blog du Npa 29, Finistère
de La Louve
Elle finira bientôt par être drôle, cette histoire de voile.
Drôle et signifiante.
Si la France avait encore compté plus de Roland Barthes que de Bernard-Henri Lévy, si l’on entendait plus Jean Starobinski que la Star Academy, plus de Lacan que de cancans, peut être que nous n’en serions pas réduits aujourd’hui à avancer comme des rats dans un tunnel de ténèbres et d’immondices.
Qui sont les obscurantistes aujourd’hui?
Celles qui portent un foulard sur les cheveux parce qu’elle ne se sont pas (encore?) résolues à l’ôter?
Parce que leur parcours personnel, leur cheminement individuel et politique, philosophique à ce stade, ne leur impose pas (et peut être jamais, et alors?) l’athéisme comme absolument nécessaire à leur combat?
Ou ceux qui font de la transparence, du dévoilement érigés en principe impératif catégorique, l’obstacle le plus sûr à l’émancipation du peuple par le peuple?
L’obligation de se dévoiler est un ordre imbécile donné par des tartuffes qui avancent masqués tous les jours, et ne font les choses, eux , que derrière un voile.
L’obligation de se dévoiler est un ordre inique donné par des lâches qui meurent de trouille que l’autre voile, le vrai voile, celui qui tient le peuple dans l’ignorance et la paralysie, celui qui protège leurs magouilles, soit arraché.
A leur incantation forcenée et hystérique au dévoilement devrait être répondu :
"Chiche? Si moi, j’enlève mon voile, toi, tu enlèves ton masque".
Je me dévoile si tu te dévoiles.
Je me dévoile si tu dévoiles quelque chose de bien plus laid et répugnant que cette religion que tu me reproches, je me dévoile si tu dévoiles, toi, tes motifs réels, tes intérêts personnels à prendre ouvertement tes concitoyens pour des cons en prétendant être "de gauche" depuis 25 ou 30 ans.
Chère Ilham,
Je ne te connais pas, mais je te dis : garde-le, ton foulard, si c’est ainsi que tu te sens bien, si c’est ainsi que tu te sens suffisamment forte pour entrer dans ce difficile combat qu’est celui que tu as choisi.
Garde-le, je préfère gagner une camarade avec un foulard, plutôt que de perdre une camarade qui était prête à lutter avec toutes et tous sans exclusive contre le capitalisme, à cause d’un foulard.
Ce monde dans lequel nous visons toutes, nous autres, toutes un peu "Ilham", au fond, est encore et toujours, un monde d’hommes, patriarcal ou machiste, réactionnaire, au moins autant à gauche qu’à droite.
On te clouera au pilori "pour ton bien".
On te contestera ta légitimité "pour ton bien".
On te tiendra à l’écart "pour ton bien".
On se servira de toi "pour ton bien".
On te raillera si tu es laide, car tu seras jugée "imbaisable",(traduire : indigne de recevoir leurs fantasmes de bites aussi courtes que leurs idées).
On te méprisera si tu es jolie, a fortiori si tu ne te donnes pas, on te fera passer pour une sotte, une hystérique, une arriviste, une marie-couche-toi-là "Ah on sait bien comment elle est arrivée là celle-là".
Et les femmes qui singent les hommes, croyant ainsi, avec leurs minables petites couilles d’emprunt, oublieuses que c’est dans leur ventre que peut naître la vie nouvelle, y arriver mieux et plus vite, ne seront pas les dernières à te caillasser, oh non.
Sur cette voie difficile, celle d’être une femme qui, en plus, lutte pour son émancipation (contre un père, contre une culture, contre une famille, contre le capitalisme...), tu rencontreras aussi des hommes, de vrais hommes, pas des macaques qui courent après les ombres dans la caverne, pour qui tu seras une Égale sans pourtant cesser d’être une Autre, c’est-à-dire, une femme.
Pour aller encore plus loin (et tant pis si on me le reproche) si à ma manière je n’avais pas "la foi", une foi en ce que l’homme peut être capable du pire comme du meilleur, une foi en l’espoir d’un avenir meilleur, je ne serai pas là en train de t’écrire.
Prends-soin de toi, reste toi-même le plus possible, la politique change les êtres. Rend coup pour coup quand on te frappe, ne t’excuse jamais d’avoir un point de vue minoritaire, sache aussi écouter les autres quand ils prennent la peine d’argumenter avec toi et reconnaître tes erreurs le moment venu, et "Vai via".
J’ai confiance en nous toutes et tous militant-e-s communistes, socialistes révolutionnaires, anarchistes ; le jour, (s’il arrive, ce jour !), où tu confondrais profession de foi politique et profession de foi religieuse, nos chemins se sépareraient.
Nous pourrions sans doute avoir des différends politiques, mais ce ne sera pas ton foulard qui nous servira d’argument ce jour-là, et c’est à cela que, malgré tout, nous nous reconnaîtrons (personnellement, en tout cas, j’espère bien que je n’en serai jamais réduite à de telles bassesses, j’espère me respecter toujours assez et respecter encore assez les autres pour exercer un minimum de dialectique et d’analyse critique).
Salutations militantes
http://osemy.blogspot.com/2010/02/ce-que-devoile-le-voile-lettre-ilham.html
Pierre Tévanian
Le voile médiatique : un faux débat...
Ainsi le « voile » va magnifiquement « voiler » les problèmes sociaux !
A nouveau l’opposition capital/travail va être occultée ! Diviser ceux que l’oppression capitaliste réunit ! Et réunir ceux que le capital divise !
Voilà ce que le « voile » va réussir à faire ! Et on retrouvera, comme par miracle, les dominés unis aux dominants au nom de la laïcité … qui oppresse !
Bravo ! Résultat ? Collectivement nous allons « exclure » une minorité qui souffre ! Nous allons en faire nos boucs émissaires ! En quoi l’interdiction du voile serait moins violente que l’obligation de le porter ? Et nous prétendons, après cela, être les défenseurs héroïques de la liberté et de la fraternité !!! De même qu’à l’époque l’Education nationale a réussi à éjecter une cinquantaine de gamines de l’école sous prétexte qu’elles portaient une voilette moins moche que celle de nos nonnes et religieuses qu’on ne vilipende pas pour autant !
Qu’est-ce qu’elles en ont pensé de notre liberté et fraternité ? Mais nous avons brillamment réussi la chose suivante : humilier des gamines ! Quelle gloire ? J’ai eu honte d’un tel lynchage ! Interdire à des gamines voilées l’accès à l’école est-ce éducatif ? Est-ce prôner l’émancipation ? Non ! C’est juste ghettoïser culturellement ! Au nom de la liberté… nous excluons ! Il n’y a que les crétins umpistes ( et LO et F. Grond) pour le penser ! Au nom de la liberté nous supprimons la liberté !! J’ai eu ce genre de gamines en classe ! Elles sont bien ! J’étais de leur côté ! Il suffit d’accueillir !.... D’être généreux ! De tolérer ! D’aimer ! De respecter !
Dans la dictature tunisienne le voile est interdit aussi ! Et ce, au nom de l’émancipation ! Et, pourtant, les femmes le portent ….. en signe de
résistance ! De même qu’en Pologne des communistes dissidents ( complètement athées) allaient à l’Eglise juste pour protester ! Au Pakistan, en Inde il y a des communistes qui sont
Hindous et Musulmans !
Un an avant l’assassinat de Che Guevara en Bolivie, Camilo Torres – un curé – mourrait les armes à la main (le 15 février 1965) en Colombie ! Il
disait : « si Jésus existait aujourd’hui il serait guérillero ». Sachant qu’il était curé l’auriez- vous combattu ??? Le prêtre François Houtard (de Louvain) est anticapitaliste ! Il
faut lire son livre sur la mondialisation ! Mais il est prêtre ! Faut-il l’exclure ! Mieux : lutter contre lui ! Où allons-nous si nous suivons les voies de la division
?
Les dominants aiment ça : les esclaves-salariés se battent entre eux – c’est le comble - pour un chiffon ! Pour moi la camarade Ilham qui porte le voile ne montre qu’une chose : son sentiment d’exclusion, sa volonté de retrouver une identité et ce, à travers le NPA ( ce qui est un honneur pour nous !). Ne défendons-nous pas les exclus ? … d’où qu’ils viennent ? Nous défendons les palestiniens, les sans-papiers ; nous sommes contre la guerre en Afghanistan, etc… Et notre camarade Ilham? Il suffit qu’elle soit en France pour que soudain nous participions à sa « lapidation » symbolique ? ! Bravo ! Sinon les strings, les képis, les lederhosen, les cravates, etc. ce n’est pas interdit !!!? Absurde ! En Allemagne, aux USA ( cf le 1ier amendement), en GB, cette histoire de voile est considérée comme ridicule !
Moi qui suis parfaitement athée, j’ai tout de même lu la Bible, la Thorah, le nouveau testament, le Coran, Lao-Tseu, etc.. je vous conseille de méditer la parabole du « bon Samaritain » !
Conclusion : Diviser ceux que l’oppression capitaliste réunit ! Et réunir ceux que le capital divise ! Tel est le but de l’opération "voile" !
« L’on ne sait ce que l’on doit le plus admirer : la ruse des dirigeants ou l’idiotie des gouvernés » C’est de Tchouang Tseu au 4ième siècle avant notre
ère !
Serge Pralat de Solesmes (59).
http://www.evene.fr/livres/livre/pierre-tevanian-le-voile-mediatique-21799.php
Réponse du maire communiste d’Echirolles, qui justifie le voile de sa conseillère municipale
jeudi 4 février 2010 (23h37)
En réponse à la lettre d’une de ses administrées protestant contre le port du voile d’une des élues au Conseil Municipal dans le cadre de ses fonctions, le Maire d’Echirolles (38) lui a envoyé une missive...
LETTRE DE RENZO SULLI, MAIRE D’ECHIROLLES
Madame,
Je vous remercie de votre courrier qui soulève une question très importante : celle du combat pour la laïcité, qui est et doit rester le socle inébranlable de notre République. Vous le savez, j’en suis un ardent défenseur et je partage donc complètement vos positions sur le sujet.
Mais la laïcité n’est ni un acquis définitif, ni donné à chacun de nous à la naissance. Elle est le fruit d’un modèle culturel dans lequel nous baignons dès notre enfance et qui nous fait adhérer à ses valeurs. Au-delà de cette éducation, nous en mesurons en grandissant et dans la pratique tous les effets bénéfiques, ceux qui nous protègent de l’intransigeance, qui permettent aux hommes et aux femmes de garder leur libre arbitre, aux peuples d’échapper à certaines guerres.
La laïcité n’est jamais un acquis définitif et le combat pour sa protection et son développement doit être quotidien et vigilant.
Que faire alors de ces Français, venus d’ailleurs, imprégnés d’autres cultures et traditions et qui n’ont pas eu la chance d’être les héritiers de 1789, et bien plus tard de la loi 1905. 111 ans pour convaincre le peuple de France du bien fondé de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Certains d’entre eux ne veulent pas en entendre parler et préfèrent rester dans leur approche religieuse de la société, voire se radicalisent.
D’autres commencent à « s’ouvrir », font les pas qu’ont eu à faire nos grands-pères, en France comme dans le reste de l’Europe pour enfin adhérer à ces valeurs.
D’autres enfin s’engagent davantage pour revendiquer le droit de vivre dans une République laïque (même en restant croyants par ailleurs), ils mesurent la liberté qui s’ouvrent ainsi à eux, celle que certains de leurs ancêtres avaient pu déjà connaître dans une période trop éphémère de l’Andalousie musulmane et éclairée.
Ils font ce chemin, agissent auprès de nous, militent dans les associations et confortent leur confiance en notre modèle laïque.
Besma Mechta est de ceux-là. Elle est engagée depuis plusieurs années dans la vie associative. Elle est très investie dans Cité Plurielle. Elle a rejoint enfin le groupe communiste et partenaires de la ville. Elle est par ailleurs écrivain public à titre bénévole.
Elle se présente dans tous ses engagements comme une militante laïque, renvoyant à la sphère privée sa pratique religieuse.
Pour tous ceux et celles qui hésitent encore, qui attendent un signe de nos institutions pour conforter leur choix, elle est un symbole. Pas celui d’un retour en
arrière, mais bien celui d’un pas en avant. Elle montre qu’on peut être laïque et musulmane.
Elle doit servir d’exemple, pour ouvrir la porte à tous les autres. Si nous ne le faisons pas, nous renverrons des millions de musulmans à un repli identitaire et communautaire. En le faisant, nous leur offrons un autre modèle identitaire qui les respecte et leur permet d’avancer. Sans jamais renier notre engagement laïc, toujours clairement affirmé.
Alors certes, il lui reste un turban sur la tête et non pas un voile, cet espèce de « fichu » ou de foulard que portaient encore nos grands-mères il n’y a pas si longtemps…par tradition. Laissons le tomber tout seul. Demain, j’en suis convaincu, beaucoup d’autres nous rejoindront pour s’intégrer enfin comme français laïcs, croyants ou non. La laïcité aura alors gagné une nouvelle victoire.
Quant à l’aspect plus politique de votre courrier, je voudrais vous faire part des réflexions suivantes.
Depuis 30 ans que la gauche dans son ensemble prône l’intégration des personnes d’origine étrangères (sans avoir par ailleurs tenu ses promesses notamment celle du droit de vote aux élections locales) avez-vous constaté une baisse du communautarisme et un repli du fait religieux de cette population ? Non, c’est le contraire qui s’est passé, faute pour cette population d’être acceptée à participer à notre république.
C’est sur ce terrain de la non intégration, et de la discrimination à l’emploi, sociale, et politique dont souffre cette population, qu’ont prospéré les idées rétrogrades, le repli identitaire et religieux, et que la condition des femmes et des jeunes filles s’est dégradée.
Pour « soulager » les populations du poids religieux, quelle est votre proposition ? et à qui s’adresse-t-elle ? Aux seuls musulmans ou aussi aux autres religions comme la religion catholique par exemple ?
Cette dernière est toujours contre l’IVG, la contraception ou le divorce. Leurs représentants sont pourtant présents à tous les postes de notre république dans les assemblées d’élus nationales ou locales. Alors certes ça ne se voit pas, les femmes ne couvrent plus leurs cheveux comme le faisaient avant leurs mères ou leurs grands-mères.
Pour les musulmans la solution serait simple et hypocrite jusqu’au bout, ne choisir que des hommes qui eux n’ont pas de couvre-chefs traditionnels. Une bonne façon sans doute d’améliorer la condition des femmes.
Pensez-vous vraiment que c’est en continuant à exclure les personnes qui font le pas de la laïcité que nous permettrons à la laïcité d’avancer.
Nous autres occidentaux nous sommes prompt à donner des leçons de démocratie et d’émancipation aux autres peuples de la terre, sans que ne nous effleure jamais l’idée du temps qu’il nous a fallu pour y parvenir, et que nous ne leur reconnaissons pas, l’idée que peut-être il leur appartenait de tracer eux-mêmes leur chemin pour y parvenir. Gardons toujours à l’esprit comment « notre modèle de développement » a finalement affamé l’Afrique et favorisé par la même, la radicalisation des religions dans certains pays.
Je ne dirais jamais de Benhazir Bhutto qui continuait à porter le voile en certaines circonstances qu’elle était un symbole de l’oppression des femmes ; ni des militantes Marocaines, Tunisiennes, Algériennes ou d’Afrique noire plus généralement du droit des femmes qu’elles sont traîtres à leur cause parce qu’elles continuent à respecter certaines traditions tout en poursuivant leur combat.
Continuons d’exiger un 20 sur 20 à notre examen de laïcité, et continuons à faire avancer le fait religieux. La laïcité n’est pas un dogme, c’est un combat ! Je crois que vous le partagez.
Aussi, en évitant toute confusion, je vous invite à aider ceux qui s’engagent sur ce chemin et qui serviront de modèles aux autres, plutôt que de les stigmatiser.
Le jour où faute d’avoir réussi cette ouverture et cette intégration nous ne serons plus qu’un « village d’irréductibles gaulois » gardiens du dogme, peut-être serons-nous restés purs et durs et fiers de l’être, mais notre monde aura fait un grand pas en arrière. Renzo SULLI
Maire d’Echirolles
http://www.ville-echirolles.fr/vie_municipale/conseil_muni02.html
http://www.ville-echirolles.fr/article5251.html
Si Lénine avez donne cet ordre débile a toute les femmes et a tous les camarades d'enlever le voile et à tous les soldat de l’arée rouge d'enlever toutes les croix orthodoxe de leur cou, il se serait retrouver tous seul a faire la révolution en 1917...
Un petit clin d’oeil en passant !
Voila trois affiche de la propagande communiste sovietique, à noter que toutes les femmes sont voilée...
RF
Lénine : Socialisme et religion
vendredi 5 février 2010
3 décembre 1905
La société moderne est fondée tout entière sur l’exploitation des grandes masses de la classe ouvrière par une infime minorité de la population appartenant aux classes des propriétaires fonciers et des capitalistes. C’est une société d’esclavagistes, car les ouvriers « libres » qui travaillent toute leur vie pour le capital, n’ont « droit » qu’aux moyens d’existence strictement indispensables à l’entretien des esclaves produisant les bénéfices, qui permettent d’assurer et de perpétuer l’esclavage capitaliste.
L’oppression économique qui pèse sur les ouvriers, provoque et engendre inévitablement sous diverses formes l’oppression politique, l’abaissement social,
l’abrutissement et la dégradation de la vie intellectuelle et morale des masses. Les ouvriers peuvent obtenir une liberté politique plus ou moins grande afin de lutter pour leur affranchissement
économique, mais aucune liberté ne les débarrassera de la misère, du chômage et de l’oppression tant que le pouvoir du capital ne sera pas aboli.
La religion est un des aspects de l’oppression spirituelle qui accable toujours et partout les masses populaires, écrasées par un travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et l’isolement. La foi en une vie meilleure dans l’au-delà naît tout aussi inévitablement de l’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs que la croyance aux dieux, aux diables, aux miracles naît de l’impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature.
A ceux qui peinent toute leur vie dans la misère, la religion enseigne la patience et la résignation ici-bas, en les berçant de l’espoir d’une récompense céleste.
Quant à ceux qui vivent du travail d’autrui, la religion leur enseigne la bienfaisance ici- bas, leur offrant ainsi une facile justification de leur existence d’exploiteurs et leur vendant à bon
compte des billets donnant accès à la félicité divine. La religion est l’opium du peuple.
La religion est une espèce d’alcool spirituel dans lequel les esclaves du capital noient leur image humaine et leur revendication d’une existence tant soit peu digne de l’homme.
Mais l’esclave qui a pris conscience de sa condition et s’est levé pour la lutte qui doit l’affranchir, cesse déjà à moitié d’être un esclave. L’ouvrier conscient d’aujourd’hui, formé par la grande industrie, éduqué par la ville, écarte avec mépris les préjugés religieux, laisse le ciel aux curés et aux tartuffes bourgeois et s’attache à la conquête d’une meilleure existence sur cette terre. Le prolétariat moderne se range du côté du socialisme qui fait appel à la science pour combattre les fumées de la religion et, organisant l’ouvrier dans une lutte véritable pour une meilleure condition terrestre, le libère de la croyance en l’au-delà.
La religion doit être déclarée affaire privée ; c’est ainsi qu’on définit ordinairement l’attitude des socialistes à l’égard de la religion. Mais il importe de
déterminer exactement la signification de ces mots, afin d’éviter tout malentendu. Nous exigeons que la religion soit une affaire privée vis-à-vis de l’État, mais nous ne pouvons en aucune façon
considérer la religion comme une affaire privée en ce qui concerne notre propre Parti.
L’État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d’État. Chacun doit être parfaitement libre de professer
n’importe quelle religion ou de n’en reconnaître aucune, c’est-à-dire d’être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances
religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée.
L’État ne doit accorder aucune subvention ni à l’Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l’égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l’Église était asservie à l’État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l’Église d’État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu’à ce jour dans nos dispositions (égaies), qui persécutaient la croyance ou l’incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l’Église et de l’État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l’égard de l’État et de l’Église modernes.
La révolution russe doit faire aboutir cette revendication comme une partie intégrante et indispensable de la liberté politique. Sous ce rapport, la révolution
russe est placée dans des conditions particulièrement favorables, le détestable régime bureaucratique de l’autocratie féodale et policière ayant provoqué le mécontentement, l’effervescence et
l’indignation dans le clergé même. Si misérable, si ignorant que fût le clergé orthodoxe russe, il s’est réveillé cependant au fracas de la chute de l’ancien régime, du régime médiéval en
Russie.
Le clergé lui-même soutient aujourd’hui la revendication de liberté, s’élève contre le bureaucratisme officiel et l’arbitraire administratif, le mouchardage policier imposé aux « ministres de Dieu ». Nous autres socialistes, nous devons appuyer ce mouvement en poussant jusqu’au bout les revendications des représentants honnêtes et sincères du clergé, en les prenant au mot quand ils parlent de liberté, en exigeant qu’ils brisent résolument tout lien entre la religion et la police.
Ou bien vous êtes sincères, et vous devez dès lors réclamer la séparation complète de l’Église et de l’État, de l’école et de l’Église et demander que la religion soit déclarée affaire privée, et cela de façon absolue et catégorique. Ou bien vous ne souscrivez pas à ces revendications conséquentes de liberté, et cela signifie que vous êtes toujours prisonniers des traditions inquisitoriales, que vous voulez toujours avoir accès aux promotions et aux rémunérations officielles, que vous ne croyez pas à la puissance de vos armes spirituelles, que vous continuez à accepter les pots-de-vin de l’État ; et alors les ouvriers conscients de Russie vous déclarent une guerre sans merci.
Par rapport au parti du prolétariat socialiste, la religion n’est pas une affaire privée. Notre Parti est une association de militants conscients d’avant-garde, combattant pour l’émancipation de la classe ouvrière. cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente à l’inconscience, à l’ignorance ou à l’obscurantisme revêtant la forme de croyances religieuses. Nous réclamons la séparation complète de l’Église et de l’État afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. Mais notre association, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s’est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n’est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat.
Mais puisqu’il en est ainsi, pourquoi ne nous déclarons-nous pas athées dans notre programme ? Pourquoi n’interdisons-nous pas aux chrétiens et aux croyants l’entrée de notre Parti ?
La réponse à cette question fera ressortir la différence très importante des points de vue de la démocratie bourgeoise et de la social-démocratie sur la religion.
Notre programme est fondé tout entier sur une philosophie scientifique, rigoureusement matérialiste. Pour expliquer notre programme il est donc nécessaire d’expliquer les véritables racines historiques et économiques du brouillard religieux. Notre propagande comprend nécessairement celle de l’athéisme ; et la publication à cette fin d’une littérature scientifique que le régime autocratique et féodal a proscrite et poursuivie sévèrement jusqu’à ce jour doit devenir maintenant une des branches de l’activité de notre Parti. Nous aurons probablement à suivre le conseil qu’Engels donna un jour aux socialistes allemands : traduire et répandre parmi les masses la littérature française du XVIII° siècle athée et démystifiante [1] .
Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux on termes de « raison pure », en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie. Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l’oppression sans bornes et l’abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande.
Oublier que l’oppression religieuse de l’humanité n’est que le produit et le reflet de l’oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n’éclaireront le prolétariat s’il n’est pas éclairé par la lutte qu’il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel.
Voilà pourquoi, dans notre programme, nous ne proclamons pas et nous ne devons pas proclamer notre athéisme ; voilà pourquoi nous n’interdisons pas et ne devons pas interdire aux prolétaires, qui ont conservé tels ou tels restes de leurs anciens préjugés, de se rapprocher de notre Parti.
Nous préconiserons toujours la conception scientifique du monde ; il est indispensable que nous luttions contre l’inconséquence de certains « chrétiens », mais cela ne veut pas du tout dire qu’il faille mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui appartient pas ; qu’il faille laisser diviser les forces engagées dans la lutte politique et économique véritablement révolutionnaire au nom d’opinions de troisième ordre ou de chimères, qui perdent rapidement toute valeur politique et sont très vite reléguées à la chambre de débarras, par le cours même de l’évolution économique.
La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d’attiser les haines religieuses - et elle commence à le faire chez nous - pour attirer de ce côté l’attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politiques réellement fondamentaux, problèmes que résout maintenant le prolétariat russe, qui s’unit pratiquement dans sa lutte révolutionnaire. Cette politique réactionnaire de morcellement des forces prolétariennes, qui se manifeste aujourd’hui surtout par les pogromes des Cent-Noirs, trouvera peut-être demain des mesures plus subtiles. Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires, la propagande de la solidarité prolétarienne et de la conception scientifique du monde.
Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l’État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l’esclavage économique, cause véritable de l’abêtissement religieux de l’humanité.
Notes
[1] Voir F. Engels, La littérature politique des émigrés. Le programme des communards blanquistes émigrés.
http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1905/12/vil19051203.htm