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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 12:43
  
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Par un jugement du 17 janvier 2012, le Tribunal Correctionnel de Saint-Nazaire s’est prononcé dans l’affaire Total à propos de la pollution de la Loire à Donges.  

Le Tribunal a déclaré coupable la société Total Raffinerie Marketing des faits de pollution de cours d’eau (L216-6) et de pollution des eaux salées (L218-73) et l’a condamné à 300.000€ d’amende.

 
En revanche le tribunal a relaxé Total de la contravention de 5ème classe visée par l’article R514-4 3° d’exploitation non conforme d’ICPE soumise à autorisation. En effet, selon le tribunal, à l’époque des faits aucun arrêté préfectoral ne précisait les modalités d’inspection des canalisations litigieuses non soumises à la réglementation sur les équipements sous pression.
 
Sur les autres chefs, pour retenir la culpabilité de Total Raffinerie Marketing, qui ne contestait pas la matérialité de la pollution mais le caractère intellectuel des infractions, le tribunal a retenu que la société avait commis une double imprudence et négligence.
L’entretien des canalisations de la raffinerie a d'abord été jugé défaillant. Alors même que plusieurs événements survenus à Donges ou dans d’autres raffineries Total auraient dû attirer l’attention de Total Raffinerie Marketing sur l’ensemble de ses canalisations, rien n’a été mis en œuvre. Par ailleurs, la corrosion externe des canalisations était connue dès 2004 et avait rendu nécessaire la pause de simples colliers de réparation, opération jugée insuffisante.
 
De plus, le système de surveillance du site est largement insuffisant. Il ne permettait pas de s’apercevoir d’une pollution. Les problèmes se situaient à différents niveaux. D’abord, le site n’était pas muni de système de vidéosurveillance. Ensuite, les capteurs des modifications de débits des canalisations n’étaient pas assez sensibles pour détecter une telle fuite. Enfin, aucun chemin de ronde n’avait été mis en place à proximité du lieu où la fuite a eu lieu.
 
Ainsi, pour le Tribunal, Total Raffinerie Marketing n’a pas assumé ses obligations d’exploitant d’une activité dangereuses pour l’environnement. La fuite n’a pu être repérée que 30 minutes (ou 1h30 selon les versions) après que la raffinerie ait été prévenue de la pollution par une personne extérieure.
C’est donc la mauvaise organisation de la surveillance du site qui traduit une négligence et une imprudence de la société Total Raffinerie Marketing.
 
Eau et Rivières est l'une des vingt parties civiles reçus par le tribunal. Le préjudice subi par l'association, sera indemnisé par Total Raffinerie Marketing à hauteur de 20.000€ de dommages-intérêts.
Condamnée en première instance par le Tribunal Correctionnel de Saint-Nazaire, la société Total Raffinerie Marketing a jusqu’au 27 janvier pour interjeter appel.

Lire le jugement

 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 14:21

Par Nolwenn Weiler (20 janvier 2012)


+ 30% d’ici à 2016 : c’est l’augmentation du prix de l’électricité envisagée par Philippe de Ladoucette, président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

 

Cette annonce, faite le 17 janvier lors d’un colloque organisé par le club énergie et développement, pourrait sonner la fin de l’exception française, avec un coût de l’électricité de 20 à 30% inférieur à ceux des autres pays européens.

 

Interviewé ce vendredi par nos confrères de RTL, Eric Besson, le ministre de l’Industrie, se veut rassurant : « L’énergie va augmenter de façon raisonnable, comme elle le fait depuis 2007, mais pas dans les proportions qui ont été indiquées. Jusqu’en 2015, c’est toujours le gouvernement qui fixe le prix de l’électricité. » Et après ? Les tarifs règlementés risquent justement de disparaître en 2015. Et les Français de découvrir que le nucléaire n’est pas si bon marché que ça.


Si l’augmentation prévue par la CRE inclut les 10 à 15 milliards d’euros de travaux exigés sur les centrales par l’Autorité de sûreté nucléaire pour tenir compte de la catastrophe de Fukushima, elle omet en revanche les 40 milliards nécessaires au renouvellement du parc nucléaire et à la modernisation du réseau de transport et de distribution d’électricité.

 

Le coût exorbitant du centre d’enfouissement de Bure (passé de 15 à près de 40 milliards d’euros) n’est pas non plus pris en compte. « Nous allons faire des efforts pour la maintenance et la sûreté des centrales, et nous payons aussi le prix du développement des énergies renouvelables, estime le ministre.

 

Il faut dire la vérité : l’éolien, le solaire, c’est bien mais ça coûte plus cher que l’énergie nucléaire. » Nous verrons ce qu’en diront les magistrats de la Cour des comptes, qui dans un rapport à paraître le 31 janvier prochain, s’interrogent sur le dérapage des coûts de gestion des déchets et du démantèlement des centrales.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 12:16

Dans un livre qui vient de paraître, Michael Löwy propose de faire le point sur un courant qui se structure peu à peu depuis une dizaine d'années : l'écosocialisme.


L'écosocialisme, dit-il, se fonde sur un constat : celui d'une incompatibilité entre capitalisme et écologie. Rappelant le constat de dégradation écologique de la planète, l'inaction internationale, l'attitude de « l'oligarchie », qui continue de vouloir gérer ses intérêts et ses parts de marché plutôt que de faciliter l’évolution des modes de vie, Michael Löwy estime qu'une certaine écologie, qui cherche à composer avec le marché, se leurre et s'illusionne sur ce qu'elle peut réellement obtenir. L'écosocialisme est la seule issue ; paraphrasant Castoriadis pour Löwy l'enjeu est : « écosocialisme ou barbarie ».

 

Lire la suite ici...

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 10:37
Les centrales nucléaires françaises à l’origine de leucémies infantiles aigües : nos enfants nous accusent… déjà !

Notre communiqué de presse du 12/01/2012


La revue Journal International du Cancer vient de publier dans son numéro de janvier une étude scientifique établissant une corrélation très claire entre la fréquence des leucémies infantiles aigües et la proximité des centrales nucléaires [1].

 

Cette étude épidémiologique rigoureuse, menée par une équipe de l’INSERM [2], de l’IRSN [3], ainsi que le Registre National des maladies hématologiques de l’enfant de Villejuif, démontre pour la période 2002-2007 en France un doublement de la fréquence d’apparition des leucémies infantiles : l’augmentation va jusqu’à 2,2 chez les enfants de moins de 5 ans.

 

Elle confirme ainsi l’étude menée en Allemagne par le Registre des Cancers de Mayence en 2008 [4], qui avait abouti à la même conclusion. La recherche de l’INSERM, intitulée Géocap, inclut les 2 753 cas diagnostiqués dans toute la France entre 2002 et 2007 à partir d’adresses géocodées et situées autour des 19 centrales françaises.

 

Durant des années, le Réseau Sortir du nucléaire a vu l’IRSN travailler au démontage de toutes les études épidémiologiques montrant un impact des installations nucléaires sur la santé : - démontage de l’Étude de JF Viel montrant un excès de leucémies et de cancers infantiles autour de La Hague [5], - démontage de l’étude faisant la démonstration d’excès de leucémies infantiles autour des centrales allemandes [6]. Le Réseau “Sortir du nucléaire“ tient donc, une fois n’est pas coutume, à féliciter l’IRSN pour sa participation à cette étude épidémiologique.

 

Même en situation non accidentelle, la preuve est encore apportée que la technologie nucléaire n’appartient plus à un monde civilisé.

 

PDF - 932.2 ko
International Journal of Cancer
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Etude en français
PDF - 223.2 ko
Etude allemande 2007
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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 13:10

Par Nolwenn Weiler (12 janvier 2012)


Principale ressource en eau potable de notre planète, les nappes phréatiques ne sont pas toutes éternelles. Formées il y a des centaines de milliers d’années quand le climat planétaire était beaucoup plus frais ou plus humide, certaines d’entre elles contiennent de « l’eau douce fossile » non-renouvelable. Dans les zones arides et dans des régions où l’agriculture se développe massivement, en Chine, en Argentine, en Californie, en Inde, au Proche-Orient ou encore aux États-Unis et en Australie, ces nappes sont très sérieusement menacées.

 

C’est le constat que dressent des scientifiques allemands et californiens de la mission Grace (Gravity Recovery and Climate Experiment), lancée il y a dix ans par la Nasa et le centre aérospatial allemand. Ces chercheurs ont ainsi noté qu’au nord-est de la Chine, par exemple, les nappes déclinent chaque année de 6 ou 7 centimètres ! L’assèchement de ces précieuses ressources, qui alimentent les réseaux d’eau douce en surface (rivières ou fleuves), peut en plus entraîner une augmentation de la salinité de l’eau.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 11:26

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Pendant des années, le Comité permanent amiante a oeuvré pour que la fibre hautement cancérigène ne soit pas interdite en France.


En mettant en examen quatre membres du lobby de l'amiante pour "homicides et blessures involontaires", la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy a franchi une étape de plus dans la longue route qui mènera, peut-être, à un procès pénal identique à celui qui s'est déroulé en Italie en 2011. Mais on en est encore très loin... Même si, pour Jean-Pierre Hulot, Dominique Moyen, Daniel Bouige et Arnaud Peirani, l'échéance s'en rapproche inexorablement.


Le premier, âgé aujourd'hui de 67 ans, était "secrétaire" - en fait le principal animateur - du Comité permanent amiante (CPA), structure de lobbying financée par les industriels qui, de 1982 à 1997, date tardive de l'interdiction de l'usage de l'amiante en France, parviendra "à effectuer un contrôle du discours scientifique et médical" et à détenir le "quasi-monopole de l'expertise scientifique française sur l'amiante" selon les pièces de l'instruction que Le Point a pu consulter.

 

Rappelons qu'en 1996, l'Inserm estimait à cent mille le nombre de Français qui devraient mourir d'ici 2025 d'avoir inhalé cette fibre cancérigène dont on connaissait pourtant la toxicité dès le début des années soixante. Mais grâce au formidable travail de Jean-Pierre Hulot, qui hébergeait les travaux du CPA dans les locaux de sa société Communications économiques et sociales, située avenue de Messine à Paris, la France, quand le scandale éclate en 1995, est devenue le premier importateur et transformateur d'amiante en Europe... 35 000 tonnes de cette fibre sont manipulées dans les usines des deux principaux fabricants, Éternit et la société Éverite, filiale de Saint-Gobain, pour fabriquer des bardages, des tuiles ou des tuyaux en Fibrociment.

 

Devant les ravages de cette fibre, sept pays de la Communauté ont, à l'époque, déjà interdit le "magic mineral", mais la France pèse de tout son poids à Bruxelles contre une interdiction totale. C'est en réalité le CPA qui est à la manoeuvre, étant parvenu à obtenir "une influence sur le processus décisionnaire politique en France et en Europe".

"Usage contrôlé de l'amiante"

Comment une obscure structure de communication a-t-elle pu ainsi kidnapper le discours officiel ? Tout simplement en réunissant des scientifiques, puis des responsables d'organismes officiels et même des représentants des ministères concernés, ces derniers étant finalement assez satisfaits d'être débarrassés d'un dossier aussi empoisonnant. Durant ces quinze années, leurs responsables successifs, de droite comme de gauche, préféreront laisser les industriels se charger d'un enjeu majeur de santé publique.

 

Renaud Peirani était ainsi le représentant au CPA du ministère de l'Industrie ainsi qu'expert auprès de la Commission européenne. Et Dominique Moyen, l'un des fondateurs du CPA, dirigeait alors l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité au travail), l'organisme de la Sécurité sociale chargé de veiller sur la santé des salariés... Sous le regard bienveillant de Daniel Bouige - directeur de l'Association française de l'amiante et directeur général de l'Association internationale de l'amiante -, les membres du CPA vont donc inventer le concept "d'usage contrôlé de l'amiante" tout en désamorçant les médias dès qu'une affaire éclate.


"Pour l'Andeva - qui avait pointé la responsabilité du CPA dans sa première plainte en juillet 1996 (!) - et pour l'ensemble des victimes de l'amiante -, c'est enfin un signe encourageant que l'instruction progresse", a estimé l'association qui regroupe les victimes de "l'or blanc", tout en soulignant la lenteur de la justice dans cette affaire. Le même enthousiasme ne doit pas être partagé par ceux des membres du CPA qui n'ont pas encore été mis en examen. Et encore moins par leurs supérieurs dans les administrations de la Santé et du Travail qui les avaient envoyés siéger au Comité permanent amiante.

 

http://www.lepoint.fr/societe/les-lobbyistes-de-l-amiante-mis-en-examen-10-01-2012-1417114_23.php?xtor=EPR-6-

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 12:59

Mais puiqu'ils nettoient?

 

Par Sophie Chapelle (9 janvier 2012)


En 2010, et malgré ses 10 milliards de bénéfices, Total n’a payé aucun impôt sur les sociétés [1]. Avec la loi de finances 2012, c’est à nouveau le jackpot pour Total, exonéré de la taxe sur les activités polluantes à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). C’est là que le groupe exploite depuis 1951 un gisement de gaz alimentant un complexe industriel. « Depuis plusieurs dizaines d’années, des effluents et déchets chimiques sont injectés dans le sous-sol béarnais », indique l’association France nature environnement.


À ce titre, la direction des douanes, qui prélève la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), demande à Total en 2011 un versement d’arriérés de plusieurs millions d’euros. Malgré un recours devant le tribunal de grande instance de Paris, Total est condamné le 8 avril 2011 à régler la somme de 4 438 692 euros à l’État. Par quel tour de passe-passe la multinationale du pétrole vient-elle d’être exonérée ?


Principe du pollueur non-payeur


Le 14 octobre 2011, le député socialiste David Habib propose un amendement visant à supprimer la taxe sur l’injection d’effluents industriels dans la structure géologique du bassin de Lacq. Motif ? « Ces effluents aqueux et salés ne sont pas polluants et ne peuvent donc pas être considérés comme des déchets », assure le député – par ailleurs président de la communauté de communes de Lacq. Saluant l’action de reconversion menée par Total sur ce site dans le cadre d’une expérimentation de captage et de stockage de CO2 (lire notre enquête sur ce projet controversé), il craint que l’assujettissement des rejets à la TGAP porte « un coup d’arrêt au dynamisme économique du site, en menaçant directement 200 emplois ».


Et l’argumentaire fonctionne ! L’amendement est adopté à l’unanimité par les députés. Pour le président de France nature environnement, Bruno Genty, « le gouvernement et les députés viennent d’effacer par l’article 22 de la loi de finances cette jolie dette, qui aurait pourtant abondé de façon utile le budget de l’État en ces temps de crise ». Un bel exemple de redistribution des richesses et d’impunité des puissants face à la loi.

Notes

[1] Lire l’article du Figaro à ce sujet.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 11:44

 


Par Nolwenn Weiler (9 janvier 2012)


Deux à trois trains chargés de déchets radioactifs ou de combustibles nucléaires parcourent la France chaque jour. Ces transports sont considérés comme « sans danger » pour les cheminots qui les convoient, promettent la SNCF et Areva. Mais, en absence de mesures de prévention spécifiques, certains cheminots s’inquiètent. Et rien ne garantit qu’à l’avenir, sur fond de privatisation du rail, ces transports à hauts risques ne soient pas acheminés par des sociétés privées moins regardantes sur la sécurité.

 

138 000 kilomètres : c’est la distance parcourue chaque année, en France, par des convois nucléaires ferroviaires. « On parle beaucoup des trains chargés de déchets qui arrivent des pays étrangers, puis y retournent ensuite, une fois retraités à l’usine de La Hague, en Normandie. Mais ce ne sont pas les plus nombreux », détaille Michel  [1], entré à la SNCF dans les années 1980. « La majorité des déchets qui voyagent sont français. »


2 à 3 trains nucléaires par jour


Ils partent des 18 centrales nucléaires vers l’usine de retraitement de La Hague, dans la presqu’île du Cotentin. Certains y restent, stockés en surface. D’autres repartent. L’uranium issu du retraitement s’en va vers Pierrelatte, où il sera à nouveau transformé pour être stockable. Et les déchets de faible et moyenne activités sont expédiés vers le site de stockage de Soulaine, dans l’Aube. « Au total, 500 trains nucléaires, dont seulement 1 sur 10 est étranger, circulent en France chaque année. Soit 2 ou 3 par jour ! »


Chargés par le personnel d’EDF ou d’Areva, les trains sont ensuite préparés par des agents SNCF. Les cheminots doivent accrocher les wagons entre eux, vérifier l’état des freins, s’assurer que tout (bâche, porte, trappe…) est bien en place et inspecter les attelages. « Pour un agent qui bosse vite et bien, cela prend trente minutes, dont la moitié tout près du train », résume un habitué. S’il y a un souci au niveau des freins, il peut y passer beaucoup plus de temps. « Parfois, il doit se mettre sous le wagon », raconte Philippe Guiter, agent de conduite et secrétaire fédéral du syndicat SUD-Rail. « S’il ne peut pas trouver la solution tout seul, il est secondé par un agent du matériel. » Et si le wagon n’est pas réparable rapidement, il faut le décrocher et l’isoler. Il part ensuite à la réparation, avec son stock de radioactivité.

 

Aucun suivi médical particulier pour les cheminots du nucléaire


Les wagons déclarés aptes à circuler sont tractés jusqu’à bon port, pendant plusieurs heures, par un agent de conduite. En cas d’incident, le cheminot doit descendre de sa cabine et longer le train, pour localiser le souci technique. « Il arrive alors qu’il soit au contact des wagons pendant un quart d’heure, une demi-heure, voire plus », dit Michel. Ces cheminots ne sont pas considérés comme travailleurs du nucléaire. La dose maximale de radiations qu’ils ne doivent pas dépasser est la même que pour le grand public : 1 millisievert (mSv) par an, hors rayonnements naturels et médicaux. Ils ne sont pas astreints à un suivi médical particulier.

 

Ils sont pourtant soumis, dans le cadre de leur travail, à des risques d’irradiation et de contamination. « En cas d’irradiation, décrit Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Criirad), certaines radiations traversent la paroi de l’emballage à l’intérieur duquel se trouve la matière radioactive. » La contamination, c’est le dépôt de matières radioactives hors de l’emballage : « On amène des becquerels sur des terrains où il n’y en a normalement pas, sur les rails par lesquelles passent les convois les jours de pluie, par exemple. »


« Parfois, les gars d’Areva nous disent : ce wagon-là, ne t’en approche pas trop »


En 1998, après la révélation d’une importante contamination de wagons castors (nom des conteneurs utilisés pour transporter des déchets radioactifs) assurant le trajet entre la France et l’Allemagne, la Criirad finit par obtenir l’autorisation de réaliser ses propres mesures indépendantes.

Selon les rayonnements gamma et neutroniques enregistrés, un agent SNCF qui prépare six convois par an, en demeurant un quart d’heure à chaque fois à moins d’un mètre des wagons, peut recevoir plus de la moitié de la dose minimale annuelle autorisée, soit 675 microsieverts (μSv) [2].

 

« Nous sommes très au-dessus des niveaux de dose qualifiés de négligeables par la réglementation européenne, soit 10 μSv par an », note alors la Criirad. Les valeurs mesurées montrent surtout que « les doses reçues annuellement par certains employés de la SNCF peuvent dépasser la limite du risque maximum tolérable de 1 000 μSv par an ». Car, en même temps que ces niveaux de radioactivité jusqu’alors méconnus, la Criirad découvre l’ampleur de l’ignorance des cheminots en matière de radioprotection. Dans la gare normande de Valognes, l’hiver, certains d’entre eux se serrent près des wagons pendant la pause casse-croûte pour profiter de la chaleur qui en émane !


Ceux-là ont sans doute dépassé les quinze minutes avec lesquelles on arrive aux 675 μSv par an. « C’est clair qu’on ne faisait pas du tout attention, commente un agent de manœuvre. Je me souviens que dans certains triages on se prenait en photos près des wagons. Parfois, les gars d’Areva nous disaient : "Ce wagon-là, ne t’en approche pas trop, ou alors vite fait." On essayait alors de faire un peu plus gaffe. Mais, en même temps, la direction nous a toujours dit qu’il n’y avait pas de problème, que c’était fait pour… »


Polémique autour des risques d’irradiation


À la SNCF, c’est le document RH0838 qui régit le « risque de rayonnement ionisant ». Les plans de prévention des risques qu’il définit s’appliquent sur « les sites ferroviaires concernés par le transport des matières radioactives » : ceux qui se trouvent à proximité du Tricastin ou de La Hague. Pour identifier les risques auxquels les agents sont exposés, la SNCF a demandé à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) de réaliser des mesures, en fonction des types de convois et des postes de travail. Ces mesures effectuées entre 1998 et 2004 attestent d’un respect des limites réglementaires : « On vérifie que la dose maximale reçue sur 12 mois ne dépasse pas le seuil de 1 mSv par an, ce qui a toujours été le cas jusqu’à présent », détaille un document de la direction communication Fret.


Les mesures réalisées le 18 novembre 2011 par un laboratoire indépendant et agréé – l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest (Acro) – sur un convoi en partance pour l’Allemagne confirment des débits de doses en deçà du seuil de 1 mSv par an. Mais alors que l’IRSN conclut qu’il n’y a pas de problème, l’Acro estime que si. « Cette limite de 1 mSv, c’est une limite censée couvrir toutes les sources d’exposition auxquelles une personne est soumise, précise Pierre Barbey, vice-président du laboratoire. Lorsqu’il s’agit d’une exposition à une seule source, comme c’est le cas avec un convoi nucléaire, la Commission internationale de protection radiologique (ICPR) recommande de retenir la valeur de 0,3 mSv/an comme valeur de référence. Un cheminot qui passe une dizaine d’heures par an à deux mètres de tels wagons dépasse cette valeur. »


Interrogée sur le sujet, l’IRSN répond qu’« en dehors de ces convois les cheminots n’ont que très peu de risques d’exposition à des rayons ionisants ». Mais « la radioprotection, ce n’est pas seulement la valeur limite réglementaire, commente Pierre Barbey. C’est aussi, voire surtout, le principe d’optimisation, qui commande de se situer le plus loin possible de la valeur limite. La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) est très claire sur ce point ».


Port intermittent de dosimètres


Dans le cadre des plans de prévention de la SNCF, certains membres ont été dotés de dosimètres. Combien sont-ils ? Nul ne semble le savoir. Ni à la SNCF (injoignable sur le sujet), ni au sein des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), censés vérifier que les dispositions qui protègent la santé des travailleurs sont bien appliquées. Les suivis dosimétriques individuels « sont transmis trimestriellement aux médecins chargés de leur suivi médical » assure la direction communication Fret. Mais, selon Philippe Guiter, la réalité est un peu différente : « Il n’y a pas assez de médecins du travail pour examiner les dosimètres. Et comme ils sont à lecture différée, les gars ne peuvent pas le lire eux-mêmes. Il faut être formé pour ça. Résultat ? Certains ne le mettent même pas. Ils n’en voient pas l’utilité. »


Les quelques cheminots tracassés par cette proximité répétée avec la radioactivité préfèreraient porter des dosimètres opérationnels, qui informent en temps réel de l’exposition à laquelle ils sont soumis, et alertent en cas de dépassements de dose. « Nous réclamons que tous les agents en portent, y compris les conducteurs », renchérit Philippe Guiter. Selon la SNCF, ces derniers ne sont pas exposés, « du fait de leur éloignement de la source des matières dangereuses et de leur positionnement dans la cabine de conduite ». Mais « la cabine n’est pas un espace de confinement, s’inquiètent certains barons du rail. Et, surtout, l’agent de conduite peut être appelé à descendre du train. À l’automne 2010, celui qui emmenait en Allemagne un train de déchets recyclés à La Hague avait dû longer le train, à plusieurs reprises. Il a vu que les policiers qui accompagnaient le wagon avaient tous des dosimètres. » Le temps d’exposition des cheminots peut en plus grimper en flèche en cas de problème. En février 1997, quand un train de combustibles irradiés a déraillé en gare d’Apach, à la frontière franco-allemande, il a fallu plusieurs heures pour relever les colis renversés.


Areva promet qu’il n’y a pas de danger


À la CFDT et à la CGT, on fait plutôt confiance aux mesures et aux discours de la SNCF. « On aimerait que la direction soit aussi pointilleuse sur les autres dossiers de santé au travail que sur le nucléaire », souligne même Éric Chollet, secrétaire national de la CFDT cheminots. Sur le terrain, les avis sont partagés. « La direction assure qu’il n’y a aucun souci. J’aimerais les croire, vraiment », dit Laurent, conducteur. « Mais, avec le nucléaire, c’est compliqué. On nous dit toujours qu’il n’y a aucun problème jusqu’à ce qu’il y en ait un », poursuit un collègue. Et dans les gares où l’on ne fait que des trains nucléaires, on craint de voir le boulot filer ailleurs, si la contestation se fait trop vive.


Chacun se dit « très attentif », et personne ne serait opposé à ce que des mesures complémentaires soient réalisées. « Si les tests de la SNCF pouvaient être confirmés par des résultats extérieurs, ce serait un plus », concède Grégory Laloyer, de la section CGT cheminots de Rouen. SUD-Rail, très mobilisé autour de la question, a réclamé ces tests additionnels à plusieurs reprises. « On nous les refuse systématiquement », regrette un syndicaliste. « L’évaluation du risque de contamination est du ressort de l’expéditeur », argumente la SNCF dans un courrier justifiant ces refus. « C’est Areva ou EDF qui assurent qu’il n’y a pas de problème au départ et à l’arrivée : c’est pas magnifique ? », ironise Philippe Guiter.


Le certificat attestant de l’absence de contamination des wagons, délivré par Areva, se base sur des mesures de l’IRSN, qui utilisent comme référence les 1 mSv/an. Mais, sur le site d’Areva, il est précisé que les emballages « respectent les seuils de radioprotection définis dans la réglementation internationale : 2 milliSievert par heure (mSv/h) au contact de l’emballage et du véhicule, 0,1 mSv/h à deux mètres du véhicule ». Ni l’Acro ni la Criirad n’ont jamais enregistré de tels niveaux de radiations, avec lesquels on atteindrait la dose maximale acceptable annuellement au bout d’une demi-heure seulement, à proximité immédiate des wagons. « Mais cette réglementation internationale sur les transports est en incohérence avec le code de santé publique français », proteste Bruno Chareyron, de la Criirad. « Nous avons demandé en 1998 que cela soit revu. Nous n’avons jamais obtenu satisfaction. » (Contactées à plusieurs reprises par Basta !, Areva et la SNCF ne nous ont jamais répondu.)

 

Questions autour de la résistance des wagons


La SNCF a été sommée à plusieurs reprises par divers inspecteurs du travail de revoir son système d’évaluation des risques pour les cheminots côtoyant les convois nucléaires. En mars 2011, une inspectrice du travail de la Région Île-de-France a ainsi demandé à la société de « procéder à une nouvelle évaluation du risque et d’anticiper les modes opératoires dans le cadre d’intervention en urgence sur ce type de chargement ». Formulées en mars 2011, ces demandes n’ont, pour le moment, pas été suivies d’effets.


SUD-Rail réclame enfin que les tests de résistance des castors en cas d’accident soient revus. « On nous dit qu’ils peuvent résister à un incendie de 800 °C pendant une demi-heure. Mais, lors de l’accident du tunnel du Mont-Blanc en 1999, la chaleur a atteint 1 000 °C, pendant plusieurs heures. Et un convoi nucléaire traverse en moyenne une dizaine de tunnels !, rappelle Philippe Guiter. Quant au crash test, qui prétend que les castors résistent à une chute de neuf mètres, je demande à voir. »


Une étude de Wise, cabinet d’étude et de conseil sur le nucléaire et les politiques énergétiques, publiée en 2003 met en doute la capacité de résistance aux chocs des castors : « Dans le cas d’un accident mettant en jeu un transport de matières nucléaires et un transport de matières dangereuses, les vitesses moyennes empruntées par les transports de matières dangereuses montrent que, statistiquement, un choc entre les deux transports, y compris si le transport de matières nucléaires se trouvait momentanément immobilisé, dépasserait en intensité le test de chute de neuf mètres opéré sur les conteneurs de matières nucléaires. »


Vers une privatisation des transports nucléaires ?


« Nous ne souhaitons pas être débarrassés de ces convois, précise un agent de conduite SNCF. Mais nous voulons le faire dans de bonnes conditions de travail. Et sans mettre notre santé en danger. » Tous les syndicats de cheminots tiennent à ce que les matières dangereuses, dont les déchets nucléaires font partie, continuent d’être transportées par rail, « qui reste la voie la moins risquée ». Ils soulignent aussi que cette mission doit être remplie par une entreprise de service public, où l’on peut se permettre de prendre le temps de vérifier que la sécurité est assurée. « Et où on a une capacité à agir pour que les salariés soient protégés », ajoute Grégory Laloyer, de la CGT.


La présence de compagnies privées sur les rails français les inquiètent beaucoup. « L’autre jour, témoigne un cheminot, un gars employé par une boîte privée est arrivé en gare de triage. Il n’avait pas pu prendre le temps de vérifier ses freins, et il ne savait même pas ce qu’il transportait. Que se passerait-il, demain, si ces gars-là conduisaient des convois nucléaires, pour le moment transportés exclusivement par la SNCF ? »


« La transparence que nous demandons, pour nous et nos collègues, vaut aussi pour les voyageurs », reprend Laurent, agent de conduite. « Nous estimons qu’il n’est pas normal que des convois chargés de déchets nucléaires transitent par des voies empruntées par le public à des heures de pointe, notamment en région parisienne », ajoute Philippe Guiter. « Nous tenons à ce que la SNCF reste une entreprise de transport de qualité », terminent-ils. Où ni les salariés ni les voyageurs ne risquent d’être irradiés à leur insu.


Nolwenn Weiler

En photos

- source

-  Images thermographiques réalisées par Greenpeace sur un convoi transportant des déchets radioactifs vitrifiés de La Hague vers l’Allemagne.

Notes

[1] Certains prénoms ont été modifiés à la demande de nos interlocuteurs.

[2] À un mètre des wagons testés, le flux de rayonnement gamma est de 31 μSv/heure. Le rayonnement neutronique est de 14 μSv/heure. Un cheminot préparant 6 convois en dix mois, avec un quart d’heure par convoi à moins d’un mètre des wagons, reçoit une dose de radioactivité de 675 μSv, soit 0,675 mSv.

En savoir plus

Voir la carte des transports de matières radioactives réalisées par Greenpeace

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:21
fukushima.jpg
 
Le 11 mars 2011, un séisme, dont l’épicentre est situé au large des côtes nippones, provoque un tsunami dévastant la côte pacifique du Japon et provoquant la mort de plus de 20 000 personnes. Le séisme d’abord, puis le tsunami, touchent de plein fouet les centrales nucléaires japonaises installées sur la côte Est. Parmi celles-ci, la centrale Fukushima Daï-Ichi subit les dégâts les plus importants : perte d’alimentation électrique, arrêt des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires et des piscines de désactivation des combustibles usagés...

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 12:48

round up

Par Nolwenn Weiler (5 janvier 2012)


On trouve de tout dans les rivières de France, même des molécules issues de produits agricoles interdits à la vente depuis plusieurs années, comme la simazine, l’atrazine ou encore la terbuthylazine. C’est ce que révèle le dernier rapport de l’agence de l’eau du bassin Rhône-Méditerranée et Corse. Réalisée à partir de 3 millions d’analyses accomplies en un an, cette étude a été publiée au début du mois de décembre.

 

Elle s’alarme de la présence dans 60 % des rivières et 45 % des nappes phréatiques de six pesticides interdits d’usage depuis huit ans. Il semblerait donc que certains agriculteurs finissent d’écouler les stocks de produits achetés avant leur interdiction. D’autres en feraient carrément venir clandestinement de l’étranger.

 

Notons aussi, dans les conclusions du rapport, la présence massive dans les eaux souterraines du glyphosate, substance active du Round-up. Commercialisé par Monsanto, cet herbicide est utilisé en zones agricoles sur toutes les cultures mais aussi par les collectivités et les particuliers. Plusieurs scientifiques ont démontré les effets cancérigènes de ce produit. « Les micropolluants sont présents sur la totalité des sites de surveillance, dit l’agence. Pour les plus contaminés d’entre eux plus de 100 substances différentes ont été mises en évidence. On peut s’interroger sur les effets que peuvent avoir de tels cocktails sur la faune et la flore aquatique. » Mais aussi sur les humains...

 

Les traitements conventionnels de l’eau qui circule dans le réseau public ne permettent pas d’éliminer la totalité des polluants chimiques. C’est donc une source probable de contamination. Qui pourrait, entre autres, expliquer le niveau très important de pesticides dans le sang des Français. Des mesures réalisées en 2006 par l’Institut national de veille sanitaire (INVS) avaient mis en évidence des concentrations trois fois plus élevées que chez les Américains ou les Allemands. Les molécules retrouvées étant largement utilisées en agriculture, en horticulture et pour les usages domestiques (insecticides intérieurs, anti-puces, anti-poux, désodorisants, etc.).

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