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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 10:38
Notre ami Jeannot

Jean De La Torre nous a quittés le 19 août, au terme d'une longue maladie. Il avait 81 ans.

Il était né à Nice, en 1927, dans une famille ouvrière. À 17 ans il avait commencé à travailler comme tourneur sur métaux, dans des petites entreprises où l'exploitation était insupportable pour un jeune ouvrier : dans l'une d'elles, il fut licencié pour avoir sifflé à son poste de travail. Très vite il avait adhéré au PCF.

Puis il était monté à Paris. À l'usine Ernault-Somua il fit connaissance d'André Calvez, qui était contrôleur de pièces dans cette entreprise, et qui lui ouvrit de nouveaux horizons politiques.

Calvez avait été gagné au trotskysme pendant la Deuxième Guerre mondiale. Bien que ses sympathies politiques allaient vers la tendance dirigée par Pierre Frank, il avait participé, lorsqu'il avait travaillé chez Citroën, au bulletin Voix Ouvrière (l'ancêtre de Lutte Ouvrière). C'est par son intermédiaire que nous fîmes connaissance de Jean De La Torre. Et depuis un demi-siècle, il est resté, humainement et politiquement, un ami fidèle, nous apportant son aide chaque fois que nous en avions besoin.

Licencié par Ernault, comme la grande majorité des syndiqués, chômeur, il était entré comme maître-auxiliaire dans l'enseignement technique.

Ce communiste a su transmettre ses idées à ses trois enfants. À ceux-ci, à sa compagne, nous tenons à dire que nous partageons leur tristesse, à exprimer notre sympathie dans l'épreuve qui les touche.

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Puisque Lutte Ouvrière cite le camarade Ned Calvez....

Extrait du livre
Histoire De L'extrême-gauche Trotskiste, De 1929 à nos jours

Ce jour-là, De Rosa-De Sède apprend la mort d'Henri Molinier, à l'hôpital Bichat. Boulevard Malesherbes, un obus a frappé de plein fouet le chef de l'appareil militaire du PCI.
Le jeune trotskiste Henri van Hulst est lui aussi tombé pendant l'insurrection, les armes à la main, alors qu'il attaquait un local de la Milice à Neuilly. Andrè Calvès, dit Ned, aura plus de chance. Ce breton têtu, devenu lieutenant des FTP puis "commissaire politique", a truffé de trotskistes la compagnie Guy-Môquet puis à la compagnie Saint-Just, devenue bataillon ensuite. Il finit la guerre dans le fameux régiment du colonel Fabien.
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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 09:14



Le Pacte germano-soviétique a été un coup de tonnerre dans un ciel qui n’était pas serein. Certes, un dictateur régnait dans chaque pays mais l’un se présentait comme un bâtisseur du « socialisme réel » et avait le soutien de nombreux travailleurs dans le monde alors que l’autre représentait le fascisme au pouvoir.

Carte annexée au Traité du 28 septembre, cosignée par Staline et Ribbentrop.

Carte annexée au Traité du 28 septembre, cosignée par Staline et Ribbentrop.

Ayant lu le texte du Pacte et surtout ses annexes « secrètes » (lire ici les documents ), il importe de se replacer dans l’époque et de voir comment de telles ignominies ont pu être couchées sur le papier sans que le monde ne s’en indigne. Certes les annexes étaient secrètes mais le Pacte ne l’était pas et son application fut rapide. Certes il y eu de vigoureuses protestations mais provenant d’une Gauche très isolée.

« Lâche soulagement » des « Démocrates »

Voyons d’abord ce qui s’est passé de notable entre janvier 1933, date de l’arrivée tout à fait légale de Hitler au pouvoir, et août 1939, quand fut signé le pacte.


Le 28 octobre 1922 Mussolini avait organisé la marche sur Rome qui lui permit de prendre la direction du pays. Il jouera un grand rôle pour établir des négociations entre nazis et puissances occidentales. Après de longues discussions, un Pacte à Quatre est signé le 15 juillet 1933 (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie) : ce fut le Traité de Rome qui promettait la paix entre les 4 signataires pendant dix ans.


Le 2 mai 1935 c’est entre la France et l’Union Soviétique qu’est signé un traité prévoyant un « secours mutuel en cas d’agression par une tierce puissance ».

Le 7 mars 1936 Hitler envahit la Rhénanie, ce qui ne fait réagir ni la France ni la Grande-Bretagne, puis, avec Mussolini, il soutiendra vigoureusement Franco pendant la guerre d’Espagne.

Une rencontre intéressante eut lieu en novembre 1937 entre Hitler et le ministre des Affaires étrangères anglais, Lord Halifax, à Berchtesgaden (résidence du Führer), pour parvenir à un nouvel accord à quatre, excluant toujours l’Union soviétique. Lord Halifax y déclare que les cercles dirigeants britanniques sont « pénétrés de l’idée que le Führer a réalisé beaucoup et pas seulement pour l’Allemagne, car en détruisant dans son pays le communisme, il lui a barré le chemin de l’Europe occidentale et que pour cette raison l’Allemagne peut être, à bon droit, considérée comme le bastion de l’Occident contre le bolchevisme ».


En mars 1938 c’était l’Anschluss, c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par les nazis bénéficiant du silence des gouvernements français et anglais. La même année c’est au tour de la Tchécoslovaquie d’être menacée. Elle conserve de solides liens avec la France et comporte de nombreuses minorités nationales : les Tchèques et les Slovaques ne représentent que 50 % de la population. C’est en 1918 que l’État tchécoslovaque a été proclamé. La minorité allemande (3 millions sur 15 millions d’habitants) constitue une majorité dans la région des Sudètes. Hitler annonce qu’il désire l’annexer, ce qui équivaut à une déclaration de guerre à la France.


C’est alors que sur proposition de Mussolini, il va organiser une conférence de la dernière chance à Munich en septembre 1938. C’est la surprise (et la consternation) générale : les quatre représentants (Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler) signent un accord sur le dos de la Tchécoslovaquie qui n’a pas été invitée (l’URSS non plus). Il prévoit que les Tchèques évacueront le territoire des Sudètes avant le 10 octobre 1938 et que les troupes allemandes l’occuperont progressivement. La majorité des hommes politiques français se révèlent « munichois ».


Le leader du parti socialiste, Léon Blum, se targue d’un « lâche soulagement » et écrit dans Le Populaire : « La guerre est écartée, le fléau s’éloigne. La vie est redevenue naturelle. On peut reprendre son travail et retrouver son sommeil. On peut jouir de la beauté d’un soleil d’automne ». Quant à Georges Bidault, qui représente la démocratie chrétienne, il déclare : « Il semble vraiment qu’après cette rencontre des Quatre, le recours à la guerre devienne une impossibilité ». En France, seul le Parti Communiste proteste et ses 73 députés (plus 2 isolés) sont les seuls à ne pas voter pour la politique de Daladier.


D’avril à juin 1939 plusieurs projets sont présentés par les Soviétiques aux Anglo-Français prévoyant une assistance mutuelle en cas d’agression. Finalement une délégation militaire arrive le 10 août à Leningrad : elle est dirigée par des officiers qui n’ont aucun pouvoir de négociation sur le plan politique. Les Russes demandent que la Pologne laisse passer l’Armée Rouge chez elle afin qu’elle puisse affronter les forces du Reich. Il est demandé aux Alliés de faire pression sur la Pologne mais finalement celle-ci refuse d’autoriser les troupes soviétiques à entrer en Pologne, ou en Roumanie, en cas de nécessité.


« Amitié soviéto-allemande »

Staline est de plus en plus persuadé que les Occidentaux veulent orienter vers l’Est les ambitions de Hitler et la façon dont on a laissé tomber les Tchèques à Munich ne fait que confirmer ses craintes. Il ne lui reste plus qu’à s’entendre avec le Führer dont les troupes avaient envahi le 15 mars 1939 ce qui restait de la Tchécoslovaquie (Bohême, Moravie). Mais contrairement à ce qu’ont raconté par la suite divers « défenseurs » (pas forcément communistes) de l’URSS, il croyait vraiment à la durabilité du Pacte qui n’était pas pour lui un procédé temporaire pour retarder une agression nazie obligatoire. Khrouchtchev a insisté sur ce point au XXe Congrès du PCUS et a rappelé qu’averti en avril 1941 par de nombreuses dépêches de Churchill des préparatifs militaires nazis, il n’y a aucunement cru et n’a rien fait pour préparer l’URSS à l’agression.


Le 23 août 1939 c’était la signature du Pacte germano-soviétique par Molotov et Ribbentrop. Hitler n’a plus la crainte de devoir combattre sur deux fronts et le 1er septembre il attaque la Pologne, ce que Staline fera 17 jours plus tard. Soviétiques et Allemands se rencontreront sur la rivière Bug qui réalisera la nouvelle frontière entre les deux pays. Cela devait déclencher la deuxième guerre mondiale car la France et la Grande-Bretagne, alliées à la Pologne, se virent obligées de déclarer la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939. Plus du tiers de l’ancienne Pologne est annexé à l’URSS, le reste à l’Allemagne. Staline en profite pour attaquer aussi la Finlande, annexer les pays baltes et envahir la Roumanie ! Tout cela fut couché sur le papier fin septembre 1939, quand Staline fit venir à Moscou Joachim von Ribbentrop. Un communiqué commun fut signé ainsi que trois protocoles secrets qui :

— réglaient le partage de la Pologne ;

— délimitaient la nouvelle frontière germano-soviétique ;

— plaçaient les trois pays baltes dans la zone d’influence soviétique.


Les 28 et 29 septembre un traité d’amitié soviéto-allemande a été signé à Moscou (1). Il définissait les lignes de partage des frontières en Pologne ainsi que des « zones d’influence » dans les pays baltes et les méthodes communes de lutte contre la « conspiration independantiste » de la population polonaise. Dans la foulée, plusieurs conférences communes entre les polices politiques nazies et soviétiques (Gestapo et NKVD) ont eu lieu (2).

Staline appliqua avec soin les obligations du Pacte. Il ne se contenta pas de livrer à Hitler du pétrole, du fer, du charbon et du blé, il lui livra également près d’un millier de communistes allemands et autrichiens (dont de nombreux Juifs) qui s’étaient réfugiés sur la terre soviétique. Parmi eux la veuve de Heinz Neumann, membre du Bureau Politique du PC allemand et du Komintern (IIIe Internationale). Lui est arrêté en 1937 et disparaît, Margaret Buber-Neumann est jugée pour « déviationnisme », déportée à Karaganda puis livrée en 1940 à la Gestapo qui l’enferme au camp de Ravensbrück. Après la guerre, son témoignage au procès opposant en 1949 l’ancien déporté du goulag Victor Kravchenko au journal communiste « Les lettres françaises » fit pas mal de bruit. Elle a écrit plusieurs livres passionnants (3).


Massacres et déportations

Sur les territoires que l’URSS et l’Allemagne nazie se partagèrent en septembre 1939 la terreur régna. Celle des nazis est bien connue. Celle des staliniens fut longtemps occultée par le rôle jouée par l’URSS (après l’agression nazie du 22 juin 1941) dans l’écrasement de l’État hitlérien. Les soldats polonais — qui sauf exception ne se sont pas défendus contre l’armée soviétique occupant la partie orientale de la Pologne à partir du 17 septembre 1939 — ont été considérés comme prisonniers de guerre et placés dans des camps puis en grande partie assassinés en avril-mai 1940 (4).


Quelques semaines après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, il y eut une découverte qui fit pas mal de bruit et suscita une polémique devant durer une cinquantaine d’années : en août 1941 les nazis découvrirent dans la forêt de Katyn (près de Smolensk) un charnier contenant plus de 4 000 cadavres d’officiers polonais. Ils en trouvèrent ailleurs de bien plus importants et la nouvelle fut annoncée le 13 avril 1943 par Radio-Berlin qui mit les Soviétiques en accusation. Ceux-ci nièrent tout et en attribuèrent la responsabilité aux troupes allemandes lors de leur avance en 1941. Les hitlériens déclenchèrent alors une campagne antisémite carabinée prétendant que Katyn correspondait à un « massacre juif ». Ce n’est qu’en 1990 que Gorbatchev finit par reconnaître la responsabilité du NKVD dans la tuerie et présenta les excuses officielles au peuple polonais. En 1993 Boris Eltsine remit aux Polonais les ordres écrits d’exécution en provenance du Bureau politique du PCUS (5).


Le reste de la population polonaise et juive de la Biélorussie et de l’Ukraine occidentale n’a pas échappé à la terreur stalinienne. Dès octobre 1939 environ 55 000 réfugiés de Pologne centrale, en majorité des Juifs qui avaient fui l’armée allemande, ont commencé à être « déplacés » vers l’Est de ces deux républiques soviétiques. Le 5 décembre 1939 le gouvernement soviétique avait pris la décision de déporter les citoyens polonais des territoires occupés vers la Sibérie et le Kazakhstan (6).


Le pacte germano-soviétique permit également à Staline l’invasion de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie en juin 1940 puis leur annexion formelle à l’URSS en août de la même année. La population de ces trois pays fut également massivement réprimée : entre juin 1940 et juin 1941, en application de l’instruction secrète d’Ivan Serov (7), plusieurs dizaines de milliers de Lituaniens, Lettons et Estoniens ont été déportés (8).


Le PCF et le pacte germano-sovétique

Ayant relaté les évènements les plus notables survenus avant et après la signature du Pacte, il est très important de préciser comment ce dernier a été reçu, et notamment par les communistes français. Deux jours après sa signature, l’Humanité était interdite. Un mois plus tard, le 26 septembre, c’était au tour du Parti communiste d’être interdit ainsi que nombre d’organisations contrôlées par lui.


Sa dure ligne antifasciste allait se modifier à l’automne 1939. Certes l’antinazisme subsistait chez beaucoup de militants mais la direction fit un virage complet. Dans un long communiqué du 25 août le PC approuve le Pacte mais rappelle que l’ennemi est toujours le nazisme. Le même jour le groupe parlementaire communiste vote à l’unanimité une résolution nettement antifasciste : « Si Hitler malgré tout déclenche la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l’indépendance des peuples ».


Peu de temps après c’est le grand virage. La guerre « anti-hitlérienne » devient « impérialiste ». Dans le numéro clandestin du deuxième semestre 1939 et janvier 1940 des Cahiers du bolchevisme (9) il y a une interview gratinée de Thorez. Le titre en est « Maurice Thorez nous dit … », et la dernière ligne mentionne « Quelque part en France — le 20 octobre 1939 ». Or on sait maintenant que Thorez n’y était plus : il avait quitté l’armée le 4 octobre pour passer en Belgique. Bien entendu c’était à la demande de l’Internationale Communiste dont une délégation était sur place. Le 9 novembre il était à Moscou. Cette interview met en évidence le revirement complet du secrétaire général qui jusque-là s’était vigoureusement opposé aux fascistes. Maintenant la guerre est devenue « impérialiste » :

« Que penses-tu de la guerre que font faire au peuple de France les ennemis du communisme ?


« La réaction, les hommes du 6 février, leur homme de confiance ! Daladier et les chefs traîtres du Parti Socialiste SFIO sont furieux parce que nous dénonçons les buts impérialistes de la guerre qu’ils imposent au peuple français. Tous ces messieurs ont le front de recouvrir leur politique criminelle du manteau de l’anti-hitlérisme dans l’espoir de tromper les travailleurs, mais entre eux ils n’hésitent pas à dire que le but qu’ils voudraient atteindre, c’est la destruction du pays du socialisme, l’URSS, et l’anéantissement de l’immense espoir qu’il représente pour les prolétaires du monde entier ».

Dans le même numéro on trouve un texte de salut à Staline pour son soixantième anniversaire. Il comporte un certain nombre d’affirmations qui confirment bien le changement de ligne du Parti français à la demande de son mentor moscovite :

« Face à la politique de provocations des fauteurs de guerre impérialistes de Paris et de Londres qui veulent étendre la guerre à l’univers entier et se préparaient à utiliser la Finlande de la clique Mannerheim pour attaquer l’Union Soviétique, nous voyons se dresser la politique de paix du grand pays où a disparu à tout jamais l’exploitation de l’homme par l’homme ; aussi les communistes et les travailleurs français saluent-ils en Staline le grand homme d’État qui a su déjouer les plans criminels des gouvernements français et anglais qui au moment même où ils parlaient du “front de la paix” préparaient l’agression anti-soviétique et cherchaient à utiliser l’Allemagne hitlérienne comme troupe de choc dans cette agression ».


Si l’on parle avec des communistes qui ont vécu cette époque ou même si l’on se contente de passer en revue les numéros de l’Humanité clandestine, on est frappé par les changements de ligne du PCF : à partir de l’automne 1939 la guerre « anti-hitlérienne » devient « impérialiste » et en juin 1940 l’incroyable se produit : à l’heure où Molotov félicitait l’ambassadeur d’Allemagne à Moscou pour l’entrée des troupes allemandes à Paris, le PCF fit des démarches auprès des autorités d’occupation pour la parution légale de l’Humanité. C’est, bien sûr, à la demande de Staline et de Jacques Duclos (remplaçant Thorez) qui le nia jusqu’à la fin… Le membre du Comité central Maurice Tréand se présenta le 19 juin 1940 auprès des autorités nazies, accompagné par Denise Ginollin (future gérante du journal) et une interprète. Ils étaient porteurs des textes à imprimer. La police française les arrêta, car le PCF était dissous, et c’est sur ordre du chef de l’administration militaire allemande qu’ils furent libérés une semaine plus tard. Une nouvelle tentative fut alors confiée à Jean Catelas qui écrivit une lettre, contresignée par Maurice Tréand et remise aux autorités allemandes par l’avocat Robert Foissin. En raison de l’opposition de Vichy, la demande n’aboutit pas.

Au même moment, l’Humanité du 13 juillet 1940 publiait un article inhabituel sous le titre « Fraternité franco-allemande » : « Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient. Apprenons à nous connaître. Et quand on dit aux soldats allemands que les communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la paix, quand on leur dit qu’en 1923 les communistes se dressaient contre l’occupation de la Ruhr, on travaille pour la fraternité franco-allemande ».


Si la Gestapo reste dans l’expectative, Vichy emprisonne à tour de bras : 18 000 emprisonnés politiques, surtout communistes.

La direction du Parti décide alors de lancer un Appel au Peuple de France. Il est signé par Maurice Thorez et Jacques Duclos. Sa date a fait l’objet de beaucoup de controverses : il est daté du 10 juillet 1940 qui est le jour où Pétain reçoit à la Chambre les pleins pouvoirs contre l’avis de 80 opposants. Cet Appel, citant des ministres nommés plusieurs jours plus tard, date donc probablement de la deuxième quinzaine de juillet. D’après l’ancien dirigeant du PCF, Auguste Lecoeur, il a été rédigé par Duclos, sur un canevas de Thorez (alors en URSS) et diffusé début septembre. Quant au texte lui-même, il a été remanié au moins quatre fois. Le document original comprend plusieurs pages mais pas une ligne contre l’occupant nazi… Une phrase a été souvent citée et caractérise bien le tout : « Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves, et si, malgré la terreur, ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura aussi signifier à la bande actuellement au pouvoir sa volonté d’être libre » (10).


Vacillations devant l’histoire

Il me paraît indispensable de rappeler quelques textes qui illustrent bien les vacillations de la direction communiste à cette époque :

● En 1964 est parue « l’Histoire du Parti communiste français – manuel », éditée « sous la direction de Jacques Duclos et François Billoux » (11). Il n’y a pas une ligne sur la demande de parution de l’Humanité auprès des autorités du IIIe Reich ;

● En 2004 c’est le tour du numéro du centenaire de l’Humanité. Au bas de la page consacrée à l’année 1939 on peut lire un petit paragraphe comportant ce passage : « En juin 1940, deux responsables du PCF négocient à l’ambassade d’Allemagne la reparution légale de l’Humanité, avec l’accord de Jacques Duclos. Il faut attendre le retour de Benoît Frachon à Paris, trois jours plus tard, pour que l’erreur soit réparée » (12). Il s’agit là d’un mensonge pur et simple. Est-il préférable au mensonge par omission précédent ?

● Prenons maintenant les Mémoires de Jacques Duclos (tome 3) paru en 1970 : « Dans ce climat, des camarades animés sans aucun doute de bonnes intentions et qui, par la suite, se battirent courageusement contre les occupants, pensèrent que la presse du Parti pourrait paraître légalement puisque aussi bien d’autres journaux étaient publiés. La direction du Parti désavoua ces démarches, et les auteurs reconnurent leur erreur » (13).

Quels étaient ces camarades « sans doute animés de bonnes intentions » ? Sûrement pas lui puisqu’il était le principal responsable de la direction qui « désavoua ces démarches ». Encore un mensonge !

● Si l’on prend le très gros (et très lourd) volume coédité par le Seuil et l’Humanité, traitant lui aussi du centenaire du journal, composé par Bernard Chambaz, membre d’une famille communiste que les « anciens » ont bien connue, on est frappé par les admirables photos et les réflexions originales pas toujours « dans la ligne ». Par exemple page 205 : « Paris est occupé par l’armée allemande, le gouvernement s’installe à Vichy et fait voter par les parlementaires la déchéance de la République. C’est dans cette situation que se pose la délicate question de la demande de reparution de l’Humanité, très longtemps niée après la guerre par le parti. En résumé, un avocat communiste — Foissin — transmet à un dirigeant du parti — Tréand — cette suggestion et propose d’établir un contact avec Otto Abetz à la Kommandantur. Les pourparlers s’engagent fin juin. Foissin, Tréand et Catelas — qui a remplacé Villon — se rendent dans le bureau d’Abetz. (…) Il est difficile d’imaginer qu’ils agissent sans le feu vert de la direction, probablement Duclos, et sans l’accord du Komintern » (14).


Lucidité critique

Si le Parti communiste a eu une attitude des plus critiquable sur le Pacte, en raison de sa volonté de demeurer fidèle à la ligne soviétique, il est intéressant de voir comment l’extrême gauche, et notamment Léon Trotski, se sont comportés. Il suffit de parcourir un ensemble de textes qu’il écrivit de 1937 à 1940 (date de son assassinat) et qui ont été publiés en Belgique par les « Éditions la taupe » en 1970, rassemblés et préfacés par Daniel Guérin, avec comme titre « Sur la deuxième guerre mondiale » (15). Il y rappelle :

● que depuis 1933 il a souvent annoncé « que Staline était à la recherche d’une entente avec Hitler » ;

● qu’il avait prédit « qu’en échange de la Pologne, Hitler donnera à Moscou toute liberté d’action dans les États baltes bordant l’Union soviétique » ;

● que « pour attaquer la Pologne et mener à bien la guerre contre l’Angleterre et la France, Hitler a besoin de la neutralité “bienveillante” de l’URSS et aussi des matières premières soviétiques. Les traités politiques et commerciaux assurent tout cela à Hitler » ;

● que « le pacte actuel a été conclu malgré l’existence d’une armée de plusieurs millions d’hommes, et l’objectif immédiat du pacte était de rendre plus facile à Hitler la destruction de la Pologne et son partage entre Berlin et Moscou ».

Nous n’avons que considérablement résumé les « prophéties » de Trotski et renvoyons le lecteur à la préface de Daniel Guérin qui en fait « pour le lecteur un rapide décompte » et en présente 23…

Nous terminerons avec ce que le dirigeant trotskiste français Pierre Frank analysa dans son ouvrage sur l’Histoire de l’Internationale Communiste (16). D’après lui le Pacte n’était pas pour Staline « une manœuvre diplomatique un peu douteuse, mais le point de départ d’une politique d’alliance entre deux États, comme son attitude ultérieure le démontra. D’où, de sa part, toute une série de prises de position et d’actions absolument injustifiables ». Il cite alors :

● l’entrée des troupes soviétiques en Pologne puis en Finlande ;

● la livraison à Hitler d’ « un certain nombre de réfugiés politiques allemands, des antinazis, y compris des communistes et des Juifs, qui avaient trouvé refuge en Union soviétique ou qui y avaient été invités »

● l’obligation pour l’Internationale Communiste et ses sections « de s’aligner sur cette alliance et de s’accommoder aux exigences du Kremlin, ce qui leur fit suivre pendant toute la durée du pacte une politique scandaleuse qui n’a jamais eu sa pareille dans l’histoire du mouvement ouvrier, et pour laquelle manquent des qualificatifs assez forts pour la stigmatiser ».

Ce pacte a été signé il y a exactement 70 ans. Beaucoup de jeunes n’en ont entendu parler que comme un phénomène historique comparable à beaucoup d’autres. Il a cependant eu de telles répercussions, notamment dans le mouvement ouvrier, qu’il est indispensable d’en prendre connaissance. ■

Jean-Michel Krivine, chirurgien retraité, est membre de la rédaction d’Inprecor.

Notes

1. L’annexe secrète de ce traité d’amitié stipulait entre autres : « Les deux parties ne toléreront sur leur territoires aucune agitation polonaise susceptible d’affecter le territoire de l’autre partie. Elles mettront fin à une telle agitation dès son origine et se renseigneront mutuellement sur les dispositions prises à cet effet. »

2. La première conférence Gestapo-NKVD, consacrée aux méthodes d’élimination de la « conspiration indépendantiste » polonaise a eu lieu à Brest-Litovsk le 27 septembre 1939. La seconde, dont la thématique a été élargie aux échanges des prisonniers de guerre et aux méthodes employées pour traiter la population polonaise, a eu lieu fin novembre 1939 à Przemysl. La troisième conférence s’est ouverte le 20 février 1940 à Zakopane. Son protocole final stipulait que la germanisation/russification de la population polonaise devait être achevée en 1975 (!). La délégation de la Gestapo y était dirigée par Adolf Eichmann (condamné à mort et exécuté en Israël en 1962 après un procès retentissant) et celle du NKVD par Fiodor Eichmans, l’ancien commandant des camps des Îles Solovetski, et par Rita Zimmerman, chef du camp pour enfants et commandante de la mine d’or de la Kolyma. En mars 1940 une conférence d’un niveau inférieur a eu lieu à Cracovie. Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Gestapo-NKVD_Conferences.

3. On lira avec intérêt : Margaret Buber-Neumann, Déportée en Sibérie : Prisonnière de Staline et de Hitler tome 1. tomes, Points Seuil, Paris 2004, prix 7,50 € ; Margaret Buber-Neumann, Déportée à Ravensbrück, Prisonnière de Staline et de Hitler, t. 2, Points Seuil, Paris 1995, prix 7,50 € ; Margaret Buber-Neumann, Milena, Seuil, Paris 1997, prix 7,50 €.

4. Entre le 3 avril et le 13 mai 1940, 4 404 prisonniers furent transportés du camp de Kozielsk, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, située à environ 50 kilomètres de la frontière biélorusse, où ils furent abattus d’une balle dans la nuque et ensevelis dans des fosses communes. Les 3 896 prisonniers du camp de Starobielsk furent assassinés dans les locaux du NKVD à Kharkov et les 6 287 hommes détenus au camp d’Ostaszkow ont été tués à Kalinine (aujourd’hui Tver). Les massacres ont donc concerné plus de 14 400 Polonais. Il faut ajouter à cela près de 7 800 membres de réseaux de résistance et fonctionnaires divers, non mobilisés dans l’armée, qui, au titre de la décision du 5 mars 1940, furent fusillés par les OSO (Conseil spécial de la Police) ; on en compte 3 400 en Ukraine et 3 880 en Biélorussie.

5. Le texte de la décision du BP PCUS du 5 mars 1940, annoté « ultrasecret » et signé par le secrétaire du Comité central, transmis aux autorités polonaises en 1993, stipule :

« I. Recommander au NKVD URSS

1) les affaires de 14 700 ex-officiers polonais, fonctionnaires de l’État, propriétaires terriens, policiers, agents de l’espionnage, gendarmes, colons et surveillants de prison qui se trouvent dans les camps de prisonniers de guerre,

2) ainsi que les affaires des arrêtés et se trouvant dans les prisons des circonscriptions occidentales d’Ukraine et de Biélorussie, au nombre de 11 000, membres de diverses organisations k-r [contre-révolutionnaires] d’espionnage et de diversion, des ex-propriétaires terriens, industriels, ex-officiers polonais, fonctionnaires de l’État et fugitifs — à examiner par voie spéciale en appliquant la peine capitale — fusiller.

II. Traiter les affaires sans convoquer les arrêtés et sans leur présenter les accusations, ni la décision de fin de l’instruction, ni l’acte d’accusation — sur le mode suivant :

a)concernant les personnes qui se trouvent dans les camps de prisonniers de guerre — sur la base de l’information soumise par l’Administration des prisonniers de guerre du NKVD URSS,

b) concernant les personnes arrêtées — sur la base des informations des actes présentés par le NKVD de la République socialiste ukrainienne et de la République socialiste biélorusse.

III. Confier l’examen des affaires et l’adoption de la résolution au trio de camarades composé de : Mierkoulov, Koboulov et Bachtakov (chef du Premier département spécial du NKVD URSS). » Une note ultra-secrète de L. Beria (commissaire des affaires intérieures) de mars 1940 adressée « au camarade Staline » stipulait la même chose et portait sur la première page les signatures manuscrites de Staline, Vorochilov, Molotov et Mikoyan ainsi qu’une annotation : « camarade Kalinine — pour, Kaganovitch — pour ».

6. Ces déportations ont eu lieu en quatre vagues. Le 10 février 1940 environ 140 000 personnes ont été déportées (70 % de Polonais et 30 % d’Ukrainiens et Biélorusses), les 13-14 avril 1940 environ 61 000 personnes (les femmes et les enfants constituaient 80 %), entre mai et juillet 1940 plus de 80 000 furent de nouveau déportées (dont 80 % étaient Juifs) et une quatrième vague (environ 85 000, déportées pour une période de 20 ans) a eu lieu en mai-juin 1941 — certains des transports de cette vague ont été surpris par l’agression nazie avant d’avoir pu quitter la Biélorussie et furent bombardés.

7. La traduction anglaise de cette instruction :

http://www.latvians.com/en/Reading/TheseNamesAccuse/ThNA-08-Appendix-1.php

8. Le nombre de personnes déportées vers le nord et l’est de l’URSS des trois pays baltes entre juillet 1940 et juin 1941 est estimé à plus de 131 000, dont environ 35 000 de Lituanie, 35 000 de Lettonie et 59 000 d’Estonie (d’autres chiffres mentionnent 54 000 exécutés, déportés et mobilisés dans l’armée).

9. Ce numéro des Cahiers du bolchevisme est devenu introuvable, sauf la réédition en 1951 par Dominique Wapler, accompagnée de commentaires d’A. Rossi.

10. Auguste Lecoeur : « Le partisan » - L’actuel Flammarion - 1963

11. « Histoire du Parti communiste français – manuel ». Editions sociales - 1964

12. 1904-2004 - le numéro du centenaire de l’Humanité. Hors série – avril/mai/juin 2004

14. Jacques Duclos : « Mémoires » *** Première partie : 1940/1942

15. Bernard Chambaz : « l’Humanité 1904-2004 » -Seuil / l’Humanité

16. Léon Trotsky : « Sur la deuxième guerre mondiale ». Ed. la taupe – Bruxelles – 1970

17. Pierre Frank : « Histoire de l’Internationale communiste » - ed. la brèche – T 2 - 1978




Il y a 70 ans : la signature du pacte germano-soviétique (LO)

Le 23 août 1939, à Moscou, Ribbentrop et Molotov, les ministres des Affaires étrangères respectifs de l'Allemagne nazie et de l'URSS, signèrent un pacte de non-agression. Staline espérait ainsi contenir les ambitions de conquête d'Hitler vers l'est. Illusion de courte durée, puisque deux ans plus tard l'Allemagne nazie envahissait la Russie soviétique.

Pour défendre l'URSS menacée par l'expansionnisme de l'Allemagne nazie, Staline ne comptait pas sur la politique révolutionnaire qui avait été celle du jeune État soviétique, en 1917. Depuis la fin des années vingt, il avait tourné le dos à toute idée de révolution prolétarienne. À partir de 1934, il privilégia l'alliance, bien illusoire d'ailleurs, avec les États capitalistes comme la France (pacte Laval-Staline).

 Ce fut la politique « d'alliance des démocraties » et des « Fronts populaires » contre « les agresseurs fascistes ». En France, les dirigeants du Parti Communiste abandonnèrent toute idée de révolution sociale. Le PC devint nationaliste et même chauvin. Il se transforma en champion de la défense nationale. Pour lui, le conflit qui s'annonçait n'avait plus le caractère d'une guerre inter-impérialiste, mais celui d'un affrontement des « démocraties » contre le « fascisme ».

Face aux revendications de l'Allemagne nazie sur les Sudètes, en Tchécoslovaquie, Chamberlain pour la Grande-Bretagne et Daladier pour la France signèrent les accords de Munich, en 1938, avec Hitler et Mussolini. Ce fut une capitulation sans condition où ils donnèrent la Tchécoslovaquie en pâture à Hitler, espérant ainsi retarder la guerre. Chamberlain comme Daladier, représentants respectifs de leur bourgeoisie, laissaient ainsi les mains libres à Hitler pour son expansion à l'est et espéraient bien que celui-ci finisse par régler son compte à Staline. Tenu volontairement à l'écart de cette paix impérialiste par ses anciens alliés d'hier, Staline fit volte-face et signa un pacte avec Hitler.

Ce pacte scandalisa l'opinion bourgeoise et social-démocrate. En fait, il était dans la continuité de la politique menée par Staline depuis 1935, qui recherchait à échapper à la guerre grâce à une alliance avec un des deux camps impérialistes. Mais il incluait en outre des clauses secrètes prévoyant le partage de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie, dont la mise en œuvre fin septembre désorienta encore plus les Partis Communistes et les dizaines de milliers de militants pour qui Hitler, fossoyeur de la classe ouvrière allemande, était l'ennemi mortel des travailleurs.

Un virage diplomatique à 180° de la bureaucratie stalinienne

Cettte politique démoralisa et désorienta les classes populaires, et les militants communistes de ces « prétendues démocraties », comme l'écrivait Trotsky. En France, l'annonce de ce pacte fit l'effet d'une bombe. Certains militants communistes refusèrent d'y croire. D'autres le justifièrent en parlant de manœuvre de Staline pour gagner du temps. De nombreux militants, écœurés, déchirèrent leur carte. Des députés donnèrent publiquement leur démission et prirent des distances avec leur ancien parti. Tout comme le firent à leur tour nombre d'intellectuels, compagnons de route du parti. Et comment pouvait-t-il en être autrement, après avoir expliqué depuis 1934, à des centaines de milliers de militants, que l'ennemi c'était le fascisme ? Staline vendait désormais du pétrole et du manganèse à Hitler, expliquant que le peuple allemand aimait son Führer et que l'Allemagne était victime du « bloc impérialiste » anglo-français !

En France, la répression s'abat sur le Parti Communiste

Le pacte isola la Russie sur le plan international. En France, le gouvernement accentua la répression contre le Parti Communiste, qui avait déjà commencé au lendemain des accords de Munich. Le 25 août 1939, les deux quotidiens du PC l'Humanité et Ce Soir furent interdits, tandis que les distributeurs de tracts et les colleurs d'affiches communistes étaient systématiquement arrêtés.

Le 2 septembre, la France déclara la guerre à l'Allemagne, qui avait envahi la Pologne la veille. Daladier demanda des crédits militaires supplémentaires et les députés communistes les votèrent ! Mais le gouvernement se fichait comme d'une guigne des actes de loyalisme du PCF qu'il qualifiait de « parti de l'étranger ». Lorsque la Russie envahit à son tour la Pologne, le 17 septembre, la chasse aux communistes fut ouverte.

Le 26 septembre, le Parti Communiste et toutes les organisations communistes, liées ou pas au PCF, furent dissoutes par décret-loi adopté en Conseil des ministres à l'unanimité. Le PCF n'avait plus d'existence légale et fut réduit à l'activité clandestine. Le 8 octobre, les premiers députés communistes furent arrêtés. Daladier autorisa l'internement administratif, le 18 novembre.

 Durant les neuf mois qui suivirent la signature du pacte, la police française opéra 15 000 perquisitions et arrêta plus de 5 500 militants communistes français et étrangers résidant en France. En avril 1940 le décret Sérol - du nom d'Albert Sérol, ministre de la Justice et député SFIO (socialiste) de la Loire, ancien ministre de Léon Blum - autorisait la peine de mort pour qui nuirait à la défense nationale. Ce décret visait essentiellement les militants communistes.

Cette répression brutale porta un coup d'arrêt à l'intégration du PCF au sein de la société bourgeoise, commencée quelques années plus tôt avec la politique du Front Populaire. Elle provoqua toutefois un réflexe de solidarité chez les militants communistes, y compris ceux écœurés par le pacte germano-soviétique. Le Parti Communiste entra alors dans une période difficile où, pour survivre dans la clandestinité, il dut affronter non seulement la répression de la police de Vichy, mais aussi celle de l'occupation allemande. Il connut de nouveau un succès à partir de 1942-1943, alors que l'URSS attaquée par l'Allemagne était redevenue alliée des impérialismes anglais et américain, puis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais sur la base d'une politique nationaliste « d'Union sacrée ».

Il n'était plus d'ailleurs la « section française » d'une Internationale Communiste que Staline avait dissoute en mai 1943 pour complaire à ses alliés anglo-américains, mais le Parti Communiste Français. Ce qu'il est resté.
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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 18:40



Déclaration d'Alain Krivine

Hommage à un combattant anticolonialiste

 

Francis Jeanson est décédé samedi 1er août. Avec lui, disparaît un symbole de la lutte internationaliste et anticolonialiste à l'époque de la guerre d'Algérie.


A un moment où la SFIO, ancêtre du Parti socialiste, combattait durement les résistants algériens, le FLN et où les autres partis de gauche ne menaient pas le combat pour l'indépendance de l'Algérie, le réseau créé par Francis Jeanson, unitaire du point de vue des idéaux politiques de ses participants puisqu'il regroupait des communistes, des trotskistes, des catholiques notamment, participait activement au combat pour l'indépendance.


Il avait mis en pratique l'aide et le soutien, matériel et moral, à la résistance du peuple algérien dans sa lutte pour l'indépendance de son pays, colonisé par la France depuis 1830.


Le 3 août 2009.

 



Décès du philosophe Francis Jeanson, créateur d'un réseau de soutien au FLN

Le philosophe Francis Jeanson, fondateur d'un réseau de soutien au FLN pendant la guerre d'Algérie (réseau dit des "porteurs de valise"), est mort à 87 ans, samedi soir près de Bordeaux, a-t-on appris auprès de sa famille.
Auteur de nombreux ouvrages notamment sur Jean-Paul Sartre dont il était très proche, collaborateur de la revue Les Temps modernes, Francis Jeanson est mort à la Clinique d'Arès, à 45 km de Bordeaux, a précisé son fils Olivier.


Francis Jeanson qui se voulait le défenseur des causes justes, s'était engagé aux côtés des combattants algériens après le déclenchement de la guerre d'Algérie, créant un réseau permettant de collecter et transporter fonds et faux-papiers pour les militants du FLN opérant en France.
Dans "Notre guerre", un livre paru en 1960 et immédiatement saisi, il s'était expliqué sur son combat, répondant à ceux qui lui reprochaient de soutenir les ennemis de son pays, qu'il défendait les valeurs de la France qu'elle même trahissait.

Jugé par contumace, condamné en octobre 1960 à dix ans de prison ferme au terme du procès de son réseau, il est amnistié en 1966. Il se tourne alors vers l'action culturelle, puis l'action sociale en milieu psychiatrique.

Né le 7 juillet 1922 à Bordeaux (Gironde), licencié de lettres et diplômé d'études supérieures de philosophie, Francis Jeanson rejoint en 1943 les Forces françaises d'Afrique du Nord. Devenu reporter à Alger républicain en 1945, il rencontre Camus et Sartre. Ce dernier lui confie la gérance de la revue Les Temps modernes (1951-1956). Parallèlement, Jeanson crée et dirige aux éditions du Seuil la collection "Ecrivains de toujours".

En 1955, il publie "L'Algérie hors la loi", qui dénonce l'échec du système d'intégration des masses algériennes et affirme la légitimité des hors-la-loi du FLN, avec lequel il prendra contact. Du militantisme de la pensée, il passe à l'action et crée deux ans plus tard le "réseau Jeanson" qui sera démantelé en 1960. Il entre alors dans la clandestinité, quittant la France pendant quelques années.

Après son amnistie, il est chargé par André Malraux de diriger la Maison de la culture de Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire) de 1967 à 1971.
Jeanson participe ensuite à des expériences de psychiatrie ouverte et des réseaux de réflexion pour faire sortir la maladie mentale des murs de l'hôpital.
Engagé jusqu'au bout, il est président de l'Association Sarajevo en 1992 et candidat sur la liste "L'Europe commence à Sarajevo" du professeur Léon Schwartzenberg pour les élections européennes de 1994.

Francis Jeanson est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont plusieurs consacrés à Jean-Paul Sartre, notamment "Sartre par lui même" (1955) et "Le problème moral et la pensée de Sartre" (1965)... mais aussi à des philosophes comme Montaigne.
On lui doit également "La Foi d'un incroyant" (1976), "Eloge de la psychiatrie" (1979), "Algéries" (1991), "Conversations privées 1974-1999" (2000).

AFP

L'extrême gauche et la guerre d'Algérie
La solidarité en exercice


Des "porteurs de valises", on connaît surtout aujourd'hui les réseaux Jeanson et Curiel. Mais diverses organisations d'extrême gauche ont également été très actives dans la solidarité avec le peuple algérien.


L'opposition française à la guerre d'Algérie est connue à travers les "porteurs de valises", ces Françaises et Français engagés dans les réseaux de soutien au FLN, dont l'une des principales activités consistait à transporter les cotisations prélevées par l'organisation nationaliste sur les quelque 220000 Algériens présents en métropole (350000 en 1962).


Parmi ces réseaux, les plus célèbres sont le réseau Jeanson, organisé par le philosophe Francis Jeanson, disciple de Jean-Paul Sartre et gérant des "Temps modernes" (1), et le réseau Curiel, du nom du communiste égyptien Henri Curiel, assassiné en 1978 à Paris (2).


Ces réseaux sont les plus connus pour diverses raisons: le caractère public de ceux qui y ont participé, parmi lesquels on comptait de nombreuses personnalités, mais aussi une médiatisation accrue du fait des arrestations et des procès. Enfin, le caractère oecuménique de ces réseaux, qui regroupaient aussi bien des chrétiens progressistes, des communistes en rupture de ban ou des militants du PSU, a permis de constituer une représentation plus "fédérative" de leur démarche au sein de la gauche, dans la mesure où leurs ambitions politiques semblaient se limiter au combat pour l'indépendance de l'Algérie, sans autres présupposés idéologiques. Le combat des "porteurs de valises" est ainsi ramené sur un plan plus "humanitaire" que politique.


Les premiers réseaux

Les réseaux Jeanson et Curiel n'ont cependant pas été les seuls ni même les premiers réseaux d'aide au FLN. Il ne s'agit pas de minorer l'action de militants qui, dans un contexte difficile d'"unanimité nationale" (il suffit de rappeler le vote par le PCF en 1956 des pleins pouvoirs au gouvernement de Guy Mollet pour augmenter la répression en Algérie), ont su aller à contre-courant et payer parfois durement leur engagement internationaliste. Mais il faut rappeler que différentes organisations d'extrême gauche ont également été très actives dans la solidarité avec le combat du peuple algérien.


Le premier réseau qui se met en place, dès 1955, est ainsi celui du PCI, section française de la Quatrième Internationale (ancêtre de la LCR). En 1956, Pierre Frank, dirigeant de la section française, Simonne Minguet (une des rares femmes parvenues à un poste de direction dans un parti trotskyste qui n'échappe pas à la surreprésentation masculine de l'ensemble de la classe politique) et deux autres militants sont arrêtés suite à l'ouverture de paquets contenant des tracts du FLN. Ils passent deux mois en prison et sont relâchés faute de charges suffisantes. Mais Pierre Frank et Jacques Privas sont néanmoins condamnés pour délit de presse.


De telles amendes et condamnations vont causer la mort d'une autre organisation d'extrême gauche, la Fédération communiste libertaire, scission de la Fédération anarchiste animée par Georges Fontenis. Pierre Morain, militant de la FCL, est condamné à un an de prison en 1955 pour ses écrits dans "Le Libertaire", trop favorables à la révolution algérienne.


En 1956, la FCL, qui croûle sous les amendes et dont les principaux dirigeants sont sous le coup de condamnations, disparaît. La FA, qui renvoie dos à dos les "deux nationalismes" des Algériens et des Français en refusant de prendre parti, n'est pas inquiétée par la répression.


Pierre Frank justifie le soutien apporté au FLN en écrivant: "Nous avons soutenu le FLN non parce que nous avions vu en lui une organisation marxiste, mais parce qu'il menait une lutte effective, réelle, contre l'impérialisme français." La révolution coloniale est considérée comme l'une des "trois forces principales de la révolution mondiale", avec la révolution politique à l'Est et la révolution prolétarienne en Europe et aux Etats-Unis.


En France, des militants comme Pierre Avot, Louis Fontaine ou Gilbert Marquis s'occupent des activités "traditionnelles" clandestines d'impression de tracts du FLN, ainsi que des relations avec l'organisation algérienne, ou organisent, comme Clara et Henri Benoîts dans leur usine de Renault Billancourt, la solidarité des ouvriers avec les Algériens menacés par la police. D'autres, comme Michel Fiant, Alain Krivine, jeune militant communiste déçu par l'attitude du PCF et décidé à s'engager dans l'aide à la révolution algérienne, ou Claude Kowall, tentent de construire Jeune résistance, groupe subversif qui organise des réseaux de désertion pour les appelés. Voie communiste, une organisation où se retrouvent l'ancien trotskyste Denis Berger et le libertaire Daniel Guérin, tente de faire évader les ministres FLN et notamment Ben Bella.


Michel Raptis, dit Pablo, dirigeant d'origine grecque de la IVe Internationale, organise quant à lui un véritable réseau trotskyste international d'aide au FLN. Il met ainsi en place, en collaboration avec la direction du FLN, une usine d'armes clandestines au Maroc. Des ouvriers de différents pays, et notamment le Français Louis Fontaine, y fabriquent des mitraillettes et des mortiers. Pablo met aussi en place en 1960 aux Pays-Bas un atelier de fabrication de fausse monnaie pour le FLN. Mais les imprimeurs sont infiltrés par les services secrets, l'opération échoue et Pablo est arrêté. Après un procès durant lequel Sartre, Claude Bourdet ou Isaac Deutscher apportent leur soutien au dirigeant trotskyste, il est condamné à 15 mois de prison à Amsterdam.


Après l'indépendance, un certain nombre de militants s'installent en Algérie afin d'y construire le "socialisme". Pierre Avot, Simonne Minguet, Louis Fontaine, Albert Roux sont de ceux-là: ils font partie des fameux "pieds-rouges" et disposent de la nationalité algérienne. Pablo est même conseiller de Ben Bella, et travaille avec l'historien Mohammed Harbi pour faire adopter les premiers décrets d'autogestion des domaines laissés vacants par les "pieds-noirs" réfugiés en France. Le coup d'Etat de Boumedienne en 1965 met un terme à cette collaboration: les pieds rouges trotskystes sont arrêtés puis expulsés ou s'enfuient, Albert Roux subit même la torture.


Internationalisme concret

Quelles leçons tirer de ces expériences? De nombreuses illusions ont sans doute été déçues chez ceux qui espéraient la transformation de la révolution coloniale en révolution socialiste et son extension en Europe. La phraséologie marxiste et progressiste du FLN a pu abuser des militants qui ne percevaient pas toujours la bureaucratisation de l'organisation nationaliste, déjà en oeuvre pendant la guerre d'Algérie. Reste le plus important: le soutien pratique à la lutte d'un peuple contre un Etat colonial qui n'hésitait pas à employer la torture et à réprimer férocement toute révolte, les massacres de Sétif et Guelma ou le 17 octobre 1961 sont là pour en témoigner. Reste une expérience concrète d'internationalisme conséquent, avec toutes les erreurs, les difficultés et les illusions, mais aussi la solidarité, les espoirs et les perspectives que cela comporte.

Sylvain Pattieu

1. Voir Hervé Hamon et Patrick Rotman, "Les Porteurs de valises, la résistance française à la guerre d'Algérie", Albin Michel.
2. Voir Gilles Perrault, "Un homme à part" éditions Bernard Barrault.

Rouge1896, 02/11/2000


 
 
 
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 16:07

FILM "Mai 68: une histoire sans fin"

Avec Alain Krivine et Daniel Bensaïd



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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 18:36











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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 18:32
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