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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:42

Reuillyb.jpg

La compagnie d'André Calvez conduit ses prisonniers à la caserne de Reuilly

 

Un tas de gens viennent contempler les prisonniers. Ils crient plus que nous, mais comme ils n’ont pas participé à la prise, on les vide.

Pour les Allemands aussi, nous sommes un sujet d’étonnement. On dirait des sauvages autour d’un phonographe. Ils s’inquiètent, nous regardent, nous voient rire, sourient un peu, s’inquiètent encore, puis rient enfin. Les terroristes ne mordent pas.

Il n’y pas de quoi se moquer. Ils ne sont pas les seuls à avoir cru à l’homme au couteau entre les dents.

Walter était étonné de voir des communistes qui ne massacrent pas les prisonniers.

Il s’habitua très vite à cela et à penser que les Rouges étaient des hommes comme lui. Mais au début il fut surpris.

Walter est tout à fait petit bourgeois, il ressemble comme deux gouttes d’eau aux braves gens qui lisent « Le Figaro » et qui le traiterait de « sale Bôche », lui, leur frère jumeau. Oui Walter comprit vite !

Souvent, je l’ai observé. Quand les FTP ramenaient un prisonnier, le nouveau restait silencieux pendant quelques temps puis commençait à engueuler Walter et les autres. Je ne comprenais pas les paroles, mais il était facile de deviner que le nouveau était fâché de voir les autres prisonniers parler amicalement aux FTP.

Walter répondait, prenait des témoins. J’entendais « Arbeiter » « Communiste » puis Walter venait serrer la main d’un FTP sous les yeux du nouveau…ahuri !

Il m’était facile de saisir la conversation, sans doute parce que j’ai souvent eu des propos semblables à tenir à des Français dans le 19ème.

 

Bien entendu, la vie que nous menons est tout à fait désordonnée. Il y a bien une salle pour les prisonniers, il y a bien une garde désignée. Mais la salle des Allemands est toujours pleine de FTP qui fument, dorment ou discutent avec Walter en attendant le signal de courir aux autos.

 

 

On a un petit vieux, infirmier allemand. Il est envoyé à Jaurès pour parlementer avec les soldats retranchés dans le coin. Le petit vieux revient avec un FFI. Il s’était perdu et c’est lui qui a demandé au FFI de le reconduire à notre poste ! Le petit vieux ne se casse d’ailleurs pas la tête ; il ne réalise pas bien qu’il est prisonnier. J’ai déjà fait le grand sacrifice d’aller lui acheter une pipe dans un bureau de tabac ouvert par hasard. A présent, il veut un jeu de cartes. On n’en trouve pas. Il me harcèle et prend tous les FTP à témoin que je ne veux pas lui donner de cartes. Il est tellement embêtant que je lui braille à l’oreille « toi, prisonnier ! Gefangen ! »


Il sourit béatement et répond dans un jargon franco-allemand : « Ja, ja, gefangen. Cartes, Christian ! »

La bande de prisonniers augmente. Il y a enfin un qui a été dans le PC allemand, c’est un vieux mineur de la Ruhr. Il parle peu et ne sait pas un mot de français. De temps en temps, je l’entreprends : « Luxembourg, Liebknecht, etc. » Il me répond mais tout ce que je crois saisir, c’est qu’il accuse les sociaux-démocrates d’être responsables du triomphe de Hitler.

 

Guy avait un fusil Mauser et un pistolet de 9 mm pris sur des frisés au pont de Flandres.

 

Un type lui a barboté ses armes pendant qu’il dormait. Il en est furibard pour toute la journée. Aussi, à présent, nous ne recevons que les FTP à notre siège. L’entrée est gardée, mais à l’intérieur, il y a une sympathique pagaille. Dans la salle des prisonniers, Nono est de garde avec un autre copain. Ils dorment paisiblement sur une table et c’est Walter qui surveille les mitraillettes afin qu’aucun intrus ne vienne les prendre.

 

Ca ne sera marqué dans aucun livre d’Histoire de France, mais c’est pourtant une vérité que tous les FTP du 19ème peuvent affirmer. Il n’y a qu’avec nos prisonniers qu’on est sûrs de ne pas voir nos armes disparaître. Pendant toute l’insurrection, ils auraient pu se rendre maîtres de notre poste comme ils l’auraient voulu. Au fond, ils l’auraient peut-être fait s’ils avaient eu l’impression d’être prisonniers ; mais tout le monde mangeait la même soupe, tout le monde bavardait en famille.

 

C’est difficile d’expliquer ce qu’on éprouvait, mais Walter et les autres devaient ressentir la même chose.

 

Pourquoi auraient-ils sauté sur nous pour prendre nos armes puisqu’on leur prêtait tout notre attirail quand il leur prenait la fantaisie de voir comment on démonte une mitraillette Sten ou un autre engin.


En réalité, on état tous contents d’être débarrassés des SS ; et encore, les prisonniers étaient en un sens, plus avantagés que nous. Car nous, on voyait nos SS en herbe grandir sous forme de flics qui commençaient petit à petit, à ouvrir la bouche de nouveau.

 

A présent il y a un mélange de toutes les anciennes compagnies FTP dans le 19ème. Il y en a de la Cie de la Garde, de la St-Just, de la Guy Moquet et de la Marseillaise. Les deux FTP les plus hargneux envers nos prisonniers, les deux super nationalistes, ne sont pas français, mais Hongrois. On voit souvent des choses bizarres comme cela.

 

Le soir du fameux incident avec les SS, Walter a tenu une petite réunion avec les prisonniers. Puis il a rédigé une lettre que tous les prisonniers ont signé.

Voici le texte à peu près :

Adresse au général commandant le Grand Paris ;

Nous, soldats de la Wehrmacht, faits prisonniers dans Paris (19ème arrondissement) par les francs tireurs Partisans, déclarons que nous avons été bien traités par les FTP qui ont partagé leur nourriture avec nous et nous ont considéré sans haine.

Nous réprouvons les méthodes sauvages des SS qui dans la journée du … ont pris des otages parmi les infirmiers français contre tout droit.

Les signatures suivent


Cette lettre nous fut remise. Les évènements qui se précipitèrent, empêchèrent qu’elle soit remise à son destinataire. Mais je dois insister sur un point. Quand elle fut écrite et signée, les prisonniers et nous même pouvions encore entendre les tanks allemands qui passaient avenue Jean Jaurès, à cent cinquante mètres de là.


Des nazis allemands ou des chauvins français peuvent mettre ces faits en doute et laisser entendre que cette lettre fut écrite sous notre pression. La réalité, c’est que cette lettre fut écrite sous l’initiative entière des prisonniers eux-mêmes.

Tous les copains FTP peuvent en témoigner. Guy Dramard, sous lieutenant à l’armée delattre. Jo, chauffeur à Paris ; Gilbert, sous lieutenant à Paris ; Bébert ; J.Bilcock, soldat chez Delattre ; Jim et tant d’autres.


Tous les copains FTP dans le 19ème peuvent même témoigner de choses qui déroutent les conceptions d’un bon bourgeois ou d’un bon militaire de carrière. Par exemple, ce qui suit :


-Pendant l’insurrection, beaucoup de jeunes manquaient d’armes. Notre compagnie FTP disposait du meilleur armement de l’arrondissement, pour la simple raison que nous n’avions pas attendu l’insurrection de Paris pour récupérer des armes sur les Allemands.


Des jeunes venaient souvent se promener dans notre QG et le résultat fut qu’une fois un pistolet et un fusil appartenant à Guy disparurent. Aussi le soir, quand nous revenions morts de fatigue, chacun s’allongeait n’importe ou. Les deux gars qui étaient chargés de surveiller les prisonniers s’endormaient au milieu d’eux. Les mitraillettes étaient sur la table. Et c’est Walter ou un autre soldat qui veillait à ce qu’aucun jeune ne vienne les barboter.


Je suis loin de vouloir dire qu’un prisonnier allemand ne cherche jamais à tuer son gardien et à s’enfuir. C’est même normal de la part d’un prisonnier. Mais je constate ce qui fut. Aucun de nous n’a été assassiné !

 

L’insurrection terminée, nous avons été chargés de conduire nos prisonniers à la caserne de Reuilly. Ce fut un long trajet à pied à travers Paris. Bien entendu le défilé était réglementaire. Les prisonniers en rangs, les FTP, armes au poing sur les cotés. La foule était massée et huait les soldats allemands. Toutes les injures y passaient. Je pensais aux misères du peuple pendant quatre ans, à tous les fusillés, aux millions de déportés.

 

Il y avait sûrement sur les trottoirs des parents de fusillés et d’emprisonnés. Oui, une grande colère s’était accumulée pendant la terreur nazie. Aujourd’hui, la colère éclatait. C’était fatal, juste et nécessaire. Seulement voilà, cette colère éclatait contre un mineur de la Ruhr, un coiffeur viennois, un étudiant en médecine, etc. Monsieur Rudolf Hess, bien au chaud en Angleterre, n’entendait pas tout cela. Or, en supposant que l’étudiant ait sa part de responsabilité dans les activités nazies, cette part n’égalait tout de même pas celle d’un chef du parti des bourreaux nazis, d’un des principaux fondateurs des SS.


Et pourtant, c’est Walter qui encaissait pour Rudolf Hess. De même que si les opprimés d’Europe laissent dans l’avenir leur colère être dirigée par les nationalistes et les bourgeois de chez nous, c’est encore le lampiste allemand qui pâtira à la place de Krupp, de Hitler et de leurs associés de France, d’Angleterre et d’ailleurs. Walter comprenait le français ; les autres prisonniers devinaient. Ils étaient pâles. De temps en temps, je m’approchais de Walter pour lui dire qu’on allait bientôt arriver. Il me souriait un peu et me répétait chaque fois : « Ça ne fait rien Christian, c’est normal ». Guy et les autres s’énervaient de temps en temps et lançaient à la foule « y en avait pas tant sur les barricades ! »


Bref, tout le monde fut content en arrivant à Reuilly. Je ne me souviens pas de ce que j’ai eu à faire cette première journée, mais quand je suis arrivé dans la chambrée, le soir, il y avait quelques cuites. Dans la chambrée des prisonniers, tout le monde dormait. Mais Walter était dans celle des FTP. Jo et deux autres FTP avaient fait boire Walter et lui avaient appris quelques mots d’argot inédits. Tous les quatre étaient complètement gris, et Walter me disait d’un air ravi, avec un petit accent « la vie, c’est des conneries ! »

 

Le lendemain, on nous enleva nos prisonniers. Un ordre d’un commandant (les grades naquirent !) nous les enlevait. On se quitta avec de grands serrement de mains, échanges d’adresses, chants de « marchons au pas, camarades », et de « l’Internationale ! »


Walter resta un peu avec nous. On lui proposa de le faire évader. C’était tentant, mais il tenait trop à revoir sa femme et sa famille et, après avoir hésité, il refusa, pensant que la guerre finirait vite, et qu’il pourrait rentre chez lui plus vite et plus régulièrement en restant prisonnier.


Nous revîmes parfois nos prisonniers. Leurs bottes leur avaient été enlevées et ils travaillaient pieds nus ou dans des bouts de chiffons. Bien entendu, ça n’est jamais ceux qui font des prisonniers qui les traitent ainsi. En voyant cela, les FTP furent scandalisés. Il y a eu de grandes engueulades entre soldats dans la cour de la caserne. Puis la vie de tous les jours nous reprit.


Le deuxième groupe de la Saint-Just qui avait pour chef Fenestrelle et qui avait fait l’insurrection dans le 18ème arriva à la caserne. Mais eux, plus audacieux que nous, avaient donné un costume civil à un de leur prisonniers, et il faisait l’armurier de la compagnie. Et sans papier du responsable de la compagnie, l’armurier ne donnait aucun fusil, aucun révolver, aucune cartouche, service, service. Je ris encore quand je pense à la tête qu’aurait fait le colonel s’il avait su que c’était un prisonnier de guerre qui détenait la clef du magasin d’arme de la deuxième de la Saint-Just.

 

Petit à petit, des parties d’uniformes arrivèrent. Je fus nommé lieutenant et, par hasard, je passais un jour dans la cou devant un de nos prisonniers. Celui qui pendant l’insurrection, nous avait appris à nous servir du Coup de poing anti-char. Il regarda mon grade d’un air étonné, d’un air de se demander ce que des révolutionnaires communistes du 19ème faisaient dans des tenues d’officiers.


Ce regard me donna l’impression que ce n’était pas seulement les Allemands qui étaient entrés prisonniers dans la caserne de Reuilly, mais aussi les FTP.

 

Source:   http://andre-calves.org/ 


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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:34

rajfus-copie-1.jpg

par Dominique Angelini


Après l’indécence de Chirac, Bush et Poutine qui ont tenté d’apparaître le 5 juin dernier comme les défenseurs de la démocratie,

 

pour la commémoration du débarquement en Normandie, l’hypocrisie a gagné Paris, où Delanoé a fêté à grand renfort de gros budget et de publicité les 60 ans de la Libération de Paris et cela risque de continuer jusqu’au mois de mai prochain. Pour contrebalancer tout le discours dominant, la lecture du livre de Maurice Rajfus "La libération inconnue", ne peut qu’être salutaire.


En premier lieu, il est important d’oublier l’idée qu’il existait en France une résistance homogène qui se battait contre les nazis. Non seulement, les résistants sont peu nombreux avant la Libération (environ 200 000) mais en plus, ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs. C’est Yvan Craipeau qui expose le mieux la situation : « Sous le drapeau tricolore des maquis, camouflé par le mot d’ordre de libération nationale, se mènent en réalité, trois guerres différentes », ainsi classifiées :


- Celle de la majorité des hommes du maquis, de la jeunesse, de nombre de militants du Parti communiste. Pour ceux-là, la Libération de la France sera en même temps une libération sociale qui purgera le pays des exploiteurs, et ouvrira la voie au socialisme, comme semble le promettre du reste, le programme du Conseil national de la résistance.


- Celle du BCRA, des généraux et de la bourgeoisie : le maquis est pour eux l’embryon de l’armée régulière, non seulement comme force d’intervention contre la révolution, c’est-à-dire contre les maquis révolutionnaires.


- Celle du Parti communiste : le maquis doit jouer un rôle essentiel dans l’insurrection nationale qui remettra en place les organismes nationaux mais, en même temps, permettre au Parti communiste d’y peser avec force.

De Gaulle, représentant de la bourgeoisie

Après la capitulation de Pétain, De Gaulle, depuis Londres lance l’appel du 18 juin. Celui-ci n’est pas un appel à résister. Il ne s’adresse d’ailleurs pas aux Français de l’intérieur, mais à ceux qui sont également en exil. Il s’agit pour De Gaulle, qui refuse de voir la France disparaître en tant que nation, d’un appel à reconstituer une armée. Il ne mentionne d’ailleurs jamais le nazisme en tant que tel, mais simplement la guerre contre l’Allemagne. Jusqu’à la libération, De Gaulle a pour but de prouver à la classe dominante aussi bien française qu’américaine qu’il est le seul apte à remettre un Etat en place.

 

Pour cela, il crée à Londres le Bureau Central Renseignement et Action (BCRA) dans lequel il n’hésite pas à s’entourer d’ex-croix de feu et cagoulards. Il travaille avec les services secrets britanniques et agit comme un réseau de contre-espionnage. Il a peu d’influence en France, mais son rôle est d’éviter que se développe dans le pays, une résistance populaire, qui pourrait ne pas vouloir rentrer dans le rang, une fois la guerre terminée. C’est ainsi qu’en décembre 1941, Jean Moulin, ancien préfet, est parachuté en France. Sa mission est de convaincre toutes les instances de la résistance intérieure que De Gaulle est le représentant de l’Etat, et que l’heure venue, il lui appartiendra de reprendre les rênes.


Une des choses importantes est que les maquis soient tenus éloignés des villes et de la résistance urbaine.

 

De même, les petits maquis sont fortement incités à rejoindre des unités plus grandes. En effet, les petits maquis fonctionnent souvent de manière spontanée, parfois même avec un esprit antimilitariste, et sont incontrôlables. En revanche, dans les grands, existe l’embryon d’une armée régulière, avec levée des couleurs, salut au drapeau etc. Cette politique à été menée alors même qu’elle a eu comme conséquence des massacres, comme dans le maquis du Vercors, où des milliers de résistants ont été assiégés et exécutés par les nazis sans être secourus, ni même recevoir des armes.


Lors de la Libération, De Gaulle a pour obsession la continuité de l’Etat. Malgré la collaboration avérée de la police, de l’armée et bien sûr de tous les hauts fonctionnaires de l’Etat, il est impossible de révoquer tout ce monde sans causer un renversement du système. C’est pourquoi, lorsqu’il arrive à Paris, il dédaigne les centaines de milliers de personnes qui l’attendent à l’Hôtel de ville et se rend à la Préfecture pour saluer la police parisienne.


Or, s’il est vrai que sentant le vent tourner, la police est rentrée en partie dans la lutte contre les Allemands le 19 août, elle a été avant cette date l’alliée des troupes nazies, n’hésitant pas à rafler les juifs et les résistants. Les groupes mobiles de réserve qui sont près de 11 000, sont 3 150 à être révoqués, alors que 63 % de leurs effectifs sont recyclés dans les CRS. Mais cela n’est pas vraiment étonnant lorsque l’on sait qu’une crapule comme Papon qui a envoyé des Juifs dans les camps de concentration est resté en activité des années après la fin de la guerre.

Le Rôle du PCF

Dans un premier temps le PCF a été paralysé par le pacte germano-soviétique. Ce n’est qu’en 1941, lorsque l’Allemagne a attaqué l’URSS, que le PCF a commencé à organiser la résistance. Cependant, dès le départ, certains militants communistes n’ont pas suivi les directives de Moscou. Les communistes ont été les principaux organisateurs de la résistance de l’intérieur et ils ont notamment fournis les rangs des FTP, les francs tireurs partisans.

 

Mais comme l’explique Crépeau, le but du PCF n’était pas d’organiser une insurrection, mais bien de négocier des places dans les institutions. Et De Gaulle trouve un véritable allié en la personne de Thorez qui déclare « Une seule police, une seule armée, un seul État ». Parti pour Moscou dès le début de la guerre il était considéré comme un déserteur. Ce n’est pas seulement pour pouvoir rentrer en France que Thorez n’a pas appelé les militants à renverser le système. Il suivait surtout les directives de Staline.

 

L’URSS et les États-unis s’étaient partagés l’Europe, et la France ne faisait pas partie des annexions soviétiques. Il n’était donc pas question de remettre cela en cause. Depuis 1937, le PCF a suivi une évolution liée à la doctrine stalinienne du socialisme dans un seul pays, qui était de plus en plus nationaliste. Alors qu’en 1935, Thorez proclamait, « des soviets partout », le même déclarait en 1936 « le parti a associé l’Internationale et la Marseillaise et a réconcilié le drapeau tricolore et le drapeau rouge ».

 

En 1937, il franchissait un pas raciste en souhaitant «  la France aux Français » et en 1938, il défendait l’empire colonial. Après s’être redécouvert internationaliste au début de la guerre pour défendre l’URSS contre la France au temps du pacte, il redevient patriote, dès que l’URSS est attaquée. Et si pendant l’été 1940, L’Humanité prônait la fraternisation avec les soldats allemands, le ton avait bien changé en août 1944. Le 22 août la une était « Mort aux boches et aux traîtres », le 23, « Pas un boche ne doit sortir vivant de Paris insurgé » et le 24 « À chaque Parisien son Boche ! ».


La Libération a été une période propice pour les travailleurs. La bourgeoisie était complètement désavouée du fait de son rôle de collabo. Une armée populaire avait vu le jour, et une milice patriotique se développait dans les usines. Le PCF était en position de mener les travailleurs à l’insurrection. Mais cela ne correspondait pas aux plans de Staline. Et la direction du PCF a préféré négocier des places dans le gouvernement.

 

http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-lcr-no0-janvier-mars/article/la-liberation-inconnue-de-maurice

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 13:22

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Longtemps, les manuels d’histoire ont prétendu que la Libération de Paris a commencé le 25 août 1944. Après avoir lu le livre de la journaliste Evelyn Mesquida paru au Cherche-Midi, ils vont devoir corriger leur « erreur ». C’est en effet le 24 août 1944 que la 9ème compagnie de la 2ème division blindée du général Leclerc est entrée dans Paris par la porte d’Italie. Le capitaine Raymond Dronne était à la tête de la « Nueve », un régiment composé de républicains espagnols, dont pas mal d’anarchistes, qui espéraient finir leur lutte antifasciste à Madrid. Un espoir déçu pour ne pas dire trahi.


Impossible de parler de la Nueve sans remonter à la guerre d’Espagne, guerre civile et révolutionnaire où tout un peuple osa rêver d’un autre futur. A partir du 17 juillet 1936, date du soulèvement franquiste au Maroc, les Espagnols durent lutter pendant trente-trois mois contre le fascisme international (Hitler, Mussolini et Salazar prêtaient main au général Franco) et contre quelques faux-amis avant d’affronter l’insoutenable « Retirada », une retraite infernale qui les conduisait vers la mort (ce fut le cas notamment pour le poète Antonio Machado à Collioure) ou dans des camps de concentration français.


Après la victoire des troupes franquistes, fin janvier 1939, une effroyable fourmilière se rua vers la France.

 

Une marée humaine qui échoua, sous la pluie ou la neige, sur des plages aujourd’hui recherchées par les estivants. Peu de vacanciers savent que les sites où ils lézardent furent d’ignobles lieux de souffrances et même les cimetières de milliers d’Espagnols victimes du froid, de la faim, de la gangrène, de la dysenterie, du désespoir.

 

Désarmés, humiliés, parqués comme des bêtes, couverts de poux et de gale, maltraités par les tirailleurs sénégalais, les « rouges » échappaient aux balles fascistes pour connaître une nouvelle barbarie à la française dans une vingtaine de camps situés dans le sud-ouest (Argelès, Saint-Cyprien, Le Vernet, Gurs, Agde, Bram, Septfonds...). Dans son livre La Lie de la terre, Arthur Koestler écrit que le camp du Vernet où il a été emprisonné se situe « au plus haut degré de l’infamie ».


Parmi les vaincus, on comptait des nuées d’« extrémistes dangereux », c’est-à-dire des militants très politisés, des combattants aguerris et des dynamiteurs redoutables.

 

Le camp du Vernet regroupait à lui seul 10 200 internés dont la quasi-totalité des anarchistes de la 26ème division qui a succédé à la célèbre colonne Durruti. Que faire de ce gibier de potence ? Les autorités françaises en envoyèrent bon nombre, plus de 30 000, dans une cinquantaine de camps de travail disciplinaires situés en Afrique du Nord (Relizane, Bou-Arfa, Camp Morand, Setat, Oued-Akrouch, Kenadsa, Tandara, Meridja, Djelfa...). Véritables esclaves, victimes de tortures et d’assassinats, les Espagnols construisirent des pistes d’aviation, coupèrent des forêts, participèrent à la construction de la voie ferrée transsaharienne qui devait relier l’Algérie au Niger. Les anarchistes espagnols avaient été convertis en « pionniers de cette grande œuvre humaine » comme l’annonça le journal Aujourd’hui.


L’engagement dans la Légion fut une curieuse alternative offerte aux combattants espagnols.

 

Entre la Légion et la menace d’un retour en Espagne (où une mort certaine les attendait), le choix n’était pas simple, mais néanmoins rapide. Ceux incorporés dans le 11ème régiment se retrouvèrent ainsi sur la ligne Maginot... D’autres iront dans le 11ème bataillon de marche d’Outre-mer qui participa à la formation de la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère qui combattit contre les Allemands dans les neiges norvégiennes avant de batailler en Libye, en Syrie, en Egypte, en Tunisie... Engagés parfois juste pour survivre ou recevoir des soins vitaux, ballottés entre les revers militaires de la France et les rivalités au sein des forces alliées, les Espagnols étaient comme des bouchons dans une mer déchaînée.


Si de nombreux Espagnols évadés des camps avaient rejoints la Résistance en France, c’est en Afrique que d’autres allaient contribuer à écrire un chapitre de l’histoire de la 2ème DB. Début 1943, après le débarquement allié en Afrique du Nord, des Espagnols libérés des camps de concentration du Sahara (majoritairement des anarcho-syndicalistes de la CNT) composèrent un bataillon de corps francs. Une autre compagnie commandée par Joseph Putz, officier français héros de 14-18 et de la guerre d’Espagne, intégra aussi d’anciens prisonniers espagnols. Ce genre d’unités de combat déplaisaient fortement à certains officiers français formatés par Vichy et fraîchement gaullistes. Après la reprise de Bizerte, où les Espagnols pénétrèrent les premiers, la presse d’Alger et les généraux américains saluaient cependant « l’habilité de ces guerriers primitifs »...


La 2ème DB vit le jour au Maroc dans la région de Skira-Temara, au sud de Rabat, le 24 août 1943. Un an après, jour pour jour, l’une ses compagnies, la Nueve, allait libérer Paris. Si Leclerc était "el patron" pour les Espagnols, Raymond Dronne en était "el capitàn". La Nueve fut l’une des unités blindées du 3ème bataillon du régiment de marche du Tchad appelé aussi « le bataillon espagnol ». 146 hommes de la Nueve, sur 160, étaient espagnols ou d’origine hispanique. On y parlait le castillan. Les ordres étaient donnés en espagnol et même le clairon sonnait à la mode espagnole. Les anarchistes y étaient nombreux. Des hommes « difficiles et faciles » selon le capitaine Dronne. Difficiles parce qu’ils ne respectaient que les officiers respectables. Faciles parce leur engagement était total quand ils respectaient leurs officiers. Antimilitaristes, les anars étaient des guerriers expérimentés et courageux. Plus guérilleros que soldats, ils menaient une guerre très personnelle. « On avait tous l’expérience de notre guerre et on savait ce qu’il fallait faire, se souvient German Arrue, ancien des Jeunesses libertaires. On se commandait nous-mêmes. On était une compagnie de choc et on avait tous l’expérience d’une guerre dure. Les Allemands le savaient... »


Autre originalité, les Espagnols ont baptisé leurs half-tracks avec les noms de batailles de la guerre d’Espagne :

 

Guadalajara, Brunete, Teruel, Ebro, Santander, Guernica. Pour éviter les querelles, les noms de personnalités avaient été interdits. Par dépit et dérision, des anarchistes qui souhaitaient honoré Buenaventura Durruti, grande figure de la CNT et de la FAI, avaient alors baptisé leur blindé Les Pingouins. D’autres encore s’appelaient Don Quichotte ou España Cani (Espagne Gitane). Raymond Dronne ne fut pas en reste quand il fit peindre sur sa jeep un joli Mort aux cons.


« A la playa ! A la playa ! » Avec un humour noir datant des camps de concentration de 1939, les Espagnols plaisantaient en mer avant de débarquer dans la nuit du 31 juillet au 1er août près de Sainte-Mère-Eglise. La division Leclerc était la première troupe française a mettre les pieds en France depuis quatre ans. Zigzaguant entre les positions nazies, la 2ème DB avala les kilomètres d’Avranches au Mans. Avançant cachée dans des chemins discrets et des sentiers touffus, la Nueve roulait vers Alençon en combattant et capturant de nombreux Allemands (qu’ils donnaient aux Américains contre de l’essence, des bottes, des mitrailleuses ou des motos selon le nombre et le grade des ennemis). La bataille de Normandie passa par Ecouché. Les Espagnols fonçaient « comme des diables » sur les soldats des 2ème et 9ème panzerdivisions. Plus drôle, le capitaine Dronne mentionne une anecdote amusante dans ses mémoires. Les anarchistes et autres anticléricaux se cotisèrent pour que le prêtre du coin puisse se racheter une statue du Sacré-Cœur. La sienne n’avait pas survécu aux combats. La statue achetée avec l’argent des bouffeurs de curés est restée en place jusqu’en 1985.


Contrariant les plans américains, Leclerc décida, le 21 août, de lancer ses troupes sur Paris. De Gaulle approuva immédiatement. Le 23 à l’aube, la division se mettait en route avec le régiment du Tchad en tête et la Nueve en première ligne. Le 24 au matin, sous la pluie, les défenses extérieures de Paris étaient atteintes. Les combats contre les canons allemands furent apocalyptiques. Parallèlement, Dronne mettait le cap sur le cœur de la capitale par la porte d’Italie. La Nueve arrivera place de l’Hôtel-de-Ville vers 20 heures. Le lieutenant Amado Granell, ex-capitaine de la Colonne de fer, fut le premier officier « français » reçu par le Conseil national de la résistance. Georges Bidault, président du conseil, posa avec lui pour la seule photo que l’on connaisse de ce moment historique. Le journal Libération la publia le 25 août.


« C’est les Français ! » criaient les Parisiens. Quand la rumeur annonça qu’il s’agissait en fait d’Espagnols, de nombreux compatriotes accoururent. Plus de 4 000 Espagnols engagés dans la résistance intérieure participèrent à l’insurrection parisienne. La nuit fut gaie. Dronne s’endormit bercé par les hymnes républicains. « Quelle joie pour ces Espagnols combattants de la liberté ! », écrivit-il plus tard.


Plus de 20 000 Allemands bien armés occupaient encore Paris. Leclerc et son état-major entrèrent par la porte d’Orléans où l’accueillit une délégation des Forces françaises de l’intérieur. Le général de Gaulle l’attendait gare Montparnasse. Le nettoyage n’était pas terminé. Une colonne de la Nueve fut chargée de déloger les Allemands d’un central téléphonique. Appuyée par la Résistance, la 2ème DB partit combattre autour de l’Opéra, de l’hôtel Meurice, des jardins du Luxembourg, de l’école militaire... Le 25 août au matin, un résistant espagnol, Julio Hernandez, déployait le drapeau républicain, rouge, jaune et violet sur le consulat d’Espagne. Il fut moins facile d’abattre les forces d’élite allemandes qui défendaient l’hôtel Meurice. Ce sont encore des Espagnols, Antonio Gutiérrez, Antonio Navarro et Francisco Sanchez, qui partirent à l’assaut des lieux avec grenades et mitraillettes. Il désarmèrent le général Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de Paris, et son état-major.


Le 26 août, la Nueve fut salué par de Gaulle et reçut les honneurs militaires. Au risque de déplaire à de nombreux soldats français, de Gaulle chargea la Nueve de le couvrir jusqu’à Notre-Dame. Précaution utile pour éliminer les miliciens qui tiraient lâchement sur la foule en liesse. De Gaulle et Leclerc furent également protégés par la Nueve dans la cathédrale même. Des tireurs isolés y sévissaient. Amado Granel ouvrait la marche dans une grosse cylindrée prise à un général allemand. Curieuse escorte que ces half-tracks nommés Guernica, Teruel, Résistance et Guadalajara qui arboraient côte à côte drapeaux français et drapeaux républicains espagnols... Un autre drapeau républicain, de plus de vingt mètres de long celui-là, fut déployé à leur passage par des Espagnols, hommes, femmes et enfants, survoltés.


Après un temps de repos dans le bois de Boulogne où les combattants reçurent la visite de Federica Montseny (militante CNT et ancienne ministre de la Santé du gouvernement républicain), de camarades anarcho-syndicalistes, mais aussi d’admiratrices..., le moment de repartir vint le 8 septembre. De nouveaux volontaires, dont des Espagnols de la Résistance, s’étaient engagés dans les troupes de Leclerc pour continuer le combat, mais une page se tournait. Les Espagnols reçurent l’ordre d’enlever leurs drapeaux des half-tracks désormais légendaires.


Avant d’arriver au QG d’Hitler, à Berchtesgaden, la Nueve traversa des batailles épiques dans des conditions souvent extrêmes à Andelot, Dompaire, Châtel, Xaffévillers, Vacqueville, Strasbourg, Chateauroux... Les Allemands subirent de gros revers, mais les pertes humaines étaient aussi importantes chez les Espagnols. « On a toujours été de la chair à canon, un bataillon de choc, soutient Rafael Gomez. On était toujours en première ligne de feu, tâchant de ne pas reculer, de nous cramponner au maximum. C’était une question d’honneur. »

 

Question de revanche aussi contre les nazis qui ont martyrisé le peuple espagnol et déporté des milliers de républicains à Buchenwald et à Mauthausen.


Vainqueurs d’une course contre les Américains, les Français, dont des combattants de la Nueve, investirent les premiers le « nid d’aigle » d’Hitler le 5 mai. Après avoir mis hors d’état de nuire les derniers très jeunes nazis qui défendaient la place jusqu’à la mort, officiers et soldats burent du champagne dans des coupes gravées « A H ». Les soldats glanèrent quelques souvenirs (jeu d’échecs, livres anciens, cristallerie, argenterie...) qui améliorèrent ensuite un ordinaire parfois difficile. Les médailles pleuvaient pour les Espagnols rescapés, mais la victoire était amère. Les projets de ces révolutionnaires internationalistes ne se limitaient pas à la libération de la France. « La guerre s’est arrêtée malheureusement, regrettait encore, en 1998, Manuel Lozano, anciens des Jeunesses libertaires. Nous, on attendait de l’aide pour continuer le combat et libérer l’Espagne. »


Le livre d’Evelyn Mesquida, enfin traduit en français par le chanteur libertaire Serge Utge-Royo, est étayé par de nombreuses références historiques, mais aussi par les témoignages des derniers héros de la Nueve recueillis entre 1998 et 2006. Ce qui donne un relief et un souffle extraordinaires. Evadés des camps de concentration, déserteurs de la Légion, anciens des corps francs..., chacun avait un parcours singulier. Antifascistes viscéraux, tous étaient pressés d’aller régler son compte à Franco. « Il y a eu des Espagnols si désespérés de voir que l’aide ne venait pas qu’ils en ont perdu la tête et sont partis vers la frontière, sans vouloir en écouter davantage... Ils sont tous morts », explique Fermin Pujol, ancien de la colonne Durruti et de la 26ème division. Amado Granell, le premier soldat français reçu à Paris, retourna clandestinement en Espagne en 1952. Il mourut à 71 ans dans un accident de la route près de Valence. Dans son journal, le capitaine Dronne écrit qu’on aurait trouvé des traces de balles sur la voiture...


Les manuels scolaires ont gommé la présence des Espagnols dans la Résistance ou dans les forces alliées et de nombreuses personnes s’étonnent d’apprendre que des républicains espagnols, dont nombre d’anarchistes, ont joué un rôle important dans la lutte contre les nazis et la libération de Paris. Comment s’est opérée cette amnésie générale sur fond de patriotisme véreux ? Dans la préface de l’ouvrage, Jorge Semprun, ancien résistant communiste déporté et ancien ministre de la Culture espagnol, l’explique. « Dans les discours de la Libération, entre 1944 et 1945, des centaines de références furent publiées sur l’importance de la participation espagnole. Mais peu après, à la suite de la défaite allemande et la libération de la France, apparut tout de suite la volonté de franciser – ou nationaliser – le combat de ces hommes, de ceux qui luttèrent au sein des armées alliées comme au sein de la Résistance. Ce fut une opération politique consciente et volontaire de la part des autorités gaullistes et, dans le même temps, des dirigeants du Parti communiste français. Quand arriva le moment de réécrire l’histoire française de la guerre, l’alliance communistes-gaullistes fonctionna de façon impeccable. »


Aussi incroyable que cela puisse paraître, Luis Royo est le seul membre de la Nueve a avoir reçu un hommage officiel de la mairie de Paris et du gouvernement espagnol en 2004 à l’occasion de la pause d’une plaque sur le quai Henri-IV près de l’Hôtel-de-Ville. En 2011, surveillés de près par la police, une poignée d’ami-e-s de la république espagnole, dont Evelyn Mesquida, s’est regroupée dans l’indifférence quasi-générale lors de la commémoration de la libération de Paris.


« Avec l’histoire de la Nueve, on possède un thème de grand film », affirme Jorge Semprun. Assurément. Le plus bel hommage que l’on pourrait rendre aux milliers d’Espagnols combattants de la liberté serait surtout de poursuivre leur lutte pour un autre futur.


Evelyn Mesquida, La Nueve – 24 août 1944, ces Républicains espagnols qui ont libéré Paris. Traduction de Serge Utge-Royo. 16 pages de photos. Collection Document, éditions du Cherche-Midi, 384 pages. 18€.

 

http://gauchedesluttesacreteil-lcr.over-blog.com/article-84952352.html

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 14:27

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Une commission indonésienne des droits de l'homme vient de présenter un rapport qualifiant de crimes contre l'humanité la répression sanglante du mouvement communiste indonésien qui, en 1965-1966, coûta la vie à un million de personnes.


En 1965, le Parti communiste indonésien (PKI) comptait 3,5 millions de membres et quelque 15 millions de sympathisants. On disait alors qu'il était le parti communiste d'Asie le plus puissant après le Parti communiste chinois, dont il était proche. Après une courte période d'opposition, le PKI était depuis 1951 un allié fidèle du dictateur nationaliste Sukarno qui dirigeait le pays d'une main de fer. Il justifiait ce soutien en le qualifiant d'« alliance des forces nationales, religieuses et communistes » qui devait lui permettre de passer au socialisme par la voie électorale.


À partir de 1957, quand le PKI devint le premier parti électoral, Sukarno estima qu'il était temps de se débarrasser de cet allié.

 

Les déclarations d'allégeance à l'armée indonésienne que le PKI avait multipliées n'empêchèrent pas cette dernière de se retourner férocement contre lui. En septembre 1965, les militaires prétendirent que des généraux proches du PKI menaçaient de renverser Sukarno. Ce fut le prétexte pour lancer une vaste opération contre le PKI dans tout le pays.


Militants et sympathisants du PKI payèrent au prix fort les compromissions de leurs dirigeants. Les illusions qu'ils avaient entretenues sur l'alliance avec Sukarno les avaient désarmés moralement et politiquement. La répression sanglante, qui anéantit le PKI, assura à la dictature trente-trois années supplémentaires de pouvoir. Suharto, qui avait conduit la répression anticommuniste et qui succéda à Sukarno en 1968, n'en fut chassé en effet qu'en 1998.


Un million de personnes soupçonnées d'être membres ou sympathisants du Parti communiste furent massacrées et des centaines de milliers d'autres internées.

 

Une répression qui pèse encore près de cinquante ans plus tard. « Comme ex-détenus politiques, a expliqué un ancien interné communiste, il nous est difficile d'obtenir un crédit bancaire ou une aide au logement. Les emplois de fonctionnaires nous restent interdits (...). Nous ne pouvons ni enseigner, ni exercer la médecine. »


La commission a suggéré que le gouvernement indonésien présente aux victimes des excuses officielles, ce qui est bien dérisoire. Mais rien n'indique, pour le moment, que l'actuel gouvernement indonésien donnera suite à cette recommandation. D'autant que depuis 1965 les dirigeants indonésiens et les médias ont pratiqué, au sujet du massacre et des persécutions qui l'ont suivi, la loi du silence.


Jacques FONTENOY

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2298&id=32

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 13:06

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L’éditeur André Versaille publie une nouvelle fois, dans une version revue et augmentée, 1936 Les Jeux olympiques à Berlin,

 

l’essai paru en 1983 et en 1999 dans lequel le professeur de Sorbonne Jean-Marie Brohm, fils de résistants alsaciens, a mis en lumière non seulement les turpitudes politiques du baron Pierre de Coubertin
(qui par exemple saluait en Adolf Hitler « l’un des plus grands esprits constructeurs de ce temps ») mais surtout les compromissions, lâchetés et aveuglements des dignitaires du Comité International Olympique dont la forfaiture a permis que les Jeux de Berlin assoient définitivement l’Allemagne nazie sur la scène internationale, en dépit de son caractère notoirement raciste, antisémite et belliciste et malgré de nombreux appels au boycott …

 

Il analyse également comment les gouvernements démocratiques d’alors, en faisant confiance à Hitler et à ses promesses en faveur des Juifs et de la non-discrimination raciale, ont mis avec plus ou moins de zèle le doigt dans un engrenage qui les mènerait à la capitulation de Munich en 1938 et à la guerre en septembre 1939.

 

Et il s’interroge au passage sur la tenue des Olympiades à Moscou en 1980. Car les Jeux olympiques, en dépit des apparences, sont une métaphore de la guerre et de ses préparatifs : sur le plan de l’idéologie politique (ils affermissent celle du pays le plus médaillé), sur celui de la propagande (en faisant croire que la réussite dans les stades est le reflet de celle du pays qui remporte les palmes) et même théologique (l’expression de  « dieux du stade » adoptée en 1936 par la cinéaste nazie Leni Riefenstahl pour intituler son film célèbre ne demeure-t-elle pas actuelle ?). De quoi nourrir une longue méditation, comme dirait le Dalaï-lama…
Bernard DELCORD

1936 Les Jeux olympiques à Berlin par Jean-Marie Brohm, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 244 pp., 19,90 €

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 11:40

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L'économie mondiale moderne est dominée par le mode de production capitaliste.

 

Sous le capitalisme, l'argent est utilisé pour faire plus d'argent. Le profit est le moteur de la production, pas les besoins sociaux. Et la production capitaliste ne croît pas de façon linéaire.

 

Elle est sujette à des crises récurrentes, des booms et des récessions, qui détruisent et dilapident une grande partie de la valeur créée antérieurement par la société (les travailleurs). Pendant les années 1880 et 1890, une grande partie de la production et de la richesse a été détruite aux Etats-Unis ; ce fut également le cas au cours de la Grande
Dépression des années 1930.

 

Maintenant, nous avons subi la première Grande Récession et nous sommes toujours dans la première Longue Dépression du 21ème siècle.

 

Le mode de production capitaliste connaît des crises récurrentes, car il est miné par deux grandes lignes de faille. Premièrement, dans une économie monétaire, dont le capitalisme est l'incarnation par excellence, il y a toujours la possibilité d'une crise. Les détenteurs d'argent peuvent ne pas tout dépenser ou investir, mais en thésauriser une partie. S’ils le font pour une raison quelconque, cela peut provoquer une rupture du processus d'échange et créer une crise d'inadéquation des achats et des ventes.


Deuxièmement, le système capitaliste de production pour le profit vacille si les profits créés sont trop faibles pour satisfaire les propriétaires des moyens de production. Or, il y a une tendance inhérente (au capitalisme) qui fait baisser le taux de profit. Il s'agit de la cause sous-jacente de toutes les récessions.


Les capitalistes ne coopèrent pas entre eux pour produire les biens et les services dont la société a besoin. Au contraire, ils sont en concurrence les uns avec les autres pour maintenir et accroître leur profit. Pour ce faire, ils font travailler les travailleurs plus longtemps ou plus intensément, et ils ont recours de plus en plus à de nouvelles
technologies pour accroître la productivité du travail afin de s'accaparer plus de valeur.


Mais ce mécanisme est le talon d'Achille du capitalisme.

 

Le coût de l'investissement dans de nouvelles installations, équipements, etc. augmente inexorablement par rapport à la taille et au coût de la main-d'oeuvre. Comme seul le travail peut créer de la valeur nouvelle (les machines, en elles-mêmes, ne peuvent pas le faire), la rentabilité de chaque nouvel investissement tend à baisser.

 

Si la rentabilité baisse durablement, elle finira par provoquer une chute de la masse du profit extorqué. Alors les capitalistes cesseront d'investir et se mettront en « grève ». Une crise de la production en découlera. Les capitalistes essaient d'éviter cette crise de différentes manières : en essayant d'exploiter les travailleurs davantage, en cherchant à acheter les nouvelles technologies les moins chères, et en spéculant dans les sphères improductives de l'économie, à savoir le marché boursier, la banque et la finance, où ils cherchent le profit en jouant comme au casino. Mais ces choses ne peuvent fonctionner qu'un certain temps. Au final, la loi de la baisse du taux de profit se manifestera.


Le taux de profit aux États-Unis est bien inférieur à ce qu'il était en 1948. Mais il n'a pas décru de façon linéaire. Après la guerre, il est resté à un haut niveau pendant « l’Age d’Or » entre 1948 et 1965. Ce fut aussi la période où la croissance économique était la plus forte de l’histoire américaine.


Puis la rentabilité a diminué continûment de 1965 à 1982.

 

La croissance du PIB a été beaucoup plus lente et le capitalisme américain (comme ailleurs) a connu des récessions
importantes en 1974-1975 et 1980-1982. Puis, à l'ère de ce qu'on appelle « néolibéralisme », de 1982 à 1997, la rentabilité a augmenté. Le capitalisme a mis en branle des contre-tendances à la baisse du taux de profit, comme une augmentation de l’exploitation des travailleurs américains (baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée), l’extension géographique de l’exploitation de la main d’oeuvre (mondialisation), et la « spéculation » dans des secteurs improductifs (immobilier et montée du capital financier). Durant cette « période néolibérale », les récessions furent moins prononcées, même si la croissance économique a été moins rapide que pendant « l'Age d'Or », car une grande partie des profits a été détournée de l'investissement dans l’économie réelle.


La rentabilité du capital a atteint un sommet en 1997, puis a commencé à décliner.

 

Cela a posé les bases de la Grande Récession de 2008-2009. Cette crise et la dépression qui s’en est suivie et qui est toujours en cours, sont bien plus graves que tout ce que nous avons vu depuis les années 1930, en raison de l’immense accumulation de dettes et d’actifs financiers lors des deux dernières décennies, sans création de valeur réelle en parallèle.


Au lieu de cela, des bulles alimentées par le crédit ont été créées, sur le marché des actions des entreprises de haute technologie (qui s’est effondré en 2000) et dans l’immobilier (qui s’est effondré en 2007). Le secteur financier improductif a pompé 40% de l’ensemble des profits capitalistes.


Au final, cette bulle de crédit a éclaté, atrophiant le secteur bancaire et l’économie.

 

Le niveau élevé de la dette du secteur privé a été exacerbé par la nécessité de l’État de renflouer les banques. Tant que ce surplus de dette n’aura pas été purgé, la rentabilité ne pourra pas être restaurée suffisamment pour relancer les investissements et donc la croissance économique. En effet, il est probable qu'une autre crise de très grande ampleur
sera nécessaire pour « nettoyer » le système de ce « capital mort (toxique) ».

 

La Longue Dépression va continuer jusque ce moment là.


On ne pourra pas mettre fin à la Longue Dépression en augmentant les dépenses publiques par une augmentation de l’endettement ou une hausse des taxes, car cela fera baisser la rentabilité du secteur capitaliste. Comme ce secteur reste dominant, la baisse de sa rentabilité signifie que de nouveaux investissements ne pourront pas avoir lieu pour
rétablir les emplois et les revenus perdus.

 

Le New Deal dans les années 1930 n'a pas réussi à mettre fin à la Grande Dépression, même s’il était beaucoup plus radical que l’ensemble des mesures proposées aujourd'hui par Obama.

 

Son ampleur a été réduite en raison de l'opposition des capitalistes. Mais aussi, le New Deal n’a pas fonctionné parce qu’il ne pouvait pas restaurer le taux de profit – bien au contraire.

 

En fin de compte, seule une guerre mondiale a sorti la main-d'oeuvre excédentaire du chômage (tout en tuant desmillions de personnes dans le monde) et a mis fin à la crise.


Sous le capitalisme, de terribles crises se reproduiront et les inégalités demeureront. La fin de la pauvreté et l’avènement de la prospérité pour la majorité ne pourra devenir réalité que si la propriété privée pour le profit est remplacée par la production planifiée démocratiquement pour satisfaire les besoins sociaux.

 

Source: http://tendanceclaire.npa.free.fr/contenu/autre/traduction-roberts.pdf

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 10:06

 

 

 

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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 12:19

 

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Nous publions ci-dessous le plan d’un exposé sur la révolution cubaine présenté le 31 octobre 2009 à une école jeune du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, France).


 

La révolution cubaine et quelques problèmes d’aujourd’hui à Cuba

31 octobre 2009

La révolution cubaine occupe une place particulière dans l’histoire des révolutions.

C’est la première révolution moderne victorieuse dans l’hémisphère occidental (hors révolution russe).

C’est une révolution à 110 km des Etats-Unis. « Si loin de Dieu.. et si près des USA ». Une révolution qui a tenu tête aux USA : près d’une dizaine de présidents se sont succédé à Washington et ont tous, chacun à sa manière, essayé de renverser le régime révolutionnaire.

Du coup, si l’Etat cubain est controversé en Europe, il reste en Amérique latine très populaire.

Pour des révolutionnaires (nous y reviendrons), c’est une révolution internationaliste. On associe toujours la révolution cubaine et la figure du Che.


UNE REVOLUTION EXCEPTIONNELLE


La révolution cubaine a été présentée comme une révolution exceptionnelle – toutes les révolutions sont exceptionnelles –, mais quelles sont les caractéristiques de cette révolution ?

  • Petit pays : une île de 118.000 km2 (même si c’est la plus grande des îles des Antilles)
  • 11 Millions d’habitans
  • Dernière colonie espagnole avec les Philippines et Porto Rico – voir la guerre d’indépendance en 1898 et les révoltes nationales depuis 1868. L’apparition de leaders pour l’indépendance nationale, contre l’esclavage : Antonio Maceo, José Marti. Je ne sais si c’est une spécificité cubaine, mais le nationalisme révolutionnaire cubain combine question nationale et question sociale – lutte contre l’esclavagisme et indépendance – et combine nationalisme et internationalisme – « Patria chica y Patria grande » : la Humanidad - chez José Marti.
  • Mais la domination hispanique est relayée par la domination américaine qui est intervenue pour se débarrasser des Espagnols : dés 1901 l’amendement Platt. L’intervention US est constitutionalisée.
  • Cuba sera subordonnée économiquement notamment dans la production des matières premières : sucre, coton, agrumes, tabac, nickel. C’est une société néocoloniale basée sur les grandes propriétés foncières – les latifundio – avec un investissement très important par tête des compagnies américaines : ¾ de l’industrie sucrière sont contrôlés par les USA. C’est l’investissement le plus important, en Amérique latine, juste après le Venezuela, avec son pétrole.

STRUCTURES DES FORCES SOCIALES ET POLITIQUES DE LA REVOLUTION CUBAINES

Du coup, la structure de la société cubaine de la première moitié du XXe siècle sera tout à fait particulière :

  • Une bourgeoisie compradore complètement liée aux intérêts américains – voir les films sur Cuba-United fruit Company, les casinos et la prostitution. Il n’y a pas de bourgeoisie nationale indépendante liée à des activités productrices propres. Tout est lié aux USA. Cela a conduit les USA à ne pas se soucier de construction d’un Etat bourgeois avec ses propres institutions démocratiques stables.. La situation cubaine a été celle d’une succession de dictature de Machado, de Batista, les partis étaient plutôt des groupes ou bandes armées. L’Etat cubain était pendant toutes ces années un « groupe d’hommes armés »…
  • Mais en face, il y a la conjonction d’un mouvement de libération nationale depuis la fin du XIXe siècle, un prolétariat agricole dans les grands latifundio, un prolétariat du sucre – très concentré – et des artisans et ouvriers du tabac, une petite bourgeoisie des villes. Un mouvement ouvrier cultivé. Les lectures de classiques dans l’organisation de la production de cigares…. Avant même la révolution…
  • Cela va provoquer des luttes démocratiques contre la dictature, la constitution d’un mouvement étudiant où Castro va faire ses premiers mouvements… Cela va aussi produire un mouvement syndical ouvrier, anarcho-syndicaliste, qui va créer une base pour les syndicats et le Parti communiste cubain. Dés la fin des années 20, le PCC aura un rôle important avec des positions de gauche - préparation dune révolution socialiste à Cuba et pas d’une alliance avec la bourgeoisie nationale. Il y a aura une succession de grèves générales, de situation prérévolutionnaires et révolutionnaires, en 1917, 1930,1933, 1935 contre la dictature militaire de Machado.

Il y a même en 1933 une alliance du directoire universitaire, du PCC, des syndicats et du mouvement des sergents contre la hiérarchie militaire pour déboucher sur un « front populaire » dirigé par Grau martin et Antonio Guiteras… sur un programme de rénovation nationale, réforme agraire limités, augmentation de salaires, droits démocratiques. Apparait le colonel Batista… Le front populaire est renversé par une nouvelle dictature.

Toutes ces dictatures soutiendront les alliés pendant la guerre, pour se protéger aussi, ce qui limitera les marges des manœuvres des oppositions bourgeoises démocratiques…

  • C’est dans cette opposition bourgeoise démocratique que Fidel Castro va faire ses classes contre les régimes militaires et dictatoriaux : en 1947 il adhère au Parti orthodoxe de Eddy Chivas .. qui se suicidera à la radio ; en 1952, coup d’Etat et retour au pouvoir de Batista.

Fidel, avocat porte plainte conte le coup d’Etat de Batista .. Au nom de la loi…

La loin étant bafouée par les dictateurs… Fidel va se réorienter vers d’autres moyens plus directs, des moyens au-delà de la loi …

  • En 1953, il y a une première grande rupture : Fidel rédige un manifeste appelant au renversement de Batista et à l’armement du peuple… Le 26 Juillet 1953, il organise avec 120 jeunes l’attaque de la caserne de Moncada. Fidel est arrêté. Plusieurs morts. Il passe en procès et il fait une déclaration qui marquera l’histoire en déclarant « l’histoire m’absoudra ou m’acquittera ». Il est condamné à 15 ans de prison. Il sortira deux ans plus tard amnistié.
    LA DYNAMIQUE DE LA REVOLUTION CUBAINE
  • Il se retrouve sur le continent – au Mexique, où il rencontre le Che – et regroupe une nouvelle force pour organiser un débarquement ave le « Granma ». 82 Hommes et femmes embarquent sur le Granma et débarque à Cuba. Sur le plan militaire, il y a beaucoup de pertes.. il reste une dizaine de guérilleros.. mais ils vont vite devenir une référence.. Il y a un accord avec le « directoire révolutionnaire » – une organisation étudiante.

L’idée, c’est celle de l’exemple révolutionnaire d’un petit groupe armé qui va étendre son influence dans le pays. D’abord en multipliant les coups armés. Ils perdront puis commenceront à infliger des défaits aux troupes de Batista, de prendre des territoires et de commencer à donner la terre aux paysans et à la défendre, à mettre sur pied un mini appareil administratif, une assistance sanitaire, à faire connaitre l’existence de la colonne armée au peuple cubain et au monde entier.


En août 57, il y a une grève générale qui donne un référent populaire à la rébellion. Un dirigeant urbain, Frank Pais, solidaire de la guérilla, est assassiné.

Mais dans ce processus, il y a une combinaison, tout à fait original, de colonnes armées, de réformes agraires, de conquêtes de territoires libérés, de mouvements urbains, des alliances démocratiques – le pacte de Caracas, en août 58 –, avec une série de forces bourgeoises. Mais la spécificité cubaine, c’est la colonne armée qui va accumuler des forces jusqu’à la victoire.

Ils bénéficieront d’une situation où la bourgeoisie américaine et internationale voulait aussi se débarrasser de Batista qui devenait de plus en plus corrompu et décomposé… Et il est apparu à postériori un problème de visibilité sur « Qui était Fidel ? ».

En 1958, Fidel est interviewé par Gilles Dubois et déclare : « qu’il n’est pas communiste, qu’il ne nationalisera pas et qu’il appellera à des élections… »

Fidel est effectivement à ce stade sur ces positions politiques… Et l’administration nord-américaine, à 110 Km de ses côtes, ne s’imagine pas que Cuba leur échappe. Ils sont convaincus qu’ils s’entendront avec Fidel. Mais en même temps, Fidel est très ferme sur 3 choses :

1. Se débarrasser de Batista et de tout son appareil politico militaire.
2. Ne pas dissoudre l’armée rebelle qui doit être la nouvelle armée du pays
3. Mettre au centre la question démocratique et sociale… – commencer la réforme agraire, une politique de besoins sociaux...

  • Dans ce processus, Fidel et tous les cadres de l’armée rebelle vont se radicaliser, surtout que certains des responsables politiques sont influencés par le marxisme, le Che d’abord, Raul Castro, le frère de Fidel et d’autres. Et ce marxisme sera « indépendant » du stalinisme dans le sens où la dynamique de la révolution cubaine se heurte à la politique traditionnelle du PSP – le parti stalinien Cubain dirigé par Blas Roca, Escalante, Carlos Rafael Rodriguez – qui, au début , a dénoncé les guérilleros comme des provocateurs…
  • 2 janvier 1959 : prise du pouvoir, démantèlement de tout l’édifice politico militaire, du vieil appareil d’Etat, gouvernement d’exception. Fidel reste chef de l’armée –« Commandante »-, mais le président est Urrutia – une personnalité de l’opposition bourgeoise.

Février 59 : nationalisation des terres et des biens des hommes de Batista.

Mai 59 : Réforme agraire : la terre aux paysans ».

Juillet 59 : Urrutia démissionne et Fidel le remplace.

Novembre 59 : Nationalisation de la banque, dirigée par le Che.

* De Février à Octobre 60 : mesures de nationalisation et expropriation des entreprises, et en particulier des entreprises nord-américaines. Mesures d’expropriation sans indemnité ni rachat. Dans ce mouvement, il y a eu, sans doute, trop de nationalisations… on parle des coiffeurs.. animateurs de sortie à cheval….

Pour répondre aux besoins sociaux, la terre, le financement des mesures sociales, donner la propriété à l’Etat.. il ya incursion dans la propriété capitaliste puis expropriation des capitalistes.

Cette direction sera très sensibles aux demandes et revendications des masses populaires. Elle ira jusqu’au bout dans l’affrontement avec le système capitaliste et avec l’impérialisme américain… qui envahira Cuba en avril 1961, à Playa giron.

  • De 60 à 65 : c’est la phase d’enthousiasme révolutionnaire, avec expropriation, nationalisation, participation des masses.. avec un pic de la tension mondiale avec la crise des fusées en 1962-Durant 13 jours, il ya des tensions après la tentative des soviétiques, appuyés sur les cubains, de faire une manœuvre internationale pour contraindre les USA à retirer leurs missiles de Turquie en implantant des missiles à Cuba.

Après cette crise internationale, Cuba se retrouve sous protection soviétique face à l’impérialisme US et cela va conduire les cubains à une position ambivalente : internationaliste, mais subordonnée à l’URSS.

De 65 à 67, Déclaration à Alger du Che, intervention en Afrique, en Bolivie avec le Che ; préparation de la conférence de l’OLAS à la Havane.

Mais en août 68, ils appuient l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie… ce sera un gage donné à la politique internationale de l’URSS.

  • En 1970, les Cubains s’engagent dans ce qu’ils appellent la ZAFRA, une récolte de 10 millions de tonnes de sucre. Ce sera un échec et cela accroitra la subordination à l’URSS.

Cuba est confronté depuis la révolution à la difficulté de construire le socialisme dans un seul pays… Pays de monoculture, extrêmement dépendant des USA, le défi était majeur. La direction cubaine a choisi pendant 30 ans la monoculture plus les liens avec l’URSS. Pourtant il y a eu des débats à Cuba, d’autres choix étaient possibles et c’est là que la question de la démocratie a aussi une efficacité économique. René Dumont, un des pères de l’écologie, agronome, sympathisant de la révolution cubaine, avait proposé une diversification agricole dès les années 60. Mais pour cela, il fallait un débat, la confrontation de plusieurs options…

Comment diversifier la production agricole : monoculture de tabac et sucre ou diversification pour une agriculture vivrière. Quels choix de gestion ou de production dans l’industrie des biens de consommation… Quels rapports entre secteur public et privé : 75 % des emplois dans le public, 25 % dans le privé. La démocratie est aussi un bon instrument pour discuter et surmonter les inégalités, notamment sur tout ce qui est circulation des dollars et peso convertible, tout ce qui est développement du secteur informel et de la corruption ambiante qu’il peut y avoir dans la société cubaine – l’existence d’un marché noir. Les revenus de l’économie touristique sont plus importants que celle du sucre et constitue le terreau de rentrée de devises mais aussi de nombre d’activités parallèles.


QUELLES SONT LES FORCES ET LES FAIBLESSES DE LA DIRECTION CUBAINE .


1. Une révolution anti-impérialiste, nationaliste révolutionnaire et internationaliste. Lorsque l’on va à Cuba et lorsqu’on discute avec les gens, on prend conscience de la fierté nationale, d’être Cubain, d’avoir tenu tête à l’impérialisme. Les acquis dans la culture, la santé, l’éducation, le sport sont vraiment des valeurs défendues par tout le peuple… Même les opposants défendent Cuba.

2. C’est en même temps une révolution internationaliste : Plus de 500.000 cubains ont se former et combattre en Afrique, ou en Amérique latine.. En Angola et au Mozambique contre l’Afrique du Sud. Au Nicaragua, au Salvador... L’exemple du Che est là pour l’illustrer : on peut discuter ses choix tactiques et stratégiques, mais c’est un magnifique exemple d’internationalisme : « il faut un, deux, trois Vietnam ». L’aide au Venezuela et à Chavez, « santé , éducation contre pétrole », constitue un bon exemple de cette continuité cubaine ou la politique de l’ALBA : échange équitable de marchandises, monnaie commune.

3. Dans sa politique internationale, il y a une faute historique de la direction cubaine, dans ses rapports avec l’URSS et la politique d’alliance avec l’URSS. On peut comprendre la nécessité d’une alliance avec l’URSS contre l’impérialisme américain, mais ni la dépendance vis-à-vis de l’URSS (plus de 80% de l’économie dépendait de l’URSS) ni la défense du modèle, y compris sur le plan du soutien à la bureaucratie contre les peuples, y compris dans les révoltes des masses dans les pays de l’Est, en Tchécoslovaquie, en Pologne… Ce qui fait qu’avec le retrait de l’URSS, et de ses achats de sucre ou de livraison de biens et de services, Cuba a vécu des temps extrêmement difficiles, et connu une « période spéciale » de restrictions de presque 10 années…

4. Sur le plan de la transition au socialisme, il y a un problème de démocratie et d’organisation des masses pour construire le socialisme. Si la direction cubaine a toujours été sensible à ses rapports avec les masses, il y a une tradition latino-américaine de caudillo.

Il y a depuis le début de la révolution cubaine un problème d’auto-organisation : pas de conseils, pas de comités, pas de pluralisme interne syndical ni politique. Là, il y a un problème, c’est le « verticalisme militariste révolutionnaire ». Pas d’autogestion, pas de conseils de travailleurs. Dans ce processus de limitations de la démocratie, s’est constitué un processus de bureaucratisation de la société, c’est-à-dire à partir des différences de fonctions, un processus qui a séparé une partie de l’appareil d’Etat et de l’appareil économique du reste des masses populaires...

Avec les années, ce processus s’est consolidé mais jamais comme dans les pays de l’Est. Mais La réponse au problème de la démocratie, ce n’est pas d’exiger des élections libres. avec le blocus et la pression nord-américaine, mais d’activer tous les mécanismes de la discussion et du pluralisme interne au sein du PC cubain et des organisations de masses…


5. Cuba n’était pas un pays comme les autres pays de l’Est

 

A la différence de ces autres Etats, il n’y a pas d’effondrement et, malgré tous les problèmes, la résistance anti-impérialiste s’est maintenue. Cuba a connu une vraie révolution anti-impérialiste et socialiste. Cette révolution est toujours vivante, avec une série d’acquis sociaux, avec un état d’esprit révolutionnaire dans une série de couches de la population-défense de Cuba, rejet de l’impérialisme américain – mais avec de grandes déformations bureaucratiques.

Nous sommes aux cotés de la révolution cubaine contre l’impérialisme – d’autant que l’embargo US continue et que la politique de l’administration nord-américaine alterne pressions militaires et intervention économique. Mais , sur le plan économique, les mesures économiques sont prises au compte goutte à Cuba, car la haine de l’appareil politico-militaire américain reste très fort contre Cuba. Néanmoins, cette solidarité contre l’impérialisme doit s’accompagner d’un soutien critique avec nos conceptions démocratiques et socialistes


6. Quel avenir : un cours à la Vietnamienne ou à la Chinoise ? Il y a une situation compliquée : des réformes qui donne plus de place au marché – occupation des terres, utilisation portables, aides des familles, stimulants matériels... mais avec un durcissement autoritaire – veille équipe autour de Raoul Castro. Mais Cuba n’est pas la Chine et la constitution d’un marché capitaliste généralisé à 110 Km des USA ne sera pas sous contrôle comme en Chine. Il y aura un risque pour Cuba d’être, alors, emporté par le marché.


En savoir plus:
DIVÈS Jean-Philippe - 3 juin 2008 Cuba et le socialisme du 21e siècle
LEMAITRE Yvan, CASANOVA Mónica - 10 avril 2008 Pour que le peuple cubain se réapproprie sa révolution
SABADO François, DIAGO Édouard - 28 février 2008 Cuba : le départ de Fidel
 
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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 12:07

L'histoire ne se répète pas mais le fil rouge de la révolution, cassé parfois tragiquement, parvient cependant, tant bien que mal, à se renouer.
L'actuelle grande mobilisation des mineurs des Asturies contre le plan d'austérité du gouvernement semble retrouver le fil de la révolution de 1934, qui éclata dans cette région, par-delà une dictature terroriste et une démocratie dominée par le syndrome de la bien nommée Transition et faisant payer au centième sur le plan social le gain politique de la fin du franquisme.
Retour sur cette belle mais tragique histoire du mouvement ouvrier de l'Etat espagnol qui doit servir à éclairer le présent sans pour autant faire oublier que la défaite de 1934 comme celle de 1936-39 ont remodelé durablement les rapports de force sociaux et politiques dans une société qui, par ailleurs, n'a plus grand chose à voir avec cette époque passée.
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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 08:43

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Historien de la répression, acteur des luttes de son temps, Maurice Rajsfus a traversé les dernières décennies sans jamais songer à déposer les armes. Rencontre.

Chroniqueur dans No Pasaran et dans Ras’l’front, auteur de nombreux ouvrages sur la police française ainsi que sur le régime de Vichy, Maurice Rajsfus est un vieux compagnon de la gauche radicale. Toujours attentif, ouvert, définitivement à contre courant d’une époque en proie aux sirènes sécuritaires et à l’individualisme forcené, sa rage et sa volonté de justice nous renforcent.

 

Tu peux nous présenter le bulletin Que fait la police ?


Que fait la police ? existe depuis 1994. On l’a créé un an après l’assassinat de Makomé au commissariat des Grandes Carrières, le 6 avril 1993. Il a duré 12 ans, d’avril 1994 à avril 2006.


« On a créé », ça veut dire que vous étiez plusieurs ?


On était très peu. On était trois au départ, puis deux à l’arrivée. Je me suis retrouvé tout seul au mois de mai 2006, quand mon camarade Alexis Violet est mort. Depuis le mois de juillet, le bulletin est sur internet, à l’adresse http://quefaitlapolice.samizdat.net . Il sort tous les mois avec une ponctualité d’horloge.


Quelle est ton actualité ?


Mon dernier livre s’appelle « La France Bleu Marine », il a paru cet hiver, et présente les discours des ministres de l’intérieur successifs de mai 68 avec Marcellin, à Sarkozy en 2005, croisés avec ceux des syndicats de police. Je sors bientôt une bande dessinée, qui va s’appeler « Moussa et David ». Elle se déroule de part et d’autre de la « clôture de sécurité », comme ils disent, entre Israël et ce qui reste de la Palestine.


Israël, tu y es allé en 1984. Est-ce que tu y es retourné depuis ?


Ma dernière visite là-bas, c’était en 1987, puis je suis allé de l’autre côté de la frontière, sur la rive de la Mer Morte, en Jordanie. Je n’y suis jamais retourné. Ma religion était faite depuis longtemps, si l’on peut dire. Mais je n’ai pas renoncé à m’intéresser au problème, je participe à des débats sur la véritable guerre qui se perpétue là-bas.


Dans un vidéo-reportage réalisé par No Pasaran en 1999, tu disais : « je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir de cette région du monde, mais la montée des fondamentalismes réciproques va conduire à une explosion ». Ton regard sur la situation présente ?

 

Les affrontements nationalistes se sont peu à peu transformés, du fait d’Israël, en affrontements interreligieux. Mon regard, c’est que là-bas, tout le monde va dans le mur, et qu’Israël n’hésiterait pas à déclencher un conflit mondial uniquement pour avoir le droit de se protéger. Il y a une histoire que j’aime bien raconter, ça se passe en 1904 durant la guerre russo-japonaise, à Port Arthur, pas loin de la Corée actuelle. Dans la tranchée russe, l’officier ordonne d’ouvrir le feu, tout le monde tire, sauf un petit juif qui est là, et qui regarde. L’officier l’engueule, et lui demande pourquoi il n’a pas tiré, et le petit juif lui répond : « ce n’est pas possible, il y a des gens qui passent là-bas ». Ce sont les arrières-petits-fils de cet humaniste qui ont fait la guerre au Liban, et d’autres guerres avant.


Ça fait soixante ans que tu milites, au moins ?


Oui, j’ai commencé militer en août 1944, date de la Libération. J’ai été raflé par la police française le 16 juillet 1942, avec ma famille, d’où ma grande affection pour la maréchaussée. Ayant eu la chance d’en réchapper, j’ai aussitôt adhéré aux Jeunesses communistes. Parce que j’étais persuadé qu’on allait faire la révolution. J’avais 16 ans, c’est l’âge des grands romantismes. Mais j’avais déjà un passé assez lourd, puisqu’en 1937/1938, mes parents m’avaient mis, avec ma sœur, dans une colonie de vacances du PC, où on faisait de nous, à 10 ans, des petits militants durs comme l’acier.

 

Quand je dis dur comme l’acier, je veux dire comme Staline, parce que son nom signifie l’acier. Et ça laisse des traces d’apprendre à chanter l’Internationale, la Jeune Garde, la Varsovienne. J’adhère donc aux Jeunesses communistes en 1944, et je m’aperçois au bout de deux ans qu’on fait n’importe quoi là-dedans, tout sauf préparer la révolution. Je suis détecté comme un élément incontrôlable, donc dangereux pour l’institution du PC. Je suis méchamment exclu – je dis méchamment parce qu’il y a eu des coups – comme provocateur policier et agent hitléro-trotskyste. C’était le jargon de l’époque.


Je voudrais que tu reviennes sur les années 1942 et 1944. Comment as-tu réussi à survivre ?


Eh bien, je me le demande encore. Je l’ai raconté dans mes bouquins. J’ai été arrêté avec mes parents le 16 juillet 1942 et par un hasard dont je ne m’explique pas encore les raisons, j’ai été relâché le soir avec ma sœur. La circulaire d’application de la rafle spécifiait qu’on arrête ce jour-là uniquement des juifs étrangers de 16 à 45 ans. Or ils ont arrêté 4000 mômes, pratiquement tous français par le droit du sol. Comment j’ai vécu ? Je suis rentré dans le petit appartement de mes parents le soir, avec ma sœur, et on a survécu comme on a pu. Ma mère avait vidé ses poches et avait donné à ma sœur le peu d’argent qu’elle avait. Moi je suis devenu apprenti, je gagnais 4 sous. J’étais sertisseur joaillier, je n’étais pratiquement pas payé, on a vécu très durement la période de la guerre, parce qu’il n’y avait rien à bouffer avec les tickets d’alimentation.


Vous êtes restés dans l’appartement de vos parents ?


Oui, on nous a oubliés. Heureusement d’ailleurs. On n’a jamais entendu parler ni de la Croix Rouge, ni des services sociaux de la mairie, rien. Plus tard, quand j’ai été exclu du PC, j’étais très malheureux, j’ai rencontré les auberges de jeunesse, qui étaient à l’époque un mouvement extraordinaire qui rassemblait des milliers de jeunes. C’était à la fois un mouvement de loisir et un mouvement revendicatif, on y rencontrait des anars et des trotskistes. Moi, j’ai été pêché par les trotskistes.


Lesquels ? Le PCI ?


À l’époque, il n’y avait que le PCI. Le petit groupe qui allait devenir plus tard Lutte Ouvrière était groupusculaire. Je ne suis pas resté longtemps non plus au PCI, je suis arrivé à l’automne 46, et puis j’ai quitté la 4ème Internationale avec le groupe Socialisme ou Barbarie, de Castoriadis, début 49. J’aurais pu faire des choix plus mauvais… Dans les années qui suivent, je tourne un peu en rond, et je recommence véritablement à militer lors de la guerre d’Algérie.

 

Avec deux amis, on a constitué un comité contre le départ du contingent en Algérie. qui a vu s’agglomérer à nous des dizaines de mouvements de jeunesse, et qui est devenu un truc très important jusqu’au moment où on a voulu faire un meeting à la Mutualité, qui a été interdit parce que le PCF nous présentait comme des provocateurs. Une partie de ceux qui soutenaient les réseaux hostiles à la guerre d’Algérie se sont retrouvés dans les mouvements qui ont abouti, en 1960, à la création du PSU. J’ai fondé le PSU à Vincennes, j’en ai été le secrétaire jusqu’en 1965. J’étais même chargé par une direction parallèle et occulte, de surveiller les officiers OAS qui arrivaient d’Algérie. Je dirai pas qui était le général en chef, parce que ça lui ferait du tort, mais c’est un monsieur très convenable maintenant...


Qui ?


Je recevais mes directives d’Alain Geismar. J’ai même gardé des petits mots doux de l’époque, « il faut surveiller le colonel Untel, le lieutenant Machin ».


A cette époque, tu vivais de quoi ?


J’étais journaliste. Après la guerre, j’ai traîné la galère pendant des années parce que je n’avais pas envie de travailler, j’avais juste envie de faire la révolution, c’est original ! Seulement, je n’avais pas encore compris que quand on veut préparer la révolution, on ne peut pas être en marge, il faut travailler, être au côté des autres. Alors pendant presque dix ans, j’ai fait de tout, j’ai été docker à Bercy, j’ai travaillé dans une usine d’outillage où je sabotais le matériel, j’ai été enquêteur à l’IFOP, je faisais aussi des patronages et des colonies de vacance, des petits boulots, quoi ! Et puis j’ai fait du théâtre, j’ai été comédien.


A partir de quel moment t’es-tu mis à faire de la recherche sur l’anticolonialisme, sur la police de Vichy, sur le camp de Drancy ?


J’ai commencé mes recherches à la fin des années 70. Elles concernaient la police française sous l’Occupation. Au CDJC, le Centre de Documentation Juive Contemporaine, je suis tombé sur la pire des choses : les archives de l’Union Israélite de France, qui était un petit organisme de notables, qui a collaboré avec Vichy. J’ai sorti un gros bouquin, qui s’appelle « les Juifs dans la Collaboration », qui m’a valu beaucoup d’ennuis à l’époque. Puis je me suis intéressé au problème palestinien. Et ensuite, j’ai beaucoup écrit, je suis devenu peu à peu, une sorte d’historien de la répression.


Oui, mais un historien contesté par le système…


Bien sûr, parce que je suis pas issu de l’institution des historiens. Et pour leur faire un pied de nez, moi qui n’avais que le certificat d’études - j’ai quitté le collège à 14 ans - en 1992, j’ai passé un doctorat d’État de sociologie.

 

Tu as été parmi les premiers travailler sur la police de Vichy.


J’ai été le premier. Si tu prends tous les livres qui ont été écrits ces dernières années sur la collaboration, tu ne trouves jamais un chapitre sur le sujet, même chez Henri Rousso ou Azema. Mon premier papier sur ce thème a été publié dans Le Monde, le 9 juillet 1982. Il était intitulé : « 40 ans après, je n’ai pas oublié ». C’était la première fois que la presse française publiait un papier sur le rôle de la police sous l’Occupation. Avant, c’était tabou. Ne pas oublier que dans Nuit et Brouillard en 1957, le réalisateur Alain Resnais n’a eu l’autorisation de projeter que parce qu’il avait effacé le képi d’un gendarme présent au camp de Pithiviers.


Est-ce que tu peux nous parler de la collaboration de la Police française, notamment sa participation aux rafles ? Et peut-on établir un lien avec ce qui se passe aujourd’hui ? Une constante de l’attitude policière, en quelque sorte ?


On peut faire le lien, sans faire d’amalgame. Quoi qu’on puisse penser de la police actuelle, et quel que soit son rôle abominable, ça ne conduit plus à Auschwitz. C’est encore une chance. Dès l’automne 40, Pétain a déclaré : « J’entre dans la voie de la collaboration ». Ça n’a pas irrité les 100 000 policiers de l’époque. Ils n’ont pas réagi. Et quand les nazis qui occupaient les deux tiers de la France ont demandé à la police de ficher les juifs de la zone occupée, ils l’ont fait. Donc ordre a été donné à tous les juifs de se déclarer dans les commissariats de police. Et sur la base des déclarations, ils ont fait des fichier, puis des rafles. La question fondamentale est : « Pourquoi est-ce que les gens ont été se déclarer ? ». Et bien, pour une raison extrêmement simple. En 1940, on avait le sentiment qu’on en prenait pour 50 ans d’occupation, et pour l’immigré, il ne faut jamais être en rupture avec la légalité du moment. Alors que les juifs immigrés y sont allés la tête basse et par contrainte, il y a des connards de bons israélites français qui y sont allés par gloriole.


Et tes parents ?


Ils y sont allés. Ils étaient originaires de Pologne. Mon père était arrivé en 1923 et ma mère en 1924. Même les communistes juifs s’y sont rendus, parce qu’on était encore sous le pacte germano-soviétique. En mars 1941, le Commissariat aux Questions Juives a été créé. Le 14 mai 1941, la première rafle dans Paris a correspondu à une vague d’arrestation sur convocation. 5000 hommes ont été convoqués dans leur commissariat d’arrondissement, par un document type « veuillez vous présenter pour affaire vous concernant ». Ceux qui sont venus, environ 3800, ont été immédiatement embarqués par les gendarmes et envoyés au camp de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. La deuxième rafle a eu lieu dans le 11ème arrondissement de Paris, les 20 et 21 août 1941, et là, sans distinction entre Français et étrangers. Lors de la première rafle, il ne s’agissait que d’étrangers. Le 14 mai 41, j’ai deux oncles qui ont été embarqués. Je me souviens qu’ils étaient venus la veille à la maison, à Vincennes, pour en parler avec mon père.


Donc en août 1941…


Les 20 et 21 août 1941, 3000 policiers encerclent le 11ème arrondissement, il n’y pas un seul Allemand sur le chemin. Ils arrêtent 4000 personnes, et ouvrent le camp de Drancy. Le 12 décembre 1941, la Gestapo rafle 800 « notables », avocats, magistrats, médecins. C’était une sorte de coup de semonce donné aux institutions juives pour qu’elles versent une amende d’un milliard à l’armée allemande, et qu’elle constitue cette organisation collaboratrice qui s’appelait « Union Générale des Institutions Juives de France ». C’est la seule rafle organisée par les nazis sous l’occupation.


Ensuite se sont succédé les épisodes : interdiction d’avoir un poste de radio à la maison. Pour nous c’était pas grave, parce qu’on n’en avait pas. À l’époque, un poste de radio, ça coûtait plus cher qu’une télé maintenant. Ensuite, interdiction d’avoir le téléphone, ce qui ne touchait qu’une minorité de personnes. Et puis est arrivée le 29 mai 1942 l’obligation de porter l’étoile jaune, qui est entrée en application le 7 juin 42. Puis la rafle du Vel d’hiv, le 16 juillet 42, où il y a eu 13150 personnes arrêtées dans Paris, dont 4000 mômes.

 

Le 9 juillet, une semaine avant la rafle, une fois qu’on était marqués par l’étoile, il y a eu l’interdiction d’apparaître dans les lieux publics. Nous, on habitait à Vincennes, on avait le droit de traverser le bois, mais pas de s’arrêter. On ne pouvait pas entrer dans un magasin, ni un stade. Dans le métro, on devait utiliser le wagon de queue. Après le 16 juillet 1942, il a fallu que le gouvernement de Vichy insiste auprès de la Gestapo pour que les enfants soient déportés, parce qu’ils ne l’avaient pas demandé. C’était signé Bousquet, un brave homme, futur ami de Mitterrand… N’avaient pas été concernés par la grande rafle du Vel d’Hiv les ressortissants des pays alliés de l’Allemagne. Donc n’avaient pas été arrêtés les Hongrois, les Roumains, les Turcs, et les Grecs. A l’automne 1942, en septembre et en Novembre, il va y avoir la nuit des Grecs, des Roumains et des Hongrois. À chaque fois, 2000 personnes sont arrêtées.


Tout ça à la demande de Vichy ?


Non, à la demande de la Gestapo. Mais c’est la police française qui exécute. Les rafles ont continué ponctuellement dans Paris, parmi les étrangers, en février 43 et à l’été 43, mais également en zone sud, en août 1942. Au final, il y a eu 76000 déportés, dont ne reviendront que 2500 personnes. Quand je pense que Serge Klarsfeld a osé dire que grâce à la population de ce pays, grâce aux Églises, seulement un quart des juifs français ont été déportés ! Il oublie de dire que sur les 76000 déportés, les trois quarts sont des étrangers ! Ça veut dire que les juifs étrangers de France ont été déportés à plus de 50%.


Quant à la police actuelle ?


On n’a pas tiré les leçons de l’histoire. Il n’y a jamais eu de procès de l’institution policière pour son rôle sous l’Occupation. Ce qui a permis De Gaulle, six semaines après la libération de Paris, de décorer la police de la fourragère rouge, pour avoir pris la Préfecture de Paris le 19 août 1944, à la 25ème heure. Très peu de flics ont été réprimés. 4500 ont été jugés par leurs pairs, dans des comités d’épuration. Les plus pourris d’entre eux ont été écartés de l’institution, puis réintégrés pour vice de forme, au fil des années, par le préfet socialiste Beylot. On en retrouvera une partie dans l’état-major de la Police Parisienne, le 17 octobre 61.

 

Un flic qui avait 25 ans en 1942, en a 44 en 1961. Beaucoup ont pu faire les deux opérations, les rafles et le massacre des Algériens. A partir de 1960 vont entrer dans la police des éléments issus des troupes d’Indochine, puis des troupes d’Algérie. Ce qui va conforter la moralité moyenne de la police de ce pays. Il y aura les épisodes qu’on connaît : mai 68, et un certain nombre de provocations abominables, comme la manifestation des sidérurgistes le 23 mars 1979 à Paris, où on voit des policiers en civil lancer des pavés dans les vitrines des banques afin de mettre un peu d’agitation dans la rue.


Et aujourd’hui ?


Le policier de 2006, il n’en a rien à faire de savoir ce que devient la personne qu’il arrête, pas plus qu’en 1942/43 pendant les rafles. Il y a une différence notable quand même, qui est très importante à mon avis : c’est qu’à l’époque le policier était un pauvre type qui n’avait que le certificat d’études, et qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Et qui réprimait l’étranger parce que dans la police, on n’aime pas les étrangers. Il faisait quinze jours d’école de police. Maintenant, on rentre dans la police avec un niveau bac, on fait un an d’école de Police, et on est sensé, en sortant, n’être ni raciste, ni brutal, ni sexiste… Quand les flics nous ont raflé en 1942, ils ont été violents, ils ont été ignobles, mais ils ne nous ont pas traités de sales juifs. Quand ils traquent les mômes dans les banlieues maintenant, ils les traitent de sales bougnoules. Ça veut dire que qualitativement parlant, ça ne s’est pas arrangé.


Que dire de tous les flics noirs et arabes ?


Le problème des flics blacks ou beurs, c’est le même problème que celui des femmes flics. Ils ont besoin de prouver qu’ils sont aussi capables que les autres. Du coup, ils en font souvent un peu plus. Par ailleurs, les policiers originaires de la Réunion ou des Antilles n’aiment pas particulièrement les noirs africains. Je crois que la couleur n’a rien à voir avec tout ça. Quand on va à New York, dans Chinatown, tous les flics sont chinois. Dans les quartiers noirs, tous les flics sont noirs. C’était le programme de Chevènement. Il voulait une police qui ressemble à son quartier. C’est pour ça qu’il avait créé les adjoints de sécurité, les fameux emplois jeunes en 1997. L’autre jour, il y en a qui venait geindre à la télévision, et qui disait : « quand je viens dans mon quartier, on me traite de collabo. »

Eh bien oui.


Quel regard tu portes sur la société quand tu observes les trente dernières années ?


J’essaie de mettre des lunettes grossissantes pour voir comment ça se passe. Ce n’est pas rassurant, il y a de moins en moins de projets collectifs. Chacun se replie sur son petit pré carré. Avant de songer à faire la révolution, il faudrait réveiller les vieilles solidarités, ça serait déjà un premier pas très important.


Par lequel de tes bouquins doit-on commencer ?


Il y en a beaucoup qui sont épuisés. « Les Français de la débâcle » raconte les premiers mois de l’Occupation. « De la victoire à la débâcle » relate le cheminement des démocraties dans les années trente, et l’arrivée d’Hitler au pouvoir. « Opération Étoile Jaune » est assez intéressant sur le comportement policier.


Entretien réalisé par Fred et Pâtre.


http://contre.propagande.org/pravda...

Contributor : CREAGH Ronald

To cite this page:
Entretien avec Maurice Rajsfus, What's new: 14 March 2008. [Online].
http://raforum.info/spip.php?article4279
[Accessed on 24 July 2012]



Related topics:


Jean-Marc Berlière, “Une police républicaine sous l’Occupation”, dans “Vingtième Siècle”, n° 94, avr-juin 2007.

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