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blog du Npa 29, Finistère

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On peut cogner, chef ?


















 

À MONTREUIL , LA POLICE VISE

LES MANIFESTANTS A LA TETE.


Lettre ouverte de Stéphane Gatti sur les circonstances dans lesquelles

Joachim Gatti a perdu un oeil


Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée

dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues

d'Italie, avait pris la forme d'un "centro sociale" à la française :

logements, projections de films, journal, défense des sans-papiers,

repas… Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient

cette expérience avec tendresse. L'évacuation s'est faite sans

violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé

la question en moins d'une heure. En traversant le marché le

matin, j'avais remarqué leurs airs affairés et diligents.
Ceux qui s'étaient attachés à cette expérience et les résidents

ont décidé pour protester contre l'expulsion d'organiser une

gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.
Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés

dans la farine et fabriqués à la main attendaient d'être jetés

dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient.

Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l'espace.

Des images du front populaire ou des colonnes libertaires

de la guerre d'Espagne se superposaient à cette fête parce

que parfois les images font école. J'ai quitté cette fête à 20h

en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c'était le dernier jour dans les locaux

de la Parole errante à la Maison de l'arbre rue François Debergue,

de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des

pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit

sécuritaire, L'appel des Appels, des lectures, des présentations

de livres… Ce jour-là, on fermait l'exposition avec une pièce

d'Armand Gatti « L'homme seul » lu par Pierre Vial de la Comédie

Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de

la vie d'un militant chinois s'y confrontent : celle de la femme,

des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades…
C'était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les

journaux de Mai. D'un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle,

effrayés, ils venaient se cacher... ils sont repartis. On m'a appelé.

Joachim est à l'hôpital à l'hôtel Dieu. Il était effectivement là.

Il n'avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang

qui s'écoulait lentement comme s'il était devenu poreux. Dans

un coin, l'interne de service m'a dit qu'il y avait peu de chance qu'il

retrouve l'usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je

l'apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe

oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...
Entre ces deux moments ; celui où je l'ai quitté à la fête aux

gnocchi et l'hôtel Dieu que s'était-il passé ?
Il raconte :
"Il y a eu des feux d'artifice au dessus du marché. Nous nous

y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient

depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard,

alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique,

à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient

à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au

moyen de leur flashball. A ce moment-là je marchais et j'ai

regardé en direction des policiers. J'ai senti un choc violent

au niveau de mon œil droit. Sous la force de l'impact je suis

tombé au sol. Des personnes m'ont aidé à me relever et

m'ont soutenu jusqu'à ce que je m'assoie sur un trottoir dans

la rue de Paris. Devant l'intensité de la douleur et des

saignements des pompiers ont été appelés."
Il n'y a pas eu d'affrontement. Cinq personnes ont été touchés

par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut

être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n'étaient

une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images

comme en témoigne le communiqué de l'AFP :
"Un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui occupait, avec

d'autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil

(Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec

la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi.

Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d'un groupe

d'une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi

matin des locaux d'une ancienne clinique. Ils avaient tenté de

réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s'étaient

heurtés aux forces de l'ordre. Les squatters avaient alors tiré

des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant

usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné

l'évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune

homme avait été blessé à l'œil puis transporté dans un hôpital

à Paris, selon la mairie, qui n'avait toutefois pas donné de

précision sur l'état de gravité de la blessure."Nous avons bien

eu connaissance qu'un jeune homme a perdu son œil mais pour

le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre

la perte de l'œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la

préfecture à l'AFP."

D'abord, la police tire sur l'image d'un jeune de 20 ans qui essaye

de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela

vaut pour absolution, et c'est le premier scandale.
Quant à Joachim, faut-il rétablir la vérité sur l'identité de

Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation

des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses

actes , comme s'il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait

tirer légitimement ?
Joachim n'a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n'habitait pas au squat, mais il participait activement

aux nombreuses activités de la clinique.
Il est cameraman.
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu'il a réalisé s'appelle « Magume ». Il l'a

réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du

génocide. Aujourd'hui, il participe à la réalisation d' un

projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l'AFP en leur

réclamant de le publier. Il serait écrit simplement — mais au

moins ceci : Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu

une balle de flashball en plein visage alors qu'il manifestait

pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil

du fait de la brutalité policière.

STEPHANE GATTI (père de Joachim) *

* S.G. est notamment le curateur et animateur, et scénographe

avec Pierre-Vincent Cresceri, de l'exposition générale et des

événements pour mémoire de 1968-69 @ la maison de l'arbre

à Montreuil : "Comme un papier tue-mouches dans une maison

de vacances fermée…"

LIENS :

La Parole Errante

Armand Gatti

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