blog du Npa 29, Finistère
13 août 2010 - Le Télégramme
Kerfeunteun-Quimper, tenant du titre, qui danse en costumes de mendiants... Lecercle de Guingamp qui arrive à la Saint-Loup avec une chorégraphie sur les mariages homosexuels et les violences conjugales... La danse bretonne est en pleine ébullition.
Le «renouveau» de la danse bretonne a été amorcé il y a cinquante ans, avec, déjà, des polémiques. Gwenael Le Viol, chorégraphe (*) du cercle Eostiged ar
Stangala de Kerfeunteun (Quimper), explique les grandes lignes de cette (r) évolution.
Kerfeunteun a été le premier à lancer ce mouvement. Dans quelles circonstances?
Dans les années 60, JeanGuihard, un Dinannais muté à Quimper pour raisons professionnelles, admirait ce qui se faisait dans les Pays de l'Est pour faire évoluer la
danse traditionnelle. Kerfeunteun a montré une chorégraphie différente, un soir de festival de Cornouaille. C'était hardi. À l'époque, les cercles ne faisaient que reproduire les danses
traditionnelles sur scène. Ça a fini sous les sifflets: «Ce n'est plus de la danse bretonne!». Mais il y a eu aussi de très nombreux encouragements:«Enfin des ballets bretons!». Du coup, le
cercle a continué avec pour mot d'ordre:«On crée et on innove...».
Vous êtes-vous posé des limites?
Dès qu'on commence à définir des limites, on bride. Nous sommes partisans de l'imagination débridée en matière de chorégraphie. On veut secouer le cocotier, casser
l'image d'Épinal attachée à la danse bretonne. Ceci dit, attention à ce qu'on fait. On a vu de tout. C'est vite moyen. Si on veut faire du rock ou de la salsa, pourquoi porter un costume breton?
Un strip-tease en coiffe, c'est limite. Si c'est de la provoc, d'accord. Mais il faut aller jusqu'au bout de la démarche, c'est rarement le cas. En fait, il faut toujours se demander:est-ce que
nos grands-mères se seraient permis cela? Car, avec le costume, on hérite d'un passé, d'une histoire.
Pourquoi dansez-vous sans costume traditionnel alors?
Si on veut faire de la danse à part entière et non du musée, il faut enlever le costume. Sinon, on est catalogué danse traditionnelle ou folklorique. En 2006, dans
notre spectacle, des marins rencontraient des filles de joie dans un cabaret. Impossible de mettre le costume!De même pour le spectacle de rue qu'on a monté avec Le Fourneau sur le thème des
mendiants. De toute façon, les costumes en velours ne supportent pas l'eau! On était tellement content de danser ainsi qu'on a gardé ces habits pour le concours (partie traditionnelle), en avril.
Du coup, on n'a pas été bien noté (13e). Mais pourquoi devrait-on s'habiller en costume de Quimper pour aller danser des danses d'ailleurs? Ce n'est pas logique.
Comment le public réagit-il?
Il est surpris. Après notre spectacle de rue, les gens nous demandent d'où on vient. Beaucoup découvrent les danses bretonnes de cette façon.
Prenez-vous aussi des libertés avec les danses traditionnelles?
Pourquoi n'inventerait-on pas des pas nouveaux? On le fait un peu, pour s'amuser. Mais vu le travail de collectage effectué par les fédérations, il y a des danses
nouvelles qui réapparaissent tous les ans. Le patrimoine est si vaste qu'il n'y a pas besoin d'inventer. À chaque génération, dans chaque village, les danses évoluaient.
Le concours mobilise-t-il tous vos efforts?
On a aussi créé un spectacle(«Sorcière») pour le Festival interceltique de Lorient, «Heol», une comédie musicale sur l'histoire de Quimper pour le festival de
Cornouaille, et notre spectacle de rue, «Courants épiques». Par ailleurs, dès qu'on le peut, on sort de la Bretagne. En 2009, on a joué Breizh Side Storioù pendant deux semaines en Inde, où le
spectacle a très bien fonctionné.
*Avec Isabelle Quintin, Thomas Carlier et Mikaël Jégou.
«Être le garant de l'authenticité et de la tradition, tout en faisant voler en éclat certains clichés dont souffre encore la danse bretonne»: tel est le credo de la fédération Kendalc'h.
Kendalc'h (*) ce sont 15.000 danseurs. La plupart dans des cercles orientés loisir. Mais 3.000 d'entre eux consacrent toute leur énergie et passion au fameux
concours qui rythme la vie de l'association et de soixante groupes compétiteurs, chaque année.
Des règles mais...
Et ce, dès le printemps. Avec une épreuve traditionnelle qui, pour la première fois, pour les 60 ans de Kendalc'h, a réuni tous les cercles, le 11 avril à Vannes.
«Nous sommes pleinement dans notre rôle de sauvegarde et de collectage des danses qui doivent être identiques à l'origine», souligne Mathieu Lamour, directeur. Pour la seconde partie du
concours, en juin, la création est de règle avec une liberté au niveau des thématiques, des danses et de l'accompagnement musical. «Pour autant, les règles sont strictes avec des critères de
plus en plus pointus selon la catégorie (quatre, dont un label excellence pour les meilleurs de la première). Mais, si on fixe un cadre, nous n'imposons pas une voie particulière».
Arts de la rue
Kendalc'h se défend ainsi de privilégier la voie de l'innovation la plus débridée ou celle d'une interprétation contemporaine de la tradition mais plus
respectueuse des formes:«La preuve à la Saint-Loup, l'an passé. Kerfeunteun (lire ci-dessus) et Auray- qui s'appuie sur le répertoire traditionnel pour en faire une démonstration de puissance
avec des costumes et des danses de très grande classe, accompagné par un bagad - ont terminé avec un écart très faible :0,14point. L'important est que ces groupes à la forte personnalité
présentent des spectacles de qualité, représentatifs de la culture et de l'identité bretonnes ainsi que d'une tradition dynamique et vivante». Une diversité que la fédération souhaite mieux
faire connaître au travers des arts de la rue. La création Breizh Omega, en lien avec Le Fourneau et les sept meilleurs cercles du moment a ainsi touché, avec succès, 8.000 personnes, à
Quimper, le 25 juillet, et à Lorient, le 8 août: «On compte sur ce genre d'initiatives pour que des gens qui ont une vision soit très traditionnelle, soit très hautaine des danses bretonnes,
modifient leur regard».
* Il existe une autre fédération, plus petite, War'l Leur, issue d'une scission de Kendalc'h en 1965.
«On ne veut pas faire de la provocation. On a envie de montrer que la danse traditionnelle peut être tournée vers l'avenir et être résolument de son temps. Je
voudrais que la danse bretonne sorte du ghetto du passéisme». En choisissant, pour la finale du concours, à la Saint-Loup, le thème des alliances atypiques-mariage forcé, violences conjugales,
mariage homosexuel- la chorégraphe Gaëlle Le Bourdonnec et le cercle Kroas Hent Gwemgamp savent qu'ils ne plairont pas à tout le monde. Déjà, l'an passé, drapeau rouge et grève sur la scène
avaient suscité des polémiques.
Style commedia dell'arte
Cette année, la mise en scène, style commedia dell'arte, devrait encore générer des remous. «Quand on a présenté le projet aux danseurs, ils ont été surpris. Il a
fallu les bousculer un peu. Aujourd'hui, ils sont contents», confie la chorégraphe. Non sans préciser qu'aussi hardie que puisse paraître la mise en scène, «il s'agit tout de même de danse
traditionnelle». Le cercle peut le revendiquer: il s'est brillamment classé troisième des sélections, en avril. «En tant que groupe de Guingamp, le but était de se sélectionner pour pouvoir
être sur la grande scène de la Saint-Loup. On est donc heureux d'être là. Après, advienne que pourra. On sait qu'on ne fera pas l'unanimité. Mais on assume. Si ce ne sont pas les groupes de la
catégorie excellence qui innovent, qui donc le fera?».
Si on veut faire de la danse à part entière et non du musée, il faut enlever le costume. Sinon, on est catalogué danse traditionnelle ou folklorique.