blog du Npa 29, Finistère
Competence n'ayant plus les moyens de payer ses fournisseurs, l'usine de Brest est quasiment à l'arrêt. Sur le tableau du local syndical, des mots qui font frémir : « cessation de paiement », « dépôt de bilan », « procédure collective »...
Mais toujours une lueur d'espoir. Comme cette devise, un peu jaunie, inscrite en haut de la porte du local : « Luttons pour le pouvoir, l'espoir fera le reste ». L'espoir, la cégétiste Nicole Camblan s'y accroche : « Jabil ne nous a pas fermé la porte. On n'est pas en cessation de paiement, ni en dépôt de bilan. On est toujours en procédure de conciliation. » Elle veut y croire pour « sauvegarder les emplois ». À la cantine, des salariés sont beaucoup moins optimistes. « On est cuit », lâche un cariste. « On a l'impression que l'on va végéter comme ça longtemps, renchérit un autre. On vit au jour le jour, que de bouts de chandelle. »
Les employés pensaient, vendredi, en savoir davantage sur leur avenir. Espoir déçu. Une fois de plus ! « On s'attendait à quelque chose de plus tranché », reconnaissent-ils, sans formalisme, désormais rompus au jeu du « botter en touche » de l'actionnaire. Le comité d'entreprise, initié hier par le directeur de l'unité brestoise, rendait compte de la rencontre du conciliateur judiciaire avec Mercatech et Jabil. Il n'a pas donné grand-chose.
« Quatre heures pour ça ! »
Jeudi, cinq responsables de Jabil (dont deux avocats) et deux avocats de Mercatech ont en effet répondu à la convocation du conciliateur. « Quatre heures pour ça ! », ironise Serge Roudaut de Force Ouvrière. « C'est clair, net et précis, Mercatech ne veut pas rendre les 12 millions de dollars à Competence France, rapporte Stéphane Seïté de la CGT. Il estime que cet argent n'était pas prévu pour le fonds de roulement mais pour les investissements. »
Dans l'usine de Kergaradec, un temps fleuron de la filière électronique, depuis des années la situation est figée. Les salariés vivent au rythme de plans sociaux sous-traités par les anciens propriétaires : Alcatel, Jabil... Presque une culture d'entreprise ! Une pancarte venant de temps à autre signaler le changement. Depuis juillet, ce sont les dix lettres de « Competence » qui ont été apposées en vert, couleur de l'espoir, sur le fronton de l'accueil et de la grille d'entrée. Competence est née de la vente de Jabil à Mercatech, un fonds d'investissement américain.
« Actionnaire défaillant »
Réunis autour de la table du comité d'entreprise, les représentants des salariés sont las, las que Mercatech et Jabil n'aient pas réussi à s'entendre pour « trouver une solution pour Competence France » au bord du gouffre. Le conciliateur estime « l'actionnaire défaillant ». Jeudi, à Rennes, il lui a même demandé de quitter la table des discussions. La CGT parle de « désengagement » de Mercatech, FO « d'abandon ».
Jabil est resté à table. Pour combien de temps ? « On ne sait pas, répond Serge Roudaut. Jabil n'a ni refusé ni accepté de fournir une aide à Competence-France. » Jabil réserverait « une réponse et d'éventuelles propositions « assez rapidement» ». Bref, l'avenir des 214 salariés est suspendu au bon vouloir du géant américain. FO demande au conciliateur judiciaire et au président du tribunal de commerce « de statuer au plus vite sur l'avenir de l'entreprise ».