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blog du Npa 29, Finistère

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Antilles Guyane: "Confettis de l'Empire" (Napoléon 1er)

martinique.jpg


Le 10 janvier en Martinique, comme en Guyane, les électeurs devaient répondre par oui ou par non à la question suivante : « Approuvez-vous la transformation de la Martinique et de la Guyane en une collectivité d’outremer régie par l’article 74 de la Constitution, dotée d’une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ? »


Les collectivités d’outremer disposent d’une plus large autonomie que les départements d’outremer, elles sont régies par l’article 74 de la Constitution tandis que les DOM le sont par l’article 73. 54,61 % des inscrits se sont déplacés pour voter et le non l’a emporté avec 78,9 % des suffrages exprimés.


Le résultat était attendu, mais son ampleur étonne. Le peuple a bien senti qu’il s’agissait d’une cuisine mitonnée en dehors de lui par les élus locaux et le pouvoir.


La grève générale de 38 jours en Martinique, en février-mars 2009, en même temps que la Guadeloupe, avait montré le grand mécontentement du peuple et sa détermination. Il avait fait trembler les profiteurs et le pouvoir colonial mais aussi les partis majoritaires de la gauche institutionnelle, le Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM) et le Parti progressiste martiniquais (PPM) et le Rassemblement démocratique martiniquais (RDM).


À la fin de l’année 2008, ces partis venaient de se lancer dans des conciliabules confus avec le pouvoir pour obtenir une « évolution institutionnelle » dans le cadre des articles 73 et 74 de la Constitution.
Sarkozy, craignant un embrasement généralisé dans ses colonies, a alors sorti le hochet des prétendus États généraux qui permettaient aux profiteurs de déserter les tables de négociation que leur imposaient les travailleurs en grève et aux politiciens de se sortir d’une crise sociale qui les embarrassait.


Au lieu de soutenir les travailleurs en lutte, de reprendre leurs aspirations, ils ont rallié l’initiative du pouvoir. C’était pourtant le moment d’exiger une remise à plat de tous les problèmes et une véritable négociation sur la base du rapport de forces créé dans la lutte et de réclamer une vraie consultation de la population par l’élection d’une assemblée constituante ou instituante.


Au lieu d’adopter cette ligne de lutte avec le peuple et de négociation avec le pouvoir, les partis de gauche majoritaires ont finalement permis à Sarkozy de reprendre la main, d’amuser la galerie avec le débat entre « treizistes » et « quatorzistes » et de sommer les Martiniquais de choisir entre deux articles de la Constitution française dans des termes et des modalités qu’il avait lui-même choisies.


Face à cette péripétie, quid des anticolonialistes et anticapitalistes ? Le Groupe Révolution socialiste (GRS) appelait à voter pour l’article 74 mais sans illusion sur le choix entre deux articles d’une Constitution qui se refuse à reconnaître la qualité de peuple aux Martiniquais. Ce n’est que dans la poursuite des luttes dans l’unité que le peuple martiniquais fera avancer ses revendications sociales et démocratiques et que le système colonial pourra être détruit.


Correspondants


L’assimilation victorieuse en Guyane
L’ambiance était morose dimanche soir, parmi les progressistes guyanais. La consultation populaire sur le passage à l’article 74 a révélé un refus très majoritaire des votants – à près de 70 % – de doter la Guyane d’une « organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ».

La campagne pour le Oui, animée par les forces de gauche et la grande majorité des élus locaux et parlementaires guyanais, n’a pas su convaincre la population de l’opportunité d’une plus grande autonomie. Pourtant, l’évolution statutaire a fait l’objet de bien des combats depuis une dizaine d’années.


En novembre 2000, plusieurs journées de mobilisation, avec des manifestations importantes à Cayenne, des barrages, des émeutes, une occupation de la préfecture, avaient contraint le ministre des DOM-TOM – des Colonies – de l’époque à ouvrir des négociations. Les arguments démagogiques, et faux, de la droite ont fonctionné : les salaires vont baisser, les allocations vont être supprimées, la France va nous laisser tomber…


Le poète et dramaturge Elie Stephenson, figure de la génération indépendantiste des années 1970, résume : « Plusieurs facteurs ont joué : la politique du revenu facile, la peur du moindre changement, le manque de confiance dans tout ce qui est guyanais, y compris leurs propres enfants et eux-mêmes. On verra dans les mois à venir quel en sera le prix. Le vote de ce soir c’est un oui en fait. Un oui à la servitude. »


Un défi reste plus que jamais posé aux organisations sociales et politiques, dont le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale : comment traduire la colère, qui existe dans de nombreux secteurs de la population, en projet politique d’avenir pour ce pays, dernière colonie sur le continent sud-américain ?


Martinique : les raisons de l'échec du OUI
lors de la consultation du 10 janvier 2010


126298 Non
32954 Oui
55% de participation

(photo Moun Isi)

On peut parler de défaite indiscutable pour le OUI, comme souvent les raisons sont multiples.

La peur.
La peur du largage est latente depuis 1977 et le programme commun de la gauche. Cette peur a été entretenue notamment par le biais d'affiches 4x3 où le message était « Ne jouons pas notre destin ».
Peur également de la perte des acquis sociaux, des retraites, des allocations chômage, du RMI ou de je ne sais quelle autre allocation, j'ai entendu dans un meeting un sénateur dire qu'un parlementaire facétieux, à l'occasion du parcours de la loi organique, pouvait introduire un amendement organisant la fin de l'allocation parent isolé.

Peur de la perte des subventions européennes par le passage du statut de RUP à celui de PTOM du fait de certaines dispositions proposées par les élus, comme la préférence à l'emploi ou le droit de regard sur les transactions immobilières.
La peur de la loi organique définissant les conditions de passage à l'article 74 de la constitution et étant élaborée après la consultation. Le retour du « chat-an-sak(1) ».

L'indépendance. Le fait que cette demande d'autonomie ait été portée par presque tous les mouvements indépendantistes a pu établir dans un certain nombre d'esprits l'équation autonomie = indépendance ou sa variante autonomie = antichambre de l'indépendance.

Les pollutions.
La bataille entre l'institution régionale et la ville de Fort-de-France autour du projet de reconstruction du lycée Schoelcher, et par là même l'opposition frontale entre Alfred Marie-Jeanne(2) et Serge Letchimy(3) a pu faire croire à un combat d'hommes et non d'idées. Les empoignades verbales et autres coup de sang ont largement Ces deux hommes par ailleurs se réclamant de Césaire.

« L'affaire » de l'école reconstruite en Dominique grâce à une aide de la région Martinique de l'ordre de 1,5M€ est également venue polluer le débat. La proximité des élections régionales (14 et 21 mars) a concouru à une forme de régionalisation de la consultation. Il est à noter que les présidents Lise et Marie-Jeanne avaient plaidé le report de ces élections auprès du président de la république.

Ces trois raisons ont de fait entrainé une campagne défensive de la part des partisans du OUI, contraints d'avoir à se justifier au lieu de proposer.
Ces raisons n'exonèrent pas le camp du OUI d'un déficit de communication certain.

Les erreurs.

En premier lieu, un problème de méthode, il me semble que les porteurs n'ont guère occupé le temps et l'espace.
Le temps, car la relance de l'évolution institutionnelle figurait dans le programme de la liste MIM-CNCP lors de la campagne pour les élections régionales en 2004. Le processus a commencé en 2007 avec la synthèse des projets SMDE(4) et agenda 21(5). Deux ans pour présenter et surtout accompagner un projet.

L'espace, car l'on n'a pas vu les partisans du OUI occuper massivement le terrain. L'on a plutôt vu nombre de maires et d'élus régionaux et généraux porteurs du OUI faire une sorte de service minimum.
De manière générale, On peut également s'interroger sur les choix du RMC(6) de privilégier les « grand-messes » au détriment d'une campagne de proximité, le fameux « porteaporte.com ». A croire que les partisans du OUI ne se sont pas donné les moyens de leur réussite.

Je tiens à préciser que je ne crois absolument pas à l'hypothèse d'une campagne trop courte, trop proche des fêtes, trop tout … Les porteurs de ce projet avaient la maitrise de l'agenda à l 'exception du moment de la consultation.
Je ne crois pas davantage au rejet par la population des élus, les électeurs sont parfaitement conscients des limites de ces derniers.

Peuple pétri d'oralité, quel proverbe décrit le mieux la situation ? A moins que les trois ne soient pertinents ?
Ou sav sa ou ka kité, ou pa sav, sa'w ka pran / tu sais ce que tu as, tu ne sais pas ce que tu n'as pas
Sa ki ta'w, la riviè pa ka chayé'y / patience et longueur de temps
Chak bètafé ka kléré pou nam li / une somme de moi ne fait pas un nous

Moun Isi in "Chien Créole"

(1) Lors de la consultation de 2003, l'argument de l'inconnu « le chat-an-sak » a été défini par
Feu Camille Darsières, ancien secrétaire général du Parti Progressiste Martiniquais.
(2)Alfred Marie-Jeanne est l'actuel président du conseil régional et probable candidat à sa
propre succession.
(3) Serge Letchimy est l'actuel maire de Fort-de-France et probable tête de liste du Parti
Progressiste Martiniquais aux élections régionales du mars 2010.
(4) Schéma Martiniquais de Développement Économique élaboré par le conseil régional.
(5) Agenda 21, projet de développement élaboré par le conseil général.
(6) Rassemblement Martiniquais pour le Changement
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