blog du Npa 29, Finistère
25 avril 2010 - Le Télégramme
Le fest-noz sera-t-il, à l'instar du tango, reconnu comme élément représentatif du patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. C'est en tout cas le souhait de Dastum qui va déposer un dossier en ce sens.
Les trésors de l'Humanité de l'Unesco, tout le monde connaît. Il s'agit généralement de sites patrimoniaux remarquables, reflets de
civilisations tout aussi remarquables. Ce que l'on sait moins c'est que depuis 2005, l'Unesco a promulgué une convention - ratifiée par les parlementaires français - destinée à préserver les
trésors immatériels de l'Humanité dignes d'être transmis de génération en génération: danses, musiques, théâtre mais aussi fêtes et traditions populaires. «Il y a deux ans, j'ai pris connaissance
de cette convention très intéressante pour nous», explique Charles Quimbert, directeur de Dastum, organisme qui, depuis des années, collecte en Bretagne les éléments du patrimoine culturel.
Réponse en 2011
En décembre2008, Dastum a organisé deux journées de réflexion autour du patrimoine immatériel qui, souvent, passe au second plan quand les élus doivent faire avancer des dossiers. 200 personnes y
avaient participé. Ensuite, un groupe de travail a été constitué pour définir ce qui pourrait être proposé à l'Unesco. Le fest-noz, c'était une évidence, s'est très vite imposé. Depuis, Dastum
travaille en lien avec le ministère de laCulture pour la rédaction d'un mémoire qui doit être déposé en juin prochain. Ce document doit prendre en compte la dimension sociale et ethnologique du
fest-noz. Il doit expliciter en quoi cette inscription à la convention est importante pour l'avenir de ce phénomène social et musical.
L'Unesco devrait se prononcer à la fin du premier semestre 2011. Un autre dossier, concernant les chants à écouter et les complaintes en langue française et
gallaise ainsi que les gwerziou (complaintes en breton), devrait être déposé dans la foulée, dans le cadre d'un plan de sauvegarde de ces éléments culturels. Les bénéfices de ces reconnaissances
ne seront pas sonnants et trébuchants. «Elles ont surtout pour but de mobiliser une communauté», avance CharlesQuimbert qui reconnaît aussi que l'investissement du ministère de la Culture dans
ces démarches n'est pas dénué de sens. Paris soutenant le fest-noz et la gwerz au niveau international comme il l'a fait pour le château de Versailles, c'était inimaginable il y a vingtans.
Le tango, les carnavals...
Les Bretons ne sont pas les seuls à brandir l'étendard de leurs éléments immatériels. Récemment les Corses ont obtenu le classement du Cantu in Paghjella, une forme de chant polyphonique.
Parallèlement, les Belges ont eu l'assurance que leur carnaval de Binche et leurs processions de Géants ne tomberaient pas dans les oubliettes du temps. Le tango, lui aussi, a été inscrit à la
convention sur proposition des gouvernements argentin et uruguayen. Un autre dossier, porté par les accros de la tauromachie et visant à protéger la corrida, pourrait être confié à l'Unesco. Ce
projet a soulevé une tempête de protestations. «Enfoncer une quinzaine d'armes blanches dans le corps d'un animal, est-ce un trésor de l'Humanité», se demandent ses opposants?
Note: On peut être sceptique! Pour avoir suivi une tentative précédente en faveur de la "gwerz". Ces interminables complaintes remontant pour certaines fort loin, les autres servant de "Voici" et "Paris Match" pour nos ancêtres friants de faits divers sanglants. Les personnes qui filtrent les projets à Paris mettaient leur veto à tout expression d'une autre langue que le français. Mais le fest noz y parle pas! Y a p'têt une chance! Que les corses aient obtenus la validation de leur chant polyphonique n'est pas une preuve, les réformes dont bénéficie la Corse ne sont pas exportées.
Autre remarque: toute tradition n'est pas forcément à garder, comme le faisaient remarquer sur une affiche les nationalistes irlandais aux unionistes. On y voyait des gens en cagoule blanche brûler une croix et molester des noirs. Car des gens en chapeau melon molestant des "nègres roux" c'est tous les ans. Ca peut être de la politique nationaliste d'état comme en Espagne: mettre la corrida au niveau du tango c'est une réponse des nationalistes "espagnolistes" aux nationalistes catalans qui refusent qu'on maltraite des taureaux chez eux (contrairement à une minorité du reste des espagnols, animés souvent d'un esprit conservateur et chauvin -y compris la "gauche").
Chez nous la reconnaissance du fest noz serait celle d'une "différence laïque" (voire politique) qui ne nous fait plus honte alors que la différence religieuse elle
était bienvenue: "Regardez ces braves bretons typiques, leurs beaux pardons, leurs belles chapelles!" (Et leurs cimetierres) . Mais serait-elle bien accueillie au moment où
Besson-Hortefeu cherchent à mettre la différence à l'index en utilisant le niquab (et non la burqa).