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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:54


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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 11:04



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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 10:55

Aux Européennes de juin, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) est arrivé derrière le Front de gauche en lle-de France (4,26%, contre 5,71 %). A l'occasion des élections régionales, Olivier Besancenot, son leader, a décidé de s'engager davantage dans la campagne.


Serez-vous candidat aux régionales ?


Olivier Besancenot. Oui, je serai tête de liste en lle-de-France. Les comités départementaux du NPA me l'ont demandé et je l'ai accepté. Je ne serai danc pas le porte-parole national pour la campagne et ferai très peu de meetings dans les autres régions.


Etes-vous candidat pour essayer de rattraper le score du NPA aux européennes ?


Au-delà des élections européennes, l'lle-de France n'est pas une région facile pour nous. J'ai décidé de mouiller ma chemise car l'lle-de France est la région la plus riche de France mais, paradaxalement, c'est là que les inégalités sociales sont les plus fortes. Nous voulons que ceux qui ne sont pas représentés dans les discussions, qui ne votent pas ou peu se sentent un peu mieux représentés cette fois-ci.


Quelles seront vos propositions fortes ?


Nous proposerons la gratuité des transports collectifs pour tous. En lle-de-France, le coût est estimé entre 1et 1,5 milliard. Avec le Grand Paris, l'Etat est prêt à mettre 20, voire 30 milliards d'euros sur la table pour faire des projets qui profiteront à des pôles économiques et non pas à la population. Pourquai ne pourrait-il donc pas assurer cette gratuité des transports ? Cette mesure sociale permettrait de désenclaver les quartiers populaires et serait environnementale.


Le deuxième axe, ce serait d'arrêter de subventionner le patronat et les grandes entreprises capitalistes en utilisant l'argent public à des fins publiques.


Comment qualifiez-vous le bilan de Jean-Paul Huchon ?


Nous faisons un bilan critique de toutes les régions gérées par les socialistes qui n'ont pas été un lieu de contre-pouvoir au sarkozysme. Le PS a eu 20 régions sur 22, cela aurait dû être un lieu de résistance et de meilleure répartition des richesses. Cela n'a pas été le cas. La région lle de-France, sous couvert de subventionner l'insertion professionnelle ou
les petites entreprises, a ainsi subventionné, par le biais des pôles de compétitivité, des groupes comme Alcatel ou EADS, qui sont des entreprises du CAC 40 et qui ont licencié.


Que ferez-vous au second tour ?


On se bat clairement contre la droite. Mais on a aussi l'intention de faire entendre une gauche anticapitaliste et indépendante. II ne s'agit pas de ne battre la droite qu' au moment du second tour. II faut s'y opposer tout le temps et ne pas cautionner, par exemple, un recul social sur les retraites. Nous ne pouvons pas cogérer une politique qui s'inscrit dans un bilan qu'on ne partage pas. Nous voulons avoir des élus pour appuyer dans le bon sens, mais être suffisamment indépendants pour ne pas voter des projets sur lesquels nous ne sommes pas d'accord.


Si vous êtes élu, siégerez-vous au conseil régional ?


Oui, évidemment !


PROPOS RECUEILLIS PAR ERIC HACQUEMAND ET ROSALIE LUCAS.

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 14:44
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 09:40
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 08:20

1990_desstardi.jpg     


Le débat que veut imposer le gouvernement sur l’identité nationale est une tartufferie intellectuelle et un écran de fumée politique.


     Une tartufferie intellectuelle d’abord, les discours produits par l’UMP et entendus et lus ça et là, et qui sont souvent proches du plancher des vaches, multiplient les confusions et amalgames dangereuses.


Confusions et amalgames entre identité nationale et histoire nationale, entre jeunes des quartiers, delinquance, religion, immigration...


Voir ou entendre ces politiques se comporter comme au comptoir du coin, nous écarte ridiculeusement des travaux nombreux et de qualités sur l’identité, de philosophes, anthropologues, historiens et autres sociologues.


Avec cette droite nous sommes dans le nationalisme de base, or comme l’écrivait Ernest Renan en substance, le nationalisme et l’Histoire ne s’entendent pas.


L’identité ou la construction identitaire est un phénomène complexe, pluriel, et qui pour être salutaire ne doit pas se construire dans l’opposition à l’autre. Construire son identité interroge plusieurs dimensions : la culture, le rapport aux ancêtres, l’environnement social, politique, familial et géographique (internationalisme...).


     Ecran de fumée politique ensuite, car la période choisie pour lancer ce débat n’est pas innocente et ne dupe personne. La droite, comme à chaque séquence électorale, use de la même stratégie et là on y trouve des similitudes avec l’extrême-droite.


En effet,  L’UMP incapable de résoudre les vrais problèmes, qui sont sociaux et économiques : le partage des richesses, le chômage grandissant, les salaires, le niveau d’éducation et de soins de qualités pour tous, le lien social, le logement… joue la parade du bouc émissaire en utilisant les thématiques de religion, insécurité, immigration de façon racoleuse et populiste, créant ainsi la peur, le rejet de l’autre et le repli sur soi.


La droite crée une atmosphère nauséabonde qui favorise les dérapages honteux, à l’UMP d’en assumer toutes les conséquences. 


     Pour le NPA Quimper , le porte-parole Salim Gahfaz.

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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 10:57
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Tous et toutes en grève le 21 janvier !


Sous le prétexte fallacieux de moderniser l’État, le gouvernement met en place la destruction des services publics, de la fonction publique ainsi que des solidarités.

 Les missions, l’égalité et la continuité du service public ne sont plus que des références pour les discours officiels, les effectifs des fonctionnaires et leur statut jugé «rigide et archaïque», lui étant insupportables ! Face à cette politique, la CGT Fonction publique, la FSU et Solidaires appellent ensemble à une journée de grève dans toute la fonction publique le jeudi 21 janvier.

100 000 emplois supprimés depuis 2007

Depuis des années l'État démantèle puis privatise des secteurs entiers de la fonction publique, supprimant ainsi des dizaines de milliers d'emplois. Désormais, il ne remplace plus un agent retraité sur deux et se félicite même d'avoir enfin réussi à réduire le nombre d'emplois dans les hôpitaux !

Pour 2010, 34 000 suppressions de postes sont de nouveau programmées. Avec cette politique, ce sont plus de 100 000 emplois qui ont été supprimés depuis 2007. Pour l'ensemble de la population, cela se traduit par des classes surchargées, des maternités, des blocs opératoires et des bureaux de poste fermés, des guichets surchargés. En un mot : une dégradation des conditions de vie de tous !

Des conditions de travail au rabais


A travers la Révision générale des politique publiques (RGPP) et la Réorganisation administrative territoriale de l'Etat (Réate),  le gouvernement veut aussi imposer la mobilité des personnels, par le biais des délocalisations, de l’individualisation, des pressions hiérarchiques,  des rémunérations au mérite, des suppressions de postes, de moyens et d’effectifs. Ces mesures ont des conséquences néfastes à la fois sur les conditions de travail et sur la qualité du service public rendu à la population.

Défendre et développer les services publics

Seule une mobilisation d’ampleur permettra de stopper cette destruction.  Ce n'est bien sûr pas une journée de grève et de manifestations qui contraindra le gouvernement à revenir sur sa politique. Mais l'intérêt de tous, travailleurs de la fonction publique comme usagers, est que la journée du 21 janvier soit réussie et devienne un point d’appui pour développer la mobilisation.

Nous devons  nous organiser ensemble, salariés et usagers, pour défendre, améliorer et contrôler nos services publics. Ceux-ci doivent être étendus à d’autres secteurs essentiels tels que le logement, le gaz, l’électricité, l’eau, les transports collectifs aujourd’hui privés, l’accueil et l’assistance des personnes âgées…
Nous devons imposer les principes de solidarité et de répartition des richesses, contre la loi du profit et la logique capitaliste qui font que les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres.
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 11:30

bensaid-hommage
envoyé par Mediapart. - 

Philosophe marxiste, fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), figure chaleureuse du débat intellectuel français, Daniel Bensaïd est mort hier d’une longue maladie, à l’âge de 63 ans.


Dans la galaxie de la pensée radicale, il incarnait une voie médiane, tout à la fois fidèle au projet marxiste et désireuse d’affronter sans détour les impasses du communisme «réel». Ami de toujours d’Alain Krivine, globe-trotter habitué des forums sociaux aux quatre coins du monde, il appartenait à cette frange du trotskisme qui, depuis trente ans, tente de concilier le gauchisme politique hérité de la IVe Internationale et le gauchisme culturel né en 1968. Sans toujours y arriver.


Sa mère était modiste à Oran. Son père fut un temps apprenti boxeur : «La boxe offrait aux Juifs d’Afrique du Nord une possibilité de promotion sociale», raconte-t-il dans son autobiographie (1). Il naît en 1946, à Toulouse, où le couple est venu ouvrir Le Bar des amis, à deux pas de ce qui deviendra l’usine AZF. «La cellule communiste du quartier tenait au bistrot ses réunions annuelles de remise des cartes.»


Devenu trotskiste, il n’a jamais renié son attachement à la notion de «parti»et, ces dernières années, aux théoriciens altermondialistes qui proposaient de s’en débarrasser, il répliquait : «Supprimez la médiation des partis et vous aurez le parti unique - voire l’Etat - des "sans-parti". On n’en sort pas.» (2)


Pilotage.


En 1968, il est sur les barricades. Etudiant à Normale Sup, il est déjà l’un des dirigeants des Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR). Ses camarades de manifs s’appellent Krivine, donc, ou encore Henri Weber, aujourd’hui sénateur socialiste. Bensaïd et Weber passent l’été ensemble, enfermés dans l’appartement de Marguerite Duras pour écrire Mai 1968 : une répétition générale ?


Mais Bensaïd n’a jamais joué l’ancien combattant. Voilà ce qu’il en disait : «Assez de ressassements soixante-huitards, de glu générationnelle, de souvenirs de chambrées sublimés en plus bel âge de la vie. On en a trop dit, et trop fait. Une montagne, ce qui fut un pli ou une bosse sur une morne plaine, mais point une cime historique s’élançant à l’assaut du ciel.»


En 1969, la JCR devient la LCR et, depuis Bensaïd, n’a pas cessé de participer au pilotage du mouvement, y compris sous l’ère Besancenot et jusqu’à la fondation du NPA en 2009, qu’il a théorisé et accompagné en lançant un centre de réflexion, la Société Louise Michel. Avec son accent du Sud et son infinie gentillesse, il était toujours disponible pour expliquer - et justifier - la ligne du parti et ses divers à-coups.


A partir du milieu des années 90, il publie plusieurs ouvrages sur l’actualité de la pensée de Marx. Plus récemment, il animait une revue, Contretemps, carrefour d’une gauche radicale qui se cherche, se confronte, ne fait pas semblant d’avoir réponse à tout. Une ouverture intellectuelle dont le revers était de donner, parfois, l’impression que la révolution tenait surtout de «l’hypothèse stratégique», du «pari mélancolique» - au point de devenir, notait le philosophe Philippe Raynaud, «une sorte de supplément d’âme du radicalisme démocratique» (3).


Séfarade.


Selon la boutade attribuée à Annie Kriegel, la seule raison pour laquelle les discussions à la tête de la Ligue n’avaient pas lieu en yiddish, c’était que Bensaïd était séfarade. De fait, dans la LCR des premiers temps, les Juifs dominent largement et parmi eux, les ashkénazes.


Lui venait de l’autre branche du judaïsme et si, toute sa vie, il s’est voulu «profane» et «mécréant», il n’en fut pas moins très sensible aux travaux de Walter Benjamin, théoricien d’un «messianisme révolutionnaire» rassemblant Marx, le judaïsme et l’école de Francfort. Au début de la deuxième Intifada, il prit l’initiative, avec Rony Brauman, d’une pétition titrée «En tant que Juifs…» qui critiquait l’idée que les juifs de France aient obligatoirement à approuver la politique israélienne. Symétriquement, il voyait en Tariq Ramadan «un adversaire stratégique dans la lutte au long cours pour la sécularisation du monde» - mais sans exclure des alliances «de circonstance». (4)


Daniel Bensaïd sera inhumé dans l’intimité. Les 22 et 23 janvier, un colloque intitulé «Puissances du communisme» se tiendra à l’université de Saint-Denis, avec, entre autres, les philosophes Jacques Rancière et Etienne Balibar. Il en était l’initiateur. Depuis quelque temps, ses amis avaient compris qu’il n’y serait pas. Le samedi 23, une soirée d’hommage aura lieu à l’initiative du NPA.


Eric Aeschimann


(1) «Une lente impatience», Stock, 2004.

(2) In «La Démocratie dans tous ses états», La Fabrique, 2009.

(3) «L’Extrême Gauche plurielle», éditions Autrement, 2006.

(4) «Fragments mécréants», Lignes, 2005.

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 10:37
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Les élections régionales, le 14 et 21 mars, dans un contexte de crise majeure du capitalisme, seront l’occasion de rejeter la politique du gouvernement et d’affirmer la nécessité d’une politique d’urgence, en rupture avec le capitalisme.

En France, comme ailleurs, les prétendus plans de relance n’ont d’autre objectif que d’augmenter les profits des capitalistes. Gouvernement et patronat multiplient les attaques contre les salariés par des licenciements et la régression du pouvoir d’achat. Loin de répondre à la crise, ils l’aggravent en la faisant payer au monde du travail.


À cette crise économique s’ajoute la crise climatique d’une gravité exceptionnelle. C’est le capitalisme qui en est responsable, un système économique basé sur la recherche du profit, se moquant autant de la préservation de l’environnement que du travail et de la santé des hommes. On ne peut lutter contre le réchauffement climatique sans mettre en accusation le capitalisme qui pille les richesses naturelles sans souci de l’avenir. C’est ce que les chefs d’État n’ont bien sûr pas voulu faire au sommet de Copenhague.


L’urgence sociale et l’urgence climatique se rejoignent. Pour répondre à la pauvreté, aux inégalités croissantes, au défi écologique, il faut amorcer une véritable rupture avec le capitalisme.


Elle ne pourra se faire sans une large mobilisation de la population, dans un « tous ensemble » de luttes. Mais notre vote aux élections régionales doit servir à sanctionner ceux qui défendent depuis des décennies le capitalisme comme seul avenir possible.


Le bilan de Sarkozy, après deux ans et demi, est édifiant : bouclier fiscal pour les riches, privatisation de la poste, autonomie des universités, recul des libertés, du droit à la santé, du pouvoir d’achat, chasse aux sans-papiers, retour d’un climat nauséabond sous couvert d’identité nationale, etc.
Depuis 2004, 20 régions métropolitaines sur 22 sont gérées par le PS, allié au PCF et aux Verts. Elles devaient être des contre-pouvoirs à la droite en menant des politiques en faveur de la population. On n’en a pas vraiment vu la couleur.


Des subventions sont largement distribuées aux entreprises privées même si elles ont licencié ou fermé leurs sites. Sans sanction ni récupération de l’argent public. Les lycées privés sont parfois subventionnés au-delà des obligations légales. Les transports de proximité ne sont toujours pas gratuits et parfois privatisés. La gauche gestionnaire ne cherche pas à changer les structures inégalitaires de la société. En s’adaptant au capitalisme, elle finit par mener des politiques proches de la droite.


Si les conseils régionaux n’ont pas les pouvoirs de contrecarrer les politiques des multinationales et du gouvernement, ils pourraient néanmoins dès aujourd’hui être un cadre de lutte pour la défense des intérêts des classes populaires, un point d’appui pour des mobilisations.


Pour le NPA, ces élections sont l’occasion de permettre aux travailleurs et aux classes populaires de dire qu’ils en ont assez des politiques de la droite au gouvernement ou de la gauche libérale dans les régions. L’occasion de faire entendre le refus de payer la crise et de se donner des porte-parole faisant entendre leurs exigences, leurs droits.


Elles permettront au NPA de populariser un programme d’urgence pour les travailleurs face à la crise et à la faillite des politiques libérales. Tout en œuvrant à l’unité du monde du travail et de ses organisations dans les luttes pour changer le rapport de forces.


Sandra Demarcq

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 10:31
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  • Depuis vingt ans, depuis que l'accompagnait cette maladie qui l'a finalement emporté, Daniel Bensaïd se battait de livre en livre, d'article en article, d'écrit en écrit. Tout début 2001, à l'orée d'une décennie qui allait nous faire entrevoir la barbarie latente de la mondialisation heureuse dont s'étaient bercées les années 1990, il publiait, chez Textuel, ses Théorèmes de la résistance à l'air du temps, sous l'intitulé Les Irréductibles.

  • Tout l'homme, cette façon de lier l'engagement politique et l'esthétique personnelle, la conviction et l'élégance, le fond et la forme,est résumé dans les derniers mots de ce précis de résistance: «L'indignation est un commencement. Une manière de se lever et de se mettre en route. On s'indigne, on s'insurge, et puis on voit. On s'indigne passionnément, avant même de trouver les raisons de cette passion. On pose les principes avant de connaître la règle à calculer les intérêts et les opportunités: “Puisses-tu être froid ou chaud, mais parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche”.»

  • L'ultime citation est extraite de l'Apocalypse de saint Jean... Preuve, s'il en était besoin, que la vie militante et l'œuvre intellectuelle de Daniel Bensaïd, ce marxiste, trotskyste et communiste révolutionnaire selon nos étiquetages et classements modernes, témoignent d'une histoire plus ancienne, plus longue et, sans doute, sans fin. La fidélité entêtée qui fut la sienne aux engagements radicaux – démocratiques, sociaux, internationaux, vitaux en somme – des années 1960 n'était en rien l'immobilité d'une jeunesse qui n'aurait pas su grandir et vieillir.

    S'il restera comme la figure sans pareille de ce que ces années-là ont eu de meilleur, de plus intègre et de plus absolu, c'est parce qu'il s'évertua à préserver non pas d'hypothétiques, aléatoires et provisoires solidarités générationnelles, mais la longue durée des révoltes et des indignations, des refus et des colères, des principes et des exigences – en un mot, de l'espérance.

    «Quand les lignes stratégiques se brouillent ou s'effacent, il faut en revenir à l'essentiel: ce qui rend inacceptable le monde tel qu'il va et interdit de se résigner à la force aveugle des choses.» Dans Une lente impatience (Stock, 2004), l'émouvante autobiographie qu'il se résolut à écrire sur l'insistance de Nicole Lapierre, il décrit ainsi le chemin exigeant qu'il emprunta à partir des années 1980, revisitant par exemple avec méticulosité l'actualité de l'œuvre de Karl Marx bien avant que la crise récente n'en convainque jusqu'aux capitalistes eux-mêmes: résister, préserver, sauver, maintenir...

    Par nos temps d'incertitude et de transition, d'ébranlement et de décentrement du monde, la trace inscrite par Daniel Bensaïd pour demain et après-demain fut celle du sens des héritages et de l'intelligibilité du réel. Comme ces amers qui guident les marins au milieu des tempêtes, il se voulut tranquillement inflexible quand, tout autour, les girouettes tourbillonnaient et les feux follets s'agitaient. Ne pas perdre le fil de la raison, ne pas égarer les repères, ne pas effacer la mémoire...

    Si, dans cette attitude, le style a sa part, en ce qu'il est façon de se tenir et de se vouloir, vie et œuvre imbriquées, ce n'était pas pour autant posture esthétique, comme s'empresseront de le penser, parfois en toute bonne foi, les tenants du moindre mal et des moindres mesures. «L'œil de la poésie voit parfois beaucoup plus loin que celui de la politique», écrivait-il en conclusion d'Une lente impatience, avant de citer l'ultime manifeste surréaliste d'André Breton, appel à secouer tous les carcansqui éternisent l'exploitation de l'homme par l'homme.

    Glissés en exergue de chapitres, deux vers de Paul Valéry soulignaient ce qui, ici, est en jeu: «C'est en quelque sorte l'avenir du passé qui est en question»; «Qu'est-ce qu'une théorie, si ce n'est préserver l'usage du possible». Autrement dit, sauver un passé plein d'à présentet préserver l'irruption des possibles.

  • Une leçon de vie pour toute la gauche
  • Telle fut la pédagogie de Daniel Bensaïd, inlassable passeur et généreux pédagogue, formidable orateur et lumineux écrivain, mordant polémiste et ironique débatteur. Il n'était pas difficile d'être sincèrement révolté et de devenir supposément révolutionnaire dans les années 1960 et 1970. Et, dans notre pays du moins, pour la plupart d'entre nous, ce ne fut pas alors grand risque ni grande épreuve.
  • C'est après que les difficultés commencèrent, quand arrivèrent ces années 1980 de vents contraires, celles où, lit-on dans Une lente impatience, «nous n'étions plus portés par le souffle de l'époque»: «Pour la première fois, notre génération gâtée, nourrie aux mythes progressistes de l'après-guerre, promise à voler de succès en victoire, devait apprendre à brosser l'histoire à rebrousse-poil. » Et Daniel Bensaïd de rappeler que ces temps d'adversité sont «la condition ordinaire» vécue par ceux qui veulent renverser les fatalités, tandis que nos jeunesses épanouies relevaient de l'exception privilégiée.

    Ce rappel insistant fut sa leçon de vie, et c'est pourquoi elle porte aujourd'hui bien au-delà de sa famille politique, la LCR hier, le NPA aujourd'hui, interpellant jusqu'à la gauche de gouvernement. Figure de Mai 68, membre du Mouvement du 22-Mars à l'université de Nanterre, fondateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire, puis de la Ligue communiste, avec notamment Alain Krivine et Henri Weber, Daniel Bensaïd a inscrit son engagement dans une autre temporalité que l'immédiateté.

    Par conviction autant que par morale: avec cette certitude, chevillée à l'âme, que les arrangements avec le présent corrompent les idéaux de l'avenir. «Comment peuvent-ils abandonner si vite? s'interrogeait-il dans Mai si! (La Brèche, 1988), publié avec Alain Krivine pour les vingt ans des événements de 1968. Pourquoi ces hérétiques se sont-ils si facilement convertis? A croire que leur hérésie ne fut jamais qu'un snobisme.»

    Sa propre hérésie, loin d'une errance individuelle, était collective, par goût comme par conviction. Sans austérité ni sectarisme, sa fidélité militante exprimait son refus des itinéraires sans ancrage et sans exigence, qui prétendent ne rendre de comptes qu'à eux-mêmes. Profondément imprégné de l'espérance communiste originelle, de ses fraternités et de ses égalités, il n'envisageait pas l'engagement partisan comme un renoncement à soi, mais comme une découverte des autres. Entre éthique de vie et ascèse de pensée, il vivait cette fidélité-là, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses médiocrités, ses complicités moqueuses et ses amitiés défaites, comme un incessant appel au réel, lui qui aurait pu aussi bien s'épanouir autrement, par l'écriture et la création tant ce philosophe était, profondément, littéraire.

    «Il m'arrive, confiait-il dans Une lente impatience, de me demander si la politique était vraiment mon genre, et si je ne me suis pas trompé de vocation. » S'il revendiquait «la passion de l'action» et «le goût de la controverse», il disait son «peu d'aptitudes pour le calcul des forces, les négociations patientes, le travail nécessaire des alliances» et, surtout, son absence totale d'appétit de pouvoir.

    Pour autant, ce n'était pas, chez lui, mépris pour la politique en son quotidien, ses savoir-faire et ses responsabilités – «La suspicion envers les logiques de pouvoir est salutaire, sans doute, ajoutait-il dans le même passage. Mais peut-on imaginer, jusqu'à nouvel ordre, une politique sans autorité, sans pouvoirs, sans organisations, sans partis. Ce serait une sorte de politique sans politique. »

    Mais cet aveu d'une incapacité, à l'aune de la politique telle qu'on l'entend ordinairement, portait au-delà de son cas personnel: en émettant ce doute, Daniel Bensaïd disait aussi ce que fut l'apport des générations militantes dont sa vie témoigne avec honneur et respect, éclipsant les inconstants et les infidèles.

    Elles n'ont peut-être pas fondé ni créé, ni dirigé un pays ni inventé un avenir, mais elles auront su passer le témoin, faire en sorte que l'indécente morgue des momentanés vainqueurs ne submerge pas d'oubli la mémoire des immortels vaincus, et, par-dessus tout, sauver cette promesse que l'histoire n'est jamais totalement écrite, qu'elle est aussi tissée de hasards et d'inattendus, de surgissements et de ruptures, de trouées improbables dans des ciels plombés.

  • De livre en livre, une inlassable production

    Qu'elle fut théorique ou didactique, son inlassable production intellectuelle s'est acharnée à tenir, consolider et défendre, cette position, promesse d'espérance. Taupe marxienne creusant les galeries de l'imprévu et de l'inconnu (on lui doit un réjouissant Essai de taupologie générale illustré par Wiaz – Résistances, Fayard, 2001), il n'a cessé de théoriser le refus des fatalités et des immobilités, des dominations inébranlables et des soumissions inévitables.

    Ce furent des sommes philosophiques, prolongement de ses enseignements de professeur à l'Université Paris VIII: de Marx l'intempestif (1995) et Le Pari mélancolique (1997), parus chez Fayard, au récent Eloge de la politique profane (Albin Michel, 2008). Ce fut, sous l'aiguillon de la crise, une cascade d'essais réinventant les lectures de Marx en le libérant des caricatures pour retrouver la vitalité de l'œuvre: en l'espace d'une petite année, sont ainsi parus une large introduction aux écrits politiques de Marx et d'Engels sur la Commune de Paris (Inventer l'inconnu, La fabrique, 2008), un pédagogique Marx mode d'emploi accompagné de dessins de Charb (Zones, 2009) et une longue introduction fort actuelle à un texte inédit de l'auteur du Capital (Les Crises du capitalisme, Demopolis, 2009).

    Impossible d'embrasser ici toute la richesse éditoriale des dernières années de Daniel Bensaïd, tant elle dépasse l'humaine mesure. Ouvert à tous les genres, disponible pour toutes les sollicitations, s'amusant même à raconter le capitalisme comme un roman policier, il ne cherchait pas à faire œuvre comme l'on accumulerait des honneurs: il vivait, tout simplement, par l'écriture. Aux livres qui viennent d'être cités, il faudrait ajouter, parus durant la même courte période, Prenons parti, Pour un socialisme du XXIe siècle, écrit avec Olivier Besancenot (Mille et une nuits, 2009), Un nouveau théologien, B.-H. Lévy, puis 1968, fins et suites (avec Alain Krivine) et enfin Penser Agir, tous trois publiés chez Lignes en 2008.

    Mais c'est encore compter sans ses nombreuses contributions à la revue qu'il avait fondée en 2001, Contretemps (d'abord chez Textuel, puis chez Syllepse), activité collective prolongeant celle des discrètes sociétés de pensée qu'il animait, entre cercle amical et club théorique: d'abord le Sprat (Société pour la résistance à l'air du temps), puis la plus récente Société Louise Michel à laquelle il avait donné rendez-vous pour un colloque international, les 22 et 23 janvier, intitulé Puissances du communisme. Ce sera son seul rendez-vous manqué.

    Depuis des années, Daniel Bensaïd vivait ainsi, méthodique et ponctuel : de livre en livre, d'idée en idée, de rencontre en rencontre. Sans plan pré-établi, avec juste une farouche envie de survivre. Sans jamais la nommer – ce fut son choix – mais sans jamais en faire mystère, il évoque dans Une lente impatience sa longue maladie et ce qu'elle a changé de sa vie: «Se savoir mortel est une chose. Une autre d'en faire l'expérience et d'y croire pour de bon. Les proportions et les perspectives temporelles s'en trouvent modifiées. Les spéculations sur le lointain deviennent futiles. Le présent revêt au contraire de nouveaux reliefs. Il atteint à une sorte de plénitude. On cherche à vivre dans l'instant, selon l'inspiration et l'envie. » Impossible évidemment de dissocier sa vie et son œuvre de ce mal qui l'atteignit en 1990, alors même que se clôturait ce court XXe siècle qui fut aussi celui du communisme.

  • L'ombre de la maladie, la force de l'amitié

    «Le début des années quatre-vingt-dix fut proprement crépusculaire», écrit-il encore dans Une lente impatience. Quelle fut la part de l'époque et de l'intime dans ce sentiment? Sans la maladie, l'éclaireur du futur qui, en 1989, suggérait de «tout reprendre et tout revoir, tout rediscuter et tout redisputer, tout remettre en jeu, le passé et l'avenir» (Moi, la révolution, Remembrances d'un bicentenaire indigne, Gallimard), ce Bensaïd curieux, inventif et audacieux, aurait-il accompagné avec plus de constance la sentinelle du passé qui veillait à garder le passage de l'espérance?

    Aurait-il, quoi qu'il en dise, continué d'insuffler sa vitalité joyeuse à la politique concrète, comme il l'avait fait durant les vingt années précédentes, en activiste de l'internationalisme, notamment en Amérique latine? Nul ne le sait, tant les vies ne se lisent pas à rebours. Et sans doute Daniel Bensaïd opposerait-il à cette indiscrète interrogation sa verve moqueuse, portée par son accent toulousain.

    Trois livres charnières ont accompagné ce tournant d'une vie qui fit écho à celui du monde: Moi, la révolutionWalter Benjamin, sentinelle messianique (1990), Jeanne, de guerre lasse (1991) – Jeanne d'Arc qu'il n'entendait pas laisser à Le Pen. Je fus l'éditeur du premier et du troisième, dans la collection «Au vif du sujet» chez Gallimard, et le passeur auprès de Plon du deuxième. (1989),

    Dans une inspiration où le judaïsme, comme remémoration du passé, a sa part, cette trilogie revenait à l'idéal communiste, alors même que son imposture totalitaire s'effondrait, par, écrira ensuite Daniel Bensaïd, «le chemin buissonnier des hérésies, le détour de la rationalité messianique et le sentier escarpé d'une logique de l'événement». C'est à la même époque que, publiant avec La Part d'ombre (Stock, 1992) un essai critique sur la présidence de François Mitterrand, je le lui ai publiquement dédié, en ces termes: «A Daniel, l'éclaireur». Il suffit de lire la fin de ce livre pour comprendre le sens de cette dédicace: sa haute figure, intègre et raide, sauvait de la débâcle «cette génération confuse qui crut s'offrir un monde autour de Mai 68 et dut, en vieillissant, se contenter de provinces et de fiefs, de places et de situations, d'envies et d'ambitions».

    Cette fidélité n'a pas empêché les désaccords, voire, un temps, la discorde. Le journalisme, cet engagement que j'avais finalement choisi, m'éloignant des disciplines partisanes, en fut la cause tant Daniel Bensaïd ne portait pas en haute estime notre métier, bien que faisant toujours bon accueil à ses professionnels. Il soulignait, et il n'avait pas forcément tort, son inconstance, sa légèreté, son irresponsabilité, sa marchandisation, sa superficialité, sa suffisance, etc.

    Mais la querelle, dont il rend compte au chapitre 13 d'Une lente impatience, allait alors au-delà, portant sur la question de la démocratie et de l'événement, des urgences du présent et du rôle des avant-gardes... C'était, pour moi, l'époque du Monde avec ses illusions, et sans doute ce malentendu a-t-il créé un effet de brouillage. Depuis, le temps a fait son œuvre, les épreuves ont fait preuve et nous nous sommes patiemment retrouvés, sans avoir besoin d'en dire plus. La dernière fois que j'ai vu Daniel, c'était en août 2009, à l'université du NPA où il m'avait fraternellement invité à débattre du journalisme et de la presse, après avoir lui-même soutenu avec brio notre «Appel de la Colline» face aux Etats généraux présidentiels.

    Sa voix, dans Une lente impatience: «On prétend souvent qu'il faut vivre avec son temps. Ce temps se meurt. Faudrait-il aussi pourrir et disparaître avec lui?» Si, mort, Daniel Bensaïd reste pour nombre d'entre nous vivant, c'est parce qu'il s'est refusé à cette commodité et qu'il a vécu résolument contre l'époque. Il n'en a pas moins pleinement embrassé sa vie, avec gourmandise et jouissance, dignité et simplicité.

    «De la mort elle-même,écrivait-il encore, au demeurant, il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est qu'avec elle on ne se réconciliera jamais. Sa place est dans le bric-à-brac métaphysique, aux côtés de l'infini et de l'éternité. » Cette mort qui traverse, dans des pages bouleversantes, Jeanne, de guerre lasse, cet hommage féministe à l'indocile pucelle, écrit en 1990 sous le choc de l'annonce de la maladie. «Les comètes qui traversent le ciel de l'Histoire sont pressées, y lit-on. Jésus, Saint-Just, Guevara... Comme si leur énergie se consumait plus vite. Comme si elles devaient tout donner en une saison. On ne saurait les concevoir tièdes et rassasiées. Tu n'étais pas faite pour durer.»

    Mort à un âge bien plus avancé que ces comètes-là, Daniel Bensaïd n'en a pas moins eu une vie trop courte. Mais nous savons bien qu'il durera. Parce qu'il fut, lui aussi et jusqu'au bout, la jeunesse même. La jeunesse du monde. Notre jeunesse.

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