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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 13:51



 

Par Paul Martial, Jean Nanga le Lundi, 04 Avril 2011

 

A nouveau, la Côte d’Ivoire est plongée dans une crise profonde qui prend ses racines dans les conditions de son indépendance, dans les politiques imposées par les institutions financières internationales et les luttes entre les factions de la bourgeoisie pour le contrôle de l’État. La crise ivoirienne ne trouve pas d’issue. Le panel de l’Union africaine est incapable de contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir et le blocus économique décidé par l’ONU, au lieu d’affaiblir l’ancien président, frappe la population déjà étranglée par la guerre entre Gbagbo et Ouattara.

Lever le blocus!


La reconnaissance par le panel de l’Union africaine d’Alassane Ouattara comme président de la République de la Côte d’Ivoire n’est pas une surprise. Seul le silence du président sud-africain Jacob Zuma – seul chef d’État parmi les cinq à être proche de Gbagbo – a étonné. Gbagbo se retrouve ainsi de plus en plus seul sur la scène africaine et internationale.

 

En revanche, le panel a été incapable de répondre au mandat de l’Union africaine en n’indiquant pas les mesures contraignantes qui obligeraient Gbagbo à quitter le pouvoir. Aujourd’hui, la CEDAO qui regroupe les pays d’Afrique de l’Ouest, insiste pour que l’ONU intervienne avec ses 12.000 soldats, mais l’instance internationale considère que cette affaire doit être réglée au niveau africain. Bref, chacun se renvoie la balle, conscient de la difficulté du problème.

 

L’inquiétude des gouvernements des puissances occidentales est que la Côte d’Ivoire risque fort d’embraser une région déjà très instable. En effet, le Bénin pourtant réputé pour sa stabilité démocratique, est en proie à des agitations contre les fraudes électorales du président sortant Boni Yayi, tout comme le Togo où les manifestions hebdomadaires se sont renforcées contre le projet de Faure Gnassimbé de réduire les libertés. Le Burkina Faso connaît une mobilisation de la jeunesse étudiante inégalée depuis une décennie, avec les facultés en grève contre le meurtre par la police d’un jeune étudiant. Même au Sénégal, l’accusation par le pouvoir d’un prétendu complot, visant à renverser Wade, traduit son inquiétude.

 

En Côte d’Ivoire, en attendant, l’option des armes est choisie par les deux camps et l’on observe une escalade de la violence. À Abobo, Yopoungon ou Anyama, des quartiers à forte densité humaine d’Abidjan, les affrontements se font à coups de mortier et de lance-roquettes RPG 7. On compte des centaines de morts et près de 800.000 déplacés. La guerre continue aussi dans l’ouest du pays où les Forces nouvelles qui soutiennent Ouattara et les Forces de sécurité présidentielles se disputent les villes de Zouan Hounien, Toulepleu, Doké et Duékoué, causant des dégâts considérables parmi les populations civiles. Des dizaines de milliers de personnes se réfugient vers les pays frontaliers, notamment le Liberia, fuyant la guerre mais aussi les zones sous contrôle de l’un ou de l’autre camp, où arbitraire, violences et exactions restent le lot quotidien des populations.

 

Le pays est victime du blocus économique décrété par la communauté internationale, afin d’étrangler financièrement le clan Gbagbo, mais la réalité est tout autre. L’opulence est toujours de mise pour les dignitaires du régime, par contre la situation devient dramatique pour les populations. Les paysans ne peuvent écouler leur production de café et cacao, principale richesse du pays, pour le plus grand plaisir des spéculateurs sur le marché international. La rareté des biens de première nécessité a entraîné un marché noir et une très forte augmentation des prix. Pire, désormais les accès aux soins sont quasiment impossibles comme les dialyses rénales, les trithérapies pour les personnes séropositives, etc.

 

Des manifestations d’étudiants et de personnels de santé ont eu lieu devant le siège de l’OMS pour attirer l’attention sur la situation sanitaire du pays. Dans quelques semaines, plus aucune opération chirurgicale ne pourra se faire faute de médicaments. Mais cela n’empêche nullement l’Union européenne de continuer d'interdire aux navires civils remplis de denrées et de médicaments d’accoster dans les ports d’Abidjan ou de San Pedro.

L’ONU ne fait qu’aggraver la situation des populations les plus pauvres, déjà victimes de la guerre entre Ouattara et Gbagbo, en refusant de lever l’embargo qui frappe la Côte d’Ivoire. C’est certainement lié au devoir d’ingérence… humanitaire.

 

Paul Martial


Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 96 (31/03/11), journal du NPA (France)

 

lire la suite:

Dossier: L'impérialisme et les oligarchies déchirent la Côte d'Ivoire
Par Paul Martial, Jean Nanga le 4-04-2011
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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 12:18


Et les civils de Gaza, qui les protège ?
publié le samedi 26 mars 2011

Ziad Medoukh
 

Depuis 63 ans, le peuple palestinien ne souffre pas seulement des mesures atroces de l’occupation israélienne, mais aussi et notamment, du silence d’une communauté internationale complice des crimes israéliens contre sa population civile.

Les appels lancés à cette communauté restent sans écho et ne parviennent à changer quoique ce soit sur le terrain. Tout un peuple continue de subir les agressions, voire les massacres commis par un Etat criminel, au mépris du droit international et de toute valeur humaine.
On assiste actuellement à des attaques sanglantes menées par les forces d’occupation israélienne contre la population civile de Gaza, enfants, femmes, vieillards innocents, contre leurs maisons, leurs fermes, leurs jardins.

Ces enfants pensaient qu’ils pouvaient aller paisiblement à l’école, ils pensaient qu’ils pouvaient jouer en toute liberté, sans peur, ils se croyaient protégés par les droits de l’enfant, par le droit international, par des conventions internationales de protection des civils.

Les civils pensaient que, dans ce monde-là, les puissants utilisaient la force militaire pour protéger les peuples, prétexte avancé au sujet de la Libye. Oui ,mais ils ont oublié que la Palestine n’est pas la Libye, ils ont oublié que, dans la bande de Gaza, l’armée israélienne utilise même des armes interdites pour les écraser, pour assassiner les habitants, hommes, femmes, vieillards et les enfants dont elle tue l’innocence, dont, avant tout, elle anéantit les rêves.

Toute attaque contre des civils, où que ce soit, est condamnable. Or, la veille de l’attentat de Jérusalem du 23 mars dernier, attentat que le monde entier, y compris les médias, a unanimement réprouvé, à l’Est de Gaza, cinq civils, dont trois enfants de 9 à 11 ans, ont été tués par un missile israélien .Ces trois enfants jouaient au ballon dans la rue, devant leur maison : il n’y a pas de stade, ni de centre de loisirs pour eux, à cause de la situation économique et du blocus inhumain imposé par l’occupant israélien .Trois enfants sont morts sans que personne ne bouge pour mettre au pas cet Etat créé sur le sang et la souffrance des Palestiniens.

Dans ce monde où prime l’intérêt, les Etats Unis dépendent totalement des électeurs sionistes, l’Europe divisée est incapable de réagir, elle suit la politique américaine pro-israélienne et les Nations unies sont manipulées par ces puissances. Les organisations internationales des droits de l’Homme ne parviennent pas à faire entendre leur voix concernant ces violations. On abandonne tout principe humain, toute valeur de paix, de liberté, on ignore ces droits soit -disant défendus par un monde dit libre

Nous, Palestiniens, attendons une solution juste et durable, nous attendons un changement dans le comportement de cette communauté internationale, nous attendons de sa part une décision courageuse aux yeux de l’histoire, nous attendons une application du droit international vis à vis de cet Etat qui viole ce droit. Et pour nous, dans cette expectative, une question se pose :

Et les civils de Gaza ?
Et les enfants de Gaza ?
Et les femmes de Gaza ?
Qui les protège ?

C’est à la fois une interrogation et un appel, mais surtout et avant tout, un appel, un simple appel à la conscience mondiale !
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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 11:40

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 10:57

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:59

TEAcN 95 une



Dès que la diplomatie cède le pas à la guerre, les peuples sont sommés de choisir: pour ou contre, sans même avoir le temps ou l'occasion de réfléchir et de débattre. Cette alternative sommaire met à l'épreuve le journalisme dans sa fonction critique, peu compatible avec les suivismes moutonniers et les pensées automatiques.

 

L'affaire libyenne en est une nouvelle illustration, juste cause internationale pervertie par les calculs politiciens du pouvoir français. L'arme de la critique ne vaut guère si elle s'interdit la critique des armes. Quant au métier d'informer, il ne saurait défiler en uniforme.
Ne peut-on donc, à la fois, souhaiter la chute rapide du dictateur Kadhafi et ne pas être dupe de l'opération d'oubli et de diversion orchestrée à cette occasion par Nicolas Sarkozy? Ne peut-on espérer une mobilisation internationale aux côtés des révolutions arabes en cours et ne pas approuver aveuglément sa traduction sous la forme d'une intervention militaire directe des puissances occidentales qui, hier, soutenaient et armaient ces dictatures que leurs peuples ébranlent?


«La première victime de la guerre, c'est la vérité. »En écoutant ou en lisant, ces derniers jours, le déluge de commentaires uniformément louangeurs sur l'engagement français contre le régime libyen, on s'est spontanément souvenu de cette réflexion qui servait de point de départ à Veillées d'armes, le film de Marcel Ophuls sur le journalisme en temps de guerre dont le déchirement yougoslave était à la fois le théâtre et le prétexte.


Or la vérité, ce n'est pas le bien contre le mal, le jour face à la nuit, la lumière opposée aux ténèbres, comme s'il s'agissait d'un choix binaire ou d'une alternative guerrière. La vérité, dans sa pluralité, ce serait plutôt les faits contre les croyances, la précision contre la confusion, la mémoire contre l'oubli, bref l'information contre la propagande, y compris celle venue du supposé ou autoproclamé camp de la justice et du droit.
Depuis le premier jour de sa présidence, Nicolas Sarkozy cherche sa guerre. Par atavisme bonapartiste, il souhaite cet événement extérieur qui fait taire les oppositions à l'intérieur. Qui paralyse et anesthésie par son effet de souffle, sa mécanique de sidération et son impératif de mobilisation. Il l'a d'abord cherchée en Afghanistan, en 2007 et 2008, promu, selon ses propres mots, terrain d'une bataille ancestrale de la civilisation contre«la barbarie». Depuis, l'engagement français s'y poursuit et s'y éternise malgré l'échec patent de cette guerre occidentale en Asie centrale, échec qui explique sans doute le relatif silence du président français.
Il l'a ensuite guettée du côté de la Géorgie, en 2008, face à la Russie, dans une gesticulation personnelle aux effets de politique intérieure, alors que la France occupait la présidence de l'Union européenne. Aux piètres résultats sur le terrain s'est ajouté un grippage durable de la diplomatie européenne et de ses solidarités dont nous payons encore le prix.


Voici donc, en 2011, Nicolas Sarkozy enfin chef de guerre. D'une guerre qu'il a promue, défendue, obtenue. Saisissant au bond la balle médiatique lancée depuis Benghazi par l'écrivain Bernard-Henri Lévy, il est indiscutablement à l'initiative de cette guerre, dont le feu vert onusien fut une résolution franco-britannique défendue au Conseil de sécurité par le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, et adoptée par dix voix pour et cinq abstentions. Son déplacement, mardi 22 mars, sur une base militaire en Corse pendant que les parlementaires débattaient – après coup, alors que tout est déjà joué et décidé – dit bien la manœuvre: le président joue à la grande guerre, en chef des armées, pendant que d'autres font de la petite politique. Dans les républiques césaristes, on s'élève souvent ainsi, à coups de canons. Et, toujours, en abaissant la démocratie.
Sacralisant l'unicité plutôt que la pluralité, la culture présidentialiste dont est imprégnée notre vie publique, politique et médiatique, fait le reste: éditoriaux excessivement louangeurs, mise en scène hexagonale faisant fi de toute curiosité internationale, sanglots cocardiers sur une France soudainement redevenue le centre du monde, agenda guerrier et patriotique promu dans le vain espoir d'éclipser la déroute électorale des cantonales, opposition prise dans les rets de la solidarité étatique et du conformisme idéologique, etc. Occasion, s'il en était besoin, de vérifier le besoin vital d'une nouvelle presse indépendante, loin de la presse d'industrie et du journalisme de gouvernement: Mediapart fut pratiquement seul, sous la plume de François Bonnet, à formuler des doutes et poser des questions dès le lendemain du vote de la résolution 1973 au Conseil de sécurité.


Plus que jamais, ces doutes et ces questions restent d'actualité. Sauf à perdre tout sens critique et toute mémoire récente, le juste soutien à la cause du peuple libyen ne saurait empêcher de souligner ce calcul politicien dont elle est aujourd'hui l'instrument en France. Mais aussi au-delà de ses frontières puisque, Nicolas Sarkozy étant en tête de la manœuvre guerrière, ses incohérences et ses aveuglements ne peuvent que pervertir et corrompre cette tardive tentative internationale de secours du peuple libyen.

On nous opposera, bien sûr, la fin justifiée qui en relativiserait les moyens: abattre un dictateur, venir au secours d'insurrections populaires, protéger des populations civiles... Or, ce n'est ici que l'habillage de circonstance d'une guerre inventée pour oublier et pour persister: faire oublier la compromission, persister dans la domination. Diversion en politique intérieure, démonstration de force à l'extérieur: ce que résume fort bien la comparaison parla presse britannique avec l'opération Falklands de Margaret Thatcher, qui n'en eut pas moins pour heureuse conséquence de précipiter la chute de la dictature militaire argentine tout comme l'on peut espérer que l'actuelle intervention militaire accélère celle du régime de Kadhafi.


Souhaiter ces effets bienfaiteurs n'empêche pas de rester lucide et éveillé: si le sort du peuple libyen était vraiment le premier des soucis du pouvoir français, nous nous en serions sans doute aperçus plus tôt. En vérité, la France de Nicolas Sarkozy est la plus mal placée pour prétendre apporter leur liberté aux peuples arabes, tant elle s'est compromise hier avec les régimes autoritaires ou dictatoriaux qu'aujourd'hui, ils renversent ou ébranlent. Depuis 2007, la compromission fut la règle, bien au-delà des relations ordinairement imposées par la realpolitik en diplomatie.


Il est des coïncidences qui, loin être anecdotiques, résument des habitudes: cette façon dont le pouvoir qui se targuait d'avoir lancé une Union pour la Méditerranée avait pris ses aises dans des pays transformés en arrière-cours, lieux de villégiatures malgré l'oppression de leurs peuples et la corruption de leurs élites. C'est ainsi que l'on vit, pour les fêtes de la fin d'année 2010, le président français en résidence au Maroc d'un monarque de droit divin, sa ministre des affaires étrangères en vacances dans la Tunisie du clan Ben Ali, son conseiller spécial élyséen dans la Libye du colonel Kadhafi et son premier ministre visitant l'Egypte aux frais du président Moubarak.
Au croisement des politiques publiques et des compromissions privées, l'épisode tunisien fut tellement accablant qu'il provoqua une crise ministérielle en France, entraînant la démission de la ministre des affaires étrangères qui avait publiquement proposé son aide sécuritaire au dictateur quelques jours avant sa chute. Mais ce n'était là qu'une petite partie émergée des immenses corruptions acceptées ou encouragées sous le double impératif de l'intérêt marchand et de l'aveuglement idéologique, l'épouvantail islamiste servant d'alibi aux affaires réalisées avec opacité et avidité auprès de dictatures oligarchiques, ayant transformé leur richesse nationale en bien familial.


Rien ne prouve d'ailleurs que ce comportement se soit envolé avec les régimes tunisien et égyptien: ainsi fut-il trop peu remarqué que le seul voyage officiel au plus haut niveau, celui du premier ministre faute du président lui-même, dans le monde arabe après la chute de Ben Ali et Moubarak, fut en Arabie saoudite, là même où le dictateur tunisien s'est réfugié.


Les 12 et 13 février, en pleine tempête démocratique arabe, François Fillon s'en alla donc conforter le régime le plus obscurantiste de la région, qui impose la loi islamique dans la vie quotidienne et discrimine non seulement les non-musulmans, mais les chiites au sein de l'islam qu'ils partagent avec les sunnites. Pis, c'était à l'occasion de manœuvres militaires conjointes des armées française et saoudienne, illustration de ce complexe militaro-industriel qui domine la politique étrangère française en ces régions.


A cette aune, le cas libyen fut, ces dernières années, le plus caricatural. Le récent livre de Jean Guisnel, dont Mediapart a publié le chapitre sur la Libye, est exhaustif sur le sujet et, du coup, accablant. Comme l'a démontré The Guardian, la France détient avec l'Italie le record des ventes d'armements au régime du colonel Kadhafi depuis 2007. La mise en scène, à Tripoli comme à Paris, du rapprochement avec le dictateur libyen impliqua directement la présidence de la République, ses réseaux et ses intérêts, bien plus qu'elle ne fut une initiative de la diplomatie professionnelle.


Cette palinodie fut un concentré des corruptions françaises: gestion privatisée de la politique étrangère (l'impensable couple Claude Guéant/Cécilia Sarkozy); intermédiaires en ventes d'armes placés au centre du pouvoir (Ziad Takieddine, l'homme-clé de l'affaire Karachi); industriels de l'armement au cœur de notre système médiatique (Dassault et Lagardère via EADS); politiciens menant une carrière d'entremetteurs professionnels (Patrick Ollier, animateur des amitiés franco-libyennes et toujours ministre des relations avec le Parlement), etc.
Vue de France, l'affaire libyenne est une opération de blanchiment et d'amnésie à laquelle nous devons opposer une mémoire entêtée. Car on ne voit pas par quel miracle l'esprit de responsabilité pourrait soudainement gagner une présidence qui, il y a quelques mois encore, poursuivait ses négociations avec la dictature libyenne pour y exporter notre industrie nucléaire civile. Commencée en 2007 et concrétisée par un protocole franco-libyen signé pour la France par Bernard Kouchner, alors nouveau ministre des affaires étrangères, cette discussion prend un curieux relief alors que l'événement japonais souligne l'incertitude sécuritaire des centrales.


Imagine-t-on le régime de ce dictateur, dont on se plaît à souligner la supposée folie, en possession aujourd'hui d'une centrale nucléaire, alors même que jusqu'en 2003, il faisait tout pour se doter de l'arme nucléaire via des réseaux pakistanais?

Qu'il soit lâché par ses amis les plus proches ou les plus compromis est de mauvais augure pour le colonel Kadhafi et, évidemment, de bon augure pour son peuple. Mais, pour autant, cela ne signifie pas que ceux qui l'abandonnent aujourd'hui seront demain les amis sincères du peuple libyen.


L'évidente preuve qu'aucune éthique de conviction n'anime Nicolas Sarkozy dans l'affaire libyenne, c'est qu'il y défend l'exact opposé de ce qui l'animait il y a quelques semaines encore. Après un silence aussi dédaigneux qu'embarrassé, sa première réaction face aux soulèvements démocratiques qui firent tomber ses deux amis Ben Ali et Moubarak, piliers officiels de son Union pour la Méditerranée, fut de crainte et de peur. Crainte d'une histoire imprévisible qu'il transforma en discours de peur à l'attention du peuple français. Profitant du remaniement gouvernemental du 27 février pour s'exprimer enfin sur les révolutions arabes, il brandit la menace d'invasions migratoires incontrôlées et de régimes pires que les dictatures déchues.


Dans la foulée, son parti, l'UMP, et ses proches, notamment le nouveau ministre de l'intérieur, Claude Guéant, ont mis en musique la désignation des habituels boucs émissaires: l'islam, dont il faudrait débattre de toute urgence; les musulmans, qui deviennent une catégorie de Français à part; et les immigrés, dont l'affluence ferait qu'on ne se sentirait plus chez soi en France. Cette séquence hexagonale n'ayant été aucunement interrompue par l'intervention libyenne, on voit mal comment un pays pourrait prétendre sincèrement apporter par la guerre la liberté à des peuples dont il méprise, exclut et stigmatise la culture, la croyance et l'itinérance.


Loin de témoigner d'une ouverture au monde et aux autres, la cause libyenne est ici l'otage d'une régression et d'un repli français. C'est au plus ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, que l'on en doit la démonstration la plus explicite. Au lendemain du premier tour des cantonales qui a vu une déroute historique de la droite (l'UMP ne pèse que 7, 5% des inscrits), le ministre de l'intérieur a poursuivi sa campagne xénophobe qui ne rechigne aucunement à copier les refrains de l'extrême droite.«Un excès d'immigration trouble les Français», a-t-il répété lundi 21 mars au Figaro, avant de féliciter son mentor pour son engagement libyen en des termes si peu anodins :«Le président a pris la tête de la croisade...»


Une croisade, donc. L'impensé colonial, impensé de hiérarchie entre les civilisations et les cultures, les religions et les peuples, est donc bien toujours au cœur du logiciel de cette présidence. L'un de ses porte-voix officieux, conseiller aussi empressé que zélé, l'a confirmé au tout début de l'affaire libyenne:Alain Minc n'hésitait pas, vendredi 18 mars, à comparer l'alliance franco-britannique qui mène le jeu à celle de l'expédition de Suez en 1956, symbole même des aventures néo-coloniales face à l'émergence du nationalisme arabe. Un nouveau Suez, donc, avec cette nuance apportée par Minc:«En 1956, (c'était) pour défendre les intérêts; là, c'est pour défendre les principes. »

 

Sauf qu'en 1956 déjà, comme aujourd'hui, les principes étaient invoqués comme alibi des intérêts.
On objectera évidemment cette différence fondamentale que, cette fois, une résolution de l'ONU encadre l'intervention, sans avoir rencontré de veto au Conseil de sécurité. L'exception libyenne – cette dictature ubuesque imposée depuis quarante-deux ans à un pays riche de pétrole mais peu peuplé (6 millions d'habitants) – explique sans doute cette majorité de circonstance. Car il n'a pas fallu attendre longtemps pour que les silences, les contradictions et les ambiguïtés de la solution votée ébranlent la coalition qui en est issue. Les prudences et précautions américaines renvoient aux questions posées d'emblée par les diplomaties brésilienne, indienne et allemande, toutes trois abstentionnistes bien que sans tendresse pour le régime libyen, sur la cohérence et l'efficacité de l'intervention proposée.


Quel commandement unifié, quel but de guerre final, comment faire tomber le dictateur sans troupes au sol, comment éviter les sinistres dommages collatéraux dont les premières victimes sont les civils que l'on prétend protéger, comment empêcher qu'une éventuelle direction par l'Otan ne signe le caractère occidental de cette nouvelle guerre, pourquoi ne pas armer directement l'insurrection à l'Est de la Libye? Autant de questions qui pèsent aujourd'hui sur une intervention faite à la fois trop tard et trop vite: trop tard puisque venant après la contre-offensive en passe d'être victorieuse du colonel Kadhafi et trop vite car conçue sans analyse précise de la situation concrète, à la manière d'un coup médiatique.

A l'origine de cette guerre impulsée par Nicolas Sarkozy pour de purs motifs de politique intérieure, il y a en effet un coup médiatique: celui de Bernard-Henri Lévy qui, comme à son habitude et, de ce point de vue, non sans cohérence, a rassemblé derrière son panache la version française des néo-conservateurs américains. A gauche de la droite ou à droite de la gauche selon leurs itinéraires, ils recyclent, dans notre époque incertaine, la vieille logique dominatrice d'un Occident sûr de son fait, de sa puissance et de ses valeurs, surtout des valeurs de sa puissance. Ils courent derrière une gloire perdue alors que le monde se dérobe sous leurs pieds, s'inventant de nouvelles relations, de nouvelles libertés, de nouvelles égalités.


Lancé le 16 mars dansLe Monde, dont Bernard-Henri Lévy a rejoint le conseil de surveillance, l'appel de personnalités en faveur de l'intervention libyenne était signé par diverses figures des indignations à géométrie variable. Trois exemples.


Bernard Kouchner y symbolise les partisans de l'intervention américaine en Irak, fondée sur un mensonge et violant le droit international. André Glucksmann s'est récemment distingué par une autre tribune reléguant sur le bas-côté de l'histoire le droit des Palestiniens, toujours dénié malgré bien d'autres résolutions onusiennes. Et Antoine Sfeir incarne les anciens soutiens très peu désintéressés de la dictature tunisienne, tentant de faire oublier leurs égarements par ce zèle guerrier. 


L'enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions. Cette urgence guerrière proclamée à Paris est un nouvel épisode d'une bataille essentielleoù se jouent les futures relations internationales. Qu'il y ait parfois des guerres inévitables ou des guerres nécessaires, qu'il y ait à cette fin des alliances d'intérêts et des coalitions d'idées entre nations, c'est l'évidence, même si c'est toujours pitié. Mais y a-t-il pour autant des«guerres du droit», des«guerres justes», des«guerres de principes», comme on nous le raconte de nouveau?
Quel que soit l'absolu convoqué – la religion ou la justice, la foi ou le droit –, c'est toujours ériger la guerre en absolu. Cet automatisme dont le droit serait la légitimité est un tour de passe-passe, tant il ignore la seule question qui vaille: qui érige le droit, qui énonce la loi, qui est le juge?


En l'espèce, chacun sait qu'en l'état des relations internationales, le Conseil de sécurité exprime des rapports de force plutôt que des majorités de conviction. Les promoteurs de l'opération libyenne épousent un agenda partiel et partial. Si l'objectif proclamé est de protéger des populations civiles de la répression dont elles sont victimes de la part de leur propre gouvernement, que faire alors, pour s'en tenir au seul monde arabe, au Yémen, en Syrie, à Bahrein et en Arabie saoudite, pays où de tels scénarios sont en cours? L'ONU devrait-elle déclencher autant d'interventions extérieures qu'il y a d'insurrections, de répressions et de guerres civiles? Et pourquoi alors ne pas lui demander d'intervenir quand, fin 2008 et début 2009, l'Etat d'Israël envahit la bande de Gaza, dans une disproportion des armes dont la population civile palestinienne paiera le prix lourd?


On le voit bien: confronté à la complexité du monde, le raisonnement idéologique qui anime nos néo-conservateurs ne tient pas l'épreuve de la réalité. Faisant le tri entre alliés et ennemis, puissances autorisées à violer le droit international et Etats proclamés voyous parce que faibles, sa cohérence interne est, au final, d'intérêts plutôt que principes. Au moment même où les frappes aériennes commençaient à tomber sur la Libye, la répression ne s'est-elle pas accentuée dans la péninsule Arabique, visant notamment les minorités chiites dont la discrimination témoigne d'un refus du pluralisme par des monarchies pétrolières inquiètes de leur pérennité et menacées par leurs peuples?


Quelle que soit son issue, heureuse si le dictateur tombe au plus vite, malheureuse si elle tourne au fiasco, cette guerre qu'approuvent spontanément tous les opposants libyens n'en est pas moins un piège. Piège pour la pensée, pour la politique, pour le monde. Il est permis d'espérer que les peuples arabes, dans leur dynamique libératrice, sauront retourner ce piège à leur profit, dans une stratégie des faibles aux forts. Mais rien n'oblige de sauter à pieds joints dans ce traquenard, en perdant tout sens critique. On peut jouer et parier. Mais à condition de ne pas tricher. Notamment avec la vérité des faits et avec la mémoire des situations.


Edwy Plenel, le 23 mars 2011.

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 12:44


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Dans la foulée des révolutions tunisienne et égyptienne, les populations de la péninsule arabique se révoltent contre leurs gouvernements, subissant parfois une féroce répression.


Après l’Afrique du Nord, des parties de la péninsule arabique sont entrées en ébullition politique et sociale à leur tour, depuis plusieurs semaines. Ces derniers jours ont cependant constitué un tournant important sur plusieurs points.
Un premier changement résulte du renforcement important de la répression, conduisant jusqu’à l’étouffement provisoire de la Constitution, dans l’État insulaire monarchique du Bahreïn. Ce pays du Golfe, le premier à voir ses ressources pétrolières s’épuiser et donc ses recettes décliner, avait commencé à entrer en mouvement à la mi-février, les contestataires étant encouragés par l’exemple égyptien.

 

Or, trois semaines après, les troupes du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – donc celles des monarchies pétrolières plus riches, et en premier lieu de l’Arabie saoudite qui vient de réprimer des manifestations sur son propre territoire – ont franchi le pont séparant Bah­reïn du grand pays voisin. Selon les chiffres, de 1 000 à 3 500 soldats saoudiens seraient entrés dans le pays.


Si ces soldats n’interviennent pas directement (pour l’instant ?) dans la répression des manifestants, leur présence a en revanche libéré des forces de l’ordre de la monarchie locale, en prenant en charge la protection des bâtiments publics par exemple. Aussi l’entrée des troupes du CCG signifie-t-elle un soutien symbolique très fort des monarchies voisines au roi du Bahreïn, leur « grand frère » commun – les USA – se taisant sur ce fait, en dehors de quelques critiques de méthode sur une répression qui va trop loin en fermant « toutes les portes du dialogue ».


En effet, le « dialogue », d’abord préconisé par le régime bahreïnien, est définitivement révolu. Une vingtaine de manifestants ont été tués. La désormais célèbre place de la Perle, dans la capitale Manama, a été évacuée – il est même question maintenant de détruire son monument afin de ne laisser aucun symbole de la contestation –, l’état d’urgence a été décrété. Sept leaders de l’opposition ont été arrêtés. Celle-ci est parfois trop vite décrite comme étant simplement « chiite ». Il est vrai que 70 % de la population, dont la part la plus pauvre et déshéritée, sont chiites. Cependant, la gamme politique de l’opposition est large, englobant des habitants de confession chiite mais partisans d’une démocratie – ou d’une monarchie constitutionnelle –, d’une république islamique ou encore des sunnites progressistes. Alors que l’Iran voisin ne s’était pas ouvertement manifesté jusqu’ici, l’intervention ouverte de son rival saoudien et du CCG lui a donné l’occasion d’en faire une affaire régionale et de concurrence entre puissances. Ceci risque de prendre la contestation encore plus en étau. Il est important de préciser que la Garde royale du Bahreïn avait été formée... par la France.


Plus encourageant sont les signes qui viennent du Yémen, mais aussi depuis les tout derniers jours de la Syrie où des manifestations ont lieu dans de nombreuses villes – notamment du Sud – depuis le week-end. Néanmoins il faudra s’attendre à une répression très forte de la part du pouvoir baathiste. Au Yémen, en revanche, la répression semble avoir perdu de son effet intimidant sur les opposants qui réclament le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1979. Après que 52 personnes ont été tuées vendredi dernier, les défections au sein même du régime – englobant plusieurs officiers supérieurs de l’armée et des ambassadeurs yéménites, dont celui à Paris – sont désormais légion. Une partie des élites du pays est maintenant convaincue de l’échec du régime Saleh.


Bertold du Ryon

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 12:42

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Comme pour l’Irak ou l’Afghanistan, les puissances impérialistes prennent prétexte d’objectifs humanitaires pour intervenir en Libye. Pour autant, il est impossible de leur faire confiance et seuls les peuples pourront se débarrasser du tyran Kadhafi.

C’est bien une guerre que la coalition internationale a engagée en Libye après le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 17 mars, de la résolution 1973 qui autorise « une zone d’exclusion aérienne ». En clair, l’ONU a donné son feu vert à l’intervention militaire des grandes puissances qui ont toute latitude pour bombarder le pays. Juppé plastronne, ce serait un « succès » qui aurait permis d’éviter « un bain de sang » à Benghazi. « Nous intervenons pour permettre au peuple libyen de choisir lui-même son destin », prétendait Sarkozy. Il ne se soucie guère du sort du peuple libyen lui qui, il y a peu, recevait en grande pompe Kadhafi, qui se déclare son ami. Il prend la pose du démocrate soucieux du droit des peuples dans le seul but de redorer son blason terni alors que la France a été pendant des années un des principaux vendeurs d’armes au dictateur.


Comment croire ces déclarations d’intentions hypocrites comme celles de l’ONU ? Comment faire confiance, pour garantir le droit des peuples, aux vieilles puissances coloniales, à celles qui ont soutenu pendant des années le dictateur ? Comment les croire quand elles invoquent la démocratie et le droit des peuples ? N’est-ce pas le même discours qui a justifié la guerre contre l’Irak ou en Afghanistan ? Le mensonge est usé jusqu’à la corde. Même au sein du Conseil de sécurité, il n’y a pas eu l’unanimité. L’Allemagne, le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde, ont refusé de soutenir la résolution défendue par la France et l’Angleterre. La Turquie a protesté, la Ligue arabe, appelée à donner sa caution, traîne des pieds.


Pendant des semaines, les grandes puissances ont laissé les mains libres à Kadhafi pour réprimer, massacrer alors qu’il aurait fallu donner des armes aux insurgés, leur donner les moyens de résister, de renverser le dictateur. Mais ce n’est qu’après que ce dernier a repris l’initiative que la France, l’Angleterre, les USA ont décidé d’intervenir. Le général Carter Ham, commandant des forces américaines pour l’Afrique, a précisé : « Nous n’avons pas pour mission de soutenir les forces d’opposition si celles-ci s’engagent dans des opérations offensives. » Le soutien aux insurgés n’est pas leur but. Les USA dont la France joue les zélés petits soldats ont saisi l’opportunité ouverte par la guerre civile déclenchée par Kadhafi pour tenter de reprendre la main sur la Libye comme sur l’ensemble de la région où sont concentrées les plus grandes réserves pétrolières du monde. D’ailleurs, ni les grandes puissances ni l’ONU n’ont eu le moindre mot de protestation quand les troupes de la monarchie moyenâgeuse d’Arabie saoudite sont entrées au Bahreïn pour venir au secours du roi face à la contestation populaire. Il y a bien une offensive globale pour sauvegarder la stabilité de la région, canaliser, maîtriser le processus révolutionnaire, préserver les intérêts des groupes pétroliers et de ceux qui les servent, une offensive contre la révolte des travailleurs et des peuples.


À l’annonce de l’intervention militaire, les insurgés de Benghazi se sont réjouis. Cette dernière contraignait les mercenaires de Kadhafi à relâcher leur pression, elle était pour eux un soulagement attendu. Un soulagement mais pour combien de temps et à quel prix ? Il y a tout lieu de penser que la guerre va durer. Juppé annonçait lundi que l’Otan était « disposée à venir en soutien » de la coalition internationale dans « quelques jours ». Les grandes puissances sont engagées dans une fuite en avant qu’elles ne contrôlent même pas. L’intervention en Libye est un moment d’une guerre globale, celle des USA et de leurs alliés pour la domination du monde, le contrôle des richesses énergétiques, une bataille dont les peuples sont les fantassins et les victimes.

Solidarité internationaliste


La réponse, c’est celles des insurgés eux-mêmes, c’est la révolte des travailleurs et des peuples du monde arabe, c’est notre solidarité internationaliste contre le dictateur, contre notre propre impérialisme. Le fait que le Parti socialiste comme les Verts se soient ralliés sans hésitation à Sarkozy n’est qu’une lamentable démonstration de plus qu’ils ne sont en rien des opposants à la politique de la droite. Tout aussi lamentable est le ralliement à l’ONU de Jean-Luc Mélenchon au nom du « devoir de protéger » !


Non, cette guerre n’est pas la nôtre, ni celle du peuple libyen, loin de défendre le droit des peuples, elle le brise. L’avenir, ce sont les révolutions en cours qui le portent, les seules réponses concrètes aux conséquences dramatiques de la domination des classes impérialistes comme des dictateurs.


Yvan Lemaitre

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 09:30

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 10:34

 

Ce dimanche 20 mars, date anniversaire de la guerre en Irak — mais aussi de l'indépendance de la Tunisie — une manifestation nationale de « solidarité avec les peuples d'Afrique du Nord et du Moyen Orient » était organisée à Bruxelles.

 

Suivant l'appel lancé par l'Assemblée des mouvements sociaux du Forum social mondial, la CNAPD et Vrede étaient à l'initiative de cette mobilisation qui a rassemblé la signature d'une soixantaine d'organisations et d'associations progressistes. En soi, cette manifestation était donc positive afin de marquer la nécessaire solidarité avec les processus révolutionnaires en cours dans le monde arabo-musulman. Malheureusement, malgré le nombre important d'organisations participitantes (sur le papier) la manifestation n'a rassemblée que 2.000 personnes…

 

Il est clair que les grandes organisations, syndicales ou ONG, n'ont pas mobilisé activement comme il se doit pour ce rendez-vous d'ampleur nationale et internationale, et cela alors que des représentants de ces mêmes organisations ont imposé une plate-forme très minimale afin — disaient-ils — d'amener le plus de monde possible… La confusion extrême sur la nature des processus en cours et sur les événements actuels en Libye, qui divisent profondément les progressistes et le mouvement anti-guerre, n'est pas non plus étrangère à la faiblesse de la participation.

L'absence flagrante des deux principales organisations syndicales est particulièrement regrettable, au moment même où des organisations syndicales et des militants syndicaux jouent un rôle de premier plan et décisif dans les processus populaires en cours au Maghreb ou au Moyen-Orient, qui offrent un exemple et un encouragement aux luttes des travailleurs du monde entier.

 

La gauche radicale (LCR, PTB, PSL…) était, elle, bien présente, ainsi que quelques associations de réfugiés, de migrants ou des communautés d'origine arabo-musulmane de Belgique. Avec les Jeunes anticapitalistes, la LCR a constitué un cortège dynamique pour affirmer haut et fort à la fois notre totale solidarité avec les révolutions en cours, le rejet des attaques impérialistes en Libye et le soutien aux insurgés libyen contre le dictateur Kadhafi. (LCR-Web)

 

 

Photos de Sylvia et Jean-Marie Versypt

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 12:21

 

Nicolas-Sarkozy Mouammar-Kadhafi-1-2

18 mars 2011

 

R. Shalom – Comment est constituée l’opposition libyenne ? Certains ont remarqué la présence de l’ancien drapeau monarchiste parmi les rebelles...


Gilbert Achcar – Le drapeau n’est pas utilisé comme un symbole de la monarchie mais comme celui de l’État libyen adopté après l’indépendance de l’Italie. Il est utilisé par l’insurrection pour rejeter le drapeau vert imposé par Kadhafi ainsi que son Livre vert, adopté au moment où il singeait Mao Zedong et son Petit livre rouge. Ce drapeau tricolore n’implique en aucun cas une nostalgie de la monarchie. Dans son interprétation la plus courante, il symbolise les trois régions historiques de Libye. Le croissant et l’étoile qui y figurent sont des symboles que l’on trouve également sur le drapeau algérien, tunisien et celui de la République turque, ce ne sont pas des symboles monarchiques.


Quelle est donc cette opposition ? Sa composition — comme pour toutes les révoltes qui secouent la région — est très hétérogène. Toutes ces forces disparates sont unies par un un rejet de la dictature, un désir de démocratie et de respect des droits de l’Homme. Au-delà, il y a de nombreux projets différents. En Libye plus particulièrement, il s’agit d’un mélange de militants pour les droits de l’Homme, d’intellectuels, de courants tribaux et de forces islamiques — un éventail assez large donc. La force politique la plus importante dans l’insurrection libyenne est l’organisation de la Jeunesse de la révolution du 17 février. Elle a une plate-forme démocratique qui réclame un État de droit, des libertés politiques et des élections libres. Le mouvement libyen comprend aussi des secteurs du gouvernement et des forces armées qui ont rompu avec le pouvoir et rejoint l’opposition — ce qui ne s’est pas passé en Tunisie et en Égypte.

Ainsi, l’opposition libyenne constitue bien un mélange de forces mais l’essentiel c’est qu’il n’y a aucune raison d’avoir avec elle une attitude différente de celle que nous devons avoir avec tous les soulèvements de masse de la région.

 

Kadhafi est-il, ou a-il été, un progressiste ?


Gilbert Achcar : Quand Kadhafi est arrivé au pouvoir en 1969, il représentait une manifestation tardive de la vague de nationalisme arabe qui a suivi la Seconde guerre mondiale et la Nakba de 1948. Il essayait d’imiter le dirigeant égyptien Gamal Abdel Nasser, en qui il voyait un modèle et une source d’inspiration. Il remplaçât la monarchie par une république, défendit l’unité arabe, imposa le retrait des Américains de la base aérienne de Wheelus en Libye et initia un programme de changements sociaux.

 

Puis le régime suivit son propre cours, sur le chemin d’une radicalisation inspirée par un maoïsme islamisé. Il y a eu d’importantes nationalisations à la fin des années 1970 — presque tout a été nationalisé. Kadhafi prétendit avoir institué la démocratie directe — il a changé par la suite le nom du pays qui, de République, est devenu État des masses (Jamahiriya). Il prétendit avoir accompli dans le pays l’utopie socialiste grâce à la démocratie directe, mais peu de libyens se sont laissés berner par ce discours. Les « comités révolutionnaires » ont joué en fait le rôle d’appareil dirigeant, contrôlant le pays avec les forces de sécurité.

 

En même temps, Kadhafi a joué un rôle particulièrement réactionnaire en revitalisant le tribalisme comme outil pour servir son pouvoir. Sa politique extérieure devint de plus en plus téméraire et imprudente et la plupart des Arabes finirent par le considérer comme fou.

 

Avec la fin de l’Union soviétique, Kadhafi a mis de côté ses prétentions socialistes et a réouvert son économie aux entreprises occidentales. Il affirmait que sa libéralisation économique irait de pair avec une libéralisation politique, singeant la perestroïka de Gorbatchev après avoir singé la révolution culturelle de Mao Zedong, mais son discours restait vide. Quand les États-Unis envahirent l’Irak en 2003, sous le prétexte de débusquer des « armes de destruction de masse », Kadhafi, qui avait peur d’être le prochain sur la liste, accomplit un soudain et surprenant volte-face en politique étrangère, passant spectaculairement d’État voyou à proche collaborateur des États occidentaux. Un collaborateur en particulier des États-Unis, à qui il a prêté main-forte dans la prétendue guerre contre la terreur, et aussi de l’Italie pour laquelle il a fait le sale travail de renvoyer les immigrants venant d’Afrique qui essayaient de rejoindre l’Europe.

 

Au cours de ces métamorphoses, le régime de Kadhafi est toujours resté une dictature. Quelles que soient les mesures progressistes qu’il puisse avoir fait au début, il n’est plus rien resté de progressiste ou d’anti-impérialiste dans les dernières phases de son régime. Son caractère dictatorial a pu se voir à la façon dont il a réagit aux mouvements de protestation : il a immédiatement décidé de les réduire par la force. Il n’y a eu aucune tentative de proposer une sortie démocratique quelconque à la population. Il a menacé les manifestants, dans un discours tragi-comique maintenant devenu célèbre : « Nous irons vous rechercher mètre par mètre, maison par maison, jusqu’à la moindre ruelle... jusque dans vos placards. Il n’y aura pas de grâce et nous serons sans pitié. » Tout cela n’est pas une surprise quand on sait que Kadhafi est le seul dirigeant arabe qui a condamné publiquement le peuple libyen pour avoir chassé son dictateur Ben Ali décrit comme le meilleur dirigeant que la Tunisie pouvait trouver.

 

Kadhafi a eu recours à des menaces et à une violente répression, affirmant que les manifestants étaient drogués par Al Qaeda qui déversait des hallucinogènes dans leur café. Dénoncer Al Qaeda comme responsable du soulèvement était sa façon d’essayer de mettre de son côté les pays occidentaux. Si il y avait eu une proposition d’aide provenant de Washignton ou de Rome, on peut être sûr qu’il l’aurait acceptée avec joie. Il a d’ailleurs exprimé sa déception de l’attitude de son pote le Premier ministre italien Sivio Berlusconi avec qui il participait à des parties privées. Il s’est aussi plaint de la trahison de ses autres « amis » européens. Ces dernières années, Kadhafi est devenu l’ami de plusieurs dirigeant occidentaux et d’autres personnalités marquantes qui, pour une poignée de dolars, n’ont pas hésité à se ridiculiser en lui faisant des embrassades. Anthony Gidens lui-même, le distingué théoricien de la « troisième voie » de Tony Blair, a suivi les pas de son disciple en rendant une visite à Kadhafi en 2007 et en décrivant dans le Guardian comment la Libye était sur la voie de la réforme et comment elle allait devenir la Norvège du Moyen-Orient.

 

Quel est votre point de vue sur la résolution 173 du Conseil de sécurité de l’ONU adoptée le 17 mars ?


Gilbert Achcar : La résolution elle-même est rédigée d’une façon qui prend en compte — et semble répondre — à la demande d’établissement d’une zone d’interdiction aérienne. L’opposition a en effet demandé explicitement cette zone d’interdiction aérienne, à condition qu’aucune troupe étrangère ne soit déployée sur le territoire libyen. Kadhafi dispose de l’essentiel de l’élite des forces armées, avec des avions et des tanks, et une zone d’interdiction aérienne neutraliserait en effet son principal avantage militaire. Cette demande faite par ceux qui se sont soulevés est reflétée dans le texte de la résolution, qui autorise les États membres des Nation unies à « prendre toutes les mesures nécessaires […] pour protéger les civils et les zones habitées par les civils menacés par une attaque de la Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant une occupation étrangère sous quelle que forme et en toute partie du territoire libyen. La résolution établit « une interdiction de tous vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne de façon à protéger les civils. »


Maintenant, il n’y a pas assez de garde-fous dans la rédaction de la résolution pour empêcher son utilisation avec des visées impérialistes. Même si le but de toute action est supposé être la protection des civils, et non pas un « changement de régime », le jugement pour savoir si une action a atteint son but ou bon est laissé à l’appréciation des puissances intervenantes et non pas au forces qui se sont soulevées ni mêm au Conseil de sécurité. La résolution est terriblement confuse. Mais, vu l’urgence qu’il y a à empêcher les massacres qui résulterait inévitablement d’un assaut donné sur Benghazi par les forces de Kadhafi et l’absence de tout autre moyen alternatif pour atteindre ce brut protecteur, personne ne peut raisonnablement s’y opposer. On peut comprendre les abstentions. Certains des cinq États qui se sont abstenus au Conseil de sécurité voulaient exprimer leur défiance ou leur mécontentement sur le manque de vue globale, mais sans aller jusqu’à prendre la responsabilité d’un massacre imminet.

 

La réponse occidentale a bien sûr un petit goût de pétrole. Les puissances occidentales craignent un conflit prolongé. S’il y a avait un important massacre, elles seraient contraintes d’imposer un embargo au pétrole libyen, ce qui maintiendrait le prix du baril à un haut biveau à un moment où, vu l’état actuel de l’économie mondiale, cela aurait des conséquences défavorables importantes. Certains pays, y compris les États-Unis, ont voté à contre cœur. Seule la France est apparue comme très en faveur d’une action ferme, ce qui pourrait bien avoir à voir avec le fait que la France — contrairement à l’Allemagne (qui s ’est abstenue sur le vote), la Grand-Bretagne et, surtout l’Italie — n’a pas pas beaucoup d’intérêt dans le pétrole libyen et espère certainement avoir une plus grosse part du gâteau avec un régime post-Kadhafi.

 

Nous connaissons tous les prétextes utilisés par les puissances occidentales et leur double langage. Par exemple, leur prétendu souci des civils subissant des bombardements aériens ne semble pas s’appliquer pour Gaza en 2008-2009, lorsque des centaines de civils non combattants ont été tués par des avions de guerre israéliens pour défendre une occupation illégale. Où le fait que les États-Unis autorise actuellement son régime protégé à Barhein, où il a une importante base navale, à réprimer violemment le soulèvement local, avec l’aide d’autres vassaux régionaux de Washington.

 

Il n’en reste pas moins que si Kadhafi était autorisé à poursuivre son offensive militaire et prenait Benghazi, il y aurait un énorme massacre. Nous sommes dans un cas où une population est vraiment en danger et où il n’y a pas d’autre alternative pour la protéger. L’attaque des forces de Kadhafi est une question d’heures ou de jours. On ne peut, au nom de principes anti-impérialistes, s’opposer à une action qui va empêcher le massacre de civils. Par exemple, même si l’on connaît la nature et le double langage des policiers dans un État bourgeois, on ne peut, au nom de principes anticapitalistes, condamner quelqu’un risquant un viol qui les appellerait s’il n’y a a pas d’autre moyens de stopper les violeurs.

 

Ceci dit, s’il ne faut pas s’opposer à la zone d’interdiction aérienne, nous devons exprimer notre défiance et appeler à une grande vigilance pour surveiller les actions de ces États, pour s’assurer qu’ils ne vont pas au-delà de la protection des civils, comme mandat leur en ai donné. En voyant à la télévision les foules à Baghazi qui se réjouissaient du vote de la résolution, j’ai vu une grosse affiche qui disait en arabe « Non à l’intervention étrangère ». Les gens là-bas font une distinction entre l’ « intervention étrangère » qui signifie pour eux des troupes au sol et une zone d’interdiction aérienne protectrice. Il s’opposent aux troupes étrangères. Ils sont conscients du danger et sagement ne font pas confiance aux puissance occidentales.

 

Ainsi, pour résumer, je pense que dans une perceptive anti-impérialiste on ne peut pas et ne doit pas s’opposer à la zone d’interdcition aérienne dans la mesure où il n’y pas d’alternative crédible pour protéger une population en danger. On signale que les Égyptiens fournissent des armes à l’opposition libyenne — et cela est bien — mais cela ne pourra suffire seul à sauver Benghazi à temps. Mais, une fois encore, on doit garder une attitude très critique sur ce que les puissance occidentales pourraient faire.

 

Que va-t-il se passer maintenant ?


Gilbert Achcar : C’est difficile à dire. La résolution des Nation Unies n’appelle pas à un changement de régime, mais seulement à protéger les civils. L’avenir du régime de Kadhafi est incertain. La question clé est de savoir si nous allons assister à la renaissance du soulèvement en Libye occidentale, dont Tripoli, ce qui conduirait à une désintégration des forces armées du régime. Si cela arrive, alors Kadhafi pourrait être chassé bientôt. Mais si le régime réussit à garder fermement le contrôlée de la région occidentale, il y aura alors une division de facto du pays — même si la résolution affirme l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la Libye. C’est peut-être ce que le régime a choisi de faire car il vient d’annoncer son acceptation de la résolution de l’ONU et a proclamé un cessez-le-feu. Nous pourrions avoir alors aboutir à une impasse prolongée, avec Kadhafi contrôlant l’Ouest et l’opposition l’Est. Il faudra évidemment du temps pour que l’opposition incorpore les armes qu’elle reçoit d’Égypte ou via l’Égypte jusqu’au point où elle pourra infliger une défaite militaires aux forces de Kadhafi. Vu la nature du territoire libyen, cela ne pourra être qu’une guerre conventionnelle plutôt qu’une guerre populaire, une guerre de mouvement sur des vastes zones de territoire. C’est pour cela que l’issue est difficile à prédire. L’essentiel encore est que nous devons soutenir le mouvement démocratique libyen jusqu’à la victoire. Sa défaire dans les mains de Kadhafi serait un grave contrecoup négatif, affectant la vague révolutionnaire qui secoure actuellement le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.■

 

Gilbert Achcar. Interview réalisée par R. Shalom.



* Traduit par Jacques Radcliff pour Inprecor.

 

* Gilbert Achcar a passé son enfance au Liban et est actuellement professeur à l’Ecole d’études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages, dont Le choc des barbaries (2002), L’Orient incandescent (2003), La guerre des 33 Jours (avec Michel Warschawski, 2007), et, avec Noam Chomsky, La poudrière du Moyen-Orient (2007), Les Arabes et la Shoah (2009).

Mis en ligne le 19 mars 2011
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