blog du Npa 29, Finistère

Bernard Norlain, général de réserve, directeur de la Revue de la Défense nationale.
Un monde sans armes nucléaires est-il imaginable ?
Oui, c'est imaginable et, surtout, absolument nécessaire dans le contexte stratégique actuel. Deux phénomènes le caractérisent. D'une part, la prolifération nucléaire avec la multiplication des pays qui possèdent ce type d'arme. D'autre part, la banalisation de l'arme atomique, ce qui signifie des perspectives d'emploi. Aujourd'hui, il y a un accroissement considérable du risque de conflit nucléaire.
En théorie, le nucléaire est pourtant l'arme dissuasive par excellence, celle du non-emploi...
En France, on est passé de la dissuasion du faible au fort, du temps de l'Union soviétique, à la dissuasion du fort au faible, ou du fort au fou. Cela conduit à l'emploi en premier de l'arme nucléaire, aux frappes préemptives et à une utilisation offensive. On parle désormais d'usage de l'arme nucléaire contre des centres de commandement ou de décision, et non plus seulement de frappes anti-cités. C'est la fin du tabou nucléaire. Or, personne ne peut dire qu'on saura contrôler cette réaction en chaîne. La seule solution, c'est un désarmement nucléaire général et total.
Obama annonce que les États-Unis n'utiliseront pas l'arme nucléaire contre un pays qui ne la possède pas. Est-ce une avancée significative ?
Je pense que oui. C'est une évolution importante dans la mentalité américaine. Cela veut dire qu'il n'y aura pas de nouvel Hiroshima. Obama a mis en marche une dynamique. Il dit aussi que les États-Unis ne développeront pas de nouvelles armes. C'est fondamental. Le processus de désarmement sera très long. Au moins 15 ou 20 ans. Raison de plus pour annoncer dès maintenant l'objectif.
Propos recueillis par Olivier MÉLENNEC