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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 14:40
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Daniel Cohn-Bendit, Henri Weber et Daniel Bensaïd

1er mai 2012
  

L’Association Daniel Bensaïd est née de la volonté de créer un site de référence dédié à la fois à la vie militante et à l’œuvre intellectuelle de Daniel Bensaïd, sa pensée et son action ayant toujours été indissociables.

 

L’objet du site est de recenser et de favoriser la diffusion de ses écrits et interventions audiovisuelles.

À cette fin, l’association travaille à la constitution de trois ressources :

  • la réunion de l’ensemble des écrits de Daniel Bensaïd : livres, préfaces, articles, pétitions, cours, conférences, colloques, etc. ;
  • le rassemblement de la correspondance et le recueil des souvenirs et documents sur tous supports où il pourrait figurer ;
  • la réunion des écrits où les thèses de Daniel Bensaïd sont mentionnées, discutées, critiquées…

Il s’agit d’un travail de longue haleine, nombre de textes demandant à être contextualisés. En ce sens, la création d’un conseil scientifique est vivement souhaitée.


Le site sera lancé fin 2012-début 2013. De plus, et au-delà de la mise en ligne des articles d’ores et déjà traduits, des versions du site en anglais, espagnol, portugais, allemand et italien sont prévues.


Le site fera appel à tous les archivistes, historiens, militants et curieux à même de transmettre documents écrits, audio et vidéo… et/ou d’apporter des précisions quant à certains documents mis en ligne.


C’est évidemment à des concours bénévoles que cette entreprise se devra d’exister. Mais il y faut aussi l’entretien d’une permanence : pour bâtir le site, assurer sa maintenance et ses aménagements, répertorier, classer, scanner, vérifier les documents, les convertir aux formats du web. C’est à cette fin que nous sollicitons vos dons, et qu’aujourd’hui nous vous demandons un premier geste.


Pour que vivent la pensée et les écrits de Daniel, soyez nombreux à envoyer vos dons.


Chèques libellés à l’ordre de :

 

Association Daniel Bensaïd

Association Daniel Bensaïd
104 rue Oberkampf

75011 Paris


assosdanielbensaid@gmail.com

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 14:42
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Il existe des auteurs qui, sous couvert de vulgariser l’histoire, la réécrivent pour la faire correspondre à une certaine idéologie. Lorànt Deutsch, à travers son succès Métronome, en est le parfait exemple.

L’histoire n’appartient pas qu’aux seuls historiens. Fort heureusement ! Mais est-ce une raison pour vendre comme telle de la vulgarisation de mauvaise qualité que certains pourraient qualifier d’imposture médiatique ?

 

Dans cette matière, il existe des auteurs partageant les mêmes caractéristiques que les éditorialistes que dénonce fort justement le livre (et le film) les Nouveaux chiens de garde. Mêmes prétentions à être spécialistes de tout et donc de rien, même détestation des travaux universitaires dénoncés comme autant d’expression de la « pensée unique », même mépris pour les règles de base du métier, même absence de contradiction dans les médias.

 

Lorànt Deutsch et son Métronome (plus d’un million de téléspectateurs pour la version télé, 1, 5 million d’exemplaires du livre vendus) reste l’exemple typique de ce phénomène. Son livre cumule les erreurs factuelles1. Pinaillage d’historien nous dira-t-on ! Peut-être. Mais les erreurs et les oublis font sens lorsqu’ils se transforment en mensonges. Ainsi le Métronome ne montre-t-il les révolutionnaires que comme des brutes épaisses, des démolisseurs de monuments que les rois et les saints catholiques ont patiemment édifiés.

 

Loin de proposer une histoire qui fait réfléchir, qui pousse à l’esprit critique, Lorànt Deustch nous offre un roman binaire où les dominants ont droit aux honneurs (Saint Denis a droit à huit pages ; Sainte Geneviève, treize ; Pépin le Bref, quinze) en imposant leur volonté à un peuple informe, jamais individualisé, toujours « violent » et « sanguinaire », et dont l’auteur ne cherche pas à expliquer les motivations. Il expédie ainsi la description de la Commune en un paragraphe. L’épisode, pourtant crucial, n’apparaît même pas dans le documentaire2.

 

Pourquoi un tel choix ? Lorànt Deutsch a beau se donner des airs de petit Gavroche espiègle, il est surtout le promoteur d’une histoire réactionnaire3. Royaliste et catholique convaincu, souhaitant le retour du Concordat, il plie l’histoire à ses fantasmes, allant même jusqu’à inventer des faits. Les documents d’époque et les historiens auront beau raconter l’inverse, peu lui importe.

 

Pour lui, les professionnels « instrumentalisent » l’histoire. Mais lui-même avoue en avoir une vision « idéologique », considère que « l’idée » compte plus que les « faits »4. Une idée bien connue.

 

Celle du roman national identitaire, où la France, que d’aucuns qualifieront « d’éternelle », s’incarne dans ses rois et dans la religion catholique, où l’adhésion obligatoire l’emporte sur la réflexion, à l’image de celle que proposent Alain Minc et Éric Zemmour, tous deux auteurs de livres d’histoire très controversés, mais aussi Patrick Buisson, conseiller officieux de Nicolas Sarkozy, ancien rédacteur dans le journal d’extrême droite Minute et directeur général de la chaîne Histoire (détenue à 100 % par le groupe TF1) depuis – ce n’est pas un hasard – 2007. Bref, c’est un drôle de tempo que nous dispense ce Métronome là.

 

William Blanc

1. Voir à ce titre cet article : http://www.goliards.fr/goliardises-2/lorant-deutsch-louvre-trop/
2. Sur la vision de Deutsch sur les mouvements populaires, voir cet article :http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/
3. Voir l’interview de Lorànt Deutsch au Figaro du 5 mars 2011.
4. Voir le passage de Lorànt Deutsch à l’émission les Affranchis de France Inter, le 18 avril 2012.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 13:31

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Le 8 mai 1945, l'armée coloniale française massacrait des milliers d'Algériens à Sétif et à Guelma.

 

Si cette date ne marque pas le début de la guerre de libération, elle marque une étape de l'affaiblissement de l'Empire français.


Le 8 mai 1945, à Sétif, dans le Constantinois, la population algérienne manifeste pour célébrer la victoire alliée1. Le prestige de la France puissance coloniale a été affaibli avec la défaite de 1940, puis lors du débarquement allié de novembre 1942, où les États-Unis ont diffusé en masse la Charte de l'Atlantique, document qui condamne le colonialisme.

 

Face aux déceptions engendrées par la métropole, qui refuse d'accorder l'égalité politique aux " Français musulmans d'Algérie ", le nationalisme algérien s'est radicalisé depuis les années 1930, à l'image d'un leader modéré comme Ferhat Abbas, d'abord assimilationniste, puis partisan d'un Commonwealth à la française, et enfin indépendantiste. Auteur en 1943 du Manifeste du peuple algérien, il a créé les Amis du manifeste et de la liberté (AML), mouvement qui revendique une large autonomie.

 

L'Étoile nord-africaine, mouvement plus radical formé par Messali Hadj, ouvrier algérien d'abord proche du Parti communiste, dissoute en 1937, s'est transformée en Parti du peuple algérien (PPA), et a investi les AML. En avril 1945, Messali Hadj est préventivement déporté par les autorités à Brazzaville. Aussi, dès le 1er mai 1945, des manifestations éclatent dans plusieurs villes d'Algérie, durant lesquelles des slogans nationalistes sont criés et des drapeaux de l'Étoile nord-africaine (l'actuel drapeau algérien) brandis : la police intervient et plusieurs morts sont à déplorer du côté algérien.

 

Le 8 mai à Sétif, les mots d'ordre nationalistes, anticolonialistes et favorables à la Charte de l'Atlantique sont donc associés à la victoire sur le nazisme. La police tue un jeune scout musulman qui portait le drapeau rouge, blanc et vert. La manifestation dégénère en émeute, les troubles s'étendent à toute la région, et des Européens isolés sont attaqués et massacrés par la population. Leurs cadavres sont souvent mutilés : des années de domination et d'humiliation trouvent ainsi un violent exutoire.

 

Terrible riposte coloniale

 

La riposte de l'État colonial est terrible. L'armée conduit la répression dans la région de Sétif, sous les ordres du général Duval, procède à des exécutions sommaires ; l'aviation mitraille des villages. Le grand écrivain Kateb Yacine décrit dans son roman, Nedjma2 : " Les automitrailleuses, les automitrailleuses, les automitrailleuses, y'en a qui tombent et d'autres qui courent parmi les arbres, y'a pas de montagne, pas de stratégie, on aurait pu couper les fils téléphoniques, mais ils ont la radio et des armes américaines toutes neuves. Les gendarmes ont sorti leur side-car, je ne vois plus personne autour de moi. "

 

A Guelma, ce n'est pas l'armée qui se charge de la sale besogne, mais des milices d'Européens encouragées par le sous-préfet André Achiary3. Ce dernier, héros du débarquement de 1942, un des rares représentants de la Résistance en Algérie, n'est pas un homme du sérail de la préfectorale : il veut faire ses preuves et montrer qu'il maîtrise la situation sans l'armée. Après le 8 mai 1945, réprimé à Guelma aussi, il fait arrêter les militants connus du PPA ou des AML. Deux mille cinq cents sont ainsi arrêtés puis jugés dans un simulacre de procès par des gendarmes, des policiers, des miliciens autoproclamés Comité de salut public, avant d'être emmenés et exécutés.

 

Le témoignage d'un survivant, Ouartsi Salah Ben Tahar, épargné car non militant, mais chargé d'enterrer les cadavres, est éclairant, lorsqu'il donne sa version des faits quelques mois plus tard à un commissaire chargé d'un rapport sur la répression : " Étaient avec nous comme miliciens K. A., agent des RG, L. employé au CFA, C., employé à l'hôpital ; nous sommes revenus à la gendarmerie. Le lendemain, 15, à 9 heures, départ de la même équipe, route de Millésimo ; arrivés à la ferme Cheymol, à droite sur la route, nous avons trouvé les cadavres dont quelques-uns étaient carbonisés, nous étions accompagnés de J. et de F. H. À la demande de ce dernier, J. a répondu qu'il y avait cinquante-quatre cadavres.

 

Sous la conduite de J., nous sommes allés à la ferme Cheymol chercher les brouettes et les fourches. Un quart d'heure plus tard, pendant qu'on enterrait les cadavres, deux voitures arrivent, dans la première se trouvait B., inspecteur des RG, dans la seconde, S. B. appela J. et lui dit : "Prends quatre ou cinq hommes pour enterrer les cadavres" qui se trouvaient sur le pont. Nous sommes partis à cinq sous la conduite de J., parmi les morts nous avons trouvé le nommé Iaibi Mohamed, tailleur, encore en vie. J., d'un coup de mousqueton l'a achevé ; nous avons trouvé le cadavre de Hassani A., cheminot, Chreitte M., cordonnier, Braham M., agent de police. Après l'enterrement, nous sommes revenus à la caserne. "

 

Ce récit témoigne de l'unité des colons, quels que soient leur statut social et leur profession, dans la répression. Jean-Pierre Peyroulou parle du " fonctionnement d'un État d'exception, bâti sur une union sacrée des Européens, aussi éloignés que furent leurs opinions et leurs engagements politiques ou syndicaux, de la CGT jusqu'aux anciens pétainistes en passant par toutes les familles politiques de l'époque, contre le péril indigène, au nom de la défense de la colonisation ". Rappelons qu'en métropole, le PCF condamne les émeutes et estime " qu'il faut châtier impitoyablement et rapidement les coupables et les hommes de main qui ont dirigé l'émeute ", tandis que le Parti communiste algérien réclame que soit " réprimée la provocation des agents hitlériens camouflés dans le PPA "4.

 

Une étape

 

L'enfouissement rapide des cadavres donne la mesure de la difficulté à dénombrer précisément les victimes des massacres. Une chose est certaine, le déséquilibre entre la centaine de victimes côté européen (86 civils et seize militaires) et les 15 000 à 20 000 morts algériens, selon les estimations des historiens. Les événements de Sétif et Guelma restent inscrits dans la mémoire collective algérienne, et creusent de façon considérable l'écart et la haine entre les communautés.

 

Les Européens comprennent qu'ils sont vulnérables et se regroupent dans les villes, désertant les campagnes, contrôlées de fait par les fellaghas, pour lesquels l'Est algérien devient un bastion. Pour l'historienne Sylvie Thénault5, le 8 mai 1945 n'est pas le début de la guerre d'indépendance algérienne, qui commence bien le 1er novembre 1954, mais il marque une " étape dans la dégénérescence de l'Algérie française ", et en dix ans, " l'Algérie est passée de la révolte à la guerre pour l'indépendance ".

 

Les massacres de Sétif et Guelma doivent être rappelés à tous ceux qui tentent de relativiser les crimes du colonialisme français et de la République, faisant preuve d'un véritable négationnisme. On ne peut que souscrire à la pétition initiée par des historiens contre la loi votée au Parlement le 23 février 2005, qui prévoit que " les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ". Reconnaître les responsabilités de la France coloniale est un préalable indispensable pour tout véritable travail de mémoire en ce domaine.

 

1. Boucif Mekhaled, Chroniques d'un massacre. 8 mai 1945. Sétif, Guelma, Kherrata, Syros, " Au nom de la mémoire ", 1995.

 

2. Kateb Yacine, Nedjma, Le Seuil, Paris, 1956.

 

3. Tout ce qui concerne Guelma est tiré (y compris le témoignage qui suit) de Jean-Pierre Peyroulou, " Rétablir et maintenir l'ordre colonial en Algérie française : la police et les Algériens 1945-1962 ", in Benjamin Stora et Mohammed Harbi (dir.), La Guerre d'Algérie, la fin d'une amnésie, Paris, Laffont, 2004 ; " La milice, le commissaire et le témoin : le récit de la répression de mai 1945 à Guelma ", Bulletin de l'IHTP, n° 83, premier semestre 2004.

 

4. René Dazy, La Partie et le tout, le PCF et la guerre franco-algérienne, Syllepse, 1990.

 

5. Sylvie Thénault, Histoire de la guerre d'indépendance algérienne, Flammarion, 2005.

 

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?option=com_sectionnav&view=article&Itemid=53&id=499

 

Pour aller plus loin:

 

http://quefaire.lautre.net/la-revue/que-faire-lcr-no01-juin-septembre/article/messali-hadj-et-le-mouvement

 

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 11:38
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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 09:51

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Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce document bouleversant (voir ci-dessous), surgi de l'enfer de Buchenwald, témoignage d'un inflexible internationalisme et d'une inébranlable volonté révolutionnaire, est resté longtemps inconnu. (voir nos camarades bretons soulignés en rouge)

 

La partie finale, seulement, a été reproduite en 1946 dans « Neuer Spartakus », premier organe trotskyste allemand après la guerre réalisé en Suisse. C'est après de longues recherches dans plusieurs pays européens qu'une copie du texte intégral vient d'être retrouvée. Diverses explications peuvent être données sur cet état de chose paradoxal. Il n'y a peut-être qu'un ou deux exemplaires qui ont été rapportés du camp, qui sont parvenus en Autriche et en Suisse.


La déclaration a été préparée par deux militants autrichiens, Ernst Federn et Karl Fischer ainsi que par Florent Galloy et Marcel Beaufrère membres des sections belge et française de la IVe Internationale qui formaient au camp une cellule trotskyste internationale. Dans sa formulation politique, elle est le résultat d'un certain compromis entre Fischer et Beaufrère notamment, qui défendaient des opinions très différentes sur le caractère du régime en URSS, par exemple, Karl Fischer était le seul du groupe à maîtriser les deux langues et a sans doute pris une part prépondérante dans le travail de rédaction.


La libération du camp survenue le 11 avril 1945 grâce à l'organisation militaire des concentrationnaires avant même l'arrivée des premiers contingents américains deux jours plus tard, avait d'abord soulevé un immense enthousiasme dans le camp, comme on peut le penser. Mais les prisonniers politiques allemands se sont vite rendu compte de la tournure des événements et ont sombré dans le désespoir. L'armée américaine a expédié d'urgence des chars en renfort et fait désarmer immédiatement les milices fortement armées formées par les détenus. Les réunions politiques étaient interdites. Il n'y avait aucun empressement à rapatrier d'urgence les détenus qui, privés de ravitaillement sur la fin, mourraient en grand nombre.

 

Les sociaux-démocrates, les premiers, publièrent une déclaration reconnaissant devant le monde entier la responsabilité collective de tout le peuple allemand dans les crimes commis par le régime hitlérien.

 

« De vieux communistes allemands sont venus trouver nos camarades trotskystes, témoigne Beaufrère à son retour à Paris, et leur ont dit : l'heure est venue, vous devez vous manifester publiquement et ils ont demandé une discussion politique préalable. Un texte de nos camarades allemands qui se prononçait pour une république allemande des soviets a eu un profond retentissement chez les camarades communistes allemands qui demandèrent à garder le contact avec les trotskystes » (la Vérité, 11 mai 1945). Voilà ce qui nous éclaire un peu sur la genèse du texte.


Un numéro de l'Humanité de Buchenwald, daté du 22 avril, sera bientôt diffusé, d'une tonalité ultra-patriote, certes, comme il se doit : « Le PCF est seul capable de relever la France et de réaliser l'unité des Français. C'est parce que j'aime mon pays que j'adhère au PCF... » Toutefois, au contact des militants allemands, « l'Huma’ » n'accepte pas de confondre l'Allemagne antifasciste avec celle de Hitler et se refuse à permettre la mise en place des conditions draconiennes d'un nouveau traité de Versailles. Il faut dire que le chauvinisme à outrance des membres du PCF avait vivement indisposé les communistes allemands qui étaient plus sensibles, parfois, au langage des trotskystes et cela a eu pour effet de créer des relations tendues.


Le rejet des imputations tendant à renvoyer sur le peuple allemand une co-responsabilité dans les atrocités nazies dont le mouvement ouvrier allemand, a été la première victime, servant de paravent au démantèlement de l'Allemagne, est un des soucis majeurs de la « Déclaration » tout entière axée sur la révolution allemande. Toutes les espérances en la révolution européenne et mondiale qu'avaient les trotskystes en cette période se fondaient sur le rôle moteur qui était dévolu au prolétariat allemand.


Les Alliés, l'URSS incluse, firent tout pour parer à ce danger.

 

Le chauvinisme délirant des grandes organisations ouvrières contribua, de son côté, à ne laisser entrevoir aucune perspective de rechange aux travailleurs allemands sous l'uniforme et à les souder jusqu'au bout à l'état-major de la Wehrmacht. Il n'en reste pas moins que le prolétariat allemand avait été profondément défait, usé et démoralisé par les horreurs subies pendant les longues années du règne nazi et de la guerre. Le grand sursaut attendu, qu'escomptaient également les cadres communistes allemands dans les camps, ne pouvait se produire dans ces conditions. Les perspectives de la révolution européenne s'en ressentirent grandement.


Il faut retenir, enfin, la reprise dans le texte des principaux thèmes du programme de transition. La lucidité et la fermeté politiques de ces militants réduits à l'état de squelette, menacés encore de succomber à chaque instant est digne du plus grand respect. Reste à mieux connaître ces camarades et leur itinéraire militant; à évoquer aussi les pauvres trotskystes de Buchenwald dont les « quatre » furent en quelque sorte les porte-paroles bien que leurs camarades fussent isolés les uns des autres.


Il n'est pas inutile d'apprendre que Ernst Federn était déjà interné depuis mai 1938 à Dachau d'abord, à Buchenwald ensuite. Quand Beaufrère fera sa connaissance en 1944, il aura l'impression de se trouver en présence d'un vieillard alors qu'ils avaient tous deux 30 ans. Le régime des camps était bien plus féroce au début, avant l'arrivée de la grande masse des déportés étrangers. Federn eut à subir, en outre, la persécution des cadres staliniens autrichiens et allemands responsables de la mort d'un bon nombre de ses compagnons oppositionnels. C'est miracle qu'il en ait réchappé.


Beaufrère, arrêté et inscrit au camp sous le nom de Ferdinand Lestin, se lia dans son « block » avec un militant du SAP allemand (le parti socialiste de gauche) qui lui relata un jour ses missions à Paris où il rencontra aussi Pierre Naville. Beaufrère déclina seulement alors sa qualité de trotskyste - prudence oblige - et l'ami du SAP lui proposa aussitôt de le mettre en contact avec un trotskyste autrichien. C'est ainsi que Beaufrère fit la connaissance de Federn.


Quant à Karl Fischer, il se trouvait déjà en même temps que Federn en prison à Vienne, en novembre 1935. Federn bénéficia d'un non-lieu et fut relâché, tandis que Fischer comparut avec d'autres camarades en août 1937 devant un tribunal en tant que responsable des communistes révolutionnaires et éditeur du journal « Der Bolchewik », bref comme un dangereux agitateur trotskyste. Les inculpés revendiquèrent hautement leur action trotskyste, ce qui leur valut une condamnation à 5 ans de réclusion. Amnistiés à la veille de l'annexion de l'Autriche par Hitler, en février 1938, ils émigrent en Belgique puis en France.


Karl Fischer assiste à la conférence de fondation de la IVe Internationale de septembre 1938, mais son groupe de communistes révolutionnaires défend des positions ultra-gauchistes et mènera, sous l'occupation une activité soutenue, très courageuse, à l'écart du mouvement trotskyste. Arrêté en juin 1944, Karl Fischer retrouve Federn à Buchenwald au bout de six ans.


Militant du PSR, section belge de la IVe Internationale, ouvrier mineur de la région de Charleroi, Florent Galloy avait combattu en Espagne. Il prend une grande part à l'activité clandestine de l'organisation trotskyste dont Charleroi était le principal point d'appui et qui édita en plus de son organe la Voie de Lénine, une feuille imprimée, le Réveil des mineurs, «organe de la Fédération de lutte des mineurs de Charleroi». Le mouvement illégal des délégués mineurs mis en place par nos camarades s'étendit en 1944 à une quinzaine de puits.


L'organisation décide, en prévision des grandes luttes consécutives au débarquement des Alliés sur le continent, que son principal dirigeant Abraham Léon s'établisse entièrement à Charleroi. Il s'installe en juin 44 dans une maison occupée par Galloy et s'y fait prendre dès le premier soir par une patrouille de la Feldgendarmerie qui fait fortuitement irruption dans la maison parce que les lumières sont mal occultées. Galloy et d'autres camarades parviennent à s'éclipser par une seconde porte, mais, recherché activement, il se fera arrêter à son tour le 16 juillet et arrive à Buchenwald le 9 août. Un jeune camarade du groupe trotskyste de Brest fait sa connaissance dans le baraquement belge et le présente à Beaufrère. L'être admirable, le dirigeant prometteur que fut A. Léon acheva sa vie dans les fours crématoires d'Auschwitz.


De son côté, Marcel Beaufrère se trouvait à Buchenwald depuis le 21 janvier 1944 avec une dizaine de jeunes militants de Brest arrêtés les 6-7 octobre 1943 sur dénonciation pour avoir entrepris un travail de désagrégation dans l'armée allemande et constitué une cellule de soldats de la Wehrmacht qui diffusait tracts et journaux en langue allemande. Dirigeant des Jeunesses socialistes révolutionnaires affiliées à la IVe Internationale, Beaufrère avait déjà été emprisonné d'août 1939 à juin 1940. Il œuvre dès sa libération à la reconstruction de l'organisation clandestine aux côtés de Marcel Hic, doit se réfugier à Bordeaux en 1942 pour échapper aux poursuites de la Gestapo et est chargé en septembre 1943 de prendre la direction de la région bretonne et, particulièrement, du « travail allemand » qui était animé à Brest par Robert Cruau.


Une vingtaine de personnes tombent dans les filets de la Gestapo en octobre, un nombre équivalent de soldats allemands sont arrêtés et probablement fusillés. Parallèlement, une partie de la direction nationale est prise à Paris : Marcel Hic, David Rousset, Philippe Fournie, Roland et Yvonne Filliatre. Les camarades seront longtemps torturés à Rennes et à la rue des Saussaies à Paris. Robert Cruau simula une évasion pour se faire abattre, peu après son arrestation. Il voulait être certain de ne pas parler et était le plus chargé. Une partie des «Bretons » fut bientôt affectée à Dora, les autres restèrent avec Beaufrère.


Filliatre et Hic ne cachant pas leur appartenance à la IVe Internationale, se retrouvèrent également à Dora avec l'assentiment des cadres du PCA qui remplissaient les fonctions administratives dans le camp. Marcel Hic, Georges Berthomé qui secondait Cruau, et Yves Bodenès, ouvrier de l'arsenal de Brest, l'un des responsables régionaux, succombèrent. La solidarité, le soutien mutuel entre détenus trotskystes permirent à d'autres de survivre.

Aux derniers jours de Buchenwald la cellule trotskyste fit échouer un rassemblement des juifs ordonné par les SS qui aurait abouti, à coup sûr, à un vaste massacre et donna la consigne que les « politiques » remettent leurs triangles rouges aux juifs qui doivent se débarrasser de leurs étoiles jaunes pour échapper aux SS. Federn qui ne pouvait pas courir le risque de retourner à Vienne sous l'occupation soviétique put se faire évacuer en Belgique avec l'aide de Galloy.


Fischer avait les mêmes craintes, mais Beaufrère insistait sur son retour en Autriche afin de rétablir le contact interrompu depuis des années avec les organisations trotskystes. Ce retour devait être fatal à Karl Fischer qui fut enlevé le 22 janvier 1947 près de Linz avec la complicité de staliniens autrichiens avant d'être remis aux troupes d'occupation russes. Transporté en URSS il est condamné à 15 ans de travaux forcés en Sibérie pour menées antisoviétiques. Il resta huit ans à Kolyma et à Irkoutsk. Le gouvernement autrichien obtint enfin sa libération en juin 1955. Il vint rendre visite à plusieurs reprises à ses camarades en France, et notamment à Beaufrère. Mort précocement à l'âge de 45 ans, en 1963, il avait passé dix ans en détention.


Nous saluons la mémoire du principal rédacteur de la « Déclaration » et des trotskystes tombés à Buchenwald qui durent, trop souvent, faire face à la barbarie de l'univers SS et en même temps se garder des traquenards staliniens. La mort les guettait des deux côtés.


Critique Communiste, n°25, novembre 1978

 


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Déclaration des communistes internationalistes de Buchenwald

1. La situation internationale du capitalisme


Avec l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, l'Italie, l'Allemagne et le Japon perdent leur position en tant que grandes puissances impérialistes, alors que la France est gravement ébranlée.


Les contradictions et les conflits impérialistes entre les USA et la Grande Bretagne dominent les zones de tempête de la politique impérialiste mondiale. Dès le début de cette guerre mondiale, la Russie est sortie de son isolement et se trouve actuellement devant le problème de réaliser politiquement et militairement ses succès militaires contre les aspirations des puissances impérialistes victorieuses. La Chine, malgré ses grands efforts, reste l'objet des grandes puissances impérialistes, c'est une conséquence nécessaire de la victoire de la bourgeoisie chinoise sur le prolétariat chinois.


L'unanimité affirmée démonstrativement aux conférences impérialistes internationales de paix doit cacher aux masses les contradictions immanentes des puissances capitalistes. Les intérêts militaires concordants contre l'Allemagne ne peuvent cependant empêcher l'éclatement des contradictions dans le camp allié. A ces contradictions s'ajoutent les crises inévitables et les bouleversements sociaux du mode de production capitaliste en déclin. Une analyse exacte de la situation internationale en appliquant les méthodes du marxismeléninisme est la condition indispensable pour une politique révolutionnaire couronnée de succès.


2. La situation internationale de la classe ouvrière


Cette évolution donne au prolétariat allemand la possibilité de se lever à brève échéance de sa défaite la plus profonde et de se mettre à nouveau à la tête du prolétariat européen dans la lutte pour abattre le capitalisme. La révolution russe, isolée par l'échec de la révolution en Europe, a pris une évolution qui l'a éloignée de plus en plus des intérêts du prolétariat européen et international. La politique du « socialisme dans un seul pays » représentait d'abord les seuls intérêts de la clique bureaucratique dominante et conduit actuellement l'Etat russe à une politique de nationalisme côte à côte avec les puissances impérialistes. Quelle que soit l'évolution en Russie, le prolétariat international doit se libérer de toute illusion concernant cet Etat et arriver par une analyse marxiste claire au constat que la caste de bureaucrates et de militaires actuellement au pouvoir défend exclusivement ses propres intérêts et que la révolution internationale doit renoncer à tout soutien de la part de ce gouvernement.


La complète débâcle militaire, politique et économique de la bourgeoisie allemande ouvre pour le prolétariat allemand la voie de sa libération. Pour empêcher la renaissance de la bourgeoisie allemande favorisée par les contradictions impérialistes, la classe ouvrière doit mener sa lutte révolutionnaire dans chaque pays contre sa propre bourgeoisie. La classe ouvrière a été privée de sa direction révolutionnaire par la politique des deux organisations ouvrières internationales qui avaient combattu activement et saboté la révolution prolétarienne; elles seules auraient pu empêcher cette guerre. La IIe Internationale est un instrument de la bourgeoisie. La III° Internationale est devenue, depuis la mort de Lénine, une agence de la politique étrangère de la bureaucratie russe. Toutes les deux ont participé activement à la préparation et à la conduite de cette guerre impérialiste pour laquelle elles sont coresponsables. Ceux qui rendent responsable ou coresponsable de cette guerre la classe ouvrière continuent simplement à servir la bourgeoisie.


Le prolétariat ne peut réaliser sa tâche historique que sous la direction d'un nouveau parti mondial révolutionnaire. La construction de ce parti est la tâche immédiate de tous les éléments les plus avancés de la classe ouvrière. Dans la lutte contre le capitalisme et ses agents réformistes et staliniens, des cadres révolutionnaires internationaux se sont déjà rassemblés pour la construction de ce parti mondial. Pour réaliser cette tâche difficile, un détour en direction du mot d'ordre conciliateur pour une nouvelle Internationale 2 ½ n'est pas possible. Une telle formation intermédiaire empêche la clarification idéologique nécessaire et freine l'efficacité révolutionnaire.


3. Plus jamais de 9 novembre 1918 !


Dans la période pré-révolutionnaire imminente, il s'agit de mobiliser, les masses travailleuses dans la lutte contre la bourgeoisie et de préparer la construction d'une nouvelle Internationale révolutionnaire qui réalisera l'union de la classe ouvrière dans l'action révolutionnaire.


Toutes les théories et illusions concernant un « Etat populaire », « Démocratie populaire », ont conduit la classe ouvrière au cours des luttes de classes sous la société capitaliste dans les défaites les plus sanglantes. Seule la lutte intransigeante contre l'Etat capitaliste jusqu'à sa destruction et l'instauration de l'Etat des conseils ouvriers et paysans peuvent empêcher d'autres défaites. La bourgeoisie et la petite bourgeoisie déracinée ont porté le fascisme au pouvoir. Le fascisme est une création du capitalisme. Seule l'action indépendante et victorieuse de la classe ouvrière contre le capitalisme peut anéantir le mal du fascisme avec ses racines. Dans cette lutte, la petite bourgeoisie hésitante suivra le prolétariat révolutionnaire dans sa poussée, comme l'histoire des grandes révolutions nous l'a appris.


Pour rester victorieuse dans les luttes de classes à venir, la classe ouvrière allemande doit se battre pour la réalisation des revendications suivantes :

* Liberté d'organisation, de réunion et de presse ! Liberté d'association et rétablissement immédiat de toutes les conquêtes sociales d'avant 1933 !

* Suppression complète de toutes les organisations fascistes ! Saisie de leurs fortunes en faveur des victimes du fascisme ! Tous les représentants de l'Etat fasciste doivent être jugés par des tribunaux populaires librement élus !

* Dissolution de la Wehrmacht et son remplacement par des milices ouvrières !

* Elections immédiates et libres de conseils ouvriers et paysans dans toute l'Allemagne et convocation d'un congrès général des conseils !

* Tout en utilisant toutes les institutions parlementaires de la bourgeoisie pour la propagande révolutionnaire, il faut maintenir et élargir les conseils !

* Expropriation des banques, de l'industrie lourde et des propriétaires fonciers ! Contrôle de la production par les syndicats et les conseils ouvriers !

* Pas un homme, pas un pfennig pour les dettes de guerre et de réparations de la bourgeoisie ! La bourgeoisie doit payer !

* Pour la révolution socialiste dans toute l'Allemagne, contre le démembrement de l'Allemagne !

* Fraternisation révolutionnaire avec les prolétaires des armées d'occupation !

 

Pour une Allemagne des conseils dans une Europe des conseils ! Pour la révolution prolétarienne mondiale !


Les communistes internationalistes de Buchenwald (IV° Internationale), le 20 avril 1945

Pour mémoire : Karl FISCHER, Marcel BAUFRERE, Ernst FEDERN, Florent GALLOY.

 

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=609:les-trotskystes-de-buchenwald&option=com_content&Itemid=53

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 11:21

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La conception marxiste de l'État


Origine et developpement de l'état dans l'histoire des sociétés

a) La société primitive et les origines de l'état

L'État n'a pas toujours existé. Certains sociologues et autres représentants de la science politique académique commettent une erreur quand ils parlent de l'État dans les sociétés primitives. En réalité, ils identifient l'État avec la collectivité, avec la communauté. De ce fait, ils enlèvent à l'État ses caractéristiques particulières: l'exercice de certaines fonctions est enlevé à la collectivité dans son ensemble pour être réservé entièrement à une petite fraction des membres de cette collectivité.

 

Lire la suite ici...

 

Pour en savoir plus:

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Marx

 

http://www.ernestmandel.org/new/ecrits/article/emancipation-science-et-politique

 

http://npa29quimper.over-blog.fr/article-la-dette-selon-karl-marx-lcr-belgique-92302394.html

 

 

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=1159:karl-marx-contre-attaque-comprendre-le-capitalisme-oui-mais-pour-le-renverser&option=com_content&Itemid=53

 

 

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 09:50

 

La grève de la faim de mai 1981
Dix morts pour l'Irlande

Il y a 20 ans, le 5 mai 1981, mourait Bobby Sands, le premier des dix grévistes de la faim dont la lente agonie marqua un tournant décisif dans l'histoire du mouvement républicain et de l'Irlande du Nord.


Bobby Sands, Francis Hughes, Ray McCreesh, Patsy O'Hara, Joe McDonnell, Martin Hurson, Kevin Lynch, Kieran Doherty, Tom McElwee et Mickey Devine mourront entre le 5 mai et le 20 août. Leurs revendications, les "5 demandes", étaient le droit de porter des vêtements civils, de refuser le travail carcéral, le droit de visite, d'association, le droit aux remises de peine et visaient à rétablir un statut dont bénéficiaient leurs camarades condamnés avant 1977.


Pour comprendre la grève de la faim, il faut remonter à la fin des années soixante, quand le mouvement pour les droits civiques réclamait l'égalité des droits pour la population nationaliste vivant dans le petit Etat artificiel créé au Nord de l'Irlande par les Britanniques.

 

Des revendications élémentaires: droit de vote pour tous aux élections municipales, droit à l'emploi et au logement. La répression brutale des manifestations pacifiques et la chasse aux "papistes" menée par les unionistes et leurs milices en 1969 avaient eu deux conséquences: la fuite au Sud de centaines de familles terrorisées et la renaissance de l'IRA, marginalisée depuis l'échec des campagnes des années cinquante.

 

Après l'arrivée des troupes britanniques censées protéger la population nationaliste, les illusions s'écroulent. Aux exactions des loyalistes s'ajoute la répression policière et militaire. L'IRA est la seule protection des quartiers catholiques, et les jeunes s'engagent en masse dans ses rangs.


A partir de 1972, les cours de justice expéditive créées après la promulgation des "pouvoirs spéciaux" envoient des centaines de jeunes gens condamnés à de très lourdes peines dans les quartiers de la prison de Long Kesh, près de Belfast. Après une grève de la faim de 35 jours, ils obtiennent un statut très proche de celui des prisonniers de guerre.


Criminalisation


C'est un gouvernement travailliste qui décide de retirer ce statut à tous les prisonniers condamnés après le 1er mars 1976. Le gouvernement britannique a rompu la trêve, il s'emploie à convaincre l'opinion internationale et les journalistes étrangers (basés à Londres et régulièrement "briefés") du caractère mafieux et terroriste de la lutte de libération nationale.

 

Il lui faut donc en finir avec ce statut de prisonnier politique qui contredit sa thèse. On construit de nouveaux baraquements à Long Kesh, les fameux "Blocs H", pour enfermer ceux qui n'auront pas le même statut que leurs camarades. Ils seront traités comme des criminels, ce qui est inacceptable pour les militants républicains.

Le 14 septembre 1976, Kieran Nugent est le premier volontaire de l'IRA condamné sous le nouveau régime. Il refuse de revêtir l'uniforme des prisonniers de droit commun et sera ramené nu dans sa cellule.


C'est le début d'une lutte extrêmement éprouvante, pendant laquelle les volontaires de l'IRA et de l'INLA vont vivre nus sous une mince couverture dans des cellules glacées, affamés, privés de droit de promenade et pratiquement coupés du monde, frappés et humiliés par les gardiens. L'interdiction de porter la couverture en dehors de la cellule obligeait les prisonniers à sortir nus pour aller aux douches ou à la cantine, les agressions physiques s'ajoutant à l'humiliation.

 

Ce qui entraîna leur refus de sortir et la grève de l'hygiène, rejoints par leurs camarades femmes de la prison d'Armagh. A partir de 1978, les prisonniers restent enfermés dans des cellules puantes. Malgré les inépuisables astuces imaginées pour communiquer avec les autres cellules et l'extérieur, la situation deviendra intolérable. Le 27 octobre 1980, Sinn Féin annonce le début d'une grève de la faim. Elle cessera sur la foi de promesses jamais tenues.


Bobby Sands est élu


Bobby Sands se met en grève de la faim le 1er mars, sur la base des 5 demandes et la grève de l'hygiène se termine. Tout le monde savait que Bobby Sands irait jusqu'au bout. C'est Margaret Thatcher qui sévit à Londres et le bras de fer commence.

 

Le 10 avril, il est élu député dans une élection partielle du Fermanagh-South Tyrone. Les prisonniers ne peuvent se contenir et malgré les consignes de silence, pour cacher aux gardiens la présence de radios, la prison résonne de leurs cris de joie. Tous pensent que le soutien de la population nationaliste, déjà évident dans les immenses manifestations, confirmé par le vote, malgré la candidature du SDLP modéré sur la même circonscription, va sauver Bobby.


Un élu à Westminster! C'était une décision douloureuse pour le mouvement républicain, abstentionniste depuis 1922, puisqu'il ne reconnaissait pas la légitimité du mini-Etat du Nord, pas plus que celle de la République amputée d'une partie de son territoire. Mais Thatcher se fiche de l'opinion internationale. Bobby Sands, élu ou pas, s'affronte à l'empire britannique. Il a eu le culot de prouver que le mouvement républicain n'est pas une bande de criminels isolés.

 

La Commission européenne des droits de l'Homme intervient, beaucoup trop tard, et tente de rendre visite à Bobby Sands le 24 avril, mais est incapable d'imposer à Londres la présence de Gerry Adams et de Danny Morrison, comme l'exigeait Sands. Il meurt le 5 mai. Les quatre mois qui suivent sont horribles, avec la succession des manifestations, les grévistes qui meurent les uns après les autres, Francis Hughes le 12 mai, Ray McCreesh le 21, Patsy O'Hara (INLA) le 22.

 

Le mois de juin offre un répit, mais Joe McDonnell meurt le 8 juillet, Martin Hurson le 13, Kevin Lynch (INLA) le 1er août. Kieran Doherty, bien qu'il ait été élu député le 11 juin dans les 26 comtés, meurt à son tour le 2 août. Une chape de plomb, faite de désespoir et de rage impuissante, s'empare des ghettos nationalistes. Tom McElwee meurt le 8 août et Mickey Devine (INLA) le 20. Les familles des autres grévistes, à bout de nerfs, sous la pression de l'église catholique et des autorités britanniques donnent une par une l'autorisation de nourrir artificiellement les volontaires qui tombent dans le coma. La grève de la faim n'a plus de sens, elle se termine.


D'immenses conséquences


Mais ses conséquences seront immenses. Elle a soudé la population nationaliste et suscité un mouvement de solidarité dans le monde entier. Elle a détruit des années de propagande et fait échouer la "criminalisation": c'est le gouvernement britannique qui, après avoir assassiné de sang-froid dix jeunes gens, aura du mal à affronter la condamnation internationale.

 

A l'intérieur du mouvement républicain, elle va aussi changer la donne. La jeune génération a prouvé son dévouement total et ses capacités politiques. En 1986, elle prendra le pouvoir dans le mouvement sur la base du programme "Armalite* et bulletin de vote". Sans renoncer à la lutte armée, elle rompra définitivement avec la politique abstentionniste. Seule une petite minorité autour de Ruairi O'Bradeigh, l'ancien président, campant sur la position de la lutte armée comme seul moyen de libération, scissionnera pour former l'"IRA de la continuité".

 

En 1987, Gerry Adams sera élu député de Belfast-Ouest. En août 2000, la prison de Long Kesh ferme ses portes après la libération des derniers prisonniers.
La grève de la faim a bouleversé la stratégie du mouvement républicain et son impact, tant politique qu'émotionnel, en a fait l'événement majeur de l'histoire du conflit (loin d'être terminé) au Nord de l'Irlande.

Mireille Terrin

* Fusil d'assaut.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bobby_Sands

http://chaltauliberalisme.blogspot.fr/2011/09/sortie-de-la-biographie-de-bobby-sands.html

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article12568

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 12:47
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Le livre de Jean Haira est celui d’un militant basque et révolutionnaire.

 

Il porte sur l’histoire du mouvement national basque. De Sabino Arana, référence fondatrice du nationalisme basque aux dernières années d’ETA, il revient sur les débats internes aux mouvements, ses déchirements, ses ruptures. Jean Haira montre bien comment ETA, à partir de son combat pour l’émancipation nationale, va intégrer la solidarité avec les guérillas latino-américaines, avec la guerre du Vietnam et l’explosion de Mai 68. Bref, un nationalisme radical et en même temps ouvert à la lutte de classes mondiale.

 

Cette combinaison spécifique donna lieu, d’ailleurs, à l’émergence d’un courant marxiste révolutionnaire au sein même du mouvement national, ETA VI, dans lequel Jean milita, à l’époque. Courant qui, en se constituant, se sépare du mouvement national. Une contradiction qui va tarauder toute cette génération de révolutionnaires basques que nous allons retrouver à la 4è Internationale.


Au travers de l’histoire, il distingue les actions progressistes de l’ETA des années 1960 et 1970 jusqu’à la fin de la dictature de Franco, et celles déployées des années 1980 à 2010, ou les cibles militaires et civiles se brouillaient, où des actions terroristes ont isolé, toujours plus, la lutte basque.


Le livre de Jean a aussi un mérite fondamental, celui de distinguer la nécessaire lutte pour le droit à l’autodétermination nationale, des idéologies nationalistes qui enferment la lutte populaire dans une impasse stratégique.


Jean sentait bien qu’ETA ne pourrait continuer longtemps avec sa ligne militariste. Il pressentait que l’heure des choix arrivait. Aujourd’hui, l’heure est à la réorganisation du mouvement national basque, et ce bouquin est des plus utiles pour comprendre le présent, à partir de l’histoire.


François Sabado

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 15:25

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Pascal Riché
Redchef
Publié le 24/04/2012 à 09h36

Après la « France qui se lève tôt » de 2007, voici donc le « vrai travail » de 2012. Nicolas Sarkozy entend le fêter le 1er mai, à l’occasion d’un très grand rassemblement :

« Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail. »

L’idée est à peu près la même qu’avec la France qui se lève tôt : trier le bon grain de l’ivraie, les bons Français de ceux qui se lèvent tard, ou qui sont payés sans travailler (les « assistés ») ou qui font semblant de travailler (le « faux » travail, donc).

 

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L’époque où il fallait être un « vrai Français »

L’expression a une petite odeur rance. D’où vient-elle ? Le NPA a mis les pieds dans le plat, pointant des « accents de Pétain ». Une époque où il fallait être un « vrai Français », où la devise nationale commençait par le mot « travail ». Ou le vrai travail était le travail de la terre, vraie elle aussi (elle ne « mentait pas »).


Appel aux travailleurs, discours du maréchal Pétain à Saint-Etienne, le 1er mars 1941 

Le NPA est-il coupable d’une facile « reductio ad petainum » du débat ?

Le maréchal Pétain est le premier dirigeant politique de droite qui ait tenté de récupérer le 1er mai. Ce jour-là était aussi la saint-Philippe ... Le 24 avril ( !) 1941, il a décidé de rendre férié cette journée-là, espérant rallier les ouvriers. Le 1er mai de cette année, il déclarait à ceux de Commentry (Allier) :

« Le 1er mai a été, jusqu’ici, un symbole de division et de haine. Il sera désormais un symbole d’union et d’amitié, parce qu’il sera la fête du travail et des travailleurs. Le travail est le moyen le plus noble et le plus digne que nous ayons de devenir maître de notre sort. »

L’églantine (rouge comme le sang des révolutionnaires et ouvriers) est alors remplacée par le muguet (blanc comme le lys).

 

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Une fête de gauche tordue par l’extrême droite

Après la guerre, la fête est redevenue « républicaine » – le muguet a réussi à survivre, cependant. Mais le 24 avril ( ! !) 1988, au soir du premier tour de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen a annoncé qu’il allait célébrer à sa façon le 1er mai, décrété « fête du travail et de Jeanne d’Arc », celle-ci étant dans la mystique de l’extrême droite, depuis toujours, l’incarnation de la résistance à l’étranger (Robert Brasillach, auteur apprécié par Jean-Marie Le Pen, écrivait dans Je suis partout, le 12 mai 1944 : « Jeanne appartient au nationalisme français dans ce qu’il a de plus réaliste, de plus profond et de plus attaché à la terre. »)


Depuis, chaque année, le FN organise ce rassemblement directement inspiré du pétainisme, donc. Marine Le Pen a repris la tradition : elle était l’an dernier la star de la fête, sur le podium installé au pied de la statue de la Pucelle, rue des Tuileries.

 

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Une campagne qui empeste les années 40

L’odeur des années 40 est là, bien présente ; elle ne cesse d’empester cette campagne.

  • en février, un député a accusé le ministère de l’intérieur Claude Guéant de s’appuyer sur des idéologies qui ont conduit aux camps de concentration ;
  • le même mois, Claude Guéant a qualifié le FN de « nationaliste » et « socialiste », histoire de monter qu’il n’était pas le vrai méchant ;
  • puis Arno Klarsfeld, soutien de Sarkozy, a pris la défense de Guéant en accusant le FN d’avoir pour programme une réhabilitation du Maréchal.

Au secours, Pétain revient ! Ce n’est pas la faute de la mondialisation, de la « France qui souffre », de la « peur du déclassement » , des faiblesses du pouvoir d’achat ou de la montée du chômage... C’est la faute des réponses qu’apporte le pouvoir à toutes ces réalités. En glorifiant « l’identité nationale » et le « vrai travail », en affirmant que « toutes les cultures ne se valent pas », en se vantant de sa chasse chiffrée aux immigrés, il ne devait pas s’attendre à autre chose.

 

 

http://blogs.rue89.com/mon-oeil/2012/04/24/vrai-travail-and-co-au-secours-petain-revient-227303

 


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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:55
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