Trois semaines après la rupture des discussions sur la négociation d'un « pacte social » face à la crise, entre le gouvernement socialiste de Zapatero, l'organisation patronale CEOE (le Medef
d'Espagne) et les syndicats majoritaires CCOO (Commissions Ouvrières) et UGT, le gouvernement vient d'annoncer, comme il l'avait promis, des mesures sociales d'urgence concernant les chômeurs en
fin de droits, ainsi qu'un projet concernant les « travailleurs autonomes » obligés de fermer boutique.
Dans ce pays, le chômage touche près de 20 % de la population active et le nombre de chômeurs qui ont épuisé tous leurs droits à une allocation ne cesse d'augmenter. La plupart n'ont même plus
l'espoir de trouver un emploi, même précaire. Le gouvernement a décidé de leur accorder une aide mensuelle de 420 euros pendant six mois. Cela peut permettre de survivre à celui qui habite la
campagne ou de petites villes, s'il n'y a rien à payer pour se loger et si la famille est là pour faire face aux dépenses incontournables. Mais pour tous ceux qui vivent dans les villes, c'est une
misère.
Quant aux travailleurs autonomes, ce sont souvent d'anciens chômeurs qui ont ouvert un petit commerce ou se sont mis à leur compte ; et depuis des mois les faillites se multiplient parce que le
pouvoir d'achat des classes populaires a diminué. Le gouvernement propose que ces « autonomes » puissent, d'ici 2010, bénéficier d'une allocation chômage allant de 583 à 1 383 euros pendant
six mois. 340 000 personnes seraient concernées à condition qu'elles aient préalablement cotisé pour le chômage. Mais là encore les modalités concrètes ne sont pas claires et cette mesure
n'est qu'un palliatif..
Pour répondre aux critiques des associations et syndicats concernant le fait que ces deux avantages ne soient concédés que pour une durée de six mois, le gouvernement affirme qu'ils pourraient être
prolongés si, à l'échelle du pays, le taux de chômage dépassait les 17 %, taux rendant ainsi excusable le fait que le bénéficiaire de ces allocations ne trouve pas d'emploi... Espagne - Un patronat avide et un gouvernement à son service
Lorsque le 24 juillet José Luis Zapatero, le chef du gouvernement socialiste espagnol, a annoncé qu'il rompait le « dialogue social » qui réunissait autour d'une même table les dirigeants du
CEOE (le Medef d'Espagne), ceux des syndicats majoritaires, Commissions Ouvrières et UGT, et ceux du gouvernement, José Luis Zapatero a sans doute fait un bras d'honneur mérité aux représentants du
patronat, mais rien de plus qu'un geste symbolique..
Cela fait des mois maintenant que les représentants du patronat ne cessent de mettre en avant, avec la plus grande intransigeance, des exigences provocantes qu'ils ont réitérées lors des réunions
visant à établir un « dialogue » bien improbable. L'une de leurs revendications visait en effet à réduire de 5 % les cotisations sociales versées par le patronat, ce qui signifiait un cadeau de
15 milliards. Le gouvernement proposait pour sa part un cadeau plus modeste, mais un cadeau quand même, puisqu'il était prêt à une réduction de 1 %. Mais pour le patronat il n'était pas
question de reconsidérer sa position.
L'autre pierre d'achoppement concernait la énième réforme du droit du travail en Espagne, et visait à diminuer encore le montant légal des indemnités de licenciement pour les travailleurs embauchés
en fixe : elles auraient été de 20 jours payés par année de travail. Le patronat, qui a des plans de licenciements dans ses tiroirs, n'hésitait pas à affirmer que la reprise d'une politique de
création d'emplois dépendait de cette réforme...
La rupture de ces négociations a été une réponse de pure forme du gouvernement, dont les syndicats se sont dits solidaires. Mais elle ne peut faire oublier que, depuis des mois, le gouvernement ne
cesse de céder aux exigences des industriels et des banquiers. En effet, depuis le début de la crise, Zapatero a mis 150 milliards à disposition du système financier pour lui sauver la mise.
Il a multiplié les aides au secteur automobile. Plus de 9 milliards ont été mis sur la table par le biais de l'aide à la vente de voitures ou à l'aide au crédit pas cher. Mais le patronat en
veut plus. Et ce que le gouvernement donne depuis des mois à ceux qui dirigent l'économie, il le fait payer aux classes populaires par le biais des bas salaires, du chômage et des économies sur les
services publics.
Et puis le petit geste de Zapatero ne l'empêchera pas de céder demain devant la pressions des banquiers et du grand patronat qui reviendront à la charge, « dialogue social » ou pas. Quant aux
protestations des syndicats, elles restent aussi très mesurées. Pendant les six derniers mois où se négociaient (comme cela se passe tous les deux ans) les accords d'entreprise des grandes
entreprises, les dirigeants syndicaux n'ont pas appelé les travailleurs à mener des luttes pour défendre leurs droits, leurs salaires, et s'opposer aux plans de réductions d'effectifs. Maintenant
les négociations concerneront les entreprises moins importantes, qui pèsent moins dans l'économie. Mais il faut espérer que, accords signés ou pas, les travailleurs des petites et des grandes
entreprises n'accepteront pas les sacrifices que très ouvertement le patronat va s'efforcer de leur imposer.