"Nous allons prochainement demander à rencontrer les juges pour leur demander la mise en examen du commandant du sous-marin responsable du naufrage", a déclaré, mercredi, Dominique Tricaud, l'avocat d'une famille des victimes.
Par ailleurs, selon Me Tricaud, "il va être difficile de ne pas redemander une audition de Michèle Alliot-Marie", ministre de la défense au moment des faits.
Il y a "une sorte d'association de malfaiteurs des marines, la France n'est pas forcément coupable, mais à tout le moins complice", a accusé l'avocat, indiquant que les juges
d'instruction devraient le recevoir "probablement en juillet" et "au pire" en septembre.
Les déclarations de Dominique Tricaud interviennent après qu'un nouvelle expertise a relancé la controverse sur l'implication d'un sous-marin dans le naufrage. Selon ce rapport, dévoilé vendredi par l'hedomadaire Le Marin, la présence de titane, un composé chimique entrant dans la peinture de certains submersibles, sur les câbles tirant le chalut du navire (funes), ne serait pas un "indice" déterminant, ce même titane entrant dans la composition des peintures recouvrant les chalutiers. "La détection de titane dans la fune babord du Bugaled-Breizh n'est pas véritablement significative de l'implication d'un sous-marin dans le naufrage", a estimé Dominique Salles, ancien officier sous-marinier en retraite, dans ses conclusions. Selon ce dernier, les traces de titane retrouvées sur les funes du Bugaled pourraient provenir du frottement de ces câbles contre la coque du navire ou lors de manœuvres sur les quais.
Ces conclusions ont été remises en cause mercredi par Michel Kermarec, l'avocat du propriétaire du navire. "Le rapport du commandant Salles est une vraie entourloupe. Il [le rapport] pèche par un manque d'indépendance et par la dénaturation des pièces du dossier", a déclaré Me Michel Kermarrec. Pour Me Kermarrec, le rapport de M. Salles, qui n'est pas "un spécialiste de la peinture et de la construction navale", "bafoue" une expertise des funes de juin 2007 menée par le Laboratoire national de métrologie et d'essais de Trappes (Yvelines). "Elle [l'expertise de 2007] révèle la déformation des funes et le dépôt de matière sur celles-ci et aboutit à des conclusions qui écartent l'hypothèse d'une croche. Elle met en évidence la présence de titane, élément déterminant qui accuse un SNA (sous-marin nucléaire d'attaque)", a-t-il affirmé.
Michel Kermarec précise que les analyses menées en 2006 par deux experts du Laboratoire national d'essai et de métrologie ont montré que la présence de titane correspondait à des parties déformées et abîmées de ces câbles, dégradations pouvant avoir été causées par un sous-marin. L'avocat a indiqué avoir demandé de nouvelles expertises aux deux juges nantais chargés de l'enquête. Selon Dominique Salles, seuls le revêtement et les appendices extérieurs des sous-marins nucléaires d'attaques (SNA) français comporteraient du titane sous forme de dioxyde "entrant dans la composition d'un primaire" [peinture]. Les sous-marins nucléaires d'attaque des marines britannique et américaine pourraient avoir le même revêtement, dit également l'expert, qui fait en outre état de trois sous-marins russes ayant des coques en titane. "Il ne sait plus comment sortir de son expertise, il est en service commandé pour exonérer les sous-marins français ou anglais alors que nous ne pensons pas exclure ces sous-marins", a ajoute Me Kermarrec.
/http%3A%2F%2Fs1.lemde.fr%2Fimage%2F2008%2F04%2F15%2F87x58%2F1034469_7_e92e_photo-prise-le-13-juillet-2004-de-l-epave-du-c.jpg)