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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 12:20
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Une théorie dialectique plurilinéaire du devenir social
2010
  

Marx plus que dans les marges


Nous publions ici la conclusion d’un ouvrage important, édité en 2010 par l’University of Chicago Press (336 pages) et ayant pour titre : Marx at the Margins : On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies.

 

L’auteur, Kevin B. Anderson, est professeur de sociologie et de sciences politiques à l’université de Californie Santa Barbara. L’ouvrage est consacré aux écrits de Marx dédiés au nationalisme, à l’ethnicité et aux sociétés non occidentales.

 

Cet ouvrage est, en quelque sorte, le pendant thématique à la passionnante introduction que Robin Blackburn a consacrée à une partie des écrits de Marx sur la Guerre civile américaine : Karl Marx/Abraham Lincoln.

Une révolution inachevée. Sécession, guerre civile, esclavage et émancipation aux Etats-Unis, (Editions Syllepse 2012 pour la traduction française).

 

En se centrant sur ces questions, l’auteur – qui participe au travail de nouvelle publication des œuvres complètes de Marx et d’Engels (la MEGA II) – met à mal l’affirmation de ceux et celles qui font de Marx une espèce d’apologue du développement capitaliste comme précurseur d’une société socialiste.

 

Il met à mal également l’idée, assez répandue dans certains courants dits marxistes-léninistes, selon laquelle sa préoccupation exclusive portait sur les classes sociales et les relations Capital-Travail.

 

Kevin B. Anderson indique les évolutions dans la pensée de Marx, laquelle n’a cessé de s’élargir et de s’approfondir en – pour reprendre ses termes – une théorie dialectique plurilinéaire du devenir social. Il nous invite ainsi à (re)lire Marx pour penser notre propre temps.


http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article25892

 


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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 12:09

 veldiv.jpg

Les 16 et 17 juillet 1942, alors que la moitié de la France était occupée par l'armée allemande, la police française, et elle seule, raflait 13 000 Juifs à Paris, les parquait dans des conditions innommables au Vélodrome d'Hiver, le Vel'd'Hiv, situé dans le 15e arrondissement parisien, avant de les transférer à Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, puis de les déporter vers des camps d'extermination, dont bien peu revinrent.


Cette rafle n'était pas la première ni malheureusement la dernière.


Le rôle de la pollice française


Celle de juillet 1942, minutieusement organisée sur ordre des troupes d'occupation, fut exécutée sans la moindre participation de policiers ou de soldats allemands, mais uniquement par la police française. Les autorités françaises firent preuve d'un zèle qui, a-t-on dit, étonna les autorités allemandes d'occupation. La rafle de juillet 1942 visait en principe uniquement les Juifs de nationalité étrangère. Les Juifs étrangers étaient nombreux, qui avaient fui les persécutions d'Allemagne et d'Europe centrale.


Pour faire croire à l'opinion que ces arrestations étaient motivées par un besoin de main-d'œuvre en Allemagne, il avait été prévu, au départ, de ne pas arrêter les enfants de moins de 16 ans. Mais Laval, chef du gouvernement de Pétain, décida de les faire arrêter tout de même, prétextant une mesure « humanitaire » : pour qu'ils ne soient pas, a-t-on dit, « séparés de leurs parents ».


Cette rafle avait été précédée de diverses mesures.

 

Il y avait eu, tout d'abord, le recensement obligatoire des Juifs en octobre 1940. Les Juifs avaient dû se présenter dans les commissariats et se déclarer comme tels. Ne pas le faire les exposait à des sanctions « les plus sévères ». Environ 90 % d'entre eux se firent recenser et 150 000 Juifs ont ainsi été fichés en zone occupée, dont 64 000 étrangers. Au moment des rafles, la police savait donc parfaitement où aller.


Depuis juin 1942, tous les Juifs devaient porter, cousue sur leurs vêtements, une étoile jaune avec l'inscription « Juif ».


Les 16 et 17 juillet, les permissions dans les rangs de la police avaient été annulées. Mais les choses ne se passèrent pas toujours comme prévu. Il y eut des policiers ou des gens avertis de l'opération qui réussirent à prévenir des Juifs : « Dans deux heures, on viendra vous chercher. » Et un certain nombre échappèrent au coup de filet. Des hommes surtout car, comme jusque-là c'étaient surtout les hommes qui avaient été raflés, on croyait dans l'opinion juive que les femmes et les enfants risquaient moins.


L'opinion publique « profondément troublée »


Ce ne fut pas le cas : sur les 13 152 personnes arrêtées, il y eut 10 000 femmes et enfants. Un rapport de police de l'époque tire ce bilan : « Les mesures prises à l'encontre des Israélites ont assez profondément troublé l'opinion publique. Bien que la population française soit dans son ensemble et d'une manière générale assez antisémite, elle n'en juge pas moins sévèrement ces mesures qu'elle qualifie d'inhumaines. Les raisons de cette désapprobation reposent (...) sur les bruits (...) d'après lesquels les familles seraient disloquées (...). C'est cette séparation des enfants de leurs parents qui touche le plus les masses françaises et provoque des réactions qui se traduisent par des critiques sévères à l'égard du gouvernement et des autorités occupantes. »


Durant cette période, 80 000 à 85 000 Juifs résidant en France ont été exterminés, soit près du quart d'entre eux. Ceux qui réussirent à échapper à leurs bourreaux le durent souvent à l'aide d'une partie de la population.


Le recyclage des responsables


La guerre finie, cette politique barbare fut bien vite oubliée, ou plutôt occultée. Les Maurice Papon, haut fonctionnaire sous Vichy, responsable de la déportation de dizaines de Juifs dans la région de Bordeaux, les René Bousquet, secrétaire général de la police en 1942 et à ce titre organisateur en chef de la rafle du Vel' d'Hiv, poursuivirent une brillante carrière, comme la plupart des hauts fonctionnaires d'ailleurs. Le premier fut préfet de police, puis ministre de Giscard d'Estaing, le second occupa de hautes fonctions dans le monde financier, entretenant, l'opinion l'apprit sur le tard, des relations amicales avec François Mitterrand.


La volonté des dirigeants français qui se succédèrent après la guerre était de montrer que le régime de Vichy et de Pétain ne s'inscrivait pas dans la continuité, mais constituait une rupture totale avec la tradition républicaine de la France.

 

À l'évidence il n'en était rien, dans les hommes qui assurèrent la continuité de l'État, ou encore la continuité « industrielle et économique ». Une grande partie de ceux qui servaient sous Vichy restèrent en place sous de Gaulle, puis sous la IVe et la Ve République.


Aujourd'hui, on évoque le devoir de mémoire. Mais il ne suffit pas de se souvenir, encore faut-il comprendre. Comprendre comment et pourquoi une société policée, cultivée, moderne a pu donner naissance à cette barbarie sans nom, dont la Seconde Guerre mondiale, le nazisme, furent le produit. Tout cela au nom de la volonté des capitalistes de maintenir leur pouvoir économique et leurs privilèges.


Et surtout comprendre comment agir pour que cela ne se reproduise plus.


André VICTOR

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2294&id=35

 

Le Vélodrome d'Hiver, lieu de détention, avant et après la rafle des Juifs

Le 15 mai 1940, cinq jours après l'invasion des armées allemandes, et deux ans avant la rafle du Vel' d'Hiv, le gouvernement de la IIIe République, qui était sur le point de s'effondrer, décida de faire interner au Vélodrome d'Hiver des femmes considérées comme « indésirables ». C'étaient des réfugiées, souvent de nationalité allemande, ayant fui l'Allemagne par antinazisme.


5 000 environ y furent parquées durant une à trois semaines, sans moyens d'hygiène, quasiment sans toilettes, mais toutefois avec eau et nourriture. De là elles ont généralement été expédiées au camp de concentration de Gurs, dans les Pyrénées, avant d'être livrées aux nazis. Certaines réussiront à s'échapper et quelques-unes seront à nouveau enfermées au Vel' d'Hiv les 16 et 17 juillet 1942.


Beaucoup plus tard, le Vel' d'Hiv a repris du service en août 1958 pour y parquer des détenus algériens, sur décision de Maurice Papon qui venait d'être nommé préfet de police.


A.V.

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 08:23

 

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Extrait d’un article paru en juillet 1893 dans la revue polonaise Sprawa Robotnicza (la Cause ouvrière), éditée à Paris et diffusée clandestinement en Pologne. Rosa Luxemburg en était la principale animatrice. Ce texte, rédigé « à l’occasion du centième anniversaire de 1793 », est inédit depuis lors. Nous remercions l’historien polonais Feliks Tych (Varsovie) qui nous a permis d’authentifier ce document rédigé par Rosa Luxemburg.


L’année 1793 ! Cent ans sont passés depuis ce temps auquel les ennemis du peuple travailleur, les tsars, les rois, la noblesse, les princes, les patrons d’usine et tous les autres riches (les capitalistes) ne peuvent songer encore aujourd’hui sans éprouver de la terreur. Leurs âmes tremblent dès que l’on prononce ce mot : l’année 1793 !


Pourquoi cela ? Parce que, dans ces années-là, le peuple travailleur en France, et particulièrement dans sa capitale, Paris, s’est débarrassé pour la première fois du joug multiséculaire et a entrepris de tenter d’en finir avec l’exploitation et de commencer une vie nouvelle et libre. (…)

.../...

« Pour quelle raison ai-je combattu ? Pourquoi ai-je versé mon sang ? » s’interroge le peuple français trompé dans ses espérances. Pour quoi ai-je offert ma poitrine aux balles des soldats du roi ? Seulement pour remplacer un oppresseur par un autre? Pour arracher le pouvoir et les honneurs à la noblesse et le transmettre à la bourgeoisie ?


Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxième révolution - la révolution populaire -, le 10 août 1792. Ce jour-là, le peuple prit d’assaut le Palais royal et l’Hôtel de ville. La bourgeoisie était du côté du roi, qui, doté d’un pouvoir affaibli, défendait ses intérêts contre ceux du peuple.


Cela n’empêcha pas le peuple de renverser le trône. La bourgeoisie tenait l’Hôtel de ville et l’administration municipale d’une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. 


Cela n’empêcha pas le peuple de prendre d’assaut l’Hôtel de ville, d’en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l’administration municipale de Paris. En ce temps-là, l’administration de la Commune de Paris était totalement indépendante de l’administration de l’État. La Commune 1, s’appuyant sur le peuple révolutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assemblée nationale), qui se réunit en septembre 1792 et proclama aussitôt la République, à faire d’importantes concessions. Sans la puissance menaçante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assemblées précédentes pour les masses populaires. 


La grande majorité des membres de la Convention étaient hostiles aux changements imposés par la révolution du 10 août. Une partie de la Convention - le parti de la Gironde (ainsi nommé, car ses principaux dirigeants provenaient de ce département) mena une lutte ouverte contre la souveraineté de la Commune révolutionnaire de Paris. Les Girondins, représentants de la moyenne bourgeoisie républicaine, étaient d’ardents partisans de la République et des adversaires acharnés de toute réforme économique d’ampleur au profit du peuple travailleur. 

Seule la minorité de la Convention, la Montagne (ainsi nommée parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), défendait fidèlement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les girondins siégèrent à la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient évidemment toujours la majorité de leur côté (…).


.../...

Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de sa brève période où il exerça un rôle dominant. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l’administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la complète libération économique du peuple. Ils aspiraient sincèrement à la réalisation de l’égalité formelle de tous devant la loi, mais aussi à une réelle égalité économique. Tous leurs discours et tous leurs actes étaient basés sur une idée : dans la république populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la république populaire, cela veut dire que l’État libre bâti sur la souveraineté populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait dépendant des riches et dominé économiquement.

 

Mais comment réaliser l’égalité économique pour tous ? À notre époque, les partis ouvriers sociaux-démocrates de tous les pays ont inscrit sur leur bannière comme aboutissement de leur combat l’égalité économique pour tous. Et pour réaliser cet objectif, ils exigent l’abolition de la propriété privée de tous les outils de travail ; la propriété de la terre, des usines, des ateliers, etc. doit être transférée à l’ensemble du peuple travailleur. Le parti de la Montagne chercha à résoudre ce problème tout autrement. 


Très peu parmi eux, et aussi parmi les membres de la Commune1b , partageaient le point de vue de la social-démocratie d’aujourd’hui… Seules quelques voix isolées, qui disparurent dans la masse des autres. Elles ne trouvèrent même pas une écoute favorable auprès de la partie la plus progressiste du peuple de Paris : le prolétariat. Au contraire, ni le prolétariat ni les montagnards ne pensaient à l’abolition de la propriété privée des moyens de travail. Ils voulaient réaliser l’égalité économique de tous en donnant à tous les citoyens français qui ne possédaient rien une parcelle de propriété privée. En un mot, ni le prolétariat parisien d’alors ni les montagnards n’étaient socialistes. 

(…)

Tout autre était la situation il y a cent ans. En France, comme dans d’autres États, le prolétariat représentait à peine une petite partie de la masse du peuple travailleur. La paysannerie, qui constitue la plus grande part du peuple français, était satisfaite de ce qu’elle avait obtenu pendant la Révolution. En effet, comme nous l’avons signalé, seuls les cultivateurs les plus riches pouvaient acheter des terres. La partie la plus pauvre de la paysannerie française ne souhaitait pas la propriété collective socialiste, mais une augmentation de leur part de propriété. Les montagnards avaient justement l’intention de remettre aux paysans toutes les terres de la noblesse et du clergé qui n’avaient pas encore été vendues. La distance entre les montagnards et le socialisme est démontrée par le fait que, en accord avec les autres conventionnels, ces derniers ont partagé à quelques paysans ce qu’il restait des anciens biens communaux (prairies, champs, terrains en friches). (…)


Après tout cela, il est clair que les montagnards, malgré toute leur bonne volonté, étaient incapables de réaliser leur désir ardent : l’égalité économique de tous. Cette aspiration n’était pas réalisable en ce temps-là. En outre, les moyens dont on se servait n’eurent comme effet que de retarder pour une brève période le développement de la constitution du capitalisme, c’est-à-dire la plus grande inégalité économique.

(…)

Tant que la Montagne était entre leurs mains 2, ils ont dû trouver leur salut dans des moyens économiques coercitifs, notamment pour empêcher le peuple de Paris de mourir de faim. Ces moyens étaient les suivants : la fixation d’un prix maximal pour le pain et pour d’autres denrées alimentaires, des emprunts obligatoires auprès des riches et, tout particulièrement à Paris, l’achat de pain de la part de la commune afin de le distribuer au peuple au prix le plus bas possible. Tout cela n’était que des interventions purement et simplement superficielles dans la vie économique française. 


Tout cela ne pouvait que mener à la paupérisation de gens riches et ne fournir qu’une aide momentanée au peuple affamé - rien de plus. Et même si les intentions du parti des montagnards de donner des terres à tous ceux qui désiraient travailler avaient été atteintes, l’égalité économique n’aurait pas pourtant été acquise pour longtemps. À la fin du siècle dernier, la France occupait dans le système capitaliste la même position que les autres pays d’Europe de l’Ouest. Elle devait rechercher inéluctablement la transformation des petits propriétaires en prolétaires et l’unification de l’ensemble des biens - y compris de la propriété foncière - dans les mains de quelques riches 3.


(…) Après la chute de la Commune et de la Montagne, le prolétariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention 4, en criant : « Du pain et la Constitution de 1793. » Ce n’étaient toutefois plus que des faibles sursauts d’une flamme révolutionnaire en voie d’extinction. Les forces du prolétariat étaient épuisées ; quant à la conjuration organisée en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d’alors, dans le but d’introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux. Babeuf avait bien compris que l’égalité économique n’était pas compatible avec la propriété privée des moyens de production, qu’il voulait socialiser. Il se trompait toutefois lorsqu’il supposait pouvoir l’appliquer dans la France d’alors avec l’aide d’une poignée de conjurés. Babeuf et ses amis pouvaient encore moins compter sur un succès que les montagnards. Ses projets socialistes ont été étouffés dans l’oeuf.

(…) La conjuration de Babeuf n’a pu troubler qu’un instant le calme de la bourgeoisie française repue qui s’enrichissait. Elle avait déjà oublié les « frayeurs de l’an 1793 ». C’est bien elle et non le prolétariat qui a récolté tous les fruits de la Révolution française. L’ampleur de la violence que la Montagne a déployée contre la noblesse et ses biens n’a pas servi au prolétariat mais à la bourgeoisie. La majeure partie des biens réquisitionnés - « les biens nationaux » 5 - ont été achetés et sont tombés dans les mains de la bourgeoisie aisée. La paupérisation du clergé et de la noblesse n’a fait que renforcer les pouvoirs économiques, sociaux et politiques de la bourgeoisie française.

 


(…) Tels sont les effets sociaux immédiats de la Révolution française. Actuellement, un siècle plus tard, nous voyons clairement les conséquences ultérieures de la Grande Révolution. Elle a certes installé la bourgeoisie sur le trône, mais le règne de la bourgeoisie est indissociable du développement du prolétariat.


Et c’est maintenant particulièrement que nous voyons de nos propres yeux à quel point son succès conquis sur la noblesse court à sa ruine. (…)


La tentative bien trop précoce du prolétariat français d’enterrer dès 1793 la bourgeoisie fraîchement éclose devait avoir une issue fatale. Mais après cent ans de règne, la bourgeoisie s’affaiblit sous le poids des ans. Enterrer cette vieille pécheresse est aujourd’hui une bagatelle pour le prolétariat débordant d’énergie. À la fin du siècle dernier, le prolétariat - peu nombreux et sans aucune forme de conscience de classe - a disparu en se fondant dans la masse des petits-bourgeois 6. À la fin de notre siècle, le prolétariat se trouve à la tête de l’ensemble du peuple travailleur des pays les plus importants et gagne à sa cause la masse de la petite-bourgeoisie des villes ainsi que, plus récemment, la paysannerie 7.


À l’époque de la grande Révolution française, les meilleures personnalités étaient du côté de la bourgeoisie. De nos jours, les personnalités les plus nobles issues de la bourgeoisie (de la « couche intellectuelle ») sont passées du côté du prolétariat.


À la fin du siècle dernier, la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse était une nécessité historique. Aujourd’hui, la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie est au même titre une nécessité historique.


Mais la victoire du prolétariat signifie le triomphe du socialisme, le triomphe de l’égalité et de la liberté de tous. Cette égalité économique, qui était il y a un siècle le grand rêve de quelques idéalistes, prend aujourd’hui forme dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement social-démocrate. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » n’était à la l’époque de la grande Révolution française qu’un slogan de parade dans la bouche de la bourgeoisie, et un faible soupir dans la bouche du peuple - ce mot d’ordre est aujourd’hui le cri de guerre menaçant d’une armée de plusieurs millions de travailleurs. Le jour approche où il prendra corps et deviendra réalité.

En l’an 1793, le peuple de Paris a réussi à détenir le pouvoir entre ses mains pour une courte durée ; mais il a été incapable d’utiliser ce pouvoir pour se libérer économiquement. De nos jours, le prolétariat de tous les pays mène résolument et inlassablement un combat à la fois politique et économique.

Le jour où le prolétariat détiendra le pouvoir politique sera aussi le jour de sa libération économique.

K.
(pseudonyme de Rosa Luxemburg)

 

http://www.mleray.info/article-rosa-luxemburg-leurs-ames-tremblent-des-que-l-on-prononce-ce-mot-l-annee-1793-79267543.html

 

Traduction de Fabien Perrier, Jean-Paul Piérot, avec Jean-Numa Ducange.

source : humanité.fr 15 janvier 2009

 

publié sur le site Pourquoi Marx


http://www.marxisme.biz/annexes/rosa_luxemburg/1793.html

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 16:04
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C’est en mettant la loupe sur les discours des partis « métropolitains » sur les colonies que l’on prend le mieux la mesure de leurs cohérences ou incohérences dans leur opposition ou complaisance à l’égard de l’Etat, c’est-à-dire en dernière instance de la bourgeoisie de leur pays.


Karl Marx a montré que c’est en adoptant le point de vue du prolétariat qu’on se place le mieux pour voir clair dans les mécanismes économiques et sociaux et dans les luttes qui en découlent. Trotsky a ajouté une belle formule : « regarder le monde avec des yeux de femmes ». Les penseurs critiques de la question coloniale ont complété : pour percer les contradictions d’un certain « humanisme » occidental, le regard des colonisé-e-s, nègres, arabes, aborigènes, bref indigènes de toutes origines, est une nécessité incontournable.


Considérer la question des colonies comme secondaire, refuser de la prendre en compte ou pire encore s’irriter qu’on le fasse, c’est s’inscrire dans une mauvaise tradition : celle du PCF lorsqu’il disait, pour justifier son alliance avec la SFIO de l’époque de la guerre d’Algérie : « il ne faut pas sacrifier le tout [l’alliance électorale] à la partie » [le droit à l’autodétermination du peuple algérien].

 

En général, c’est dans « la partie » que se trouvent les opprimé-e-s les plus opprimé-e-s ! Le PCF n’a certes pas toujours cédé à cette facilité, mais il est en tout cas significatif et déplorable que la question des positions des candidat-e-s aux élections présidentielles sur la question des dernières colonies de la France ait si peu fait l’objet de débats. Venant de la droite, un tel « oubli » n’a rien de surprenant. Serions-nous naïfs de penser qu’il pourrait en être autrement venant de la gauche ?


La République et ses limites


La République française s’est frayé un chemin à travers des luttes tumultueuses inaugurées par la « Grande Révolution » et poursuivies un siècle durant – et même plus – contre les résidus de l’Ancien Régime, contre ses privilèges, ses traditions et son idéologie. Appuyées sur le peuple, voire imposées par lui mais confisquées par la bourgeoisie, révolution et république ont été marquées par trois limites congénitales : à l’égard du prolétariat, à l’égard des femmes, à l’égard des colonisés. Le prolétariat a conquis ses propres droits dans une lutte acharnée face à une bourgeoisie qui n’a pas hésité à répondre par de sanglantes répressions (juin 1848, mai 1871, etc.).

 

Les femmes ont dû se battre et attendre un siècle et demi pour obtenir le simple droit de vote.

 

Les colonisés, eux, ont vite constaté que la fin de l’esclavage n’était pas inscrite sur les tablettes de 1789. Après les luttes héroïques et permanentes des esclaves dans les Amériques, aboutissant à l’abolition définitive de 1848, il a fallu s’insurger contre le travail forcé et les horreurs coloniales sur quatre continents. Sur ces trois questions, la République n’a donc rien lâché d’elle-même. Tout lui a été arraché par la lutte des intéressé-e-s. La prise en compte de cette histoire met à l’abri de toute illusion sur la nature de classe de la dite République.


Concernant les colonies, la République française a très vite disposé de deux discours :

 

celui de l’exclusion raciste absolue et le discours, plus insidieux mais objectivement raciste lui aussi, de l’assimilation. Ce dernier prétendait partir de bons sentiments (égalité civique de tous les ressortissants de la République) mais niait l’égalité de base : celle des peuples entre eux. Les « vieilles colonies » (Antilles, Guyane, Réunion) ont été le principal théâtre d’expérimentation de la version assimilationniste de la politique coloniale.

 

Lorsque François Hollande, vivement mis en garde par des amis antillais (peut-être parmi d’autres), a tenté de sauver Jules Ferry de l’opprobre en séparant son verbiage raciste de son œuvre scolaire, il a ignoré que le ver de l’idéologie dominante n’épargnait pas… l’école elle-même ! Avant l’ère des médias modernes, celle-ci a été le principal lieu d’inculcation de l’idéologie assimilationniste. Or, quel est le fondement dernier de cette idéologie si ce n’est l’idée de l’inégalité des races et des peuples, proclamée par le même Ferry ?


La social-démocratie et les dernières colonies


Le nouveau président a pourtant fait un effort : les trois ministres antillais et guyanais (Taubira, Lurel, Pau-Langevin) qu’il a pris dans son gouvernement sont connus des anticolonialistes et progressistes de chez nous. Nous avons même parfois partagé certaines luttes dans l’émigration antillo-guyanaise ou sur place. Peu importe que, dans le cas de Lurel surtout, les causes partagées ont pu tourner à la franche confrontation !


Mais l’effort du nouveau gouvernement sur le casting ne s’est pas étendu jusqu’au scénario. Aucune mesure du programme Hollande ne marque une rupture avec l’organisation coloniale de la politique « ultramarine » (vocabulaire que nous rejetons toujours avec virulence – les Ultramarins, pour nous, ce sont les Français !)


Prenons un simple exemple. Hollande a promis – la belle affaire ! – d’enlever le mot « race » de la Constitution

 

française mais il n’a pas annoncé l’intention de revenir sur une modification plus significative et scélérate faite par la droite . Celle-ci a enlevé la notion de « peuples », qui nous désignait implicitement dans cette auguste loi fondamentale, pour nous rétrograder au rang de simples « populations faisant partie du peuple français ». Le but de la manœuvre était de nier notre aspiration à être reconnus comme des entités avec qui une négociation est concevable.

 

On nous préfère comme des sujets de l’Empire, un empire bienveillant qui toujours est censé décider pour nous et pour notre plus grand bien (encore l’esprit Jules Ferry). Signalons au passage une petite ironie du calendrier : Victorin Lurel, le nouveau « ministre des outre-mers » vient du publier un ouvrage (Lettre ouverte à mes compatriotes de la métropole) dans lequel il rappelle son opposition radicale de député en 2003 à la suppression du mot « peuples ». On verra vite si son influence dans la question du mot « races » à enlever se vérifiera de la même manière sur celle du mot « peuples » à remettre !


Le Front de gauche comme recours ?


Ces contradictions, somme toute traditionnelles, de la social-démocratie française seront un enjeu de la période nouvelle. Les anticolonialistes de toutes tendances auront à cœur de les faire exploser. Malheureusement, il semble bien que nous ne pourrons guère compter sur le « Front de gauche » pour nous aider dans cette problématique. Jean-Luc Mélenchon s’est drapé dans la phraséologie de « la France une et indivisible ».

 

Triste et amère ironie, c’est avec ce même vocabulaire que Marine Le Pen vient de s’en prendre avec rage à Christiane Taubira, coupable de son lointain passé indépendantiste.

 

Dans ses envolées sur la « grandeur de la France », sur la « chance que représente l’outre-mer », Mélenchon se rend-t-il compte qu’il ne fait que s’inscrire dans une tradition bien établie par Chirac, Sarkozy et d’autres ?


Nous avions déjà noté l’extrême susceptibilité de l’homme lorsque la rumeur publique avait brocardé le luxe dispendieux des hôtels sud-africains de la ministre des sports à l’époque du Mondial (on ne critique pas une ministre de la France à l’extérieur, s’était il exclamé – merci beaucoup pourrait aussi dire Michèle Alliot-Marie après ses fameuses frasques tunisiennes). Nous avions aussi repéré les phrases sur la grandeur militaire et ses instruments économiques.

 

Mais la « France une et indivisible » jeté au visage des Corses parce que Hollande osait proposer un renforcement modéré des pouvoirs régionaux, voilà qui ne présage rien de bon pour les derniers colonisés de la France. Et nous qui pensions que l’Assemblée Constituante que Mélenchon propose pour la France et l’Europe ferait très bien notre affaire pour nous-mêmes…


Sans vouloir nous appesantir sur l’archéologie du passé lambertiste de Jean-Luc Mélenchon, on peut tout de même rappeler que l’ancienne OCI expliquait jadis à ses adeptes antillais que l’émancipation des masses populaires de nos pays ne pouvait se concevoir qu’après celle des travailleurs français. J’ignore si cette façon de priver le prolétariat des colonies de leur droit à l’initiative historique a encore cours dans ce courant. En attendant, Jean-Luc Mélenchon ne s’est manifestement pas débarrassé de cette conception.


Le PCF a montré quelque réticence sur cette orientation mélenchonienne concernant les dernières colonies.

 

Il l’a même écrit de façon assez suave, en évitant les mots qui fâchent (décolonisation, autonomie, indépendance…). Il n’est pas allé jusqu’à en faire un casus belli et nous n’avons pas ouï dire que les allié-e-s d’extrême-gauche de Mélenchon se seraient montré plus sourcilleux sur le sujet…


Le résultat de cette politique, c’est que le PC guadeloupéen a refusé de soutenir Mélenchon (qu’en pense-t-on à la Place du colonel Fabien ?) De même le candidat MODEMAS (écologiste et souverainiste) aux élections législatives justifie sa non participation aux élections présidentielles par l’impossibilité d’influencer les candidat-e-s français-e-s sur les revendications concernant la Martinique. (Nous pourrions lui demander pourquoi il n’a pas cherché à discuter avec Philipe Poutou, dont la déclaration sur les colonies a fait l’objet ici de débats positifs, mais passons.)


La morale de l’histoire c’est que les progressistes des deux cotés de l’océan atlantique ne peuvent s’exonérer d’un débat sérieux et fraternel sur les voies et moyens d’une éradication totale du colonialisme, éradication qui a été proclamée par l’ONU comme tâche de la décennie. Il n’y a pas d’autre façon de tirer toutes les conséquences de la belle formule de Marx : « un peuple qui en opprime un autre ne saurait être un peuple libre ». Alors, on commence quand ?

Philippe Pierre-Charles1

  1. Philippe Pierre-Charles est un dirigeant du Groupe Révolution socialiste de la Martinique.
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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 10:21

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Le 1er juin 1962, une forte augmentation des prix de l'alimentation était annoncée pour toute l'Union soviétique : 19 à 34 % sur la viande, 25 % sur les produits laitiers et les œufs. Le mécontentement provoqué par ces hausses prit un tour explosif à Novotcherkassk, ville industrielle du sud de la Russie.


Le Kremlin ne parlait que de hausses provisoires, mais cherchait par tous les moyens à faire rentrer de l'argent dans les caisses. Khrouchtchev et les autres dirigeants de l'époque avaient songé à relever aussi le prix du tabac et de la vodka, avant d'y renoncer, de crainte d'ajouter à une contestation diffuse dont la police politique, le KGB, venait de donner la mesure en haut lieu. Pour le seul début de 1962, le KGB disait avoir saisi trois fois plus de tracts hostiles à Khrouchtchev que durant toute l'année 1961 et avoir démantelé un nombre accru de petits groupes contestant le régime.


SOUS LA CHAPE DE LA DICTATURE, LE MÉCONTENTEMENT


Le KGB avait-il gonflé son bilan pour se faire valoir ? En tout cas, malgré la dictature étouffant toute forme d'expression indépendante, des tracts dénonçant les hausses de prix avaient surgi à Moscou, à Tchéliabinsk, ville industrielle de l'Oural, à Khabarovsk, sur la frontière chinoise. À Léningrad, Tambov, Magnitogorsk, Donetsk, des appels à la grève étaient même apparus sur les murs. À Novotcherkassk, la réaction ouvrière prit un caractère de contestation politique massive et le régime répliqua par une répression féroce.


PRIX EN HAUSSE, SALAIRES EN BAISSE


Dans la principale usine de la ville, NEVZ (construction de locomotives électriques), la direction était en train de réduire d'un tiers la paie des 14 000 travailleurs quand ces hausses de prix entrèrent en vigueur. Pour les ouvriers, dont beaucoup n'avaient pu se loger que dans le privé et qui, les étals des magasins d'État étant vides, n'avaient pas les moyens d'acheter à prix libres au marché kolkhozien, la coupe était pleine. Pas question de prendre le travail.


Le directeur et le chef du parti de l'usine vinrent les sermonner. Sans autre résultat que d'attiser leur colère, quand le directeur déclara que, s'ils ne pouvaient s'offrir de la viande, ils n'avaient qu'à « manger des pâtés d'abats ».

« De la viande, du beurre, la hausse des salaires », « On veut des logements » ou « Khrouchtchev à la casserole ! » répliquèrent les ouvriers sur des pancartes au fur et à mesure que les ateliers cessaient le travail.


Des grévistes partirent faire le tour des usines de la ville pour qu'elles se joignent au mouvement. D'autres bloquèrent la voie ferrée, actionnant le signal de détresse du train Saratov-Rostov dans l'espoir d'alerter les villes voisines. Dans l'après-midi, des milliers de grévistes s'en allèrent débusquer les responsables de l'administration dans leurs locaux, les forçant à dire « comment on peut vivre avec des salaires abaissés et des prix augmentés », tandis que des orateurs dénonçaient la misère à laquelle les autorités contraignaient les travailleurs.


La foule ouvrière balaya les forces de police envoyées « libérer » NEVZ et, après avoir décidé de manifester en ville le lendemain, elle fit un feu de joie avec des portraits de Khrouchtchev.


Le soir, des automitrailleuses étant venues « délivrer » les dirigeants de l'usine, les grévistes bloquèrent les portes et érigèrent une barricade sans que les soldats, éprouvant une sympathie visible pour le mouvement, s'opposent à eux.

Les autorités ayant alerté le Kremlin, Khrouchtchev dépêcha sur place deux membres du Présidium (le Bureau politique), dont Mikoyan. Durant la nuit, des tanks entrèrent en ville tandis que le KGB arrêtait certains meneurs ouvriers.


« PLACE À LA CLASSE OUVRIÈRE ! »


Le lendemain, 10 000 travailleurs gagnèrent le centre-ville, derrière des portraits de Lénine et des banderoles réclamant plus de justice sociale. Trouvant des tanks sur leur chemin, ils scandaient : « Place à la classe ouvrière ! » Les tankistes les laissèrent passer. Même chose de la part des soldats chargés de protéger le siège de l'administration, d'où Mikoyan et ses comparses venaient de fuir.

 

Découvrant sur place que « ses » dirigeants s'apprêtaient à faire bombance de mets dont les travailleurs n'avaient même plus idée, la foule dévasta l'immeuble.


Une délégation de neuf ouvriers se rendit alors au siège du parti et demanda que l'armée évacue la ville, puis s'en alla rencontrer Mikoyan dans l'enceinte militaire où il s'était réfugié. Il promit de faire revoir les normes de salaire, mais déclara ne rien pouvoir faire pour les prix. Le chef de la délégation, l'ouvrier Mokrooussov, menaça : « Nous sommes la classe ouvrière, nous sommes nombreux. »


Des manifestants ayant attaqué un poste de la milice pour libérer leurs camarades arrêtés, les miliciens tuèrent un manifestant.


Peu après, c'est devant le Comité de ville où se pressait une foule compacte que la troupe tira. Pour empêcher que troupe et grévistes fraternisent, les autorités avaient remplacé les conscrits slaves par des soldats caucasiens, dont le russe n'était pas la langue et qui pouvaient plus difficilement se sentir proches de la population locale. Il y eut une cinquantaine de morts et des centaines de blessés. Selon un témoin, « la place était couverte de sang, sur lequel ressortaient les casquettes blanches des enfants écrasées dans une boue sanglante ».


La nouvelle du massacre eut un effet immédiat :

 

les usines qui n'étaient pas encore en grève cessèrent le travail, des dizaines de milliers d'ouvriers envahissant les alentours du Comité de ville.

Le KGB, qui avait photographié des milliers de manifestants, arrêta des centaines de personnes durant la nuit. Le mouvement était décapité. Instaurant le couvre-feu, le régime coupa la ville de tout contact avec l'extérieur après le 3 juin, mais améliora son approvisionnement.


C'était, dit-on en russe, « le pain d'épice et le knout ». Mais entre la carotte et le bâton, c'est de ce dernier que les autorités se servirent le plus. Elles voulaient briser dans l'œuf toute velléité de réaction de la classe ouvrière. Six ans après, le souvenir de la révolution ouvrière de 1956 en Hongrie était encore vif et cuisant pour la bureaucratie russe. Et Mikoyan, qui avait alors été envoyé à Budapest, savait d'expérience quelle formidable force de déstabilisation pour le régime pouvait receler une mobilisation ouvrière. D'ailleurs, de peur que les ouvriers de Novotcherkassk n'aient envoyé des agitateurs dans d'autres centres industriels, le Kremlin se hâta d'envoyer des émissaires dans des régions telles que le Donbass, pour y organiser un contre-feu.


En août, le pouvoir organisa une parodie de procès contre quatorze ouvriers de Novotcherkassk. Traités de « bandits et de provocateurs », sept furent condamnés à mort, les autres écopant de lourdes peines de prison. Il y eut encore des centaines d'arrestations, d'autres procès et condamnations à huis clos en septembre et en octobre. Et la chape de plomb de la censure s'abattit sur cette tuerie, dont presque personne n'entendit parler en Union soviétique, et encore moins au dehors.


EN MÉMOIRE DES COMBATTANTS OUVRIERS


Un des premiers grévistes, l'ajusteur Piotr Siouda, fut arrêté le 2 juin et condamné à douze ans de prison. Il était le fils d'un vieux-bolchevik que Staline avait fait mourir en prison et sa mère avait passé sept ans en camp comme femme d'un « ennemi du peuple ». À sa sortie de prison, Siouda, qui se disait « bolchevik sans parti », s'employa à faire connaître ce qu'il appelait « un des crimes les plus sanglants du parti et de l'État contre Octobre et le bolchevisme-léninisme ».


En 1987, il présenta une demande de réhabilitation des victimes de Novotcherkassk.

 

Malgré la promesse de Gorbatchev de faire la transparence sur les pages sombres du régime, sa demande resta sans réponse. Mais, ayant imprudemment fait savoir qu'il avait découvert où on avait clandestinement enterré les victimes du massacre, Siouda fut frappé à mort en pleine rue, dans la nuit du 5 mai 1990, par des « inconnus » qui lui volèrent des documents qu'il avait recueillis sur ces événements. D'évidence, les héritiers de Staline ne tenaient pas à ce qu'il puisse être dit que, en URSS, la classe ouvrière avait relevé la tête face à la bureaucratie.


Pierre LAFFITTE

 

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2288&id=39

 

Aujourd'hui:

 

 

http://www.lapresse.ca/international/europe/201206/02/01-4531189-russie-modeste-celebration-de-la-revolte-ouvriere-de-novotcherkassk-en-1962.php

 

 



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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 13:15

 

 

Rosa, Jonathan Rabb, traduit de l’anglais (USA) par Eric Moreau, coll. Grands détectives, 10/18, 2011, 576 pages, 9,60 euros.

 

Premier volume d’une trilogie désormais intégralement disponible chez 10/181, Rosa déploie sa trame dans les replis de la tragédie qui se joue à Berlin, aux lendemains de la première Guerre Mondiale, sur les cendres encore chaudes du soulèvement spartakiste.

 

En cette fin janvier 1919, la situation reste encore incertaine : Ebert et les sociaux-démocrates s’installent au pouvoir, mais les différentes factions s’agitent et l’instauration de la République semble encore peu assurée.

 

C’est dans cette ambiance de naufrage de la vieille Allemagne impériale que le commissaire Hoffner doit mener une enquête particulièrement difficile, qui le met sur la piste d’un meurtrier que l’on n’a pas encore baptisé serial killer. Sur le dos de chacune de ses victimes, le bourreau trace dans les chairs un dessin étrange, toujours le même.

 

L’affaire prend une tout autre dimension lorsque l’on retrouve, ce même mois de janvier, le corps de Rosa Luxemburg, le dos tailladé ! Jonathan Rabb a inséré avec brio son intrigue dans les interstices de l’histoire, le corps de Rosa Luxemburg n’ayant été retrouvé en fait que le 31 mai 1919. Entre son arrestation, son assassinat et la découverte du cadavre, il s’est écoulé plusieurs semaines dont on ne sait rien.

 

Lire la suite

 

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 09:23
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Nous avons trouvé ceci sur le blog des "Anarcho-droitiers du NPA" . Peu importe le ton, l'humour, il s'agit pour nous, modestement,  d'inciter à lire de bon livres! Puissions nous être aussi avides de culture que les militant(e)s de LO!
*
Voici, après discussion avec des anciens militants de LO, la bibliographie - incomplète – suggérée pour une bonne culture politique et littéraire :

Sur le marxisme illustré, on lira Le Talon de  Fer de Jack London, qui se voulait d'après son auteur une adaptation littéraire du Capital de Marx. Dédié à Lénine, préfacé dans certaines éditions par Trotsky , c'est très bien fait.
Pour connaître la classe ouvrière lire les romans de Zola, ou plus près de nous, L'établi de Robert Linhart ou encore Les 325 000 francs de Roger Vaillant à propos de l'aliénation à la machine.

Toujours sur la classe ouvrière, mais plus précisément celle plongée dans la crise de 1929 aux États-Unis, il faut évidement lire Les raisins de la colère de Steinbeck qui est un roman extraordinaire qui vous prendra aux tripes dès les premières pages.

Pour connaître la mentalité de la bourgeoisie, lire les romans de Balzac.

Sur la guerre de 14-18, on découvrira l'état d'esprit des soldats français en lisant Jules Matrat d'Exbrayat, celui des soldats allemands dans A l'ouest rien de nouveau d'E.M Remarque et celui des civils allemands dans Classe 22 d'Ernst Glaeser.

Sur le stalinisme on nous conseilleS'il est minuit dans le siècle de Victor Serge, auteur dont on a déjà parlé, ou Vie et destin de Vassili Grossman, celui là on ne l'a pas lu, mais on sait qu'il est épais. ( Conseil du blog: Jan Valtin "Sans patrie ni frontière").

A propos de la guerre d'Espagne on lira bien sûr Hommage à la Catalogne de George Orwell.

Pour comprendre le système de la Shoah, lire l'excellent Treblinka de J.F Steiner qui explique les mécanismes de manipulations mentales employées pour envoyer les populations juives à l'abattoir sans qu'elles bronchent et les résistances à l'intérieur même des camps d'exterminations. ( Blog: David Rousset: L'Univers concentrationnaire et Les Jours de notre mort.)
*
La guerre d'Algérie sera illustrée par Élise ou la vrai vie d'Etchereli ou La question d'Henri Alleg.

Black Boyde Richard Wright évoque la question des Noirs aux USA, tandis que Une saison blanche et sèche d'André Brink évoque l'apartheid en Afrique du Sud (il y a un article plus complet à ce propossur ce site là).

Enfin les révolutions et les militants révolutionnaires sont décrits dans des livres tels que Les Conquérants et La condition humaine de Malraux ( il s'agit de la Chine et de militants de la IIIème Internationale). 
  
10 jours qui ébranlèrent le monde  du journaliste américain John Reed, véritable reportage au jour le jour de la prise du pouvoir des bolchéviques en octobre 1917.

Ma Vie l'autobiographie de Trotsky ou Mémoires d'un révolutionnaire de Victor Serge. (Blog: Et une femme militante, noire: l'autobiographie d' Angela Davis).


Autres conseils:

Leur Morale et la nôtre de Léon Trotsky
Un homme à part de Gilles Perrault sur Henri Curiel.
L'orchestre Rouge, également de Gilles Perrault,  sur Leopold Trepper
Le grand Jeu du même Leopold Trepper

Mes années caudron par Simone Minguet

et bien sûr

Sans bottes ni médailles de  Ned Calvez




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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 12:18

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Une partie du salaire est payé individuellement aux salariés, un salaire direct : le salaire net.

 

L’autre partie formée des cotisations est versée aux caisses de Sécurité sociale (l’Urssaf) ou aux caisses de chômage (le pôle emploi). Ce versement dans « un pot commun » est conçu pour satisfaire des besoins en raison de la maladie, de la maternité, des charges familiales, du chômage, de l’invalidité, de la retraite, c’est un salaire indirect : le salaire socialisé, (appelé aussi salaire social, mutualisé, collectif…). Il représente environ 40 % du salaire.


Le terme de salaire socialisé est préférable à celui de salaire différé. La cotisation n’est pas un prélèvement, une charge, un impôt, une taxe, une épargne, une assurance, un placement pour le futur c’est du salaire !


Les cotisations financent les prestations versées actuellement. Les actifs d’aujourd’hui financent les retraites d’aujourd’hui dans le cadre du régime de répartition. Dans un régime de retraite par capitalisation la logique est différente : les actifs épargnent, ou placent leur argent, en vue de leur future retraite.


Les retraités, les chômeurs, les malades ne sont pas payés en contreparties de leurs cotisations passées, ils ne récupèrent pas « leurs propres » cotisations. (Pour les retraites, ce principe est altéré par les modalités de calcul des pensions : nombres d’années et salaires pris en comptes). L’utilisation de ces cotisations est déterminée par un choix politique, celui de la distribution de la richesse actuelle. Le salaire socialisé n'est pas attribué en fonction des cotisations comme les assurances. Les cotisations sont proportionnelles au salaire mais les prestations sont déterminées, en principe, selon les besoins de chacun.


Sur le bulletin de paie, le salaire socialisé, prend deux formes : les cotisations dites patronales et les cotisations dites salariales. Mais la distinction entre cotisation patronale et salariale est une tromperie car c’est l’ensemble du salaire qui rémunère notre force de travail. Le salaire net n’est pas appelé salaire patronal. La part dite patronale ne sort pas plus que la part dite salariale de la poche des patrons. Les patrons le reconnaissent d’une certaine manière en parlant de charges salariales constituées par le salaire net et l’ensemble des cotisations.


La cotisation sociale permet de continuer à verser un salaire aux retraités, de payer les indemnités, c’est à dire le salaire du malade ou du chômeur, les allocations familiales un sur-salaire en raison des « charges » familiales…

La distinction entre la part patronale et la part salariale de la cotisation sociale est nécessaire pour une seule raison : il faut revendiquer l’augmentation générale des salaires et de la part patronale de la cotisation. C’est le bon moyen de rogner les profits, de taxer le capital. Par contre il faut s’opposer à l’augmentation de la part salariale car cela ampute le salaire net, le pouvoir d’achat.


La richesse créée par le travail rémunère l’ensemble du « monde du travail » dans diverses situations, au chômage, en arrêt de travail pour maladie ou accident, en retraite. Sans travail contraint, sans être soumis à l’exploitation capitaliste les travailleurs bénéficient d’un salaire !

Le salaire socialisé enjeu central de la lutte de classe

La Sécurité sociale a été constituée dans le contexte favorable de la libération. Le patronat ne l’a jamais acceptée, mais en 1945 il n’avait pas le moyen de s’y opposer. Depuis les attaques des gouvernements de gauche et de droite contre le système socialisé ont été constantes. Elles ont pris de l’ampleur depuis une vingtaine d’année, notamment contre le régime de retraite.


Le patronat n’a jamais accepté que des prestations soient versées indépendamment de la situation financière des caisses. C’est la situation du salarié (maladie, vieillesse, maternité, enfants à charge chômage) qui ouvre droit aux prestations.

- Pour la branche maladie, la loi Juppé a sapé ce fondement de la Sécurité  sociale. Jusqu’en 1996  c’était l’état sanitaire de la population qui déterminait les dépenses des Caisses d’Assurance Maladie. La Sécu payait à « guichet ouvert. » Désormais les prestations sont contenues dans la limite d’une enveloppe prédéfinie par le vote de la loi de financement de la Sécu par le parlement. et une procédure d’alerte impose que des mesures soient prises en cours d’année si « les dépenses dérapent »


- Pour la branche vieillesse, les modifications des règles de calcul des retraites : durée de cotisations nécessaires, années prises en comptes pour le calcul et l’indexation des pensions sur les prix et non plus les salaires, limitent de plus en plus le caractère de « salaire continué » des retraites.

- Les politiques de réduction des cotisations, par les exonérations de cotisations, par la fiscalisation (la CSG…) sous prétexte de soulager les " charges " des entreprises ont pour conséquences de réduire nos salaires !

Le caractère anticapitaliste du salaire socialisé

Le salaire socialisé repose sur un mécanisme opposé au fonctionnement normal du capitalisme. La valeur de la force du travail sur laquelle se fonde le salaire obéit aux lois du marché capitaliste. Mais la redistribution du salaire socialisé repose sur des critères qui préfigurent la logique socialiste « à chacun selon ses besoins » en rupture avec le dogme libéral qui prétend que le sort de chacun est fonction de l’effort individuel.


Le patronat n’a jamais accepté de payer des salariés « hors emploi ». Il voudrait un salaire « nu », ne payer les travailleurs que pour la seule période où ils vendent  leur  force de travail, la période où ils sont sous la subordination directe de leur employeur.


La retraite par répartition est anticapitaliste. Le retraité est un salarié  placé hors de la subordination de l’emploi. Il dispose librement de son temps sans contrainte patronale et il perçoit un salaire financé par les employeurs, pas spécifiquement ceux qu’il a eu durant sa vie professionnelle, mais par le patronat d’aujourd’hui. Il faut s’opposer à toute réduction de salaire durant l’activité professionnelle. Il en est de même pour le salaire continué du retraité, il ne doit pas être réduit par rapport à celui perçu auparavant.


Le système  par répartition démontre l’inutilité de l’accumulation financière pour  financer les retraites et ouvre la perspective d’une gestion solidaire et non capitaliste :

Le NPA est pour l’autogestion du salaire socialisé et son extension

Nous n’accepterions pas de notre employeur, ni du gouvernement qu’ils décident de l’utilisation de notre salaire direct. Nous devons aussi rester maître du salaire socialisé. Ni l’Etat, ni les patrons n’ont à s’immiscer dans la gestion des caisses de Sécurité sociale. Les seuls légitimes pour gérer notre salaire collectif sont nos représentants démocratiquement élus et révocables.


Le salaire socialisé a conféré aux salaires un caractère « libérateur », libération partielle de l’insécurité sociale . 40% du salaire aide à faire face aux charges familiales, permet de se soigner, de disposer de temps libre…Mais c’est très insuffisant. A l’opposé des politiques actuelles qui visent faire reculer le salaire socialisé au bénéfice de l’assurance, de l’assistance et de la charité, le NPA est résolument pour l’extension du salaire socialisé.


Non seulement, le montant de la retraite, des indemnités chômage, maladie, accident de travail, invalidité…  doit être égal au meilleur salaire et indexé à l’évolution salariale des actifs, les soins doivent être remboursés à 100 %, les allocations familiales couvrir totalement les charges liées aux enfants…Mais le salaire socialisé doit aussi être imposé durant toute la vie de la crèche à la formation, jusqu’à la retraite, par l’extension des services publics de la petite enfance, de la santé, du 3ème âge, par le salaire étudiant.


Nous n’avons pas l’illusion que le capital se laissera extorquer passivement. Le rapport de force reste l’élément déterminant . Mais la progression et l’extension du salaire durant toute sa vie, associées à l’autogestion est un moyen fort de changer le rapport de force entre le capital et le travail .

 

http://www.npa31.org/autres/qu-est-ce-que-le-salaire-socialise.html

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 12:28
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19.05.2012 - 16:00 Ajouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

par Thibault Henneton

Réalisation : Lionel Quantin

 

karl marx ©Radio France


1841, Karl Heinrich Marx [1818-1883] devient docteur en philosophie après une thèse sur Démocrite et Epicure. Le 2 septembre, Moses Hess écrit à un ami écrivain (Berthold Auerbach) : « C’est un homme qui a fait sur moi une impression extraordinaire, bien que nous ayons le même champ d’études ; tu peux t’attendre à faire la connaissance du plus grand et peut-être même du seul vrai philosophe actuellement vivant. Bientôt, lorsqu’il se manifestera publiquement par ses ouvrages et ses cours, tous les yeux d’Allemagne seront tournés vers lui […] Le Dr Marx, c’est ainsi que s’appelle mon idole, est un tout jeune homme, âgé tout au plus de 24 ans, qui donnera le coup de grâce à la religion et à la politique médiévales. Il joint à l’esprit philosophique le plus profond et le plus sérieux l’ironie la plus mordante ; représente-toi Rousseau, Voltaire, Holbach, Lessing, Heine et Hegel, je ne dis pas rassemblés, mais confondus en une seule personne ».


En réalité le docteur Marx sera conduit bien au-delà des frontières de l’Allemagne, à Paris, Bruxelles, Londres où il passe la majeure partie de sa vie d’exilé, avant qu’un dernier voyage ne le conduise à Alger. Non seulement juriste et philosophe, mais économiste et critique de l’économie politique, sociologue du travail, militant révolutionnaire et père d’une famille bourgeoise qui échappa à la misère grâce à l’amitié d’Engels. Quelques mois avant que ne se noue leur amitié, Engels écrit déjà, en 1842 (dans Le triomphe de la foi) : « Mais qui s'avance ainsi plein de fougueuse impétuosité ? C'est un noir gaillard de Trèves, un monstre déchaîné. D'un pas bien assuré, il martèle le sol de ses talons et dresse plein de fureur les bras vers les cieux, comme s'il voulait saisir la voûte céleste pour l'abaisser vers la terre. Il frappe avec rage et sans arrêt de son poing redoutable, comme si mille démons l'empoignaient aux cheveux. ».

 

Avec :

Isabelle Garo, philosophe, professeur au lycée Chaptal (Paris), présidente de la GEME (Grande édition des œuvres de Marx et d’Engels en français)

Jean-Pierre Lefebvre, germaniste et traducteur, professeur de littérature allemande à l’ENS Ulm, traducteur du livre 1 du Capital (PUF) et producteur avec Yves Duroux d’un Atelier de Création radiophonique en 1983 « Marx, dernier voyage, dernier retour » (France Culture)

Jacques Bidet, philosophe, professeur émérite à l’Université Paris-Ouest, directeur honoraire d'Actuel Marx, président du Congrès Marx International

Frédéric Monferrand, doctorant à l’Université Paris-Ouest, prépare une thèse sur Marx sous la direction de S. Haber.

Pierre Dardot, philosophe, et Christian Laval, sociologue, auteurs de Marx, prénom : Karl (Gallimard, mars 2012)

 

Ainsi que des lectures de la correspondance de Marx (Ivan Cori et Lucile Commeaux)

Jenny, Laura et Eleanor, filles de Karl Marx
Thibault Henneton © RF

 

Karl Marx Thibault Henneton © Radio France

 

La tombe de Karl Marx à Londres
Thibault Henneton © Radio France

 

Références :

SONS (entre autres)

- Auber : La Muette de Portici

- Schubert, Marguerite au rouet

- Immortal Technique, Poverty of Philosophy

 

FILMS

- La Commune, P. Watkins (2003)

- Charlie Chaplin, Modern Times

 

Hors Série Le Monde : Marx, l'irréductibe, décembre 2011

http://boutique.lemonde.fr/hos-serie-monde-karl-marx.html


Thème(s) : Arts & Spectacles| 19e siècle| Economie| Philosophie| Karl Marx

Document(s)

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 09:22

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Le 9 avril 1952, en Bolivie, un soulèvement ouvrier renversait la dictature militaire qui sévissait depuis six ans.

 

Les mineurs, les ouvriers furent au premier rang du combat face aux militaires. En revanche, ce ne fut pas eux qui se retrouvèrent portés au pouvoir mais le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR), un parti nationaliste qui usait alors d'un langage radical mais qui n'allait pas tarder à se faire le nouveau parti politique des classes possédantes.


Les sentiments anti-impérialistes sont profonds dans toute l'Amérique latine. En Bolivie, c'est la conséquence du pillage des ressources depuis l'arrivée des conquistadors en 1538, notamment l'exploitation des mines d'argent qui alimentèrent pendant des siècles l'économie monétaire européenne, permettant à l'Europe de partir à la conquête du monde mais appauvrissant et dépeuplant le pays qui était le plus peuplé et développé d'Amérique latine. Devenue politiquement indépendante en 1825, la Bolivie resta sous le joug économique des grandes puissances, la Grande-Bretagne d'abord, puis les États-Unis.


La valeur du métal argent déclinant à partir de 1893, l'étain prit la suite et fit la fortune d'une poignée de capitalistes liés au système impérialiste. Trois « barons de l'étain » contrôlaient 80 % de son extraction. L'un d'entre eux, Patino, était la cinquième fortune du monde, bâtie au prix d'un véritable esclavage des mineurs. Les tentatives d'organisation ou de protestation étaient réprimées sans pitié par l'armée. La production d'étain était vendue aux États-Unis 20 % en-dessous du prix du marché.


En 1932-1935, la Bolivie et le Paraguay se firent une guerre meurtrière pour le contrôle de la région du Chaco, dans un conflit dont les entreprises étrangères tiraient les ficelles. La défaite de la Bolivie, avec la déroute des vieux partis, aboutit à la création, en 1941, du MNR de l'avocat Victor Paz Estenssoro, qui affirmait vouloir défendre les intérêts de la bourgeoisie nationale contre le capital étranger. Comme d'autres partis apparus alors, le parti péroniste argentin par exemple, le MNR s'inspirait du Mexique de Cardenas, qui venait de nationaliser l'industrie du pétrole, mais aussi des partis fascistes européens. Le MNR rejetait socialisme et communisme mais dénonçait le monopole des barons de l'étain et le rabais accordé aux États-Unis, parlait de nationalisation et de réforme agraire.


Parallèlement un syndicalisme ouvrier se développait. La mobilisation ouvrière croissante profita au MNR mais aussi au courant trotskyste. Incarné par le Parti ouvrier révolutionnaire (POR) de Guillermo Lora, celui-ci conquit du crédit parmi les mineurs, fer de lance du mouvement. Il ne put cependant empêcher le rapprochement des appareils syndicaux et du MNR au cours des années 1946-1952, marquées par plusieurs soulèvements ouvriers réprimés par l'armée.


Les mineurs et les ouvriers balayent l'armée


Le 6 juin 1951, Paz Estenssoro remporta l'élection présidentielle, mais l'armée lui barra la route. Le MNR prépara alors un coup d'État avec une fraction de l'armée. Mais, en se mettant en mouvement le 9 avril 1952, les conjurés déclenchèrent un soulèvement ouvrier. Les mineurs, les ouvriers, les habitants des quartiers descendirent en foule dans les rues de la capitale La Paz et des villes importantes. Au bout de trois jours d'affrontement armé, les militaires furent balayés par des ouvriers plus déterminés et bénéficiant de leur connaissance des quartiers où se déroulaient les combats.


Couronnant ce soulèvement, une Centrale ouvrière bolivienne (COB) fut créée le 17 avril, réunissant les syndicats existants, des mineurs aux paysans. La direction en revint à Juan Lechin, le dirigeant de la fédération des mineurs liée au MNR. La création de ce grand syndicat unifié s'affirmant une « centrale ouvrière » fut présentée aux travailleurs comme la preuve qu'ils étaient bien au pouvoir. De même, le nouveau gouvernement MNR fut présenté comme « leur » gouvernement. Paz Estenssoro se fit donc appeler « camarade président » et apparut souvent avec Lechin à ses côtés. On parlait d'un « co-gouvernement » MNR-COB.


Les dirigeants du MNR se servirent de cette situation pour reprendre les choses en main. Ils devaient cependant tenir compte du rôle joué par 50 000 mineurs combatifs. En octobre, ils concédèrent la nationalisation de l'industrie minière, en la limitant aux mines des trois barons. L'industrie pétrolière, aux mains des trusts impérialistes, y échappa. Les dirigeants du MNR entendaient indemniser les barons dépossédés. Pour en faire grimper le montant, ceux-ci firent chuter le prix de l'étain avec la complicité des États-Unis. Et en 1953, ils obtinrent des indemnités supérieures à la valeur réelle des mines.


De même, la réforme agraire imposée par la mobilisation des petits paysans épargna les grandes propriétés produisant pour l'exportation.


La nationalisation des mines, en associant les dirigeants de la COB à la gestion, eut surtout pour effet de les intégrer à l'État, Lechin devint ministre et plus tard vice-président. Elle marqua aussi la décrue de la mobilisation ouvrière.


Le MNR parti de la bourgeoisie


Le MNR avait tenu un langage radical le temps du soulèvement mais il n'avait jamais voulu que celui-ci aboutisse à la prise du pouvoir par la classe ouvrière alliée aux paysans pauvres. Si cela avait été le cas, cette révolution aurait pu constituer un exemple plus fécond que la révolution cubaine elle-même. Mais le MNR craignait plus la classe ouvrière que l'impérialisme américain.

 

Et, dès que la mobilisation populaire retomba, il se rallia aux États-Unis. Dès 1953, ceux-ci reprirent leurs achats d'étain, y ajoutant une aide financière représentant le tiers du budget de l'État bolivien. En échange, ce dernier devait servir les compagnies américaines. En 1961, le pouvoir de l'armée fut rétabli, avec le soutien de l'administration Kennedy. Les militaires se redéployaient dans les centres miniers, prêts à y écraser tout soulèvement. La servilité du MNR n'empêcha pas qu'il soit écarté par l'armée en 1964, quand les dirigeants des États-Unis orchestrèrent une vague de putschs militaires pour maintenir leur influence dans la région.


La dictature dura dix-huit ans. Le 14 juillet 1985, Paz Estenssoro et le MNR revinrent aux affaires, cette fois pour mener la politique de privatisation encouragée dans le monde impérialiste. La même année, le krach mondial de l'étain entraîna la liquidation des mines et des licenciements massifs de mineurs.


Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les travailleurs boliviens se sont soulevés à plusieurs reprises. Lorsqu'ils ont été victorieux, comme en 1952, cette victoire leur a malheureusement été ravie par le parti de Paz Estenssoro, qui a ensuite oeuvré à normaliser la situation dans le respect de l'ordre impérialiste. Il reste la démonstration que le pouvoir ouvrier est possible, s'il ne se laisse pas déposséder par des bureaucrates syndicaux et des petits bourgeois nationalistes.


Jacques FONTENOY

 

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2285&id=27


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