier constituent la troisième classe, celle des gens qui vivent de profits. (…) Les marchands et les maîtres manufacturiers sont, dans cette classe, les deux sortes de gens qui emploient communément les plus gros capitaux et qui, par leurs richesses, s’y attirent le plus de considération. (…) Cependant, l’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public.

 

L’intérêt du marchand est toujours d’agrandir le marché et de restreindre la concurrence des vendeurs. Il peut souvent convenir assez au bien général d’agrandir le marché mais de restreindre la concurrence des vendeurs lui est toujours contraire, et ne peut servir à rien, sinon à mettre les marchands à même de hausser leur profit au-dessus de ce qu’il serait naturellement et de lever, pour leur propre compte, un tribut injuste sur leurs concitoyens.

 

Toute proposition d’une loi nouvelle ou d’un règlement de commerce qui vient de la part de cette classe de gens doit toujours être reçue avec la plus grande défiance, et ne jamais être adoptée qu’après un long et sérieux examen, auquel il faut apporter, je ne dis pas seulement la plus scrupuleuse, mais la plus soupçonneuse attention. Cette proposition vient d’une classe de gens dont l’intérêt ne saurait jamais être exactement le même que l’intérêt de la société, qui ont, en général, intérêt à tromper le public et même à le surcharger et qui, en conséquence, ont déjà fait l’un et l’autre en beaucoup d’occasions » .


Adam Smith aborde également l’attitude du parlement par rapport aux fédérations patronales et aux syndicats : « Nous n’avons point d’actes du parlement contre les ligues (patronales) qui tendent à abaisser le prix du travail ; mais nous en avons beaucoup contre celles qui tendent à le faire hausser. »


Ce qui motive le capitaliste selon Adam Smith : « Le seul motif qui détermine le possesseur d’un capital à l’employer plutôt dans l’agriculture ou dans les manufactures, ou dans quelque branche particulière de commerce en gros ou en détail, c’est la vue de son propre profit. Il n’entre jamais dans sa pensée de calculer combien chacun de ces différents genres d’emploi mettra de travail productif en activité, ou ajoutera de valeur au produit annuel des terres et du travail de son pays. »


Selon Adam Smith, l’ouvrier crée de la valeur… sans qu’il n’en coûte au capitaliste : « Le travail d’un ouvrier de manufacture ajoute en général, à la valeur de la matière sur laquelle il travaille, la valeur de sa subsistance et du profit du maître. (…) Quoique le premier (l’ouvrier) reçoive des salaires que son maître lui avance, il ne lui coûte (au capitaliste) aucune dépense dans les faits, la valeur de ces salaires se retrouvant en général avec un profit de plus dans l’augmentation de valeur du sujet auquel ce travail est appliqué. »


A son époque, Adam Smith, échaudé par une crise bancaire, recommandait aux législateurs de limiter drastiquement la liberté des banquiers : « l’exercice de la liberté naturelle de quelques individus, qui pourrait compromettre la sûreté générale de la société, est et doit être restreint par les lois, dans tout gouvernement possible, dans le plus libre comme dans le plus despotique. » Il poursuivait : « L’obligation imposée de bâtir des murs mitoyens pour empêcher la propagation du feu, est une violation de la liberté naturelle, précisément du même genre que les règlements que nous proposons ici pour le commerce de la banque » . Les membres de la commission Dexia et le parlement devraient s’inspirer de ces recommandations d’Adam Smith.


Ces éléments d’analyse et de proposition qui sont plus importants dans la pensée d’Adam Smith que la fameuse main invisible (qu’il ne mentionne qu’à trois reprises dans son œuvre) sont systématiquement passés sous silence par la pensée économique dominante et les grands médias. Un regard dans le rétroviseur de la pensée d’un des pères de l’économie politique permet de mieux s’orienter dans le présent et le futur.

 

 

http://www.cadtm.org/Adam-Smith-et-le-mouvement-social


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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 09:42

 

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 09:33

d’une actualité redoutable, sur les dettes publiques.
dimanche 9 mai 2010


Extrait du "Capital" de Karl Marx, Livre I, Section VIII, chapitre XXXI.


"(...)Le système du crédit public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste.


La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique . Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables.


La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée.

 

Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire.


Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation - de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel - la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.


Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public.


Aussi l’accumulation de la dette publique n’a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la hausse successive des actions de ces banques, dont le développement intégral date de la fondation de la Banque d’Angleterre, en 1694.


Celle-ci commença par prêter tout son capital argent au gouvernement à un intérêt de 8 %, en même temps elle était autorisée par le Parlement à battre monnaie du même capital en le prêtant de nouveau au public sous forme de billets qu’on lui permit de jeter en circulation, en escomptant avec eux des billets d’échange, en les avançant sur des marchandises et en les employant à l’achat de métaux précieux. Bientôt après, cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l’argent avec lequel la Banque d’Angleterre effectua ses prêts à l’État et paya pour lui les intérêts de la dette publique.


Elle donnait d’une main, non seulement pour recevoir davantage, mais, tout en recevant, elle restait créancière de la nation à perpétuité, jusqu’à concurrence du dernier liard donné.


Peu à peu elle devint nécessairement le réceptacle des trésors métalliques du pays et le grand centre autour duquel gravita dès lors le crédit commercial. Dans le même temps qu’on cessait en Angleterre de brûler les sorcières, on commença à y pendre les falsificateurs de billets de banque.


Il faut avoir parcouru les écrits de ce temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout l’effet que produisit sur les contemporains l’apparition soudaine de cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents de change, brasseurs d’affaires et loups-cerviers.


Avec les dettes publiques naquit un système de crédit inter­national qui cache souvent une des sources de l’accumulation primitive chez tel ou tel peuple.

C’est ainsi, par exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui Venise en décadence prêtait des sommes considérables.


A son tour, la Hollande, déchue vers la fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et commer­ciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux énormes en les prêtant à l’étranger et, de 1701 à 1776, spécialement à l’Angleterre, sa rivale victorieuse.


Et il en est de même à présent de l’Angleterre et des États-Unis. Maint capital qui fait aujourd’hui son apparition aux États-Unis sans extrait de naissance n’est que du sang d’enfants de fabrique capitalisé hier en Angleterre.

Comme la dette publique est assise sur le revenu public, qui en doit payer les redevances annuelles, le système moderne des impôts était le corollaire obligé des emprunts nationaux.


Les emprunts, qui mettent les gouvernements à même de faire face aux dépenses extraordinaires sans que les contribuables s’en ressentent sur-le-champ, entraînent à leur suite un surcroît d’impôts ; de l’autre côté, la surcharge d’impôts causée par l’accumulation des dettes successivement contractées contraint les gouvernements, en cas de nouvelles dépenses extraordinaires, d’avoir recours à de nouveaux emprunts.


La fiscalité moderne, dont les impôts sur les objets de première nécessité et, partant, l’enchérissement, de ceux-ci, formaient de prime abord le pivot, renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge des taxes n’en est pas un incident, mais le principe. Aussi en Hollande, où ce système a été d’abord inauguré, le grand patriote de Witt l’a-t-il exalté dans ses Maximes comme le plus propre à rendre le salarié soumis, frugal, industrieux, et... exténué de travail.


Mais l’influence délétère qu’il exerce sur la situation de la classe ouvrière doit moins nous occuper ici que l’expropriation forcée qu’il implique du paysan, de l’artisan, et des autres éléments de la petite classe moyenne.

Là-dessus, il n’y a pas deux opinions, même parmi les économistes bourgeois. Et son action expropriatrice est encore renforcée par le système protectionniste, qui constitue une de ses parties intégrantes.


La grande part qui revient à la dette publique et au système de fiscalité correspondant, dans la capitalisation de la richesse et l’expropriation des masses, a induit une foule d’écrivains, tels que William Cobbett, Doubleday et autres, à y chercher à tort la cause première de la misère des peuples modernes.


Le système protectionniste fut un moyen artificiel de fabriquer des fabricants, d’exproprier des travailleurs indépendants, de convertir en capital les instruments et conditions matérielles du travail, d’abréger de vive force la transition du mode traditionnel de production au mode moderne.


Les États européens se disputèrent la palme du protectionnisme et, une fois entrés au service des faiseurs de plus-value, ils ne se contentèrent pas de saigner à blanc leur propre peuple, indirectement par les droits protecteurs, directement par les primes d’exportation, les monopoles de vente à l’intérieur, etc.

 

Dans les pays voisins placés sous leur dépendance, ils extirpèrent violemment toute espèce d’industrie ; c’est ainsi que l’Angleterre tua la manufacture de laine en Irlande à coups d’oukases parlementaires. Le procédé de fabrication des fabricants fut encore simplifié sur le continent, où Colbert avait fait école.


La source enchantée d’où le capital primitif arrivait tout droit aux faiseurs, sous forme d’avance et même de don gratuit, y fut souvent le trésor public.

Mais pourquoi, s’écrie Mirabeau, pourquoi aller chercher si loin la cause de la population et de l’éclat manufacturier de la Saxe avant la guerre ! Cent quatre-vingt millions de dettes faites par les souverains.


Régime colonial, dettes publiques, exactions fiscales, protection industrielle, guerres commerciales, etc., tous ces rejetons de la période manufacturière proprement dite, prennent un développement gigantesque pendant la première jeunesse de la grande industrie. Quant à sa naissance, elle est dignement célébrée par une sorte de massacre des innocents - le vol d’enfants exécuté en grand. Le recrutement des fabriques nouvelles se fait comme celui de la marine royale - au moyen de la presse !(...)"


http://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-31.htm

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 10:06

Une déléguée du personnel (CGT) de la Caisse d'épargne d'Ile-de-France

édifiant des cadeaux faits aux actionnaires par le gouvernement

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