Les magistrats, greffiers et fonctionnaires du tribunal de Grande Instance de Quimper réunis le
25 mars 2011 conformément à la décision de l’Assemblée générale du 18 février dernier,
- constatent que le Garde des Sceaux n’a pas pris la mesure de la crise que traverse la Justice malgré le mouvement d’une ampleur sans précédent initié en février
par les professionnels de justice;
- s’associent à la journée de mobilisation réclamant un plan d’urgence pour la Justice et à la manifestation
nationale unitaire qui aura lieu à Paris le 29 mars prochain;
- en solidarité décident du principe du renvoi des audiences prévues le 29 mars, sauf urgences
- appellent à un rassemblement de tous les professionnels de la Justice et de tous les citoyens attachés à une justice indépendante et de qualité
le 29 mars à 12h30 sur les marches du palais de justice de Quimper
- communiqueront à cette occasion un état des lieux de la juridiction quimpéroise afin de mieux faire comprendre l’urgence de la situation.
----------------------------------------
Communiqué de la LDH :
"Les magistrats défendent l’honneur de la République
Depuis des années, la justice est instrumentalisée par le pouvoir
politique, à commencer par le président de la République que la
Constitution charge pourtant de garantir son indépendance.
Depuis des années, Nicolas Sarkozy désigne les
parents comme responsables de l’absentéisme scolaire, les enseignants de l’échec scolaire, les psychiatres des actes des malades mentaux, les juges des actes des
délinquants… Tous responsables et tous coupables, sauf les gouvernants qui se croient d’ailleurs parfois tout permis. Même les policiers se retrouvent aujourd’hui visés par cette tactique qui
consiste à faire payer à d’autres ses propres erreurs et sa démagogie.
Depuis des années, les coupes claires dans le budget de
l’Etat affaiblissent les services publics, et en particulier ceux qui
permettent de juger dans les conditions décentes les justiciables, de
suivre la réinsertion des délinquants, de faire diminuer les risques de
récidive. La France est aujourd’hui l’un des pays européens qui consacre le moins de moyens à sa justice : le mensonge sécuritaire recouvre le sabotage de la
sécurité réelle et de l’Etat de droit.
Aujourd’hui, quelles que soient leurs opinions et leurs
engagements, les magistrats, les avocats, les autres acteurs judiciaires ne supportent plus d’être accusés au mépris des faits, avant toute enquête sérieuse, par
ceux-là mêmes qui abîment la justice et qui lui refusent indépendance et moyens à la hauteur de sa tâche. On a même entendu le Premier ministre enjoindre aux magistrats de se taire par compassion
pour la jeune fille assassinée : l’indécence n’a décidément plus de limites.
La République a besoin d’être respectée : la garantie des droits suppose la séparation des pouvoirs. La justice a besoin d’être respectée, face aux calomnies,
aux pressions politiques et au
sabotage de ses conditions de fonctionnement. Les citoyens ont besoin d’être respectés, face à la démagogie qui les prend pour des imbéciles, confondant la sécurité
et l’ordre public avec la politique de la peur et du pilori.
La Ligue des droits de l’Homme salue la protestation de
tous les magistrats qui ne supportent plus l’exploitation mensongère du crime et de l’émotion qu’il suscite, ni l’affaiblissement, par tous des moyens, du service
public judiciaire. Elle soutient leur mobilisation pour une justice digne de ce nom, pour cette « République irréprochable » cyniquement promise et quotidiennement bafouée par le
comportement des gouvernants actuels."