blog du Npa 29, Finistère
23 juin 2011
Loeiz Roparz a beaucoup oeuvré pour populariser la culture bretonne sous ses formes musicales et linguistiques. Un livre CD d'éminents témoignages lui rend hommage.
Né en 1921 à Poullaouen, puis ayant vécu à Quimper au sortir de la guerre jusqu'à sa disparition, en novembre2007, Loeiz Ropars est avant tout considéré comme le
«rénovateur du fest-noz». Ce raccourci conduit vers l'infatigable action de cet «autodidacte formé à l'école de la tradition», selon ses propres propos. Professeur de français, latin, grec mais
aussi breton, il transmit sa langue maternelle et la danse des terroirs jusqu'à ses derniers instants. Sonneur de couple et chanteur de kan ha diskan, Loeiz Roparz fut aussi à l'origine des
premiers pas du Bagad Kemper (alias Kevrenn C'hlazig) dont il assuma la première présidence: «Plus honorifique que réelle», précisait-il volontiers. Mais, outre ses infatigables mises en valeur
de ce patrimoine culturel, beaucoup tiennent aussi à citer son action anti-remembrement. «Une bataille pas toujours soutenue à sa juste mesure par certains milieux bretons», selon les concepteurs
du livre CD «Paotr ar festoù-noz» qui sort en ce moment.
Propos reconnaissants
Co-réalisé par son fils Jefig, Armel Morgant et Gilles Goyat, cet ouvrage rassemble une quarantaine de témoignages en breton ou en français, de personnalités louant la grande valeur de l'homme et
ce qu'il leur a apporté. Fanch Broudig, Donatien Laurent, Bernez Rouz, Andrea Ar Gouilh, Marthe Vassallo, tant d'autres et même Jean Failler et ses noms de poissons en breton
(!)* forment ce généreux sommaire complété par un CD d'archives essentielles. «Brut de pomme», celles-ci restituent une prise sur le vif
d'airs par Loeiz chanteur ou joueur de bombarde et ses compères. On y retrouve, entre autres, Fanch Bodivit au biniou dans ce qui fut le tout premier enregistrement (78 tours) du label «Mouez
Breiz». Des Fêtes de Cornouaille 1950 à son dernier chant, accompagné à la flûte par son fils Erwan, capté en 2005, ce CD hors commerce est un trésor. Sa pépite en étant forcément le chant
militant d'Ifig Pichon, que Loeiz interprète, accompagné au piano par son épouse Marie-Thérèse Hénaff (document ORTF).
Pratique Loeiz Roparz «Paotr ar festou-noz» est édité chez Emgleo Breiz
*: Vous rendez vous compte! Et si maint'nant les poissons avaient "aussi" un nom breton, comment s'y retrouver!
Ce "!" me laisse perplexe! Il ne lui vient pas à l'encéphale que des gens ont pu nommer des poissons dans toutes sortes de "patois" pendant des millénaires avant qu'on ne leur impose l'exclusivité du français pendant les 60 dernières années! Et même que le goéland est un nom breton!
Note:
Ce que bien évidemment, ne peut pas dire le journal, c'est que Loeiz Roparz, dit aussi "Loulou La Gavotte- l'inventeur du Fest Noz" (par ses détracteurs?) s'est trouvé au coeur d'une lutte farouche, dès que le mouvement nationaliste s'est relevé après la guerre. Après les initiatives dans le cadre de l'occupation des uns et la "retraite" volontaire des autres, il s'est agi de recréer un nouveau mouvement culturel. Et cela au moment où personne ne soupçonnait d'ailleurs que les locuteurs commençaient à refuser de transmettre la langue bretonne à leurs enfants. Rôle de l'économie ou de la collaboration des nationalistes? un peu des deux! En tout cas personne à l'époque ne soupçonnait qu'il irait si loin, pas même Roparz Hemon qui tablait pour sa "langue littéraire" sur un maintien du breton "populaire-patoisant" à côté. Personne n'imaginait la situation actuelle de pré-extinction.
Les deux références possibles étaient, soit la version calquée sur le succès d'Israël, qui consistait à imposer une langue "moderne", "ex-nihilo" (sortie du néant) aux nouvelles générations, une langue arbitraire, épurée, normalisée, préservée des iffluences "patoisantes" néfastes. Les tenants de cette positions étaient dirigés depuis Dublin par Roparz Hemon et d'autres, en exil suite à certains "détails". Leur orthographe magique était le "ZH" de 1941, imposé par l'occupant.
L'immense majorité des gens "sur le terrain" à l'époque, d'où leur proximité avec les paysans en lutte contre le remembrement technocratique, avaient leurs racines politiques et affectives dans la Résistance. Le PCF, Ar Falz, avec le reste de la gauche, étaient (malgré leur peu d'enthousiasme envers la langue bretonne dans les villes ) la référence. Leur vision de la langue était la préservation et le rayonnement de la forme de la langue, telle qu'elle a toujours été parlée au sein du peuple. Du "folklorisme" selon les autres, bien sûr "scientifiques". L' anti nationalisme de la gauche, ne la poussait nullement à essayer de l'enseigner aux jeunes des villes et encore moins en Haute-Bretagne en concurrence avec le gallo.
Or les gens des campagnes se sont détournés de leur langue, et ce sont les gens éduqués des villes de l'Ouest comme de l'Est, qui s'y sont interressés. L'eau s'est raréfiée autour du poisson "de gauche" et les nationalistes (pas tous de "droite") ont retrouvé un oxygène auprès de le jeunesse scolarisée, en ringardisant habilement l'autre courant de pensée qui était dirigé par des "vieux" : Per Jakez Helias et un "chanoine", Falc'hun, rendez-vous compte!
Il s'en est suivi un "clash" profond entre les défenseurs des deux orthographes, qui cachait mal un conflit politique, générationnel, éthique, sociologique plus profond.
Aujourd'hui, l'orthographe "zh" a gagné la partie, elle est dans tous les écrits bizzaroïdes que nous voyons au bord des routes, suite aux luttes linguistiques. Mais l'aspiration a connaître la seule langue authentiquement bretonne, celle que parlaient les paysans et marins pêcheurs n 'a pas disparu, elle est même majoritaire, "hégémonique" auprès des nouvelles générations. Même si ce n'est plus que de la nostalgie, cela remet quand même un peu en cause l'idéologie dominante (en France) de la langue "littéraire unifiée" supérieure aux "patois bordéliques".