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blog du Npa 29, Finistère

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Et Nixon percuta un Ellsberg… (Libération)

Critique

Docu. En 1971, Daniel Ellsberg, analyste au Pentagone, dévoile un rapport secret sur le Vietnam. Le début de la fin pour le Président.

Par ISABELLE HANNE

L’homme qui a fait tomber Nixon documentaire réalisé par Judith Ehrlich et Rick Goldsmith, Arte, 20 h 35.


Henry Kissinger l’avait désigné «homme le plus dangereux des Etats-Unis». Richard Nixon, lui, s’était contenté de «son of a bitch». Le crime de Daniel Ellsberg ? Avoir livré à la presse américaine, en 1971, un rapport classé secret-défense de 7 000 pages sur la guerre du Vietnam. C’est l’affaire des «Pentagon Papers». Ou comment les citoyens américains ont appris que tous leurs présidents, depuis presque vingt ans, leur avaient menti pour poursuivre une guerre qu’ils savaient perdue d’avance.


A l’origine, Ellsberg est pourtant au cœur de la puissante machine de guerre bureaucratique à l’œuvre aux Etats-Unis. Ancien marine, brillant analyste employé comme conseiller par le Pentagone, il a un rôle crucial dans les premiers bombardements massifs au Vietnam. Jusqu’à ce que la lecture de ces rapports militaires, qui dévoilent les motivations réelles de la présence américaine dans le pays, et la rencontre avec une fervente pacifiste viennent ébranler les convictions de l’employé modèle.

 

Pendant des nuits entières, avec l’aide de ses enfants, «Dan» photocopie, page par page, les 47 volumes des dossiers du Pentagone. Il transmet des copies aux sénateurs antiguerre qui n’en font rien, trop frileux. Pourquoi prendre le risque d’être taxé d’ennemi de la nation ?

 

Désemparé, Ellsberg contacte Neil Sheehan, un journaliste du New York Times, qui décide de publier l’intégralité du rapport - «l’équivalent de trois exemplaires d’Autant en emporte le vent» ! En rendant publics les mensonges de tous les locataires de la Maison Blanche, de Eisenhower à Nixon, Ellsberg passe de patriote convaincu à désobéissant civil. Ces révélations font l’effet d’une bombe : le conseiller, dont le but était d’arrêter une guerre injustifiée et barbare, devient, en quelques jours, l’homme le plus recherché en Amérique, le traître à abattre.


Censure.


La présidence et ses aides de camp décident de répliquer sur tous les fronts. L’ancien consultant du Pentagone est poursuivi pour huit chefs d’accusation, dont vol, conspiration et espionnage, passibles de cent quinze ans de prison… Tout est fait pour le discréditer devant le tribunal : son dossier personnel est même volé chez son psychanalyste.

 

Le New York Times écope d’une interdiction préventive de publication. Mais Ellsberg a arrosé de copies 17 groupes de presse. Tour à tour, le Washington Post, le Boston Globe, le LA Times publient des parties du rapport, rendant impossible sa censure par l’administration Nixon. Cette défense collective du premier amendement de la Constitution est une véritable déclaration d’indépendance de la presse américaine à l’égard de l’exécutif. Et l’arrêt de la Cour suprême qui suivit, établissant que la sécurité nationale ne justifie pas la censure préalable, est fondateur de la liberté de la presse aux Etats-Unis.


Paranoïa. 


L’homme qui a fait tomber Nixon livre les témoignages francs et éclairés des acteurs de cette histoire. Des récits forts, surtout quand Ellsberg raconte, très ému, le jour où tout a basculé pour lui. Le documentaire utilise d’incroyables archives sonores, notamment celles des conversations privées du Président - il veut «écraser ces putains de journalistes», «coincer cet enfoiré» (Ellsberg), tout en mettant une branlée au Vietnam, «ce pays de merde»

 

L’homme qui a fait tomber Nixon est un portrait de l’Amérique des années 70, ses magouilles politiques et ses mouvements pacifistes. C’est aussi un portrait de «Dan», devenu, depuis cet épisode, un activiste pour la paix et la justice sociale, considéré par beaucoup comme quelqu’un qui «a changé l’histoire de son pays». Mais surtout, le documentaire se regarde comme un thriller palpitant, qui dévoile au fur et à mesure un scandale bien plus énorme que le Watergate.

 

Quel extraordinaire scénario que cette histoire de fonctionnaire zélé qui fait passer sa conscience, ses principes, avant sa carrière et son pays ! Mais ses révélations explosives n’ont pas empêché la réélection de Nixon en 1972… Contrairement à ce qu’avance le titre français du documentaire, il ne fut pas directement «l’homme qui a fait tomber Nixon». En revanche, ses révélations ont exacerbé la paranoïa du Président, provoquant indirectement le scandale du Watergate et sa démission. Et neuf mois plus tard, la fin de la guerre du Vietnam.

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