Les confédérations syndicales ont traditionnellement une nature différente. Leur assise est professionnelle. La CGT, comme la CGT-FO, sont composées non pas
d’individus, mais d’unions et de fédérations de syndicats. Ces syndicats, eux, regroupent des individus, sur la seule base du travail salarié et de leur volonté de défendre en commun leurs
intérêts particuliers de travailleurs. Sans tenir compte, d’ailleurs, de leurs opinions politiques ou religieuses. Les syndicats se groupent en fédérations nationales professionnelles, comme
celles de la métallurgie, de la chimie, des postes, etc. Au plan local, ils forment des unions départementales interprofessionnelles. Ce sont ces unions et ces fédérations qui constituent la
confédération et qui, entre autres responsabilités, élisent son secrétaire général. Ce sont elles qui financent la confédération par les cotisations qu’elles ont recueillies via leurs
syndicats de base.
Ce qui s’est passé à la CGT le 25 mai, le jour où Thibault a été mis en minorité, est l’aboutissement d’un long affrontement entre deux forces opposées. La
première vise à centraliser la vie de la CGT autour de sa direction confédérale. La seconde vise à préserver le cadre fédéraliste traditionnel de l’action syndicale. Depuis plusieurs congrès
de la centrale, cette lutte se cristallise sur la collecte et la répartition des cotisations des syndiqués. Au moins deux congrès ont été nécessaires pour définir, officiellement, les règles
actuelles : le 47e, en mai 2003 et le 48e, en avril 2006. Et c’est sans compter une longue maturation, qui a commencé bien avant, en fait depuis que l’hypothèse de
l’effondrement électoral du Parti Communiste a hypertrophié les craintes que la chute du Mur de Berlin avait suscitées dans les cercles dirigeants de la CGT. Dès le milieu des années 1990,
Lydia Brovelli, administratrice de la CGT, c’est-à-dire trésorière, tempêtait contre «la volonté d’autonomie, d’indépendance des organisations» qui provoquait des
«blocages». «Par exemple, expliquait-elle, nous réfléchissons à un nouveau système de péréquation des cotisations».
Le résultat de ces réflexions stratégiques des sommets de la CGT, tendu vers sa survie, a été qu’il fallait trouver un remplacement au PCF pour assurer la
cohésion de l’ensemble. Et ce remplaçant a été trouvé bien simplement : la bureaucratie confédérale, en centralisant les cotisations et en les répartissant elle-même entre les
unions et les fédérations, a conquis sur le plan administratif le terrain que perdait le PC sur le plan politique. Tout le processus qui fait vivre financièrement la nouvelle forme
d’organisation, d’une rare complexité, est exposé en une annexe aux statuts de la CGT. En quatre pages, sont développés les articles 34 à 36 des statuts et exposée le système qui dépossède
les fédérations, principales victimes de la réforme, de l’essentiel de leur autonomie financière.
Pour résumer, les unions et les fédérations ont perdu leurs prérogatives de gestion des masses financières formées par la collecte des cotisations. Chacun des
syndicats, au lieu de verser ses cotisations à son union départementale et à sa fédération nationale, les verse directement à la confédération, qui ensuite finance les unions, les fédérations
et les autres structures qu’elle a mises en place.
Une tendance à l'éclatement