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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 09:56
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Au moment où les autorités françaises prônent l’enfouissement des déchets nucléaires, l’exemple de l’Allemagne mérite d’être mis à jour.

Les révélations sur la gestion irresponsable des déchets nucléaires se sont succédé ces derniers mois. Il existe pourtant un cas d’école dont on a peu parlé en France. Au moment où les autorités françaises prétendent résoudre le problème des déchets ultimes en les enfouissant, il faut faire connaître l’expérience allemande qui a commencé en 1967 à stocker des déchets nucléaires sous terre.


À 25 km au sud de Brunswick, se trouve l’ancienne mine de sel gemme d’Asse. Jusqu’à 800 mètres sous terre les mineurs ont creusé de véritables cathédrales dans le sel, des corridors d’un volume total de 3,35 millions de m3.


Treize de ces chambres, situées entre 500 et 800 mètres sous terre, d’un volume de 47 000 m3, ont été remplies de déchets nucléaires. Si la mine s’effondrait, les déchets seraient écrasés et repoussés dans tous les couloirs de la mine, dans le sel et au final, dans la nappe phréatique. Et c’est exactement le scénario qui se dessine, car depuis 1988 l’eau pénètre dans la mine, environ 12 m3 par jour.


La mine risque de s’effondrer autour de 2020.
Lorsque le consortium « Wintershall » a voulu se débarrasser de cette ancienne mine de potasse et de sel, le GSF, centre de recherche sur l’environnement et la santé, a acquis en 1965 l’ancienne mine d’AsseII. Il y a entrepris entre 1967 et 1978, pour le compte du gouvernement fédéral, des recherches sur le stockage définitif des déchets radioactifs, en vertu du code minier (et non pas nucléaire) allemand, peu contraignant en termes de consultation publique.


Bien que les mines avoisinantes Asse I et III aient déjà été envahies par les eaux, le secrétaire du ministère de l’Économie (SPD) proclamait en 1972 qu’il était sûr et certain que la pénétration d’eau était impossible.


Au début des essais, les fûts de déchets de faible radioactivité étaient mis en piles verticales dans les anciennes cavités d’extraction de la mine. Ensuite, ils étaient tout simplement jetés et recouverts de sel. Ce qu’on appelait « mettre en saumure ». Personne ne s’indignait si les fûts étaient endommagés lors d’un tel traitement. Entre 1967 et 1978, on y a stocké 124 494 fûts avec une radioactivité « faible » et 1 293 avec une radioactivité « moyenne ». Environ 28 kilos de plutonium y sont aussi enfouis, avec de l’arsenic, du mercure ainsi que des pesticides.


Nul ne sait ce qui se passe lorsque ces produits entrent en contact. Nul ne connaît les effets de la corrosion sur les fûts endommagés. Ni les quantités, ni les emplacements exacts.


Le travail assidu des associations qui s’élevaient contre le stockage définitif, et demandaient une gestion du site sous le régime plus contraignant « de la législation nucléaire » allemande vient d’aboutir. Le gouvernement allemand a décidé de rouvrir la mine et d’acheminer les fûts à ciel ouvert vers un nouveau site, qui reste à choisir.


L’opération de récupération des déchets est extrêmement dangereuse et devrait être effectuée par des robots. Il s’agit d’une première mondiale, dont personne ne peut prédire la réussite.
Devant le coût exorbitant et les difficultés considérables, il n’est même pas certain que l’opération « récupération des déchets » débute jamais. Le cauchemar de la mine Asse II ne fait que commencer.


Jean-Louis Marchetti

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 10:40
Le retour de l'injustice climatique
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La nouvelle mouture de la taxe carbone, préparée par le gouvernement après la censure du Conseil constitutionnel, conserve tous les défauts de la première.


Après le camouflet infligé par le Conseil constitutionnel au gouvernement, celui-ci prépare un nouveau texte législatif sur la contribution climat énergie, ou taxe carbone.


La principale objection du Conseil concernait l’exonération dont bénéficient des entreprises qui participent au marché des droits à polluer et qui, au moins jusqu’à 2013, recevront gratuitement des quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES). Les diverses exonérations du premier texte concernent 93 % des émissions de GES, ce qui montre bien la complicité du gouvernement avec les lobbies industriels les plus pollueurs.


Mais d’autres points posent également problème et n’ont pas été signalés par le Conseil constitutionnel, comme l’exonération pour le secteur électrique, ouvrant les portes à l’industrie nucléaire. Par ailleurs, il se déclare prêt à minorer fortement la taxe pour préserver la compétitivité économique de certains secteurs industriels.


Le problème de fond d’une telle taxe demeure, surtout pour les particuliers, qu’on veut obliger à modifier leurs comportements, sans leur offrir les infrastructures publiques nécessaires, que ce soit dans les transports, l’habitat et le chauffage, la nourriture et l’agriculture.
Le Medef profite de l’occasion pour repartir à la charge pour n’être soumis à aucune contrainte, malgré la crise climatique. Le casse-tête du gouvernement se situe bien là.


Pour être en conformité avec l’avis du Conseil constitutionnel, il doit taxer des entreprises « soumises » aux quotas européens d’émissions de GES. Celles-ci ne veulent pas avoir l’impression de devoir payer deux fois (en réalité une seule fois jusqu’en 2013, et même au-delà pour certaines d’entre elles). Il faut donc trouver un nouveau moyen de diminuer leurs impôts, puisque désormais, la suppression de la taxe professionnelle ne suffit plus aux chefs d’entreprise.


D’où l’idée de Jean-Louis Borloo d’instaurer un système de bonus-malus pour les entreprises : après avoir fixé un taux d’émission moyen, celles-ci seront taxées si elles le dépassent ou, dans le cas contraire, récompensées par une aide à l’investissement.


Le gouvernement parvient à satisfaire encore plus les intérêts des patrons que dans le projet précédent, dans la mesure où une partie des entreprises non seulement ne seront pas taxées, mais en plus recevront de l’argent public pour les remercier de s’être converties au capitalisme vert.

Rien n’est encore fixé, mais c’est dans cette direction que semble aller le gouvernement qui pourrait cette fois recevoir l’aval du Conseil constitutionnel. Une concertation entre le gouvernement, les représentants de l’industrie, les partenaires sociaux et les ONG environnementales devrait avoir lieu début février, pour la présentation d’un nouveau projet au printemps. Il n’est donc pas trop tard pour qu’une mobilisation sociale ait lieu contre la taxe carbone, et plus globalement contre la politique fiscale de Sarkozy.

Elle doit être l’occasion d’expliquer à quelles conditions des écotaxes sont possibles : seulement si elles sont intégrées dans une refonte globale de la fiscalité assurant l’égalité sociale et s’en prenant aux profits des gros pollueurs ; seulement s’il est d’abord assuré l’accès gratuit aux besoins premiers que sont les transports en commun, le chauffage, l’énergie et l’eau. Alors, on pourra envisager une fiscalité visant à encourager les changements de comportement des individus.

Vincent Gay
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 10:39

Argentine le soja de la faim

Pour avoir tout misé sur le soja transgénique, l’Argentine risque de tout perdre, y compris sa sécurité alimentaire et sans compter la recrudescence des pathologies en tous genres.

C’est l’un des constats terrifiants faits dans cet excellent reportage produit par Arte.



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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 11:26
Convoi d'uranium : les militants de Greenpeace évacués
Environnement lundi 25 janvier 2010 Ouest France

Les quatre militants de Greenpeace, qui s'étaient enchaînés à une voie ferrée à Cherbourg ont été évacués tôt ce lundi matin mais d'autres militants continuent de bloquer en amont de la ville le passage du train convoyant de l'uranium.


«Nous avons été délogés à Cherbourg, mais notre action se poursuit à une vingtaine de kilomètres de la ville, où nous empêchons physiquement le passage de ce train transportant des déchets nucléaires», déclare Yannick Rousselet, responsable du dossier nucléaire pour Greenpeace.


Quatre membres de l'organisation s'étaient placés dimanche soir sur une voie ferrée près de la gare maritime de Cherbourg pour empêcher l'arrivée d'un train en provenance de l'usine d'Areva à Pierrelatte (Drôme), et dont la cargaison doit être acheminée par cargo vers la Russie.


Des gendarmes mobiles sont intervenus dans la nuit, et ont évacué peu après 4h du matin les quatre militants, qui ont été placés en garde à vue, a indiqué la préfecture de la Manche.


Deux autres militants enchaînés


Mais vers 6h du matin, deux autres militants de l'organisation écologiste, se sont enchaînés à leur tour à la voie ferrée, à une vingtaine de kilomètres de Cherbourg, après avoir lancé des fumigènes à l'approche du train.

«Ces activistes se trouvent à quelques mètres du train arrêté. C'est le premier transport de ce type qui intervient en 2010, et nous voulions frapper un grand coup! Nous exigeons un moratoire sur les exportations de déchets nucléaires», explique Yannick Rousselet.


Areva avait confirmé dimanche que ce convoi transportait 480 tonnes d'uranium appauvri et 170 tonnes d'uranium naturel, destinés à être acheminés vers la Russie pour y être réenrichis.


Greenpeace avait déjà organisé le blocage d'une voie ferrée à Cherbourg dans la nuit du 6 au 7 décembre, avant l'arrivée d'un train transportant du nucléaire appauvri. Yannick Rousselet s'était lui-même enchaîné aux rails avant d'être évacué à l'aube par les forces de l'ordre.

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 08:48


 


Le collectif Quimpérois "pour le retour de l’eau en régie publique" a commémoré, le samedi 23 janvier à 15 heures devant la mairie la mort de l’eau publique à Quimper, un certain 23 janvier 1986.

 


A cette occasion une gerbe, en mémoire de cet évènement douloureux, a été déposée et le clairon sonna.


Dans un même mouvement, le Collectif "eau 2010" appella de ses vœux la renaissance de la régie municipale par la fin de la délégation de service à Véolia.


Tous les citoyens ont été invités à se joindre à cette commémoration pour commencer la reconquête et préparer la célébration du prochain retour de l’eau en régie publique."


Le Collectif : Alternatifs, Attac, CNT 29, l’Eau et la Terre, Eau Secours 29, Forums sociaux de Cornouaille, Kersaliou Le Quinquis, NPA, Quartier de Prat Maria, Rozelenn, les Verts.

 

Régie de l'eau : enterrement de 1ère classe
lundi 25 janvier 2010

Pompes funèbres dans tous les sens du terme ! Samedi, c'était l'enterrement de la régie publique de l'eau...

Couronne mortuaire en tête, le cortège des pleureuses, de la famille et des amis du défunt a traversé les rues du centre-ville faisant deux fois le tour des halles pour bien marquer la perte cruelle de la gestion publique de l'eau. La longue procession composée d'une cinquantaine de personnes a utilisé le décorum du funéraire afin d'attirer l'attention des passants sur le risque de la disparition d'une régie publique de l'eau.

 « Le collectif Eau 2010 pour un retour de l'eau en régie publique se bat pour sensibiliser l'opinion au problème du choix du futur contrat de la gestion de l'eau à Quimper » explique un militant. « La délégation du service de la distribution d'eau à l'entreprise Véolia expire en février 2011. Dès juillet 2010 la municipalité devra choisir entre la reconduction du contrat à une entreprise privée ou le retour en régie publique ».

Si à ce jour rien n'est encore décidé et si plusieurs grands groupes de distribution sont encore sur les rangs, l'option d'une régie municipale est toujours d'actualité. « L'eau est un bien commun » rajoute le militant « ce n'est pas un marché pour faire du profit. Chaque euro dépensé pour l'eau doit retourner à l'eau ».

À noter : vendredi 12 février à 20 h 30 à l'Espace associatif projection du film réalisé par Damien de Pierpont en 2007 « L'Or Bleu », suivi d'une discussion avec le Collectif.


Le Collectif : Les Alternatifs, Attac, CNT 29, l'Eau et la Terre, Eau secours 29, Forums sociaux de Cornouaille, Kersaliou, Le Quinquis, NPA, Quartier de Prat Maria, Rozelenn, Les Verts.

 

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 10:24
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Le sommet de Copenhague, n’a pas pris de décisions à la hauteur des dangers énoncés par les scientifiques du GIEC.


Le climat de la planète n’a pas droit au même empressement que le système financier. Qui pouvait se faire la moindre illusion ? Certains militants et responsables d’ONG, mais pas ceux qui avaient identifié les véritables responsables de la crise climatique. Le cadre de la conférence de Copenhague n’était certainement pas le cadre adéquat pour contraindre «les voleurs à rendre gorge» selon le mot d’ordre d’un hymne célèbre.


Il serait pourtant faux de penser qu’il ne s’est rien passé à Copenhague. La mobilisation, jeune et massive, les forums, la manifestation internationale et tout ce qui est venu bousculer le ronron officiel, nous en reparlerons. Mais, il n’est pas non plus exact de parler uniformément «d’échec au sommet». Car «au sommet», tous les gouvernements n’avaient pas le même objectif et cette conférence a bel et bien été le théâtre d’une bataille diplomatique, dont l’issue en dit long sur les nouveaux rapports de force internationaux.


Pour situer l’importance historique de cette confrontation sur l’avenir de la planète, le «Quotidien du Peuple», organe officiel du Parti Communiste Chinois, n’hésite pas à parler d’une revanche sur la conférence de Versailles, qui avait vu les vainqueurs de la première guerre mondiale se partager le monde. Mais les enjeux ont été obscurcis par les gesticulations auxquelles chaque gouvernement s’est livré en direction de sa propre opinion publique.


Au fil des jours, le grand écart, entre les positions affichées et les objectifs réellement poursuivis, est devenu intenable au point de nécessiter, pour conclure la conférence, le recours aux négociations secrètes entre «vrais grands». Mais la bataille climatique ne s’est pas terminée là et il est préférable d’identifier les enjeux politiques et économiques afin que le mouvement social puisse s’orienter dans les combats écologiques à venir.


Démystifier la politique européenne


Les dirigeants de l’UE ont fait beaucoup d’effort pour paraître les meilleurs défenseurs du climat. La réalité est nettement moins brillante.

Ils ont poursuivis deux objectifs. Obtenir la mise en place d’un marché mondial du carbone et se débarrasser du traité de Kyoto et de la «responsabilité partagée et différenciée» qui est au cœur de ce traité.

Ils n’ont pas hésité à annoncer que le protocole de Kyoto prenait fin en 2012.


En réalité, ce sont les engagements chiffrés pris par les pays «développés» qui courent jusqu’en 2012 et doivent au terme du traité être renouvelés fin janvier de cette année. En application de la «responsabilité différenciée» cette obligation ne repose que sur les pays «développés», regroupés dans l’annexe I du traité, dont bien sûr les pays de l’UE. Voilà la charge, même si elle reste assez symbolique, dont les dirigeants de l’UE ont voulu se débarrasser en dissolvant Kyoto dans un nouveau traité, qui aurait mis sur le même plan pays développés et pays émergents, devenus entre temps de redoutables concurrents.


Ils ont essayés d’étendre le marché européen du carbone au niveau mondial et instaurer un mécanisme REDD qui sous prétexte de lutter contre la déforestation aurait fait peser un danger supplémentaire sur les forêts primaires et les terres agricoles. Déjà Londres, Paris, Francfort se disputaient la place de première bourse mondiale du carbone.

Un traitéà ces conditions aurait eu rapidement des conséquences catastrophiques.


Mais au final, les dirigeants européens ont échouésàimposer leurs solutions, malgré les manœuvres de la présidence danoise et les gesticulations de Sarkozy sur la scène internationale. Au dernier quart d’heure la France et l’Angleterre n’ont pas hésité à battre le rappel de leurs clients africains. Toute cette agitation s’est révélée vaine. La politique européenne a sombré à Copenhague et il n’y a pas lieu de le regretter.


Cette impuissance s’explique fondamentalement par le déclin économique; les entreprises européennes ne voient plus leur salut qu’en Asie. Mais s’y ajoute un facteur proprement politique qui tient aux institutions dont la bourgeoisie européenne s’est dotée. Le grand marché ouvert à la concurrence, sans gouvernement et sans légitimité populaire, ne pèse d’aucun poids sur la scène internationale.


BASIC


C’est l’acronyme pour représenter la coalition du Brésil, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de la Chine, qui après avoir torpillé le projet de l’UE préparé à huis clos par le Danemark, ont négocié directement avec Obama le compromis final, ratifié par 30 états et présenté à la conférence en plénière, sans débat, ni vote.


Les objectifs de l’Inde et de la Chine ont toujours étaient clairs. Maintenir la contrainte des quotas de rejet sur les pays qui en sont historiquement les premiers responsables. Refuser tout contrôle international sur leur économie nationale. Ne rien accepter qui puisse porter atteinte à leur croissance économique, entre 6 et 8% en 2009. Ce qui ne signifie pas que ces états refusent de prendre en compte la crise climatique.


Mais se situant résolument dans la perspective d’une augmentation de leur production et de leur consommation d’énergie, ils n’envisagent de contribuer à la limitation globale des rejets qu’en diminuant la part des énergies fossiles dans leur bilan énergétique. Bref en modernisant leur appareil de production, ce qui ne peut que contribuer à en faire des concurrents encore plus redoutables pour les vieux pays industriels.


Ils ont réussi à faire peser leur nouvelle puissance économique, tout en restant liés au groupe des pays les plus pauvres. Au cours de la conférence, ils ont su se poser en porte-parole des pays en développement face à l’égoïsme des pays riches. Voilà la clé de leur succès.

Mais s‘ils ont eu la capacité de faire échouer les projets des vieilles puissances impérialistes et de préserver leurs intérêts nationaux, ils n’avaient pas encore les moyens d’imposer leurs propres solutions à l’ensemble de la planète. D’où un compromis tardif et inachevé.


Ils ont été rejoints dans cette voie par les USA, qui ont abandonné au dernier moment leurs alliés européens et japonais. Les USA n’ont pas signé le traité de Kyoto et aucune contrainte ne pèse sur eux. Comme les pays du groupe BASIC, ils sont fermement décidés à n’accepter aucune limitation de leur souveraineté. L’objectif d’Obama était des plus limité. Sauver la face en réintégrant sur la pointe des pieds la communauté internationale engagée dans la lutte contre la crise climatique. Une simple déclaration d’intention suffisait. Le plus important, pour lui, se jouera sur la scène intérieure.


Le développement comme ligne de partage


Il existe une bonne corrélation entre la prospéritéd’une économie - mesurée en terme de PIB par tête - et ses émissions de CO2. Tant que l’utilisation des combustibles fossiles reste la principale source d’énergie, plus un pays est riche, plus il émet de gaz à effet de serre.


Actuellement les principaux pays émetteurs sont dans l’ordre, la Chine, les USA et l’Inde. Mais, rapporté au nombre d’habitants, on obtient un résultat bien différent : l'Inde émet 1,2 tonne par habitant et par an, la Chine 5,5 tonnes, alors que les Etats-Unis sont à 24 tonnes, l'Europe à 12 et la France à 8. Les pays africains sont en moyenne à 0,7.


Or ces chiffres sont très représentatifs de la quantitéd’énergie dont dispose chaque habitant de la planète. Ils sont aussi révélateurs de l’impasse dans laquelle s’engage l’humanité en suivant le mode de développement des pays impérialistes.


Comme l’a dit au cours du sommet le premier ministre indien M. Singh: «chacun de nous, rassemblés ici aujourd’hui, sait que les plus affectés par le changement climatique en sont les moins responsables».

On pourrait ajouter que les responsables de la crise climatique sont ceux qui ont le plus à perdre au changement de mode de production indispensable pour la résoudre.


On est là au cœur du problème, au sein de chaque pays et au niveau mondial. Aucune politique de limitation du gaspillage énergétique ne peut avoir de légitimité, tant que les plus riches ne sont pas contraints de modifier leur mode de vie, ce qui nécessite de s’en prendre à leurs privilèges et à leur pouvoir.


Les bourgeoisies des pays émergents ne sont pas porteuses d’un modèle émancipateur étant elles-mêmes adossées à une montagne d’injustice et d’inégalité. Mais leur ascension fragilise une hiérarchie mondiale que nous n’avons aucune raison de défendre.


Pour deux degrés de plus...


Les recommandations formulées par les scientifiques du GIEC se sont toujours appuyées sur les mesures de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.


Signée en 1992, la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques fixait l’objectif suivant: «Stabiliser les concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.


Malheureusement, le débat s’est focalisé sur l’augmentation moyenne de température acceptable. Or, une fois l’équilibre climatique bouleversé, nous n’avons aucune certitude scientifique sur ce qui va se produire et qui aura de toute façon des conséquences très différentes selon les régions du globe. Impossible dans ces conditions d’évaluer ce qui est acceptable et pour qui.

C’est pourtant ce pas qui a été franchi à Copenhague. Dans la déclaration commune, les chefs d’état se résignent par avance à enregistrer une augmentation moyenne de la température du globe de deux degrés !


Ce qui va se traduire par la disparition sous la mer de régions entières et notamment de petits états insulaires. En Afrique, cette augmentation moyenne peut se traduire par une augmentation de plus de trois degrés, ce qui ferait littéralement grillé toute une partie du continent. Bref, ce sont des millions d’être humains dont l’existence vient d’être rayée d’un trait de plume par le tout nouveau prix Nobel de la paix et ses interlocuteurs.


De l’ONU à l’OMC


On ne peut marchander sur la crise climatique. Le seul objectif fondé scientifiquement, moralement acceptable et politiquement mobilisateur, c’est de revenir à une concentration de CO2 proche de celle qui prévalait avant l’ère industrielle. Ce qui implique une planification sur le long terme pour accompagner la destruction naturelle des quantités déjà accumulées. C’est l’objectif popularisé par la campagne internationale «350». Mais aucun mécanisme de marché ne peut permettre d’atteindre cet objectif. Il ne pouvait pas être envisagé au sommet de Copenhague.


Les propositions concrètes, présentées dans le cadre de la mondialisation libérale, visent toutes à approfondir la marchandisation du monde qui est pourtant à la source de la crise écologique, économique et sociale. A l’inverse toute mesure écologique efficace implique une rupture avec la mondialisation capitaliste et ses institutions, OMC, FMI, BM... Il n’y a donc pas lieu de regretter que la conférence de Copenhague n’ait pas débouché sur des décisions contraignantes.


Le sommet de Cochabamba


Hugo Chavez et Évo Morales, appuyés plus discrètement par Cuba, sont les seuls à avoir refusé le compromis imposé et à s’être ouvertement battu sur une ligne alternative. Leur originalité ce n’est pas seulement d’avoir dénoncé le capitalisme ou l’impérialisme occidental comme plusieurs chefs d’état qui se sont livrés à cet exercice, dont le président iranien M. Ahmadinejad. Ils se sont distingués de tous les autres parce qu’ils se sont adressés à ceux qui étaient hors les murs, aux militants expulsés du Bella Center, à ceux qui manifestaient dans les rues de Copenhague et, au delà, à tous les peuples du monde.


Non, la solution à la crise climatique ne pouvait venir de l’intérieur du Bella Center.

Elle ne peut venir que de la mobilisation des peuples, indépendamment des puissances financières et des intérêts étatiques qui régnaient en maître à Copenhague. C’est à ce niveau, pas moins, que peuvent être pris en compte les intérêts supérieurs de l’humanité et que doivent être conçues et appliquées les solutions à la crise qui n’est pas seulement climatique, mais qui est une crise globale du développement humain.


Logiquement, Evo Morales appelle à réunir le premier sommet mondial des mouvements sociaux sur le changement climatique en avril 2010 à Cochabamba. Un début d’alternative pour les espoirs trahis à Copenhague.

Cette initiative ouvre la voie à la constitution d’une alliance pour la planète qui unisse les travailleurs qui sont les principaux acteurs de la production industrielle moderne, les paysans qui nourrissent l’humanité et les peuples indigènes qui sont les gardiens de zones encore préservées de la planète essentielles à notre survie.


C’est pour le moment la seule lueur d’espoir.


Rendez-vous à Cochabamba !


Jean-Louis Marchetti

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 09:25


Borloo et Bachelot veulent-ils couvrir la France de matières radioactives ?

Par Ivan du Roy (8 janvier 2010)


Certains sèment la biodiversité, d’autres préfèrent disperser la radioactivité. Les ministères de l’Ecologie, de la Santé et de l’Economie ont ouvert la porte au « recyclage » des déchets radioactifs issus de l’industrie nucléaire dans les biens de grande consommation. Du ciment radioactif pourra ainsi servir demain à bâtir des logements ou des écoles. Au grand dam des associations de consommateurs.


Photo : © droits réservés


Faudra-t-il bientôt se munir d’un compteur Geiger pour vérifier le taux de radioactivité que dégageront les murs de votre logement, vos équipements contenant du métal ou les matériaux présents sur votre lieu de travail ? Scénario de science-fiction ?


Malheureusement non. Depuis 2002, le Code de la santé publique interdisait l’ajout ou l’utilisation de substances radioactives pour la fabrication de biens de consommation et de matériaux de construction. Toute acquisition et cession de sources radioactives étaient sévèrement encadrées. Ce n’est désormais plus le cas. Le 5 mai 2009, quatre ministères – celui de l’Ecologie, de la Santé, de l’Economie et du Logement – ont signé un arrêté interministériel qui permet de déroger à cette interdiction. Le texte est entré en vigueur malgré l’avis défavorable de l’Autorité de sûreté nucléaire.


Cela signifie que demain, si EDF veut se débarrasser de ses gravats faiblement radioactifs générés par le démantèlement de la centrale de Brennilis, en Bretagne (la première centrale nucléaire française à être démantelée), elle aura la possibilité de les céder ou les vendre à une cimenterie.


Celle-ci transformera les gravats en matériaux de construction, qui serviront ensuite à bâtir des bureaux, des logements, des écoles ou des hôpitaux... Idem pour Areva. Si la multinationale ne sait que faire de fûts en métaux contaminés suite à un transport d’uranium, elle pourra les livrer à une fonderie qui le recyclera dans des produits de grande consommation : outils, véhicules, machines agricoles ou tuyaux (ce qu’avait déjà tenté de faire Areva en 2004 [1]). Seuls cinq catégories de produits restent exclues de toute dérogation : les aliments, les cosmétiques, les parures (bijoux), les jouets et les matériaux en contact avec les aliments et les eaux (les emballages par exemple).


Radioactivité lâchée dans la nature


Seuls les déchets radioactifs dits de « très faible activité » (TFA) sont concernés. Il n’empêche. Jusqu’à présent, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) entrepose ces déchets dans un centre de stockage situé dans l’Aube (Champagne-Ardenne). Les déchets sont enterrés « à quelques mètres de profondeur dans une roche argileuse », puis le lieu de stockage est ensuite recouvert « d’une couche d’argile compactée pour lui redonner son imperméabilité d’origine ». En cas de recyclage, seuls les acteurs de la filière nucléaire sont habilités à réutiliser du béton ou les gravats contaminés pour leurs installations. Ces précautions disparaissent avec le système de dérogation. Une fois lâchés dans la nature, ces matériaux ne seront plus tracés ni contrôlés.


« Même si ces déchets TFA seront dilués dans d’autres matériaux, cela va augmenter le bruit de fond de la radioactivité. Faible niveau de risque ne signifie pas absence de risque », explique Corinne Castanier, directrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Contrôler les rayonnements radioactifs coûte très cher. Les entreprises qui recycleront ces matériaux auront donc tendance à ne procéder qu’à des vérifications partielles sur des échantillons de ciment ou de ferraille « dilués ». Ce qui augmentera la possibilité de laisser passer un parpaing ou une tôle trop radioactive.


Multiplicateurs de cancers


Corinne Castanier ne comprend pas pourquoi le gouvernement a pris une décision si lourde de conséquences pour la santé, à l’heure où les pouvoirs publics cherchent, dans le cadre du « plan cancer », à diminuer l’exposition des populations à la radioactivité naturelle (notamment le radon, qui favorise les cancers pulmonaires selon l’Organisation mondiale de la santé).


En rendant possible l’ajout de substances radioactives dans des biens et des matériaux destinés au grand public, le système de dérogation risque bien d’augmenter la radioactivité artificielle, et les risques de cancer. « Seuls les industriels y trouvent un intérêt. Au lieu de stocker ces déchets, ce qui coûte cher, ils pourront s’en débarrasser tout en récupérant de l’argent. » Avec le démantèlement progressif des centrales nucléaires vieillissantes, le volume des déchets radioactifs sera multiplié par trois d’ici 2020, selon les prévisions de l’Andra.


Ce retour en arrière est d’autant plus incompréhensible que l’on cherche à réparer les erreurs commises depuis un demi-siècle. Jusqu’en 1986, 50 000 paratonnerres radioactifs [2] ont été disséminés dans toute la France, plus sept millions de détecteurs de fumée contenant de l’américium 241 [3], radioactif pendant 433 ans !


« Nous sommes en train de courir pour retrouver les objets radioactifs disséminés sur tout le territoire et le gouvernement rouvre la porte à des dérogations. Il faut tirer les leçons de ces années-là ! », assène la directrice de la Criirad. L’interdiction, en 2002, d’ajouter ou d’utiliser des substances radioactives dans des matériaux ou des biens de grande consommation avait été obtenue après un long travail de la Criirad et des associations de consommateurs, comme l’UFC Que choisir.


Avant cette réglementation, presque tout était permis. Ainsi Saint-Gobain avait introduit des déchets radioactifs dans la fabrication de sa laine de verre (Isover) multipliant par vingt les rayonnements. Ou la Cogema (devenue Areva) qui avait ajouté de l’uranium appauvri dans la poudre d’émail jaune destinée à la fabrication de bijoux.


« Si demain la législation autorise l’addition de substances radioactives, il s’agira de modes de fabrication standard. Ce ne sont plus seulement la laine de verre et les émaux qui seront radioactifs, mais le ciment, le béton, l’acier, les pièces métalliques, le carrelage, les appareils ménagers, les ustensiles quotidiens... On peut légitimement s’inquiéter car le risque est bien réel. Le démantèlement des installations nucléaires va générer 15 millions de tonnes de déchets », s’inquiétait alors l’UFC Que choisir. Tout est désormais à refaire.


Recours juridique et responsabilité politique


La Criirad a d’abord adressé un recours au Conseil d’Etat pour faire annuler l’arrêté sur la base de ses « anomalies juridiques ». En cause : les modalités d’information des consommateurs. Celles-ci restent à la discrétion des industriels qui se garderont bien de mettre le logo spécifique aux matériaux radioactifs sur les emballages ! On ne peut faire plus laxiste. Or, c’est aux ministères concernés de définir ces modalités d’information. Ensuite, une telle décision concernant le Code de la santé publique ne peut être prise que par décret, signé directement par les ministres. Mais seuls les chefs de service des administrations concernées ont apposé leur signature au bas de l’arrêté.


L’association a adressé à Jean-Louis Borloo, Roselyne Bachelot et Christine Lagarde une lettre ouverte le 6 novembre 2009 pour les alerter « sur le contenu et les conséquences d’un texte, pris en leur nom » et pour qu’ils l’annulent. Plus de 7 000 cartes pétitions ont également été envoyées par des citoyens. Après deux mois de silence gouvernemental, Corinne Castanier sera reçue le 11 janvier au ministère de l’Ecologie. « Ils ne pourront pas dire qu’ils ne sont pas au courant ». Si rien ne bouge, la campagne pour l’annulation de l’arrêté se durcira, avec l’entrée en lice des associations de consommateurs.

Ivan du Roy



L’arrêté interministériel :

PDF - 77.9 ko

L’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire :

PDF - 62.2 ko
Notes

[1] Le Tribunal administratif de Lyon avait à l’époque annulé l’autorisation délivrée par le Préfet de la Loire pour un tel projet. L’entreprise Socatri (Areva) et une fonderie (Feursmetal) envisageaient de procéder à la fusion de 550 tonnes de ferraille contaminée provenant du site du Tricastin pour fabriquer des pièces en acier moulé destinées au domaine public.

[2] Ces paratonnerres sont équipés de sources de radium 226 (période radioactive de 1 600 ans) ou, plus rarement, d’américium 241 (période radioactive de 433 ans). Dans les deux cas, il s’agit de radionucléides émetteurs alpha de très forte radiotoxicité et l’activité des sources est élevée (de plusieurs millions à près d’un milliard de becquerels). L’Andra n’en a récupéré qu’un quart.

[3] Les professionnels estiment que 35% seulement de ces appareils sont sous contrats de maintenance. Pour les autres – environ 4,5 millions – la récupération sera beaucoup plus difficile, d’autant plus qu’aucune garantie financière n’a été mise en place. Sur la base d’une période de 433 ans et partant d’une activité de 30 000 Bq, il faudra attendre environ 2 000 ans pour que l’activité soit réduite à 1 000 Bq ; environ 5 000 ans pour atteindre 10 Bq et plus de 6 000 ans pour une activité résiduelle d’1 Bq. L’Union européenne recommande une norme de 200 bq/m3 dans les maisons neuves.

En savoir plus

Le site de la Criirad (avec un dossier très complet)

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 09:21


Agrocarburants : bienvenue dans l’enfer vert

Par Nadia Djabali (13 janvier 2010)


Les agrocarburants seraient-ils la solution miracle pour limiter les émissions de CO2 et réagir à l’épuisement des ressources pétrolières ?


S’ils représentent une manne financière pour de grands groupes industriels, leur efficacité énergétique est loin d’être prouvée, et leurs conséquences sociales et environnementales sont déplorables. Pourtant, en investissant des centaines de millions d’euros dans cette filière, l’Etat français continue de miser sur ce qui semble bien être une escroquerie.




La cause est entendue, il faut réduire la consommation mondiale d’énergie fossile. Pour freiner le dérèglement climatique et se préparer à la raréfaction des réserves de pétrole, l’utilisation de ressources biologiques pour produire du carburant est considérée comme l’une des solutions-miracles. La France compte y consacrer plusieurs centaines de millions d’euros dans les années qui viennent. Mais ce choix est-il vraiment judicieux ?


La canne à sucre et le maïs sont dorénavant distillés en éthanol. Palmiers à huile, colza et soja sont, eux, transformés en biodiesel. La deuxième génération d’agrocarburants proviendra de n’importe quel résidu agricole : mauvaises herbes, parties des plantes impropres à l’alimentation, arbres et même l’huile de cuisine usagée. Bienvenue dans l’ère de l’indépendance énergétique pour tous, dans un monde où communautés agricoles et pays pauvres pourront bénéficier de la manne de l’or vert ! Mais attention aux désillusions.


L’Union européenne a conçu en décembre 2008 une directive fixant le seuil d’incorporation des agrocarburants dans la production dédiée aux transports à 10% d’ici 2020 dont plus de 5% d’ici 2012. Face aux critiques très vives, l’UE a reformulé cette obligation en transformant « 10% de biocarburants » en « 10% d’énergies renouvelables » et a ouvert la porte aux autres filières (éolien, solaire, hydraulique...). Les pays de l’Union ont donc le choix de la répartition entre la consommation d’agrocarburants [1] et la production d’électricité renouvelable pour atteindre leurs objectifs.


Le développement durable, pour les riches seulement


De nombreux mouvements tels que la Confédération paysanne, Peuples solidaires, le Réseau action climat ou Oxfam, dénoncent les agrocarburants. Du Brésil à l’Indonésie en passant par le Sénégal, petits paysans et communautés locales sont expropriés et nombre de forêts rasées pour faire place aux millions d’hectares de plantations de palmiers à huile, de soja ou de jatropha. Le Brésil est, depuis trente ans, en pointe dans la production d’éthanol à base de canne à sucre. Il est aujourd’hui le deuxième producteur d’agrocarburants derrière les États-Unis.


Si la canne à sucre est beaucoup plus efficace énergétiquement que le maïs, le colza ou la betterave utilisés dans les pays du Nord, les mouvements sociaux et écologistes locaux critiquent les effets néfastes d’un modèle tourné vers l’agrobusiness.


La monoculture intensive de canne à sucre dans les États côtiers (Nordeste notamment) contribue indirectement à la déforestation en repoussant vers l’Amazonie d’autres types de productions, comme les vastes plantations de soja destinées à l’alimentation animale en Europe. Ce modèle, qui favorise les gigantesques exploitations, a ainsi expulsé de leurs terres 5,3 millions de personnes entre 1985 et 1996, générant la disparition de 941 000 petites et moyennes exploitations agricoles.


Les conditions de travail dans les plantations de canne à sucre sont souvent déplorables, dans un pays où l’esclavage agricole est encore une réalité pour des dizaines de milliers de personnes. En trente ans, les objectifs de productivité exigés des ouvriers agricoles travaillant dans les plantations de canne à sucre ont été multipliés par trois avec la mécanisation (entre 12 et 15 tonnes de coupe par jour et par travailleur). Si l’objectif n’est pas réalisé, le travailleur est renvoyé. Ce n’est pas demain que petits paysans et ouvriers agricoles bénéficieront du « développement durable » promis par l’avènement des agrocarburants.


L’or vert des multinationales


Au contraire des compagnies pétrolières, de l’industrie agroalimentaire, des entreprises de biotechnologie et des sociétés financières qui se frottent les mains. Les multinationales états-uniennes Cargill ou ADM [2] (négociants en grains et en produits alimentaires de base) contrôlent la production de matières premières agricoles sur de nombreux continents. Les entreprises de biotechnologie tels que Monsanto ou Syngeta investissent pour produire des plantes et des arbres répondant aux exigences des fabricants d’agrocarburants.


« La révolution des agrocarburants accompagne les OGM. Cargill s’est par exemple associé avec Monsanto pour produire une nouvelle variété de maïs génétiquement modifié destiné à la fois aux agrocarburants et à l’alimentation animale, explique l’ONG Grain.


Les nouveaux milliardaires et autres investisseurs, ainsi que les contribuables du monde entier, qui y participent par les subventions que leurs gouvernements distribuent au secteur, injectent des sommes énormes d’argent frais dans ces réseaux d’entreprises. Le résultat : une gigantesque expansion de l’agriculture industrielle mondiale et un contrôle renforcé des firmes. »


Au Guatemala, où la production d’agrocarburants est massive, les plantations sont aux mains de grands propriétaires et de multinationales qui entrent directement en concurrence avec l’agriculture vivrière locale. Les paysans sont expulsés parfois très violemment et les cours d’eau détournés. Au Nord-Ouest de la Colombie où la guerre de l’huile de palme fait rage, les petits paysans vivent depuis une dizaine d’année sous le régime de la terreur.


Les populations sont évacuées de force de leur terre ou assassinées par les paramilitaires pour que des firmes y fassent pousser des monocultures d’huile de palme, converties ensuite en agrocarburants. Le gouvernement colombien ferme les yeux sur ces exactions et soutient une révision de la loi légalisant les expulsions. Au Brésil, le Mouvement des sans terre (MST) dénonce un « processus de recolonisation » des terres par des multinationales.


« Tout ceci n’est rien moins que la réintroduction de l’économie coloniale de la plantation redéfinie pour fonctionner selon les règles du monde moderne, néolibéral et globalisé » assène l’ONG Grain. Sans oublier l’efficacité très contestable de plusieurs types d’agrocarburants : en Asie du Sud-Est, la production d’une tonne de biodiesel tiré du palmier à huile dans les tourbières produit 2 à 8 fois plus de CO2 que la seule combustion de diesel de pétrole. Quant au Brésil, 80% des émissions de gaz à effet de serre du pays proviennent de la déforestation, conséquence indirecte de l’extension de la canne à sucre pour augmenter la production d’éthanol.


Une niche fiscale d’un milliard d’euros


Ce bilan lamentable semble pourtant rester lettre morte auprès du gouvernement français et de plusieurs collectivités territoriales comme la région Picardie. En France, les agrocarburants bénéficient depuis 1992 d’une exonération partielle de la taxe intérieure de consommation (TIC, ancienne TIPP). Pour l’année 2008, les montants de défiscalisation représentent un coût pour les finances publiques estimé à 939 millions d’euros. Celui-ci pourrait atteindre 1,1 milliard d’euros cette année. Mais cela ne suffit pas pour cette filière de plus en plus gourmande.


Début octobre 2009, on apprend que l’État français s’apprête à lancer l’expérimentation à grande échelle des agrocarburants de deuxième génération, avant même d’avoir tiré le bilan de la première. Le conseil d’administration de l’Ademe (Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie) valide un plan de développement des agrocarburants de deuxième génération baptisé « BioTfuel » (prononcez « beautiful »), d’un montant de 112 millions d’euros. L’Ademe apportera une aide de 30 millions d’euros et la région Picardie, 3,2 millions.


Le projet expérimental est porté par un consortium comprenant le pétrolier Total, l’Institut français du pétrole (IFP), le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Sofiproteol (Établissement financier de la filière des huiles et protéines végétales) et le groupe allemand Uhde (industrie chimique et nucléaire). Le consortium prévoit la construction de deux sites industriels, dont un à Compiègne, l’autre sur un site de Total. La compagnie pétrolière - qui a dégagé 13,9 milliards d’euros de bénéfices en 2008 – recevra à ce titre 7,2 millions d’euros des contribuables pour financer ce programme de recherche.


Quand l’énergie atomique est rebaptisée énergie alternative


En octobre 2009, l’Ademe a mis en ligne la synthèse d’un rapport très attendu sur les agrocarburants. Quelques jours plus tard, elle la retirait en toute discrétion. Le rapport complet montrait que l’efficacité énergétique de plusieurs agrocarburants (comme celui issu du blé) est très médiocre, et que certaines filières, comme celle du colza, produit davantage de gaz à effet de serre que le diesel fabriqué par une raffinerie pétrolière !


« La lecture complète de l’étude conduit à des conclusions opposées à celles de cette synthèse qui présente les agrocarburants sous un jour très favorable, dénonce Jean-Denis Crola, d’Oxfam France. En choisissant ce format, le gouvernement fait passer un message clair : la politique de soutien aux agrocarburants ne changera pas et restera la seule action mise en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. »


Plus inquiétant encore, le 14 décembre 2009, Nicolas Sarkozy a dévoilé la répartition des 35 milliards d’euros du grand emprunt, dont 22 milliards seront levés en 2010 sur les marchés financiers. Parmi eux, 5 milliards seront consacrés au développement durable.


« L’essentiel de l’effort portera sur les énergies renouvelables puisque nous allons affecter 2,5 milliards d’euros à l’Ademe qui sélectionnera ensuite les meilleurs projets présentés par les laboratoires dédiés aux énergies renouvelables, à l’Institut français du pétrole, au CNRS, dans les universités ou au CEA, expliquait Nicolas Sarkozy devant un parterre de journalistes.


Le CEA a un savoir-faire technologique inégalé dans le nucléaire mais nous permet aussi, ce qui se sait moins, de figurer aux premiers rangs de la recherche mondiale dans le domaine solaire, dans les biocarburants ou le stockage de l’énergie. » Décision a été prise de rebaptiser le CEA. Il s’appellera dorénavant le Commissariat à l’Énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA²). Ça promet.


Nadia Djabali

Notes

[1] Le terme « biocarburants » peut induire qu’il s’agirait de carburants « bio » et crée une confusion avec l’agriculture biologique. Or les cultures destinées à produire du carburant n’ont rien de « bio » : emploi de pesticides, irrigation incontrôlée, déforestation… Nous employons donc le terme agrocarburants (carburants issus de l’agriculture)

[2] Archer-Daniels-Midland Company

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 08:59

Nanotechnologies :
tous cobayes de la nano-bouffe ?

 

Par Agnès Rousseaux, 14 janvier 2010, in Basta !


Après les OGM, les nanotechnologies s’invitent dans notre assiette : les nano-aliments, traités avec des nano-pesticides et contenus dans des nano-emballages, se multiplient. A la clé : de faramineux profits financiers pour les industriels et des risques environnementaux et sanitaires aujourd’hui impossibles à évaluer. Le tout dans une totale - et incroyable - absence de règles et de contrôles.


 

 



Des aliments intelligents qui s’adaptent aux goûts du consommateur, des vêtements qui repoussent l’eau, des matériaux qui s’auto-réparent, de la « poussière intelligente » qui enregistre discrètement les conversations... Bienvenue dans le nano-monde ! Un univers où la science bricole des particules invisibles au microscope et empile des atomes à l’échelle du nanomètre, c’est-à-dire un milliardième de mètre [1]. Les nanotechnologies seront à la base d’une troisième révolution industrielle au cours du 21e siècle, nous promet-on.


Une révolution qui passe aussi par nos assiettes. Car ces nanoparticules sont déjà présentes dans les aliments industriels, les pesticides agricoles, les emballages alimentaires, les récipients de stockage... sans contrôle ni étiquetage. Des particules qui, du fait de leur minuscule taille, traversent les barrières biologiques et peuvent circuler dans tout l’organisme : la peau, les tissus, le cerveau... Alors, prêts pour une nourriture « atomiquement modifiée », aux effets encore inconnus ?


Au moins 106 nano-aliments déjà commercialisés


Difficile de recenser les nano-aliments existants. Les fabricants ont bien compris que les incertitudes qui entourent aujourd’hui les nano-particules peuvent effrayer les consommateurs. Ils ne communiquent pas clairement sur leur utilisation. Selon l’ONG les Amis de la Terre, c’est toute la chaîne alimentaire qui est aujourd’hui « contaminée ». Son rapport intitulé « Du Laboratoire à nos assiettes : les nanotechnologies dans l’alimentation et l’agriculture » dresse la liste de 106 produits alimentaires, du jus de fruit « fortifié » aux compléments alimentaires vitaminés en passant par un « nano-thé ».


L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) dénombre tous secteurs confondus 2 000 nanoparticules manufacturées déjà commercialisées, et plus de 600 produits de consommation concernés. Si ces chiffres sont difficilement vérifiables du fait de l’absence de traçabilité, des estimations situent le marché des nano-aliments à plus de 5 milliards de dollars en 2005, avec des prévisions de 20 milliards de dollars pour 2010. Le groupe de consultants Helmut Kaiser prévoit que le recours aux nanotechnologies concernera, d’ici 2015, 40% des aliments industriels.


« Une technologie de confort pour les pays riches »


Du silicate d’aluminium pour empêcher l’agglutination des aliments en poudre, du ketchup épaissi avec du dioxyde de silicium, des vinaigrettes blanchies au dioxyde de titane... Les nano-aliments nous apporteraient, selon leurs partisans, des avancées culinaires majeures : du chocolat ou des glaces sans lipides et sans sucre, qui conservent le même goût que l’original, une huile (Shemen Industries) qui inhibe l’entrée du cholestérol dans le sang, un substitut alimentaire (Nanotrim de Nanonutra) qui brûle les graisses. Ou la possibilité de modifier le goût d’un aliment selon nos désirs. Des industriels comme Nestlé cherchent à concevoir les « nano-aliments du futur ».


Le géant agroalimentaire Kraft Foods (Etats-Unis) fait partie de ces pionniers. En 2000, il a financé un consortium de 15 universités et laboratoires de recherche, Nanotek, pour concevoir de la nourriture « intelligente » et personnalisée, tels des aliments qui contiennent des centaines de nano-capsules, remplies de saveurs, de nutriments, de couleurs différentes. Un four à micro-ondes pourrait déclencher, selon la fréquence des ondes, telle ou telle capsule, selon les désirs du consommateur.


Une nourriture interactive en quelque sorte, qui peut même se transformer elle-même si une personne est allergique à un composant, ou libérer une dose de supplément nutritif si elle détecte des carences. Kraft Foods, le concepteur de ce projet, est propriétaire des marques de chocolat Milka, Côte d’Or, Toblerone, Suchard, et de café Carte Noir, Grand’Mère, Jacques Vabre ou Maxell. Imaginez demain votre café de couleur rose et au goût banane qui vous délivre votre dose quotidienne de vitamines C... Ou du chocolat qui libère des arômes de carotte tout en soignant votre gueule de bois. Formidable, non ?


Des nanos au goût d’OGM


Pourquoi ce déploiement de technologies ? « Sur le plan alimentaire, on ne comprend pas à quoi ça sert, explique Rose Frayssinet, de l’ONG Les amis de la Terre. « C’est comme les usages dans le textile : à quoi servent des chaussettes « sans odeur » avec du nano-argent ? Les nano-particules vont partir dans l’eau au bout de quatre lavages, et vont aller bouffer les microbes jusque dans les stations d’épuration. Au vu de ce que ça coûte, quelle est l’utilité sociale de tout ça ? Ce sont des technologies pour le confort des plus riches ».


Certains voient les nano-aliments comme une « aubaine » pour les paysans du Sud. Leur credo ? Des nanos qui augmenteraient la productivité agricole et permettraient de lutter contre la faim. Une promesse qui rappelle celles des lobbys biotechnologiques et leurs OGM. La comparaison ne s’arrête pas là : risques sanitaires et environnementaux, privatisation du vivant ou de combinaisons d’atomes par des brevets industriels, mise sur le marché de produits dont l’innocuité n’est pas prouvée...


Des nanocides (pesticides utilisant les nano-technologies) intelligents qui nécessiteraient un dosage moins important que les pesticides actuels, et ne causeraient aucun mal aux insectes ? Le fait que ce soit des firmes comme Monsanto, Bayer ou Syngenta qui les développent ne peut qu’inviter à rester très prudent sur le sujet...


Vers un nouveau scandale sanitaire ?


« Dans le cas des OGM, nous avons obligé Monsanto à rendre publiques des études partielles de toxicité dissimulées au public. Des études semblables n’existent pas sur la nocivité des nanoparticules, souligne la Fondation Sciences citoyennes. Et les lanceurs d’alerte sont actuellement dissuadés par tous les moyens (poursuites en justice...) de briser la propagande officielle ». Pour Rose Frayssinet, nous sommes face à un risque encore plus grand que les OGM. « Les OGM, c’est un secteur, alors que les nanotechnologies concernent tous les secteurs. Les risques sont d’autant plus difficiles à analyser. On ne peut pas avoir une vision globale des implications ».


Difficile en effet de contrôler le comportement de nano-particules. Elles ne répondent pas aux lois de la physique classique, mais à celles de la mécanique quantique. Construire des particules, atome par atome, manipuler la matière au niveau des molécules, c’est entrer dans un monde d’incertitude radicale. Les propriétés des particules, comme leur toxicité ou leur persistance biologique, varient selon leur taille. De fait, les connaissances actuelles sur les effets toxiques des nano-particules manufacturées sont très limitées.


« Les données disponibles indiquent que certaines nanoparticules insolubles peuvent franchir les différentes barrières de protection, se distribuer dans le corps et s’accumuler dans plusieurs organes, essentiellement à partir d’une exposition respiratoire ou digestive », prévient une étude de l’Afsset, en 2006. Les nano-particules se diffusent dans les alvéoles pulmonaires, le sang, la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau, ou le placenta.


Fin 2008, un nouveau rapport de l’Agence juge que la nano-toxicologie fournit « des résultats encore peu nombreux, disparates et parfois contradictoires » et qu’il « n’est cependant pas possible d’exclure à cette date l’existence d’effets néfastes pour l’homme et l’environnement ». Quant à l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), après avoir rappelé que des études extérieures montrent de possibles altérations de l’ADN par les nano-particules [2], elle confesse « l’impossibilité d’évaluer l’exposition du consommateur et les risques sanitaires liés à l’ingestion de nanoparticules. » Très rassurant...


Nano-particules : l’amiante du 21ème siècle ?


Une étude britannique démontre l’existence d’un effet indirect des nanoparticules qui endommageraient « à distance » l’ADN [3]. Marie-Claude Jaurand, directeur de recherche à l’INSERM, pointe du doigt les nano-tubes de carbone, matériau ultra-résistant utilisé dans l’industrie, pour leurs effets « similaires à ceux de l’amiante », concernant la production de lésions de l’ADN et la formation d’aberrations chromosomiques. Face à ces risques, que font les instances compétentes ? Pas grand chose. Les instruments règlementaires sont inadaptés. Ministères et agences sanitaires sont complètement dépassés (les documents les plus récents publiés sur le site du ministère de la Santé datent de 2007). L’évaluation des risques doit être totalement repensée.


Les systèmes d’autorisation de mise sur le marché reposent sur la composition chimique des produits. Pour les nanoparticules, cela ne suffit pas, car les effets dépendent aussi de l’organisation spatiale des éléments atomiques et de leur taille. Un élément non toxique peut le devenir à l’échelon nanométrique.


« Le dioxyde de titane et les dioxydes d’argent n’ont pas les mêmes propriétés au niveau nanométrique et au niveau macroscopique, explique Rose Frayssinet. Ils n’ont pas les mêmes propriétés selon qu’ils mesurent 20 nano ou 60 nano. Pour étudier les risques, il faudrait donc mener des études pour toutes les échelles ». Mais cela coûte cher. Et les outils manquent.


« D’après les textes européens, dès qu’on modifie un aliment, une étude d’innocuité est obligatoire. Mais personne ne sait le faire. Il y a encore un an, il n’y avait aucun filtre vraiment sûr pour récupérer les nano-particules. Sans compter que les délais d’études étant très longs, les résultats arriveront après la mise sur le marché. On demande aux fabricants de travailler dans des salles blanches, avec des scaphandres. Et juste derrière, on met les produits sur le marché. C’est aberrant ! ».

Concernant la production et la mise sur le marché, les industriels se réfèrent à la directive européenne REACH. Celle-ci est pourtant insuffisante. Seules les substances chimiques produites en quantité supérieure à une tonne par an y sont soumises. Vu la taille des nano-particules, cette quantité de production n’est pas toujours atteinte. Et pour le moment, aucune obligation d’étiquetage n’existe, même si le Parlement européen commence à se saisir de cette question.


L’État finance sans s’inquiéter des conséquences


« No data no market » (pas de données, pas de marché). Telle est la position défendue par de nombreuses associations écologistes, qui espèrent être rejointes par les syndicats de salariés. Elles demandent un moratoire sur les nano-produits. Et des procédures d’évaluation des risques adaptées. Les ONG souhaitent aussi débattre de l’utilité sociale des nanotechnologies, en particulier dans le secteur alimentaire.


Le gouvernement français a lancé en 2009 le plan Nano-Innov, qui vise à placer la France parmi les pays les plus en pointe sur les nanosciences, en encourageant la recherche fondamentale à travailler « avec les entreprises pour mettre au point des technologies, déposer des brevets, créer des produits ». 70 millions d’euros ont été consacrés l’an dernier à ce projet. En parallèle, aucun fonds n’est dédié aux études toxicologiques et aux impacts sanitaires et environnementaux.


Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a souligné à l’occasion du lancement de ce plan l’excellence de la recherche nationale sur les nanotechnologies (5ème rang mondial [4]) mais se désole que seulement 290 brevets aient été déposés en 2005, ce qui représente moins de 2% des brevets mondiaux. Car le secteur peut rapporter gros.


La National Science Foundation (NSF) américaine évalue le marché des nanotechnologies à mille milliards de dollars en 2015. Selon la Fondation Sciences citoyennes, les investissements en recherche et développement ont été quasiment multipliés par dix entre 1997 et 2003 (3,5 milliards d’euros), avec une prévision de croissance de 40 % par an. « Les chercheurs nous disent souvent : il suffit qu’on parle de ’nanotechnologies’ dans nos projets pour avoir de l’argent pour mener des recherches », commente Rose Frayssinet.


Les multinationales de la pharmacie et de l’agrochimie sont sur les rangs pour fabriquer davantage de nano-aliments. A l’opposé de systèmes alimentaires organisés localement et écologiquement soutenables, se prépare une nouvelle révolution alimentaire, basée sur l’accaparement par quelques firmes privées des éléments constitutifs de la matière et de notre alimentation. Après la malbouffe, nous voici transformés en cobayes de la nano-bouffe, avec le silence complice de l’État.


Agnès Rousseaux


Notes

[1] Taille de l’atome : 1 dixième de nanomètre, ADN : 10 nanomètres, protéines : 20 nanomètres.

[2] « Certaines nanoparticules peuvent traverser et/ou altérer les membranes plasmiques, nucléaires et mitochondriales, induire une peroxydation lipidique et la génération d’espèces réactives de l’oxygène elle-même à l’origine d’un stress oxydatif pouvant altérer des protéines et l’ADN ( Hong 200657 ; Xia 200658 ; Beck-Speier 200559 ; Lewinski et al. 200860 ; Stone 200761 ; Hussain et al., 200562) ». Source : Nanotechnologies et nanoparticules dans l’alimentation humaine et animale - AFSSA

[3] « Nanoparticles can cause DNA damage across a cellular barrier » Gevdeep Bhabra et al., Nature Nanotechnology (en ligne le 5 novembre 2009)

[4] avec 3 526 publications en 2006, soit 5,6% des publications mondiales

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 08:39


Passant outre l’avis de l’Autorité de Sureté Nucléaire, le gouvernement autorise l’utilisation de déchets radioactifs dans des produits de grande consommation

(Ouest France) - jeudi 14 janvier

Un arrêté ministériel autorise, depuis mai, l’utilisation de rebuts faiblement radioactifs dans la fabrication d’objets usuels de grande consommation. Contre l’avis de l’autorité compétente.


« Les métaux, plastiques, gravats... issus du démantèlement d’installations nucléaires pourront servir à la fabrication de ciment ou d’acier. Ces produits contaminés seront utilisés pour la construction de maisons, voitures, bateaux, vélos... »


Directrice de la Criirad (association indépendante spécialisée dans le nucléaire), Corinne Castagnier ne fait pas de la science-fiction. Elle commente un récent arrêté ministériel.


Un enjeu énorme pour l’industrie nucléaire


Ce texte, publié au Journal Officiel le 14 mai, constitue une dérogation au Code de santé publique.


Il permet de contourner l’interdiction, prise en 2002, d’utiliser des substances radioactives dans les biens de consommation et les produits de construction.


L’Autorité de sûreté nucléaire avait pourtant émis un avis défavorable, rappellant « la position constante de la France d’éviter la dilution des déchets, notamment en les ajoutant à des biens de consommations ». Contactée hier, l’ASN maintient sa position. Les quatre ministères ¯ Santé, Écologie, Logement et Économie ¯ sont passés outre.

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