blog du Npa 29, Finistère
17 mai 2010 Le Télégramme
La Terre les sépare mais le monde des Inuits et celui des Aborigènes se confondent sur les chemins de l'art. L'exposition «Grand nord, grand sud», à l'abbaye de Daoulas, en propose une captivante démonstration.
«Il faut arrêter de dissocier art primitif et art contemporain. C'est un faux débat. Sans le moindre intérêt scientifique», s'emporte
Michel Côté. Contre le courant des grands manitous de l'art qui décrètent les époques et les styles à la mode, le directeur du bien nommé musée des Confluences, de Lyon, trouve de l'eau à son
moulin à l'abbaye de Daoulas: «Ici, nous retrouvons des oeuvres de personnes qui expriment leur tradition de manière contemporaine. De l'art avant tout».
Combat contre l'assimilation
De fait, il est difficile de donner un âge à la plupart des160 oeuvres exposées jusqu'au 28 novembre à Daoulas. Ni même, parfois, de déterminer s'il s'agit d'une pièce inuit ou aborigène. À quoi
bon, finalement? Pourquoi vouloir absolument tout classer, tout séparer? «Gardons-nous de comparer les cultures et voyons plutôt ce qui les rapproche», conseille plutôt Michel Côté.
D'autant qu'entre un peuple des glaces et un autre du désert, il existe bien plus de points communs que l'on imagine. Notamment: «Il s'agit de deux communautés
confrontées à la problématique de la conservation d'une culture dans un Monde mondialisé où elles sont très minoritaires. Comment rester soi-même dans une culture internationale? Pour les
sociétés inuits et aborigènes, l'art sert à raconter leur Histoire, à s'affirmer politiquement et socialementdans un combat contre l'assimilation». Voilà qui trouve une résonance particulière
dans la culture bretonne.
Créations d'artistes du XXIe siècle
Les oeuvres rassemblées par l'expo «Grand nord, grand sud», débordent toutefois de la simple fonction d'exercice de la mémoire collective: «Elles mettent en lumière les travaux de véritables
créateurs qui ont réinterprété les formes et les matériaux». Avec le brio d'artistes aborigènes du XXIe siècle s'exprimant dans des poteaux funéraires, des tapis géométriques où s'entrecroisent
les mondes réel et imaginaire, des tableaux aux pointes mouvantes.
Même réappropriation de la tradition chez leurs homologues inuits dont certaines pièces comme La création du Monde (agglomérat de visages et d'animaux d'inspirations chamaniques dans un os de baleine) et autres sculptures dans des crânes de morse ou des dents de narval possèdent une valeur exceptionnelle.
Pratique «Grand nord grand sud», à l'abbaye de Daoulas, jusqu'au 28 novembre.
Exposition visible tous les jours (sauf fermetures le samedi et le lundi) de 13h30 à 18h30 (de 10h30 à 18h30 en juillet et août).
Entrées: 6 EUR, 4 EUR (18-25 ans), 1EUR (7-17 ans), gratuit moins de 7 ans. Visites de groupes possibles.
Renseignements au 02.98.25.84.39.