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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:53

Hara-Kiri 

Quarante ans après sa mort le 9 novembre 1970, bon nombre de politiciens, de droite surtout mais également de gauche, continuent à se revendiquer de l'héritage de de Gaulle en y puisant ce qui leur convient, qui son autoritarisme, qui son nationalisme, qui même un prétendu caractère social de sa politique. En fait, ce que tous vantent c'est la réussite de sa politique, que beaucoup auraient espérée pour eux-mêmes.

Le mythe du gaullisme prit sa source durant la Deuxième Guerre mondiale. Jusque-là, de Gaulle n'était qu'un obscur colonel partageant avec Pétain, son supérieur hiérarchique, les mêmes idées réactionnaires. Lors de l'annonce par Pétain de la capitulation du gouvernement français face à l'Allemagne, de Gaulle, nommé quelques jours plus tôt général de brigade à titre temporaire et sous-secrétaire d'État à la Guerre, se trouvait en mission à Londres. Refusant de rentrer, il lança le 18 juin son fameux appel via la BBC, déclarant que « la flamme de la résistance ne s'éteindra pas ». Ce faisant, il ne faisait que se positionner pour défendre les intérêts de la bourgeoisie française, mais en choisissant le camp des Anglo-Américains, s'opposant au choix de Pétain.

Au début, cet appel eut peu d'écho. Mais de Gaulle parvint à s'imposer comme le chef de la Résistance intérieure, grâce au ralliement des principales forces politiques, notamment de la SFIO* et du Parti Communiste, au sein du Conseil National de la Résistance.

À la Libération, de Gaulle devint logiquement le président du Gouvernement provisoire. La tâche de son gouvernement était de « redresser la France », ce qui voulait dire pour lui : redonner des assises solides à la bourgeoisie. Il ne put y parvenir que grâce à l'appui des partis de gauche et en premier lieu du Parti Communiste, qui participait pour la première fois à un gouvernement bourgeois.

De Gaulle resta au pouvoir jusqu'en 1946, date à laquelle, en désaccord avec l'Assemblée sur sa conception de l'État, le rôle des partis et la question des crédits militaires, il démissionna. Commença alors pour lui une « traversée du désert », qui dura jusqu'en 1958. Dans un premier temps, il créa le Rassemblement du peuple français (RPF), un parti d'extrême droite. Dans le contexte de la Guerre froide et grâce à la popularité de de Gaulle, le RPF connut un certain succès : il obtint quatre millions de voix aux élections de 1951 et 117 députés. Mais, affaibli par les défections successives de plusieurs dizaines de ses élus, le RPF fut mis en sommeil en 1955.

Retiré dans sa résidence de Colombey-les-deux Églises, de Gaulle dut attendre jusqu'en 1958 pour revenir au pouvoir. La bourgeoisie était alors confrontée à deux problèmes : celui des institutions et de l'instabilité gouvernementale, et celui de l'Algérie.

LA QUESTION DES INSTITUTIONS

L'instabilité politique de la IVe République était proverbiale. Pour la pallier, deux solutions étaient possibles : une réforme de la Constitution, rendant le gouvernement plus indépendant de la Chambre, et une modification de la loi électorale qui diminuerait la représentation du PCF. Aucun des partis du centre et de la droite n'était capable de les mettre en œuvre, si bien qu'entre janvier 1947 et janvier 1959 vingt et un gouvernements se succédèrent, certains ne durant que quelques jours.

Au problème institutionnel s'ajoutait depuis 1954 le problème algérien. Échaudée par sa défaite en Indochine, la bourgeoisie française savait qu'elle ne pouvait pas gagner la guerre d'Algérie et qu'elle devrait tôt ou tard concéder l'indépendance. Mais aucun gouvernement n'osait imposer cette solution, ni même faire état d'une volonté de discussion avec le FLN algérien.

Dans ce contexte, le recours à de Gaulle fut envisagé par bon nombre d'hommes politiques de droite. L'occasion de jouer les sauveurs lui fut fournie le 13 mai 1958. À Alger, avec la complicité de l'armée, les partisans de « l'Algérie française » s'emparèrent du Gouvernement général et constituèrent un Comité de salut public présidé par le général Massu, un gaulliste de longue date. Deux jours plus tard, ce dernier supplia « le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public ». Le général Salan, qui venait d'être investi de tous les pouvoirs civils et militaires, lança un « Vive de Gaulle ! » devant une foule d'Européens rassemblée à Alger.

En France, de Gaulle apparaissait non pas comme le sauveur de l'Algérie française mais comme le seul homme pouvant empêcher un coup de force de l'armée. Après quinze jours de crise, il vit se rallier à lui la quasi-totalité des hommes et des formations politiques françaises, Parti Socialiste compris.

Parvenu au pouvoir comme président du Conseil de la IVe République, le 1er juin 1958, de Gaulle se présenta devant l'Assemblée qui lui vota sa confiance, puis lui accorda les pleins pouvoirs pour six mois, ainsi que la possibilité de modifier la Constitution. Cette nouvelle Constitution, fondement de la Ve République, fut adoptée par référendum avec une écrasante majorité (79 % des suffrages). Parallèlement, la nouvelle loi électorale permit de réduire la représentation parlementaire du PCF. Avec 19 % des voix, il n'eut que dix députés aux élections de 1958.

Ainsi, c'est en se servant de la menace représentée par le coup de force des ultras d'Alger que ce général réactionnaire put imposer en France un projet politique qui était le sien depuis longtemps : une Constitution plus autoritaire, rendant le gouvernement plus indépendant de la Chambre et, au-delà, de l'opinion.

DE L'ALGERIE FRANÇAISE A L'INDEPENDANCE

En Algérie, tout en intensifiant la répression militaire, de Gaulle s'orienta vers une solution qui devait conduire à l'indépendance. En septembre 1959, il s'affirma en faveur de « l'autodétermination » de l'Algérie, ce qui lui attira l'hostilité des colons et de l'armée, marquée par la journée des barricades à Alger en 1960, le putsch des généraux en 1961 et le développement du terrorisme de l'OAS à partir de cette date. Contre l'extrême droite, de Gaulle s'appuya ouvertement sur les organisations de la classe ouvrière française, en particulier le PCF et la CGT, comme lors de la grève nationale d'un quart d'heure payée par beaucoup d'entreprises lors du putsch des généraux.

Les accords d'Evian conclus avec les dirigeants du FLN aboutirent à l'indépendance de l'Algérie en juillet 1962. Là encore, de Gaulle eut recours au référendum et fit plébisciter sa politique par 90 % des votants.

Quelques mois plus tard, il fit adopter une loi qui lui était chère, celle instaurant l'élection du président de la République au suffrage universel. Ainsi de Gaulle cherchait à institutionnaliser son rôle d'homme au-dessus des partis, de Bonaparte jouant de son prestige pour imposer ses solutions aux problèmes de l'heure.

Pourtant, avec la fin de la guerre d'Algérie, les antagonismes politiques et sociaux sur lesquels de Gaulle s'était appuyé disparurent d'autant plus rapidement qu'une conjoncture économique favorable permit aux centaines de milliers de « rapatriés » de s'insérer dans la société métropolitaine.

Le régime de type bonapartiste que de Gaulle avait instauré perdura jusqu'en Mai 68. Si la droite unanime lui accorda ses suffrages en juin 1968, la bourgeoisie ne lui pardonna pas de n'avoir pas su éviter les troubles sociaux.

L'usure du régime fut confirmée lors du référendum d'avril 1969, sur la création des régions et la réforme du Sénat. Mis en minorité avec seulement 46,7 % de oui, de Gaulle en tira les conclusions dès le lendemain en se retirant de la vie politique.

Il reste aujourd'hui de la période gaulliste un héritage institutionnel qui permet d'assurer une relative stabilité gouvernementale. Mais autant de Gaulle avait forcé les partis de droite à se regrouper dans un parti unique, autant ses successeurs sont obligés de jouer un jeu d'équilibre entre les forces de droite, qui s'opposent parfois âprement. Tout en continuant à remercier de Gaulle, fondateur de la Ve République, de les avoir dotés d'une Constitution leur laissant en grande partie les mains libres.

Roger MEYNIER

 

SFIO *: Section française de l'internationale ouvrière, nom du parti socialiste jusqu'en 1970, où il deviendra "le PS  de Mitterrrand".

 

Note:

 

Il y a bien eu en 1958 un "coup d'état"  soigneusement préparé par des réseaux gaullistes, court-circuitant et doublant les réseaux "algérie française" croyant travailler pour la même cause et qui se sont fait avoir. Un coup d'état sur lequel, à gauche, on ferme pudiquement les yeux, ou alors on dédouane "le grand homme" qui ne pouvait "participer à la cuisine".

 

Il y a une mythologie de gauche qui divise la droite entre une droite "atlantiste" pro-américaine ( à laquelle est allié le PS) et une droite "nationale", progressiste: de Gaulle. En fait cela correspondait pour le PCF  à une "alliance objective" avec la politique étrangère de l'Union Soviétique. Après les mêmes s'étonnent du transfert de millions de voix PCF à de Gaulle!


En réalité le succès de Gaulle fut de répondre à un soucis des plus hautes sphères de moderniser l'économie et l'état dans l'intérêt de la haute bourgeoisie.  Après la vétusté de la 3è et de la 4è  République, la 5è concentrait des moyens lourds (nucléaire, pétrole, Dassault, Concorde TGV), pour officiellement "la grandeur", en réalité pour le plus grand profit de la très haute bougeoisie. Cela faisait entrer la France dans les grandes puissances économiques. Qu'est-ce qui avant empêchait cela? L'extrême dispersion de l'industrie, de l'artisanat, du commerce... et de l'agriculture! 

 

Le grand oeuvre du gaulllisme c'est la concentration de l'économie, la constitution de monopoles, de trusts à la française, y compris dans le domaine agro-alimentaire, où comme par hasard il y a un versant russo-communiste français dans l'édification des grandes sociétés que deviendront les "coopératives" . Cela a dû faire réfléchir au Modef au moment où les petits paysans disparaissaient par milliers!

 


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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:29

 

Marcelino Camacho, leader historique du syndicat majoritaire espagnol Commissions Ouvrières (CCOO) et membre du Parti Communiste d'Espagne, est mort le 29 octobre à l'âge de 92 ans. À la chapelle ardente, installée au siège de CCOO, sont venus lui rendre hommage des centaines de travailleurs, militants syndicalistes ou de gauche, mais aussi les représentants du gouvernement, de la plupart des formations politiques et syndicales - ouvrières et patronales - du pays, et même le prince Felipe, le fils du roi d'Espagne.

Tous l'ont présenté comme un militant pour la liberté, certains saluant en lui le syndicaliste qui, sous la dictature de Franco, a contribué à créer le premier syndicat ouvrier de l'Espagne d'alors. Mais ils ont aussi et surtout rendu hommage à l'homme « ouvert, ferme, cohérent et défenseur d'un syndicalisme de pression-négociation ».

UN SYNDICAT CREE DE HAUTE LUTTE SOUS LE FRANQUISME...

Camacho, fils de cheminot, avait 17 ans quand il adhéra au Parti Communiste en 1935. Il combattit contre Franco, et, comme des milliers d'autres, dut subir la répression franquiste : prison, camps d'internement, travaux forcés et exil. De retour en Espagne en 1957, ouvrier à Madrid, il organise clandestinement les travailleurs, leur demandant d'entrer dans les syndicats franquistes, choix qui a permis de couvrir l'activité des militants*. C'était en 1964. Camacho est de nouveau arrêté et emprisonné en 1967, mais cela n'empêche pas CCOO de continuer à se développer.

À la mort de Franco en novembre 1975, CCOO, qui s'était construit au prix du sacrifice de centaines de militants, était toujours clandestin, mais il organisait des milliers de travailleurs, et les plus combatifs.

...MAIS RESPONSABLE DEVANT LA BOURGEOISIE

Et ce sont effectivement des milliers de travailleurs qui, dans la période d'effervescence politique qui a suivi la mort du dictateur, se sont mobilisés et rejoignaient les syndicats encore clandestins, en particulier CCOO. En 1976 les grèves se multiplient un peu partout.

Mais le syndicat, lié au PCE, voulait être reconnu et légalisé et ses dirigeants agirent pour ne pas étendre et unifier le mouvement. Le parti de Carrillo et de Camacho montrait qu'il était une force sur laquelle il fallait compter, mais montrait aussi par-là qu'il pouvait être un rempart efficace contre les mouvements sociaux.

La « transition démocratique » achevait de se mettre en place. La bourgeoisie passait sans la moindre difficulté du franquisme à un régime démocratique. À quelques mois des premières élections, le PCE acceptait et la monarchie et le drapeau « national » (franquiste, et non républicain). Il promettait même d'éviter tout conflit social en échange de sa légalisation, ce qu'il concrétisa en octobre 1977 par la signature des accords de la Moncloa, qui imposaient des sacrifices aux travailleurs. Si les syndicats n'eurent pas à les signer, Camacho (au Comité central du parti et depuis peu député) s'en fit le défenseur.

Le PCE pensait à cette époque devenir un grand parti de gouvernement. Mais ce rôle échut au Parti Socialiste (PSOE) et le PCE vit ses scores électoraux s'effriter. Après plusieurs scissions, son rôle devint de plus en plus marginal. Malgré les attaques du gouvernement socialiste contre le monde du travail, il fallut attendre 1985 pour que la centrale de Camacho appelle à la grève générale, la première depuis la mise en place du nouveau régime, et contre un gouvernement socialiste. Cette grève fut un succès mais elle resta sans lendemain.

Deux ans plus tard, Camacho était écarté de la direction de CCOO par Antonio Gutierrez, qui avait quitté le PC et prônait « l'indépendance syndicale ». Depuis, l'orientation « paix sociale » ne fait même plus l'objet de discussions.

Depuis une vingtaine d'années Marcelino Camacho s'était mis en retrait. Il critiquait parfois les actuels dirigeants de CCOO pour leur manque d'audace et leur docilité. Et il garde ainsi l'image dans le monde ouvrier d'un dirigeant plus combatif que ses successeurs.

Mais on ne peut pas oublier que ce sont des dirigeants syndicaux et politiques du PCE qui ont offert à la bourgeoisie espagnole une paix sociale qui a permis aux grands groupes capitalistes et aux banquiers de continuer à s'enrichir aux dépens du monde du travail

Helène GRILLET

 

Note du blog*:

 

C'est tout de même extraordinaire! Qu'est-ce qu'on a pas entendu sur la tactique de "l'entrisme", en tous temps et en tous lieux spécifique de ces comploteurs de trotskistes. Pour ceux qui ne lisent pas la presse "philo communiste", ou "néo stalinienne" ( celle des nostalgiques du "socialisme réellement existant" qui justifient par la même toutes les répressions de ces régimes, ben ouais!) résumons. Prenons au hasard l'exemple du cours de sciences politiques d'un haut responsable du PS à la fac de Brest vers 2004 par là.  Bon, il n'est pas admirateur des staliniens, officiellement, mais reprend leurs arguments.

Les trotskistes sont entrés au PS en 1934. Oui mais pas secrètement, "drapeau déployé"! Les jeunesses socialistes en 1934 voyaient sous leurs yeux en Autriche et en Asturies, des socialistes mener des insurrections armées contre le fascisme. Le PS et le PCF se divisaient violemment sous prétexte de "social fascisme". Pour mener la lutte pour l'unité ouvrière, les trostskistes étaient les bienvenus en particulier aux jeunesses sous l'étiquette officielle de "bolchéviques léninistes", tu parles d'un secret!

Pire pendant la guerre, la poignée de troskistes que les staliniens n'avaient pas assassinés se seraient livrés à de l'entrisme dans les organisations collaboratrices. Le groupe en question ne comptait que quelques unités et rien ne prouve que c'était un choix collectif. Que n'a-t-on entendu, en particulier lors de ce cours de "sciences politiques" . Et voilà que les "purs entre les purs", les staliniens espagnols faisaient de même "couvrir l'activité des militants". Si ç'avait été des trostkistes qui avaient eu l'audace de faire de même au lieu d'aller directement au poteau...

Soulignons pour finir que l'entrisme secret dans une autre organisation de gauche, pour la saper, pratique courante du courant lambertiste, c est autre chose.

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 11:27
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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 07:59

 

 

 

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Quatre ans avant qu'éclate la révolution en Russie, pays alors dirigé par un monarque absolu, le tsar, considéré comme le pilier de la réaction en Europe, un inspecteur de police russe déclarait: « Il ne peut y avoir de révolution en Russie. Je croirais davantage à l'apparition d'un volcan en flamme sur la perspective Nevsky (une des grandes artères de la ville de Saint-Pétersbourg) qu'à la possibilité d'une révolution en Russie. »

Pourtant le 9 janvier 1905 éclatait la révolution, qui commença par une manifestation d'ouvriers venus déposer une supplique au tsar. Cette manifestation fut écrasée dans le sang. Mais dix mois plus tard, en octobre 1905, une grève générale balayait tout le pays, ébranlant ce régime réactionnaire. Les travailleurs n'en étaient plus à supplier le tsar et, organisés dans des conseils d'ouvriers, « soviets » en russe, ils contestaient le pouvoir à la classe dirigeante.

Le capitalisme moderne avait fini par pénétrer dans ce pays semi-féodal où le pouvoir du tsar semblait devoir durer toujours, faisant naître une classe ouvrière jeune qui, bien que minoritaire (10 millions d'ouvriers sur 150 millions d'habitants en très grande majorité paysans), n'allait pas tarder à montrer sa puissance révolutionnaire.

Le 19 septembre, les compositeurs de l'imprimerie Sytine à Moscou se mettaient en grève. Ils exigeaient une diminution des heures de travail et une augmentation du salaire aux pièces basé sur mille caractères, y compris les signes de ponctuation. Cet événement, qui pouvait alors sembler mineur, allait ouvrir la voie à la grève générale dans toute la Russie. « On commençait par des signes de ponctuation et l'on devait, en fin de compte, jeter à bas l'absolutisme » écrivait Trotsky.

La grève générale politique

Dans la soirée du 24 septembre, cinquante imprimeries étaient déjà en grève. La grève gagna les autres branches de l'industrie, les employés des tramways, les boulangers. De Moscou, l'agitation gagna alors Saint-Pétersbourg, où les imprimeurs décidèrent le 2 octobre de se mettre en grève par solidarité. Le 9 octobre, les cheminots de la ligne Saint-Pétersbourg-Moscou arrêtaient le travail, paralysant la ligne. Les mots d'ordre de la grève des cheminots furent expédiés par télégraphe : la journée de huit heures, les libertés civiques, le droit de grève, l'amnistie, la convocation d'une Assemblée constituante. Le 12 au soir, la grève était totale sur l'ensemble du réseau de l'Empire, elle avait gagné les régions les plus éloignées et touché quasiment les 700 000 cheminots que comptait la Russie.

En réalité la grève ne se borna pas aux chemins de fer, touchant les salariés des banques, des assurances, du commerce et de la pharmacie, les théâtres et les marchés, puis tous les services publics. Plus de trains ni de transports en commun, plus d'électricité ni de journaux.

La grève générale se propagea comme une traînée de poudre.

Le pouvoir finit par réagir le 14 octobre en faisant savoir que l'armée avait reçu l'ordre de tirer et de « ne pas ménager les cartouches ». Mais le pays, à cette date, comptait déjà un million et demi de grévistes. Les tentatives de répression poussèrent la population dans plusieurs villes à ériger des barricades et à faire main basse sur les magasins des armuriers, comme à Kharkov le 10 octobre où, après un meeting, la foule s'empara d'un magasin d'armes. Les travailleurs montraient qu'ils ne se contentaient pas d'interrompre le travail en attendant passivement les événements. Comme le dit Trotsky, la grève « se défend et, de la défensive, passe à l'offensive ».

Les soviets, premiers embryons de pouvoir ouvrier

C'est en pleine grève générale d'octobre qu'apparurent les soviets, ces comités démocratiquement élus par les ouvriers qui prenaient en main la direction de la lutte à l'échelle de l'entreprise, de la ville, voire de la région.

Il y avait un délégué par groupe de 500 ouvriers. Les petites entreprises s'unissaient pour former des groupes d'électeurs ; les jeunes syndicats reçurent également le droit de représentation.

Le soviet le plus célèbre fut celui de Saint-Pétersbourg, constitué le 13 octobre. « Le conseil des députés ouvriers fut formé pour répondre à un besoin pratique : il fallait avoir une autorité indiscutable qui grouperait du premier coup les multitudes disséminées et dépourvues de liaison », disait Trotsky qui fut un des dirigeants du soviet de Saint-Pétersbourg. En effet l'autorité du soviet allait vite s'affirmer, comme le montre le témoignage d'un de ses députés : « Je passais devant la fabrique Pecuelieu. Je vois qu'on y travaille. Je sonne : Dites que c'est un député du soviet ouvrier - Qu'est-ce que vous voulez ? demande le gérant. - Au nom du soviet, j'exige que la fabrique ferme immédiatement - C'est bon, à 3 heures nous cesserons le travail. » Toute usine qui abandonnait le travail nommait un représentant et l'envoyait, muni des papiers nécessaires, au soviet. À la seconde séance, quarante grosses usines étaient déjà représentées ainsi que deux entreprises et trois syndicats : celui des typographes, celui des commis de magasin et celui des comptables.

Au fil des événements, ces soviets allaient finir par se comporter en véritables « gouvernements ouvriers », prenant des décisions sur tous les problèmes de la vie sociale et opposant de fait leur autorité aux institutions et aux autorités officielles.

Le manifeste du 17 octobre

Les journées d'octobre furent surtout une grève politique. Ce ne fut pas une véritable insurrection. Et pourtant l'absolutisme recula. Il ne pouvait pas compter de manière certaine sur les soldats, car certains se montraient dans les meetings. De plus, la grève des cheminots créait des obstacles insurmontables à la répression.

Le 17 octobre le comte de Witte, le nouveau ministre, publiait un manifeste contenant les promesses de « libertés civiques fondamentales sur la base des principes intangibles suivants : inviolabilité effective de la personne, liberté de conscience, de parole, de réunion et d'association ». Il promettait aussi l'élection d'un Parlement, « Douma » en russe.

L'enthousiasme à la nouvelle de ce manifeste fut immense. C'était en effet un recul que personne n'aurait osé imaginer quelques mois auparavant, un recul que la classe ouvrière avait obtenu par la puissance de sa mobilisation.

 

Le régime montrait qu'il avait peur.

Mais il n'en était pas encore à céder sur toute la ligne. Le tsar ne promettait en fait rien de concret. Il n'était par exemple pas question d'amnistie, ni d'abolition de l'état de siège, qui entraînait en fait immédiatement la suppression des libertés individuelles là où il était proclamé. Et surtout le mode de scrutin pour l'élection des députés à la Douma était on ne peut plus antidémocratique. Ouvriers et étudiants continuèrent donc à se soulever contre l'autocratie, réclamant la levée de l'état de siège et les huit heures.

La grève générale d'octobre fut suivie de celle de novembre. Des mutineries dans l'armée, dans la flotte surtout, éclatèrent, dont la plus célèbre, la mutinerie du cuirassé Potemkine. Enfin en décembre 1905, à Moscou, éclata une véritable insurrection armée. Celle-ci fut écrasée et cela marqua la fin de la révolution.

À partir de ce moment, la réaction releva la tête et la répression s'abattit sur la population. La reprise en main du pays par la réaction demanda pourtant encore un an et demi.

Pour quelques années encore, la Russie resta une monarchie arriérée et réactionnaire. Mais la conscience des travailleurs avaient fait un bond.

Le soviet était une première grande conquête pour la classe ouvrière car, à travers lui, pour la première fois elle avait appris à prendre ses affaires en main. Comme l'écrivit plus tard Trotsky : « Le prolétariat est arrivé au pouvoir en 1917 grâce à l'expérience acquise par ses aînés en 1905. »

Aline RETESSE

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 12:24

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Guerre d'Algérie



Un livre récemment publié, François Mitterrand et la guerre d'Algérie, écrit par l'historien Benjamin Stora et le journaliste François Malye, fait état de certains faits étouffés par Mitterrand, son entourage, mais aussi les principaux partis politiques : l'exécution de nationalistes algériens pendant la guerre d'Algérie, qu'il avait approuvée en tant que garde des Sceaux.

Ministre de l'Intérieur dans le gouvernement du socialiste Guy Mollet en novembre 1954, lors du déclenchement de la guerre d'Algérie, Mitterrand fut ensuite ministre de la Justice à partir du 1er février 1956, pendant seize mois. Dès son entrée en fonction, il donna son accord pour que soient appliquées des condamnations à mort et, un mois plus tard, il signa les décrets décidant des « pouvoirs spéciaux », visant les combattants nationalistes algériens et ceux qui les soutenaient. Les personnes « prises en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens » furent désormais jugées par des tribunaux militaires d'exception, « sans instruction préalable » et « même si ces infractions (étaient) susceptibles d'entraîner la peine capitale ».

S'ajoutant aux centaines de milliers de crimes commis par l'armée française et les ultras, partisans de l'Algérie française, 198 prisonniers politiques furent ainsi exécutés durant la guerre d'Algérie, parfois au rythme de cinq par jour. L'ouverture partielle du registre des grâces montre que, pendant qu'il était garde des Sceaux, Mitterrand a donné son accord pour la peine de mort dans 80 % des cas connus qui lui ont été soumis, dont celui du militant communiste Fernand Yveton, exécuté le 11 février 1957 pour avoir posé une bombe qui n'explosa pas.

De même qu'il s'était montré très discret sur ses sympathies envers le régime de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale, Mitterrand n'est jamais revenu sur les exécutions capitales qu'il a approuvées. Quant à tous ceux qui l'ont soutenu, avant et après son accession à la présidence, du Parti Communiste aux intellectuels qui s'affirmaient pourtant anticolonialistes, ils furent tout aussi discrets sur cette période de la vie de Mitterrand. Cela aurait nui à l'étiquette d'« homme de gauche » qu'ils avaient affichée sur ce politicien carriériste, fidèle défenseur de l'empire colonial français.

Marianne LAMIRAL

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 14:05

Une révolte oubliée: Berlin 1953, avant le Hongrie et la Pologne (1956). Ce qui n'a bien sûr rien à voir avec la chute des scores du PC ici bas.


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C’est le moment des anniversaires politiques. En novembre dernier, ce furent les 20 ans après la chute du mur de Berlin, en novembre 1989 – gros mensonge de Nicolas Sarkozy («J’y étais, j’ai donné un coup de marteau dans le Mur») y compris. Maintenant, en octobre 2010, c’est les 20 ans de la «réunification» entre la République fédérale d’Allemagne (RFA) et l’ex-Etat de l’Allemagne de l’Est, feu la République démocratique d’Allemagne (RDA).


C’est le 03 octobre 1990 que l’existence de la RDA a formellement pris fin, après 41 années moins quelques jours d’existence. Ce jour-là, elle a cessé d’exister en tant qu’Etat indépendant; bien que, pendant une bonne partie de son existence, son indépendance ait été assez relative puisque (comme dans d’autres «Républiques populaires» à l’Est du continent) un certain nombre de décisions importantes étaient prises en URSS.


L’ancien régime, sous le «Parti socialiste unifié» (SED) – à hégémonie stalinienne -, s’était écroulé en novembre 1989. Les premières élections vraiment plurielles s’étaient déroulées le 18 mars 1990, rendant majoritaire une alliance de trois partis politiques baptisée «Alliance pour l’Allemagne».

 

La force hégémonique au sein de cette alliance, adossée à la droite d’Allemagne de l’Ouest, était déjà la CDU (Union chrétienne-démocrate). En RFA, celle-ci était au gouvernement. Dans l’ancienne RDA – d’avant la chute du Mur -, avait existé également un parti sous ce même nom, mais la CDU est-allemande était en fait une force alliée au SED et sous l’étroit contrôle de ce parti hégémonique et dominant. (La CDU de RDA avait voté, p.ex. – librement ou contrainte –, pour l’intervention soviétique en Pologne, en 1981. La seule fois qu’elle avait voté au parlement contre la politique du SED, c’était pour refuser l’avortement.)


Après «le tournant» - «Die Wende» - comme furent communément appelés les événements de la fin 1989 -, la CDU est-allemande tourna vite sa veste et se mua en soutien aux forces dominantes en Allemagne de l’Ouest. Ces dernières l’appuyaient et la finançaient, alors que le parti social-démocrate (SPD) créa, lui, sa filiale en ce qui était encore la RDA.


A l’Ouest, la droite du chancelier Helmut Kohl était au gouvernement (depuis 1982) et comprit vite son intérêt de forcer le processus de «conquête pacifique» de la RDA. Elle savait qu’il fallait faire vite, puisque les alliés politiques de la République fédérale – surtout les conservateurs britanniques de Margaret Thatcher et John Major, dans une moindre mesure une partie des élites françaises – se méfièrent du renforcement en perspective de la puissance allemande. Ainsi, quelques jours seulement après la fin du régime hégémonique du SED, le chancelier Kohl proposa-t-il une Union financière et monétaire (qui entra effectivement en vigueur au 1er juillet 1990), signifiant la disparition du «Mark» de la RDA et l’introduction du Deutsche Mark de l’Ouest.


Ce plan était en fait assez populaire dans l’Etat est-allemand, où il était perçu comme la promesse de l’introduction d’une «monnaie forte» et de l’accès à des possibilités de consommation jusque-là presqu’insoupçonnées. Ce n’est que bien plus tard, que beaucoup comprirent que l’Union monétaire et financière signifiait aussi la transformation de l’ex-RDA en débouché - sans entraves - pour les entreprises ouest-allemandes et la fin quasi-totale de l’industrie est-allemande.

 

Celle-ci, bien qu’elle eût ses défauts importants (forte pollution!), n’était pas aussi «nulle et totalement dépassée» qu’elle était à l’époque présentée aux Allemandes de l’Ouest. La RDA avait été la dixième puissance industrielle du monde encore en 1985, des entreprises ouest-allemandes étaient présentes à la Foire industrielle de Leipzig et faisaient produire des marques en RDA (p.ex. les frigos vendus par l’entreprise de vente par correspondance, Quelle). Il est vrai qu’à la fin des années 1980, l’endettement de la RDA – auprès des pays capitalistes – augmentait, menaçant d’asphyxier l’économie.

 

Et que la population travailleuse était largement démotivée, vue la sclérose du pouvoir (comparé aussi à l’URSS des «réformes» gorbatchéviennes) et l’absence de démocratie.


En 1990, la base sociale d’une politique promettant «le paradis capitaliste» correspondait à une large majorité des Allemands de l’Est. Au moment de l’implosion de l’Ancien régime, début octobre 1989, avait d’abord surgi un «mouvement citoyen» - regroupant des «dissidents», des écologistes, une partie de l’Eglise protestante réfractaire au pouvoir – qui se prononçait pour une «alternative démocratique» (voire un «socialisme amélioré») dans une RDA qui resterait indépendante. Mais ce courant a été vite marginalisé dans l’opinion publique au fil des semaines et des mois. Ce n’est que plus tard, une fois l’Union monétaire puis politique réalisées, qu’une partie des Allemands de l’Est commençait à regretter que la majorité avait totalement lié son sort – au cours de l’année 1990 – aux promesses des élites capitalistes en Allemagne de l’Ouest.


Le débat de l’été 1990 était celui sur les modalités d’adhésion des structures politiques de la RDA finissante à la République fédérale d’Allemagne: fallait-il utiliser l’article 23 (adhésion pure et simple «à l’ordre constitutionnel» existant) de la Constitution ouest-allemande, ou alors son article 146 (prévoyant l’élaboration d’une nouvelle constitution avant une réunification entre les Allemagnes de l’Ouest et de l’Est)? C’est la première option qui a été choisie, l’adhésion – pure et simple – entrant en vigueur le 03 octobre à minuit.


En Allemagne de l’Ouest, le climat politique était différent: moins euphorique que pour une majorité en ex-RDA. Certes, une large majorité de la population n’était pas hostile à la «réunification», puisque «l’Unité nationale à rétablir» avait été – ensemble avec l’anticommunisme – l’un des dogmes d’Etat les mieux soignés pendant quarante ans d’existence de la République ouest-allemande.

 

Mais une courte majorité avait également peur pour son niveau de vie: «Qu’est-ce que ça va nous coûter?» Les élites s’apprêtaient à effectuer des transferts financiers importants vers l’ex-RDA, au nom de la «reconstruction» (après avoir cassé toutes les infrastructures existantes). Ceux-ci ont servi de prétexte, plus tard, à casser des acquis sociaux et à appauvrir des couches importantes de la population. Ces dépenses publiques ont cependant aussi freiné le développement de la puissance étatique et nationale de la «nouvelle Allemagne», contrairement à ce qu’un partie de l’élite attendait et qu’une partie des opposants intérieurs et/ou rivaux extérieurs craignaient.


Sur le plan politique, la réalisation de la «réunification» a d’abord, en 1990, marginalisé l’extrême droite (qui avait atteint des scores importants au cours des dernières années et envoyé des députés au Parlement européen en 1989): ses électeurs ont alors rallié majoritairement la droite classique, «le parti de l’Unité nationale». Mais à partir de la fin 1990, une partie de l’élite politique a misé sur l’option du racisme, comprenant que les déceptions économiques et sociales allaient arriver très vite en ex-RDA mais aussi à l’Ouest.

 

A travers le débat sur «l’invasion des demandeurs d’asile», déclenchée en août 1990 par une partie de la droite mais aussi par Oskar Lafontaine – à l’époque chef d’un gouvernement régional social-démocrate, aujourd’hui l’un des dirigeants du Parti de gauche («Die Linke») – au nom du concept «Le bateau est plein», l’extrême droite allait connaître une forte remontée en 1991/92. Ces années étaient aussi celles de très fortes vagues de violence raciste. L’extrême droite allemande n’a cependant plus réussi, après 1990, à se structurer en parti unique ou hégémonique; elle connaît toujours un éparpillement organisationnel.


A gauche, une partie des militants et intellectuels radicaux furent pris de panique, en 1989/90, craignant la remontée d’un nationalisme allemand «porté par les masses», voire l’avènement d’un «Quatrième Reich». Cette conjoncture a donné la naissance au courant qui se proclame lui-même «anti-allemand» (puisqu’opposé à la réunification), qui tourna par la suite résolument le dos aux questions sociales, considérant que les idéologies nationalistes et racistes avaient gagné une hyper-hégémonie sur les couches populaires.

 

Une partie de ce courant reste toujours, aujourd’hui, ancrée dans les milieux intellectuels et antifascistes militants. Une majorité de ce courant a cependant politiquement fortement dérivé, se laissant influencer par des courants néo-conservateurs américains et ultra-sionistes. Au nom de la résurgence des démons du passé (dont l’antisémitisme, localisé par ses intellectuels en bonne partie au Moyen-Orient et dans une fraction des populations musulmanes), une partie de ses ex-militants radicaux défendent aujourd’hui des options proches de la droite dure américaine et israélienne. Ce phénomène, de loin comparable à celui des «anti-totalitaires» de la France des années 1970 et 80, fait partie des phénomènes les plus curieux et problématiques auxquels une gauche radicale soit confrontée aujourd’hui.


Bertold de Ryon

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 13:21

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Il y a quarante ans, le 17 septembre 1970, commençait ce qu'on allait appeler le « Septembre noir » des Palestiniens. L'armée jordanienne intervenait massivement contre les organisations et les populations palestiniennes réfugiées sur son territoire. Les bombardements des principales villes du pays, le pilonnage par l'artillerie des camps de réfugiés allaient faire des milliers de morts.

Au lendemain de la création d'Israël, en 1948, la Jordanie, qui avait annexé la Cisjordanie palestinienne, avait été l'un des principaux pays d'accueil des Palestiniens chassés de leurs terres par les armées israéliennes. L'occupation de la Cisjordanie par Israël après la guerre des Six-jours de juin 1967 provoqua un afflux de nouveaux réfugiés. À la fin des années 1960, les Palestiniens constituaient 60 % de la population - l'armée jordanienne elle-même était composée en majorité de Palestiniens - et le pays était devenu l'une des bases principales des organisations nationalistes palestiniennes et le point de départ de la plupart des opérations militaires des fedayins contre Israël, et donc la principale cible des opérations de représailles de l'armée israélienne. Mais c'est du régime arabe « ami » de Jordanie qu'allait venir le coup décisif.

Les conséquences de la défaite arabe de 1967

Depuis la fondation de l'État d'Israël, en 1948, les dirigeants des États arabes avaient pourtant fait de la tragédie du peuple palestinien et de la lutte contre Israël « la cause sacrée du monde arabe ». Mais il ne s'agissait pour eux que d'une démagogie bien commode, destinée à détourner le mécontentement de leurs populations contre l'ennemi extérieur. C'est ainsi, avec l'appui et les finances des États de la Ligue arabe, que fut créée, le 28 mai 1964, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mais il s'agissait là de canaliser et contrôler la révolte du peuple palestinien, tout en montrant que les dirigeants arabes aidaient effectivement ce peuple frère.

La débâcle des armées arabes face à l'offensive de l'armée israélienne, en juin 1967, changea la situation. En six jours les armées égyptienne, syrienne et jordanienne s'effondrèrent. L'Égypte perdit la bande de Gaza, qu'elle avait annexée en 1948, et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan, et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les dirigeants arabes perdirent tout crédit aux yeux des masses arabes et des populations palestiniennes. Celles-ci se tournèrent vers les organisations nationalistes comme le Fatah de Yasser Arafat ou le FPLP de Georges Habache qui affirmaient leur volonté de ne pas baisser les armes, et de continuer la lutte armée.

Nées à la fin des années 1950, ces organisations, qui s'inspiraient de l'exemple du FLN algérien et s'étaient lancées à partir de 1964 dans une politique d'attentats, étaient restées jusque-là très minoritaires. Au lendemain de la guerre des Six-jours, elles multiplièrent les opérations de commando contre Israël. En mars 1968, des fedayins du Fatah mirent en échec des forces israéliennes supérieures en nombre qui avaient lancé une attaque sur Karameh, un village jordanien.

 

Ces faits d'armes soulevèrent l'enthousiasme. Des milliers de jeunes Palestiniens de Jordanie, de Syrie, d'Égypte ou du Liban rejoignirent les fedayins, ces combattants armés de la cause palestinienne. De 1968 à 1970, leurs effectifs furent multipliés par dix. Les organisations nationalistes palestiniennes investirent l'OLP et en prirent le contrôle. En 1969, Yasser Arafat en devint le président.

L'émergence d'un mouvement palestinien puissant, bénéficiant d'une grande popularité dans l'ensemble du monde arabe, et échappant à leur contrôle, fut perçue comme une menace par les régimes arabes. Et cela même si les dirigeants palestiniens, derrière Yasser Arafat, n'avaient pourtant à aucun moment cherché à tirer parti contre eux du soutien des masses arabes et avaient donné de multiples gages de leur volonté de ne pas s'ingérer dans leurs affaires intérieures.

Les dirigeants arabes, se méfiaient néanmoins des organisations palestiniennes, et de la capacité de leurs dirigeants à maîtriser le mouvement de masse qui les portait. Même à leur corps défendant, les fedayins pouvaient devenir un point de ralliement et un ferment révolutionnaire pour tous les opprimés de la région et en tout cas un facteur d'instabilité pour tous les régimes du Moyen-Orient.

Le roi Hussein choisit l'affrontement

En Jordanie, la menace était immédiate pour le roi Hussein. Les organisations palestiniennes, fortes de 40 000 hommes en armes, y constituaient, de fait, un État dans l'État. Elles avaient déjà pris le contrôle de plusieurs zones du royaume. Dans la capitale, Amman, les fedayins tenaient le haut du pavé et exerçaient, en concurrence avec les forces royales, des tâches de police. Or, si les dirigeants de l'OLP n'envisageaient pas de renverser Hussein, celui-ci en revanche n'était pas disposé à tolérer le pouvoir de l'OLP. Dans l'épreuve de force inévitable ce fut donc le roi Hussein qui passa à l'action.

En juillet 1970, après plusieurs mois de tension entre Israël et l'Égypte, avec pour toile de fond une partie de bras de fer entre les États-Unis et l'URSS, Nasser, qui faisait jusque-là figure de chef de file du nationalisme arabe, acceptait le plan de paix proposé par le secrétaire d'État américain Rogers et approuvé par l'URSS. Il fut imité par la Jordanie et par tous les gouvernements arabes. Ce plan, présenté comme la dernière chance d'un retour à la paix dans la région, mais qui ignorait les revendications nationales des Arabes de Palestine, ne pouvait qu'être rejeté par les organisations palestiniennes. Une campagne internationale dénonça alors celles-ci comme des fautrices de guerre irresponsables. C'est dans ce contexte qu'Hussein put lancer son offensive militaire contre les fedayins et les camps de réfugiés en Jordanie.

Hussein de Jordanie bénéficiait du soutien ouvert des États-Unis, qui menacèrent d'intervenir militairement « pour protéger leurs ressortissants » si les troupes d'Hussein étaient mises en difficulté. Il bénéficia aussi du soutien tacite de l'ensemble des régimes arabes, de l'Égypte de Nasser à l'Arabie Saoudite du roi Fayçal. Seule la Syrie fit mine de vouloir défendre les Palestiniens en faisant entrer quelques tanks en Jordanie, mais ceux-ci furent retirés aussitôt.

Après dix jours de massacres, les accords du Caire, conclus le 27 septembre entre le roi Hussein et Yasser Arafat sous l'égide du président égyptien Nasser, furent censés mettre fin aux combats. Mais dans les mois qui suivirent, l'armée d'Hussein traqua dans tout le pays les combattants palestiniens qui avaient survécu aux massacres. Les combattants palestiniens, laissés sans perspectives, sans directives, payèrent le refus de l'OLP de s'appuyer sur la sympathie des masses populaires arabes pour s'en prendre aux régimes en place. Mais il fallut encore un an aux troupes d'Hussein pour éradiquer toute présence palestinienne armée sur le territoire jordanien. En juillet 1971, les troupes royales écrasaient les derniers combattants palestiniens réfugiés dans le nord du pays.

Le « Septembre noir » était la démonstration que dans leur combat contre l'oppression israélienne, les Palestiniens n'avaient rien à attendre des dirigeants des États arabes, quelle que soit leur démagogie nationaliste ou progressiste. Ces dirigeants, au même titre que ceux de l'État israélien et de l'impérialisme américain, refusaient toute remise en cause du statu quo régional, et même simplement de faire droit aux revendications nationales du peuple palestinien... même au prix d'un massacre.

 

La même situation allait d'ailleurs se reproduire un peu plus tard au Liban, à partir de 1975. Les Palestiniens allaient être ainsi menés de défaite en défaite parce que, dans le partage du Moyen-Orient effectué par l'impérialisme, il n'y avait pas de place pour eux ; mais aussi parce que, face à cette situation, les perspectives nationalistes de l'OLP se révélaient trop étroites.

Jean-Jacques LAMY

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 12:49

 

épisode 1
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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 10:57

 

 

 

USA, 1934,

L'armée tire sur les travailleurs lors d'une grande grève à Minneapolis

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 10:33



16 septembre 2010 à Le Télégramme


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Charles Paperon, ancien combattant volontaire de la Résistance, a refusé aujourd'hui à Brest (29) de recevoir un diplôme d’honneur attribué par l’Etat. Il estime que le gouvernement actuel démantèle les valeurs du Conseil national de la Résistance.


 

Cette année, Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux anciens combattants a souhaité marquer le 70e anniversaire des combats de 1940 en remettant à chacun des 250.000 anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, "quels que soient leurs origines, leur lieu de résidence et leurs unités", un diplôme d’honneur.


Un "enfumage" de l’Elysée


Charles Paperon est l’un de ceux-là. Co-président du comité du Finistère de l’Association des anciens combattants de la Résistance (ANACR), il a lutté comme combattant volontaire de la Résistance durant les années sombres.

A l’heure de recevoir son diplôme, pendant la cérémonie commémorant la libération de Brest, Charles Paperon a décliné. Il s’en explique. Soutenu par l’association "Citoyens-Résistants d’hier et d’aujourd’hui" qui compte en ses rangs Raymond Aubrac et Stéphane Hessel, Charles Paperon voit en ce diplôme un "enfumage" de l’Elysée qui n’a pas tenu la promesse du candidat Sarkozy de créer une journée nationale de la Résistance le 27 mai, date de la première réunion du Conseil national de la Résistance en 1943.


Un geste appuyé


Si Charles Paperon n’entend pas contester que le gouvernement a reconnu "le rôle actif et décisif de la Résistance", il estime en revanche qu’il démantèle sciemment le programme politique du Conseil national de la Résistance (CNR) publié en mars 1944 sous le titre "Les jour heureux".

Selon l’association de Raymond Aubrac, qui a republié ce texte il y a peu, le programme du CNR annonçait un ensemble ambitieux de réformes économiques et sociales, où figuraient en bonne place la Sécurite Sociale, les retraites par répartition et la liberté de la presse.


"La Résistance ce n’est pas que le passé"


L’association "Citoyens résistants d’hier et aujourd’hui" a été créée pour "réagir à l’imposture sarkozyenne". Ce jeudi, Charles Paperon a indiqué que son geste avait reçu l’aval de l’un des derniers Compagnons de la Libération ainsi que de la fille du colonel Rol-Tanguy.


Pour justifier son refus, il cite enfin Lucie Aubrac : "la Résistance ce n’est pas que le passé, aussi héroïque soit-il, elle s’inscrit aussi dans le présent".

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