Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

blog du Npa 29, Finistère

Publicité

Hommage à Pierre Gueguen et Marc Bourhis



Polémique sur fond de drapeaux à Concarneau

Il y aurait eu comme des échanges de mots doux, selon le journaliste du Télégramme, lors des cérémonies en hommage à Gueguen et Bourhis. Comment pourrait-il en être autrement, tant l'histoire de ces deux personnages recèle de non-dits! Et cela ne va pas s'arranger avec la nouvelle municipalité de droite.

Le journaliste se place lui, au dessus de la mêlée, et déplore que l'on ne communie pas tous ensemble dans le tricolore. Mais c'est précisément leur refus du concensus, qui a amené Gueguen et Bourhis à la mise en quarantaine et à la mort.

Pierre Gueguen, ce n'est pas qu'un lycée, c'est l'ancien Maire de Concarneau. En 1939, il rejette le Pacte Hitler Staline et devient un paria pour un PCF bien dans la ligne de soutien total au stalinisme.

Marc Bourhis ce n'est pas qu'une école publique. C'est un instituteur membre de l'Ecole Emancipée. L'EE est alors la "tendance syndicaliste révolutionnaire" du SNI, syndicat des instituteurs. L'EE a fait partie de la CGT socialiste, de la CGTU communiste où elle était majoritaire dans la Fédé de l'enseignement. L'EE et Emancipation, ses héritiers, existent toujours dans la FSU.

Bourhis va adhérer au POI, ancêtre de la LCR, puis au PSOP (Parti Socialiste Ouvrier et Paysan de Marceau Pivert , un POUM à la française, ou un PSU voire un NPA...)
Et les deux dissidents vont se rappocher. Au point que désignés comme otages à Chateaubriand ils seront fusillés ensemble. Mais avant, ils seront mis en "quarantaine" par leurs co-détenus. Personne n'avait le droit d'approcher les "pestiférés", de leur adresser la parole, avant de passer au peloton nazi.

Après guerre la machine de propagande va se mettre en route. Non comme aujourd'hui pour "récupérer" deux personnes qui n'ont rien à voir avec la mythologie du PCF. Non, c'est pour dénigrer les "hitléro-trotskistes".

Il y aura des réunions publiques d'explication, rien n'y fait. Elle seront perturbées par des fanatiques. La jeune veuve de Bourhis sera terrorisée, le père de Marc Bourhis, sera vu , à 80 ans , couvert de crachats, essayer de défender la mémoire de son fils.

A la même époque à Quimper une rescapée de Ravensbrück deviendra folle. Modiste, les staliniens se relaieront devant sa boutique pour empêcher les gens d'entrer. Elle aurait été en camp "pour suivre ses amants allemands", disait-on.

Voilà l'ambiance à la Libération pour ceux qui n'ont pas fait allégeance à la Résistance dominée par De Gaulle. Car c'est bien là que çà coince. Les trotskistes ou suposés tels, refusaient le concensus d'après guerre.

Alors cette présence du drapeau communiste aujourd'hui parmi les tricolores?

En 1979, nous étions venus avec celui de la 4è Internationale à laquelle appartenait Marc Bourhis, et là c'est certains du PCF qui grinçaient des dents! Et les journalistes ne se privaient pas de commenter cette intrusion des gauchistes.

A priori, je ne sais si Gueguen aurait aimé le tricolore. Sa rupture avec le PCF n'en faisait pas forcément un "trotskiste internationaliste ". Mais lui imposer celui du PCF!

Quant à honorer Bourhis avec les deux emblèmes qu'il rejetait: celui de la nation bourgeoise, des bourreaux de la Commune de Paris, de la Grande Boucherie de 1914, des massacres "d'indigènes des colonies" et celui de la contre révolution qui salissait en URSS les idéaux de socialisme et communisme!

-------------------------------------------

Un article de L'Humanité en 2004 (source Wikipédia) qui montre l'évolution du PCF sur cette question: la reconnaissance de 2 trotskistes parmi les fusillés mais aussi les limites: pas de "vraies" divergences politiques, des histoires sommes toutes personnelles réglées à la bonne franquette.

link



Gueguin Pierre


Né le 18 août 1896 à Quimerch (Finistère).

Professeur de mathématiques.

Ancien combattant de 1914-1918. Il adhère au Parti socialiste, SFIO, en 1919 puis rejoint la majorité au congrès de Tours de 1920 pour fonder la SFIC.

Il devient l’un des principaux dirigeants communistes de Bretagne. Il est directeur du journal La Bretagne communiste.

En 1931 il prend la défense des oppositionnels communistes exclus du PC.

Elu conseiller municipal de Concarneau en 1929, il en le maire le 19 mai 1935.

Elu conseiller général en octobre 1935.

Il rompit avec le Parti en septembre 1939 et dénonce le Pacte germano-soviétique mais il est déchu de ses mandats.

Mobilisé, puis libéré, il reste déchu de ses fonctions. Il écrit le 11 mars 1940 pour protester contre sa déchéance au président du Conseil général. Tout en dénonçant « le pacte de la trahison » signé entre Hitler et Staline il souligne son attachement au communisme : « si le Parti communiste, sur l'ordre de Staline, a brusquement renié tous ses principes, je leur suis demeuré fidèlement attaché. »

Il est arrêté et interné au camp de Choisel à Châteaubriant le 2 juillet 1941. Il doit subir avec son camarade et ami Marc Bourhis (voir ce nom) la vive hostilité des dirigeants communistes internés.


Le 13 septembre, dix-neuf internés bien sélectionnés, dont Guéguin et Bourhis, furent transférés dans la baraque 19. On l'appela la baraque des intellectuels. Elle devient la baraque « des otages »


 

Bourhis, Marc


Né le 16 février 1907 à Lézardrieux (Côtes-du-Nord).

Instituteur.

Syndicaliste enseignant.

Il milite à la Fédération unitaire de l’enseignement.

Adhèrent du PCF de 1930 à 1933.

Sympathisant trotskyste. Il devient l’un des porte-parole du courant révolutionnaire de l’Ecole Emancipée.

Il adhère au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert et milite en son sein avec le courant trotskyste.

Mobilisé en 1939, il est libéré en juin 1940. Il contact son ami Pierre Guéguin (Voir ce nom) pour agir dans la clandestinité contre l’occupant nazie.

Il est arrêté le 2 juillet 1941 et transféré à Châteaubriant. Au camp, les militants et dirigeants du PCF soumettent Bourhis et Guéguin à la quarantaine (voir lettre de Marc Bourhis à sa femme).

Il fut exécuté alors que l’administration du camp avait reçu un ordre de mise en liberté.

.

Source: Musée de L'Histoire vivante:


link

à lire aux éditions Skol Vreizh, Morlaix ( Voir liens)
Marc Morlec, Filets bleus et grèves rouges, Ed. Skol Vreizh (L’Ecole bretonne), Montroules/Morlaix 2003


Et un article d'Inprecor:

Au cours du mois d’octobre le Parti Communiste Français a beaucoup parlé de la fusillade de Châteaubriant qui avait eu lieu le 22 octobre 1941 et surtout du plus jeune fusillé, Guy Môquet, âgé de 17 ans.

 Le plus incroyable est que celui qui a ouvert le débat n’est autre que le président de la république, Sarkozy, le 16 mai 2007, jour de son investiture. Par la suite l’Elysée a insisté pour que la dernière lettre de Guy Môquet soit lue dans les établissements scolaires.

 Dans cette lettre, certes émouvante, il se présente simplement comme un patriote victime du nazisme sans la moindre allusion à ses idées communistes. Bien évidemment les enseignants se sont retrouvés partagés quant à la lecture de cette lettre qui déifie un jeune communiste en le présentant comme le symbole du patriotisme et de l’union sacrée sans la moindre allusion à son idéal et à ses combats.

L’Humanité a réservé un nombre impressionnant de pages à son héros et notamment le numéro spécial de l’Humanité Dimanche qui y consacre 32 pages dont deux sont consacrées aux photos des « 26 qui sont tombés avec Guy Môquet ». Ils sont ainsi présentés : « Ces hommes sont communistes et c’est pour cela qu’on va les tuer (…). Ils sont communistes et ont le tort de dire « non », de résister (…). L’histoire de France leur appartient et le général De Gaulle en fera le symbole de la Résistance ».


Les communistes de 1941 étaient militants d’un parti stalinien, or, parmi les 27, deux ne l’étaient plus : Marc Bourhis avait rejoint les trotskistes en 1935 et Pierre Guéguin avait rompu avec le PCF lors du Pacte germano-soviétique de 1939 puis était devenu sympathisant trotskiste. Certes l’Humanité Dimanche montre la photo de leur visage mais elle se contente de mentionner leur activité professionnelle : « Pierre Guéguen : 45 ans, professeur, maire de Concarneau ; Marc Bourhis : 34 ans, marié, un enfant, instituteur à Concarneau ».


C’est tout. Dans les autres pages très nombreuses de l’Humanité quotidienne sur Châteaubriant, pas un mot sur eux.

Dans une brochure de 1954 « Lettres des fusillés de Châteaubriant » éditée par l’Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves (contrôlée, bien sûr, par le PCF) on trouve les photos de Bourhis, « professeur, maire de Concarneau », et de Guéguen, « instituteur public ». On se contente de préciser qu’ils furent très courageux mais pas un mot sur leurs opinions politiques.


Pourtant, il y a peu, l’Humanité avait publié un article inattendu et incroyable. Il est trouvable sur Internet ici « Bourhis et l’Humanité ». Il a été publié le 18 octobre 2003 sous le titre « Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau ».


On y détaille la vie aussi bien de Guéguin (on peut aussi l’écrire Guéguen) que de Bourhis en précisant bien qu’ils étaient trotskistes. On cite élogieusement un livre à eux consacrés, par un auteur breton (1) et on va même jusqu’à en citer des passages mettant en cause les militants communistes : « selon Marc Morlec, Guéguin et Bourhis ont été tenus “à l’écart“ par les autres détenus qui leur battaient froid ».


L’Humanité du 24 mai 2007 se contente de dire que les 27 fusillés étaient tous communistes sauf un, sans autre précision. La tradition continue. Dans les années 1970 la LCR avait mené campagne sans succès pour que le PCF et son Amicale, dirigée par Fernand Grenier, reconnaisse que parmi les 27 il y avait un trotskiste et un opposant au stalinisme.


Pendant et après la guerre les trotskistes bénéficiaient de l’appellation « hitléro-trotskistes » de la part du PCF et de ses journaux, est-ce pour ne pas avoir à se livrer à une pénible autocritique qu’actuellement ils préfèrent le silence ?


1. Marc Morlec, Filets bleus et grèves rouges, Ed. Skol Vreizh (L’Ecole bretonne), Montroules/Morlaix 2003


Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article