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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:08


Lucien Cancouët, Mémoires d’un authentique prolétaire, Paris, Vendémiaire, 2011, 384 pages.


Pour qui s’intéresse à l’histoire du mouvement ouvrier, raconté par ses acteurs eux-mêmes, voici un ouvrage particulièrement intéressant.

 

L’auteur y raconte en détail son parcours qui le mène d’une enfance miséreuse dans une ferme normande à la fin du XIXè siècle à la direction de la fédération CGT des chemins de fer durant l’entre-deux guerres. Autant le dire tout de suite, nous n’avons que peu de sympathies pour la fin de son parcours, qui l’amena dans l’orbite des mouvements collaborationnistes – notamment le RNP.

 

Mais cet aspect de la biographie de l’auteur ne doit pas conduire à négliger un témoignage sur son engagement syndical et sur l’époque qui se révèle par bien des aspects passionnant ! Car en mettant par écrit son parcours et ses combats, Cancouët s’était fixé également comme objectif d’être utile à la nouvelle génération syndicaliste, celle qui devait reprendre le flambeau aux lendemains de 1945. Il consacre du temps à exposer ses opinions et se révèle prodigue en conseils pratiques, qui bien souvent n’ont rien perdu de leur actualité.

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 12:32
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7 octobre 2012

Présentation


Les éditions Merlin Press vont publier, en Grande-Bretagne, un livre d’Au Loong-Yu sur la Chine contemporaine – des années 1980 à aujourd’hui : China’s Rise : Strength and Fragility. Il a été demandé à Bruno Jetin d’écrire un chapitre sur la place du nouveau capitalisme chinois dans l’arène économique internationale ; et à moi-même d’en rédiger un autre sur la contribution du maoïsme à la révolution et ses limites.


Il s’agissait en quelque sorte de faire d’une pierre deux coups : revenir sur l’arrière-plan historique sans lequel les développements récents seraient bien difficiles à comprendre et tenter d’estimer le rôle du maoïsme chinois, de ses origines à la Révolution culturelle.


L’usage du terme « maoïsme »prête parfois à confusion.

 

Ce dont il est question ici, c’est, du Parti communiste chinois durant la longue période où il a été dirigé par une équipe constituée autour de Mao Zedong, mais composée de cadres ayant eu des trajectoires politiques diverses ; un parti qui était loin de se réduire à une fraction (« maoïste »).


Sur le plan international, comme tous les « ismes », le terme de maoïsme ne dit des mouvements ainsi nommés qu’une seule chose : la référence à la révolution chinoise leur est centrale. Il désigne des partis (« mao stalinien », « mao spontanéiste », etc.) qui peuvent n’avoir rien d’autre en commun. Il en va de même, par exemple, pour le terme de « trotskiste » qui indique l’importance de la référence historique à l’Opposition de gauche antistalinienne, mais sans plus. L’antistalinisme de certaines organisations qui se disent trotskistes ne les empêche pas de fonctionner de façon fort bureaucratique ou parasitaire, alors que d’autres ont concrètement porté le combat pour une démocratie militante, populaire et socialiste.


L’analyse qui suit ne part donc pas d’une idéologie (« le » maoïsme), mais d’une expérience historique très complexe. C’est cette expérience qui fait « autorité », plus que les écrits de Mao. On reviendra sur cette question en conclusion de ce travail.


Pour l’essentiel, le texte qui suit est conforme à la version qui doit paraître chez Merlin Press. J’ai seulement ajouté quelques développements ou clarifications, en tenant compte des commentaires que m’ont fait Alain Castan et Au Loong-Yu – des commentaires pour lesquels je les remercie.


Pierre Rousset

 

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 12:05

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Doug McAdam, Freedom Summer, Luttes pour les droits civiques, Mississippi 1964, traduit de l’anglais par Célia Izoard, collection « L’ordre des choses », Marseille, Agone, septembre 2012.

 

Résumé


Juin 1964. Plus de mille volontaires rejoignent le Mississipi pour soutenir l’inscription des électeurs noirs. Deux mois plus tard : quatre morts, quatre-vingt personnes battues et mille arrêtées, soixante-sept églises, maisons et commerces incendiés ou détruits à l’explosif.

 

Ce livre retrace l’histoire de cet été-là et de son impact sur toute une génération.

 

La campagne du Freedom Summer constitue un tournant critique pour ceux qui y ont participé mais aussi pour l’ensemble de la gauche américaine. Elle a rassemblé et radicalisé les volontaires présents dans le Mississipi, et elle a préparé le terrain à la constitution de vastes réseaux militants nationaux d’où sont issus les principaux mouvements contestataires de l’époque (féministes, pacifistes, étudiants, etc.).

 

Le projet Freedom Summer a été un creuset pour l’organisation de l’activisme des années 1960, tout autant qu’une contribution majeure au développement de la contre-culture américaine.

 

L’auteur


Professeur de sociologie à l’université de Stanford, Doug McAdam est spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux. Il a notamment écrit Political Process and the Development of the Black Insurgency 1930–1970 (The University of Chicago Press, 1982).

 

Le prologue est à télécharger ci-dessous

 

DougMcAdam_FreedomSummer_prologue.pdf

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:15

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Le Monde.fr | 01.10.2012 à 14h17 • Mis à jour le 02.10.2012 à 14h33

 

 

"Je suis quelqu'un qui n'appartient pas totalement à l'endroit où il se trouve." Cet aveu de l'historien britannique Eric Hobsbawm, lâché au fil de son autobiographie, Interesting Times (2002), formidablement traduite sous le titre Franc-tireur (Ramsay, 2005), dit bien l'atypie de l'homme, du savant et du militant qu'il fut jusqu'à sa mort, à Londres, lundi 1er octobre, à l'âge de 95 ans.

Né au début du "court XXe siècle" (1914-1991) qu'il définit magistralement dans L'Age des extrêmes, un ouvrage traduit dans près de quarante langues, Eric Hobsbawm fut d'abord l'essayiste aigu de ce "long XIXe siècle" - 1789-1914 - qu'il scruta en historien des sociétés plutôt qu'en historien du social. Le premier des paradoxes de cet immense érudit : Britannique - quoique né en Egypte et originaire d'Europe centrale ; juif que ni la culture, ni la pratique, ni les références confessionnelles ne concernèrent vraiment ; marxiste impénitent quoique d'une impeccable lucidité sur le divorce toujours plus net entre ses idéaux et les transformations du monde.

Polyglotte et cosmopolite, ce fils de père anglais - Percy Obstbaum, avant que l'orthographe du patronyme ne soit altérée - et de mère autrichienne - Nelly Grün - naît dans le sultanat d'Egypte, à Alexandrie, le 9 juin 1917, au sein d'une famille petite-bourgeoise qui rêve d'une aisance évanouie. Eric grandit en Autriche, à Vienne. Il garde de cette jeunesse dans la vieille capitale austro-hongroise réduite à nourrir ses fantômes de grandeur une adhésion profonde à l'universalisme qui le coupe de toute tentation communautariste comme de toute fascination raciale. Orphelin à 14 ans, il est recueilli par sa tante et s'installe à Berlin, où il assiste à la faillite du régime de Weimar, à la crise qui ruine le peuple et à la brutalisation de l'action politique. Cela conduit le jeune Hobsbawm à rejoindre les mouvements communistes lycéens et à distribuer des tracts contre Hitler à l'heure où flambe le Reichstag.

 

Il n'a pas 16 ans. Ses tuteurs quittent alors Berlin ; Eric suit et s'installe en mars 1933 à Londres, qui devient sa ville de résidence, même s'il voyagera toujours énormément, en Espagne, en Italie, en Amérique, tant anglo-saxonne que latine, en France, bien sûr, qu'il visite chaque année hormis pendant l'occupation nazie, et s'attribue volontiers comme "seconde patrie".

 

Elève à la St Marylebone Grammar School et au King's College de Cambridge, où il étudie l'histoire, Hobsbawm s'enflamme à Paris pour le succès du Front populaire et adhère dès 1936 au Parti communiste britannique. Il y restera fidèle quasiment jusqu'à sa dissolution, en 1991.

 

Sans doute en raison de cet aspect "décalé" que pointait l'historien français Christophe Charle, qui voit cet écart tant dans sa vie que dans ses choix méthodologiques ou ses interprétations historiques et jusque dans ses prises de position politiques. Indifférent à la frénésie orthodoxe qui décima les rangs des militants communistes, Hobsbawm est préservé de toutes les dérives totalitaires, protégé par sa conscience d'être un "aristocrate communiste". De fait, sa tiédeur à rompre avec l'idéal de ses 20 ans - alors même que tous ses compagnons quittent le parti après le coup de Budapest en 1956 - lui sera reprochée jusqu'à la fin.

 

Pour l'heure, Hobsbawm est dans la ligne du parti. Il milite et joue les prosélytes. Si un service militaire sans gloire le retient dans un cantonnement insulaire, il est remarqué par l'historien économiste Michael Postan (1899-1981), qui lui prédit un grand avenir par sa capacité à théoriser et ses convictions internationalistes, d'une rare énergie. La guerre froide va démentir la fulgurante carrière annoncée. Comme son ami George Rudé (1910-1993), spécialiste de la Révolution française, qui perd son poste d'enseignant dès 1949, dans un mouvement d'épuration qui préfigure un maccarthysme à l'anglaise, Hobsbawm doit ronger son frein. Sa carrière universitaire est réellement entravée sans être tout à fait au point mort.

 

Chargé de cours du soir au Birkbeck College en 1947, il n'obtient le poste de professeur qu'en... 1970. Mais rien ne stérilise son engagement de chercheur. Avec d'autres historiens marxistes, Rodney Hilton, Christopher Hill et Edward P. Thompson notamment, il fonde en 1952 la revue Past & Present, dont l'influence dans le développement de l'histoire sociale fut déterminante au Royaume-Uni, puis très vite dans le monde entier. Mais loin d'en faire une spécialité sur laquelle d'autres capitalisent, Hobsbawm joue les francs-tireurs, travaillant sur les briseurs de machines à l'aube de l'ère industrielle comme sur la mythologie du bandit social ou sur le jazz - il signe alors du nom de Francis Newton, Frankie Newton étant un trompettiste qui accompagna Billie Holiday et fut un des rares jazzmen communistes -, se présentant non sans malice comme un "antispécialiste dans un monde de spécialistes".

 

Marqué par son activisme berlinois et son empathie passionnée pour les opprimés, il refuse la mythologie romantique du hors-la-loi et relit la figure du bandit comme un marginal que son idéal de justice ou d'équité prépare à la revendication d'un monde plus juste.

 

 CHANTIERS SANS FRONTIÈRES


De Primitive Rebels (1959, trad. fr. 1963) à Bandits (1968, trad. fr. 1972), il bouleverse les conventions, comme lorsqu'il s'attache à établir l'invention des traditions fondant ces discours nationalistes qui préparent le gouffre noir du XXe siècle (Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité, 1990, trad. fr. 1992).

 

De son imprégnation marxiste, il conserve aussi le goût des chantiers sans frontières. Invitant l'histoire culturelle, encore à naître, dans l'histoire sociale, au nom d'une perception intuitive qui ne l'abuse jamais et le rend méfiant envers toute doxa hégémonique, il se défie de la microstoria qui naît en Italie et goûte peu l'histoire des mentalités que les tenants des Annales imposent en France. L'ampleur de la vision d'un Braudel lui convient mieux et les grandes sommes qu'il livre (L'Ere des révolutions [1962, trad. fr. 1970], L'Ere du capital [1975, trad. fr.1978], L'Ere des empires [1987, trad. fr. 1989]) travaillent résolument le temps long.

 

L'oeuvre a pris une telle ampleur que la reconnaissance internationale se fait universelle : Hobsbawm a très vite été reconnu aux Etats-Unis, enseignant au Massachusetts Institute of Technology, puis à la New School for Social Research de New York, et la France l'accueille bientôt, l'historien économique Clemens Heller l'invitant à animer un séminaire d'histoire sociale à l'EHESS. Finalement, en 1998, Hobsbawm entre, après David Hockney et Peter Brook, dans le cercle fermé de l'Ordre des compagnons d'honneur, pour service éminent rendu à la culture britannique.

 

Toutefois, l'effondrement du monde communiste et le repentir très relatif de l'historien sur son engagement font de ses dernières publications des livres qui embarrassent ceux-là mêmes qui soutenaient sa liberté de pensée. A l'heure où la France, qui l'a si fidèlement traduit, succombe à la vision de François Furet (Le Passé d'une illusion, 1995), la nouvelle somme que propose Hobsbawm, L'Age des extrêmes : le court XXe siècle (1994), peine à trouver un éditeur et il faut l'engagement du Monde diplomatique, au côté des éditions Complexe, pour que le livre paraisse, en 1999 seulement.

 

Depuis, la figure de l'historien engagé, militant déçu mais témoin implacable n'a pas cessé de captiver et la qualité de sa plume, la finesse de ses analyses, son humour inentamable, sans désarmer ses détracteurs, ont su rendre à l'historien franc-tireur sa juste place. A part, forcément, mais au plus haut.

 

Philippe-Jean Catinchi

 

En quelques dates

9 juin 1917 : Naissance à Alexandrie (sultanat d'Egypte)

 

1936 : Adhésion au Parti communiste de Grande-Bretagne

 

1962-1987 : Trilogie sur l'établissement du capitalisme industriel : L'Ere des révolutions ; L'Ere du capital ; L'Ere des empires

 

1994 : L'Age des extrêmes

 

2002 : Franc-tireur. Autobiographie


1er octobre 2012 : Mort à Londres

 

http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/10/01/l-historien-britannique-eric-hobsbawm-est-mort_1768351_3246.html

 

Lire aussi:

 

http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/10/01/mort-deric-hobsbawm-historien-des-bandits-et-du-communisme-235793

 

http://alencontre.org/societe/livres/disparition-dun-communiste-tory-eric-hobsbawm-une-analyse-de-son-oeuvre.html

 

Le siècle de Hobsbawm

 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article26545

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 10:46

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Louis Gill, Georges Orwell. De la guerre civile espagnole à 1984, Montréal, LUX éditeur, 2011.

 

Parler de George Orwell, de son œuvre, et rappeler qu'il fut également partie prenante de la guerre d'Espagne en s'engageant dans les milices du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) n'est pas chose nouvelle.

 

Mais la force du livre de Louis Gill, c'est la clarté avec laquelle il expose sa thèse centrale : Georges Orwell s'est inspiré directement de son expérience pendant la guerre d'Espagne pour écrire La Ferme des Animaux et 1984. Le vocabulaire même de ses livres, les concepts qu'ils développent et leurs intrigues reproduisant l'opposition entre Trotsky et Staline, doivent tout à l'expérience d'Orwell en Espagne.


L'ouvrage est découpé en deux parties. La première offre une synthèse particulièrement efficace et stimulante du conflit espagnol. Décrivant la situation de l'Espagne depuis sa tardive et limitée révolution industrielle, jusqu'à la fin de la guerre civile en 1939, elle sait surtout éclairer par les faits la réalité de la guerre menée à l'intérieur du camp républicain.


La guerre civile fut en effet avant tout une révolution. Gill rappelle l'importance de celle-ci dans le contexte mondial de l'époque. Elle suscita une peur dans la bourgeoisie européenne mais aussi chez Staline et la bureaucratie soviétique, expliquant l'implication de l'URSS. Trop souvent présentée comme le conflit avant-coureur de l'affrontement entre démocratie et fascisme, c’est-à-dire comme une pré-édition en miniature de la Seconde guerre mondiale, la guerre d'Espagne fut avant tout un conflit de classe, un conflit politique.


Pour Staline, l'enjeu n'était rien de moins que de maintenir son hégémonie sur les partis de gauche en Europe.

 

La formule du « socialisme dans un seul pays », slogan avancé par Staline dès 1924 comme arme de guerre contre Trotsky, constituait le socle idéologique de son pouvoir. Son attitude procédait également du jugement fort cynique selon lequel la réussite d'un mouvement révolutionnaire en Europe de l'Ouest, dans des pays capitalistes avancés, aurait été la ruine de ses prédictions, de ses choix et in fine, la remise en question de son pouvoir et de celui – limité à l’époque – de l'URSS.


Le Parti Communiste Espagnol et ses alliés furent donc les acteurs majeurs du passage de la Révolution sociale initiale à une « normalisation » qui entendait rétablir une république bourgeoise, y compris avec l'aide des partis bourgeois et des milieux d'affaires – notamment britanniques et américains. Gill, en citant des sources primaires, appuie cette démonstration et rappelle ainsi aisément ce que Staline aurait eu à perdre en cas de victoire des Républicains. Républicains qui, rappelons-le, étaient majoritairement affiliés aux partis anarchistes, au POUM ou aux partis socialistes.

 

A part ces derniers (le PSUC) qui s'alignent sur le PCE, les anarchistes et le POUM seront liquidés.


Dès le mois de mai 1937, des combats violents opposent à Barcelone le camp stalinien aux partisans de la révolution sociale immédiate (collectivisation, autogestion). La Catalogne étant de fait contrôlée par ses derniers (CNT-FAI, UGT, POUM), la révolution sociale avait tendance à s'étendre progressivement de la Catalogne à l'Aragon. De fait, au mois d'août 1937, le POUM est interdit et la CNT-FAI se trouve exclue de toutes les directions. Nombreux seront ces militants liquidés par des tribunaux ou des exécutions illégales. Ce qui est souvent présenté comme une désunion dommageable à la poursuite de la guerre était de fait une initiative soviétique prise délibérément, assurant ainsi à terme la défaite de la République.


Cette politique soviétique peut s'expliquer également par la volonté de Staline de conclure des alliances militaires avec la France et le Royaume-Uni face à la menace grandissante de l'Allemagne hitlérienne, cette préoccupation primant sur un soutien à une révolution prolétarienne internationale qui risquerait de lui aliéner ces pays.


Des techniques staliniennes désormais bien connues – noyautage de la police, de l'armée, usage de la terreur, de l'assassinat, notamment d'Andreu Nin leader du POUM, réécriture de l'histoire, procès truqués, mais aussi créations d'un PCE de masse grâce à une aide essentielle mais conditionnée – furent expérimentées en Espagne avec une efficacité certaine.

 

Cette hégémonie soviétique fut possible parce que l'URSS était le seul pays vers lequel la République espagnole pouvait se tourner pour obtenir de l'aide et des armes. La décision de non-intervention du gouvernement du Front Populaire français fut de ce point de vue décisif pour assurer la montée rapide du PCE.


Le prestige de l'URSS, et donc du PCE, vint en effet en Espagne, de l'aide – pourtant limitée en armes, en chars, en matériel de guerre et en hommes – qu'elle était la seule à assumer. Les brigades internationales étaient également largement composées de communistes « orthodoxes », et rapidement sous le contrôle des staliniens. Cette aide lui permit d'assurer le contrôle de la révolution espagnole, puis de décapiter les partis anarchistes et marxistes – comme le relate Orwell dans Hommage à la Catalogne ou Ken Loach dans Land and Freedom.


Ce livre qui mériterait d’être placé entre toutes les mains est à la fois synthétique, efficace, contextualisé et documenté. Il sait rappeler au lecteur les rapports de force et notamment l'importance des partis communistes stalinisés dans les milieux de gauche, y compris anglais, et la facilité des intellectuels à tomber dans une mentalité « campiste », favorable ou complaisant vis-à-vis du totalitarisme stalinien. Louis Gill rappelle d’ailleurs une des leçons décisives qu’Orwell proposa de son expérience en Espagne grâce à une de ses citations :

« Tôt dans ma vie, j’ai remarqué qu’aucun événement n’est jamais relaté avec exactitude dans les journaux, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai lu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, ni même l’allure d’un mensonge ordinaire. J’ai vu l’histoire rédigée non pas conformément à ce qui s’était réellement passé, mais à ce qui était censé s’être passé selon les diverses "lignes de parti". Ce genre de choses me terrifie, parce qu’il me donne l’impression que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de ce monde. »

La capacité à considérer la vérité objective comme un concept dépassé, à s’en tenir à une version falsifiée, à réécrire l'histoire aux dépens des faits, voilà des pratiques intellectuelles qui nous concernent toujours.


Le croisement de la réalité historique, des lettres et écrits d'Orwell offre non seulement une bien meilleure compréhension d'un moment décisif pour l'histoire de l'Europe, mais, comme tous les ouvrages importants, invite à de nouvelles réflexions. Soulignant le rôle décisif des intellectuels, Orwell nous offre une clef pour comprendre les racines de notre monde post-moderne. Luc Boltanski a pu décrire 1984 comme un ouvrage de sociologie décrivant une idéologie pour dominant (le régime de « l'Angsoc » du roman). Gill nous rappelle surtout qu'il s'agit d'une préfiguration saisissante de la réalité actuelle, tant celle-ci puise dans notre passé immédiat.

 

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http://www.contretemps.eu/fr/lectures/recension-george-orwell-guerre-civile-espagnole-1984-louis-gill

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 10:57

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À l’occasion de la mort de Santiago Carrillo, le 18 septembre à l’âge de 97 ans, Pepe Gutiérrez (Izquierda Anticapitalista) retrace le parcours de l’emblématique dirigeant du Parti communiste espagnol (PCE).


Il est assez probable que, pour les nouvelles générations, le mot « communiste » fasse penser avant tout à Santiago Carrillo. Il a été, et de loin, le secrétaire général du PCE resté le plus longtemps à son poste.


Fils du leader socialiste et syndicaliste UGT Wenceslao Carrillo, ses jeux d’enfant sont perturbés par les interventions de la police et les visites au père emprisonné. Carrillo s’est fait connaître comme le dauphin du leader du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) Largo Caballero. Le jeune Santiago est un fervent partisan de la dénommée « bolchévisation ». Dans les Jeunesses socialistes (JS), il est à la tête du secteur le plus impliqué dans les Alliances ouvrières de Joaquin Maurin. Carrillo est jusqu’à début 1936 le meilleur défenseur de l’entrée du Bloc ouvrier et paysan et des trotskistes dans le PSOE pour en renforcer l’aile gauche.


Il a beaucoup été question du « trotskisme » aux JS.

 

À l’époque, Trotsky demeure aux yeux de tous le compagnon de Lénine ; on lit ses œuvres mais surtout, on apprécie ses percutants travaux en faveur d’un front unique ouvrier socialiste et communiste, seul moyen de contrer Hitler. Mais dans le même temps, on continue de croire qu’en URSS se construit le socialisme. Après son emprisonnement pour son activisme en octobre 1934, Carrillo n’hésite pas. Quand il visite l’URSS vantée par tous les « touristes révolutionnaires », il s’écrie : « Voilà ce que je veux ! » Fin 1936, il intervient dans un meeting de la JSU en proclamant que le « trotskisme » fait partie de la ve colonne !


Son rôle dans la défense de Madrid en tant que conseiller de l’Ordre public de la junte de Madrid et des prisons donc, est bien connu. Carrillo en était fier. Les bombardements sur la capitale étaient sans pitié, mais on n’en retient que l’image d’Épinal de l’exécution de fascistes à Paracuellos. À la fin de la guerre, le PCE est déjà brouillé avec toutes les forces républicaines. Carrillo lui-même écrit à son père (resté socialiste) : « entre un communiste et un traître, il ne peut y avoir aucune relation ». Son père lui répond en le traitant de « fils de Staline ».


La suite de son itinéraire est marquée par une ascension fulgurante au sein de la hiérarchie du Parti. C’est une histoire dont on pourrait dire, sans généraliser outre-mesure, que les misères atteignent des sommets et les grandeurs des abîmes. Il y a un contraste assez clairavec, d’un côté, ceux qui restent à lutter à l’intérieur ou reviennent clandestinement, et de l’autre, ceux qui forment « l’appareil ». L’épisode de son retrait du maquis est sûrement le plus sombre, sujet sur lequel on commence à avoir des révélations effrayantes mais dont Carrillo a refusé de parler jusqu’à la fin […]. Nul doute que de tels épisodes ont fortement joué dans l’acceptation par Carrillo de « l’oubli historique » durant la Transition.


Il me semble évident que ces pages noires contribuent à donner une image propre à des politiciens qui n’avaient pas bougé leurs fesses, tel Felipe Gonzalez, comparés à des secrétaires généraux aux armoires pleines de cadavres. Grâce aux soutiens de ses camarades de la JSU, Carrillo a renforcé son rôle au sommet du PCE, devenant ainsi membre d’une délégation espagnole auprès de Staline en 1948.


En 1956, le sommet du PCE essaye bien d’empêcher la divulgation du Rapport Khroutchev sur les crimes de Staline, mais finit par l’accepter. Mieux encore, ils deviennent tous khroutchéviens. C’est sous cette influence qu’est rédigée la « Déclaration pour la réconciliation nationale, pour une solution démocratique et pacifique du problème espagnol » qui annonce la politique qu’il mène à partir de la mort de Franco.


C’est aussi durant cette phase que le PCE réussit à dépasser les obstacles de la clandestinité, ce à quoi ne parvient aucune des autres forces républicaines.


C’est ainsi que le « carrillisme » devient une variante de la « culture stalinienne ». Le Parti n’était pas un lieu de discussion. Sous prétexte de la « discipline » nécessaire à la clandestinité, n’importe quelle divergence est une « trahison ». On forge un militantisme aveugle, qui n’apprend qu’à obéir, avec une formation qui n’autorise que les lectures dans la ligne officielle. À cette école, on apprend aussi le culte de la manœuvre politique.
C’est grâce à cette culture que Carrillo peut négocier avec Adolfo Suarez1 une transition qui transforme le mouvement ouvrier en parent pauvre d’une demi-démocratie.


Ces derniers temps, lorsque quelqu’un nous interroge sur la profonde méfiance que ressentent les nouvelles générations envers les syndicats et les partis, on ne peut qu’admettre qu’elle est vraiment liée à l’énorme déception vécue par des milliers et milliers de militants honnêtes qui ont cru en tout et ont été profondément déçus.
Que Carrillo repose en paix, et que ses efforts militants soient reconnus. Mais j’espère aussi qu’avec lui mourra un peu plus toute cette culture qu’on appelait « communisme » mais qui ne l’était pas.


Pepe Gutiérrez (Izquierda Anticapitalista)


1. Chef du gouvernement de droite nommé par le roi puis élu par les Cortes, après la mort de Franco.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 09:32

veldiv

Par Boris Thiolay, publié le 20/04/2010 à 17:02, mis à jour le 08/08/2012 à 11:56

 

Soupçonné d'avoir dénoncé des résistants en 1944, en Bretagne, le fondateur du groupe de grande distribution fut emprisonné pendant six mois après la Libération. L'Express dévoile des documents montrant sa proximité avec une unité allemande de sinistre mémoire. Révélations. 

 

 

Une belle cérémonie, en présence de responsables politiques et de personnalités du monde économique. Le 14 décembre dernier, à l'Elysée, Nicolas Sarkozy remettait les insignes de chevalier de la Légion d'honneur à Edouard Leclerc, le fondateur du groupe de grande distribution, ainsi qu'à son épouse, Hélène. Cette décoration intervenait à l'occasion du soixantième anniversaire de l'ouverture de la première boutique de "l'épicier de Landerneau", devenue entre-temps la première enseigne de France, avec un chiffre d'affaires de 29,4 milliards d'euros en 2009. 

Aujourd'hui, la remise de la rosette à cet homme de 83 ans suscite des interrogations. Et une indignation sourde parmi les associations d'anciens combattants et les connaisseurs de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le Finistère. Car, depuis soixante-six ans, un bruit - un chuchotement, plutôt - hante les rues de Landerneau (14 900 habitants) : "Edouard a collaboré", "Leclerc aurait donné des gens"... 

Le 5 mars, la famille de François Pengam - un résistant de 19 ans dénoncé, arrêté, torturé puis fusillé par les Allemands le 27 mai 1944 - a adressé un courrier à la chancellerie de la Légion d'honneur pour exprimer "son profond désarroi" à la suite de la cérémonie de l'Elysée. Dans cette lettre, elle rappelle deux points importants.  

La Cour de Justice du Finistère déclare Edouard Leclerc "irresponsable de ses actes" en février 1945. Cliquez ici pour voir le document en grand.

La Cour de Justice du Finistère déclare Edouard Leclerc "irresponsable de ses actes" en février 1945. Cliquez ici pour voir le document en grand.

DR

"Examiné au point de vue mental", il bénéficie d'un non-lieu

D'abord, le fait qu'Edouard Leclerc "fut incarcéré plusieurs mois [après la Libération] pour atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat". Ensuite, le fait que "le père de François Pengam, voulant connaître l'issue de la procédure engagée contre Edouard Leclerc", fut informé par le procureur de la République, dans une lettre du 19 février 1945, que le suspect avait bénéficié d'un non-lieu. Avec l'explication suivante : "Examiné au point de vue mental, il a été reconnu irresponsable de ses actes." Sans porter d'accusations contre l'inventeur de la grande distribution, la famille Pengam se demande si "la justice a véritablement fait la lumière sur ses agissements pendant la guerre". 


Exhumé par un journaliste rennais, Bertrand Gobin, le document évoquant l'"irresponsabilité" d'Edouard Leclerc a ravivé le doute. Mais d'autres archives, révélées ici par L'Express, apportent des précisions inédites sur son attitude pendant l'Occupation. Et éclairent la manière dont il a parfois récrit sa propre histoire au fil des décennies... 

Pour bien mesurer le poids de ce passé à Landerneau, il faut d'abord revenir aux années 1970. A l'époque, le Cidunati, un syndicat de petits commerçants, diffuse des tracts accusant Leclerc, la célébrité locale, d'avoir "vendu des patriotes" en 1944. L'intéressé engage des poursuites en diffamation et obtient la condamnation de ses détracteurs. Il profite aussi de son autobiographie, Ma vie pour un combat. Stop à l'inflation (Belfond, 1974), pour relater, à sa façon, les faits reprochés.  

Dans cet ouvrage où il minore son âge - il avait 17 ans et demi en avril 1944, et non 16 ans, comme il l'écrit - l'entrepreneur reconnaît ainsi avoir été arrêté après la Libération, puis "incarcéré pendant six mois". Il évoque même le motif de cette arrestation : ses relations avec un sous-officier allemand, Herbert Schaad. Leclerc précise qu'il se rendait "assez fréquemment" à la Kommandantur de Landerneau pour "porter des colis" à deux de ses frères, franciscains, "déportés à Dachau et à Buchenwald". C'est ainsi qu'il aurait fait la connaissance de Schaad, avec lequel, assure-t-il, ses conversations ne "quittèrent jamais le terrain de la banalité".  

Dans ce livre, il écrit également à propos de ce même Schaad: "Je n'ai su que par la suite [après la guerre] qu'il avait commis des actes de répression contre des groupes de résistants ou de maquisards." C'est pourtant la fréquentation de cet Allemand qui lui a valu d'être soupçonné d'avoir dénoncé un ou plusieurs résistants.  

Le Kommando de Landernau traque les résistants

Qui était donc ce sous-officier dont il assure aujourd'hui encore "ne pas connaître la carrière" ? D'abord interprète à la Kommandantur, Herbert Schaad devient le responsable des opérations du sinistre Kommando IC 343 de Landerneau, créé en avril 1944 et dirigé par le lieutenant Krüger. Cette unité d'une vingtaine d'hommes n'appartient pas à la Gestapo, mais ses méthodes n'ont rien à lui envier. "Sa mission spécifique était de traquer les résistants et de les éliminer, éventuellement de les arrêter pour les faire parler", confirme un historien spécialiste de la collaboration en Bretagne.  

Schaad, qui parle parfaitement le français, s'appuie sur une douzaine de collaborateurs, dont certains seront condamnés à mort après la guerre, et des indicateurs locaux. Entre avril et août 1944, les hommes de son groupe sèment la terreur dans les maquis bretons, tuant, torturant ou livrant au peloton d'exécution plusieurs dizaines de personnes. Les résistants sont "cuisinés" au siège du Kommando, le manoir de Colleville, une maison de deux étages construite au XVIIIe siècle, en plein centre de Landerneau. "Aucun habitant ne pouvait ignorer ce qui s'y passait", estime le même historien. 

Le 21 mai 1944, dans la nuit, le Kommando arrête six jeunes, membres du patronage catholique des Gars d'Arvor. Parmi eux, François Pengam, qui appartient aussi à un groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP). Quelques heures plus tôt, cette nuit de printemps, son père, qui travaille à l'Office central (une coopérative) et porte le même prénom, a également été arrêté - peut-être du fait de cette homonymie - et libéré peu après. Tous les jeunes du patronage seront relâchés. A une exception : le fils Pengam, fusillé six jours plus tard. 

Quel rôle a pu jouer Edouard Leclerc à Landerneau durant cette période terrible ? Etait-il trop bavard, ou trop naïf pour ne pas comprendre ce que faisaient Schaad et ses sbires ? A-t-il, par ses fréquentations, mis le doigt dans un engrenage dont il ne pouvait plus s'extirper ? L'essentiel de la réponse se trouve dans des documents inédits, dont L'Express publie des extraits. 

En septembre 1944, Edouard Leclerc est arrêté

Procès-verbal de l'audition d'Edouard Leclerc en septembre 1944. Pour agrandir le document, cliquez ici.

Procès-verbal de l'audition d'Edouard Leclerc en septembre 1944. Pour agrandir le document, cliquez ici.

DR

Le plus important d'entre eux est un procès-verbal d'audition d'Edouard Leclerc par un responsable de la Résistance, à Landerneau. Après la Libération, le jeune Edouard est en effet arrêté le 3 septembre 1944, par Jean Sizorn, chef du groupe FTP auquel appartenait le fils Pengam. A plusieurs reprises, le "suspect" est interrogé par les services de renseignement de la Résistance. Dans le PV de sa première audition, le 4 septembre, il indique que ses "relations avec Schaad [...] remontent à cinq mois environ", ce qui correspond à la date de création du Kommando. Tout en minimisant les faits, il admet, noir sur blanc, avoir "donné" plusieurs noms d'habitants de Landerneau. "J'ai été questionné par Schaad [...], précise-t-il, je lui ai donné la liste des chefs directeurs de l'Office central, parmi lesquels se trouvaient Messieurs H..., B..., Pengam, L...". 

Dans la suite de sa déposition, il avoue également : "Par mes paroles imprudentes, je reconnais que Le L... du patronage a été arrêté sur mes informations à Schaad. Il fut relâché un jour après." Leclerc confesse encore, entre autres choses, avoir "signalé un Espagnol [...] qui était supposé communiste. Cet individu ne fut pas relâché mais il devait rester persona grata (sic) à la Gestapo". Pour sa défense, Edouard Leclerc affirme avoir fait libérer plusieurs personnes arrêtées par les Allemands ; ce qui dénoterait, pour un mineur, une étonnante influence auprès de l'occupant. 

Un dossier classé sans suite

En conclusion, il résume ainsi ses actes: "J'ai, pendant cinq mois, louvoyé avec Schaad, dont je ne pouvais me débarrasser." Aucun doute: la déposition est signée E. Leclerc. Et l'on est bien loin de son récit autobiographique... Lui aurait-on extorqué ces aveux par la violence? En 1974, dans l'ouvrage précité, Edouard Leclerc écrivait : "Mes gardiens ont été extrêmement gentils avec moi [...] C'était vraiment folklorique." 

Un autre document, daté cette fois de la fin d'octobre 1944, montre qu'il est détenu à Landerneau, en compagnie de plusieurs membres du Kommando, dont Herbert Schaad en personne. Accusé "d'atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat", le jeune Breton est ensuite transféré, toujours avec eux, à Quimper, afin d'être jugé, comme le relate le journal Le Télégramme de Brest et de l'Ouest, dans son édition du 28 novembre 1944. Il a encore été détenu près de quatre mois aux côtés de Herbert Schaad, avec qui "il a beaucoup discuté", comme il l'a d'ailleurs précisé, plus tard, dans son livre. Et cela, jusqu'au classement sans suite du dossier, en février 1945. 

Sollicité sur toute cette affaire, Edouard Leclerc n'a pas souhaité recevoir L'Express, mais il a accepté de s'expliquer au téléphone. "Ces choses sont tellement lointaines. A l'époque, on a accusé faussement, on a confondu les gens, répète-t-il. Tout ceci a été classé, parce qu'il n'y avait rien dans le dossier." Aujourd'hui, il est la seule personne habilitée à demander l'ouverture de son dossier datant des années 1944 et 1945.

Déclaré "irresponsable" en février 1945

Dans Ma vie pour un combat. Stop à l'inflation, son livre autobiographique paru en 1974, Edouard Leclerc expliquait avoir été lavé des accusations de délation qui l'avaient visé à la Libération. "Grâce à un travail d'archives, on s'est aperçu que je n'en étais pas l'auteur", écrivait-il. En réalité, Edouard Leclerc a été relâché sans être jugé. En février 1945, il a bénéficié d'un non-lieu, après avoir été "examiné au point de vue mental" et déclaré "irresponsable de ses actes". Il a en fait obtenu un certificat médical de complaisance, grâce à un ami de son propre père. Cet homme, qui organisait l'aide alimentaire à la population de Brest, a fait jouer ses relations auprès du comité départemental de libération du Finistère, afin de soustraire Edouard Leclerc à un procès.

François Pengam, pour mémoire

Où repose François Pengam, ce résistant de 19 ans, qui fut dénoncé, arrêté le 21 mai 1944 à Landerneau, puis fusillé six jours plus tard ? C'est l'une des zones d'ombre qu'espère éclaircir, grâce à son site Internet, la famille du jeune homme. Engagé dans la Résistance dès novembre 1942, "Francic", comme on le surnommait, intègre rapidement un groupe de choc FTP (Francs-tireurs et partisans). A son actif : opérations de sabotage, distributions de tracts, renseignement. En mai 1944, il est pris par le Kommando de Landerneau, spécialisé dans la traque des maquisards. A la Libération, son père se démènera sans compter pour confondre les responsables. En vain, même s'il avait des soupçons. Aujourd'hui, "sans esprit de revanche", sa famille souhaite "honorer la mémoire" de ce jeune homme qui reçut à titre posthume la croix de guerre avec palmes et la médaille de la Résistance. Depuis 1946, une rue de Landerneau porte son nom.

 

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-passe-trouble-d-edouard-leclerc_886250.html

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 14:26
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Le sénateur du Val-d'Oise entend soutenir la politique du président François Hollande.

L'ancien numéro un du PCF, Robert Hue, sénateur du Val-d'Oise, a annoncé jeudi qu'il quittait le groupe communiste du Sénat (CRC) pour rejoindre le RDSE (à majorité Radicaux de gauche). "Je ne me retrouve plus dans la position qui domine dans le groupe et qui s'identifie à la politique du Front de gauche et de Jean-Luc Mélenchon, foncièrement hostile à ce que fait François Hollande", a expliqué Robert Hue. "C'est une question de cohérence, car j'ai soutenu François Hollande", a-t-il ajouté. "Depuis plusieurs années, j'ai soutenu le projet présidentiel de François Hollande, j'ai refusé de m'inscrire dans une stratégie de division opposant une gauche à une autre", souligne-t-il par ailleurs dans un courrier à la présidente du CRC, Nicole Borvo Cohen-Seat, qu'il a rendu public.

 

"Sans freiner les nécessaires critiques que l'on peut porter sur certains aspects de la politique du pouvoir, la responsabilité appelle le refus de s'enfermer dans je ne sais quelles tactiques partisanes", ajoute-t-il.

 

Le RDSE comportera désormais 17 membres et le CRC 20 affiliés. Robert Hue est sénateur depuis 2004. Il a été réélu en 2011. En 1994, il avait pris la succession de Georges Marchais à la tête du Parti communiste français (PCF). L'année suivante, cet ancien infirmier est candidat à l'élection présidentielle où il recueille 8,64 % des voix. Lors de l'élection présidentielle de 2002, Robert Hue ne remporte que 3,37 % des suffrages. Robert Hue a quitté le PCF pour créer en 2009 le Mouvement unitaire progressiste (MUP). Robert Hue a été maire de Montigny-les-Cormeilles (Val-d'Oise) de 1977 à 2009, année où il démissionne de son mandat.


Le Point.fr - Publié le 13/09/2012 à 14:00

******

Il y a trente ans, Vitry et Montigny

Ce n’est pas un « bulldozer » qui a été utilisé pour détruire l’immeuble du 92 rue Victor-Hugo mais un « tractopelle », a tenu à préciser la mairie de Bagnolet… Le premier mot reste en effet lourd de sens, associé dans la mémoire collective à un événement, précédant l’élection présidentielle de 1981, qui avait marqué le début du déclin électoral du PCF. À l’époque, l’affaire du « bulldozer de Vitry » avait causé un émoi considérable.


Le 24 décembre 1980, la municipalité PCF de Vitry-sur-Seine (94) avait fait détruire au bulldozer l’entrée d’un foyer de travailleurs immigrés en cours de construction sur son territoire.

 

Le maire Paul Mercieca avait été soutenu par le secrétaire général de l’époque, Georges Marchais, et par le comité central du parti. L’Humanité du 6 janvier 2001 avait publié une lettre de Marchais, adressée au recteur de la mosquée de Paris, dans laquelle le secrétaire général déclarait notamment :

 

« Je vous le déclare nettement : oui, la vérité des faits me conduit à approuver, sans réserve, la riposte de mon ami Paul Mercieca (…) Plus généralement, j’approuve son refus de laisser s’accroître, dans sa commune, le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés (…)

 

La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés fait que la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage (…) Je précise bien : il faut stopper l’immigration officielle et clandestine (…)

 

Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés de divers pays. Cela rend difficile leurs relations avec les Français (…) Quand la concentration devient très importante (…), la crise du logement s’aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéder. Les charges d’aide sociale nécessaires pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes. »

 

Peu après, le 8 février 1981, le maire de Montigny-lès-Cormeilles (95), Robert Hue, par ailleurs futur successeur de Marchais à la direction du PCF, organisait une manifestation devant le logement d’une famille marocaine que la municipalité accusait injustement et sans preuve de « trafic de drogue ».

 

En meeting électoral à Montigny douze jours plus tard, Georges Marchais y prononçait alors un discours passé à l’histoire1:


« Nous posons le problème de l’immigration, ce serait pour favoriser le racisme ; nous menons la lutte contre la drogue, ce serait parce que nous ne voulons pas combattre l’alcoolisme prise par notre clientèle (...) Pour la jeunesse, je choisis l’étude, le sport, la lutte et non la drogue (...) Alors, comme l’autre jour un dirigeant socialiste, ils crient tous en chœur : « pétainisme !» Quelle honte, quelle idée lamentable ces gens-la se font des travailleurs (…)

Je le dis avec toute la force de mon indignation, de telles attaques ne déshonorent que leurs auteurs et ils ne méritent que le mépris. »


1. http://www.ina.fr/economie-et-societe/vi....

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 12:31

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Septembre 1920. Pour l’état révolutionnaire russe c’était un moment de grand espoir – mais aussi de grand danger.

 

En 1917, les travailleurs russes avaient pris le pouvoir. Depuis ce temps, ils avaient subi une soi-disant « guerre civile » [en réalité l’invasion d’une douzaine d’armées étrangères, y compris la britannique et la française] atrocement cruelle. Des révolutions en Hongrie et Bavière en 1919 avaient été rapidement écrasées.


Les dirigeants bolcheviques savaient bien qu’il fallait étendre la révolution. Si la révolution restait isolée, elle ne pourrait pas survivre. Personne ne parlait encore du socialisme dans un seul pays. Le nouvel état soviétique avait donc besoin d’alliés, dans ses propres intérêts et dans l’intérêt des travailleurs du monde entier. Ou bien le socialisme étendait sa victoire, ou bien l’exploitation continuait et de nouvelles guerres allaient se préparer.

 

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C’était dans cette perspective que l’Internationale Communiste avait été créée en 1919, dans le but d’encourager la révolution mondiale.

 

Le deuxième congrès de l’Internationale, tenu à Moscou en juillet et août 1920, avait regroupé un grand nombre de socialistes et de syndicalistes qui allaient dès lors former les nouveaux partis communistes à même de bouleverser le capitalisme mondial une fois pour toutes. Mais la grande majorité des délégués venaient de l’Europe.

 

Il fallait aussi chercher des alliés ailleurs, dans ce que Zinoviev, le président de l’Internationale Communiste, appelait « la deuxième moitié du congrès de l’Internationale1 ». Voilà ce qui a constitué le congrès de Bakou.

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 14:11

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Le leader indépendantiste cap-verdien a été tué quelques mois avant l’indépendance

Praia célèbre ce jeudi le 37e anniversaire de l’indépendance du Cap-Vert, rendue possible par le combat d’Amílcar Lopes Cabral. Mais cette figure majeure de la lutte anticoloniale au Cap-Vert et en Guinée-Bissau ne la verra jamais.

Né en 1924, en Guinée portugaise (actuelle Guinée-Bissau), Amílcar Lopes Cabral migre très rapidement avec sa famille vers Praia. Quelques années plus tard, il part étudier à l’Université de Lisbonne où il rencontre de nombreux militants indépendantistes de l’empire colonial portugais.

 

A la suite de sa formation en métropole, Cabral décide de rentrer en Guinée-Bissau en tant qu’agronome mais s’engage rapidement en politique, notamment en fondant le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) avec son demi-frère, Luis Cabral (futur président de Guinée-Bissau) et Aristides Pereira (futur président du Cap-Vert). Le programme du nouveau parti repose sur la lutte armée contre la présence portugaise, à partir de bases arrières dans les pays limitrophes.


Le Cap-Vert et la Guinée Bissau : un seul Etat pour Cabral


Parallèlement, Amílcar Cabral engage une intense activité diplomatique afin de mobiliser la communauté internationale en faveur du combat pour l’indépendance. Cette stratégie s’avère payante puisqu’en 1972, le PAIGC est considéré par les Nations-unies comme « véritable et légitime représentant des peuples de la Guinée et du Cap-Vert ».

 

Toutefois, le mouvement est traversé par une vive opposition entre les métis cap-verdiens et les noirs guinéens.

 

Cette rivalité est même instrumentalisée par les autorités portugaises, qui espèrent à cette époque la conservation du Cap-Vert en cas de défaite sur le continent. La double culture de Cabral devient dès lors très vite problématique.

Après vingt ans de lutte et tout près de la victoire, il est assassiné le 20 janvier 1973 en Guinée-Conakry par des membres de son propre parti, avec la complicité de la police politique portugaise et des complices guinéens.

 

Le métissage culturel de ce dernier et la proximité de son demi-frère Luis (de mère portugaise) avec l’élite cap-verdienne, réputée proche du colon portugais, gênait beaucoup de militants de son mouvement ainsi que le président guinéen, Ahmed Sékou Touré. Le projet d’union entre la Guinée-Bissau et le Cap-Vert, souhaité par Amílcar Cabral, était en concurrence avec celui de "Grande Guinée", porté par Sékou Touré.

 

Cette union des Guinéens, qui était négociée entre Bissau et Conakry, proches idéologiquement et sociologiquement, reposait notamment sur la suprématie des Noirs et se heurtait aux métis capverdiens. A contrario, le projet de Cabral prônait la collaboration des Noirs et des Métis au sein d’un État. Cependant, aucun de ces deux projets n’aboutira. Le rêve de Cabral sera définitivement enterré après le coup d’Etat de 1980 en Guinée-Bissau. L’indépendance de la Guinée-Bissau avait été reconnue le 10 septembre 1974 par le Portugal, soit une année avant celle du Cap-Vert.


Amílcar Lopes Cabral restera dans l’histoire comme un grand révolutionnaire panafricaniste, aussi bien dans son pays qu’en Afrique. Les récits sur le personnage sont nombreux et plusieurs sites, tels que l’aéroport de Sal au Cap-Vert, ou encore le lycée Cabral à Ségou, au Mali, rendent hommage à sa mémoire.

 

 

http://www.afriquesenlutte.org/afrique-de-l-ouest/cap-vert/article/cap-vert-37-ans-d-independance


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