blog du Npa 29, Finistère



Gueguin Pierre
Né le 18 août 1896 à Quimerch (Finistère).
Professeur de mathématiques.
Ancien combattant de 1914-1918. Il adhère au Parti socialiste, SFIO, en 1919 puis rejoint la majorité au congrès de Tours de 1920 pour fonder la SFIC.
Il devient l’un des principaux dirigeants communistes de Bretagne. Il est directeur du journal La Bretagne communiste.
En 1931 il prend la défense des oppositionnels communistes exclus du PC.
Elu conseiller municipal de Concarneau en 1929, il en le maire le 19 mai 1935.
Elu conseiller général en octobre 1935.
Il rompit avec le Parti en septembre 1939 et dénonce le Pacte germano-soviétique mais il est déchu de ses mandats.
Mobilisé, puis libéré, il reste déchu de ses fonctions. Il écrit le 11 mars 1940 pour protester contre sa déchéance au président du Conseil général. Tout en dénonçant « le pacte de la trahison » signé entre Hitler et Staline il souligne son attachement au communisme : « si le Parti communiste, sur l'ordre de Staline, a brusquement renié tous ses principes, je leur suis demeuré fidèlement attaché. »
Il est arrêté et interné au camp de Choisel à Châteaubriant le 2 juillet 1941. Il doit subir avec son camarade et ami Marc Bourhis (voir ce nom) la vive hostilité des dirigeants communistes internés.
Le 13 septembre, dix-neuf internés bien sélectionnés, dont Guéguin et Bourhis, furent transférés dans la baraque 19. On l'appela la baraque des intellectuels. Elle devient la baraque « des otages »
Bourhis, Marc
Né le 16 février 1907 à Lézardrieux (Côtes-du-Nord).
Instituteur.
Syndicaliste enseignant.
Il milite à la Fédération unitaire de l’enseignement.
Adhèrent du PCF de 1930 à 1933.
Sympathisant trotskyste. Il devient l’un des porte-parole du courant révolutionnaire de l’Ecole Emancipée.
Mobilisé en 1939, il est libéré en juin 1940. Il contact son ami Pierre Guéguin (Voir ce nom) pour agir dans la clandestinité contre l’occupant nazie.
Il est arrêté le 2 juillet 1941 et transféré à Châteaubriant. Au camp, les militants et dirigeants du PCF soumettent Bourhis et Guéguin à la quarantaine (voir lettre de Marc Bourhis à sa femme).
Il fut exécuté alors que l’administration du camp avait reçu un ordre de mise en liberté.

L’Humanité a réservé un nombre impressionnant de pages à son héros et notamment le numéro spécial de l’Humanité Dimanche qui y consacre 32 pages dont deux sont consacrées aux photos des « 26 qui sont tombés avec Guy Môquet ». Ils sont ainsi présentés : « Ces hommes sont communistes et c’est pour cela qu’on va les tuer (…). Ils sont communistes et ont le tort de dire « non », de résister (…). L’histoire de France leur appartient et le général De Gaulle en fera le symbole de la Résistance ».
Les communistes de 1941 étaient militants d’un parti stalinien, or, parmi les 27, deux ne l’étaient plus : Marc Bourhis avait rejoint les trotskistes en 1935 et Pierre Guéguin avait rompu avec le PCF lors du Pacte germano-soviétique de 1939 puis était devenu sympathisant trotskiste. Certes l’Humanité Dimanche montre la photo de leur visage mais elle se contente de mentionner leur activité professionnelle : « Pierre Guéguen : 45 ans, professeur, maire de Concarneau ; Marc Bourhis : 34 ans, marié, un enfant, instituteur à Concarneau ».
C’est tout. Dans les autres pages très nombreuses de l’Humanité quotidienne sur Châteaubriant, pas un mot sur eux.
Dans une brochure de 1954 « Lettres des fusillés de Châteaubriant » éditée par l’Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves (contrôlée, bien sûr, par le PCF) on trouve les photos de Bourhis, « professeur, maire de Concarneau », et de Guéguen, « instituteur public ». On se contente de préciser qu’ils furent très courageux mais pas un mot sur leurs opinions politiques.
Pourtant, il y a peu, l’Humanité avait publié un article inattendu et incroyable. Il est trouvable sur Internet ici « Bourhis et l’Humanité ». Il a été publié le 18 octobre 2003 sous le
titre « Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau ».
On y détaille la vie aussi bien de Guéguin (on peut aussi l’écrire Guéguen) que de Bourhis en précisant bien qu’ils étaient trotskistes. On cite élogieusement un livre à eux consacrés, par un auteur breton (1) et on va même jusqu’à en citer des passages mettant en cause les militants communistes : « selon Marc Morlec, Guéguin et Bourhis ont été tenus “à l’écart“ par les autres détenus qui leur battaient froid ».
L’Humanité du 24 mai 2007 se contente de dire que les 27 fusillés étaient tous communistes sauf un, sans autre précision. La tradition continue. Dans les années 1970 la LCR avait mené campagne sans succès pour que le PCF et son Amicale, dirigée par Fernand Grenier, reconnaisse que parmi les 27 il y avait un trotskiste et un opposant au stalinisme.
Pendant et après la guerre les trotskistes bénéficiaient de l’appellation « hitléro-trotskistes » de la part du PCF et de ses journaux, est-ce pour ne pas avoir à se livrer à une pénible autocritique qu’actuellement ils préfèrent le silence ?